Drago se redressa vivement, alerte. Sa gueule de bois s'était évaporée aussitôt avait-il entendu la voix de sa femme. Hermione. Elle était là. Elle venait lui rendre visite, lui parler !
L'hypothèse qu'elle ne soit pas là de son plein gré, mais que l'un de leurs amis l'ait poussée à le faire lui traversa l'esprit. Il y avait si peu de chances qu'elle vienne par elle-même. Que pouvait-elle avoir à lui dire ? Elle était persuadée qu'il était toujours le même qu'en 2004, qu'ils ne s'entendaient pas et préféraient s'ignorer.
Peut-être venait-elle lui parler des cours ? Du club de duel qu'ils animaient ensemble ? Peut-être que la directrice l'avait envoyée pour le sortir de son lit ?
Il n'avait soudainement plus aucune envie d'aller ouvrir la porte. Il était terrifié. Il ne voulait pas être déçu, pourtant, Drago était persuadé qu'il le serait.
— Je sais que tu es là, Malefoy, reprit-elle en toquant une nouvelle fois sur la porte.
Son ton était timide, mais il y décela une pointe d'agacement.
Ce fut sa seule motivation. S'il était persuadé que sa venue n'avait pas de rapport direct avec lui, il ne voulait pas pour autant se la mettre à dos et faire mauvaise impression.
Il se leva lentement et passa une main dans ses cheveux encore mouillés pour tenter de leur donner un aspect plus soigné. En vain. Il était bien trop anxieux pour en faire quoi que ce soit.
Il en oublia même qu'il ne portait rien d'autre qu'un vieux jogging de sport, ce qu'il réalisa en voyant les rougeurs sur les joues de sa femme en ouvrant la porte.
Elle portait un simple jean noir et un gros pull aux couleurs de Gryffondor, ce qui était plutôt logique étant donné la température des couloirs de l'école.
Il remarqua qu'elle avait retiré son alliance, ce qui lui brisa le cœur. Il pouvait le comprendre, cependant. Après tout, elle venait de se réveiller et de comprendre qu'elle était mariée, sans savoir à qui. Il aurait probablement fait la même chose.
Il releva les yeux vers les siens et vit à son regard qu'elle semblait mal à l'aise. D'une certaine façon, cela lui rappela les mots de l'infirmière et de la directrice qui lui avaient expressément demandé de laisser le temps à Hermione de s'adapter à sa réalité. Il ne fallait pas jouer avec sa mémoire, au risque que son amnésie ne s'aggrave.
Il déglutit et s'efforça de mettre en place ses murs d'Occlumens autour de ses émotions. Il fallait y aller en douceur. Il lui annoncerait les choses petit à petit. Pour l'instant, elle était persuadée qu'ils se vouaient une haine silencieuse et mutuelle, et ne savait pas ce qu'elle représentait pour lui. Ils étaient en 2004. En 2004.
Comment se comportait-il en 2004 ?
Il s'appuya contre le contour de la porte et un sourire narquois – mais surjoué – se dessina sur ses lèvres.
— N'as-tu jamais vu d'aussi beau torse de ta vie, Granger ? la nargua-t-il en se concentrant sur son rougissement.
Elle baissa la tête, ses joues prenant une couleur encore plus cramoisie. Il se morigéna, détestant l'idée de la mettre si mal à l'aise. Il se persuada qu'il le faisait pour de bonnes raisons.
— Je suis au courant, chuchota-t-elle sans oser le regarder. Pour… pour nous deux.
Il blanchit considérablement.
.
Hermione avait trop chaud. Son pull était bien trop épais. Les couloirs étaient-ils si froids que cela pour qu'elle se soit habillée ainsi ?
Le regard que Drago lui avait porté l'avait rendue particulièrement gênée. Alors elle était mariée à cet homme ? Au même idiot qui la dévisageait avec mépris depuis l'autre bout de la table, à chaque fois qu'ils se voyaient entre amis ? Car malgré la description rapide que Dean lui avait faite des changements dans le groupe, Drago Malefoy semblait ne pas avoir changé d'un poil.
Cependant, sa remarque sembla lui avoir cloué le bec. Elle l'entendit déglutir et le vit serrer les poings. Elle n'osait pas lever les yeux vers lui.
Était-il en colère ? Anxieux ?
— Tu veux… Est-ce que… Je peux t'offrir un thé ? demanda-t-il en bafouillant légèrement, d'un ton rauque.
Elle hocha la tête, sans le regarder pour autant. Elle se contentait de fixer ses pieds. Elle se trouvait pitoyable ainsi, intimidée par un homme qui était censé la détester et qu'elle ne pouvait pas supporter.
Et pourtant, elle était mariée avec lui.
Il se décala pour la laisser entrer en se raclant la gorge, puis referma derrière eux. Elle se faufila à l'intérieur et l'entendit marmonner quelques paroles lui signifiant qu'il allait se changer. Elle le vit entrer dans une autre pièce du coin de l'œil.
Elle releva la tête à l'instant même où il passait la porte de l'autre pièce. Elle ne put s'empêcher de remarquer la musculature de son dos, ce qui la fit rougir davantage.
Lorsqu'il revint dans le séjour, Hermione n'avait pas bougé. Elle n'osait pas. Elle était chez elle, et pourtant, tout lui semblait étranger. La pièce était décorée avec goût, plutôt lumineuse et chaleureuse, et les meubles lui étaient pour la plupart familier. Elle avait reconnu le buffet qu'elle avait acheté pour son appartement étudiant après la guerre, mais il semblait avoir été repeint.
Tout était différent de ce qu'elle connaissait.
Sans un mot, elle observa Malefoy se diriger vers la cuisine ouverte et commencer à leur faire du thé. À sa plus grande surprise, il n'utilisa pas une seule fois sa baguette pour le faire. Il fit chauffer l'eau dans une bouilloire moldue, puis sortit une boîte de thé d'un placard, dont il déposa trois grandes cuillères dans un filtre.
Elle détourna les yeux. Il y avait tant de preuves qu'elle avait vu juste concernant l'identité de son époux.
Quelques minutes plus tard, il s'approchait d'elle avec deux tasses de thé dans les mains, qu'il déposa sur la table basse. Il lui fit signe de s'installer dans un fauteuil et elle s'exécuta sans discuter. Il s'assit en face d'elle et la fixa droit dans les yeux.
Elle y décela une magie d'Occlumens mais ne fit aucun commentaire. Elle pouvait comprendre qu'il veuille cacher ses émotions. Il devait être tout autant bouleversé qu'elle par les événements, quoi qu'elle puisse en dire, ou en penser.
— Est-ce que tu as du sucre et du lait ? osa-t-elle lui demander en tripotant la manche de son pull du bout des doigts.
— Une cuillère de sucre et un quart de la tasse de lait. Je m'en suis déjà occupé, avoua-t-il en détournant les yeux.
Elle crut même déceler de légères rougeurs sur ses joues.
— Merci, chuchota-t-elle en attrapant la tasse, qu'elle porta à ses lèvres, en partie pour se cacher derrière.
Principalement pour cette raison, à vrai dire.
Un silence des plus gênants s'installa. Hermione avait baissé les yeux sur son thé. Elle sentait le regard de Malefoy sur elle, lui brûlant la peau. Elle ne savait pas quoi dire.
Drago était intrigué. Bien que particulièrement intimidé par la présence de sa femme, il était tout de même étonné de voir qu'elle n'avait pas de position offensive à son encontre.
— Qui te l'a dit ? demanda-t-il soudainement.
— Je l'ai deviné, répondit-elle en osant lever les yeux vers lui.
Drago haussa les sourcils, avant qu'un sourire étire ses lèvres et qu'il secoue la tête.
— J'aurai dû m'en douter, dit-il en riant doucement.
Cela fit rougir Hermione. Elle n'était nullement habituée à recevoir des compliments de la part du blond, bien au contraire.
Bizarrement, ce constat détendit Drago. Il se rendait compte que la perte de mémoire de sa femme ne la transformait pas pour autant. Elle restait celle qu'il connaissait, celle qu'il aimait, et cela ne pouvait qu'être profitable. Il savait comment interagir avec elle.
— Tu n'as pas l'air de mal le prendre, dit-il avec un certaine inquiétude.
Il appréhendait sa réponse.
— Je crois que je suis encore trop confuse pour vraiment réaliser, répondit-elle en détournant le regard, tripotant les manches de son pull sur ses genoux.
Il hocha la tête et soupira discrètement. Il avait tant envie de la pousser à prendre la potion de Pomfresh, tout en sachant qu'il y aurait peu de chances, voire aucune, qu'elle accepte si facilement. Malgré le fait qu'elle semblait prendre les choses plutôt bien, il la connaissait assez pour savoir qu'elle ne choisirait pas cette option sans y réfléchir au préalable.
Il se décida tout de même à le lui demander.
— L'infirmière t'a expliqué quelles sont tes possibilités ?
Il n'avait pas touché à son thé. Sa tasse refroidissait peu à peu, mais il avait d'autres choses à penser.
Hermione hocha la tête et baissa les yeux vers la sienne, toujours serrée dans ses mains. Elle n'avait plus aussi chaud qu'au moment où elle était arrivée. Elle avait presque froid, ainsi installée, rongée par l'anxiété et la timidité.
— Je sais ce que tu te demandes, répondit-elle.
Il déglutit et rougit légèrement, sans qu'elle ne puisse le voir.
— Mais je ne vais pas prendre cette potion, annonça-t-elle en braquant son regard dans le sien.
Drago sentit son sang quitter son visage. Son monde s'écroulait. Sa tête tournait. Il dut réunir toutes ses forces pour s'empêcher de le laisser transparaître. Sa magie frétillait au bout de ses doigts, si bien qu'il se demanda comment il était possible que rien dans l'appartement n'ait encore explosé.
Il aurait dû s'y attendre. Évidemment qu'elle refuserait de prendre la potion. Comment avait-il pu avoir de l'espoir simplement en la voyant ne pas répondre hostilement à sa présence ? Après tout, si elle n'appréciait pas Drago en 2004, cela ne voulait pas non plus dire qu'elle lui vouait une haine infinie.
Mais ce n'était pas pour autant qu'elle accepterait de prendre une potion qui lui rendrait des souvenirs qu'elle ne voulait probablement pas avoir.
— Enfin, pas tout de suite du moins, se rattrapa-t-elle en voyant que Malefoy – malgré les efforts qu'il avait fait pour le cacher – avait blanchi considérablement à son annonce.
Il releva la tête vers elle et la vit rougir à ce geste, visiblement mal à l'aise.
— Je… je pense que… Enfin, ça peut paraître bizarre dit comme ça… mais je pense que si j'ai pu un jour… Si j'ai pu un jour…
— Tomber amoureuse de moi, tu pourras le faire toute ta vie, finit-il à sa place en comprenant soudainement où elle voulait en venir.
Hermione déglutit et hocha timidement la tête.
Elle avait passé la matinée à y réfléchir, avant de finalement venir rendre visite à celui qui était son mari. Car bien que Dean ait tenté de lui faire comprendre qu'elle était amoureuse de lui, elle avait du mal à le concevoir.
Elle avait confiance en Dean, mais ne pouvait s'empêcher d'être suspicieuse et de ne pas y croire. Elle ne connaissait pas Malefoy et même si ce qu'elle venait de voir de lui semblait authentique et très différent de ce dont elle se souvenait de lui, elle ne pouvait empêcher ses pensées d'être négatives.
Elle n'arrivait pas à s'imaginer en couple avec lui. Amoureuse. Et c'est ce dont elle avait besoin pour accepter de boire la potion. Car pour le moment, cela l'effrayait plus qu'autre chose, si bien qu'elle préfèrerait largement quitter Poudlard et ne jamais recroiser Malefoy.
— Je comprends, ajouta-t-il la gorge serrée.
Il devait avouer ne pas être ravi de l'apprendre, sachant à quel point il serait difficile de devoir passer du temps avec la femme qu'il aimait, sans qu'elle ne se rappelle de leur histoire. Pourtant, il se persuada que cela valait de toute manière mieux qu'un refus strict.
— Est-ce que je peux te poser quelques questions ? demanda-t-elle en se mordillant la lèvre inférieure.
Elle faisait de son mieux pour garder l'esprit ouvert et ne pas laisser ses rancunes passées et l'idée qu'elle avait des gens prendre le dessus. Il lui fallait être la plus objective possible.
— J'aurai été étonné que tu n'en aies aucune, répondit-il avec un petit rire gêné.
Elle rougit, pour ce qui était – selon elle – la dixième fois depuis son arrivée.
— Depuis quand sommes-nous… ensemble ? demanda-t-elle alors.
— Eh bien, je… Nous n'avons jamais formulé de date précise, puisque les choses se sont faites d'elles-mêmes. Un jour, après une soirée chez moi avec les autres, tu es restée et nous avons discuté toute la nuit. Si l'on considère ça comme un premier rendez-vous, alors c'était le cinq octobre 2005. Notre premier baiser le dix-huit décembre 2005. Notre première fois le deux janvier 2006. Nous avons emménagé ensemble en mai 2006 et nous sommes mariés le vingt-et-un août 2007, récita-t-il par cœur.
Il réalisa alors de l'importance de tout ce qu'il venait de dire et écarquilla les yeux.
— Je suis désolé, je ne…
— Ce n'est rien, l'interrompit timidement Hermione en secouant doucement la tête. J'aurai bien fini par le savoir, après tout.
Il ouvrit la bouche pour répliquer, mais la referma. Elle avait raison. Il fallait qu'elle le sache.
Un sujet restait cependant important pour lui, primordial même. Il ne savait simplement pas comment l'aborder.
Il se racla la gorge et tripota un fil qui dépassait de son fauteuil.
— Est-ce que tu as revu Pomfresh ? demanda-t-il.
— Non, pas depuis que j'ai quitté l'infirmerie. Je suis censée y retourner dans deux jours, pour qu'elle vérifie que ma mémoire est toujours dans le même état.
— Est-ce qu'elle a mentionné quelque chose d'autre ? s'enquit-il après avoir hoché la tête, d'un ton rauque.
— Je dois faire attention à ne pas brusquer ma mémoire en apprenant trop de choses d'un coup, mais je suis en bonne santé, je…
— Elle n'a pas parlé d'autre chose ? la coupa-t-il, anxieux.
Il avait commencé à taper du pied. Il avait besoin de savoir. Il avait besoin d'en parler avec elle, même si elle ne se souvenait pas de lui. Ils avaient attendu ça pendant si longtemps…
Il n'avait pas cessé d'y penser depuis la veille. Elle était encenite. Ils allaient avoir un bébé. Et l'idée qu'elle ne le sache pas le tuait à petit feu.
Hermione avait froncé les sourcils, s'inquiétant de voir que Malefoy semblait tracassé par quelque chose, ou anxieux.
— Je devrais savoir quelque chose que je ne sais pas, n'est-ce pas ? demanda-t-elle.
Il ne sut pas s'il devait être honnête. Ne serait-ce pas trop violent à apprendre ? Et si elle décidait d'avorter ? Si elle ne voulait pas de cet enfant. Bien entendu, il n'irait aucunement contre sa décision, mais celle-ci lui briserait encore davantage le cœur, il le savait.
— Je ne sais pas si…
— Dis-le-moi, l'implora-t-elle d'un ton plus inquiet.
Elle avait le sentiment que c'était une chose grave.
Alors qu'il allait ouvrir la bouche pour lui répondre, ne supportant pas l'idée qu'elle ne le sache pas, la porte s'ouvrit, révélant le couple Zabini-Thomas.
— Malefoy, sors de ton lit, on va au bar ! s'exclama Blaise, avant de voir qu'Hermione était là elle aussi. Oh .
Celle-ci se leva, en même temps que Drago et s'approcha de ce dernier, le regard plus inquiet que jamais.
— Dis-moi, le supplia-t-elle en attrapant son poignet.
Ce contact le perturba plus qu'il ne l'aurait imaginé. Elle semblait avoir oublié qui il était. Son rythme cardiaque s'accéléra. Il voyait tant d'inquiétude dans ses yeux que cela lui brisa le cœur.
— Je…
— Que se passe-t-il ? les coupa Dean, en fronçant les sourcils et en s'approchant à son tour.
Hermione ne répondit pas, le regard braqué dans celui perturbé de Drago.
— Dis-moi, répéta-t-elle en serrant légèrement sa poigne.
— Tu es enceinte, finit-il par laisser échapper.
Elle lâcha sa main aussitôt, sous le choc. Il vit ses yeux se remplir de larmes et voulut aussitôt la serrer dans ses bras, n'ayant jamais supporté de la voir ainsi, mais avant même qu'il n'en ait le temps, elle s'éloigna en courant, bouscula Dean au passage et s'enfuit de l'appartement.
Drago resta complètement figé, malgré les questionnements multiples de ses deux amis.
Il venait de tout ruiner.
.
Hermione arriva devant la Grosse Dame, des larmes coulant le long de ses joues. Elle était si perdue qu'elle en avait le tournis. Elle avait envie de vomir.
— Merlin, ma chère, que se passe-t-il ? s'exclama le tableau à son arrivée.
— Ouvrez-moi, s'il vous plaît, répondit-elle simplement en sanglotant.
— Est-ce ce Malefoy de malheur ? Je peux le laisser enfermé chez lui si vous le souhaitez ! Je connais le tableau de son couloir !
— Ouvrez-moi, l'implora-t-elle en se tenant au mur, une main plaquée sur la bouche.
— Voulez-vous que j'appelle l'infirmière ?
— Je veux que vous ouvriez cette foutue porte ! s'exclama Hermione en éclatant en sanglot une nouvelle fois.
Cela sembla réveiller la Grosse Dame, qui, sous le choc, ouvrit la porte de l'appartement.
Hermione s'y rua, chancelante, avant de se diriger vers la salle de bain, où elle tomba à genoux, près des toilettes, dans lesquelles elle vida son estomac.
.
Deux jours étaient passés. Deux jours d'horreur lors desquels Drago avait tourné en rond dans son appartement, incertain de quoi faire. Ses amis lui avaient conseillé de laisser le temps à Hermione de se remettre de la nouvelle. La directrice lui demandait de surveiller les élèves encore présents au château. L'infirmière tentait de le rassurer en lui disant qu'Hermione finirait par accepter de prendre la potion.
Et lui se retrouvait incapable de prendre une décision. Il ne voulait pas agacer Hermione d'une quelconque façon. Il voulait préserver son image auprès d'elle.
Cependant, après deux jours sans la voir, il commençait à en pâtir. Il se posait tout un tas de questions sur l'incidence qu'aurait la révélation de sa grossesse sur le futur. Ainsi se décida-t-il à prendre les choses en main.
Il quitta son appartement une fois la nuit tombée et le dîner passé. Le couvre-feu venait tout juste de débuter, il n'aurait donc pas à se soucier de potentiels élèves. De plus, ce n'était pas son tour de garde.
Il se rendit donc discrètement jusqu'à l'étage où l'appartement d'Hermione se trouvait, espérant de tout cœur qu'elle s'y trouverait. Blaise lui avait confié que Dean passait beaucoup de temps avec elle depuis son réveil et qu'elle leur avait rendu visite une ou deux fois.
Cependant, lorsqu'il fit face à la Grosse Dame, il sentit que les problèmes commençaient.
— Monsieur Malefoy, quelle bonne surprise ! s'exclama-t-elle de sa voix criarde et insupportable.
— Madame, la salua-t-il avec un sourire faux. Pourriez-vous m'ouvrir, je dois…
— J'ai entendu dire que vous aviez fait perdre volontairement la mémoire à votre épouse, l'accusa-t-elle sans le laisser terminer.
— Pardon ? répliqua-t-il, sous le choc.
— C'est ce que j'ai cru comprendre du moins, continua-t-elle avec un sourire en coin. Mais je ne suis pas vraiment étonnée. Il y a bien longtemps que j'avais des doutes sur la sincérité de vos sentiments envers cette jeune femme. Comment un Mangemort dans votre genre pourrait…
Drago avait dégainé sa baguette avec une vitesse surprenante et la pointait désormais vers le tableau, d'un air menaçant.
— Comment osez-vous avoir de tels propos dans une école ? Comment osez-vous remettre en question l'amour que je porte à ma femme ? s'exclama-t-il d'une voix forte et dangereuse.
Il n'en avait rien à faire d'être entendu.
— Vous devriez avoir honte ! Vous faites partie de cette école, de son patrimoine et vous êtes une entité censée représenter l'équité des maisons ! Et vous vous offusquez d'avoir été déplacée de l'entrée de Gryffondor ? Vous n'êtes qu'une…
— Voyez ? Vous et votre vulgarité ! Vous me menacez avec votre baguette ! Vous verrez lorsque la directrice l'apprendra ! Elle vous renverra et vous n'aurez plus jamais l'occasion de voir Miss Granger !
— Son nom est Malefoy ! beugla-t-il en se retenant de toutes ses forces de ne pas réduire en cendre le tableau. Que cela vous plaise ou non ! Elle a accepté de m'épouser parce qu'elle m'aime ! Elle me l'a dit !
— Elle vous a menti, ou alors, vous l'avez ensorcelée, répliqua la Grosse Dame en croisant les bras d'un air méprisant.
— Comment osez-vous suggérer une telle chose ? Comment osez-vous suggérer que j'ai pu un jour vouloir du mal à ma femme ? Jamais ! Jamais, je ne daignerai ne serait-ce que lever ma baguette vers elle ! Elle m'est bien trop précieuse, elle a accepté, je ne sais comment ni pourquoi, de m'offrir son amour un jour et vous pensez que je vais risquer de tout envoyer en l'air ?
— C'est pourtant ce que vous avez fait avec votre potion.
— Non ! C'était un accident ! Jamais je ne ferai une telle chose volontairement !
Drago inspira longuement pour tenter de se calmer. Il détestait se laisser dépasser par sa colère.
— Vous ne comprenez donc pas, n'est-ce pas ? reprit-il avec un rire ironique.
— De quoi parlez-vous ?
— Vous ne comprenez pas pourquoi je l'aime ? Pourquoi nous nous aimons. Hein ? N'est-ce pas ?
— Vous ne vous aimez pas. Tout ça n'est qu'une terrible mascarade, il est temps que vous ouvriez les yeux et arrêtiez de vous jouer d'elle, répondit la Grosse Dame d'un ton accusateur.
Drago secoua la tête avec un sourire triste.
— Nous nous sommes mariés il y a quatre ans. Est-ce que vous savez le nombre d'années qu'elle a mis avant d'accepter de m'épouser ? Deux ans. Deux ans durant lesquels je demandais sa main pratiquement tous les mois. Oh, sans grande cérémonie, je sais qu'elle déteste ça, mais je lui demandais quand même. Je lui demandais de me faire l'honneur d'accepter ma main. Et lorsqu'elle a fini par dire oui, j'ai cru que j'allais m'évanouir. Elle a dû me le répéter plusieurs fois pour que j'intègre qu'elle acceptait enfin.
Il eut un léger rire, plongé dans ses souvenirs, avant de reprendre.
— Vous savez ce qu'elle a fait ? Elle m'a demandé elle-même en mariage. Et c'est là que j'ai compris pourquoi elle avait refusé pendant tant de temps. Parce qu'elle voulait le faire elle-même.
.
Derrière la porte de son appartement, Hermione pleurait à chaudes larmes.
