Septembre 1997
- Qu'est-ce que tu attends Perks ? s'agaça Théodore.
Sally-Anne le regarda curieusement et pinça ses lèvres, avant de se rappeler qu'elle avait mis du rouge-à-lèvres ce matin et qu'il coûtait bien trop cher pour qu'elle l'abîme en mordillant ses lèvres.
- Je ne comprends pas.
- Ta baguette Perks. Pointée sur l'élève en face de toi. Tu prononces la formule, s'impatienta le Serpentard.
- Pourquoi est-ce qu'on fait ça ? Demanda-t-elle.
Théodore croisa les bras sur sa poitrine. Il regarda l'élève de première année devant eux. Un petit garçon aux joues rondes, aux yeux ronds, à la bouche toute ronde… Un gamin. Un enfant. « Comme eux », pensa Sally-Anne , l'espace d'un instant.
- Pourquoi est-ce qu'on ferait ça ? Rectifia Sally-Anne .
- Parce qu'on nous le demande.
Sally-Anne éclata de rire et Théodore leva les yeux au ciel, puis s'arrêta, avant de se rappeler que c'était malpoli de le faire. Mais c'était plus fort que lui. Sally-Anne l'irritait prodigieusement et l'agaçait plus vite qu'un éclair de feu. Ce manque de manière… A croire qu'elle faisait exprès. Le rire d'Sally-Anne mourut subitement, aussi vite qu'il était venu et Théodore fronça les sourcils, en se demandant ce qui avait bien pu provoqué un tel revirement d'humeur. Il comprit rapidement. Alecto Carrow les observait du coin de l'œil.
Sally-Anne serrait tellement fort sa baguette dans ses mains que ses mains en avaient perdu toutes leurs couleurs. Il ne restait que le vert de son vernis, sur ses ongles. Théodore s'approcha d'elle.
- Fais-le, c'est tout.
- « Fais-le, c'est tout » ? répéta-t-elle.
- T'as très bien compris, grinça-t-il des dents.
- Il nous a fait quoi, ce gamin ? l'interrogea-t-elle en le désignant du bout de sa baguette.
Elle le vit se pétrifia, ce gamin tout rond. Elle avait de la peine pour lui.
- C'est un né-moldu, répondit Théodore avec une pointe de mépris dans la voix.
- Exact, hocha la tête Sally-Anne .
Alecto Carrow les surveillait.
- Est-ce une raison suffisante ? Chuchota-t-elle.
- T'es étrange Perks. Lance ce doloris qu'on en parle plus !
- T'aimes bien voir les gens souffrir ?
- Les nés-moldus, les moldus ne sont pas comme nous.
- Exact, approuva Sally-Anne .
C'était un fait. C'était objectif. Les moldus ne pouvaient pas faire de la magie et les nés-moldus n'étaient jamais que des sorciers ayant grandis parmi eux. Ils n'étaient pas comme les sorciers, ceux qui étaient nés s'étant toujours définis comme tels. Ils étaient différents, Sally-Anne en avait parfaitement conscience. Etait-ce pour autant qu'elle leur était supérieure et qu'ils lui étaient inférieur ?
Elle se tourna vers le première année, un Gryffondor. L'année dernière, il aurait eu bon goût, d'être allé dans cette maison. Mais maintenant, c'était une bien mauvaise époque pour les élèves de la maison de Godric. Les choses changeaient tellement vites … Sally-Anne inspira. Elle tendit le bras et pointa sa baguette sur l'élève. Alecto la regardait, et ça, elle ne l'avait pas oublié. Elle ferma les yeux. Le gamin était en train de pleurer silencieusement.
- Endoloris.
Elle rouvrit les yeux. Le gamin avait à peine tressaillis.
- Il faut le vouloir, maugréa Théodore.
- Je le veux !
- Vraiment ?
- Vraiment ! Affirma-t-elle.
Elle le voulait. Vraiment. Montrer à Alecto Carrow qu'elle était forte, qu'elle était capable de faire souffrir quelqu'un, Sally-Anne en mourrait d'envie.
- Recommence, souffla Théodore.
- Endoloris.
Rien.
- Perks… Je ne te comprends pas, soupira Théodore.
- Bienvenue au club, rétorqua-t-elle faiblement.
Il sentit le regard de la mangemort dans leur dos et il réprima un frisson, le fit taire dans son corps tout entier. Il le sentait lourd, ce regard. Si Alecto Carrow avait pu brûler Sally-Anne Perksd'un seul regard, elle ne serait plus qu'un tas de cendre. Il se demanda si Sally-Anne l'avait remarqué, ce regard incendiaire. Il nota l'information dans un coin de sa tête et décida d'aider la blonde.
- Imagine que c'est quelqu'un que tu détestes.
- Je ne déteste personne, grogna-t-elle.
- Tu ne peux pas aimer tout le monde.
- Ce n'est pas pour autant que je dois détester quelqu'un !
- Personne ne t'a jamais blessé, Perks ?
- Je m'appelle Sally-Anne ! s'énerva-t-elle.
Théodore haussa les épaules. L'énerver, c'était peut-être la solution.
- Pourquoi tu n'aimes pas ton nom de famille ?
- Parce que je ne suis pas qu'une Perks. Je suis Sally-Anne . Et toi, tu n'es pas qu'un Nott. Tu es Théodore !
- Tu es bizarre, Sally-Anne Perkset je ne comprends pas ce que tu dis.
Il détailla ses yeux noisette fatigués, ses cernes, son teint livide et le rythme que tapait son pied gauche sur le carrelage de la salle de classe. Elle était stressée.
- Ferme les yeux. Visualise cette personne que tu n'aimes pas. Quelqu'un que tu veux faire souffrir.
Sally-Anne s'exécuta.
- Allez !
Elle inspira.
- Nous n'avons pas toute la nuit Sally-Anne !
Elle expira.
- J'attends.
- Arrête ! s'écria-t-elle en rouvrant les yeux.
- Fais-le ! Ordonna le Serpentard.
- Qu'est-ce qui se passe ici ? Intervint Alecto Carrow.
Sous le stress une décharge alimenta le corps d'Sally-Anne tout entier. Une dose d'adrénaline pure, qui pulsa dans ses veines, faisant taper le sang fort dans ses oreilles. Assourdie, étourdie, elle s'exécuta.
- Endoloris !
Le gamin hurla.
Sally-Anne relâcha les muscles de son bras, qui tomba, inanimé, le long de son corps.
- Très bien, la félicita l'enseignante.
- Je vous remercie professeure, marmonna l'adolescente.
Sally-Anne resta inerte une bonne heure. Théodore l'observa manger comme un fantôme, et regarder droit devant elle, le néant, comme si elle pouvait y lire la vérité nue. Le soir-même, incapable de dormir une nouvelle fois, il descendit dans la salle commune. Il la trouva en train de pleurer et de renifler. Il ressentit un léger pincement au cœur, avant de retourner dans son lit. C'était idiot de pleurer pour si peu, d'après lui.
