Novembre 1997
– La société sorcière est en déliquescence …, soupira Sally-Anne.
Elle souffla sur l'une de ses mèches blondes qui lui tombait devant les yeux et continua de faire tourner sa plume dans les airs.
– Déliquescence…, répéta Millicent
– Ah oui pardon. Je vais utiliser un vocabulaire adapté aux personnes non dotées de cerveau.
Millicent resta impassible.
– Nous. Sorciers. En. Perdition. Car. Très. Très. Cons, articula Sally-Anne en faisant de grands gestes.
– Ferme-la, Perks, pesta Théodore Nott à voix basse. Nous sommes dans une bibliothèque. Si tu veux faire ton intéressante, vas donc la faire ailleurs…
– Mais le public qui se trouve ici est mon préféré !
Elle faillit lui faire un clin d'œil avant de se raviser, soudainement mal-à-l'aise. Les choses étaient devenues bien trop étranges entre eux, depuis quelques temps.
Millicent avait surpris leur échange silencieux, ces quelques secondes durant lesquelles leurs yeux s'étaient aimantés et où le monde avait comme cessé d'exister pour eux. Lorsque Sally-Anne rangea ses affaires, Millicent l'imita et la suivit d'un pas pressé dans les couloirs de l'école.
– T'es perdue sans Pansy, c'est ça Bullstrode ?
– Tu sais, je te trouve parfois aussi charmante qu'elle, avec ta grande gueule et tes faux airs de princesse.
– Mes faux airs de princesse ? répéta Sally-Anne, en haussant un seul sourcil.
– Avec tes ongles toujours parfaitement vernis, ta bouche toute maquillée, ta coiffure impeccable et tes tenues sans plis… Tes bijoux valent probablement le triple de ce que vaut la maison dans laquelle j'ai grandi. Mais tu brailles et personne ne t'écoute.
– Parce que tu crois que j'ai envie d'être écoutée ?
– Quand tu dis que la société sorcière est en déliquescence, oui, je crois que tu veux que l'on t'écoute.
Sally-Anne écarquilla les yeux et tenta de se redonner une contenance.
– Mais t'es qui, toi, Sally-Anne putain de Perks, pour juger que la société sorcière est en déliquescence ?
– Tu sais, c'est pas parce que je t'ai appris un nouveau mot que t'es obligée de t'en servir à tout bout de champs…
Le teint de Milicent prit une belle teinte rouge. Pas de honte. Mais de colère.
– J'en ai plus qu'assez qu'on me prenne pour une débile, Perks.
– Je prends tous les gens ici, pour des débiles. Ne le prends pas personnellement, Bullstrode.
Sally-Anne se remit à marcher, sans trop savoir quand elle s'était arrêtée. Milicent, bien plus petite qu'elle, peinait à suivre son rythme. Pansy s'était toujours moquée de ses jambes très courtes…
– Tu sais que ma mère est une moldue, Perks ? chuchota Millicent.
Sally-Anne s'arrêta net, parfaitement consciemment cette fois-ci.
– Alors tu peux bien prendre tout le monde de haut, monter sur tes grands sombrals et faire croire à tous les Serpentard que tu les méprises d'être aussi cons, tu ne sauras jamais ce que ça faisait ou ce que ça fait… Tu ne sauras jamais ce que c'est, de se sentir en danger et menacée, dans un endroit où tu as grandis pendant six ans.
– Mais tu as toujours…
– Dit que j'avais un sang-pur, oui. Les Bullstrode sont nombreux et réputés pour leurs idées très arrêtées sur la pureté du sang. Mon père m'a toujours dit de me méfier des Perks, des Nott, des Greengrass, des Malefoy… et de leur cacher le plus longtemps possible le statut de mon sang.
– Je t'aurais sûrement apprécié si j'avais su plus tôt.
– Mais t'es aussi stupide qu'un véracrasse ma parole…
Sally-Anne inspecta sa manucure parfaite et émeraude.
– En quoi serais-tu différente d'eux dans ce cas ? M'aimer pour mon sang, en quoi est-ce plus admirable que de me détester pour la même raison ?
Sally-Anne ouvrit la bouche mais la referma bien vite.
– On aurait effectivement pu être amies toi et moi. Tu es juste trop prétentieuse pour baisser les yeux…
– Tu fais référence à ta petite taille là ?
– Non. A ta foutue prétention.
– Je ne suis pas prétentieuse.
– Oh que si… Et c'est pour ça que Nott et toi faites bien la paire. Redescends Sally-Anne… Tout ce que tu dis à du sens, mais ce n'est pas en braillant et en jouant ta petite victime qui se bat seule contre tous que tu gagneras mon respect. Ou celui des autres.
La blonde ne sut quoi répondre. Ses épaules s'affaissèrent. Elle se sentit minuscule face à Millicent et ses épaules carrées.
Sa camarade passa devant elle en la bousculant, complètement excédée.
– Eh Bullstrode ! l'interpella Sally-Anne.
La brune se retourna lentement.
– Je ne dirai rien à personne.
– Je sais.
Elle n'avait pas sourit. Mais au moins son visage avait repris une teinte tout à fait acceptable et humaine.
