Voilà la suite, comme promis !
Katymyny Merci pour le spammage de review sur l'Oeil du Serpent. J'avais adoré écrire cette fic, même si je la savais trop hors des sentiers battus pour attirer le lecteur. Pour le Talisman Atlante, eh bien... la vérité, c'est qu'il sera le séquel de la série de romans que je suis en train d'écrire. Peut-être dans quinze ou vingt ans, tu pourras le lire en librairie XD (d'ailleurs, l'Oeil du Serpent sera peut-être adapté dans mon univers). Pour Ridicule mon cher Riddle, tu ne prends pas trop de risque. Cette fois-ci, c'est la bonne ! Je la termine !

RAPPEL : se passe durant la sixième année de Harry


Chapitre 1 : Le sort en question

Comment en était-il arrivé là ?

La question tambourinait son esprit à lui en donner une mauvaise migraine.

Comment était-il arrivé là ?

Cette question aussi, ne cessait de le tourmenter. Il avait beau tenter de l'écarter, de l'effacer de son esprit, elle parvenait toujours à revenir, en s'insinuant à la manière d'un serpent.

Que faisait-il là ?

Était-il en train de devenir fou ? Tout ceci lui paraissait si... absurde ! Tant de manuels prétendaient que c'était impossible. Et pourtant, il se trouvait là, devant le bureau du directeur de Poudlard, attendant nerveusement que l'on débatte de son cas, que l'on décide son sort.

Qu'allait-il devenir ?

On l'avait traité comme s'il était un monstre, un danger ambulant. On l'avait désarmé, et on l'avait partiellement pétrifié sur une chaise, « pour plus de sécurité ». Un Gryffondor d'une quinzaine d'années le tenait en respect, une baguette de houx dangereusement pointée en direction de son cœur. Il ne faisait aucun doute qu'au moindre geste suspect, son gardien n'hésiterait pas à faire usage d'un maléfice. Tom détestait se retrouver si vulnérable. Ça lui rappelait ce maudit orphelinat où il n'avait pas le droit d'utiliser ses pouvoirs, pas même pour se défendre face à cette grande brute de Brus Bergsonn. Puis son cœur se serra lorsque ses pensées ravivèrent l'image d'Emily Maitland, une autre pensionnaire de l'orphelinat.

Tom triturait machinalement le pendentif accroché à son cou par une solide lanière de cuir noir, ce qui ne manqua pas d'attiser un regard curieux de la part du Gryffondor. Soudain très mal à l'aise, Tom s'empressa d'enfouir le pendentif sous sa chemise.

Le Gryffondor l'observait toujours d'un air mauvais. Tom frémit malgré lui. Pourtant, il avait l'habitude des regards chargés de haine si souvent envoyés par les Gryffondor, en particulier par les amis de Fang Bao. Tom considérait ce Gryffondor de septième année comme son ennemi juré, à égalité avec Grindelwald. Et encore : Grindelwald au moins, avait la décence d'attendre la fin de l'année scolaire avant d'attenter une nouvelle fois à sa vie (et d'échouer lamentablement). Bao, lui, c'était tous les jours qu'il lui pourrissait l'existence !

Peut-être que ce voyage dans le temps était un coup de Bao pour se débarrasser de lui ?

Tom grommela intérieurement et voulant à tout prix fuir les questions qui harcelaient son esprit, il entreprit de questionner ce Gryffondor aussi chaleureux que de l'azote liquide. Il devait impérativement en apprendre plus sur cette nouvelle époque.

— Dumbledore te tient en haute estime, remarqua Tom. Il a demandé à toi, plutôt qu'à un professeur de me surveiller.

Ou alors, Dumbledore était complètement sénile, ce qui était aussi plausible.

— C'est une manière de voir les choses, éluda le Gryffondor.

Une réponse beaucoup trop évasive au goût de Tom. Il dévisagea le Gryffondor avec intensité, comme à chaque fois qu'il tentait d'impressionner son interlocuteur. Le Gryffondor était assez pathétique, petit et maigrichon comme un chaton asthmatique. Ses cheveux broussailleux à faire pâlir d'effroi Abraxas Malefoy, peinait à dissimuler une étrange cicatrice en éclair. Les yeux émeraude surprirent l'examen.

— Cette cicatrice est assez célèbre, annonça le Gryffondor.

Le pressentiment que la suite ne lui plairait pas assaillit Tom. En général, lorsqu'un Gryffondor se vantait, il devenait parfaitement insupportable.

— C'est Voldemort qui me l'a faite.

Le Gryffondor scruta sa réaction avec la plus grande attention. C'était un peu effrayant. Et puis d'abord c'était qui ce Voldemort ? Un nom sinistre… digne d'un mage noir !

Voilà les faits que Tom avait à sa disposition. Un Gryffondor d'à peu près son âge brandissait sa cicatrice comme un trophée de guerre face à un potentiel mage noir. Et lorsque McGonagall version vieille lionne acariâtre avait conduit Tom dans le bureau de Dumbledore, ce Gryffondor s'y trouvait déjà. Il possedait un pouvoir exceptionnel, à même d'intéresser le dingue des sucreries. À même de résister au terrible Grindelwald peut-être ?

Tom retint tant bien que mal un frisson. Il découvrit alors que le Gryffondor l'observait avec ce même regard pétillant que Dumbleodre affectionnait tant pour terroriser Tom. Un sourire un brin carnassier se dessina sur ses lèvres, révélant ses dents biens blanches avec un air qui n'avait rien de rassurant.

— Je me nomme Harry Potter.

Potter ? Ce nom lui disait vaguement quelque chose... ah oui, le vieux Henry Potter, ancien membre du Magenmagot, Auror à la retraite et opposant à Grindelwald à ses heures perdues. Du moins était-ce le cas en 1942.

La porte s'ouvrit et Tom sursauta intérieurement.

Un professeur répugnant, avec des cheveux sales et un teint blafard qui n'était pas sans rappeler un vampire, se tenait dans l'entrée du bureau du directeur. Il leva sa baguette. Tom crut que son cœur allait s'arrêter de battre. L'enseignant, malgré toute la haine qui suintait de ses pores, se contenta d'annuler le maléfice d'entrave qui pesait sur Tom.

— Messieurs Potter et Riddle, entrez donc, ordonna Cheveux-Gras d'une voix glaciale.

Il était vaguement effrayant. Vaguement seulement, car Tom Riddle était Tom Riddle et aucun sorcier n'était suffisamment puissant pour l'effrayer. À part Dumbledore. Et Grindelwald. Et Potter. Et...

Et il entra dans le bureau avant d'aller plus loin dans la liste.

Les enseignants le dévisageaient avec des airs peu avenants. Tom Riddle eut la tentation de disparaître dans un trou de souris. Ridicule ! Il n'était pas un pleutre de Poufsouffle. Alors pourquoi sentait-il ses tripes se tordre sous le regard cuisant du professeur aux cheveux graisseux de chauve-souris ? Jamais Tom n'avait rencontré un être qui irradiait à ce point de fureur et de haine ! À part Grindelwald. En comparaison, McGonagall paraissait presque chaleureuse. Il y avait en outre, deux professeurs que Tom ne connaissait : un tout petit sorcier avec des lunettes et des dents de lapin, ainsi qu'une sorcière dotée d'un certain embonpoint.

Dumbledore le fixait avec une intensité telle qu'il aurait pu le transpercer du regard plus sûrement qu'un basilic.

— Harry, dis-moi ce que tu penses que nous devrions faire.

Cheveux-Gras manqua de s'étrangler en entendant cette phrase (du moins Tom le supposa car le très expressif sorcier venait de lever un sourcil réprobateur). Sans doute, songeait-il que Dumbledore devenait de plus en plus gâteux pour ainsi se reposer sur le jugement d'un élève.

— Eh bien, tout dépend de la Chambre des Secrets, commença Potter après de longues secondes de réflexion aux sourcils froncés. Tout dépend de savoir s'il en a trouvé son entrée sous le viaduc.

Tom ne put s'empêcher de manifester son intérêt en entendant cette nouvelle. Intérêt qui ne passa pas inaperçu aux yeux du Gryffondor.

— De quelle date viens-tu précisément ?

Potter avait-il une mémoire de jobarbille ou un QI de sniffleur ? Ne l'avait-il pas déjà dit ?

— 20 janvier 1942, claqua Tom agacé de se répéter. 20 janvier, 20 février, 20 mars, qu'est-ce que ça change ? Je viendrais de 1943 que ça serait pareil !

Un air satisfait apparu sur le visage de Potter.

— Ca change que tu n'as pas encore ouvert la Chambre des Secrets et qu'à priori, tu ne sais même pas où elle est.

Tom ouvrit la bouche, la referma. L'ouvrit encore, mais ne trouva rien à dire. Il s'était fait avoir. Par un Gryffondor qui plus est, ce qui était particulièrement avilissant !

— Donc, poursuivit Potter en se tournant vers Dumbledore, il n'a encore rien fait de mal. Ou de trop mal. Ce n'est pas encore un meurtrier. Il serait injuste de l'envoyer à Azkaban et encore plus injuste de vouloir le punir pour des crimes qu'il n'a pas encore commis.

Ce que les Gryffondor pouvaient être niais (exclusion faite de Fang Bao et de sa bande de brutes, bien sûr !). Dans le cas présent, Tom appréciait toutefois leur complexe de sauveur.

Le regard assassin de la chauve-souris huileuse ne cessait de faire l'aller-retour entre Potter et Tom, Tom et Potter. Potter soutenait le regard de l'enseignant avec la même colère. Tom eut le sentiment que le Gryffondor n'agissait pas uniquement par bonté de cœur, mais aussi pour s'opposer à Cheveux-Gras. En d'autres termes, Tom se retrouvait au milieu d'un conflit entre un enseignant au nez crochu qui rêvait visiblement de l'accrocher à croc de boucher et un jeune sorcier qui avait survécu à un nouveau mage noir se faisant appeler Voldemort. Fantastique. Nott avait raison, Tom n'avait pas son pareil pour s'attirer des ennuis.

— Néanmoins, reprit Potter, on ne peut pas le laisser en liberté. C'est trop dangereux, aussi bien pour nous que pour lui.

— Pour lui ? Releva Cheveux-Gras.

— On ignore comment réagira Voldemort s'il apprendra son existence. Il pourrait aussi bien chercher à en faire un Mangemort de plus que vouloir l'éliminer.

Tom déglutit avec difficulté. Voldemort, Mangemort… ça, ça sonnait très mage noir pas sympathique du tout. Pourquoi, même dans le futur, il parvenait si facilement à se mettre un mage noir à dos ? Ça ne faisait même pas une heure qu'il était là, bon sang !

— Il est également évident que l'on ne peut en avertir le Ministère. Scrimgeour est si avide de résultat qu'il s'empresserait de l'empaler en place publique.

Empaler ? Cette fois-ci, Tom tremblait pour de bon. Et Dumbledore qui ne cessait de le dévisager de son air impénétrable, avec une telle intensité que cela en devenait obscène ! McGonagall gardait sa moue de dégoût. Seule la petite sorcière replète ne lui paraissait pas trop hostile.

— Il doit donc rester à Poudlard, termina Potter.

Dumbledore opina.

— Nous étions parvenus à la même conclusion.

Tom se détendit. Un peu. Pas trop. Dumbledore avait les yeux qui pétillaient et ça, c'était toujours un peu effrayant.

— Je n'ai moi-même pas toutes les cartes en main pour comprendre ce qui vient de se passer, reprit le directeur de Poudlard. Pour une raison que j'ignore, le Tom Riddle des années 40 se retrouve parmi nous, ou plutôt devrais-je dire une version du Tom Riddle. Les méandres du temps sont encore bien méconnus. Cependant, je ne pense ne pas me tromper en avançant que le Tom Riddle de notre époque n'a aucun souvenir de sa mésaventure passée -ou actuelle, je vous laisse choisir le terme- et il est peu probable de pouvoir renvoyer ce jeune homme dans son époque. Les voyages temporels d'une telle ampleur sont impossibles.

La nouvelle frappa l'adolescent du passé comme un Impardonnable. Nauséeux, il se demanda ce qui était le pire. Ne pas pouvoir rentrer chez lui ou imaginer la possibilité, suggéré avec un immense tact, qu'il ne fût qu'une pâle copie de lui-même ?

oOoOoOo

À la base, c'était une idée de MacNair. Ou d'Avery. Peu importait à présent.

Les cinq Mangemorts avaient d'abord pris soin d'attirer leur futur cobaye avec une immonde chaussette dont l'odeur pestilentielle ne laisser aucun doute sur son propriétaire : Rabastan Lestrange. L'elfe de maison avait accouru avec la plus grande hâte dans cette pièce du sous-sol où le carrelage clair et les dorures des portes formaient un étrange contraste avec les murs en piteux états. De toute façon, il fallait changer la peinture : elle s'écaillait en de multiples endroits.

C'était Rookwood qui avait lancé le sort. Parce que c'était le plus doué et aussi, comme il se plaisait souvent à le répéter, le plus malin d'entre eux. On avait ficelé l'elfe plus sûrement encore que Queudever avait ficelé Potter dans le vieux cimetière. Pour faire bonne mesure et surtout pour épargner les fragiles esgourdes des Mangemorts, on l'avait aussi soumis un silencio. Puis Rookwood s'était approché de leur sujet d'expérience. Baguette brandie, un sourire de délectation malsaine sur le visage, il avait entamé la litanie.

A présent, Rodolphus était encore plus pâle que lorsqu'il glissait à Bellatrix par divers sous-entendus plus ou moins alambiqués qu'il serait peut-être temps éventuellement de songer à concevoir une potentielle descendance. Il évitait de regarder la tête de l'elfe de maison aux yeux exorbités, à la peau lacérée, à la bouche grande ouverte dans un dernier et silencieux cri d'horreur. Ou de douleur.

De plus en plus nauséeux, Rodolphus fuit du regard les reliquats d'une main qui tenait désormais plus de la bouillie rougeâtre troublée par quelques grumeaux blanchâtres qu'à tout membre défini ayant appartenu à un vertébré. Il croisa – une fraction de seconde, certes, mais c'était déjà trop – les yeux écarlates du Mage Noir furieux et retomba sur ce qui devait être une épaule, à en croire la petite sphère d'ivoire qui ressortaient parmi les fibres des tendons et la masse poisseuse des muscles. La peau grisâtre avait disparu, laissant la chair à vif. Le vertige saisit Rodolphus. Merlin, ce qu'il se sentait mal !

La situation avait très rapidement dégénéré. Rookwood avait à peine commencé à psalmodier la longue mélopée de l'incantation, que certaines parties de l'elfe maison s'étaient mises à disparaître. Ou alors à apparaître alors qu'ils n'avaient pas encore disparu, voir à se dédoubler. Ça c'était mis à gicler dans tous les sens avec une joyeuse profusion d'hémoglobine, quelques esquilles d'os blafardes par-ci, un peu d'humeur verdâtre par là. Bref, un beau chaos des plus sanglants.

Pris d'une impulsion incongrue, Rodolphus entreprit, alors que Voldemort sifflait sa colère devant des Mangemorts penauds et contrits, de compter les morceaux pour tenter de reconstruire le puzzle macabre. Il s'avisa qu'il manquait un pied.

Splosh.

Le bruit était mou, humide. Les Mangemorts découvrirent avec horreur qu'un petit pied à la peau méchamment déchiquetée et dégoulinant abondamment de sang, venait d'apparaître sur le crâne chauve d'un Seigneur des Ténèbres déjà bien en colère. Cette fois-ci, Rodolphus ne put retenir les œufs brouillés et le bacon du petit-déjeuner de quitter son estomac. Quant aux autres Mangemorts, ils se voyaient déjà mourir dans les plus atroces souffrances.

Voldemort pourtant, resta de marbre. Les lèvres légèrement tordues de dégoût, il retira le pied et d'un coup de baguette, rendit une belle opalescence à son crâne de Mage Noir. Puis il pointa sa baguette sur Rookwood. Rookwood tomba à genoux dans la fange poisseuse qui recouvrait désormais le carrelage et implora le pardon du Seigneur des Ténèbres.

— Maître… nous ne pensions pas à mal. Nous cherchions un moyen pour remonter quinze ans en arrière, pour votre plus grande grandeur.

Il était bien connu qu'un Mangemort paniqué n'était pas effrayé par quelques redondances de vocabulaire. Voldemort considéra durant quelques instants la masse tremblante du Mangemort, inclina légèrement la tête avec un air inquiétant fiché sur sa face serpentine.

— Il me semblait pourtant vous avoir déjà dit que les voyages dans le temps d'une telle ampleur étaient impossibles, siffla-t-il de sa voix la plus glaciale. Encore une fois, vous ne m'avez pas écouté. Pas plus que vous n'avez écouté mon interdiction d'utiliser les elfes de maison comme cobayes. Encore une fois, une de vos expériences de magie noire a mal tournée et voici le résultat. C'est à croire que vous ne tirez aucune leçon vos erreurs. Je suis donc forcé de sévir.

L'estomac de Rodolphus se contracta à nouveau. Plié en deux, il ne put rendre qu'un peu de bile dont l'odeur nauséabonde vint se mêler aux effluves de fer chauffé à blanc qu'exhalait le sang frais.

— Rabastan, tu emmènes Rodolphus voir Belby, ordonna Voldemort.

L'ordre fit sursauter les Mangemorts. Belladone Belby était une Mangemort Médicomage.

— Puis tu reviendras ici et tu aideras les autres à nettoyer le… résultat de votre expérience. Et je confisque vos baguettes à tous.

Joignant le geste à la parole, Voldemort attira à lui les cinq baguettes de ses serviteurs facétieux.

— Deux semaines sans baguette.

— Mais… Maître, com… comment… allons-nous… net… bégaya Avery qui avait l'esprit pratique.

— Nettoyer sans votre baguette ? Termina Voldemort d'une voix dangereusement mielleuse. Très simplement. Avec des balais, seaux et serpillières. J'enverrai Bellatrix vous surveiller. À partir de maintenant, puisque les elfes de maison ont une durée de vie aussi brève que mes recommandations dans votre cervelle de jobarbille, ils ne seront plus remplacés pour s'occuper des tâches ménagères. Vous devrez vous en charger et Bellatrix vous supervisera.

Rodolphus se demanda s'il n'aurait pas préféré quelques doloris. Ça faisait mal, mais la punition était brève et on finissait par s'y habituer. Il allait sur ces pensées, alors que son frère l'entraînait vers l'infirmerie, quand son pied heurta et s'enfonça dans un corps, mou quoiqu'un peu grumeleux. Le ventre de l'elfe de maison où s'entortillaient avec enthousiasme les intestins, grêle et gros. Et Rodolphus perdit connaissance.

Ni les Mangemorts, ni Voldemort n'avait alors conscience de toutes les conséquences provoquées par cette menue expérience. Ainsi, assommé par un mal de crâne colérique, Harry Potter resta dans son compartiment tout le long du trajet en Poudlard express. Il n'espionna pas Draco Malefoy, n'eut pas le nez brisé et arriva à l'heure au festin de début d'année. Après seulement, il se rendit au bureau de Dumbledore pour lui faire part de la mésaventure dont avait été victime l'elfe de maison – mésaventure aperçut au travers des yeux de Voldemort grâce à ce lien qui les unissait. Dumbledore avait écouté calmement. Seuls ses yeux qui pétillaient plus que jamais trahissaient l'excitation nouvelle qui l'avait gagné.

C'était alors à grand peine que le très intelligent directeur de Poudlard avait camouflé un sourire satisfait en découvrant une McGonagall blême qui menait à lui un jeune homme tout aussi pâle. Ce jeune homme surgi du passé, n'avait d'autres bagages qu'un antique uniforme de Poudlard, une baguette magique et un pendentif qu'il s'était empressé de camoufler en surprenant le regard de Dumbledore.

oOoOoOo

Gryffondor ! Ces imbéciles dotés d'une intelligence digne d'une jobarbille avaient osé l'envoyer à Gryffondor ! Lui, le descendant de Serpentard ! Lui, l'intelligent, le rusé, l'unique (plus si unique que ça) Tom Riddle ? À Gryffondor ! C'était avilissant. Ça lui donnait même une mauvaise nausée qui s'ajoutait à la migraine gagnée lors de sa rencontre avec McGonagall. Le premier réflexe de la directrice des Gryffondor, en le découvrant dans son bureau, avait été de le stupefixier.

Tom suivait Potter sans mot dire, atterré par tout ce qu'il venait d'apprendre. Du 20 janvier 1942, il était passé au 1 septembre 1996, sans la moindre forme d'explication. Il ne pourrait probablement jamais rentrer dans son époque et il n'était ici, que le double de lui-même. Quelle sorcellerie était encore à l'œuvre ? Était-ce une nouvelle manigance de Grindelwald visant à le capturer (ou à le tuer, selon l'humeur du terrible Mage Noir) qui avait mal tourné ? Grindelwald...

— Grindelwald a-t-il été vaincu ? demanda-t-il à Potter alors qu'ils gravissaient les escaliers en colimaçon.

Potter s'arrêta, le fixa, d'abord surpris, avant de reprendre cette expression intéressée qui donnait des frissons au pauvre garçon du passé. Tom se demanda l'espace d'un instant si le Choixpeau ne s'était pas trompé en envoyant Potter à Gryffondor plutôt qu'à Serpentard. Ou si Potter n'était pas un descendant de Prewett.

— Grindelwald a bien été vaincu, annonça Potter (une vague de soulagement envahi Tom). En 1945, par Dumbledore. Il est à présent enfermé à Nurmengard, dans la forteresse qu'il a lui-même bâtit pour y enfermer ses opposants.

Potter soupira.

— Je suppose qu'il va falloir un certain temps pour te mettre au parfum de tout ce qui s'est passé ces cinquante dernières années.

Tom avait un don, outre celui de s'attirer des ennuis. Celui de poser les questions dérangeantes lors des gros blancs de conversation, celui-là même qui vous laisse la désagréable impression d'avoir hurlé votre question alors que vous l'aviez murmuré sur le bout des lèvres. Ainsi, tandis qu'il croisait un groupe de Serpentard dont l'un était certainement le descendant d'Abraxas Malefoy et l'autre, le descendant d'un Nott du Sud, Tom demanda :

— Mais il y a un nouveau Mage Noir, n'est-ce pas ? Ce... Voldemort ?

Tom eut comme l'impression qu'il avait gaffé. Les Serpentard – à l'exception du descendant Nott – lui jetèrent un regard où l'effroi se mêlait à la fierté hautaine et à la répugnance. Potter, lui, le dévisageait d'un air complètement stupéfait.

— $La prochaine fois que tu as des questions, pose-les en fourchelangue$, conseilla Potter dans la langue des serpents. $Voldemort est bien un Mage Noir... Tu n'as jamais entendu parler de lui ?$

Tom cilla, surpris d'entendre du fourchelangue sortir de la bouche de Potter. Intrigué aussi.

— $Euh… non ? Peut-être que ça renommé n'avait pas encore atteint Poudlard en 1942$.

— $Voldemort se trouvait pourtant à Poudlard en 1942.$

— $Ah… un professeur ?$

Au hasard. Aucun rapport avec le fait que le premier professeur de sortilège de Tom était un mage noir. Et avait vaguement essayé de le tuer alors qu'il n'était encore qu'en première année.

— $Non, un élève$.

— $Fang Bao ? Il se rendait en cachette dans la Réserve de la bibliothèque$.

Au hasard. Aucun rapport avec le fait que Bao le harcelait depuis sa première année parce que Tom avait refusé de rejoindre sa bande.

— $Euh… non.$

— $Philophore Prewett ?$

Au hasard. Aucun rapport avec le fait que Prewett était le plus fidèle et le plus enragé des amis de Bao.

Potter cilla plusieurs fois avant de lui lançait un regard inquisiteur.

— $Essaye encore.$

— $Eutropia Grayson ? Ah non... À priori Voldemort est un homme.$

Ce qui éliminait peut-être aussi Cœur-de-Glace. Restait donc…

Oh.

Ça expliquait beaucoup de choses. Les craintes à son égard, le fait que McGonagall l'avait stupefixié, la cicatrice…

— $Moi$, conclut-il.

Une lueur rouge sembla embraser les de Potter. Ça ne dura qu'une fraction de seconde. C'était si fugitif que Tom se demanda s'il n'avait pas rêvé.

— $Oui, c'est bien ton futur-toi et, à part Dumbledore et moi-même, très peu de sorciers osent prononcer son nom.$

— $Ah...$

La nouvelle le réjouissait-il ou bien l'attristait-il ? Un peu des deux peut-être. Devenir mage noir, conquérir le monde, le pouvoir, l'immortalité, oui, ça faisait partie des projets professionnels envisagés par Tom mais… Eh bien, ces derniers temps, il songeait également à devenir Auror. Pour embêter Philophore Prewett déjà. Ensuite… Il ne pouvait pas passer une année sans qu'un mage noir ne cherche à le tuer, donc autant en faire son métier, non ?

Les yeux du Gryffondor se mirent à pétiller de plus belle et Tom se demanda si ce n'était pas là la lubie des magiciens puissants et inquiétants. Il en déduisit que son futur-lui, Voldemort donc, possédait cette fascinante capacité.

— $Je suppose que beaucoup de Serpentard le servent ?$

— $En effet. Et tu viens, en prononçant son nom, de te les mettre à dos. Je pense qu'un Gryffondor n'aurait pas mieux fait$.

Tom envoya son regard le plus meurtrier à Potter, ce regard qu'il avait jeté à tant d'idiots de son époque et qui les faisait tous pâlirent de frayeur. Tom aimait lire la crainte dans les yeux des autres. Si les bulles amusées avaient quitté ceux de Potter, la crainte demeurait absente. Tom estima alors qu'il parviendrait très difficilement à intimider Potter, aussi décida-t-il de prendre une conduite plus diplomatique.

— $Hum.. et donc, qu'est-ce que j'ai manqué ?$

Potter soupira et ils se remirent en route. Potter lui résuma brièvement les cinquante dernières années, la défaite de Grindelwald, la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la guerre froide, les tensions grandissantes avec les Hermèsiens, une société alchimiste vivant en marge des sorciers. L'homme venait de marcher sur la lune (des moldus, vraiment ?) lorsqu'ils arrivèrent devant le portrait d'une Grosse Dame en robe de soie rose suspendue au-dessus d'une porte du septième étage. Si Tom, en digne héritier des fondateurs, savait que derrière se trouvait la salle commune des Gryffondor. Il garda ce détail pour lui.

Potter donna le mot de passe, Écailles de Magyar. Lorsqu'ils entrèrent, le ronronnement des conversations enthousiastes de pensionnaires se retrouvant après deux longs mois de vacances laissa place à un silence curieux. Des dizaines de paires d'yeux scrutaient le visage, très séduisant au demeurant, du nouveau venu. Une jolie noire toute menue glissa un commentaire en gloussant à une amie d'origine indienne. Pour la discrétion, c'était raté. Une adolescente rousse étouffa un cri de surprise. Avant qu'elle n'eût fait le moindre commentaire, Potter prit la parole, accrochant au passage le regard de la rouquine.

— Un nouvel élève est arrivé un peu en retard. Il s'appelle Tom Temple.

Un nom idiot en remplaçant un tout nom autant ridicule. Pour un temps du moins. Il avait été convenu que, malgré ses origines anglaises, il avait passé la première partie de sa vie en Allemagne chez une tante qui s'était également chargée de son éducation (Tom parlait à merveille allemand). Sa tante avait récemment disparu, probablement attaquée par des sorciers peu fréquentables, des Mangemorts par exemple ou des Schattenaltern nostalgiques du règne de Grindelwald. Tom préférait la seconde version. Il était donc retourné en Angleterre et avait intégré Poudlard.

Potter le lâcha rapidement en pâtures aux Gryffondor avides de questions, avec la consigne de ne rien faire d'irréfléchi.

— $Je ne suis pas un Gryffondor$, claqua Tom avec toute sa superbe de futur Mage Noir.

— Maintenant, si, répliqua Potter avec un grand sourire avant de se dirigeait vers un groupe composé d'un grand adolescent dégingandé dont la rousseur trahissait des origines Weasley, une fille avec des cheveux qui auraient fait s'évanouir d'effroi n'importe quelle brosse et la rouquine qui était assez mignonne.

Tom se composa un sourire aimable, et avec la patience la plus charmante, répondit aux questions. La moitié des filles lui faisaient déjà les yeux doux, lorsque Potter le retira sans ménagement à son cercle d'admirateurs.

— $Tu te chercheras des adeptes une autre fois, Tom$, siffla Potter en l'entraînant vers les escaliers qui montaient jusqu'au dortoir des sixième années.

Il avait été décidé de le placer en sixième année. Deux raisons à cela. Premièrement, Tom avait déjà effectué le premier semestre de la cinquième année et il aurait été idiot de faire redoubler l'élève qui avait obtenu les meilleurs résultats de l'histoire de Poudlard (même s'il ne les avait pas encore obtenus). Deuxièmement, il serait ainsi plus facile pour Potter de surveiller la version adolescente de sa némésis. Pour cette même raison, les enseignants l'avaient envoyé à Gryffondor, plutôt qu'à Serpentard. Ça et l'opposition féroce de Rogue à le voir entrer dans sa maison. Rogue avait rapidement obtenu gain de cause et avait affiché un sourire victorieux lors de la décision définitive de le placer à Gryffondor.

D'autres garçons voulurent s'immiscer dans la chambre, mais Potter leur fit comprendre que leur présence n'était pas désirée pour l'instant. Potter exerçait une autorité manifeste sur les autres Gryffondor. Il était évident, du point de vue de Tom, que se tenait devant lui, un potentiel futur Mage Noir.

Potter le fixait d'un air peu amical.

— Mettons certaines choses au point, Tom. Premièrement, tu ne te promènes jamais seul dans les couloirs. Que ce soit pour notre sécurité ou pour la tienne, puisqu'en digne Gryffondor, tu es déjà parvenu à te mettre à dos Malefoy.

La mâchoire de l'ancien Serpentard exilé dans la maison des Rouge et Or se crispa. Il prépara une réplique cinglante qui resta coincé dans sa gorge lorsque les yeux émeraude de Potter le fusillèrent.

— Deuxièmement, si tu oses ne serait-ce qu'intenter à l'un des cheveux d'un élève de Poudlard, j'en avertis immédiatement Scrimgeour, l'actuel ministre de la Magie. Depuis l'incursion de Voldemort au Département des Mystères, le Ministère est en pleine crise et il cherche à tout prix à prouver qu'ils sont efficaces. Je suis certain qu'ils sauront s'occuper d'un mini-Voldemort et qu'en comparaison, le baiser du Détraqueur sera une bien douce punition.

Si Tom se vexa à l'emploi de ce ridicule surnom, il le garda prudemment pour lui.

— Troisièmement…

Potter se tourna vers la jeune fille aux cheveux plus ébouriffés que les poils d'un matou angora en colère. Elle lui tendit un livre. « Histoire comparée du monde magique et moldue, de la Seconde Guerre Mondiale au retour de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ». La couverture très récente, encore vierge de toute éraflure, représentait un étrange bonhomme engoncé dans un scaphandre blanc plantant le drapeau américain qui flottait sur une terre grisâtre et désolée. Derrière lui, un sorcier encapuchonné et portant un masque de mort menaçait le lecteur de grand geste de sa baguette. Plus loin, des joueurs de Quidditch batifolaient joyeusement dans le ciel étoilé.

— Il faudrait que tu aies au moins feuilleté ce livre d'ici demain pour ne pas commettre d'autres maladresses qui risqueraient d'attirer l'attention sur toi. Tu as intérêt à éviter que Voldemort ne se préoccupe trop de ton cas.

Doux euphémisme, songea Tom maussade. À en juger par les grimaces de Weasley à chaque fois que Potter prononçait ce nom, Voldemort était au moins aussi redoutable de Grindelwald. Bah oui, bien sûr ! Encore un mage noir qui voulait sa peau ! Comme si Grindelwald ne lui suffisait, voilà qu'il faisait un bond dans le futur où il risquait de se faire tuer par son propre lui ! Et vu qu'à quinze ans, Tom était déjà un sorcier exceptionnel capable de survivre à une rencontre avec Grindelwald, Voldemort devait être absolument redoutable !

Tom opina sans broncher. Puis Potter et son cercle privé le laissa enfin tranquille et Tom tenta de se concentrer sur le livre que Hermione Granger lui avait prêté. La tâche se révéla relativement ardue lorsque la masse bruyante des Gryffondors, même s'ils n'étaient que trois – Neville Londubat, Dean Thomas et Seamus Finnigan – retournèrent dans leur dortoir. Ils entreprirent de lui faire la conversation. Tom leur manifesta froidement qu'il n'était pas disposé à discuter.

Tom poursuivit sa lecture, bien après que le silence du sommeil soit retombé dans la pièce, déchiffrant les petits caractères d'imprimerie à la lueur de son Lumos. Dévorer ces pages d'histoire lui donner la sensation de rattraper les années qui s'étaient enfuies, et de se raccrocher à un présent qui lui échappait. Il était bien tard, lorsque, la nuque douloureuse et les yeux brûlants, il abandonna sa lecture. Il tourna et se retourna dans son lit, malgré la fatigue qui étreignait la moindre fibre de son corps, malgré le décalage horaire consécutif au bond dans le temps qui l'avait épuisé. Il lui semblait alors que le sommeil était un vieillard tout en os qui souriait d'un air sardonique, révélant des chicots noirs plantés dans une gencive jaunâtre empestant le soufre. Et le sommeil se moquait de lui, de sa faiblesse, de sa détresse.

Car en vérité, Tom était terrifié. Toute sa vie, il avait gardé le contrôle des événements, dans une certaine mesure. Même face à Grindelwald ou à Dumbledore, Tom ne s'était jamais senti aussi démuni. Il ne comprenait pas ce qui lui était arrivé. Un instant, il étudiait calmement un ouvrage de botanique au chapitre des arbres fruitiers pour ses BUSES et l'instant d'après, il se retrouvait dans le bureau de McGonagall. Entre ces deux instants, ce simple battement de paupière, cinquante-quatre ans s'étaient écoulés. Mais les voyages dans le temps d'une telle ampleur étaient impossibles.

C'était physiquement, magiquement, strictement impossible.

Pourtant il se retrouvait dans cette époque où Grindelwald se morfondait à Nurmengard, où c'était lui-même qui semait la terreur en Angleterre, où les filles portaient des pantalons et où les Gryffondors parlaient fourchelangue. Tom n'avait plus de repère. Il en trouverait d'autres bien sûr, ce n'était qu'un contre-temps que le mauvais sort mettait sur son chemin. Pour l'instant seulement, il était perdu. Pour la première fois de sa vie, il se sentit horriblement seul.

Enfoui sous ses couvertures, Tom se recroquevilla sur lui-même, sa main fine et délicate enserrant le pendentif qu'il portait depuis plusieurs mois, la seule chose désormais qui le rattachait à son passé, à son époque, avec sa baguette. Il entendait son souffle saccadé, sentait le sang pulsait à ses tempes. Il était bien vivant, bien réel. Il était réel !

Les mots de Dumbledore lui laissaient un atroce goût amer en bouche. N'était-il qu'un double de lui-même, un fantôme d'homme, une pâle copie ? Son ventre se tordit douloureusement alors qu'il considérait cette hypothèse.

Que ferait Voldemort lorsqu'il apprendrait l'existence de ce double ? Car nul doute qu'il finirait par l'apprendre. Tom avait déjà lu suffisamment de grimoires de Magie Noire pour édifier des hypothèses terrifiantes à même de réduire le plus courageux des Gryffondors à un chaton épouvanté.

Et Tom eut la tentation facile de pleurer. Mais il ne pleura pas.


Eh voilà, la suite la semaine prochaine, avec la reprise des cours pour Tom !
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