Hé ! Pour une fois, je tiens le rythme ! Il y aura peut-être une pause durant le NaNoWriMo, ou peut-être pas. J'essaye de prendre un maximum d'avance pour ne plus avoir que les chapitres à poster en novembre.

Katymyny Vector... a quelques secrets. Et un comportement suspect. Hâte de révéler ses motivations ! Ouais, Slughorn et Hagrid, même combat : "oups, j'aurais pas dû dire ça" XD. L'horcruxe de Voldemort dans Harry va influencer les relations entre Tom et Harry, c'est sûr... mais dans quel sens ?


Chapitre 3 : Le sort d'un enquiquineur

Tout ceci était d'une telle absurdité qu'il avait envie de pleurer.

Après quelques errances affolées dans le dédale de Poudlard, Tom s'était réfugié dans la Salle sur Demande. Elle avait pris l'aspect d'un petit salon chaleureux doté d'un canapé couleur rouille faisant face à un feu qui ronronnait dans l'âtre. Recroquevillé sur lui-même, les genoux ramenés contre sa poitrine, Tom se demandait comment il avait pu avoir ce geste malheureux, digne du moldu le plus stupide.

Digne de Brus.

Tom frissonna légèrement malgré la douce chaleur des flammes. Il enfouit son visage contre ses genoux alors que des souvenirs si récents pour lui et pourtant si anciens, venaient le harceler. Il repensa à l'orphelinat. Brus Bergsonn était arrivé avec le début de la guerre contre les Allemands. C'était une grande brute qui n'avait pas suffisamment de cervelle pour être intimidé, mais assez de méchanceté pour se faire craindre. Tom l'avait découvert en rentrant de sa troisième année, en juillet 1940. Étant un sorcier de premier cycle, l'usage de la magie hors de l'enceinte de Poudlard était prohibé. Les autres orphelins, bien que particulièrement idiots, avaient déjà remarqué que les phénomènes étranges se produisant d'ordinaire autour de Tom avaient cessé. En l'espace de quelques jours, Tom était donc passé du statut de roi des fiers Serpentard à bouc émissaire de méprisants et méprisables moldus. Mais Tom était Tom. Même sans magie, il était parvenu à attirer un nombre incalculable d'ennuis à Brus.

Chaque jour passé à l'orphelinat, à subir des moqueries lorsque ce n'était pas des coups, à craindre la chute des bombes, à souffrir des restrictions, alimentait la rancœur de Tom à l'encontre des moldus. Nul doute que Brus n'avait pas survécu à l'arrivée de Voldemort.

Et lui, combien de temps survivrait-il ?

Cette nouvelle époque lui semblait plus hostile encore que les moldus. Potter ne tarderait pas à le retrouver. Alors… Alors Potter se vengerait du mal que son lui du futur avait pu lui infliger, tout comme les enfants de l'orphelinat, comme Billy Stubb ou Dennis Bishop, s'étaient vengés dès lors qu'ils avaient compris qu'il n'y avait plus de danger. Seule la douce Emily Maitland ne l'avait jamais trahi.

Désormais, elle n'était même plus là pour lui.

Ridicule Riddle qui n'avait pas su retenir sa colère. À présent, il allait le payer très cher. Il lui faudrait beaucoup de chance pour s'en sortir vivant. De la chance ! Soudain gagné par un nouvel espoir, Tom tira la petite fiole de sa poche. De la chance liquide… Il l'avait gagnée. Sans tricher. Ou un tout petit peu. Devait-il l'utiliser maintenant ? Ou attendre encore un peu ?

Prudent comme à son habitude, mais revigoré par la vision du liquide dorée, Tom préféra dans un premier temps, étudier le livre de potion. Il était usé et sale, avec ses pages cornées et ses marges griffonnées.

Specialis revelio !

Il donna des petits coups secs sur la couverture, mais rien ne se produisit. À priori, le livre n'était pas ensorcelé.

Temporalis revelio !

Une date apparut alors en petites lettres argentées. 1976. Celui qui avait couvert les pages de son étroite écriture avait donc acquis ce livre vingt ans auparavant. Tom feuilleta rapidement le livre et découvrit, écrit en pattes de mouche, en bas de la dernière page de couverture :

« Ce livre appartient au Prince de Sang-Mêlé ».

Prince de Sang-Mêlé ? Tom fronça des sourcils. Voldemort ? Il écarta rapidement cette hypothèse : ce n'était pas sa belle écriture si élégante qu'il avait sous les yeux. Et 1976 ?

Tom ne put aller plus loin dans ses réflexions : la porte s'ouvrait. Vif comme un serpent, Tom sauta derrière le canapé, baguette à la main, prêt à défendre chèrement sa peau. Il était Tom Riddle, le descendant de Salazard Serpentard ! L'un des meilleurs duellistes de Poudlard ! Il n'y avait guère qu'Eutropia Grayson pour rivaliser avec lui. Et peut-être Philophore Prewett. Et Coeur-de-Glace, mais elle, elle trichait ! Et Fang Bao. Bon… Tom préféra s'arrêter là dans son énumération mentale. De toute façon, tous ceux-là appartenaient au passé.

C'était Potter qu'il affrontait aujourd'hui.

Bien qu'ayant sorti sa baguette et visiblement sur ses gardes, Potter ne semblait pas agressif. Une ruse ? En digne Serpentard, Tom attendit avant d'agir.

— Je ne suis pas venu en ennemi, annonça Potter d'une voix posée.

Comment le croire ?

— Ron s'est montré excessivement virulent, il l'a lui-même reconnu.

— Et alors ? répliqua l'ancien Serpentard méfiant.

— Alors, on ne te livrera pas aux Aurors pour si peu. Mais il faut que tu nous donnes le Felix Felicis.

— Non ! Je l'ai gagné !

Potter planta son regard émeraude dans celui ébène de Tom. Il était grave, posé tout en conservant une sérénité qui troubla profondément Tom. Potter s'avança, calme en dépit de ses doigts fermement serrés sur sa baguette.

— Oui, tu l'as gagné. Oui, il te revient de droit. Et oui, tu pourras l'utiliser. Mais pas pour l'instant. Tu comprendras que compte tenu des circonstances, on ne peut s'empêcher d'être prudent.

— Je veux juste rentrer chez moi.

Cette phrase avait quitté d'elle-même la bouche de Tom, cristallisant à elle seule toute sa détresse. Tout était si différent et si semblable à la fois… Même lui ! Il avait parfois des pensées, des actions qui ne lui ressemblaient pas, comme si une étrange dissonance s'était glissée dans son âme à travers le voyage dans le temps. Alors Tom n'avait plus qu'un souhait : retrouver son époque, son Poudlard et même son orphelinat. Retrouver la normalité. L'image d'Emily s'imposa à son esprit, elle, son joli visage un peu pointu et ses yeux gris perlés en amande. Curieusement, il en tira un certain réconfort. Mais Potter était toujours là, à le dévisager de ce regard acéré qu'il redoutait tant.

— Rentrer chez toi ? Dumbledore l'a dit, c'est impossible.

— Dumbledore peut se tromper !

Potter marqua une hésitation. Même quand il hésitait, tout dans ses mimiques, dans son attitude, évoquait Dumbledore.

— Voldemort l'a aussi dit, déclara finalement Potter.

— Tu mens !

— Vraiment ? Sens-tu du mensonge en moi ?

Tom effleura prudemment l'esprit de Potter. Aucun mensonge n'en suintait. En revanche… C'était troublant. Tom crut sentir dans l'esprit de Potter, une présence à la fois familière et effrayante. Ce n'était qu'une vague impression, comme s'il avait entraperçu une silhouette glaciale dans la brume qui avait aussitôt rampé pour se dissimuler dans les profondeurs les plus sombres. Sans doute n'était-ce que le fruit de son imagination.

Potter ne mentait pas. Ça, c'était certain. Restait l'impossibilité du voyage temporel et ça, ça le déprimait. Vaincu, Tom tira la fiole de sa poche et la tendit à Potter qui s'en saisit avec un hochement de tête approbateur.

— C'est un prix très précieux que tu as gagné aujourd'hui. Il aurait été dommage de l'utiliser pour une tâche vaine.

En proie à un mauvais vertige de désespoir, Tom se laissa tomber sur le canapé. Il fixait obstinément ses belles mains fines et délicates. Comment il avait pu en arriver là ? Tomber aussi bas ? Même cet abattement ne lui ressemblait pas… Il était à présent si faible, si pitoyable et dans le même temps, si vivant !

Il sentit à l'incurvation du coussin que Potter s'asseyait à côté de lui.

— Tout n'est pas perdu, dit Potter.

— Si, tout est perdu. Tu ne comprends pas. Ce n'est pas mon époque.

Tom avait des amis en 1942. Eutropia Grayson, Abraxas Malefoy, Heliodore et Callidora Nott, Coeur-de-Glace. Emily Maitland. Combien étaient encore en vie aujourd'hui ?

— Maintenant, ça l'est, affirma Potter d'une voix douce. Ce n'est pas un échec et encore moins une malédiction, Tom. Tu dois voir cela comme une seconde chance.

Tom lâcha un rire nerveux.

— Une seconde chance pour quoi ? Pour faire mieux que Voldemort et ne pas me laisser avoir par un nourrisson ? Ou pour racheter ses fautes ? Mais Voldemort ce n'est pas moi et ça ne sera jamais moi. Plus maintenant. Je ne suis pas Voldemort. C'est tout. Il n'y a rien à redire.

Potter hocha de la tête.

— C'est vrai, tu n'es pas Voldemort. Tu deviendras quelqu'un d'autre.

— Pourtant, on se méfie de moi, souffla Tom avec amertume.

On lui reprochait les actes qu'un autre avait commis, Lord Voldemort. On le traitait comme un monstre, une menace sur le point d'exploser. C'était injuste. Et blessant.

— Difficile de ne pas se méfier de la version adolescente du plus grand mage noir de tous les temps, répondit Potter d'une voix douce. Toi-même, ne te serais-tu pas méfié si Grindelwald débarquait en version adolescente ?

Avec beaucoup de réticence, Tom reconnut que oui, il se serait montré méfiant si la version adolescente de Grindelwald avait débarqué à son époque. L'aurait-on placé à Serpentard sous la surveillance de Tom Riddle le préfet ? Peut-être. Le jeune Grindelwald et Eutropia dans la même maison donc. Aoutch. Tom grimaça à cette pensée.

Tom réalisa qu'il s'était perdu dans ses pensées et que Potter le fixait d'un air intrigué.

— Ouais, bon, admettons, grommela-t-il pour se donner contenance. Je n'aurais pas vu d'un bon œil qu'un Mini-Grindelwald arrive à Poudlard en 1942 et lui n'a pas tué mes parents.

Comment pourrait-il gagner la confiance de Potter alors qu'il était le double de l'assassin de ses parents ? C'était impossible ! Et même, à bien y réfléchir, Potter se montrait étrangement courtois envers lui. C'était suspect. Il fallait redoubler de prudence.

— C'est Voldemort qui a tué mes parents, pas toi, répliqua Potter d'une voix un peu tendue. J'essaye de vous voir comme deux personnes différentes.

Espèce de Gryffondor naïf à l'esprit chevaleresque, songea Tom.

Potter lui montra sa baguette.

— Elle contient une plume de phénix, issu du même phénix qui a servi pour ta baguette. Lorsqu'il me l'a vendue, Ollivander m'a dit que tu étais appelé à faire de grandes choses. C'est toujours vrai. Tu es capable du meilleur comme du pire. Tu peux devenir un autre Mage Noir et prendre la place de Voldemort comme tu peux participer à sa chute et à la paix dans le monde sorcier. Tu te retrouves comme Voldemort avant qu'il n'ouvre la Chambre des Secrets : avec encore le choix sur ton sort. Tu peux choisir de ce que tu vas devenir. Tu as pour cela un avantage sur nous tous : tu sais ce que tu deviendras si tu suis les traces de Voldemort.

Voilà un discours parfaitement Gryffondor, que Dumbledore aurait pu prononcer. N'était-il pas intervenu en faveur de Grindelwald après son arrestation ? Les Gryffondor cherchaient toujours à tout sauver. Enfin, sauf Fang Bao et Philophore Prewett.

— Tu as la vie devant toi, poursuivit Potter. Tu ne dois pas l'oublier.

— La vie devant moi... si Voldemort ne me met pas la main dessus avant, grogna Tom.

Alors des étincelles pétillèrent dans le regard de Potter. Il posa sa main sur l'épaule de Tom . L'adolescent du passé sursauta, troublé par une telle familiarité. Sursauter, voilà encore une habitude qu'il avait acquise dans cette nouvelle époque.

— Ne t'inquiète pas pour Voldemort. Je suis le plus grand enquiquineur de mage noir de tous les temps, avoua Potter sur le ton de la confidence.

— Hé ! Je suis assez doué dans le genre !

La plaisanterie lui avait échappé. C'était une vieille blague qu'il avait avec Eutropia Grayson et Coeur-de-Glace, dans la mesure du moins, où cette dernière comprenait l'humour, ce dont Tom doutait parfois.

Potter cilla, étonné par cette dernière remarque.

— Chaque année depuis que je suis à Poudlard, il y a un Mage Noir différent qui cherche à m'assassiner, expliqua Tom estimant qu'il avait tout intérêt à se vanter de cet exploit. En première année, c'était le professeur de Sortilège. En deuxième année, j'ai été possédé par l'esprit d'un très vieux Mage Noir emprisonné dans une souche. En troisième année, j'ai suivi des personnes douteuses à Pré-au-Lard, qui se sont avérés être des Mages Noirs au service de Grindelwald. Et en quatrième année, c'est Grindelwald lui-même qui m'a tendu un piège.

Tom hésita légèrement puis ajouta :

— En fait, je ne comprends même pas comment Voldemort a pu ouvrir la Chambre des Secrets quelques semaines après mon euh… départ. Je veux dire : c'est vachement dangereux un basilic, héritier de Serpentard ou pas.

Ce n'était pas tout à fait exact. Tom avait une idée de ce qui avait pu le conduire à ouvrir la Chambre des Secrets. Une idée qui impliquait Eutropia Grayson et Fang Bao. Inutile de le préciser cependant.

— Cette année-là, j'espérais surtout ne pas manquer de mourir encore une fois à cause d'un mage noir. Une année normale quoi, sans passage à l'infirmerie en juin.

Les révélations eurent l'effet escompté. Potter gloussa d'un air entendu :

— Oh comme je te comprends !

Le futur lui semblait soudain bien moins sombre et incertain. En digne Gryffondor, Potter était niais et naïf. En utilisant Voldemort comme ennemi commun, peut-être Tom parviendrait-il à gagner sa confiance.

Tom ramassa ses affaires pour quitter la Salle sur Demande et rejoindre la tour des Gryffondor à laquelle on l'avait condamné. Il vit le livre du Prince de Sang-Mêlé. Il marqua une pause que Potter nota sans faire de commentaire. Devait-il lui faire part de sa découverte ? Délicate question qui n'aurait pas sa réponse ce soir.

Ils sortirent dans le couloir du septième étage. Un groupe d'élèves, principalement composé de Gryffondor, mais aussi de quelques Serdaigle et Poufsouffle discutaient paisiblement. En apparence. Car en réalité, ils tremblaient d'une agitation fébrile et de nombreux regards convergeaient vers Potter.

— $Juste une précaution$, précisa-t-il.

— $Ils savent que...$

— $Non$.

Tom se détendit légèrement. Son identité était encore gardée secrète. Dans ce cas, que faisaient-ils tous là ? Potter rouvrit la porte en bois verni très peu de temps après l'avoir fermée. Le salon chaleureux avait laissé la place à une pièce spacieuse, illuminée par des torches semblables à celles qui éclairaient les cachots. Des bibliothèques s'alignaient le long des murs et de grands coussins en soie tenaient lieu de sièges. Au fond, des étagères étaient surchargées de toutes sortes d'instruments tels des Scrutoscopes ou des Capteurs de Dissimulation. La plupart des élèves se laissèrent tomber sur les coussins avec l'aisance que conférait l'habitude. D'autres, minoritaires, se firent plus hésitants. Tom devina qu'il s'agissait là de novices parmi les adeptes de Potter. Car Potter était sans conteste leur meneur. Il se tenait désormais au centre. Ses deux fidèles lieutenants, Granger et Weasley, veillaient à ses côtés.

Tom prit place sur un cousin et observa, attentif au moindre détail.

Potter prit la parole et le brouhaha surexcité se tut pour ne laisser plus que le silence. Lorsqu'il parlait, Potter avait un certain charisme malgré son aspect rachitique.

— Merci à vous tous d'être venus aussi promptement. Je suis heureux de voir parmi vous des visages familiers, mais aussi des nouveaux visages. Cela signifie que malgré les événements du Département des Mystères, malgré le retour avéré de Voldemort, vous avez gardé la volonté de vous battre.

— Surtout avec le retour de Vo... Voldemort ! lança une Poufsouffle que Tom identifia à la longue natte auburn qu'elle portait dans le dos comme étant Susan Bones.

Bones eut droit à un sourire de la part de Potter.

— Oui, surtout. J'espère que vous avez tous conscience des risques que vous prenez en décidant de rejoindre l'AD. Voldemort et ses Mangemorts sont extrêmement dangereux. L'an dernier, nous nous étions rassemblés parce que nous n'avions pas de réel cours de défense contre les forces du Mal. Alors pourquoi se réunir cette année, me demanderez-vous ?

— Rogue ! lança un autre Poufsouffle avec les yeux brillants de malice des cheveux blonds comme les blés.

— Oui, Rogue ! Appuya Neville Londubat.

— Non, corrigea Harry. Même si cela me coûte à le dire, je pense que Rogue peut nous apprendre beaucoup de choses en matière de lutte contre les forces du Mal. Si je vous ai réuni à nouveau, c'est pour une autre raison. L'an dernier, l'AD a prouvé qu'elle avait suffisamment de poids pour contrecarrer les plans de Voldemort. Peut-être cherchera-t-il à s'en prendre à nous, ou à nos familles. Peut-être nous considérera-t-il comme négligeables. Dans un cas comme dans l'autre, nous devons apprendre à nous défendre, car maintenant que Voldemort a révélé son retour au Ministère, il est plus dangereux que jamais. Il n'est plus obligé d'avancer discrètement. Il est désormais libre de laisser éclater au grand jour son potentiel destructeur. C'est pourquoi je vous ai rassemblés. Parce que même si nous sommes en sécurité à Poudlard, nous n'y serons pas indéfiniment. Et lorsque nous partirons, nous serons tous en danger.

Et lorsqu'il quitterait Poudlard, analysa Tom avec intérêt, Potter aurait une armée à son service, pour le défendre de Voldemort... et peut-être pour prendre le pouvoir.

Granger qui était vraisemblablement le second de Potter, déclara que cette première séance était destinée à revoir les bases et à évaluer le niveau des nouveaux venus. Mais avant tout, chacun devait écrire son nom et son prénom sur un parchemin. Les anciens de l'AD opinèrent d'un air entendu, parfois résigné, alors que les nouveaux eurent la désagréable impression de signer un pacte difficile à briser. Lorsque le parchemin arriva entre les mains de Tom, l'ancien Serpentard identifia le maléfice dont il était imprégné. Le regard de Potter le brûla. Il n'eut d'autre choix que d'y inscrire son nom, tout en se demandant encore une fois, quelles étaient les intentions réelles de Potter.

Puis on se leva pour se répartir par équipe de deux. Comme c'était à prévoir, plusieurs jeunes filles se disputèrent le privilège de travailler avec le mystérieux et séduisant nouveau Gryffondor : Tom Temple. Autant par prudence que par délectation, Tom laissa les furies se battre entre elles. Jusqu'à l'arrivée de Potter.

— Je me mettrai avec lui, dit Harry pour la plus grande déception de Parvati Patil.

Lavande Brown haussa des épaules. Elle reporta vite ses ardeurs sur Weasley, sous le regard noir de Granger.

Des experliamus retentirent dans toute la pièce. Des baguettes volèrent dans la plus grande pagaille, alors que des coussins ou des livres étaient expulsés de leur support par des sortilèges mal orientés. D'autres élèves travaillaient la stupéfixion ou le charme du bouclier.

— C'est inutile, siffla Tom avec un certain agacement. Je maîtrise déjà tous ces sorts.

— Je sais. Mais maîtrises-tu le Patronus ?

Tom se rembrunit. Le Patronus relevait d'une magie très avancée, très complexe et malgré ses nombreux essais, il n'était pas parvenu à en conjurer un. À sa connaissance, aucun sorcier de leur âge n'avait réalisé un tel exploit.

Spero Patronum ! s'exclama Potter devant le scepticisme affiché de Tom.

Doucement au début, puis de plus en plus vite, une vapeur argentée quitta le houx de la baguette de Potter. La nébulosité se condensa peu à peu pour former un magnifique cerf opalescent, doté d'imposantes ramures et d'un port incroyablement fier. Tom resta sans voix.

Potter et son Patronus étaient désormais au centre de toutes les attentions. D'une légère flexion du poignet, Potter intima l'ordre au cerf d'argent de se déplacer parmi les rangs de l'AD. Alors, comme d'un seul homme, comme répondant à un appel tacite, avec un grand sourire sur le visage, les anciens de l'AD s'écrièrent :

Spero Patronum !

Bientôt la Salle sur Demande fut envahie de toute sorte de créatures irradiant d'une lueur sélénite. Ici un chat élégant, là une belle chèvre argenté et là-bas une loutre agile. À l'instar de la petite demi-douzaine de nouveaux membres de l'AD, Tom resta bouche bée.

Potter fit disparaître le sien.

— Le sortilège du Patronus est un sortilège très puissant et très précieux, car il vous permet de vous protéger, vous et ceux que vous aimez, contre des créatures aussi ténébreuses que les Detraqueurs. Ceux qui en ont entendu parler, ont certainement entendu dire qu'il s'agissait-là d'un sortilège avancé, extrêmement difficile à maîtriser. C'est vrai. Je pense ne pas me tromper en disant que de nombreux Mangemorts sont incapables d'en conjurer. Le Patronus n'est pas seulement une question de puissance. Il est l'incarnation des pensées positives de l'auteur. Les Mangemorts ont trop de noirceur en eux pour permettre à leur Patronus de se manifester. Peut-être que Voldemort lui-même ne maîtrise pas le Patronus. Alors, pensez-y. Vous maîtrisez ou maîtriserez bientôt un sortilège inaccessible à Voldemort.

Ces dernières paroles eurent un grand effet dans la Salle sur Demande. Si quelques minutes plus tôt, les membres de l'AD regardaient leur Patronus avec un amusement bon enfant, c'était désormais avec un respect nouveau qu'ils observaient les gracieux animaux argentés.

— Il pourrait être notre symbole, suggéra Londubat.

La question surprit Potter. Avant qu'il n'ait réagi, Weasley sauta sur l'idée :

— Vous-Savez-Qui sème la terreur avec la Marque des Ténèbres. Nous pourrions ainsi lui répondre qu'il ne nous effraye pas, nous les combattants de l'AD.

S'en suivit un joyeux brouhaha où chacun manifestait un peu plus son enthousiasme à adopter le Patronus pour symbole de leur armée. Ça piaillait dans tous les sens, avec des petites voix si aiguës que Tom en avait la migraine.

En pleine réflexion, il faisait machinalement rouler sa baguette contre ses doigts. Les hypothèses de Potter étaient-elles fondées ? Elles étaient certes suffisamment niaises pour satisfaire ce vieil ahuri de Dumbledore, mais étaient-elles fondées ? À contrecœur, Tom devait reconnaître qu'il s'agissait-là d'une explication plausible au fait que lui, malgré toute sa puissance, malgré tout ce sang exceptionnellement chargé en magie qui circulait dans ses veines, ne parvenait à conjurer que quelques volutes maigrichonnes.

— Il y a un problème, grogna un Poufsouffle assez vindicatif. À supposer qu'un jour, ce dont je doute, nous soyons amenés à signer du Patronus, nous ne pourrons pas le laisser sur place.

— On peut inventer un sortilège qui a juste la forme du Patronus, répliqua Granger assez emballée par l'idée. Je pourrais y travailler...

Son regard tomba sur Tom qui eut un mauvais pressentiment.

— Oui, je pourrais inventer un tel sortilège avec l'aide de Tom.

Peu enthousiaste à l'idée de travailler avec une Sang-de-bourbe, Tom inclina cependant la tête pour signifier qu'il était d'accord. Étouffer les soupçons.

— Il faut cependant choisir une forme, intervint Potter qui n'était guère convaincu. Nous avons tous des Patronus différents et...

— Le cerf ! lança une Serdaigle de septième année avec des origines asiatiques.

Tom n'aurait jamais toléré qu'on lui coupe ainsi la parole, à la différence de Potter, soudain décontenancé. Un léger rouge échauffait ses joues.

— Nous pouvons prendre le cerf, poursuivit la Serdaigle, le Patronus de l'Elu, de celui-qui-à-survécu face à Vou... V... (elle inspira) Voldemort. Et nous sommes l'AD... les initiales correspondent aussi à the Deer's Army, l'armée du cerf.

Granger proposa de porter le sujet au vote et la marque ressemblant à un cerf-patronus fut adoptée avec une majorité écrasante.

— Bon... eh bien... soit, accepta Potter un peu gêné. Euh... hem, ceci étant dit, remettons-nous au travail.

Potter reporta son attention sur Tom. Étrange. Potter semblait soulagé de ne plus être le centre des attentions.

— Travaillons ce patronus !

Il s'empressa d'ajouter, comme s'il lisait dans les pensées de la version adolescente de Voldemort :

— Tu n'es pas lui. Je crois que tu pourras y parvenir.

Une caractéristique des Gryffondor, en dehors de leur instinct de survie quasiment inexistant expliquant leur courage suicidaire, était l'entêtement qu'ils mettaient dans les tâches désespérées, dès lors que ces tâches allaient dans le sens du plus grand bien. Si Emily Maitland avait été une sorcière, elle serait certainement allée à Gryffondor.

Tom avait beau cracher cette maudite incantation, raviver son souvenir le plus heureux, et mobiliser toute son exceptionnelle puissance magique, ses efforts se révélèrent vains. Tout ce cirque ne servait qu'à l'épuiser un peu plus à chaque fois. Était-ce un plan de Potter pour l'affaiblir ? Il ne pouvait pas l'exclure. Il n'y croyait pas non plus.

Spero Patronum ! Spero Patronum ! Tu vas sortir saleté ! siffla Tom en secouant rageusement sa baguette.

Pour toute réponse, sa baguette lâcha un pet argenté.

— À quoi penses-tu ? demanda Potter.

Son ton était si calme que Tom eut envie de lui sauter à la gorge. Au lieu de cela, il répondit presque poliment :

— À mon souvenir le plus heureux. Le jour où j'ai appris que j'étais un sorcier.

Potter opina d'un air compréhensif qui irrita plus encore l'ancien Serpentard. Que pouvait-il savoir ? Il ignorait ce que grandir dans un orphelinat moldu impliquait, de voir ce qui était invisible à leurs esprits étriqués, de faire chose qu'ils étaient incapables de comprendre... et d'être traité de monstre, de créature mauvaise, de fou ! Potter avait-il vu les médecins défiler les uns après les autres ? Mrs Cole avait même fait venir un exorciste ! Parce que parler aux serpents serait démoniaque !

Si Dumbledore n'était pas venu lui annoncer qu'il était bien sorcier et non fou, que sa magie était réelle et naturelle, Tom aurait été interné dans un asile ! Emily avait surpris une conversation téléphonique de Mrs Cole, le lendemain de l'excursion d'été au bord de la mer où il s'était amusé à effrayer cette cruche d'Amy Benson et ce benêt de Dennis Bishop. La douce Emily avait aussitôt averti Tom. S'il n'arrêtait pas, Mrs Cole l'enfermerait avec les fous ! Mais il n'était pas fou. C'était eux. Il les haïssait. Il les haïssait depuis tellement de temps, ces stupides, ces insipides moldus trop aveugles pour s'émerveiller du monde auquel seul Tom avait accès ! Il n'y avait qu'Emily qui échappait à sa haine. Elle n'était pas jalouse de son don, elle, de ses talents exceptionnels ! Juste un petit triste peut-être, de ne pas pouvoir partager son univers.

Potter eut le tact de ne faire aucun commentaire, à moins que ce ne soit le regard noir que lui jeta Tom qui l'en dissuada. D'un hochement de tête, il encouragea simplement Tom à reprendre le sort, encore et encore. Était-ce pour le punir ? Pour affirmer sa supériorité ?

Enfin la séance de torture cessa. Potter renvoya les membres de l'AD après leur avoir remis à chacun un faux Gallions soumis à un sortilège Protéiforme leur permettant de communiquer entre eux. Il ne resta plus dans la Salle sur Demande que Potter et ses fidèles lieutenants. Potter et Granger fixèrent Weasley qui se tortillait nerveusement les doigts.

— Il paraît qu'il faut que je m'excuse, lâcha-t-il d'un ton bourru. Ben voilà, c'est fait. Ma conduite était digne de Malefoy.

Il cracha ce dernier nom. Tom acquiesça légèrement.

— Je ne suis pas dupe, lança-t-il au meneur de l'AD. Tu me crains !

— Je te crains ?

La question irrita plus encore Tom.

— À plusieurs reprises aujourd'hui, tu as dit que tu n'avais pas l'intention de réunir l'AD et pourtant, tu l'as fait. À cause de moi. Tu me crains, c'est pourquoi, lorsque tu es venu me chercher, tu as rassemblé ton AD. Tu voulais qu'ils puissent intervenir, si je ne me montrais pas coopératif. Mais comme tu ne pouvais leur avouer ma véritable identité, tu as prétexté avoir changé d'avis. Et pour mieux me surveiller, tu m'as enrôlé dans ta stupide armée. Mais je ne suis pas dupe, tu me crains. En défense, tu as refusé de travailler avec moi et ce soir encore, tu as voulu m'intimider avec un sort que je ne peux pas lancer. Cela t'évite ainsi d'avoir une confrontation directe avec moi. Car tu me crains, vous me craignez tous, je le sais, je le sens !

Cette odeur désagréable, agressive d'ammoniac. La peur. Voilà un inconvénient d'être legillimens. Cette infâme pestilence ne cessait de le poursuivre, alors que tous redoutaient sa puissance, l'usage qu'il en ferait, ce qu'il deviendrait. Tom sentait la peur des gens à son égard, mais les gens niaient souvent leur méfiance avec des sourires crispés, hypocrites.

À sa grande surprise, Potter acquiesça.

— Oui et non, dit-il imperturbable. Si je te craignais réellement, j'aurais prévenu Dumbledore pour qu'il intervienne. Je ne l'ai pas fait. Sais-tu pourquoi ?

Tom garda le silence, rageur.

— Je te l'ai dit, tu es capable de faire de grandes choses. Il serait dommage que tout soit gâché pour un geste malheureux. J'ai préféré calmer le jeu en gardant cette histoire entre nous. Oui, je suis prudent. Non, je ne te crains pas. Non, je ne voulais pas t'intimider en t'apprenant le Patronus. Je crois sincèrement que tu y parviendras un jour, si tu le choisis. Et si j'évite une confrontation, ce n'est pas parce que je te crains, mais simplement parce que nos baguettes sont jumelles. Priori Incantatum, en as-tu entendu parler ?

Oui, il en avait entendu parler et se sentit soudain idiot de ne pas y avoir pensé plus tôt.

— L'AD n'est pas seulement là pour te surveiller. Elle est surtout là pour protéger et défendre. Et tu pourrais beaucoup lui apporter.

Tom rit, mais c'était un rire nerveux et sans joie qui résonna contre les murs de la vaste pièce.

— Voilà ! Nous y sommes ! accusa-t-il. En vérité, tu veux m'utiliser contre Voldemort.

Potter détourna le regard, gêné. Honteux peut-être.

— Aussi, avoua-t-il du bout des lèvres.


Voilà, fini pour cette semaine. Un petit commentaire pour la route ?