Encore une fois dans les temps, ouf !
Katymyny Je crois que beaucoup de lecteur ont envie de savoir ce que j'ai prévu comme Patronus pour Tom. La réponse est... *roulement de tambour* je ne m'en souviens plus ! C'était il y a dix ans, voilà, voilà... Et je changerai probablement d'avis par rapport à ce que mon moi d'il y a dix ans avait choisi. Pour le lien de Tom avec l'horcruxe de Harry, je ne dirais qu'une chose : SPOILER ! Voilà. c'est tout. Oui, Tom a besoin de bcp se déconstruire, c'est peu de le dire... C'est un peu le jeune double de Voldy ! Et il vient d'une autre époque. Mais il va y arriver. Enfin, je crois.
Note : En italique les extraits de HP6 (vu que c'est une fic alternative au tome 6). Double titre du chapitre : titre du chapitre présent/titre de HP6 correspondant. $Fourchelang$
Chapitre 4 : Le sort auquel tu ne dois pas échapper/La maison des Gaunt
Le mercredi à la première heure, Tom avait un cours d'histoire de la magie. Avec une certaine satisfaction, il s'y rendit sans l'escorte du trio infernal. Il n'était toutefois pas certain de gagner au change : entre les sœurs Patil et Lavande Brown qui ne cessaient de glousser dans son dos (il les soupçonnait d'avoir pris cette option uniquement pour profiter de sa compagnie), Dean Thomas et Seamus Finnigan qui se disputaient encore une fois pour savoir lequel, du Quidditch ou du football était le sport le plus physique, Tom se surprenait à regretter Potter avec qui il usait du fourchelangue ou Hermione qui était à même de lui tenir tête dans un débat intéressant (dans la réalisation du philtre de Crokdent, fallait-il chauffer à 200°C pour accélérer la réaction, sachant qu'il y avait un risque de carbonisation ?).
Alors qu'il préparait soigneusement ses affaires pour écrire son cours, disposant encrier, plumes et parchemins sur la table, il remarqua que Dean Thomas et Seamus Finnigan le dévisageaient depuis leur propre table. Ils attendaient sans doute une réponse.
— Donc, dit Thomas. Qu'en penses-tu ?
Merlin, ils n'espéraient quand même pas que Tom leur répondrait ? L'ancien Serpentard jeta un coup d'œil plein d'espoir à la porte. Peut-être que l'arrivée proche du Binns le sauverait de ce mauvais pas. Binns enseignait déjà en 1942 et ses cours, relativement soporifiques, avaient l'avantage de permettre à Tom d'effectuer en parallèle ses devoirs dans d'autres matières. Tom se demandait si, à l'instar de Slughorn ou de Dumbledore, Binns était resté égal à lui-même, avec quelques cheveux blancs et rides en plus.
— Alors ? s'impatienta Finnigan.
Par Salazard, qu'attendait Binns ?
— Ni l'un ni l'autre.
Les deux Gryffondor firent de grands yeux.
— Le sport le plus physique est la course à pied. Car en plus d'un effort musculaire permanent, il nécessite la maîtrise de l'esprit sur le corps pour le forcer à avancer même lorsque la fatigue pousserait à l'abandon.
Voilà qui devrait les dissuader de le harceler de leurs questions stupides.
Heureusement pour Tom, Binns décida de faire son entrée à ce moment-là. La porte ne s'ouvrit pas cependant. L'ectoplasme verdâtre se contenta de la traverser. Et Tom faillit tomber de sa chaise. S'il se rattrapa à temps, son encrier joua de plus de malchance puisqu'il s'écrasa contre le carrelage. Sifflant un juron en fourchelangue, Tom s'empressa de lancer un sort de nettoyage.
— Oui, je sais, c'est surprenant un professeur, glissa Padma qui avait gagné l'âpre lutte pour la place à côté du beau et ténébreux Gryffondor.
Son argument avait été très simple : en tant que Serdaigle, elle avait moins l'occasion de bénéficier de sa présence. Et elle comptait bien en profiter ! Oublieuse des distances élémentaires que réclamait la décence, elle s'était assise si proche de Tom que leurs mains se frôlaient au moindre faux mouvement. Pourquoi ne s'éloignait-elle un peu plutôt que de lui imposer sa présence oppressante ? Et qu'elle garde ses pensées libidineuses pour elle ! En présence de telles greluches, les talents naturels de legilimens devenaient embarrassants.
Le manège passa inaperçu aux yeux fantomatiques de Binns qui débuta son cours d'une voix monocorde.
— Jusqu'aux BUSEs, nous avions étudié principalement l'histoire de la magie sous le point de vue sorcier. À partir de maintenant, nous adopterons un point de vue plus global, pour ne pas dire mondial. Dans une première période, nous étudierons les interactions qu'il a pu exister entre les sorciers et les moldus avec notamment les révolutions de la fin du XVIIIème siècle et du milieu du XIXème siècle, la révolution industrielle, la mondialisation des conflits et des échanges, et plus particulièrement, l'influence de Grindelwald dans la Seconde Guerre Mondiale. Dans une seconde période, nous nous intéresserons à d'autres sociétés parallèles, tels les alchimistes de confession Hermèsienne ou bien, les Sorginek aujourd'hui disparus.
Si Tom avait su qu'il passerait le premier mois sur la Révolution française moldue, le rôle des sorciers qui y avaient participé (avec notamment le mage noir Robespierre connu pour la redoutable terreur qu'il avait instaurée), peut-être qu'il aurait évité cette option.
Le pire était encore devant lui. Padma Patil ne cessait de questionner Tom sur la version de runes qu'il peaufinait en chuchotant à son oreille ou posant la main sur son bras. Cela devenait très gênant. Tom ne savait pas du tout comment réagir, partagé entre l'envie viscérale de la repousser violemment à l'autre bout de la table et la crainte des conséquences d'une telle agression sur une membre de l'AD.
À la fin du cours, alors que Tom espérait enfin se libérer de la présence envahissante de la Serdaible, Binns annonça une mauvaise nouvelle.
— Vous aurez également un mémoire à me rendre à la fin de l'année sur l'un des sujets proposés. Il comptera pour la moitié de la note finale. Vous vous mettrez par groupe de quatre.
S'en suivirent naturellement des négociations tendues, portant tant sur la composition des groupes de travail que sur les sujets. Déjà identifié comme un potentiel Hermione version garçon, comme l'avait qualifié Seamus Finnigan (Tom n'était pas certain d'apprécier : aussi brillante fût la Gryffondor, elle n'en demeurait pas moins Sang-de-Bourbe), Tom se transforma en pomme de la discorde. Tant le tandem Thomas-Finnigan que le trio Patil-Brown exigeaient son appartenance au groupe de travail. Padma Patil s'agrippait à son bras en gloussant, avec des pensées si indécentes et si intenses que Tom peinait à réfléchir.
Il faillit céder devant l'insistance de la Serdaigle, mais remarqua soudain que Théodore Nott en prise avec un Poufsouffle de l'AD, Justin Flinch-Fletchey. Saisi par un regain d'espoir, Tom s'extirpa des griffes de Padma Patil pour se diriger vers le Serpentard et le Poufsouffle. Nott accueillit son arrivée avec un certain soulagement et Flinch-Fletchey avec un grand sourire. Tous écopèrent de regard noir de la part des Gryffondor. Susan Bones, fuyant quant à elle un Steven Cornfoot trop pressant ainsi que Ernie MacMillan et Hannah Abott, deux passionnés de cartes de chocogrenouille, compléta leur groupe.
— Ce n'était pas sympa de m'avoir abandonnée avec eux, lança-t-elle à Flinch-Fletchey qui lui répondit d'un sourire contrit.
Finalement le trio Patil-Brown accepta à contrecœur Cornfoot et le tandem Thomas-Finnigan se joignit aux mangeurs de chocogrenouille. Une Serdaigle intégra le groupe des Serpentard et il resta encore un groupe entièrement constitué de Serdaigle.
Si l'on omettait Flinch-Fletchey qui était plus excité qu'un elfe de maison devant un magasin de produits de ménage, Tom se satisfaisait bien de son groupe. Il y avait un Serpentard, Théodore Nott, assez sérieux et relativement intelligent. Quant à Susan Bones, elle ambitionnait de devenir archéomage. Elle accorderait donc une attention particulière à leur mémoire.
Après un léger débat, Théodore souhaitant « L'impact de la croissance moldue sur l'écosystème magique, danger réel ou propagande ? » et Flinch-Fletchey « La coopération avec les scientifiques moldus pour la conquête de l'espace est-elle possible ? », Tom et Susan les mirent d'accord (ou plutôt leur imposèrent) « La civilisation Sorga — problématique à définir ». Il fallut alors défendre le sujet contre les Serpentard qui le désiraient également. Tom essaya l'intimidation.
— Nous pouvons décider de cela par un duel.
Théodore tenta de titiller leur fibre écologiste :
— Rappelez-vous des catastrophes de Tchernobyl, Hiroshima, les marées noires de l'Amococadis…
Flinch-Fletchey joua sur leur ambition :
— Imaginez que les sorciers soient les premiers à conquérir la lune !
Susan Bones appuya sur leur haine du moldu :
— C'est un fait communément admis que les moldus représentent une réelle menace pour l'environnement.
Finalement, ce fut l'amitié qui l'emporta :
— C'est bon Théodore, répondit Tracey Davis avec un sourire. On prend ton sujet d'écologiste. On sait que tu meurs d'envie de travailler dessus, tu pourras nous aider.
À moins que ce ne fût le calcul.
En chemin vers le cours de runes, le groupe de Tom discuta calmement (exception faite de Flinch-Fletchey qui ignorait ce que « calme » signifiait) de l'organisation de leur travail.
— Pourquoi as-tu arrêté l'arithmancie ? demanda Théodore Nott à Susan Bones, alors qu'il arrivait devant la salle de classe.
À l'instar de Granger, et malgré sa condition de Poufsouffle, Susan s'entendait assez bien avec Théodore.
— Je n'ai eu que « Effort Exceptionnel » à ma BUSE, soupira-t-elle. C'est dommage, c'est une matière utile pour décrypter certaines inscriptions.
Flinch-Fletchey, ne suivant pas l'option d'étude des runes, les quitta pour rejoindre la salle commune des Poufsouffle. Le soulagement de Tom fut grand.
— Il est toujours comme ça ? s'enquit-il d'une voix innocente.
— Oh, tu n'as pas idée… soupira Théodore avant de rejoindre, résigné, la tablée de Serpentard.
— Ce matin, j'ai réussi à intercepter sa tasse de café, expliqua Susan Bones alors qu'ils s'asseyaient. Il peut être bien pire.
— Et Théodore ?
Le moment lui semblait propice pour prendre quelques renseignements sur cet étrange Serpentard, qui était un membre de la famille de Callidora Nott.
— Il est sympathique, n'est-ce pas ? dit Susan en souriant. Je veux dire, pour un Serpentard. Dès qu'on arrive à l'approcher sans ses sales serpents, il peut être très agréable.
Elle soupira, ses yeux aux teintes d'une belle châtaigne, fixèrent soudain sa feuille. Tom remarqua que sa main s'était crispée sur son encrier.
— Il est difficile de croire que son père est un Mangemort emprisonné à Azkaban.
Un silence pesant s'installa. Tom analysait ce qu'il venait d'apprendre. Une partie de lui l'encourageait à se méfier de ce fils de Mangemort et de tous les ennuis qu'il pourrait lui apportait. Une autre partie de lui au contraire, nostalgique du passé, désirait déjà reconstruire une nouvelle amitié avec un Nott. L'arrivée enthousiaste de Megan Jones le tira de ses réflexions. Encore une Poufsouffle. Toute grande et dégingandée, elle affectionnait les coiffures complexes.
— Hé ! Je vois que tu as gagné au change contre Steven Cornfoot ! lança-t-elle en désignant Tom qui lui jeta un regard noir.
Par Salazard, mais pourquoi n'était-elle pas intimidée ? L'écusson rouge et or bridait-il à ce point son pouvoir d'effrayer les stupides Poufsouffle ? À moins que ce ne fût l'aura de Potter qui le parasitait ? L'un dans l'autre, c'était assez frustrant !
— Bah, te vexe pas, ajouta Jones en s'asseyant à côté de Bones.
Puis, avec un petit air conspirateur, tout en sortant l'épais manuel de cours qu'elle posa sur la table :
— Alors, raconte, glissa-t-elle à son amie.
— Ce n'est pas ce que tu crois, répliqua Susan un peu gênée. C'est juste que Cormac a déjà décidé qu'il n'aimait pas Tom et que Cornfoot ne cesse de faire de la lèche à Cormac. Je me suis dit que c'était le meilleur moyen de l'éloigner pour au moins une heure.
Elle se tourna vers Tom.
— Je suis désolée de t'utiliser ainsi.
Tom inclina de la tête, un petit sourire désabusé sur le visage pour lui signifiait qu'il comprenait. Ou qu'il voulait gagner la confiance de ce membre de l'AD. Ou qu'il envisageait déjà de s'asseoir à côté de Bones lors du prochain cours d'histoire pour éloigner Padma Patil.
— C'est un étrange comportement pour une Poufsouffle, commenta-t-il poliment.
— Si l'on est à Poufsouffle, c'est parce que l'on est avant tout loyal. Mais cela n'empêche pas d'être également rusée, répliqua Susan.
Megan Jones suivit l'échange d'un regard inquisiteur.
— À mon avis, c'est pas à lui qu'il faut présenter des excuses, mais à Hermione.
Tom l'avait complètement oubliée. Encadrée par Smith et Cornfoot, elle fixait Tom d'un œil noir. Quant à Cornfoot, c'était avec une hostilité à même de rivaliser avec Weasley, qu'il dévisageait Tom. Petit et trapu, les cheveux châtains coupés à ras et la mâchoire carrée, il était dépourvu de cette bonhomie sympathique qui caractérisait habituellement les Poufsouffle.
Susan renifla avec mépris.
— Certains disent aussi que Helga Poufsouffle avait pris le parti d'accueillir tous ceux que les autres maisons refuseraient. C'est le cas de Cornfoot à mon avis.
Le cours se passa merveilleusement bien. Les deux Poufsouffles savaient contrôler leurs pensées qui restaient concentrées sur le cours de runes et sur quelques ragots de bas étage. Dans le cas de Jones du moins. Susan était occlumens. Intéressant.
À la différence de la pédante Granger, Bones et Jones lui demandèrent de l'aide à plusieurs reprises. Elles reconnaissaient sa supériorité. Avec un sourire poli, reflet de son contentement intérieur, Tom accéda à leur requête. Il perdit cependant son sourire à la sortie du cours : Hermione l'y cueillit avec une humeur furibonde. Elle lui imposa un silence plein de colère durant tout le trajet jusqu'à la Grande Salle où ils gagnèrent la table des Gryffondor pour déjeuner.
— Lavande a dit que tu as rejoint un Serpentard, Nott, en cours d'histoire de la Magie, claqua Weasley avec son amabilité coutumière.
Patiemment, Tom s'assit. Il cherchait une réponse à fournir à l'hostile Gryffondor. Granger lui épargna cette peine, redirigeant ses foudres sur Weasley.
— Théodore n'est pas le plus méchant des Serpentard !
Potter, qui présageait sans doute de la dispute à venir, jugea le plafond magique soudain très intéressant.
— Rappelle-moi où est son père ? Répliqua Weasley.
— Théodore réagit très mal dès qu'on parle de son père ! protesta Granger. Et il ne t'est pas venu à l'idée que Tom cherchait simplement à échapper au gang des glousseuses ?
La désagréable impression de servir de prétexte à la joute verbale titilla Tom.
— Ah oui ? Il me semble pourtant qu'il apprécie d'avoir des groupies à son service.
Tom voulut protester, parce qu'il y avait une différence entre une digne Serpentard des années 40 qui demeurait stoïquement fasciné par son charisme exceptionnel et une Gryffondor lubrique des années 90 agissant de manière complètement indécente.
— $Un conseil$, siffla Harry en s'arrachant à sa contemplation. $N'intervient pas quand ils se disputent$.
A contrecœur, Tom opina.
— $Il y a qui d'autres dans ton groupe ? Lavande a omis ce détail$.
— $Vous lui avez demandé de m'espionner$, accusa Tom en se battant contre son rôti récalcitrant.
Potter, à l'instar de Weasley, avait déjà fini de manger. Comme à son habitude, ses yeux verts pétillaient derrière ses lunettes rondes.
— $Je n'en ai pas eu besoin. Tu n'aurais pas commencé par séduire tout le monde en entrant dans la Salle Commune de Gryffondor le premier soir, tu n'en serais pas là$.
Potter se tut. Romilda Vane arrivait en gloussant avec un groupe de filles particulièrement bêtes. Naturellement, elles s'assirent dans les places libres que se trouvaient à côté de Potter et Tom. Potter se renfrogna, alors que Tom répliquait avec un sourire victorieux.
— $Et toi, tu as fait quoi pour avoir leur attention ?$
— $Rien. Et puis d'abord, elles sont autant là pour toi que pour moi.$
Tom se rembrunit. Difficile de savourer un repas alors qu'il mobilisait une partie de son énergie à bloquer l'influx indécent de pensées répandues par Romilda Vane !
— $Autres temps, autres mœurs, n'est-ce pas ?$ répliqua nerveusement Potter.
Autres maisons, compléta mentalement Tom.
— $Il y a aussi Justin Flinch-Fletchey et Susan Bones dans le groupe d'histoire de la magie$, répondit Tom en changeant de sujet.
Potter acquiesça, pensif.
— $Donc, un fils de Mangemort un peu étrange pour trois membres de l'AD… intéressant$
Il soutint sans pâlir le regard noir que lui jeta Tom. Cependant, il perdit rapidement son aplomb lorsque Romilda Vane voulut lui adresser la parole. Potter prétexta un travail en potion de dernière minute à effectuer à la bibliothèque pour quitter la table. Guère tenté par l'idée de se retrouver coincé entre Granger et Weasley qui se disputaient toujours, et Romilda Vane que le détaillait avec avidité, Tom glissa sa tranche de rôti dans du pain et s'en alla à la suite de Potter.
Pendant les autres cours de potions, cette semaine-là, [Tom] continua de suivre les instructions du Prince de Sang-Mêlé chaque fois qu'elles différaient de celles de Libatius Borage. Le résultat fut qu'au bout de la quatrième leçon, Slughorn ne tarissait plus d'éloges sur les aptitudes de [Tom], affirmant qu'il n'avait [jamais] eu un élève aussi doué. L'énorme professeur aux moustaches de morse avait tôt fait d'oublier ce qu'il était advenu de Tom Riddle par le passé, retrouvant en Tom Temple son élève préféré. Tom en appréciait d'autant plus ces heures passées dans les cachots à regarder mijoter ses potions. Prudent, l'ancien Serpentard avait lancé un sortilège au livre du Prince afin que lui seul pût lire les instructions griffonnées en pattes de mouche. Sa réputation d'élève surdoué l'ayant précédé, Tom n'eut pas à souffrir de la suspicion de ses camarades de classe. Du moins, si l'on omettait Malefoy. Le blondinet avait décidé de le haïr aussi sûrement que Rogue, probablement jaloux d'avoir perdu l'attention particulière dont il jouissait jusqu'à présent en cours de Potion.
Tom ajouta trois pattes d'araignée, comme le recommandait le Prince. Sa potion prit de jolies nuances nacrées, visqueuse sans être gluante.
Tom se demandait qui avait été le Prince de Sang-Mêlé. Ils avaient une telle masse de devoir qu'il ne trouvait pas le temps de lire en entier son exemplaire du Manuel avancé de préparation des potions, mais il l'avait suffisamment feuilleté pour constater qu'il n'existait quasiment pas de pages sur lesquels le Prince n'ait pas ajouté les notes, dont certaines ne concernaient pas seulement le mélange des potions. Ici est là figuraient en effet des formules qui ressemblaient à des sortilèges inventés par le Prince lui-même. Tom connaissait suffisamment la Magie Noire pour savoir que certains d'entre eux ne seraient certainement pas autorisés à Poudlard, tel le Sectum Sempra.
D'hypothèses en déductions, Tom était parvenu à la conclusion que le livre avait appartenu à un élève très doué en potion, qui était à Poudlard en 1976, de Sang-Mêlé et appartenant certainement à la maison de Serpentard ou Serdaigle. Un élève que Slughorn aurait connu donc, mais comment interroger le vieux professeur sans attirer la méfiance de Potter ? Pour l'instant, c'était impossible. Tom préféra donc suivre Granger à la bibliothèque pour avoir accès aux annales de Poudlard.
Granger lui jeta un regard suspicieux lorsqu'il se saisit du gros volume aux pages cornées. Elle était loin d'être une idiote, voire plutôt brillante ! Jeudi soir, lors d'une deuxième réunion de l'AD, Granger avait travaillé avec lui les sortilèges de base : experlliamus, stupéfix, protego. Tom avait dû se rendre à l'évidence. Même s'il demeurait plus habile, Granger lui tenait tête assez sérieusement.
Tom avait alors établi une théorie, peut-être un peu tirée par les cheveux mais qui expliquait pourquoi une sorcière élevée par des moldus se révélait presque aussi doué que lui, héritier de Serpentard. Élevée et non engendrée. À en juger par ses anciens problèmes dentaires (que Malefoy lui avait gentiment rappelés) et par sa vive intelligence, Granger avait une ascendance Nott. Cependant, elle était à Gryffondor et avait des cheveux ébouriffés comme si elle descendait de son balai un jour de grand vent. Elle avait donc également une ascendance Potter. En réalité, Granger était le fruit d'une aventure hors mariage d'un Nott et d'une Potter (ou inversement) qui avait été abandonnée chez des moldus pour éviter le scandale. Granger était donc une pure Sang-Pure.
— Que fais-tu ? Demanda-t-elle.
Mais elle était parfois un peu trop perspicace.
— Je voulais simplement voir les résultats qu'avaient obtenus ceux que je connaissais à Poudlard, dit-il d'un ton las.
Peut-être un peu pathétique aussi, mais Granger aimait bien partir en croisade pour sauver l'elfe et le gobelin. Tom avait donc intérêt à apitoyer Granger sur son sort, lui, pauvre orphelin perdu du passé sur qui tant de soupçons injustes pesaient à cause des actes infâmes de son futur lui qui n'était plus lui. Granger opina et repartit dans son devoir de défense contre les Forces du Mal, feuilletant, le front plissé, son exemplaire de L'ennemi sans visage.
En vérité, ce n'était qu'un demi-mensonge. Eutropia Grayson avait obtenu de très bonnes notes, notamment en Arithmancie, en Défense et en Astronomie. Cœur-de-Glace avait obtenu des Effort Exceptionnel à tous ses ASPIC. Connaissant cette charogne, il n'y avait rien d'étonnant. Cœur-de-Glace prétendait que la conduite de Tom était idiote et qu'il était préférable de se faire discrète pour ne pas éveiller les soupçons.
Fait étonnant, Philophore Prewett n'avait pas terminé sa scolarité et ce, malgré des Optimal dans toutes les matières présentées aux BUSEs. Pour quelle raison avait-il quitté Poudlard avant la fin ? Peut-être que Tom se renseignerait à l'occasion. Ça l'intriguait.
Après avoir consulté les résultats d'Abraxas Malefoy, des jumeaux Lestrange et même ce pervers d'Avery, Tom reporta son attention sur les ASPIC de juin 1978. Là, il eut un choc. Seules deux personnes semblaient suffisamment douées pour concourir au titre de Prince de Sang-Mêlé. La première étant la mère de Potter et Sang-de-Bourbe, le Prince ne pouvait plus être que le second. Severus Rogue.
Tom referma le livre violemment.
— Un problème ? Demanda Granger.
Une excuse, vite.
— Les Serpentard ont majoritairement suivi la divination en 43 et 44.
Peut mieux faire. Granger fronça les sourcils.
— La divination est une matière hum...
— Ridicule ? Termina Tom.
— Oui, on peut dire ça. Trelawney est assez loufoque.
Ce qui, venant d'une élève sérieuse réticente à critiquer les enseignants, était un doux euphémisme.
— Ce n'est rien en comparaison de Mulot. Il m'avait prédit que je deviendrais un héros et sauverait le monde. En 42, il n'y avait presque plus personne qui suivait cette option.
— L'arrivée du professeur Grizzly en décembre 42 a permis de remplir les classes… J'ai lu ça dans l'Histoire de Poudlard. Elle n'est restée que deux ans. Grindelwald est soupçonné d'être en cause dans sa disparition.(1)
Granger avait quelques tendances encyclopédiques.
Peu désireux de s'étendre sur la question et surtout d'éveiller les soupçons, Tom reposa les annales pour prendre un ouvrage d'arithmancie. Vector lui avait donné une quantité colossale d'exercices à réaliser avant la leçon particulière samedi après-midi. Tom n'était pas particulièrement enthousiaste. Le commandement de l'AD non plus : cela impliquerait de le laisser sans surveillance. Mais il n'y avait guère le choix.
Le voyant lutter face aux exercices ardus d'arithmancie, Hermione proposa son aide. Le fier ex-Serpentard, voulu d'abord refuser, blessé dans son orgueil. Il songea ensuite que c'était un moyen de gagner la confiance du second de Potter. Tom accepta donc avec une grimace. Lorsqu'ils rentrèrent à la tour des Gryffondor, Tom reçut des regards assassins de la part de Weasley mais il eut la sensation que son lien avec Voldemort n'était pas la seule cause de ce regain d'animosité.
Il déposa ses affaires au dortoir. Son regard tomba sur le livre du Prince de Sang-Mêlé. De Rogue ! Cette affaire prenait une tournure qui ne lui plaisait guère même s'il savait le manuel inoffensif. D'après les éléments qu'il avait en main, il était tenté de rejoindre l'avis de Potter : Rogue était un Mangemort. Si tel était le cas cependant, pourquoi manifestait-il une telle haine envers la version adolescente de Voldemort ? Peut-être estimait-il qu'il ne devait y avoir qu'un seul et unique maaaîîître. Avec un demi-sourire (mais pas trop large parce qu'il y avait Londubat dans le dortoir) Tom songea que l'hystérique de service parmi les Schattenaltern, les serviteurs de Grindelwald, cette horrible Eleusis Gaunt, n'était sans doute plus un danger pour sa personne. Il perdit son sourire assez rapidement. Étaient-ils cousins comme elle l'avait prétendu lors de leur dernier affrontement, à Pré-au-Lard ? Il se renseignerait sur les Gaunt pour en avoir le cœur net. Ce n'était pas une priorité cependant. Les Gaunt ne menaçaient pas directement sa survie.
Rogue était dangereux, Tom en avait la conviction, car Rogue le haïssait même s'il en ignorait la raison. Il soupira et, ne gardant que sa baguette, il descendit pour rejoindre Granger dans la Salle Commune avec l'espoir de se rendre dans la Grande Salle, car son estomac d'adolescent criait famine. Il la trouva, adossée contre un lion de bronze recouvert de feuille d'or. Elle fixait au travers de ses paupières mi-closes, Weasley qui jouait aux échecs avec Potter ou plus exactement, Lavande Brown qui encourageait Weasley. Granger aperçut Tom. Elle lui adressa un sourire éclatant qu'il ne sut interpréter.
OoOoOoO
Tom fut autorisé le lendemain à se rendre seul à la leçon de Vector. Potter préférait ne pas attiser les soupçons de l'enseignante d'arithmancie, même s'il était clair, de l'avis de Tom, que Vector avait une conduite douteuse.
Toujours oscillant entre ce mélange de chaleur et cette froide retenue, Vector accueillit Tom dans son bureau avec un sourire aux lèvres. À l'image de son carré impeccablement coiffé et de sa robe de sorcière à la coupe stricte, l'ordre régnait dans le bureau. Des manuels étaient soigneusement rangés dans les étagères, par collection et par niveau. Des posters représentant des figures dynamiques de fonctions complexes décoraient les murs, les copies déjà corrigées et classées s'entassaient au millimètre près sur le bureau d'orme.
Elle lui tendit une assiette contenant des quartiers de pommes parfaitement égaux.
— Prenez des forces, vous allez en avoir besoin.
Tom accepta poliment. Dans un premier temps, très professionnelle, Vector lui donna quelques exercices pour évaluer son niveau : tableau d'ondulation magique, enchantement de représentations dynamiques notamment. Il s'y plia, en élève studieux. Sa nuque le picotait sous le regard scrutateur de l'enseignante. Tom n'oubliait pas qu'elle avait tenté de se servir de la legilimancie sur lui. Même si elle semblait désormais bienveillante, la méfiance restait de mise.
— Malgré votre retard, vous me semblez doué, reconnut Vector. Vous comprenez vite, c'est certain. Peut-être pourrons-nous rattraper vos lacunes.
Comme cela faisait déjà près d'une heure qu'il travaillait d'arrache-pied, il crut qu'elle allait le libérer. En vain. Elle entama des explications sur les dérivations, la notion de très petits intervalles, partant des propositions mathématiques pour élargir les outils analytiques à une dimension magique. De plus en plus maussade, le crâne enveloppé d'un coton migraineux à force d'avoir trop été frappé par des calculs alambiqués et des définitions exotiques, Tom nota que le jour déclinait. Dans un moment d'inattention, il remarqua également qu'il mourrait de faim. Son estomac se mit même à crier bruyamment. C'était un peu gênant. Tom s'agita un peu sur sa chaise, espérant faire taire ce ventre sans fin, ce qui produisit le contraire de l'effet escompté. Les gargouillis résonnèrent de plus belle. Vector relava la tête du parchemin où elle détaillait la démonstration de la formule de Bose-Albert. Allait-elle le relâcher ? Non, elle lui proposa encore ses quartiers de pommes. Faute de mieux, Tom dut s'en contenter.
Une fois la pomme avalée, elle lui donna une liste d'exercice à faire. Il avait une heure. Puis elle s'absenta. Quelqu'un de moins fier que Tom Temple anciennement Riddle aurait certainement décidé que l'arithmancie, au final, n'était pas une matière fondamentale pour son orientation future de maître du monde. Impossible de se résoudre à l'échec ! Il entama donc les exercices, la nuque douloureuse, les yeux brûlants. Mais il comprenait à présent les consignes et même s'il se perdait parfois entre les lignes couvertes de glyphes étranges et mathématiques, il progressait.
S'autorisant une courte pause, il jeta un coup d'œil à la bibliothèque. Tom parcourut avec intérêt les titres qui la composait : Le nombre d'or, mythe ou réalité ? par Alibert Algaibrist côtoyait l'antique grimoire au cuir craquelé L'implication de Phytagore dans le carré magique de Brunère Ktangulère qui jurait avec le papier glacé du Décryptage des codes hermèsiens à l'aide de l'arithmancie par Asha Merrygold. Un ouvrage attira particulièrement son attention. De l'apport des Gaunt dans l'arithmancie. Des Gaunt ? Pour ce qu'il avait vu d'Eleusis Gaunt, il doutait même qu'elle sache ses tables de multiplication. Cette Schattenalter préférait doloriser les sorciers qui manquaient de respect à son précieux Grindelwald plutôt que de se livrer à une quelconque activité intellectuelle.
Tom quitta sa chaise et, se traitant mentalement de Gryffondor, il tira le volume de la bibliothèque. Il jeta un coup d'œil à la date de parution. 1986. Il n'aurait pu trouver ce livre en 1942 donc. Sur la première page, se trouvait également les initiales de l'ancien propriétaire, H.H. Malgré l'étrange sensation de reconnaître l'écriture arrondie, Tom ne put se remémorer une personne à qui ses initiales pourraient correspondre. Mais n'avait-il pas déjà, avec une rapidité exemplaire, résolue l'énigme du Prince de Sang-Mêlé ? Il trouverait bien ce H.H ! Pour l'instant, il préférait en apprendre plus sur les Gaunt. Appartenait-il à la famille des Gaunt, comme le prétendait Eleusis ? Famille vraisemblablement illustre, qui avait permis des avancées significatives avec les travaux d'Evariste Gaunt au début du XIXème siècle et de Johann Carl Friedrich Gaunt, un demi-siècle plus tard. Il y avait à la fin de l'ouvrage une généalogie détaillée. Un pincement au cœur le saisit lorsqu'il découvrit qu'après ces larges branches du XVIIIème siècle, l'arbre s'était peu à peu amaigri pour ne plus former qu'une piteuse branche, désormais éteinte. Il vit alors les dates.
— Je vois que vous intéressez également à l'histoire des mathématiques.
Tom sursauta et vira à l'écarlate. Vector était rentrée plus tôt que prévu, sur la pointe des pieds. Absorbé par sa lecture, il ne l'avait pas entendue et elle l'avait prise en faute. Toutefois, loin d'avoir l'air sévère, elle l'observait avec un petit sourire amusé. Tom eut la tentation d'utiliser la legilimancie sur elle, mais se ravisa.
— Bien, je pense que nous avons suffisamment travaillé pour aujourd'hui. J'attends vos exercices pour lundi, en plus des trente centimètres sur la formule de Bose-Albert.
Tom opina tout en maudissant le sort qui avait décidé de lui faire sauter six mois de cours. Six mois et quelques décennies.
— Puis-je vous emprunter le livre, professeur ?
Elle l'observa un instant, un masque impénétrable sur le visage. Si ses yeux commençaient à pétiller, Tom abandonnait l'arithmancie ! Gryffondor, d'accord, mais il y avait des limites à tout !
— Bien sûr, c'est tout à votre honneur.
Tom ne s'attarda pas dans le bureau de Vector. L'enseignante lui laissait une impression étrange, une sensation peut-être, de déjà-vu. En soi, c'était agaçant. Lorsque l'on se retrouvait projeté dans le futur avec un double tel que Voldemort et un entourage tel que Potter, qui rassemblait des fidèles à l'AD avec une hostilité avouée envers le Ministère, et Dumbledore qui élaborait des plans plus retords qu'un Serpentard, cela devenait très inquiétant. Vector cachait des choses, c'était certain. Quoi ?
Il gagna, après un détour roboratif par les cuisines, la tour des Gryffondor. La salle commune était pleine. Dans le canapé près du feu, des troisième année se lançaient dans une bataille explosive alors que Weasley défiait Cormac McLaggen aux échecs. Le Gryffondor de septième année s'était entouré de deux coéquipiers et avait le visage rouge de concentration alors que Weasley affichait une décontraction indolente (sa dame menaçait dangereusement le roi de son adversaire), provoquant l'admiration de Lavande Brown. Granger disparaissait derrière une pile impressionnante de livres alors que Potter brillait par son absence. Pour ce que Tom avait saisi, Potter était auprès de son maître à penser, Albus Dumbledore.
Tom s'empressa de monter au dortoir. Comme il l'avait espéré, il était encore vide. Tom appréciait ce calme et ce silence. Il tira alors le volume de son sac mais n'eut pas le temps de l'ouvrir.
— Temple !
Aïe. Weasley arrivait. À voir les traits déformés de son visage, il n'y avait aucune exagération à le qualifier de furibond.
— Oui ? minauda innocemment l'intéressé guère d'humeur à entrer en conflit.
— C'est à cette heure-ci que tu rentres ?
Tom inspira pour se calmer. Il le savait, il n'avait aucun intérêt à répondre et encore moins à vouloir intimider. S'il voulait gagner la confiance des Gryffondor, il devrait titiller leur sens exacerbé de la compassion en jouant le rôle du pauvre innocent que l'on accusait à tort. Ce qui était présentement le cas.
— Vector vient juste de me libérer, répondit-il d'une voix la plus calme possible.
Weasley resta sceptique, mais n'insista pas sur ce point.
— Et qu'est-ce que tu lis ?
Tom lui montra docilement la couverture tout en s'imaginant écraser le nez du rouquin avec l'ouvrage massif.
— Ce n'est pas de la magie noire, précisa-t-il.
Weasley haussa des épaules et reparti sans la moindre excuse. Enfin seul, Tom reprit sa lecture. Son cœur cognait violemment contre sa poitrine. Sur la toute dernière page du livre, trois personnages peu gâtés par la nature s'agitaient dans le cadre étriqué de leur photographie. Le plus âgé avait l'air d'un vieux singe autoritaire, avec de larges épaules auxquelles se rattachaient des bras trop longs, une face ridée et des petits yeux bruns. Son fils et sa fille étaient tous les deux affectés d'un strabisme divergent. Jamais Tom n'avait vu une personne aussi crasseuse que le fils et aussi soumise que la fille. Son ventre se tordit douloureusement alors qu'il contemplait le visage de la jeune fille, avec ses cheveux ternes, son teint pâle et ses traits lourds.
Ça ne pouvait pas être un hasard.
Le vieil homme se nommait Marvolo… Marvolo comme le prénom de son grand-père maternel. Le fils, Morfin Gaunt. Il était le père d'Eleusis Gaunt, bien que cette dernière n'apparût qu'en filagramme dans l'arbre généalogique, l'auteur étant incertain de la filiation. Quant à Merope, elle était décédée le 31 décembre 1926.
Eleusis n'avait pas menti.
Une telle tempête d'émotions s'abattit sur Tom qu'il en eu le vertige. Devant lui se trouvait la photographie de sa mère. Il n'avait jamais eu une haute opinion d'elle. Sa mère s'était laissée mourir. Il la méprisait. Elle l'avait abandonnée dans un endroit sordide. Pour cela, il la haïssait. Mais à présent, il connaissait son visage. Était-il déçu ? Ou bien honteux d'avoir des ancêtres aussi loqueteux ? Pourtant, en plus de Salazard Serpentard, il avait eu de si illustres aïeuls, tel Evariste Gaunt ! Comment pouvait-on avoir une ascendance aussi grandiose et en même temps, subir une existence aussi misérable ? Mais il connaissait le visage de sa mère. De cette lâche qui avait préféré céder à la mort plutôt que d'élever et d'aimer son fils unique. De sa mère.
Il lui semblait qu'elle lui jetait de timide sourire, craintive sous la surveillance sévère de son grand-père et sous le regard nauséabond de son oncle. Soudain une vague de colère envahit Tom. Tout était de leur faute, à Marvolo et Morfin ! Sa mère était certainement une grande sorcière que ces deux créatures répugnantes avaient terrorisée depuis sa plus jeune enfance. Ils l'avaient détruite à petit feu. Que lui avaient-ils fait pour parvenir à un tel degré de soumission ?
Divers idées, quelques hypothèses se formèrent dans son esprit fiévreux. Son imagination y mêlait avec une aisance terrifiante les récits les plus glauques qu'il avait entendus à l'orphelinat et les rituels de Magie Noire qu'il avait lus, çà et là. Le tout formait une histoire effroyable. Effroyable, telle avait dû être sa vie pour qu'une si grande sorcière en fût réduite à un être aussi maladif. Tout était de la faute de son grand-père, de son oncle ! Blême, le souffle court, les mains crispées sur le papier, Tom était subjugué par une terrible envie de meurtre. Si seulement il pouvait remonter dans le passé… si seulement il pouvait les tuer… eux. Alors sa mère aurait vécu et se serait occupé de lui.
Puis il lut le petit texte. Il apprit que Morfin Gaunt était mort à Azkaban. Qu'il avait été condamné pour le meurtre d'une famille moldue. Les Riddle.
Tom releva la tête. Des bruits dans les escaliers. Il referma le livre et se précipita dans la salle de bain où il s'enferma. D'une main fébrile, il conjura un sort de silence. Alors seulement, il laissa échapper ce cri si aigu, presque inhumain, et pourtant porteur d'une détresse bien humaine. Il cria encore et encore, autant que son souffle le permettait jusqu'à qu'il ne sût plus s'il avait mal à la gorge d'avoir trop hurlé sa rage ou d'avoir trop contenu la souffrance qui formait une boule acide dans sa trachée. Puis il frappa le mur, encore et encore. Ce n'était pas le mur qu'il frappait, c'était la face simiesque de son grand-père et surtout le corps couvert de saleté de son oncle qu'il martelait de toute la férocité de sa haine. Cet oncle qui avait détruit sa mère et assassiné son père. Ce monstre qui l'avait privé de famille. Qui l'avait condamné à l'orphelinat. Par les caprices du sort et du temps, Tom ne pouvait même plus se venger !
Sa main irradiait de douleur. Des taches de sang maculaient le mur. Sa fureur le quittait. Enfin.
Vidé, émotionnellement épuisé, il se laissa glisser sur le carrelage froid. Il resserra sa main blessée contre lui. Recroquevillé en position fœtale, il commença à pleurer. Petit à petit, les larmes colonisèrent ses joues et humidifièrent ses cheveux.
Il s'assoupit.
BAM BAM.
Le bruit le fit sursauter. On frappait à la porte. Les effets du silencio s'étaient dissipés.
— Aller Tom. C'est bon, tu es assez séduisant. Romilda Vane est déjà folle de toi. Fais pas ton Drago Malefoy et laisse-nous la place.
C'était Dean Thomas. Rompu comme si une armée de Sombrals avaient décidé de le piétiner, Tom se leva. Il grimaça. Sa main le lançait douloureusement. La chaleur pulsait à chaque battement de son cœur, brûlant ses phalanges et ses métacarpes. Il n'osa pas la regarder. Il nettoya rapidement le mur, sortit sans prononcer le moindre mot sous le regard étonné du Gryffondor qui eut le tact de retenir ses questions et découvrit avec soulagement que le trio infernal était absent. Tom se glissa dans son pyjama puis dans son lit, tentant d'ignorer sa main douloureuse.
Le lendemain matin, après une mauvaise nuit de sommeil fiévreux, Tom constata résigné qu'il devait se rendre à l'infirmerie : sa main le lançait méchamment et avait un aspect affreux. Boursoufflée de manière inquiétante, elle n'était plus qu'une grosse limace violacée suintant d'un mélange poisseux de lymphe et de sang. Mais avant cela, il lui restait une chose à faire. Prétextant la paresse pour ne pas accompagner les autres dans la Grande Salle où était servi le petit-déjeuner, Tom attendit que le dortoir se vide, enfoui sous ses couvertures, sa main gauche jouant machinalement avec son pendentif.
Enfin seul, Tom se dirigea vers le panneau de Dean Thomas où une multitude de photos de vacances s'entassaient dans une profusion de couleur et de décors, avec des scènes parfois mouvementées tel ce joueur de Quidditch qui se plaisait à faire des figures acrobatiques et parfois beaucoup plus calme, tel ce couché de soleil sur une mer paisible. Tom choisit une maisonnette en lisière d'un bois de châtaigniers, encadrées par quelques bouleaux et noisetiers. La photo avait été prise au printemps : des myriades de petites fleurs sauvages tapissait l'herbe tendre et égayait la photo par leurs nuances de bleu, d'orange et de jaune. À cela s'ajoutait une onde fraîche qui léchait les abords de la chaumière douillette et un écureuil qui jouait dans le lointain.
La photographie en main, Tom retourna à son lit, ouvrit De l'apport des Gaunt dans l'arithmancie à la dernière page, puis, se félicitant de s'être entraîné à utiliser sa baguette aussi bien de la main droite que de la main gauche, plaça la pointe d'if sur Merope. Avec mille précautions, il fit peu à peu glisser la sorcière du cadre sordide où elle était emprisonnée vers le coin de forêt. L'image de la jeune femme se dédoubla et tandis que l'original demeurait piteusement auprès de Morfin et Marvolo, son fragile fantôme gagna l'herbe verte baignée par la lumière rosée d'un soleil levant. Tom referma le livre prestement. Avec satisfaction, il constata que sa mère avait repris toute sa substance et qu'après avoir observé avec étonnement son nouvel environnement, elle lui adressait un grand sourire. Tom lui sourit en retour.
De longues minutes s'écoulèrent. Tom contemplait le nouveau visage de sa mère, loin de la terreur que lui imposaient Morfin et Marvolo. Alors il se surprit à imaginer la rencontre de ses parents. Peut-être, que malgré sa pathétique condition de moldu, son père avait décidé de soustraire sa mère à son oncle. Peut-être qu'ils s'étaient enfuis. Pourquoi s'étaient-ils séparés alors, s'ils s'aimaient ? Morfin bien sûr, Morfin les avait séparés. Merope avait dû le quitter, seule et enceinte, pour espérer échapper à son ignoble frère. Et si elle s'était laissé mourir dans l'orphelinat, ce n'était pas par faiblesse mais par courage. Pour le protéger lui, son fils. Parce qu'en utilisant la magie, elle risquait d'alerter Morfin. Voilà une histoire comme Emily Maitland aimait tant. Même s'il avait conscience que la réalité était probablement bien plus sombre, Tom se plaisait à se bercer dans cette illusion. Juste quelques instants. Étalé sur son lit, les yeux fermés, Tom voulait y croire. Sa mère ne l'avait pas lâchement abandonné.
Il entendit des bruits de pas. Les Gryffondor revenaient. À contrecœur, Tom revint au mouvement. Il glissa soigneusement la photographie de sa mère entre les pages de son livre de botanique, le moins piteux de tous les livres qu'on lui avait confiés.
— Je dois aller à l'infirmerie, dit-il à Potter qui venait d'entrer tout en lui montrant sa main.
Contrairement à ce qu'il avait redouté, il n'y eut pas de commentaire ni de question, juste une grimace en constatant l'aspect douloureusement déformé de la main. Potter l'accompagnerait et il n'y aurait que Potter. Pas cet horrible Weasley.
— Dean nous a parlé de toi ce matin, lui annonça Potter un peu hésitant sur le chemin. Il s'inquiétait.
Tom se tendit. Ces Gryffondor… ce qu'ils pouvaient être pitoyables ! Il ne voulait pas de leur inquiétude et encore moins de leur pitié.
— Il n'a pas à s'inquiéter. Ma main sera vite réparée.
— Ce n'est la main le problème, répliqua Potter soudain plus sec. Le problème, c'est pourquoi.
— Parce que je ne pourrai jamais rentrer chez moi. Que je déteste cette époque et que je ne sais même pas ce qui s'est produit pour en arriver là. N'est-ce pas suffisant ?
Tom ne mentait qu'à moitié. Le questionnement sur ce qui l'avait conduit ici l'avait rongé durant toute la semaine. Il n'y avait guère que dans les cours de Slughorn qu'il parvenait à éloigner ces pensées aussi sombres qu'inquiétantes.
— Non, il s'est passé autre chose. Avec Vector ? Tu nous avais qu'elle avait tenté d'utiliser la legilimancie.
— Non.
Cependant c'était Vector qui lui avait donné le livre. L'avait-elle sciemment posé bien en vue sur l'étagère, pour attirer son attention ? S'était-elle absentée afin de le laisser prendre le livre ? Peut-être. Il ne pouvait l'exclure.
— Je ne veux pas en parler.
Potter opina. Ils gardèrent le silence jusqu'à l'infirmerie. Mrs Pomfresh était alors occupée à sermonner une troisième année de Serdaigle qui s'était fait mordre par une doxy, ayant imprudemment secoué une tapisserie infestée de ces parasites.
Pomfresh fronça les sourcils d'un air sévère en découvrant la main.
— Je peux savoir ce qui vous est arrivé ? Grommela-t-elle tout en lançant un sort de diagnostic.
— Je suis tombé en sortant de la douche.
— Tombé, vraiment ?
Elle le fixa, sceptique. Bien sûr, l'excuse était idiote. Elle l'avait certainement déjà entendu. Tom n'était ni le premier, ni le dernier qui venait la voir après une rencontre un peu brutale entre une main et une surface dure. Cependant, Pomfresh savait également qu'il ne servait à rien d'insister. Aussi se contenta-t-elle de le sermonner sur un autre point :
— Vous auriez dû venir me voir juste après la chute. Un simple sort aurait alors suffi. Asseyez-vous.
Tom obéit alors que Potter restait silencieusement à ses côtés. Bien sûr, le chef de l'AD refuserait certainement de le laisser sans surveillance en dehors de la tour des Gryffondor. Après avoir fouillé tout en grognant contre ces adolescents qui « tombaient » si souvent, Pomfresh revint avec deux flacons, l'un contenant un liquide visqueux ressemblant à du vomi de chat, l'autre une potion plus fluide et rosée.
— Buvez-ça.
Tom retint à grand peine un haut-le-cœur. En plus d'avoir l'aspect du vomi de chat, cette potion infecte en avait également le goût et l'odeur. Préférant ne pas connaître la composition de la première potion, Tom s'empressa d'avaler en suivant la seconde. Un délicat arôme de myrtille, relevé par une subtile note florale envahit alors son palet, détendit sa langue et apaisa ses sens. Apaiser était bien le mot. Tom se sentait plus serein, moins nerveux, alors même que Pomfresh conjurait une série de sortilège et que sa main le faisait atrocement souffrir. Ce n'était plus qu'une souffrance physique. Lorsqu'elle eut terminé, Pomfresh lui donna deux autres fioles au liquide rosé.
— À boire ce soir et demain matin avant le repas, précisa-t-elle. Harry, je compte sur vous pour veiller à ce qu'il les prenne. Cela lui évitera d'autres « chutes » malencontreuses.
De retour au dortoir, Tom s'effondra rapidement sur son lit et sombra dans un sommeil particulièrement lourd. Dans ses rêves, il se trouvait dans une petite chaumière en lisière de forêt. Il écrivait dans un petit journal, confortablement assis dans un fauteuil couvert de velours émeraude. Les flammes dansaient joyeusement dans l'âtre tout en chantonnant. Il y avait aussi cette agréable odeur de pain chaud et de pâtisserie qui flottait dans l'air. Sa mère arrivait, vêtue de neuf. Elle portait un lourd médaillon d'or décoré d'un S en forme de serpent. Un tablier fleuri noué autour de la taille, couronnée d'un diadème argenté et un grand sourire sur ses lèvres, elle lui apportait une grosse part de tarte à la myrtille accompagnée de beaucoup de crème chantilly. Sa mère lui souriait. La porte s'ouvrait et une adolescente entrait, avec ses boucles cuivrées agitées par le vent frais qui soufflait à l'extérieur, les pommettes rosies par le froid et les yeux rieurs. Emily Maitland. Elle tenait dans sa main un bouquet de fleurs d'aubépine qu'elle déposa dans une petite coupe d'or aux poignées finement ouvragées, sur laquelle était gravé un blaireau.
Dehors, le vent gagna en intensité. Les bougies vacillèrent jusqu'à s'éteindre. Dans cette nouvelle obscurité, les visages devenaient plus flous. Tom peinait à distinguer les contours. Il était dans la pièce et dans le même temps, celle-ci s'éloignait de lui. À peine nota-t-il que le journal s'était transformé en épée.
De nouveau la porte s'ouvrit. Était-ce son père qui rentrait ? L'homme qui apparut dans l'embrasure était très grand et très maigre. À sa main longue et fine comme des pattes d'une araignée blafarde, il portait une bague immonde sur laquelle était sertie une pierre noire grossière. L'homme le fixait de son regard écarlate, ses yeux rouges qui ressortaient avec tant de force sur cette peau si pâle, avec ce nez réduit à deux fentes. Le visage d'un serpent. L'homme entra, menaçant, une baguette à la main. Tom reconnut sa baguette.
— Bonjour Tom, siffla l'homme d'une voix aiguë.
— Qui êtes-vous ?
Un horrible sourire étira sa bouche dépourvue de lèvre.
— Je suis le passé, le présent, le futur. Je suis le sort auquel tu ne dois pas échapper.
Glacé jusqu'à la moelle par le danger, Tom se saisit de sa baguette. Mais sa baguette se rebella. Furieuse, elle suintait de l'envie de meurtre et sous le regard incrédule de son propriétaire, échappa de ses mains pour voler jusqu'au sorcier à la face de serpent. Bientôt un rire froid, aigu, s'envola dans la chaumière en proie aux ténèbres.
Tom se réveilla en sursaut, soudain en proie à une grande panique.
Comme le NaNo commence la semaine prochaine, je vais passer à un rythme de un chapitre tous les 15 jours. Parce que j'ai un tome 4 à écrire.
Mais je prends toujours les reviews ;)
