Oups... J'ai peut-être oublié de poster un chapitre. Pour ma défense, j'en suis à 43,5k sur mon NaNo et j'espère terminer dimanche (mais bon, je continuerai à écrire, parce que écrire c'est la vie). Je suis ravie de voir à quel point Vector vous intrigue. Pour l'anecdote, dans son apparence et ses manières, je me suis inspirée de ma prof de mathématique de terminal, j'avoue XD
Katymyny : Oui, petit Tom est moins démoniaque. Comme tu dis, ça aide de ne pas avoir fragmenté son âme pour conserver un peu d'humanité. Son rapport à sa mère est différent que dans le cas du Voldy originel. Quant aux cauchemars... affaire à suivre ;)
Note : En italique les extraits de HP6 (vu que c'est une fic alternative au tome 6). Double titre du chapitre : titre du chapitre présent/titre de HP6 correspondant. $Fourchelang$
Chapitre 5 : Prendre son sort en main/La main secourable d'Hermione
Le froid, humide et pénétrant, avait envahi les lieux. À la lueur chancelante d'une chandelle qui dessinait des ombres monstrueuses sur les murs, Tom avançait dans le couloir sinistre du deuxième étage. À l'orphelinat. Pied nu malgré l'air glacial qui se faufilait dans son pyjama, il se mouvait tel un fauve silencieux.
Il arriva devant une porte recouverte d'une peinture terne et écaillée. Le bruit ténu d'une plainte transperça le bois. Sa main fine sur la poignée, Tom s'immobilisa dans son geste. Son souffle s'accéléra. Malgré lui, il savait ce qu'il allait trouver derrière le battant, il savait comment ça se terminerait. Il pouvait faire demi-tour et lâchement rentrer dans sa chambre. Ou bien entrer courageusement, affronter son ennemi pour ne plus éprouver de regrets.
— Tu ne peux pas revenir en arrière, siffla une voix aiguë derrière lui.
Tom fit volte-face. La flamme de sa bougie s'éteignit en un souffle, plongeant les lieux dans l'obscurité la plus totale. Soudain, il y eut une sorte de craquement, semblable à celui d'une allumette. Cependant, ce ne fut pas une petite flammèche fragile qui s'illumina, mais une baguette magique, tenue par un homme très grand et très maigre. Tom et l'inquiétant sorcier à la face de serpent flottaient dans le néant.
— Tu ne peux pas changer le passé, poursuivit l'homme. C'est ainsi. Alors ne te laisse pas aveugler par le passé au risque d'être ignoré par le futur.
— Qui êtes-vous ? lança Tom une fois de plus.
Un horrible sourire tordit son visage ophidien.
— N'es-tu pas las de poser cette question ?
— Je la poserai tant que je n'aurais pas obtenu de réponse, répliqua sèchement Tom en tentant d'oublier la peur qui lui tiraillait les entrailles.
— Pourtant, tu sais qui je suis.
L'homme fit un pas vers Tom qui retint un mouvement de recul.
— Au fond de toi tu le sais.
Encore un autre pas.
— Tu l'as toujours su.
Tom ne pouvait plus bouger. L'homme tendit sa longue main blafarde vers la poitrine de Tom. Son cœur se mit à tambouriner de plus en plus fort ! Il en devenait douloureux, au point de le brûler, de vriller tout son être d'une souffrance atroce.
Un cri suraigu quitta la gorge de Tom, se répercutant contre les murs du dortoir. Car il se trouvait désormais dans le dortoir, le souffle court, en nage, les draps entortillés autour de ses jambes. On le regardait avec inquiétude.
— Un cauchemar, grommela-t-il d'un ton bourru.
Ramenant ses couvertures par-dessus lui, il enfouit sa tête dans l'oreiller moelleux rempli de plumes. Tom se recroquevilla sur lui-même et, serrant son pendentif plus fort que jamais, il raviva en sa mémoire le souvenir rassurant d'Emily Maitland. Elle lui manquait terriblement.
OoOoOoO
Comme Granger l'avait prévu, les sixième année croulèrent rapidement sous l'imposante masse des devoirs. Non seulement il leur fallait étudier comme s'ils avaient eu des examens chaque jour mais les cours eux-mêmes exigeaient plus d'attention que jamais. Tom, qui n'avait pourtant jamais rencontré de difficulté jusqu'à présent, comprenait à peine la moitié de ce que le professeur McGonagall leur disait ces temps-ci. Le fait qu'il eût sauté six mois de cours (modulo quelques décennies) apportait une difficulté supplémentaire. Jamais l'arithmancie ne lui avait paru aussi obscure, malgré l'aide patiente de Granger et Nott. Seuls les cours de potions lui remontaient le moral. Il retrouvait alors un enseignant familier qui avait toujours pour lui la même admiration, en dépit de ce qu'était devenu Voldemort. Tom se montrait d'ailleurs particulièrement brillant grâce au Prince de Sang-Mêlé. Il voyait cela comme une sorte de revanche, utiliser les notes que Rogue avait involontairement laissées derrière lui pour son propre intérêt.
Les sortilèges informulés étaient à présent exigés non seulement en cours de défense contre les forces du Mal, mais également en classe de sortilèges et métamorphoses. Si les informulés ne lui avaient opposé aucune difficulté majeure la première semaine, il en fut tout autrement au cours de la deuxième. L'esprit encore troublé aussi bien par ce qu'il avait appris que par les cauchemars qui ne cessaient de le harceler, Tom ne parvenait plus à conjurer le moindre sort, si bien que même Neville se révélait meilleur que lui. Alors qu'il tentait de transformer un hamster malchanceux ou de lancer un aguamenti, il lui alors que sa baguette, devenue moqueuse devant la tourmente de son propriétaire, s'obstinait à lui désobéir. Il s'en suivit quelques incidents. Si McGonagall remarqua son trouble, elle s'abstint de faire la moindre remarque. Rogue se garda bien d'une telle délicatesse, ne ratant jamais une occasion de le tourner en ridicule.
Justin Flinch-Fletchey manqua de tact, mais au moins, il n'y avait aucune malveillance dans le joyeux Poufsouffle.
— Pfff, déjà que je devais m'occuper d'un Serpentard dépressif, grommela Justin alors qu'ils s'étaient réuni pour avancer sur leur mémoire d'histoire de la magie.
— Je ne suis pas dépressif ! dit Théodore Nott de mauvaise humeur.
— Et c'est reparti, soupira Susan Bones en jetant un regard désolé à Tom.
Mais Tom gardait le silence, trop absorbé par ses propres pensées pour remarquer l'échange houleux qui secouait Justin et Théodore. Ils ne tardèrent pas à se faire exclure de la bibliothèque par Madame Pince. Le dîner du club de Slug, où il était naturellement convié, échoua à le dérider. Bien sûr, Sulghorn l'admirait toujours et Tom appréciait sa dévotion. Cependant, il devait à présent partager l'intérêt du vieil enseignant avec un Gryffondor de septième année, Cormac McLaggen, issue d'une famille particulièrement influente. Une inimitée manifeste naquit vite entre les deux Gryffondor, chacun n'appréciant guère de se voir voler une partie de l'attention de Slughorn.
En rentrant de la soirée, Tom retrouva un Potter d'humeur particulièrement massacrante qui venait d'effectuer son heure de colle auprès de Rogue.
— $Je viens de croiser Dean Thomas$, siffla Potter tout en passant son pyjama.
— $Et alors ?$
— $Il s'inquiète… Honnêtement, tu crois que c'est la meilleure stratégie pour gagner notre confiance, de prendre des airs de chien battu et de faire semblant de ne plus arriver à jeter des sorts$
— $Je ne fais pas semblant$.
Sans laisser le temps à Potter de répondre, Tom attrapa son propre pyjama et s'enferma dans la salle de bain. Potter ne l'interrogea plus à ce sujet. L'humeur de l'ancien Serpentard s'assombrit tout au long de la semaine suivante. Habituellement taciturne, son mutisme s'amplifia au point que Tom ne décrocha pas le moindre mot du lever jusqu'à la séance de l'AD qui se tenait le vendredi soir. Neville se mit en binôme avec lui. Neville était un gentil garçon qui affichait la plupart du temps un sourire benêt particulièrement irritant. Ce soir-là encore, il le gardait cruellement sur ses lèvres. Tom ne supportait plus ce sourire, tout comme il était exaspéré par la gentillesse maladive d'Hermione qui, à plusieurs reprises déjà, avait manifesté ouvertement son inquiétude de le voir s'enfoncer dans la déprime.
Soudain sa baguette lui échappa
— Ouais ! Je t'ai eu ! S'exclama joyeusement Neville.
Probablement inspiré par Rogue, Potter avait déclaré que ceux qui maîtrisaient les sortilèges de base en duel devraient travailler les informulés. Si Neville était enfin parvenu à conjurer un experlliamus silencieux, Tom n'arrivait même plus à invoquer le sortilège du bouclier. Il lui semblait même que s'il l'avait hurlé, sa baguette indisciplinée aurait refusé de lui obéir.
Tom reprit sa baguette et tenta, en vain, d'attaquer Neville. A chaque fois qu'il se concentrait sur sa magie, l'image de l'homme à la face de serpent s'imposait à son esprit. Une formule magique accompagnait cette apparition, une formule qu'il ne fallait pas prononcer ici. Peu à peu sa baguette s'échauffa dans sa main, jusqu'à en devenir brûlante. Deux mots résonnaient inlassablement dans son esprit. Deux mots de mort. Avec horreur, Tom comprit ce qui allait se produire. Aussitôt il pointa sa baguette vers le sol, vers le plancher qu'elle ne pouvait pas blesser. Elle se révolta. Furieuse, elle s'obstinait à se pointer sur quelqu'un, n'importe qui.
— Désarme-moi ! Lança-t-il à Neville.
Mais le garçon tardait à réagir, surpris par l'ordre. Un sort fusa. Heureusement, il n'y eut pas de victime. La baguette rebelle vola dans les airs et retomba piteusement à terre, encore agité par cette ire meurtrière. Désormais privée de sorcier, la baguette ne pouvait plus tuer. C'était Hermione qui avait eu le bon réflexe et désarmé Tom avant que le sort de mort ne se formât.
Tom était le centre des attentions. D'ordinaire, lorsque c'était le cas, il se contentait de prendre un air détaché, supérieur et parfois, il glissait un regard intimidant à ceux qui le dévisageaient. On se détournait alors rapidement de lui. D'ordinaire, il se trouvait à une autre époque, entouré de Serpentard qu'il fascinait, d'autres élèves qu'il avait terrifiés et d'enseignants qu'il avait séduits. D'ordinaire, il contrôlait aussi bien ses faits et gestes que sa baguette !
Tom se contenta de fixer, atterré, cette baguette qui l'avait trahi. Potter s'empressa d'intervenir, déclarant que l'on avait suffisamment travaillé et qu'il était temps pour chacun de regagner sa Salle Commune. Si les membres de l'AD obéirent sans poser de question, nombre de regards, inquiets, méfiants ou intrigués s'égarèrent sur ce nouveau Gryffondor décidément bien étrange.
Il ne resta plus que le trio et Tom.
— Que s'est-il passé ? demanda Potter d'un ton sévère.
— Ma baguette a essayé de tuer Neville, répondit Tom le plus détaché possible.
Il s'attendait à une remarque sardonique de Weasley, mais rien ne vînt. Peut-être était-ce l'effet positif d'avoir eu une mine pathétique digne du plus pitoyable des Poufsouffle pendant ces deux dernières semaines : l'agressivité de Weasley à son égard s'était calmée.
— Explique-toi.
Tom renifla avec dédain.
— C'est pourtant simple. Ma baguette ne m'obéit plus.
— Depuis quand ?
— Je ne sais pas. Deux semaines environs.
Potter opina, pensif. Après quelques instants de réflexion, sûr de lui, il tendit sa baguette à Tom.
— Essaye de lancer un sort.
Weasley étouffa un cri stupéfait alors qu'Hermione observait avec attention. Tom se saisit de la baguette en houx, conscient de ce que la proposition de Potter impliquait. Aussitôt une vague de chaleur envahit sa main. Celle-ci était cependant bien différente de la brûlure qui précédait le sort de mort. Autant la première avait été agressive, autant celle-ci était douce, accueillante, comme si elle cherchait simplement à le saluer.
Tom inspira, brandit la baguette. Il conjura un aguamenti informulé et la baguette docile, laissa couler un filet d'eau pour le plus grand soulagement de Tom. Il avait fortement redouté que, plus que sa baguette, c'était sa magie qui se rebellait, qui l'abandonnait ! Et s'il se transformait en Cracmol, conséquence imprévue d'une voyage temporel impossible ? Il n'en était rien. Pour la première fois depuis près de deux semaines, Tom se détendit.
Potter reprit sa baguette, la rangea dans sa poche et se dirigea vers la baguette de Tom, toujours au sol.
— Elle est dangereuse, prévint Tom.
Le Gryffondor ne renonça pas pour autant. En prenant cependant garde à bien pointer la baguette en direction du mur, il s'écria :
— Aguamenti !
Un filet d'eau en jaillit. Une colère sourde envahit Tom. Sa baguette, celle qui chérissait tant, qui faisait de lui un sorcier, un être exceptionnel, sa baguette l'avait trahi ! Elle acceptait d'obéir à un autre tandis qu'elle se moquait de lui ! Son estomac se contracta. Fallait-il que tout se ligue contre lui ? Potter glissa précautionneusement la baguette entre les pages de son livre de potion. Il se frotta machinalement sa cicatrice.
— Ta baguette est un peu étrange, reconnut-il.
Son ton s'était radouci.
— Que s'est-il passé plus précisément ? Demanda Hermione. Nous savons que la baguette de Harry et la baguette de Voldemort sont jumelles et que cela les empêche de se nuire mutuellement. Si deux baguettes jumelles peuvent à ce point s'influencer, qu'en est-il d'une baguette qui se dédouble ?
— Pourquoi ça serait apparu seulement après une semaine à notre époque ? Rétorqua Weasley. Je veux dire, il doit y avoir un élément déclencheur.
Au moins, Weasley ne le traitait plus de menteur. Tom savait qu'il était dans son intérêt de répondre, que trop de choses lui échappaient pour qu'il s'en conservât le silence.
— La première fois que je l'ai vu, c'était dimanche matin. Je revenais de l'infirmerie. Je me suis endormi. Puis il est apparu, dans mon rêve. Il a levé sa baguette. Il était menaçant. J'ai levé la mienne. Mais elle s'est mise à me brûler la main. Tout à coup, elle m'a échappé pour rejoindre l'autre, celle de l'homme. Elle s'est fondue dedans. Depuis, à chaque fois que j'essaye de l'utiliser, l'image de l'homme apparaît. Ne me demandez pas qui est cet homme, je l'ignore. Il a une tête étrange, sans nez et avec des yeux rouges. Il ressemble à un serpent.
Tom se mordit la lèvre. En réalité, il avait quelques doutes sur l'identité de l'homme, mais il lui était trop monstrueusement dissemblable pour oser y croire. La réaction du trio confirma ses craintes. Ils le fixaient avec des bouches grandes ouvertes.
— C'est Voldemort, répondit enfin Potter.
Tom frissonna. Quelles transformations avait-il pu subir pour devenir une telle créature ? La Magie Noire marquait irrémédiablement ceux qui la pratiquaient avec trop d'intensité. Il le savait. Il avait lu maints et maints avertissements mettant en garde les novices. Peu à peu, elle consumait celui qui l'utilisait, brouillant ses traits, transformant l'adepte en un grand brûlé. Tom avait lu tout ça. Déjà en 1942, il avait dédaigné les mises en garde. Grindelwald n'avait-il pas ou peu été affecté ?
— Il faut prévenir Dumbledore, conclut Hermione préoccupée. Mais le problème est qu'on le voit très peu ces derniers temps.
— Donc, on ira voir McGonagall, termina Tom s'attirant des regards surpris.
À quoi s'attendaient-ils ? Songea-t-il avec agacement. Cette situation l'inquiétait autant qu'eux, si ce n'était plus, puisqu'il était le premier concerné. McGonagall était la personne idéale pour en parler : il se souvenait encore de celle qui était à la tête de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, si récemment encore dans sa mémoire. McGonagall, à l'instar de Slughorn ou de Binns, faisait partie de ces personnes qui, en le rattachant à son passé, le rassuraient.
Avec un visage plus sec et plus ridé que dans ses souvenirs mais toujours avec le même chignon strict, McGonagall les accueillit, hésitant entre la curiosité et l'inquiétude.
— Donc, voici mon hypothèse, dit Tom après avoir rapporté succinctement l'incident. Voldemort a appris mon existence et il tente de m'influencer au travers de ma ou plutôt de notre baguette. Il est fortement probable que nos deux baguettes puissent communiquer entre elles, puisqu'il s'agit en réalité de la même et unique baguette.
— J'ai senti la présence de Voldemort au travers de la baguette, appuya Potter.
McGonagall acquiesça sombrement tout en fixant Tom d'un regard pénétrant. McGonagall avait conservé cet aspect un peu sévère qu'on lui connaissait dans les années 40. Son sérieux disparaissait cependant dès qu'il était question de Quidditch. Ou de bêtise Gryffondorienne, telle suivre des hommes recouverts de capes noires dans la partie déserte de Pré-Au-Lard, alors que Grindelwald se faisait plus menaçant que jamais. L'imprudence des Gryffondor avait cependant permis à Tom de se tirer d'un mauvais pas et d'échapper aux griffes d'Eleusis qui lui avait, durant leur bref affrontement, révélé leur lien de parenté. Cette mésaventure s'était produite seulement quelques semaines auparavant dans l'esprit de Tom. McGonagall, elle, avait vieilli de plus de cinquante ans. S'en souvenait-elle seulement ?
— Eh bien, vous n'avez rien perdu de votre don pour vous attirer des ennuis au cours de votre voyage dans le temps, soupira-t-elle.
Apparemment oui.
— Que voulez-vous dire, professeur ? Demanda Potter interloqué.
— Eh bien que jusqu'à votre venue à Poudlard, je n'avais jamais vu quelqu'un qui avait une telle capacité à s'attirer des ennuis avec un Mage Noir. Pour en revenir à votre baguette, votre hypothèse me semble plausible, bien que très inquiétante. Heureusement, Albus est actuellement disponible.
— Je préférerais qu'on ne mette pas Dumbledore au courant, répliqua Tom.
Un demi-sourire étira alors les lèvres pincées de McGonagall.
— Le professeur Dumbledore s'y connaît bien plus que moi en matière de baguette. Je pense que le problème est suffisamment important pour que nous lui en parlions.
Tom n'eut rien à y répondre. Déjà guère enthousiaste à l'idée de retourner dans le bureau du très inquiétant directeur de Poudlard, il fut saisi par une furieuse envie de fuir lorsque, passant la porte, le regard d'aigle de Dumbledore tenta de le transpercer et que son pendentif se mit à vibrer légèrement, s'échauffant en douceur. Dumbledore écouta McGonagall avec calme et sérénité. Toutefois ces yeux pétillaient dangereusement, faisant des allers-retours entre la baguette rebelle posée sur son bureau et Tom, de plus en plus mal à l'aise.
— C'est une hypothèse tout à fait plausible, reconnut Dumbledore. Cependant, il existe une autre possibilité. C'est la baguette qui choisit son propriétaire et non l'inverse. Partons du principe que vos deux baguettes communiquent, peut-être même plus intimement qu'on ne l'aurait imaginé au premier abord. Ces deux baguettes, donc, réagissent peut-être comme si elles ne formaient qu'une seule et unique entité. Auquel cas, elles ne peuvent obéir qu'à un seul et même maître.
— Dans ce cas, elle aurait choisi Voldemort, comprit Tom la gorge serrée, fixant sa baguette.
Elle était son bien le plus précieux. C'était la première chose qui lui avait réellement appartenu et plus encore, c'était ce qui l'avait relié au monde des sorciers. Sa baguette l'avait extirpé de cet orphelinat que Tom exécrait tant. En plus de lui avoir volé ses projets et, d'un certain point de vue, son avenir, Voldemort s'emparait désormais de sa baguette.
— Pourquoi a-t-elle alors cherché à tuer Neville ? Demanda Hermione avec inquiétude.
— Il se pourrait, ce ne sont que des suppositions, que la baguette se soit imprégnée de la personnalité de Voldemort. Ou peut-être a-t-elle choisi Voldemort pour son goût pour le pouvoir. L'un dans l'autre, je crois qu'elle est bel et bien dangereuse et que tu as eu le bon réflexe, Tom, autant en réclamant à être désarmé qu'en acceptant d'en parler.
Tom acquiesça, sur ses gardes. Dumbledore, le féliciter ? C'était suspect.
— Malheureusement, je crains que tu ne puisses plus l'utiliser. Autant de ton point de vue que de celui de ta baguette, il y a eu une trahison. Ta conduite, bien qu'heureuse, t'a mené à la renier. Elle ne t'obéira plus.
— Pourquoi a-t-elle obéi à Potter alors ?
La question, loin de déstabiliser Dumbledore, raviva plus encore le pétillement de ses yeux bleu clair comme la glace.
— Harry ? dit Dumbledore. As-tu une explication ?
Il était évident que Dumbledore en avait une, lui. Il cherchait uniquement à évaluer son apprenti.
— Aussi incroyable que ça paraisse, je suis plus lié à Voldemort que Tom.
— Exactement, confirma Dumbledore avec satisfaction. Ce qui tend en faveur de mon hypothèse : la baguette sent la présence de Voldemort au travers d'Harry c'est pour cela qu'elle accepte de lui obéir.
Ce qui ne fut ni au goût de Tom, ni au goût de Potter.
— Je garderai ta baguette, poursuivit Dumbledore. Le professeur Flitwick possède quelques baguettes de secours pour dépanner ses élèves qui auraient eu un accident. Tu iras le voir. Mais avant, j'aimerais te parler seul à seul.
Ce qui fut encore moins au goût de Tom. Se retrouver seul et désarmé avec le vieux citronné était loin de le rassurer. Dumbledore s'aperçut du trouble de l'adolescent. Il afficha un sourire plein de bonhomie qu'il voulait rassurant, mais que Tom jugeait mielleux. Son pendentif s'agitait avec de plus en plus de force si bien qu'il craignait que Dumbledore ne le découvrît.
— Tout comme le jeune Weasley, je crois qu'il y a bien eu un élément déclencheur. Un élément à partir duquel tu t'es dissocié réellement de Voldemort, de son mode de penser. Et cela à avoir avec cette… chute, que m'a rapportée Mrs Pomfresh, n'est-ce pas ?
Tom garda le silence. Son ventre se tordit douloureusement alors que le regard de Dumbledore le cuisait.
— Je pense que tout est lié, poursuivit Dumbledore. L'attaque d'Eleusis à Pré-Au-Lard, ta soudaine réapparition ici, la trahison de ta baguette, mais aussi l'apparition de Voldemort qui s'est produite peu de temps après ton départ des années 40. Je ne parviens pas encore à déterminer le dénominateur commun, mais j'y réfléchis. Ton aide me serait précieuse.
— Qu'est-ce que ça change ? répliqua Tom d'un ton sec. À quoi bon se questionner encore sur ce qui s'est produit ? De toute façon, je suis définitivement coincé ici. Autant m'y faire.
— N'es-tu pas curieux ?
Si, bien sûr qu'il était curieux de savoir ce qui s'était produit. Mais en parler devant Dumbledore le mettait profondément mal à l'aise.
— J'ai d'autres préoccupations, répondit-il laconiquement.
Ce qui était vrai. Cependant, l'ange qui passa lui signifia qu'il devait développer sa pensée.
— J'ai une nouvelle époque, une nouvelle vie, une nouvelle baguette bientôt et il y a même un nouveau Mage Noir dont je dois me méfier. Je dois d'abord m'y adapter.
— Il est heureux que tu penses ainsi. Tu prends conscience que toi et Voldemort formez désormais deux personnes distinctes.
Sitôt libéré de Dumbledore, à son plus grand soulagement (et à celui du pendentif qui cessa de s'agiter), Tom fut escorté jusque chez Flitwick où il obtint une baguette en aulne, crin de Sombral, 36 cm et relativement souple. Le petit professeur au nez en trompette jugea le phénomène intéressant.
— Habituellement cette baguette rejette violemment quiconque tente de l'utiliser.
— D'où vient-elle ?
— Je ne sais pas. Elle était là, bien avant que j'arrive. Je crois qu'elle n'a jamais convenu à un élève avant vous.
Tom considéra le bout de bois, résigné. Pourtant, elle lui convenait parfaitement. Mais ce n'était plus la même.
Il eut rapidement l'occasion d'étrenner la baguette. Alors que Granger et Weasley regagnaient leur dortoir en cette heure tardive, Potter le conduisit dans la Salle sur Demande avec l'intention de lui faire de nouveau travailler le Patronus. Las de toute cette journée – de toute cette semaine en réalité – Tom leva sa baguette :
— Spero patronum !
À sa grande surprise, des volutes argentées plus conséquents en jaillirent, ce qui attira un grand sourire de satisfaction à Potter.
— Je te l'avais dit. Tu vas y arriver.
Merlin, pourquoi tous les Gryffondor étaient-ils aussi niais ?
— À quel souvenir pensais-tu ? S'enquit Potter.
Comment avait-il deviné qu'il ne pensait plus au jour où il avait appris qu'il était sorcier ?
— Ton sourire n'est plus le même. Le souvenir auquel tu pensais est en quelque sorte, plus positif que le précédent. Il existe toute sorte de joie, mais pour qu'un Patronus soit réellement fort, il faut un bonheur véritable, pas seulement porté sur sa propre personne ou sur le détriment des autres. Même si j'ai beaucoup apprécié voir Malefoy transformé en fouine, je ne peux me servir de ce souvenir pour invoquer un Patronus.
— Je…
Tom hésita. Potter attendit, patient, en digne Gryffondor, en digne apprenti de Dumbledore. Non, pas en apprenti de Dumbledore. Dumbledore avait toujours un sourire chaleureux et des paroles agréables, mais il savait admirablement bien manipuler les conversations et les gens pour conduire les plans que son esprit retors avait élaborés. Pour un plus grand bien peut-être. Potter était plus spontané, même s'il savait également faire preuve d'ingéniosité lorsqu'il désirait obtenir quelque chose. Son inquiétude, tout autant que la satisfaction de le voir progresser au Patronus, était réelle. Le sourire qu'il avait à présent sur les lèvres n'avait rien de mielleux et le pétillement de ses yeux émeraude était dépourvu de cette nuance inquiétante présente chez Dumbledore.
— Je pensais à ma mère.
Potter perdit son sourire et afficha sa surprise.
— Je… J'ai découvert son visage il y a peu.
— Dans le livre portant sur l'arithmancie et les Gaunt ?
Tom opina. Potter marqua une pause, tout en se mordillant les lèvres. Il jeta un regard à Tom, hésita à nouveau. Ses yeux ne pétillaient plus du tout. Et Tom comprit qu'il y avait un problème. Son cœur se mit à battre de plus en plus vite.
— Qu'y a-t-il ? Demanda-t-il d'un ton sec.
— Je… euh… il faut qu'on parle.
Potter inspira, reprenant le contrôle de lui-même. Il désigna les coussins. Ils s'y assirent en silence. Potter inspira à nouveau, comme si une simple bouffée d'air pouvait lui donner le courage d'accomplir cette tâche délicate.
— Que sais-tu de tes parents ? Ou plutôt comment l'as-tu découvert ? Je suppose que Vector et le livre qu'elle t'a prêté ont quelque chose à voir.
Tom le fixa avec méfiance. Cependant, il n'y avait aucun signe de duplicité chez Potter. Encore une, fois il regrettait de ne pouvoir user de legilimencie sur Potter, sous peine de s'attirer les foudres de ce dernier.
— Lors de l'attaque de Pré-Au-Lard, Eleusis Gaunt, une sorcière au service de Grindelwald, m'a appris que nous étions cousins, répondit finalement Tom.
Il avait besoin de confirmations. S'il répugnait à parler à Dumbledore, il acceptait de se livrer à Potter dont il se sentait, par certains côtés, proche.
— Elle est la fille de Morfin Gaunt et d'une moldue. Elle ne m'en a pas dit plus. Je n'ai pas trouvé d'autres informations. Quelques jours plus tard, j'étais en train de lire lorsque, sans comprendre pourquoi, je me suis retrouvé dans le bureau de McGonagall.
— Que lisais-tu ?
— Tout ce qu'il y a de plus innocent. Un simple ouvrage traitant des arbres à fruits magiques pour mes BUSEs et si tu veux vraiment le détail, ça parlait des différentes sortes de pommiers. Je sais que je n'y suis pour rien dans ce qui s'est produit. Peut-être est-ce Grindelwald. Ou peut-être même que la cause n'est pas dans le passé, mais dans le présent. Tout comme c'est dans le présent que j'ai pu trouver des informations concernant mes parents. Le livre date de 1986. Je l'ai vu dans les étagères de Vector et son titre a retenu mon attention. C'est à la dernière page qu'ils apparaissent. Ma mère, Marvolo et… Morfin.
Il avait craché ce dernier nom. Tom s'aperçut qu'à mesure qu'il parlait, qu'il s'égarait dans ses souvenirs, son regard s'enfuyait vers les lames du plancher. Les poings serrés en repensant à son oncle, il releva les yeux et dévisagea Potter avec une rage nouvelle.
— J'ai aussi appris que Morfin avait tué mon père et qu'il est mort à Azkaban. Je ne pourrai même pas me venger. Voilà, c'est tout ce que je sais.
Harry garda le silence, de plus en plus troublé. Il se tordait nerveusement les mains, cherchant ses mots. Il se gratta machinalement l'arrière de son crâne recouvert de son épaisse tignasse indisciplinée. Comme à chaque fois, Harry inspira avant de se décider à prendre la parole.
— Je vais te dire ce que je sais, mais s'il te plaît, reste calme jusqu'au bout. Ton oncle et ton grand-père ont été emprisonnés à Azkaban avant ta naissance pour s'en être pris à un agent du Ministère. Ta mère en a profité pour fuir avec ton père. Mais… ton père l'a quittée alors qu'elle était enceinte.
— C'est ridicule ! Pourquoi il l'aurait quittée s'il avait fui avec elle ? S'ils s'aimaient ?
S'ils s'aimaient ? La phrase résonna étrangement à ses oreilles, à la fois si pathétique et si tentante. Par Salazard, comment pouvait-il proférer de telles niaiseries ?
— Les hommes ne sont pas toujours très courtois, éluda diplomatiquement Harry. Et… Non, laisse-moi finir Tom, ne me coupe pas. La suite tu la connais, elle est morte en te mettant au monde. Là où tu trompes en revanche, c'est au sujet de ton oncle. Voldemort a découvert qu'il était lié aux Gaunt à la fin de sa cinquième année et il a décidé de quitter l'orphelinat au cours de l'été pour leur rendre visite. Il n'y avait plus que Morfin, et Morfin lui a révélé qu'il était le fils du châtelain de Little Hangletton, Tom Riddle. Après… les souvenirs de Morfin ont été profondément altérés. Ce sont des hypothèses, mais des hypothèses très vraisemblables. Tom, s'il te plaît, laisse-moi aller jusqu'au bout, même si je sais que ça ne va pas te plaire. Voldemort a stupéfixié son oncle et lui a pris sa baguette avant de se rendre au manoir. Là, il a tué le moldu qui avait abandonné ta mère. Puis il est rentré au taudis des Gaunt et a implanté, à l'aide de manipulations complexes, de faux souvenirs dans l'esprit de Morfin et lui a rendu l'arme du crime, sa baguette.
— Tu te trompes… murmura Tom à voix basse en fixant ses mains délicates, ces mains nobles et fine qu'il aimait tant, ces mains qu'il avait héritées de son père. Ça ne peut pas être ça.
La gorge serrait, il peinait à respirer. Un mauvais vertige faisait tourner la tête. Il refusait d'y croire. Il ne pouvait pas avoir tué son père. Ce n'était pas vrai ! Pas après ces deux semaines passées à imaginer ce qu'avait pu être son père et sa mère. Son père l'avait abandonné. Ce père qui lui avait légué un nom ridicule. Son père à qui il ressemblait tant. Et Tom se demanda si, après ces jours si étranges, même en apprenant que son père était un goujat doublé d'un lâche, il serait capable de le tuer à nouveau.
— Garde à l'esprit que nous parlons de Voldemort et non de toi, nuança Potter d'une voix douce. Je crois que Ron a raison. Ce qui s'est passé ce jour-là est un élément déclencheur. Je veux dire… tu n'as pas découvert tes origines dans les mêmes circonstances que Voldemort. Là où il a éprouvé un besoin de revanche, toi tu as éprouvé de l'amour. Tu vas me trouver niais et pourtant, à plusieurs reprises, j'ai pu vérifier ceci : l'amour a un pouvoir bien plus important que l'on ne s'imagine. L'amour, retiens bien-ça, Tom. C'est ce qui te différencie définitivement de Voldemort. Et c'est pour cela que ta baguette s'est rebellée.
Tom hocha de la tête, trop assommé par les révélations pour remarquer qu'en cet instant, Potter parlait comme Dumbledore. Même s'il peinait à le reconnaître, Tom savait au fond de lui que Potter avait raison. La dernière fois qu'il avait pu utiliser correctement sa baguette, il avait soustrait la photo de sa mère à l'ombre inquiétante de son oncle et de son grand-père, parce qu'il voulait la voir sourire. La voir lui sourire, à lui, son fils.
Était-ce donc cela ? Il s'était séparé de Voldemort, il avait acquis son existence propre à partir d'une erreur ? Parce qu'ils' était un instant imaginé son père comme étant une personne respectable ? Parce qu'il avait voulu que sa mère l'aime ? À ce titre, une telle existence était-elle pérenne ? Pour la première fois depuis le début de la semaine, Tom se questionna sur sa situation, sur les raisons de sa présence. S'il n'était qu'une copie apparut par accident, risquait-il disparaître aussi promptement ? Son estomac se contracta violemment. Était-il suffisamment indépendant de Voldemort pour continuer à exister ? Il commençait à réaliser à quel point il était impossible qu'il retourne dans son époque, tout simplement parce qu'il n'était plus le Tom Riddle qui révisait sa botanique à la lueur d'un lumos. Cette prise de conscience révéla plus cruellement encore sa fragilité. Ce n'était pas la mort qui le menaçait. Tom avait l'intime et terrifiante conviction que s'il ne prenait pas son sort en main, s'il ne luttait pas pour être lui et non la copie de Voldemort, alors il disparaîtrait aussi sûrement qu'un faible remous perdu dans un torrent tempétueux de montagne.
La nuit qui suivit, Tom rêva à nouveau de Voldemort. Il se présenta à lui dans la caverne où Tom s'était amusé à effrayer deux idiots de l'orphelinat. Les lieux avaient quelque peu changé. Un grand lac noir s'étendait aussi loin que le regard de Tom parvenait à le distinguer dans la pénombre ambiante. La caverne était si haute que le plafond demeurait invisible au regard. La seule source de lumière était la baguette de Voldemort. Sous son lumos, quelques objets luisaient dans une barque, objets que Tom connaissait désormais par cœur : la coupe de Poufsouffle, le médaillon de Serpentard, l'épée de Gryffondor, le diadème de Rowena Serdaigle et la bague immonde qu'il avait vu au doigt de Morfin Gaunt. Tom se dressa fièrement devant Voldemort, chassant de son esprit qu'un Gryffondor n'aurait pas mieux fait.
— Je sais qui vous êtes Lord Voldemort et je ne suis pas vous ! cracha-t-il avec hargne.
La bouche dépourvue de lèvres du mage noir se déforma en un horrible rictus. Sous le regard stupéfait de Tom, Voldemort se métamorphosa peu à peu. Ses traits, autrefois brouillés, se dessinaient plus distinctement pour devenir également plus grossiers. Ses épaules s'élargirent, ses bras se musclèrent, son crâne opalescent se couvrit d'une épaisse tignasse blond cendré, drue comme de la mauvaise herbe. Ses yeux enfin, perdirent leur rougeoiement pour prendre des nuances vertes et marron.
— Pourquoi crois-tu que je suis Voldemort ? demanda alors la voix nasillarde de Brus Bergsonn.
Tom se réveilla en sursaut. Tout était silencieux dans le dortoir, endormi. Cette fois au moins, il n'avait pas crié. Laissant échapper un sourire, il s'apprêtait à se rallonger lorsqu'il découvrit Harry, les yeux grands ouverts, qui l'observait.
— $Encore un cauchemar.$
Ce n'était pas une question. Tom ne prit pas la peine de répondre. Il s'enfouit aussitôt sous ses couvertures. Harry avait-il la réponse à ses étranges rêves qui le harcelaient ? Peut-être, peut-être pas. Tom n'alla pas plus loin dans son raisonnement. Le sommeil le happa. Il ne fit pas de cauchemar jusqu'à l'aube, pas plus qu'il n'en fit les nuits suivantes.
OoOoOoO
Il était étrange de constater combien les choses pouvaient changer. En l'espace de cinq semaines seulement, Tom était passé d'une vie bien réglée d'héritier de Serpentard où il partageait son temps entre ses études, sa lecture des grimoires de Magie Noire que lui rapportait Rookwood ou Cœur-de-Glace, sa recherche de la Chambre des Secrets et les mésaventures induites par Grindelwald, à une vie bien réglée de Gryffondor où il partageait son temps entre ses études, sa lecture des livres d'histoire traitant de ces cinquante dernières années que lui dégotait Hermione, ses séances à l'AD, les mésaventures induites par Voldemort. En résumé, Tom s'adaptait étonnamment bien à sa nouvelle vie.
Probablement mis en confiance par la trahison de sa baguette, le trio infernal se montrait plus chaleureux envers lui. Quelques semaines encore et leur méfiance aurait disparu ! Il se plaisait encore à croire qu'il jouait de son charme naturel pour séduire son entourage et l'attirer sous sa coupe. Seul bémol à ce merveilleux tableau, les pintades à la Romilda Vane ne cessaient de glousser de manière irritante dans son dos, lorsqu'elles ne venaient pas lui faire des propositions indécentes, leurs esprits emplis d'images scandaleuses, sans parler des sœurs Patil qu'il s'efforçait de tenir à distance en cours d'histoire de la magie (l'aide de Susan Bones lui était alors des plus précieuses).
Un groupe de quatre filles se trouvaient en embuscade entre le lac et le terrain de Quidditch. Courir autour du lac et tout le long de l'enceinte de Poudlard, voilà une nouvelle liberté acquise depuis leur longue discussion dans la Salle sur Demande. Beaucoup de sorciers délaissaient leur forme physique pour se focaliser uniquement sur leur pouvoir magique. Il semblait que Voldemort avait fini par commettre également cette erreur. Comme Tom était le seul, à l'AD, à avoir expérimenté les vertus en combat de la course à pied (ou plutôt de la fuite), il était le seul à avoir suffisamment de discipline pour s'adonner à cette noble activité, deux à trois fois par semaine. Au début, Romilda Vane et d'autres cervelles de jobarbille avaient bien tenté de le suivre, mais Tom était parvenu en quelques foulées aériennes, à les rendre écarlate, à les mener à l'asphyxie et pourquoi pas, au malaise, en espérant se libérer de cet embarrassant fan-club.
Romilda Vane et sa clique avaient changé de stratégie ce jour-là. Elles guettaient donc son arrivée vers le terrain de Quidditch, beau, séduisant, les cheveux dans le vent et le front complètement poisseux de transpiration. Pourquoi ? Quel intérêt à se cacher dans un buisson dans les premiers frimas d'octobre, uniquement pour le voir passer en courant durant quelques secondes ? Il y avait là, une logique qui lui échappait complètement. Tom éprouvait aussi un malaise grandissant à l'encontre de Romilda Vane, sans parvenir à mettre les mots dessus.
— Tu pues, déclara très diplomatiquement Hermione lorsqu'il vint s'asseoir à côté d'elle sur les gradins.
Et elle se replongea dans Les runes gobelines du Saint-Empire Germanique, par Cunégonde Formhenburg. Tom quant à lui, heureux du petit rayon de soleil qui perçait au travers des nuages, changeant du crachin glacial qui s'était installé depuis plus de deux semaines, tira le Descriptif des plus grands Mages Noirs du XXème siècle, par Onyx et al, 1985. Il avait trouvé cet ouvrage dans la Salle sur Demande, et avec l'argument qu'il était intéressant de connaître son ennemi, avait obtenu l'autorisation de le lire. Ces Gryffondor étaient agaçants à le surveiller dans le moindre de ses faits et gestes, mais il parvenait, par quelques arguments bien sentis, à les convaincre régulièrement du bien fondé de ses actions.
Ainsi, il avait été surpris de découvrir que le monde sorcier, loin de retrouver la paix à la chute de Grindelwald, avait vu l'émergence d'un nouveau Mage Noir, sévissant plus particulièrement dans la péninsule ibérique : l'Alchimiste des Ombres. Défait en 1953 et il aurait, d'après l'auteur, provoqué la fin du monde s'il avait pu mener son plan à exécution : invoquer l'âme des Anciens Dragons. Bien que Voldemort fût soupçonné d'avoir œuvré à sa chute, Dumbledore en était reconnu comme le principal instigateur. Par ailleurs, Voldemort avait bel et bien vaincu plusieurs Mages Noirs : ceux qui désiraient prendre le pouvoir en Angleterre, sa chasse-gardée.
Onyx recensait les trois derniers Mages Noirs à s'être aventurés en Angleterre. Le premier avait été exécuté assez proprement et sans artifice, en 1970. Le dernier, un certain Dragonnor, avait servi d'exemple, achevé à grand renfort de Magie Noire devant une assemblée de Mages Noirs aussi ambitieux que dépourvus de cervelle. Quant au deuxième… ou plutôt à la deuxième, elle n'était autre que Cryoncardia, plus connue de la part de Tom sous le nom de Cœur-de-Glace ou Halkyone Hart de son vrai nom.
Cœur-de-Glace avait conquis la Grèce dans le courant des années 60 et semait la terreur dans le Bassin Méditerranéen, lorsqu'elle commit une surprenante imprudence : s'attaquer à l'Angleterre. C'était en mars 1972. Il s'ensuivit l'un des duels les plus mémorables dans les annales des Mages, où Cryoncardia et Voldemort se combattirent à grand renfort d'effets pyrotechniques et autres sortilèges spectaculaires. À l'issue de cet affrontement, Voldemort captura Cryoncardia. Nul ne sut ce qu'il advint d'elle. Certaines mauvaises langues accusèrent cependant Voldemort de délit d'entente. En effet, jusqu'à sa défaite, Cryoncardia était la tenante du titre de Plus Grand Mage Noir de Tous les Temps. Elle était d'ailleurs la première femme à obtenir ce St-Graal des magiciens des forces du Mal, même si Tom n'était pas certain que Cœur-de-Glace fût au courant de sa nature de femme. Elle était avant tout une charogne. Après sa défaite, le titre revint tout naturellement à Voldemort. Or, il était connu de certaines personnes que Voldemort et Cryoncardia, en plus d'avoir effectué leurs études en même temps ou presque (Coeur-de-Glace avait deux ans de plus que Tom) à Poudlard, s'étaient retrouvés à plusieurs reprises dans leur tour du monde respectif, à la recherche des sorciers les plus érudits dans les Arts Sombres. Et ils s'entendaient plutôt bien ce qui signifiait, en langage Mage Noir, qu'ils étaient capables de se parler sans s'entre-tuer. De-là, les sceptiques jaloux, tel Alec Tron, avaient lancé la rumeur que le combat était truqué et n'avait pas d'autres buts que de permettre à Cryoncardiade tirer élégamment sa révérence tout en léguant le titre au seul Mage Noir qu'elle jugeait digne de le recevoir : Lord Voldemort. Après quelques expéditions punitives chez les mauvaises langues, il fut prudemment convenu par des sages tremblants de terreur à l'idée de voir débarquer le terrible sorcier à la face de serpent, que même s'il y avait tricherie, le titre était légitime, puisque la tricherie et l'usurpation s'inscrivaient dans la ligne de conduite des forces du Mal.
Tom se demanda ce qui avait bien pu conduire Cœur-de-Glace à vouloir se faire discrète. Certaines mauvaises langues particulièrement misogynes, tel Alec Tron (disparu depuis dans des conditions suspectes), avançaient qu'elle était enceinte. Mais comme il s'agissait de Cœur-de-Glace, Tom en doutait fortement. L'un dans l'autre, il était certain qu'il y avait bien eu délit d'entente. Il connaissait le secret de Cœur-de-Glace, même s'il l'avait appris à ses dépens. À moins que Voldemort eût découvert un moyen de se protéger contre ce pouvoir particulier, il n'avait pas pu la vaincre sans son autorisation.
— Instructif ? Glissa Hermione.
— Hum hum, répondit-il machinalement. Et toi ?
— Très. Savais-tu que les gobelins avaient coutume de graver des runes magiques sur leurs épées ?
— Oui, c'est une habitude qui est apparue sous l'Empire Romain. On soupçonne qu'il s'agit en réalité d'une tradition alchimique tirant ses racines dans l'art métallurgique étrusque.
Il était rare que Tom rencontre une personne capable de tenir une conversation intéressante et Hermione était l'une d'elle. En réalité, ils s'entendaient même plutôt bien, en dépit des origines moldues de la Gryffondor, ce que Slughorn n'avait pas manqué de remarquer au cours de ses dîners. Le vieil enseignant avait donc entrepris de jouer les entremetteurs, ce qui n'était ni du goût de Tom, ni du goût d'Hermione. Et encore moins de celui de Weasley, qui avait retrouvé son hostilité à l'égard de Tom. Ils étaient en plein débats (qui des orcs et des gobelins étaient les meilleurs artisans d'armes magiques ?) lorsque Harry effectua un atterrissage en catastrophe. Pâle, se frottant furieusement sa cicatrice tout en montant sur les gradins, il était de méchante humeur.
— Ça y est, Voldemort est au courant de ton existence, siffla-t-il dès qu'il fut à leur hauteur.
Tom se tendit. Il aurait titillé un dragon qui dormait que sa situation n'aurait pas été plus délicate.
OoOoOoO
Avec un calme impérieux digne d'un grand Mage Noir, Voldemort congédia le Mangemort qui venait de lui apporter une information capitale. Ce ne fut qu'une fois seul que Seigneur des Ténèbres se laissa tomber sur sa chaise. Il tenta de rassembler ses pensées. Sa version adolescente était apparue mystérieusement à Poudlard, sans la moindre explication. En soi, c'était troublant. Cela devenait presque cocasse en sachant que son double se retrouvait auprès du gamin qui l'avait tenu en échec à de trop nombreuses reprises déjà. Mais Voldemort se rappelait de l'épine dans le pied de Grindelwald qu'il était dans ses jeunes années. A quinze ans, il était particulièrement doué pour contrecarrer les plans du Mage Noir. Il aurait pu être intéressant de vérifier qu'il était bel et bien plus talentueux dans ce domaine que Potter, s'il ne se trouvait pas dans la position du dit Mage Noir à enquiquiner. C'était préoccupant. Lorsque l'on considérait le fait que son double provenait de l'instant exact où, Tom Riddle révisant avec les plus grands sérieux les différentes variétés de pommes magiques, s'était aperçu de la disparition soudaine de son pendentif, cela devenait véritablement inquiétant.
Il aurait titillé un dragon qui dormait que sa situation n'aurait pas été plus délicate.
À l'époque, Riddle ignorait encore la nature exacte de ce pendentif. Désormais, à la lumière de ses vastes connaissances dans le domaine des forces du Mal, Voldemort avait élaboré plusieurs hypothèses à ce sujet. Aucune n'était réjouissante. S'il ne se trompait pas, le déclin de Grindelwald avait commencé en 1942, avec l'expulsion hors du temps de ce pendentif. De là à imaginer que sa version adolescente amenait avec lui la clé du retour de Grindelwald, il n'y avait qu'un pas. Un pas assez effrayant en réalité.
Que faire ? Interroger Grindelwald en personne ? Pour l'instant, Voldemort préférait ne pas en arriver à une telle extrémité. Questionner une vieille renarde bien retorse qui savait porter un regard aiguisé sur les entrelacs des fils du sort ? Avec l'auror irritante qui ne cessait de rôder dans les parages dans l'espoir vain de le provoquer en duel, il devenait ardu de l'approcher en toute discrétion et Dumbledore aurait tôt fait de l'apprendre. Une idée lui vint. Elle était idiote, impulsive pour ne pas dire irréfléchie. Mais il avait besoin de savoir.
Je vais essayer de poster le chapitre suivant le 1 décembre. Normalement, ça devrait le faire.
Pour les parents de Tom, j'ai parlé de "les hommes ne sont pas toujours très courtois" et laissé dire que le père était un goujat doublé d'un lâche, parce 1) ce sont des adolescents des années 40/90, ils n'ont pas forcément conscient de certains enjeux (on ne parlait absolument pas de culture du viol dans les années 90, ni de tous les enjeux du consentement) 2) c'est moins violent/destructeur pour Tom que de lui assener "au fait, cette mère que tu aimes et que tu as cru qu'elle t'aimait en retour... et bah en fait, elle a drogué ton père pour l'enlever et le violer mais bon, c'est son amouuuuur qui te différencie de Voldemort". J'avais vraiment pas le cœur de m'embarquer là-dedans. Un homme qui abandonne sa femme enceinte, c'est plus fréquent/moins traumatisant.
