66,7k sur le NaNo ! Et j'ai bien avancé sur l'écriture de mon autre fanfic active, "Nicéphore Delmortov, au service des aurors" que je recommencerai à poster lorsque j'aurais terminé celle-ci (j'ai PLEIN de chapitres d'avance !)
Katymyny : Oui, sans Hermione, RIP Neville !
Amaniel : Contente que ma fic te plaise !
Note : En italique les extraits de HP6 (vu que c'est une fic alternative au tome 6). Double titre du chapitre : titre du chapitre présent/titre de HP6 correspondant. $Fourchelang$
Chapitre 6 : le Sort se répète / Argent et Opale
Le temps s'accélérait de plus en plus. Lorsqu'il regardait en arrière, Tom ne cessait de s'étonner de la rapidité avec laquelle il s'était adapté à sa nouvelle vie. Il lui semblait à présent que son existence de fier roi des Serpentard remontait à des années. Cinquante-quatre pour être précis. De son point vue, il n'y avait guère que quelques semaines qui s'étaient écoulées. L'adolescence était bel et bien une période malléable où les individus changeaient aussi facilement que le cadre dans lequel ils évoluaient. La preuve étant, Tom ne pouvait s'empêcher d'éprouver une pointe de frustration lorsque Rogue refusait de donner des points Gryffondor pour les excellentes réponses que lui et Hermione fournissaient alors même qu'il se montrait généreux envers les pathétiques tentatives de Malefoy.
— Dix points pour Serpentard, annonça Rogue qui du haut de son estrade ressemblait à une chauve-souris prête à s'envoler, s'il n'y avait pas eu autant de graisse sur ses cheveux.
Malefoy lança un regard victorieux à Tom. En réponse, Tom lui envoya une œillade des plus assassines, chargées de toute la puissance de sa haine et de son envie de meurtre. À sa grande satisfaction, le blondinet ridicule pâlit violemment et détourna le regard. L'échange n'avait pas échappé à Rogue, hélas.
— Peut-être que notre spécialiste des forces du Mal saura apporter des compléments à la réponse de Monsieur Malefoy.
Spécialiste des forces du Mal… ainsi Rogue l'avait surnommé. Tom l'avait un peu cherché aussi, répondant parfois trop bien à certaines questions pièges. D'une autre personne, l'ancien Serpentard aurait été flatté. De Rogue, il en était profondément irrité. Mais comme il n'avait vraiment pas l'habitude de se montrer insolent envers les enseignants, il répondit d'une voix polie, tout en soutenant avec férocité les petits yeux noirs chargés de haine de Rogue :
— Je n'en ai pas, monsieur.
Après quelques longues secondes qui lui parurent être des heures, Rogue se détourna, ne trouvant aucun prétexte pour lui ôter des points.
L'ambiance en cours de métamorphose était tout autre. Consciente que les points iraient de toute façon dans sa maison, McGonagall avait décidé d'instaurer une nouvelle règle.
— Qui peut me dire quelle est la différence entre un métamorphomage et un animagu...
Raté..., songea Tom avec dépit alors que McGonagall interrogeait Hermione. Faux départ. Il fallait attendre que le point interrogation fût prononcé, tel le coup de pistolet marquant le départ d'une course, pour lever la main. Pas avant. Tom et Hermione se livraient une compétition acharnée pour rapporter le plus de points à Gryffondor. Hermione avait encore un peu d'avance cependant. Cela ne durerait pas, Tom se l'était juré.
Avec l'aide du professeur Vector, il avait comblé une bonne partie de son retard en arithmancie et, s'il n'arrivait pas encore au niveau de Théodore ni d'Hermione, il gardait l'espoir de reprendre sa place de tête de classe dans les mois à venir. La conduite de Vector s'était révélée tout à fait irréprochable, même si Tom commençait se lasser des pommes qu'elle lui proposait à chaque séance. Il en était parvenu à la conclusion que l'enseignante était obsédée par ces fruits charnus. Tom gardait toutefois à l'esprit que Vector avait tenté de faire de la légilimencie sur lui. En cela, elle restait suspecte à ses yeux.
Il y avait également les séances de l'AD qui ponctuait agréablement sa vie de Gryffondor. À plusieurs reprises, Harry avait ouvertement critiqué la politique de Scrimgeour, avec ses arrestations arbitraires, ses conditions de détention, ses peines souvent cruelles. À vouloir à tout prix justifier sa position de Ministre et l'efficacité de ses actions à l'encontre de Voldemort, le gouvernement Scrimgeour tendait dangereusement vers l'autoritarisme.
— Parce que ce n'était pas déjà le cas avant ? rappela un jour Hermione. Tu crois qu'envoyer les gens à Azkaban après un procès rudimentaire ou les condamnés au baiser du détraqueur est digne d'une démocratie ? Et je ne te parle même pas de la liberté quasi-inexistante de la presse ou de la main mise sur l'éducation qu'ils ont tentée l'an dernier au travers d'Ombrage, pour répandre leur propagande à Poudlard.
L'AD n'appréciait que très moyennement le Ministère. Pour expliquer toute sorte de phénomènes et notamment les débordements du Ministère, une jeune Serdaigle ne manquait pas d'hypothèses pour le moins inventives. Après avoir mis en garde Harry contre les Aurors qui, comme tout le monde le savait, appartenait à la terrible conspiration de Rancecroc dont l'objectif était d'abattre le Ministère à l'aide de magie noire et de maladies des gencives, Luna Lovegood déclara, comme si c'était une évidence :
— Beaucoup de membres influents du Ministère, comme Ombrage, Scrimgeour ou Fudge, appartiennent à la société secrète des Maçonvie. Mon père en parle dans le dernier numéro du chicaneur. C'est une société vieille de plusieurs siècles qui travaillent à ce que les sorciers…
— C'est bon, Loufoca, coupa Zacharias Smith agacé. On n'a pas besoin d'entendre toutes ces inventions farfelues.
— Elle s'appelle Luna ! Intervint Ginny furieuse.
L'agressif Poufsouffle eut un léger mouvement de recul. Ginny s'était illustrée par son redoutable chauve-furie. Luna Lovegood, elle, demeurait parfaitement sereine. Elle se contenta d'un léger haussement des épaules.
— Tout le monde le sait. Fudge empoisonnait ses adversaires politiques.
Sur ce, Harry s'empressa d'annoncer qu'il était temps de retourner aux duels. La moitié des membres de l'AD maîtrisait désormais les sortilèges Informulés de base mais, sur les recommandations de Tom, évitaient d'étaler leur progression en cours de défense contre les forces du Mal.
Tom était désormais un membre à part entière de l'AD, une organisation qu'il jugeait tout à fait intéressante. Harry se rendait-il réellement compte de ce qu'il avait créé ? Ils étaient à présent une bonne trentaine. Avec son aura d'Elu, Harry pouvait enrôler une véritable armée qui à terme, se révélerait aussi bien une épine dans le pied de Voldemort que dans celui de Scrimgeour.
Il était donc tout à fait judicieux d'occuper une place de choix dans l'AD.
Tom s'illustra comme excellent duelliste, naturellement. On le considérait désormais comme un des lieutenants informels du Survivant puisqu'il passait la majorité de son temps avec le trio infernal. On ignorait qu'il était, en réalité, sous surveillance. Il y avait néanmoins un fond de vérité.
— Pourrais-tu leur enseigner l'occlumancie ? demanda un jour Harry.
Ce qui impliquait ne plus avoir à brider constamment ses dons de legilimens naturel pour éviter d'être harcelé par les images décidément bien indécentes de certaines jeunes filles. Le regard de Tom s'égara sur Parvati Patil qui, soudain écarlate, reporta son attention sur ses petits pois qui bataillaient dans l'assiette.
À la différence de nombreux sorciers, Tom n'avait pas appris la legilimancie : c'était pour lui un talent inné. Les pensées des hommes et des femmes venaient simplement à lui si jamais elles étaient conçues avec trop d'intensité. C'était parfois épuisant. Il avait dû apprendre très jeune à fermer son esprit sous peine d'être constamment tourmenté par des images parasites. Tom avait un jour lu que chez les sorginek, la bienséance voulait que l'on fermât en permanence son esprit comme un occlumens. Ce jour-là, Tom avait vraiment regretté que leur civilisation eût disparu. Si seulement il avait pu évoluer parmi eux !
— Oui, je peux. Mais ça ne va vraiment pas plaire au Ministère s'ils l'apprennent.
— Qu'ils aillent voir Voldemort, le Ministère ! On devrait tous apprendre à protéger nos pensées. C'est notre vie privée. Et eux, ils viennent de passer une loi pour interdire la pratique de l'occlumancie ! Sous prétexte que ça faciliterait la lutte contre les Mangemorts...
Oui, l'AD serait bel et bien opposée au Ministère, songeait Tom avec satisfaction. Il lui restait encore à gagner la confiance de Harry, pour parvenir à le manipuler et prendre le pouvoir ne serait plus qu'une question de temps. Il réussirait là où Voldemort avait échoué, avec l'aide du gamin qui l'avait toujours enquiquiné. Tom était assez satisfait de son sort finalement.
Même son groupe d'Histoire de la Magie lui convenait ! Justin Flinch-Fletchey était certes irritant à sautiller d'enthousiasme comme un elfe de maison devant une nouvelle serpillière, mais Susan Bones avait beaucoup plus de retenue, avec un soupçon de ruse que l'on ne s'attendait guère à trouver chez les noirs et jaunes. En outre, le sujet était particulièrement intéressant : les sorginek, un peuple de magiciens qui se distinguaient des sorciers par le fait qu'ils utilisaient non pas la magie avec baguette, mais une magie plus intime, plus instinctive, la magie intrinsèque, sans parole ni artefact.
— Pfff, il est nul le sujet, râla encore une fois Justin. Ça fait plus d'un siècle que la civilisation Sorga a disparu.
— Si tu n'aimes pas les choses qui ont disparu, il ne fallait pas prendre Histoire de la Magie, répliqua Théodore en fronçant les sourcils parce que les runes étaient à moitié effacées.
Comme tous les dimanches après-midi, ils s'étaient retrouvés à la bibliothèque, dans un coin caché de Madame Pince par de hautes étagères, mais disposant d'une belle fenêtre qui offrait une vue imprenable sur les montagnes avoisinantes. Théodore n'appréciait guère l'enfermement, fuyant dès qu'il le pouvait les quartiers souterrains des Serpentard pour des lieux dotés de fenêtres.
Non loin d'eux, à quelques tables de la Réserve, Hermione étudiait également. Et le surveillait.
— Vous lisez quoi là ? Demanda Théodore en s'adressant à Susan et Tom.
« À la différence d'un sorcier, le sorgin ne passe pas par un artefact externe, la baguette, pour agir sur la magie. Il est lui-même le vecteur de la magie. Selon leurs termes, ils se laissent imprégner par la magie, qui coule alors librement en eux. Toujours selon leurs termes, la magie se comporterait alors comme un fluide doué de raison, qui les guiderait dans leurs actes », traduisit Susan sans la moindre hésitation.
Tom s'était aperçu que Susan était à l'étude des runes ce que Neville était à la Botanique ou Hermione à l'Arithmanicie. Elle était simplement moins pédante qu'Hermione, et plus assurée que Neville. Même si Tom obtenait de bons résultats dans ces matières, il n'avait pas cette aisance désinvolte ni cette passion qui les caractérisait. La défense contre les Forces du Mal en revanche, c'était une autre affaire ! Il y excellait particulièrement, guère menacé que par Harry... Sérieusement menacé plutôt. Mais Tom s'en arrangeait bien, voyant plus cela comme un défi à sa hauteur, digne de lui !
Tom s'arrangeait même si bien de sa nouvelle époque, qu'il venait à apprécier, s'étonnant par moment, d'être constamment entouré de personnes qui n'éprouvaient pour lui ni crainte, ni mépris, ni haine. C'était étrange, déstabilisant, mais pas désagréable.
Bien sûr, par moment des vagues de nostalgie l'emmenaient vers son époque d'origine, où il rassemblait ses adeptes dans la Salle sur Demande, où il était adulé dans la maison Serpentard, où il était le plus brillant élève de Poudlard (il reprendrait sa place dès qu'il aurait rattrapé son retard sur Hermione). Il se souvenait également de ces heures passées avec Cœur-de-Glace et Eutropia à feuilleter des ouvrages de magie noire, chacun cherchant les maléfices les plus effrayants, tentant d'attirer une grimace de dégoût de la part des autres. Cœur-de-Glace, de deux ans leur aînée, gagnait souvent à ce jeu. Car, aussi étonnant que cela put paraître, Cœur-de-Glace pouvait jouer. Parfois, la main de Tom se serrait autour de son pendentif et ses réminiscences le conduisaient vers la douce mais rusée Emily Maitland. Il revoyait ses boucles soyeuses qui encadraient son visage fin de jolis reflets cuivrés lui donnant un petit air de renard, avec ce sourire, un peu triste peut-être, qu'elle avait à chaque fois qu'il lui parlait de Pré-Au-Lard.
La sortie à Pré-Au-Lard, prévu au 19 octobre, avançait à grands pas. Heureusement, Tom n'avait pas d'autorisation. Les souvenirs de sa rencontre avec Eleusis étaient encore assez cuisants pour le dissuader de retourner au village sorcier avec un Voldemort menaçant. C'était sans compter sur l'entêtement du trio infernal.
— Mais puisque je vous dis que je ne veux pas aller à Pré-Au-Lard ! Insista Tom avec agacement alors qu'ils le conduisaient au bureau de McGonagall. La dernière fois que j'y suis allé, Eleusis a tenté de me capturer ! J'ai failli atterrir à Nurmengard !
— Cette fois-ci, tu seras avec nous, répliqua Harry d'une voix lasse.
— Je ne sais pas pourquoi, mais ça ne me rassure pas, railla Tom ironique.
On lui avait suffisamment raconté les exploits gryffondoriens du trio pour s'en inquiéter. Il soupira.
— Si vous voulez que je sois surveillé en votre absence, je peux toujours m'arranger pour avoir une retenue.
Hermione lui jeta un regard un peu choqué, comme s'il venait de dire une énormité. Habituellement, Tom détestait recevoir des remontrances et pire encore, des punitions de la part des enseignants. Au contraire, il appréciait d'être admiré, lui l'élève modèle et travailleur. Il éprouvait même un certain besoin d'être félicité par ses professeurs, bien qu'il rechignât à l'admettre. Certaines situations désespérées nécessitaient des sacrifices.
Ils croisèrent un Malefoy presque piteux qui quittait le bureau de McGonagall. Malefoy se ressaisit vite cependant et reprit son air supérieur coutumier, lançant un regard mauvais à Tom. En réponse, Tom le dévisagea, à la fois glacial et menaçant, coulant en un seul sourire mielleux, toute la haine qu'il avait en lui. Le blondinet coquet de sa coiffure frissonna. Il partit sans autre forme de provocation, à la plus grande satisfaction de Tom.
Dans son bureau, McGonagall grattait un parchemin d'un air préoccupé. Il rejoignit bientôt une pile conséquente de devoirs déjà corrigés.
— Que se passe-t-il encore ? demanda-t-elle prévenue par son instinct d'enseignante qu'ils ne venaient pas pour quelques questions sur son dernier cours.
Cours que Tom et Hermione, en brillants élèves, avaient déjà parfaitement intégré.
— Tom n'a pas d'autorisation pour la sortie de demain, expliqua Harry.
— Ce n'est pas grave, je n'ai pas l'intention d'y aller, répliqua le principal intéressé.
Il ajouta devant la suspicion de McGonagall :
— Vous pouvez me mettre en retenue pour être sûre que je ne fasse rien.
— Eh bien voilà une conduite qui me surprend, de votre part, Temple.
— Maintenant que Voldemort connaît mon existence, il va certainement vouloir me capturer. Cette sortie à Pré-au-Lard est l'occasion idéale.
— S'il ne vous prend pas la fantaisie de suivre des hommes suspects et que vous restez dans les lieux fréquentés, vous n'encourez aucun risque, dit McGonagall avec une certaine irritation. De plus, des Aurors y patrouillent régulièrement.
— Combien d'Aurors ?
— Trois, mais je ne vois pas où vous voulez en venir.
Soudain victorieux, Tom répondit :
— Et combien de Mangemorts Voldemort a-t-il à son service ?
— …
Il savoura son effet, sûr d'avoir convaincu ces Gryffondor inconscients du danger que représentait une excursion à Pré-au-Lard.
— Cependant, reprit McGonagall en changeant de sujet, votre requête soulève un autre problème. Je crains que dans notre hâte de camoufler l'aspect… étrange de votre venue ici, nous n'ayons omis de vous informer de certaines formalités administratives concernant votre inscription officielle dans cette époque.
Elle marqua une pause, cherchant ses mots.
— Vous en avez peut-être entendu parler, mais les années 50 étaient une époque troublée où les rapports entre les sorciers et les alchimistes Hermèsiens étaient particulièrement tendus, notamment avec l'avènement de l'Alchimiste des Ombres. Il y a eu des victimes, mais aussi des orphelins qui étaient menacés par les adeptes de l'Alchimiste. Certains sorciers, sous l'impulsion d'une certaine Hilda Hawthorn, ont décidé de mettre en place une structure destinée à les accueillir, eux et les enfants illégitimes trop souvent abandonnés dans des conditions déplorables. Étant donné le contexte de sa fondation, cet orphelinat bénéficie de très puissantes protections et garantie également le secret quant à l'origine de ses occupants. Le professeur Dumbledore a fait les démarches nécessaires pour vous inscrire.
Tom opina, la mâchoire serrée à s'en faire souffrir les dents. Il détestait quand on lui rappelait son statut honni d'orphelin.
— La directrice actuelle, Mrs Summers, a signé votre autorisation. Cependant, il s'agit là d'une autorisation, pas d'une obligation.
McGonagall eut un regard appuyé sur le trio infernal qui finit par obtempérer. À contrecœur, il fut donc décidé que Tom resterait à Poudlard.
OoOoOoO
Le samedi de l'excursion à Pré-au-Lard, Tom se réveilla de bonne heure et de bonne humeur. En dépit de la météo épouvantable qui jetait des gros flocons de neige fondue contre les vitres, une merveilleuse journée s'annonçait : une journée de liberté, sans surveillance.
Pour le moment, comme tout le monde somnolait ou ronflait encore dans le dortoir, Tom s'empara de son exemplaire de Quêtes réelles et supposées des plus Grands Mages Noirs, par Onyx et al., 1983, trouvé dans la Salle sur Demande. Rester au lit pour lire des livres faisait partie de ces petites habitudes qu'il appréciait particulièrement. Depuis aussi longtemps qu'il savait lire, Tom dévorait des ouvrages de plus en plus complexes, profitant en hiver de la chaleur des couvertures. En été, il s'asseyait simplement sur le lit, comme le jour où Dumbledore était venu lui annoncé qu'il était sorcier.
Cette manie n'était pas passée inaperçue au sein du dortoir Gryffondor (il se souvenait que chez les Serpentard, on s'échangeait des grimoires qui auraient certainement fait Dumbledore s'étrangler avec une suçacide), si bien que Dean Thomas avait un jour déclaré qu'il était pire qu'Hermione. Certes. Mais considérait-il que cette activité, loin d'être hermionnienne, relevait avant tout de l'instinct de survie (et de la fascination pour les forces du Mal, argument qu'il préférait taire) ? Harry lui-même feuilletait ces livres, reconnaissant qu'il était préférable de connaître un peu mieux le monde impitoyable des mages noirs lorsque l'on avait à faire à eux. Peut-aussi, souhaitait-il contrôler les lectures de Tom. Ron suivait l'exemple de Harry et Hermione lisait en suivant, considérant probablement qu'elle était la seule personne suffisamment raisonnable pour juger de la dangerosité des livres. Tom songea qu'elle n'apprécierait certainement pas le livre du Prince de Sang-Mêlé.
Assis dans son lit, Tom dévorait donc les chapitres consacrés à Grindelwald. Selon les auteurs, le vieux mage noir était obnubilé par les contes et avait poursuivi plusieurs d'entre eux durant son règne de terreur. Parmi ceux-ci, on recensait le conte du Talisman Atlante, un artefact extrêmement puissant mais dont on ignorait la fonction réelle, le conte de l'Oiseau de Feu qui gardait un arbre aux fruits merveilleux, le conte des Douze Corbeaux, mettant en scène un maître sorcier qui avait volé le terrible Livre de la Mort, le conte des Trois Tisseuses, et enfin, le plus fameux de tous, le conte des trois frères impliquant les Reliques de la Mort. Tom avala sa salive de travers et fut pris d'une quinte de toux.
— Je te l'avais dit, ce n'est pas bon de travailler au lit, plaisanta Dean Thomas en se battant avec l'encolure de son pull qui avait vraisemblablement rétréci.
Tom lui décocha un regard assassin. Comme il s'adressait à un Gryffondor, le seul effet fut d'élargir cet irritant rictus.
— Keskya ? marmonna Harry qui émergeait des brumes de Morphée, les cheveux plus ébouriffés qu'après un entraînement de Quidditch.
— Rien, répondit Tom en serrant nerveusement son pendentif.
Si le geste n'échappa pas à Harry, il se garda bien de faire un commentaire. Les Gryffondor, exception faite de Tom, ne tardèrent pas à s'envelopper d'une bonne épaisseur de pull, sans oublier d'emporter capes, gants et écharpes afin d'affronter le temps épouvantable qui s'était abattu. Le plafond alourdi de gros nuages menaçants n'effrayait pas la foule joyeuse des élèves. Ça pépiait dans tous les sens. On évoquait des sucreries que l'on trouvait chez Honeyduke par-ci, on fantasmait sur les farces et attrapes de Zonko par-là et la migraine menaçait Tom qui triait ses céréales sans la conviction que mettait Weasley à dévorer sa saucisse. Emportée par la conversation, ladite saucisse s'envola soudain pour tomber sur la tête d'Ernie MacMillan.
[Weasley] éclata de rire. Hermione elle-même consentit à sourire puis ils furent distraits par l'arrivée de Ginny.
— Hé, Harry, je dois te donner ça.
Elle lui tendit un rouleau de parchemin qui intrigua Tom. Cependant, il ne put en découvrir la teneur car Harry le glissa rapidement dans sa poche. Harry eut alors un sourire tout à fait idiot.
— Tu veux venir avec nous à Pré-au-Lard, Ginny ? demanda-t-il.
— J'y vais avec Dean… On se verra peut-être là-bas, répondit-elle.
Le sourire de Harry avait disparu. Ginny s'avisa alors que Tom n'avait que très peu touché à ses céréales et n'avait avalé que quelques gorgées de jus de citrouille. Elle eut alors ce geste déplacé que les Gryffondor affectionnaient tant : elle lui posa la main sur son épaule.
— Tu devrais plus manger, Tom. T'es trop maigre. Il te faut des forces pour affronter ce maudit blizzard.
À son arrivée, en septembre, la cadette Weasley s'était montrée encore plus hostile à son égard que son frère. Agressive et effrayée, elle fuyait la pièce à chaque fois qu'il s'y trouvait. Son attitude avait commencé à changer le dimanche où Tom avait dû se rendre à l'infirmerie pour soigner sa main et il soupçonnait Dean Thomas d'y être pour quelques choses. Avec le temps, les entraînements de l'AD aidant (elle avait vraiment un terrible chauve-furie), son attitude à son égard s'était considérablement réchauffé. Harry lui avait expliqué que la vive méfiance de Ginny remontait à une mésaventure en lien avec la Chambre des Secrets, dont Tom connaissait désormais l'emplacement.
— Je ne vais pas à Pré-au-Lard, répliqua Tom.
— Ah ?
— Monsieur redoute une attaque de Voldemort, soupira Hermione.
— Mais on est à Gryffondor, contra Dean Thomas qui avait cessé sa conversation avec Seamus Finnigan sur les Canon de Shudley pour rejoindre Ginny, le propre d'un vrai Gryffondor est de se jouer du danger.
Justement, initialement Tom était un Serpentard.
— Qu'est-ce que tu vas faire ? demanda alors Seamus Finnigan qui semblait autant choqué par la nouvelle.
— Je vais aller travailler à la bibliothèque. J'ai encore du retard à rattraper en arithmancie.
Tom eut vaguement l'impression d'avoir dit une énormité devant le regard sidéré des Gryffondor. Seamus laissa tomber son œuf dans son assiette où le jaune explosa mollement. Ses excuses étaient toutefois moins maladroites que la réponse de Dean.
— Il est encore pire que toi, Hermione. Franchement, je comprends pourquoi Slughorn vous voit ensemble !
Dean s'aperçut qu'il avait commis un impair relativement délicat. Était-ce le discret coup de coude que lui glissa Ginny ? Ou bien le silence gêné qui s'était installé ? Ou encore l'œil assassin de Weasley ? Tom, tenant à sa vie, décida de clarifier la situation :
— Slughorn se trompe, dit-il avec détachement. Il n'y a strictement rien d'autre entre Hermione et moi que quelques livres.
— Tout à fait, appuya Hermione du même air dégagé.
Puis ils se turent, car ils réalisaient qu'ils s'enfonçaient en tentant de se justifier. Pour ne rien arranger, un léger échauffement leur monta aux joues.
OoOoOoO
Sitôt débarrassé de l'encombrant trio qui râlait après les contrôles de Rusard, Tom se dirigea vers la bibliothèque. Il n'avait pas menti. Il comptait bel et bien travailler son arithmancie avec Théodore Nott. Habituellement, Tom révisait seul. Doté d'une intelligence supérieure, il considérait tout travail en groupe comme une perte de temps. Les autres étaient, pour la plupart, d'une telle stupidité qu'il fallait sans cesse leur rabâcher ce que les enseignants avaient déjà eu la patience leur expliquer. Il existait cependant quelques exceptions, des personnes que Tom jugeait dignes de collaborer avec son illustre personne. Cœur-de-Glace par exemple, même si dans son cas, Tom ignorait si c'était plus lui qui tolérait sa présence ou l'inverse. Hermione en était une autre, en dépit de ses origines moldues. Susan Bones avait un sang relativement pur et comprenait vite, si bien qu'il tolérait de travailler avec elle l'histoire de la magie et l'étude des runes anciennes. Et il y avait les Nott, la grande tante Callidora et le petit neveu Théodore. En plus d'être doué en arithmancie, d'avoir un caractère posé à l'instar de Callidora, Théodore avait pour lui d'être un Serpentard. Tom appréciait cette pause vert et argent dans l'omniprésence du rouge et or.
Pour l'heure, Tom avait encore une grosse demi-heure avant l'arrivée de Théodore. Ce fut donc dans une bibliothèque déserte à l'exception de quelques première et deuxième année pas encore autorisés à se rendre à Pré-au-Lard que se rendit l'ancien Serpentard. Sans hésitation, il se dirigea vers le rayon consacré aux contes et légendes pour en tirer un exemplaire des contes de Beedle le Barde. Habituellement, Tom n'accordait que peu de foi aux contes, mais il avait besoin d'une réponse. Il fronça des sourcils en découvrant ce cercle inscrit dans un triangle et barré d'un trait vertical, tracé à la main à côté du titre le conte des trois frères. Fébrile, Tom défit le nœud de la cordelette en cuir de son pendentif. Un triangle taillé dans une opale d'une pureté exceptionnelle, il ressemblait sur une face, à un œil triangulaire. C'était l'exact symbole des Reliques de la Mort que Grindelwald avait poursuivies avec tant d'ardeur. Le cœur de Tom se mit à battre la chamade. Emporté par le flot de ses pensées, il était incapable de se concentrer sur la lecture du conte.
Tom s'était aperçu que le pendentif était lié, d'une manière ou d'une autre à Grindelwald bien des mois (ou années) auparavant. Comment Emily Maitland avait-elle eu en main un tel artefact ? Tom l'ignorait. Ne pouvant l'interroger par courrier car il redoutait que Dumbledore ne découvrît son secret, Tom avait voulu attendre les vacances d'été pour l'interroger. Mais entre-temps, il s'était retrouvé des années dans le futur. Une chose était certaine cependant. Emily avait mûrement réfléchi avant de le lui remettre et elle n'aurait rien fait qui aurait pu lui nuire.
Au cours des six années où il l'avait fréquentée, Tom avait fini par découvrir qu'en dépit de sa mièvrerie maladive, Emily était également assez rusée. Aurait-elle eu sa place à Poufsouffle ou à Serpentard, si elle avait été sorcière ? Tom l'ignorait. Mais était-elle seulement moldue ou, comme elle l'avait prétendue la dernière fois qu'ils s'étaient vu, juste avant qu'il ne prît le bus pour se rendre à King's Cross, était-elle Cracmolle ? Peut-être. Tom ne pouvait s'empêcher d'en douter.
Tout en renouant le cordon, Tom frissonna. Les circonstances terribles de leur dernière discussion lui revenaient en mémoire. Avec le recul, Tom réalisa qu'Emily était terrifiée. Pas par Brus Bergsonn comme il l'avait cru alors, sinon elle aurait accepté sa proposition. Non, il y avait autre chose. Autre chose qui l'avait conduite dans cet orphelinat en particulier. Pour s'y cacher… de Grindelwald, certainement. Grindelwald n'avait jamais rien tenté contre Tom durant ces maudits étés passés, alors qu'il s'y trouvait isolé…
Tom ne put aller plus loin dans ses réflexions. Théodore arrivait, un sourire contrit sur son visage.
— Malefoy m'a retenu, s'excusa-t-il. Il voulait absolument que je l'aide pour je ne sais quelle mission à Pré-au-Lard.
Théodore n'était pas un Mangemort ou s'il l'était, il le dissimulait très bien. Souvent un peu décalé, il était d'une gentillesse désarmante et parfois instable qui venait à se briser si l'on appuyait avec trop d'insistance dans les zones douloureuses. Quelques jours auparavant, Millicent Bulstrode en avait fait les frais parlant de son père Sacharis Nott, prisonnier à Azkaban, alors qu'ils attendaient pour le cours de défense. Ce caractère lunatique et solitaire avait fait de Théodore un élève relativement redouté à Serpentard, amplifiant encore son isolement, si bien qu'il n'y avait guère que quelques Poufouffles qui parvenaient à briser cette distance qu'il mettait avec son entourage. Mais Tom appréciait sa présence.
Ils se mirent au travail. A eux deux, les exercices de quantification des particules magiques en utilisant la formule d'intégration de Bose-Albert appliquée aux spectres PIME (Particule Induced Magic Emission) visant l'analyse d'artefact magique, méthode développée par le jeune et talentueux physicomage français Thomas Lagrange, n'étaient qu'une simple formalité. Peu à peu, cependant, les premières paroles de Théodore firent leur chemin dans l'esprit de Tom.
— Quelle mission ? demanda-t-il soudain.
Théodore haussa les épaules.
— Avec Malefoy, nous pouvons nous attendre au pire. Il m'a même demandé si je savais lancer l'Imperium. Il prétendait que je serais dignement récompensé.
Il désigna la courbe bleue qui ondulait légèrement sur le diagramme.
— Et tu crois que c'est un pic de l'argent ? Normalement, on le retrouve à des plus hautes énergies.
Cependant Tom pensait à autre chose qu'à l'application de l'arithmancie à la spectroscopie magique.
— Malefoy savait-il que tu devais me retrouver ici ?
Théodore fronça des sourcils.
— Non… maintenant que tu le dis, il croyait que tu serais à Pré-au-Lard. Et je crois que c'est de l'orichalque, pas de l'argent. Hé ! Où tu vas ! S'exclama Théodore en s'attirant un regard noir de Madame Pince.
Tom ne l'écoutait plus, rassemblant à la hâte ses affaires. Il savait que c'était une mauvaise idée cette sortie à Pré-au-Lard. Il l'avait dit ! Sans accorder d'attention à l'encrier qu'il venait de faire tomber, il se précipita hors de la bibliothèque.
— Tu vas m'expliquer ce qu'il se passe ? Lança Théodore qui s'était jeté sur ses talons.
— Il se passe, dit Tom en avançant à grandes enjambées, que je crois que Malefoy t'a demandé de participer à un piège. Un piège de Voldemort qui m'était destiné.
— Et tu t'y précipites ? Jamais je ne comprendrais les Gryffondor.
Théodore dévisageait Tom d'un air incrédule. Il manqua de percuter une petite Poufsouffle de première année.
— Non, bien sûr, claqua Tom avec agacement. Seulement, ce piège peut très bien fonctionner sur Harry également. Harry n'est pas aussi prudent que moi. Il faut que je le prévienne.
La dernière chose dont Tom avait besoin était Harry tombe entre les mains de Voldemort. Pour des raisons qui lui échappaient encore, il semblait bien que Harry avait la capacité de vaincre Voldemort. Harry qui pourrait se révéler utile aux nouveaux plans de conquête de Tom (il lui restait encore à définir ses revendications, il ne pouvait utiliser le même créneau que Voldemort — la purification de la race sorcière — tout en conservant à son service les fidèles de l'AD). Il était donc tout à fait rationnel que Tom accourût à Pré-au-Lard. Du moins, il essayait de s'en convaincre.
Théodore s'était arrêté en chemin, sous un tableau représentant une sorcière qui tentait désespérément d'arrêter un incendie qui dévorait goulûment une maison de bois.
— Quoi encore ?
— Je… je vais te laisser, dit-il soudain moins assuré. Avec mon père, je ne peux pas prendre le risque de m'opposer ouvertement.
Tom renifla, irrité par la lâcheté du Serpentard. Il lui tendit son sac qui ne contenait qu'un manuel d'arithmancie, quelques parchemins sans importance et de quoi écrire.
— Prend-le et confie-le à un Gryffondor, qu'il le ramène à mon dortoir.
Sans attendre la réponse, Tom partit au pas de course vers le passage de la sorcière borgne. Il n'avait pas le temps de subir le contrôle mesquin de Rusard.
Malgré sa course effrénée qui l'avait réchauffé, le vent glacé le gifla au visage aussi sûrement qu'une tempête de stalactites de glace. Au travers des flocons de neige qui tombaient dru et qui l'aveuglaient s'accrochant sur ses cils, Tom courut à en perdre haleine dans les ruelles de Pré-au-Lard. Ou pouvait-bien être ce fichu Gryffondor ? Ces préludes de l'hiver aidant, il n'y avait pas grand monde dans les rues. Il ne tarderait pas à le trouver, non ?
Il passa devant Zonko, qui était visiblement fermé à en croire les planches de bois qui étaient clouées sur la porte. Honeyduke ? Rien. Il entendit alors très distinctement la voix furieuse de Harry.
— Mondingus !
Cela provenait des Trois Balais ! Tom découvrit alors un spectacle bien singulier. Harry venait de saisir à la gorge un homme roux de petite taille avec des jambes arquées et de le plaquer contre le mur. À leur pied, une valise ouverte vomissait son contenu dans la bouillasse de neige fondue et de terre remuée par d'innombrables passages. Harry, trop occupé à menacer sa victime de sa baguette, remarqua à peine l'arrivée d'un Tom complètement essoufflé. Et frigorifié. Il aurait dû prendre le temps de s'habiller plus chaudement.
— Je… non… quoi ? balbutia Modingus dont le teint tournait peu à peu au violet.
Tom se désintéressa rapidement du malchanceux empestant le vieux tabac et l'alcool pour attraper un objet, un lourd médaillon, qui se trouvait dans la valise. De couleur majoritairement verte, il était décoré d'un serpent argenté.
Il y eut un bang ! et Harry lâcha la gorge de Mondingus. Hoquetant, crachotant, celui-ci saisit la valise et –BAM ! – fut aussitôt jeté à terre par Tom avec une facilité déconcertante. Tom l'attrapa par le col et le présenta à Harry. Mondingus oscillait entre le violacé du manque d'oxygène et le blanc de la terreur ce qui donnait un étrange rose.
— Qu'a-t-il fait ? demanda Tom d'une voix glaciale.
Il avait identifié le médaillon. Sa mère portait le même sur la photo. Ce même médaillon qui hantait régulièrement ses rêves. Le Médaillon de Serpentard.
— C'est un sale voleur, répondit Harry avec la même froideur.
— Harry qu'est-ce que…
Une jeune femme avec des cheveux couleur souris mouillés par la neige fondue venait de surgir de nulle part.
— On vient d'attraper un voleur, Tonks, annonça Harry.
Tonks… Tom se souvint qu'il s'agissait d'une des Aurors en faction à Pré-au-Lard. Elle les darda d'un regard sévère, autant le voleur que les justiciers qui l'avaient quelques peu malmenés.
— Il a volé des choses qui appartenaient à Sirius ! Il les a volées !
— Oui, d'accord, dit Tonks que cette information laissait parfaitement indifférente.
Au soulagement visible de Mondingus, elle l'extirpa d'entre Harry et Tom.
— Je vais m'occuper de lui. Vous devriez vous mettre au chaud, surtout toi, ajouta-t-elle en désignant Tom, tu n'es pas couvert.
Tom ne fit aucun commentaire et comme les autres, attendit que l'Auror fût parti pour demander des explications, coupant Hermione qui se lançait dans des récriminations quant à leur comportement agressif.
— D'où vient ce médaillon ?
Harry haussa des épaules, en rassemblant le contenu de la valise.
— Je ne sais pas. On l'a trouvé dans les affaires de Sirius mais personne n'arrive à l'ouvrir.
Tom regarda le S en forme de serpent, serti de pierres vertes étincelantes sur le médaillon. Pris d'une intuition, le descendant de Serpentard siffla en Fourchelang :
— $Ouvre-toi$
Ces mots sortirent de sa bouche comme un sifflement, un grondement, et les voles d'or du médaillon s'ouvrirent largement avec un petit clic. Il était parfaitement vide. Les deux ovales de verre, semblables à de petites fenêtres, ne présentaient ni aspérité, ni le moindre motif que ce fût.
— Je crois qu'il appartenait à ma mère.
Harry se releva vivement. Il tendit la main.
— Je peux ?
A contrecœur, Tom accepta. Harry observa attentivement le médaillon. Il marqua une pause de réflexion, puis le rendit à Tom.
— Il te revient je pense.
Tom inclina légèrement la tête pour le remercier et passa la petite chaîne d'argent à son cou. Il se souvint soudain de la raison de sa venue, tout en se mettant à claquer des dents alors qu'une bourrasque glacée s'engouffrait sous ses vêtements trop légers.
— Je crois que Voldemort prépare quelque chose.
— Tu remets ça, soupira Harry.
— Attends au moins que je te rapporte ce que Théodore Nott m'a dit !
Harry désigna l'entrée des Trois Balais.
— A l'intérieur. Tonks a raison, il faut mieux se mettre au chaud. Tu commences devenir tout bleu.
Tremblant sous ce froid qui le pénétrait jusqu'à l'os, avec ces vêtements qui se gorgeaient peu à peu d'eau glaciale, autant que d'énervement, Tom ne put qu'obtempérer. Il allait passer le pas de la porte lorsqu'Hermione demanda, inquiète :
— Où est passé Ron ?
Tom cilla. Il ne le voyait pas non plus. Il fut soudain pris d'un très mauvais pressentiment. L'histoire se répétait furieusement. Il balaya les ruelles du regard, peinant à distinguer les rares silhouettes enveloppées dans d'épaisses couches de laine au travers de cette purée de pois en neige fondue.
— Là ! s'exclama Harry.
Tom vit une touffe rousse disparaître derrière un mur. Il s'élança aussitôt à sa poursuite, dans la boue qui glissait, dans la neige qui lui fouettait le visage. Il se traita mentalement de Gryffondor.
— C'est la stratégie qu'avait utilisé Grindelwald, expliqua-t-il alors qu'ils s'approchaient dangereusement des limites de Pré-au-Lard. Eleusis avait placé Callidora sous imperium pour nous attirer dans les bois. C'est un piège.
— On… ne… peut… p… pas l'abandonner, haleta Hermione.
Alors que leurs pieds s'enfonçaient dans un sol rendu meuble par les intempéries, Tom s'avisa qu'il ne pourrait jamais rattraper Ron s'il attendait Harry et Hermione. Ils n'avaient pas son entraînement à la course ! Il décida donc d'accélérer sans perdre son souffle à donner des explications.
Il enjamba une souche, se baissa pour éviter une branche, pesta contre son pied qui s'était englué profondément dans la boue et reprit la poursuite, les poumons de plus en plus douloureux. Sa gorge le faisait désormais atrocement souffrir, blessée par le débit important d'air glacial. Mais Tom continuait de courir. Ron avait une sacrée foulée !
Trop occupé à éviter les ornières que la Forêt Interdite dressait devant lui tout en gardant à l'œil la silhouette dégingandée du rouquin qui ne semblait pas éprouver de fatigue, Tom ne prit pas le temps de réfléchir. Il se comportait en parfait, en stupide Gryffondor, il en avait terriblement conscience. Face à l'urgence de la situation, que pouvait-il faire d'autre ?
Bientôt le sol s'inclina en pente douce au début, puis de plus en raide. A cette difficulté du terrain s'ajoutaient les chaussures gorgées d'eau, les vêtements alourdis par la neige fondue, l'estomac vide qui criait famine et les jambes fatiguées. Depuis combien de temps courrait-il ? Tom ne le savait pas. A présent, il prenait conscience qu'il n'y avait plus que les arbres malmenés par les intempéries qui l'encerclaient, ces troncs torturés, ces branchages griffus et l'obscurité. Un silence de mort régnait, uniquement troublé par le martèlement des pas et sa respiration de plus en plus sifflante. Il se trouvait donc isolé dans la Forêt Interdite. A bout de souffle, il ne tiendrait plus longtemps. Pourtant Ron continuait de courir.
Soudain, une idée lui vint. Il leva sa baguette, visa et fit mouche. Stupefixié, Ron tomba dans la neige avec un bruit mat. Encore quelques foulées et Tom se laissa tomber à ses côtés, tentant d'ignorer la morsure du froid qui transperçait ses vêtements au contact de la boue mêlée de neige. Il se donna quelques instants pour reprendre son souffle, balayant les environs avec inquiétude.
Ils étaient réfugiés dans un renfoncement du terrain, un creux spongieux et glacé, tapissé de feuilles mortes dont l'odeur âcre, fongique, irritait les narines de Tom. De gros chênes noueux fermaient le cercle, à la manière d'un rempart végétal. Ou comme des murs acérés, avec leur branchage dévêtu par le frimas. Une sueur glacée descendit le long de l'échine de Tom. Le ventre tordu par l'appréhension, les oreilles aux aguets, il se releva.
— Animo !
Ron reprit connaissance. Perdu, il découvrit son nouvel environnement avec inquiétude.
— Tu as été placé sous imperium pour être attiré dans la forêt, expliqua Tom à voix basse. Il faut partir d'ici avant que les Mangemorts n'arrivent.
A son grand soulagement, Ron ne posa pas de question, ne le traita pas de menteur, en un mot, accepta de lui faire confiance. L'inquiétude manifeste de Tom jouait en sa faveur. Ron tenta de se relever mais son pied droit se déroba sous lui. Il eut une grimace de douleur, puis une seconde grimace en découvrant sa cheville horriblement gonflée et prenant d'inquiétantes teintes violacées. Il se l'était tordue en courant, mais sous imperium, n'en avait pas été ralenti pour autant.
Tom l'aida à se relever et décida de le soutenir.
— Merci, souffla Ron, visiblement épuisé.
Ton ne répondit rien, gardant ses forces pour traîner le Gryffondor blessé. A présent que le rythme avait considérablement ralenti, Tom se permettait de réfléchir sur son comportement. Il était profondément troublé. Cela ne lui ressemblait pas. En réalité, ces six derniers mois, il agissait de plus en plus étrangement, de plus en plus en Gryffondor. Plus il s'enfonçait dans l'introspection, plus il se sentait séparé en deux personnalités distinctes, l'une froide, calculatrice, l'autre plus spontané et surtout, plus courageuse. Il avait la sensation que Serpentard et Gryffondor l'habitait en même temps, chacun prenant les dessus en fonction de la situation. Présentement, c'était assurément la partie Gryffondor qui dirigeait ses actes. Pourtant, lorsqu'il se concentrait sur cet aspect, il y découvrait la même noirceur qu'il retrouvait dans la partie Serpentard. Alors qu'est-ce qui l'avait poussé à agir assis ? Tom ne comprenait plus rien et se sentait perdu. Autant perdu dans sa tête que dans la Forêt Interdite. Le ciel s'obscurcissait dangereusement avec la tempête de neige qui ne faiblissait pas, il devenait de plus en plus difficile de retrouver son chemin.
Tom regarda sa montre et frissonna.
— Depuis combien de temps sommes-nous partis ? Demanda Ron qui pesait son poids sur les épaules de Tom.
La fatigue se rappelait douloureusement à lui.
— Presque une heure… Je pense qu'on a parcouru une bonne dizaine de kilomètres et qu'il faudrait au mieux, encore cinq ou dix minutes à Harry pour qu'il ne retrouve.
— S'il nous retrouve… dit Ron dépité.
— Il a intérêt ! grommela Tom. Si les Mangemorts nous retrouvent avant lui, il entendra parler de moi !
Au fond de lui, Tom espérait sincèrement que Harry aurait eu la présence d'esprit d'appeler l'AD en renfort. Il aurait bien lancé un signal de détresse, mais il craignait qu'en plus d'alerter les professeurs, il préviendrait les Mangemorts. Son pied buta sur une racine et ils tombèrent tous les deux dans la fange sombre qui recouvrait le sol. Pénétré jusqu'à l'os par le froid, les doigts gourds au point d'être enfermés dans d'impitoyables étaux de glace, et complètement crotté, Tom pesta violemment.
— Comme si j'avais besoin que Voldemort décide de copier un plan foireux de Grindelwald !
Ça et d'autres jurons en fourchelangue. Soudain, un gant de crin irrita la nuque de Tom. Il attrapa immédiatement sa baguette.
— Qu'est-ce que… s'inquiéta Ron.
Tom ne l'écoutait plus. Il le stupéfixia. Inutile s'embarrasser d'un Gryffondor blessé. Il inspira profondément pour se calmer, inspira encore en se concentrant sur les battements de son cœur. Peu à peu, il se détendit. Il laissait la magie couler en lui, nouait un contact de plus en plus étroit avec elle. Tout alors lui paraissait gagner en netteté, chaque flocon qui frappait le sol de feuilles mortes et d'épines, le moindre bruissement du vent, les relents putrides d'un sombral qui passait non loin de là. Puis il y eut ce bruit qu'il redoutait tant. Crac ! Six personnes venaient de transplaner. Toutes portaient des capes noires qui claquaient sous le souffle glacial. Cinq avaient le visage dissimulé par des masques de mort. Quant au sixième, grand, maigre, avec des longues mains très fines semblables à des araignées blafardes, il dardait Tom d'un inquiétant regard écarlate.
Lord Voldemort.
Courage mon petit Tom ! Le mercredi 15 décembre, je poste la suite de tes aventures.
Hésitez pas à envoyer plein de review pour le soutenir dans sa confrontation avec son double maléfique !
