Hé hé, pour une fois j'ai réussi à être ponctuelle ! Le prochain chapitre sera posté le mercredi 28 décembre.

Katymyny : Tom n'est pas au courant pour les Horcruxes. Il ne sait même pas ce que c'est ! Le Médaillon était un horcruxe, mais ne l'est plus ;) Et en effet, Voldemort n'est pas encore mort !

Amaniel : Merci d'apprécier mes chapitres !

Note : En italique les extraits de HP6 (vu que c'est une fic alternative au tome 6). Double titre du chapitre : titre du chapitre présent/titre de HP6 correspondant. $Fourchelang$


Chapitre 8 : entre bon et mauvais sort/Felix Felicis

Tout était doux, tout était chaud.

Ainsi bien lové dans son nid douillet, Tom soupira de contentement. Son corps baignait dans du coton rassurant, moelleux, qui épousait en douceur la courbure de son dos, de son bassin et de ses jambes. Au travers de cette chaleur confortable, une odeur planait. Florale, douce sans être écœurante, elle résumait à elle seule toute la volupté qui envahissait Tom. Fraîche comme de l'herbe tendre tout juste coupée, sucrée comme du miel, elle exhalait des aubépines qui s'épanouissaient dans le parc proche de l'orphelinat. Le soleil fragile du matin éclairait les petites fleurs blanches qui piquetaient abondamment l'arbuste épineux.

Il y eut un rire. Un visage joyeux apparut. Avec un sourire réjoui, Tom reconnut les boucles cuivrées, le petit nez busqué et le visage pointu aux allures de renard d'Emily Maitland. Elle lui parlait. Il ignorait ce qu'elle disait, ne comprenait pas le sens de ses mots. Peu importait. Tom la voyait. Elle lui parlait.

Ils marchaient le long du cours d'eau qui traversait le parc. Ils riaient. Et Tom se sentait heureux. Au bord d'un petit étang où pataugeaient des canetons sous le regard attentif de leur mère, Emily s'arrêta. Un sourire sur le visage, elle se tourna vers Tom.

— Viens, murmura-t-elle.

Puis elle glissa sa main dans celle de Tom. Il frissonna de délice, électrisé par le contact satiné de la paume chaude d'Emily. Elle le tira et il la suivit. Le soleil s'éteignit.

Les aubépines furent remplacées par des chênes noueux et griffus, avec leurs branchages dépourvus de feuilles. Le vent se leva et il se mit à neiger. C'était une mauvaise neige qui tombait, lourde et à moitié fondue. S'ils couraient à présent, c'était pour fuir, la peur aux tripes. Le paysage défilait à toute vitesse et bientôt, les chênes devinrent épicéas qui eux même se fondirent dans le ciel pour former une immense étendue d'eau, sombre sous les nuages menaçants. Au bord d'une falaise, ils fixèrent avec effrois les rochers acérés contre lesquels s'écrasaient les flots furieux de l'océan.

— Prends-le !

Elle lui tendit une cordelette en cuir au bout duquel pendait un triangle taillé dans une opale très pure, presque luminescente.

— Garde-le toujours avec toi. C'est vital Tom, il le faut !

Une terrifiante explosion retentit. Le tonnerre gronda et la falaise s'effondra. Il y eut un choc.

Tom se trouvait dans le couloir désert de l'orphelinat. La nuit noire régnait au-dehors et il n'y avait guère qu'une chouette qui osait hululer. Tom marchait en silence. Il sentait la froideur du plancher irrégulier sous ses pieds, les courants d'air qui s'immisçaient sous le tissu fin de son pyjama et l'odeur âcre de l'humidité qui imprégnait les lieux.

Il arriva devant une porte, couverte d'une peinture grisâtre qui s'écaillait par endroit. Le souffle court, Tom vit sa main pâle et délicate pousser le battant. La suite se déroula très vite. Brus Bergson, ce grand gars blond bâti comme une armoire à glace, fondit sur lui. Les coups se mirent à pleuvoir jusqu'à n'en plus finir. Puis il y eut la morsure glaciale de l'acier sous sa gorge.

— Si tu parles, murmurait la voix rauque de Bergson, je te tue.

Le couteau devint baguette, Bergson s'affina, pâlit pour finalement perdre son nez alors que le sang affluait à ses yeux pour les teindre en rouge.

— Tom ! Tom ! Réveille-toi ! Faisait une voix dans le lointain.

C'était la voix de Ron. Mais son ennemi était toujours là, oscillant entre la silhouette squelettique de Voldemort et les traits grossiers de Brus Bergson. Il leva son bras.

— Av…

Tom se réveilla en sursaut. Une douleur fulgurante lui brûla le bas du dos. En nage, il se laissa retomber sur l'oreiller et grimaça.

— Ce n'était qu'un cauchemar, l'informa Ron.

Tom opina mollement, le cœur encore en proie à une panique folle. Ses yeux papillonnèrent, s'accoutumèrent difficilement la lueur vespérale qui filtrait au travers des carreaux de l'infirmerie. Car il se trouvait à l'infirmerie. Ron, assis à son chevet, lui adressa un timide sourire. Tom se demanda s'il ne rêvait pas encore.

— Il paraît que tu as failli mourir, poursuivit Ron. Harry m'a tout raconté. Tu avais perdu beaucoup de sang.

Tom hocha, toujours silencieux alors que les derniers événements lui revenait en mémoire. Ron avait été placé sous Imperium pour l'attirer dans la Forêt Interdite, loin de Poudlard, là où l'on pouvait transplaner. Voldemort était arrivé, en compagnie de Mangemorts. Alternant attitude Serpentard et Gryffondor, Tom avait gagné du temps dans l'espoir de recevoir de l'aide. Et de l'aide était arrivée.

— Merci, lâcha Ron. Merci de m'avoir sauvé la vie.

Le rouquin désigna sa table de nuit. Une nuée de boîte de bonbons et de chocolats l'y attendait. Là un paquet de chocogrenouille s'agitait, écrasé par un sac de dragée surprise de Bertie Crochue. Plus loin, sous la lampe de chevet, des petits chaudrons en chocolat bloubloutaient paisiblement.

— La boite couverte de papier craft vert, c'est de la part de ma mère. Pour te remercier.

— Elle sait qui je suis ?

Ron haussa des épaules.

— Tu n'as pas hésité à t'enfoncer dans la Forêt Interdite alors que tu savais que c'était un piège. Tu as affronté V...Voldemort avec et sans baguette...

— Je n'ai pas vraiment réfléchi, avoua Tom mal à l'aise.

L'attitude de Ron était profondément déconcertante.

— C'est bien ce que je dis : tu as agis en Gryffondor et ça m'a sauvé la vie. Pour ma mère c'est suffisant. Tu pourrais être V.. V..Voldemort en person... d'accord, tu l'es presque, elle ne t'en serait pas moins reconnaissante.

— Weasley ! Que faites-vous debout ?

Tel un dragon surgissant hors de sa tanière, Pomfresh sortit de son bureau. Tom s'avisa alors que Ron portait un pyjama de l'infirmerie. Le rouquin s'exécuta en maugréant. Une fois dans son lit, il murmura :

— Harry a dit qu'il ne t'en voulait pas de lui avoir volé la vedette. Et qu'à sa connaissance, il était le seul à avoir sérieusement blessé Voldemort jusqu'à ce que tu arrives.

— Non, il y en a un troisième, murmura Tom à voix très basse. Grindelwald.

Et il sombra, épuisé.

Le froid le saisit au plus profond de ses os. Un air glacial, chargé d'humidité, stagnait dans cette geôle lugubre pour mieux torturer douloureusement ses vieilles articulations. Guère éclairée que par la lueur cristalline des étoiles, elle constituait un lieu sordide, avec ces murs noirs, cette couverture crasseuse grouillante de vermines et l'odeur fétide qui y planait. De toutes les cellules, c'était certainement la plus insalubre, il le savait. Tout comme il avait conscience que ses gardiens espéraient le voir mourir, que ce fût par désespoir ou par incurie. Mais il s'accrochait sauvagement à la vie.

En cet instant, il éprouvait un certain contentement. Son précieux pendentif venait de réintégrer la trame du temps. Il le ressentait, du plus profond de son être, cette puissante magie qui pulsait au rythme de son cœur fatigué par les épreuves. Bientôt tout ceci ne serait qu'un mauvais souvenir. Bientôt, il retrouverait sa grandeur passée, et plus encore. Bien sûr, il avait conscience que son plan était osé. Mais n'était-ce pas son audace, sa hardiesse qui l'avait rendu si redoutable ?

Des bruits de voix l'extirpèrent de la geôle glaciale. Tom se réveilla à nouveau dans l'infirmerie. Ron et Hermione, une fois n'est pas coutume, se chamaillaient. Tom, soupira, s'avisant que sa migraine l'avait enfin quitté. Ses paupières papillonnèrent malgré la lueur faiblarde de l'aurore. Les voix s'étaient tues. Tom crut bientôt mourir étouffé sous une masse toute ébouriffée. Hermione venait de lui sauter au cou. Elle se serrait un peu trop à lui à son goût et le noyait sous un flot nourri de paroles. Heureusement, elle fut forcée de le quitter pour se rendre en cours de Runes Anciennes. Ron la suivit des yeux, avant de dévisager Tom d'un air peu amical. Finalement il se détourna pour se préparer à son tour, car il quitterait l'infirmerie le matin même.

— Tu l'intéresses, grommela Ron de derrière le rideau tout en se débattant avec son pull.

— Je… quoi ?

— Hermione, tu l'intéresses.

Ron réapparut, ébouriffé comme s'il venait de se bagarer avec un Scroupt à Pétard. Il jeta un regard grave à Tom.

— Qui peut lui en vouloir ? Renifla Ron avec amertume. Tu es beau, doué, intelligent, et même courageux.

— Mais je… euh… elle ne m'intéresse pas !

Tom s'aperçut malgré lui que la phrase sonnait faux à ses oreilles. Lui, s'amouracher d'une fille ? Ridicule ! Il était au-dessus de tout cela, de toute cette faiblesse qui affectait tant les hommes et les rendaient idiots dès qu'ils étaient en présence de jolies femmes. Jolie, Hermione l'était assurément. Gentille aussi, et attentive. Intelligente, naturellement. Et Sang-de-bourbe, se rappeler qu'elle était Sang-de-bourbe. Tom tenta de chasser de sa tête cette petite voix qui lui disait qu'il avait lui-même un père moldu et qu'Emily Maitland était très loin de l'idéal Sang Pur.

Qu'était devenue Emily ? Et pourquoi pensait-il soudain à elle ? Ce n'était pas parce qu'ils s'étaient embrassé – et encore, ce n'était qu'un bien chaste baiser – qu'il l'aimait. Emily était juste une amie. Oui, c'était ça. Une amie. Aussi niaise fût-elle, elle était ce qui se rapprochait le plus d'une amie, une personne en qui Tom avait la plus totale confiance. Le vertige le saisit alors qu'il prenait conscience de ce lien si précieux et en même temps si effrayant qu'il avait perdu en arrivant dans le futur.

— Ne te mens pas à toi-même, grommela Ron. Elle t'intéresse. Ça se voit. Tu as même rougi lorsqu'elle t'a sauté au cou.

Détail embarrassant.

— Je euh…

Quelle éloquence ! persifla une petite voix dans la tête de Tom.

— J'essaierai de ne pas t'en vouloir, articula Ron. Si tu sors avec elle… j'essaierai. Tu m'as sauvé la vie…

— Euh… je… je n'ai pas l'intention de sortir avec elle.

Tom ne mentait pas. Même s'il éprouvait peut-être (hypothétiquement) une menue attirance pour Hermione, il ne souhaitait aucunement se compromettre avec elle. Ron lui jeta un dernier regard sceptique avant de terminer de préparer ses affaires. Bientôt, Tom se retrouva seul avec ses pensées.

Cette solitude cependant, ne dura pas. Alors que Tom sombrait peu à peu dans une torpeur troublée par des images incongrues d'un serpent jouant avec Hermione, Dumbledore entra. Le réveil fut immédiat. Voir le vieux directeur de Poudlard s'asseoir à son chevet avec un sourire dégoulinant de bonnes intentions n'était pas pour le rassurer. Dumbledore le salua d'un air aimable et, poli, Tom lui rendit son salut.

— Harry m'a rapporté dans le détail ce qui s'est passé dans la Forêt Interdite, commença Dumbledore. C'est très impressionnant.

— Je ne veux pas être félicité parce que je me suis conduit en stupide Gryffondor, professeur, coupa Tom.

— Je doute que les élèves vont respecter cette volonté, répliqua Dumbledore d'un air amusé. J'ai entendu quelques bouts de discussions dans les couloirs. Toi qui voulais être admiré… après tout, quel magicien peut se vanter d'avoir tenu tête à Voldemort sans avoir sa baguette ?

— J'ai seulement eu de la chance. Voldemort ne faisait que me tester. Il se contentait de maléfice mineur. Sans doute souhaitait-il me capturer en un seul morceau. La prochaine fois, ce sera différent.

— Pour le moment, ce n'est pas Voldemort qui m'inquiète le plus. D'après Harry, tu lui as infligé de graves blessures. Il lui faudra un certain temps avant de pouvoir quitter son lit. Tu t'es battu sans baguette et je me dois de te faire deux mises en garde. La première, concerne ta magie elle-même. Tu es un magicien puissant, Tom. Lorsqu'un magicien puissant s'immerge trop profondément dans la magie, implique trop ses émotions, sa magie devient trop intense et le brûle. L'utilisation d'un artefact comme une baguette magique limite ce problème, mais faire ce que tu as fait, et à ton âge… Ton métabolisme magique ne s'est pas encore fixé. Il est préférable que tu limites le plus possible l'usage de la magie sans baguette.

Ce qui n'était vraiment pas dans les intentions de Tom. Cette aptitude au contraire, se révélait être un atout stratégique qu'il avait tout intérêt à développer. Un atout que Voldemort avait négligé avec le temps…

— D'autre part, poursuivit Dumbledore, tu as certainement entendu parler des sorginek...

— Je fais mon mémoire d'Histoire de la Magie sur eux.

— Dans ce cas, tu es conscient du spectre qu'a laissé leur civilisation et que certains pourraient redouter que tu ne développes certains de leurs aspects chaotiques.

— Je suis également Fourchelang de naissance et le Fourchelang a mauvaise réputation. Pourtant, je n'ai rien fait de maléfique pour acquérir ce don, dit la version adolescente de Voldemort.

— Peut-être… mais garde à l'esprit que des rumeurs qui n'auront rien de réjouissant risquent de courir à ton sujet.

— Tant qu'elle ne concerne pas ma véritable identité.

Dumbledore ne dit rien. Il lui jeta un de ces regards pénétrants dont il avait le secret. Ses yeux d'aigles accrochèrent le pendentif de Tom avant de s'en détourner assez rapidement grâce à une chocogrenouille plus agitée que les autres. Dumbledore soupira et reprit :

— Ce qui m'amène sur le deuxième avertissement. Tu risques d'attirer l'attention sur toi. Scrimgeour cherche déjà à m'imposer la présence d'Aurors dans l'enceinte même de Poudlard. Il serait donc préférable que tu ne donnes pas trop d'éléments indiquant ton lien avec Voldemort.

Tom opina, une sueur froide coulant le long de sa colonne vertébrale. Si jamais le Ministère, si avide de résultats, apprenait qu'un jeune Voldemort se cachait à Poudlard, il finirait à Azkaban sans autre forme de procès. Dans le meilleur des cas.

— J'espère que tu sauras tenir compte de mes avertissements, soupira Dumbledore sans grande conviction. Mais déjà auparavant, tu faisais peu cas des mises en garde, alors avec tes récentes aptitudes de Gryffondor...

Tom se crispa. Dumbledore lui tendait une perche pour dériver la conversation sur son pendentif. L'ancien Serpentard se garda bien de la saisir et lui préféra le silence.

— C'était très courageux de ta part de tenir tête ainsi à Voldemort.

— Je n'avais pas le choix, professeur.

— Au contraire, tu l'avais. Seulement tu as considéré l'autre alternative – céder à Voldemort – comme n'étant pas envisageable et tu as préféré l'affronter, même sans baguette, pour permettre à tes amis de fuir.

Dumbledore se faisait un malin plaisir de remuer le couteau dans la plaie. Tom détestait cette approbation pour le comportement stupide typique d'un Gryffondor. Et il n'avait réellement pas eu le choix ! À quel sombre rituel de magie noire le destinait Voldemort ? Tom n'avait pas cru une seule de ses paroles. Il se méfiait beaucoup trop de son double. Deux Voldemorts ne pouvaient coexister. Il ne pouvait en rester qu'un… Certes. Mais pourquoi avoir voulu laisser l'opportunité à Harry de partir en tenant tête à Voldemort ?

— Je savais que Harry allait revenir pour m'aider.

Faux.

— Peut-être que j'aurais pu surprendre Voldemort. J'espérais avoir une chance de le vaincre.

Archi-Faux.

— C'était la seule chose à faire et… Voldemort prétendait qu'il ne me voulait aucun mal… il a fini par insinuer le doute en moi.

Toujours faux. Par Salazard, qu'il était bon de mentir en digne Serpentard ! Pour cacher des tendances Gryffondor, certes. Dumbledore lui lança un regard à le passer au rayon X, comme dirait Harry… Voilà qu'il se mettait réellement à parler (ou du moins, à penser) comme Harry ! Le fil de ses pensées s'emmêlait et de nouveau, la migraine menaçait. Préférant s'arrêtait là dans cette introspection déconcertante, Tom demanda :

— Voldemort est entré dans une colère noire lorsqu'il a vu le médaillon de Serpentard. Pourquoi ?

Dumbledore fronça des sourcils. C'était une question qu'il préférait éviter.

— C'est assez délicat. Je crois qu'il avait une valeur particulière pour Voldemort. Mais ce n'est pas le seul pendentif qui a tenu un rôle dans cet affrontement.

— Pour l'instant, c'est celui qui m'intéresse, professeur, rétorqua Tom d'une voix qu'il espérait polie. Le médaillon de Serpentard a également une valeur particulière pour moi. Il appartenait à ma mère. Et j'en rêve fréquemment la nuit. Cependant, rien de ceci n'explique la réaction violente de Voldemort. D'où ma question : pourquoi ?

— Rêves-tu d'autres objets ?

Tom foudroya Dumbledore du regard. Encore une fois, il tentait de détourner la conversation.

— Non, mentit-il. Et donc, pourquoi ? J'ai senti que le médaillon avait été ensorcelé mais la magie qui l'affectait a disparu.

Dumbledore marqua une pause, soudain très grave. Ses yeux ne pétillaient plus du tout. Il n'en semblait que plus effrayant. Ce n'était pas suffisant cependant, pour impressionner un Serpentard doublé d'un Gryffondor.

— Comme tu l'as dit, le médaillon de Serpentard a une signification pour vous deux. C'est la raison pour laquelle Voldemort l'a choisi pour y déverser un peu de sa magie, tout comme Grindelwald a imprégné ton pendentif de sa magie…

Dumbledore laissa sa phrase en suspens. À Tom de le questionner délibérément sur le pendentif d'Emily Maitland. Mais Tom refusait de se laisser manipuler.

— Pourquoi ? Je veux dire, quel intérêt de se séparer d'une partie de sa magie ?

Si deux terribles mages noirs avaient recours au même procédé, il devait y avoir un intérêt particulier, non ?

— Les objectifs peuvent varier d'un mage noir à un autre. Il faut garder à l'esprit que se séparer d'une partie de son être relève d'une magie d'une terrifiante noirceur et affaiblit le magicien qui se soumet à un tel procédé. Les avantages qu'il en retire lui semble cependant une large compensation. En imprégnant ton pendentif comme l'a fait Grindelwald, il est possible de mieux asseoir son contrôle sur les pouvoirs intrinsèques de l'objet choisi.

— Mais le médaillon de Serpentard n'a pas de pouvoir, rappela Tom. Alors pourquoi Voldemort...

— Pour l'immortalité, coupa Dumbledore. C'est aussi un moyen de s'approcher de l'immortalité et c'est la raison pour laquelle Voldemort a survécu en 1981. Mais cela nous éloigne de ton pendentif. Il est dangereux.

— C'est aussi ce que prétendait Voldemort.

— Peu de gens le savent, mais même si Grindelwald est passé par Durmstang, c'est un Gryffondor dans l'âme. Il s'avère même qu'il en est un descendant par sa famille anglaise, les Tourdesac. Il n'est pas à exclure que tes récentes tendances Gryffondor soient une conséquence de porter en permanence son pendentif.

— Voldemort pensait la même chose. Et si vous suivez toujours le raisonnement de Voldemort, vous allez me demander de m'en séparer.

Dumbledore soupira et changea légèrement de position sur sa chaise. Pour la première fois, il semblait mal à l'aise.

— Ce serait plus prudent, reconnut-il.

— Non.

— Tom… soit raisonnable. Tu ignores l'ampleur de ses pouvoirs.

— Alors, dites-le-moi. Pour l'instant, je ne sais rien hormis le fait qu'il est lié aux Reliques de la Mort.

Tom savoura l'impact de cette dernière phrase. Soudain inquiet, Dumbledore pâlit. Le vieux directeur se ressaisit et darda Tom d'un regard pénétrant. Très pénétrant. Malgré la fatigue, Tom parvint à bloquer la tentative de légilimancie. Furieux, il attrapa sa couverture et se recoucha en tournant le dos à Dumbledore.

— Je n'ai plus rien à vous dire, professeur.

— Non. Tom, je crois que tu ne te rends pas compte de la gravité de la situation. Il y a certaines questions auxquelles je dois obtenir des réponses.

Tom garda obstinément le silence.

— Ce pendentif a réellement de grands pouvoirs, poursuivit Dumbledore d'une voix soudain très lasse. De nombreuses personnes ont cherché à le contrôler au travers les âges. Grindelwald y a déposé une partie de sa magie dans ce but. C'est probablement grâce au pendentif que tu as pu invoquer l'épée de Gryffondor. Mais le pendentif a sa volonté propre et c'est lui qui choisi à qui il va appartenir. Comment es-tu parvenu en sa possession ? Je sais, je t'ai déjà posé la question il y a plus de cinquante ans, lorsque j'ai découvert tu le portais.

Certaines paroles de Voldemort revinrent alors à l'esprit de Tom. Il s'empressa de les chasser. Le courage lui manquait pour oser poser la question. Qu'était devenue Emily Maitland ? La réponse l'effrayait tant qu'il préféra se taire.

— Il faut que tu me laisses observer ton pendentif.

Malgré lui, les mises en garde de son double adulte cheminaient dans son esprit.

— Non !

Dumbledore était dangereux. Voldemort avait-il menti ? Dangereux à quel niveau ? Pour l'empêcher de devenir un Mage Noir ? Ou bien, cela concernait-il le pendentif d'Emily ? Emily elle-même se méfiait de Dumbledore.

Tom entendit des bruits d'étoffes. Il se tendit. Dumbledore s'apprêtait-il à utiliser la force contre lui pour parvenir à ses fins ? Les mains crispées sur l'oreiller et la respiration saccadée, Tom attendit. Les pas s'éloignèrent. Dumbledore sortait. Alors toute la tension accumulée durant l'échange retomba. Il eut à peine le temps de fermer les paupières qu'il dormait déjà.

La faim le réveilla en milieu d'après midi. Il ne fit qu'une bouchée de la tarte aux poireaux que lui apporta Pomfresh, grimaça devant l'aspect violacé et l'odeur de chaussette de la potion qu'elle le força à ingurgiter et accueillit avec soulagement le chocolat destiné à dissiper le goût infect du médicament. Après seulement, Tom commença à s'ennuyer.

Pour avoir dormi presque sans discontinuer du samedi soir au lundi midi, il n'était plus du tout tenté par l'antre de Morphée. Comme il préférait éviter de ruminer avec angoisse sa conversation avec Dumbledore, Tom jeta alors un coup d'œil à sa table de nuit et apprécia la quantité faramineuse de sucrerie qui ne tarderait pas à lui gâter les dents. Enfournant l'un des délicieux chocolats de Mrs Weasley (il songea qu'il devrait sauver la vie de Ron plus souvent), Tom parcourut les lettres lui souhaitant un bon rétablissement. S'il dédaigna celles de Romilda Vane et Lavande Brown, il esquissa un léger sourire devant l'écriture arrondie de Susan Bones. Un peu plus loin, il reconnut les lettres chaotiques que Théodore Nott avait tracées – sans pour autant prendre le risque de signer – sous le mot de Justin Flinch-Fletchey. Enfin, il découvrit que Dean Thomas lui avait laissé un livre pour s'occuper, puisque « un pareil accro au livre ne penserait certainement qu'à lire, même s'il vient d'affronter le terrible Face-de-Serpent ». Ginny avait également signé le mot. Plus touché qu'il ne souhaitait l'admettre, Tom entama donc ce roman moldu (comme il n'avait vraiment rien d'autre à faire) qui traitait d'anneaux de pouvoir.

Bilbo Sacquet venait donc de disparaître en plein banquet au plus grand désespoir de son neveu, Frodon, lorsque une main se posa sur son épaule.

Il sursauta. Avant d'envoyer un regard noir à Susan qui le dévisageait d'un air moqueur.

— Oh… commenta Justin en avisant la couverture du roman. Il faudra cacher ça à Théodore.

Comme Tom ne saisissait pas le problème – Théodore n'étant pas radicalement anti-moldus, mais seulement un écologiste fondamentaliste – Susan précisa :

— Théodore a découvert ce livre l'an dernier. Après, il n'avait qu'une envie : arrêter un monstre en se plaçant sur un pont. Il imaginait même que l'on pourrait piéger le viaduc dans le cas où Poudlard se ferait attaquer.

Tom opina légèrement même s'il ne comprenait pas vraiment l'allusion et sourit malgré lui. La visite de deux membres de son groupe d'histoire de la magie, accompagnés par une troisième Poufsouffle, Megan Jones, allumer en lui une certaine chaleur qui se répandait agréablement dans ton son être.

— Théodore s'excuse de ne pas pouvoir venir, dit Justin. Mais tu comprends… si lui, le fils de Mangemort…

— Tu es quand même l'homme à abattre pour un quart de l'école, ajouta Susan.

Tom s'étonna un peu de l'étrangeté de la situation : lui, l'héritier de Serpentard et double de Voldemort avait les sympathisants Mangemorts, qui étaient en majorité à Serpentard, à dos. Il devait vraiment trouver un autre objectif que l'hégémonie des Sang-Pur pour conquérir le pouvoir… L'hégémonie des Nés-de-Moldus ? Son ancêtre se retournerait sans aucun doute dans sa tombe. Cependant, Tom songea que de nombreux enfants aux origines moldus concevaient une certaine rancune à l'égard des Sang-Purs et qu'il pouvait utiliser cet esprit de revanche à des fins de pouvoir.

— À quoi penses-tu ? lui demanda Susan en le tirant de ses réflexions.

— À rien.

Juste à conquérir l'Angleterre. Susan était Sang-Pur, tout comme Ron, et Harry l'était à moitié. Une telle entreprise risquait de se retourner contre eux, s'aperçut Tom avec un certain malaise. Il ne parvenait pas encore à mettre les mots dessus, mais il lui semblait qu'il s'agissait d'une mauvaise idée. Chassant ses projets d'avenir dans un coin de son esprit, Tom discuta avec les trois Poufsouffle de sujets légers jusqu'à l'arrivée d'un célèbre trio de Gryffondor.

— Tu es enfin réveillé ! dit Harry en souriant.

Tom apprit ainsi qu'à chaque fois que Harry était passé le voir, ou il avait été arrêté par une horde de groupies, ou Tom dormait. C'était assez déconcertant, pour l'ancien Serpentard, de découvrir tout cette nouvelle attention qu'on lui portait. Hermione lui avait emmené les cours du jour. Tom rougit légèrement en repensant à la conversation qu'il avait eu le matin même avec Ron. Elle aurait pris les cours pour n'importe lequel de ses amis, n'est-ce pas ?

— J'ai apporté mon jeu d'échec, annonça Ron. Il est temps de voir si tu es un adversaire à ma hauteur.

— Ron, tu es d'une modestie affligeante, soupira Hermione. Un jour tu tomberas sur quelqu'un qui te vaincra aux échecs.

Mais ce jour n'était pas encore venu. Pourtant Tom pouvait se targuer d'avoir été le meilleur jouer de Serpentard en son temps. Il offrit d'ailleurs une résistance honorable à Ron, mettant plusieurs fois son roi en échec. Ce ne fut pas suffisant.

— Échec et mat ! s'exclama Ron sans cacher sa satisfaction.

Le rouquin lança un regard rayonnant à Hermione. Tom saisit alors les intentions réelles de Ron : le vaincre dans un combat aux échecs sous les yeux de sa belle. Voilà qui n'était guère honorable de la part d'un Gryffondor ! Tom, encore plus blessé dans sa fierté Serpentard, foudroya Ron du regard.

— Et mauvais perdant avec ça, ajouta Ron.

Hermione leva les yeux aux ciels.

— Ah… les garçons.

— Reconnais que je suis le meilleur aux échecs.

— Le meilleur de Gryffondor, oui, admit Hermione. Mais tu n'as pas encore vaincu Astoria Greengrass. On dit qu'elle est imbattable.

Ron grimaça.

— Elle est surtout à Serpentard.

— Et alors ?

— Je ne sais pas si tu as remarqué, mais ces derniers temps, il y a une certaine tension entre Gryffondor et Serpentard.

Tom s'avisa que Harry s'était découvert un intérêt soudain pour les inscriptions couvrant les boîtes de sucreries. Ainsi plongé dans une intense concentration, il évitait de s'immiscer dans la dispute.

Les jours suivants furent parmi les plus étranges de la vie de Tom. Même après l'incident « Eleusis », jamais il n'avait reçu autant d'admiration. Il fallait avouer que très rares étaient les sorciers qui avaient eu connaissance de sa confrontation avec Grindelwald. À présent, Tom constatait que Ron n'avait rien exagéré : il passait pour un véritable héros au sein de l'école, celui-qui-a-blessé-celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Certes, le titre était un peu pompeux, mais à quoi pouvait-on s'attendre de la part d'Ernie MacMillan ?

Pomfresh passa son temps, à chasser les visiteurs de l'infirmerie, rappelant d'une voix de plus en plus agacée qu'il y avait un quota de six personnes à ne pas dépasser. Elle accueillit donc avec un certain soulagement le départ de Tom qui rejoignit mardi soir la Grande Salle. Il était le centre des attentions, on murmurait sur son passage et il s'en arrangeait bien. Le phénomène était différent de la fascination ténébreuse qu'il exerçait du temps où il portait le vert et argent, mais le résultat était tout autant agréable.

— Attention les chevilles, lança Harry alors qu'il s'asseyait.

Tom perdit aussitôt son sourire. Prenant sa contenance digne d'héritier de Serpentard, il se servit avec générosité en pommes de terre qu'il arrosa abondamment de la sauce du gigot. Depuis son arrivée dans le futur, Tom avait pris quelques centimètres, s'approchant dangereusement de Ron. Ou plutôt, il s'en serait rapproché si le rouquin lui-même ne poussait avec cette fureur bien connue des adolescents. Avec un pincement au cœur, il nota que Ron et Hermione avaient cessé de se disputer et semblaient même se montrer prévenant l'un envers l'autre.

— $Tu as eu de la chance de rater le cours de botanique ce matin$, soupira Harry.

Tom n'eut pas le temps de répliquer que la lumière d'un flash l'aveugla. Le coupable : Collin Crivey qui lui tendait désormais une photo à dédicacer. N'étant pas d'humeur à s'émerveiller du bond technologique que représentait le polaroïd, il lança un regard très noir au paparazzi en herbe. Il se rembrunit encore plus lorsque Romilda Vane le prit d'assaut, le questionnant de sa petite voix aiguë, sur son légendaire affrontement avec Voldemort. Sentant la migraine menacer, Tom prétexta une soudaine faiblesse qui le forçait à remonter au dortoir (après un discret passage aux cuisines, car il mourrait de faim). Vane proposa donc de l'y escorter. Pour appuyer ses propos, elle lança un regard furieux aux Serpentard qui dévisageait Tom avec une hostilité avouée. Faisant fi de fierté, Tom risqua un coup d'œil suppliant à Harry qui peinait à retenir son rire. Harry se leva donc et chassa l'adolescente plus lubrique qu'une vélane au printemps.

— $Je ne vois pas ce qu'il y a d'amusant$, siffla Tom d'un air pincé lorsqu'ils furent dans le couloir.

— $Oh pas grand-chose… Je suis seulement soulagé que tu m'offres une diversion$.

— $Romilda Vane est oppressante. Elle se comporte de manière très incorrecte et…$

En catastrophe, Tom tourna dans un couloir décoré d'une statue de licorne, échappant de justesse à Padma Patil.

— $Voldemort semble parfois plus facile à affronter, n'est-ce pas ?$

Pour toute réponse, Tom foudroya Harry du regard. Ce dernier s'excusa un sourire contrit, avant de reprendre plus sérieusement.

— $Ce matin, en botanique, Ron et Hermione se sont disputés au sujet de la soirée de Slughorn et de l'identité du cavalier d'Hermione.$

Le dernier vendredi avant les vacances de Noël, Slughorn organisait une petite soirée, où chaque membre de son club viendrait accompagné d'un cavalier ou d'une cavalière.

— $Je ne vois pas en quoi ça me regarde$, soupira Tom en guettant d'un œil méfiant le long corridor.

— $Eh bien avec qui comptes-tu t'y rendre ?$

— $Je ne sais pas… je n'y ai pas encore réfléchis$, grommela Tom en identifiant le groupe de Serpentard qui venait à leur rencontre. $Et toi ?$

Astoria Greengrass, Lucretia Lewis et Griselda Rosier, trois cinquième année. Malgré le vert et argent qui les couvraient, elles jetèrent un regard appréciateur aux deux Gryffondor, en particulier Lewis qui, hélas, ne maîtrisait pas l'art de l'occlumancie.

— $Moi non plus, mais ce n'est pas la même chose$, poursuivit Harry. $Moi, je ne passe pas pour un rival potentiel de Ron$

— QUOI ? S'exclama Tom en s'arrêtant.

Se l'entendre dire d'un rival était une chose. D'une personne extérieure en était une autre. Jusqu'au coucher, le problème occupa l'esprit de Tom. Une partie de lui-même était tentée de se rendre à la soirée avec Hermione. Elle était plutôt attirante en dépit de ses cheveux broussailleux, particulièrement brillante et d'agréable compagnie. Hermione tenait des conversations intelligentes. Cependant elle était une Sang-de-bourbe, siffla l'autre partie de lui-même, plus froide, mais aussi plus raisonnée. Née-de-moldu, corrigeait la première. Valait-elle la peine d'ouvrir un conflit avec Weasley, au risque de perdre la confiance du trio infernal qu'il avait enfin réussi à gagner ? Répliquait la seconde. Tom dormit assez mal cette nuit-là, tournant et retournant dans son lit. Au réveil, honteux des rêves qui avaient hanté son sommeil, il fut soulagé par l'absence de legilimens dans le dortoir.

Dans les jours qui suivirent, Harry et Tom surveillèrent plus attentivement le comportement de Ron et d'Hermione. Ils ne découvrirent aucun changement chez Hermione, si ce n'était qu'elle se montrait plus courtoise qu'à l'ordinaire envers Ron (pour le plus grand désarroi de Tom, même s'il refusait de l'admettre), acceptant systématiquement de l'aider dans ses devoirs. Ron de son côté, se montrait à la fois plus prévenant envers Hermione et plus agressif envers les garçons qui osaient lui adresser la parole, à commencer par Tom. Harry pressait donc le nouveau héros des Gryffondor de faire un choix, lassé des changements d'humeur du rouquin. Heureusement, Harry avait d'autres distractions : le match d'ouverture contre Serpentard approchait à grands pas. Le Quidditch préoccupait autant Harry que les deux versions de Voldemort.

Un autre problème se posait à Tom : un septième année du nom de Cormac MacLaggen se montrait de plus en plus vindicatif à son égard. En plus de réunir les défauts des Gryffondor et des Serpentard, McLaggen s'était attiré les faveurs de Slughorn. Le vieux professeur se prosternait littéralement devant lui à cause des gens importants qu'il avait dans sa famille durant les soirées du club de Slug, ce qui irritait beaucoup Tom. L'inimité était réciproque car McLaggen tolérait difficilement qu'un orphelin anonyme sorti d'on ne savait où (et surtout quand) tel que Tom Temple pouvait lui voler une partie de l'admiration de Slughorn. Quant aux Serpentard du club, à commencer par Zabini, ils observaient la rivalité des deux Gryffondor avec une certaine ironie.

Après le cours de métamorphose du mardi après-midi, alors qu'ils rentraient dans la tour des Gryffondor, McLaggen protesta encore une fois contre la composition de l'équipe, accusant Harry de favoritisme avec les deux Weasley et son ancienne coéquipière, Katie Bell. Au passage, il jeta des coups d'œil méprisant à Tom que l'ancien Serpentard soutint avec le plus grand dédain.

— Au moins, conclut finalement McLaggen, à la fin du match Temple aura une cavalière pour se rendre à la soirée de Slughorn. Weasley sera tellement pathétique que Granger n'hésitera plus un seul instant.

— Répète ça ! Rugit Ron, soudain écarlate.

Tous les regards des Gryffondor de la Salle Commune convergèrent vers eux. McLaggen fit preuve du parfait courage de sa maison. Malgré l'air furieux de Ron qui pointait une baguette sous sa gorge, McLaggen conserva son aplomb, avec un sourire dégoulinant de suffisance. Il s'apprêtait à répliquer d'une nouvelle méchanceté lorsqu'un sortilège informulé lui colla la langue au palais. Le bloclang, une petite invention du Prince dont Tom observa les effets d'un air appréciateur. McLaggen hoqueta de surprise tout en jetant des regards affolés tout autour de lui. Puis il découvrit Tom, la baguette sortie, un sourire satisfait sur les lèvres. Soudain aussi écarlate que Ron, McLaggen se jeta sur Tom qu'il dépassait d'une bonne tête. Il était également deux fois plus large avec sa carrure d'armoire à glace. Conservant son air insolent, Tom esquiva une fois, deux fois, les poings destinés à abîmer son beau visage. Il évitait chaque assaut avec la souplesse et la vivacité d'un serpent. Soudain, il fondit sous la garde de McLaggen et le frappa à l'estomac. Le souffle coupé, McLaggen se plia en deux.

— Ça suffit, intervint Hermione. Tom, libère-le de son maléfice.

— Moi, je trouve qu'il est plutôt bien comme ça, nota Ron très satisfait de l'humiliation de McLaggen.

Hermione le foudroya du regard.

— Lève le sort.

De mauvaises grâces, Tom s'exécuta.

— Tu me le paieras, Temple ! cracha McLaggen avant de s'enfuir vers le dortoir des septième année sous le regard pénétrant, du descendant de Salazar Serpentard.

Ron coupa Hermione dans ses récriminations sur le comportement enfantin des garçons, pour le féliciter chaudement pour cette leçon infligée à la force des poings au détestable MacLaggen.

— Je crois que Romilda Vane arrive, lança-t-elle sournoisement avant de tourner des talons.

Ron monta à la rencontre avec cette terrible groupie. Tom ne sut jamais ce qu'elles furent les paroles de Ron ce jour-là. Mais Romilda Vane tourna à l'écarlate, gifla Ron et Tom eut la paix pendant plus d'une semaine.

La paix par rapport à Romilda Vane. Car la conversation qu'il avait eue avec Dumbledore ne cessait de le hanter, malgré tout ses efforts pour l'enfermer dans un recoin de son esprit. Dumbledore avait tenté d'user de la legilimancie sur lui ! Chaque jour, les avertissements de Voldemort résonnait avec un peu plus de force. Tom cependant, refusait d'en parler à Harry. Il redoutait la réaction de ce dernier. Même s'il peinait à le reconnaître, Tom s'était senti trahi par Dumbledore et il éprouvait le besoin de livrer ses doutes à quelqu'un. Hermione ? Non. Elle ne jurait que par Dumbledore. Ron ? Il n'était pas suffisamment proche. Il trouva la réponse en la personne de Susan Bones à qui il rapporta une partie du problème (elle n'était pas censée savoir qu'il était la version adolescente du plus terrible mage noir que la terre eût jamais porté). À son grand soulagement, Susan l'écouta sans faire de commentaire tandis qu'il lui parlait à voix très basse, au travers du brouhaha ambiant qui secouait le cours d'histoire de la magie. Ils avaient coutume de se mettre à côté durant ce cours, travaillant à leur traduction d'études des runes anciennes.

— Dumbledore a probablement agis sur une impulsion, commenta-t-elle. J'ignorais qu'il accordait foi à la légende des Reliques de la Mort. Mais après tout… beaucoup de gens les ont recherchées alors même que le conte de Beedle le Barde nous enseigne leur dangerosité. Le porteur de la baguette de l'aîné est assassiné, alors que la pierre de résurrection ne renvoie qu'une pâle image des morts. Toi-même, laquelle des trois Reliques t'intéresserait le plus ?

Tom fronça des sourcils, n'ayant jamais vraiment réfléchi à la question. Pour lui, tout ceci n'était qu'un stupide conte.

— La pierre, dit-il finalement. Je n'ai pas besoin de la baguette, même si la nouvelle que m'a donné Flitwick n'est pas très agréable.

Avec ou sans baguette, il était capable de véritables exploits… comme blesser Voldemort. Voldemort était dépendant de sa baguette magique. Lui ne le serait pas. Tom n'aurait su dire pourquoi, mais il éprouvait un irrépressible besoin de s'opposer à Voldemort. Non pas qu'il fût horrifié par les accomplissements de son double. Seulement… il voulait s'en différencier, marcher dans d'autres voies. Être lui, tout simplement.

— Mais la pierre me permettrait de voir ma mère. Et toi ?

— Je crois que je ferais le même choix. Mais il n'est pas bon de trop penser à ceux qui nous ont quitté. La mort touche tôt ou tard nos proches, c'est un fait qu'il faut accepter. Pour en revenir aux Reliques, un mythe prétend que celui qui les réunit devient le maître de la Mort.

Tom comprenait mieux l'inquiétude de Dumbledore. Sans doute craignait-il que Voldemort ne s'y intéressât, à l'instar de Grindelwald.

— Cependant, ce n'est qu'une légende, poursuivit Susan, et il est plus probable que l'on ait à faire à trois frères particulièrement doués qui ont inventé ce conte pour expliquer l'origine de leur création : une baguette très puissante, un anneau permettant de communiquer avec les morts et une cape d'invisibilité d'une excellente qualité. Toutefois, cela n'explique pas la réaction déplorable de Dumbledore. Quant à ton pendentif… Si tu permets, j'aimerais faire quelques recherches à son sujet.

Tom opina, satisfait de lui-même. Il avait eu raison de se livrer à Susan. Loyale comme une Poufsouffle, il pouvait avoir confiance en elle. Susan avait également ce soupçon de ruse qui pouvait s'avérer utile.

— J'ai entendu dire que Grindelwald s'y était également intéressé, précisa-t-il.

— Grindelwald s'est intéressé à beaucoup de mythe.

Les Bones s'étaient illustrés dans les années 40 pour leur opposition à Grindelwald.

— L'un dans l'autre, je crois que tu devrais quand même en parler à Harry, ajouta Susan. Inquiétude ou non, ce qu'a fait Dumbledore est grave.

— Et il n'est pas le premier… Vector aussi…

Tom se tut immédiatement devant le regard pénétrant qui venait de lui jeter Susan. Préférant ne pas insister, il réorienta la discussion :

— De toute façon, pour le moment, je crois que Harry est trop obnubilé par le match de Quidditch contre Serpentard pour que je puisse lui en parler.

À plusieurs reprises, Harry s'était ouvert à Tom des craintes qu'il concevait quant au caractère imprévisible de Ron qui souffrait du trac et d'un manque de confiance en lui. Sans doute Harry espérait-il que l'ancien Serpentard eût une solution pour y remédier. Avec toute l'entraînement des années passées à charmer son entourage, ce qui impliquait donner l'illusion d'accorder de l'importance à leurs préoccupations, Tom avait écouté. Il regretta son erreur, lorsque Harry reposa le sujet à plusieurs reprises.

Les rapports humains étaient décidément bien plus simples en 1942 lorsqu'il ne cherchait qu'à séduire son entourage. Mais était-ce différent aujourd'hui ? Non ! Il avait uniquement besoin de la confiance du trio, soupçonnant l'AD de peser de manière conséquente à l'avenir, sur l'actualité sorcière. Se disant cela, Tom avait la désagréable impression de se leurrer.

Il s'avisa alors que Binns, totalement indifférent à l'agitation cacophonique qui régnait dans sa classe, venait d'entamer un nouveau chapitre portant sur les perturbations sociales induites par la révolution industrielle moldue sur le monde magique et qu'il lui manquait une partie du cours.

— Ne t'inquiète pas, Justin me passera son cours, dit Susan en achevant de traduire la dernière ligne en runes de Mû.

— Justin ? releva sceptiquement Tom tout en comparant sa propre traduction.

Justin Flinch-Fletchey noyait actuellement Théodore Nott sous un flot incessant de paroles. Le Serpentard, se tenant la tête entre les mains, jetait des regards suppliants à Tracey Davis et Blaise Zabini qui se contentaient d'un cruel sourire amusé.

— Oui, il aura le cours de Théodore qui lui-même l'aura de Zabini qui l'aura de Greengrass.

Tom constata en effet qu'au premier rang, Daphnée Greengrass écoutait le cours avec un sérieux à rivaliser avec Hermione, le nez retroussé de dédain pour la foule qui s'agitait autour d'elle et à qui elle jetait parfois des regards outrés. Le Serdaigle qui se trouvait à côté d'elle possédait la même attitude parfaitement hautaine.

— Megan croit qu'ils sortent ensemble, ajouta Susan. Mais c'est une vraie commère qui voit des couples partout. Le fait est qu'ils me font un peu penser à toi et à Hermione dans les autres cours.

Tom la foudroya du regard.

— Je ne veux pas sortir avec Hermione, claqua-t-il d'un ton parfaitement guindé en tentant de faire taire le monstre qui protestait en lui.

Loin d'effrayer Susan, comme cela aurait été le cas avec une quelconque Poufsouffle en 1942, sa réplique provoqua un petit rire.

— Je te taquine, soupira-t-elle avec un grand sourire.

Et Tom grommela sa mauvaise foi, guère habitué à être traité avec si peu de respect. Il n'y avait jamais eu qu'Emily Maitland pour se moquer ainsi, gentiment de lui. Sentant que son esprit s'aventurait en terrain dangereux, il relut son thème.

Susan ne manqua pas de lui rappeler quelques jours plus tard, qu'elle avait bien remarqué l'attirance que Tom éprouvait pour Hermione. Alors qu'il venait de la retrouver à la bibliothèque pour travailler à son mémoire d'histoire de la magie :

— Quand vas-tu enfin lui demander de venir avec toi à la soirée de Slughorn ? Demanda Susan en ouvrant un livre sur la culture Sorga au XVIIIème siècle.

— Tu veux ma mort ? Ron s'arrangerait certainement pour que j'aie un accident.

Tom crut apercevoir une fugace lueur d'intérêt traverser le regard acéré de Susan. Il attribua ce phénomène à son imagination tout en se demandant comment, en l'espace de quelques semaines, il avait pu passer de l'inquiétude induite par sa confrontation avec Voldemort à des inquiétudes plus triviales pour des sujets qu'il avait toujours jugés inintéressants. Les filles par exemples.

Chassant cela de son esprit, il releva les références de l'ouvrage qu'il consultait. Il luttait contre la lecture laborieuse d'une introduction aux phrases ampoulées à faire pâlir d'envie Ernie MacMillan lorsque Justin Flinch-Fletchey et Théodore Nott arrivèrent. Le premier rayonnait tandis que le second, embarrassé, camouflé difficilement son sourire de contentement.

— Ça y est, annonça Justin en s'asseyant. Tracey Davis lui a demandé de l'accompagner à la soirée de Slug.

Les joues de Théodore prirent de jolies teintes cramoisies.

— Quand arrêteras-tu de jouer les entremetteurs ? Soupira Susan.

— Lorsque je mangerai les pissenlits par la racine. Donc, Théodore y va avec Tracey, toi Susan, tu as de bonnes chances d'y aller avec Marcus Belby ?

— Quoi ? S'exclama Tom, s'attirant un regard très noir de Madame Pince.

À voix plus basse, il ajouta :

— Tu y vas avec cet idiot qui adule McLaggen ?

— Justin aimerait que j'y aille, oui, reconnut Susan un peu gênée. En fait, il est obsédé par cette idée : Poufsouffle a la mission de réconcilier les quatre maisons. En accord avec cela, comme il a très envie de se rendre à la soirée de Slug, il veut qu'on l'accompagne avec des cavaliers ou cavalières d'autres maisons.

— Ernie a invité Hannah, c'est nul, ronchonna Justin pour appuyer les dires. Heureusement, Théodore y va avec Tracey, et elle, elle est à Serpentard.

— Je suis aussi un Serpentard, répliqua Théodore d'un air guindé.

— Mais au fond de toi, le cœur d'un Poufsouffle sommeille. Il n'y a qu'à voir la facilité avec laquelle tu t'entends avec les membres des autres maisons… même Hermione t'apprécie !

Tom n'écoutait plus, soudain absorbé par une idée. C'était un fait que les Poufsouffle, servis par leur réputation loyale et par la bonhomie, s'attiraient la sympathie – souvent mêlée à de la condescendance – des autres maisons, si bien qu'ils gagnaient facilement la confiance des personnes qu'ils fréquentaient. Un Poufsouffle, tel que Justin par exemple, fréquentait des personnes des maisons antagonistes de Gryffondor et Serpentard sans que cela parût suspect. Une qualité donc tout à fait utile pour l'AD apparut à Tom.

Dans les jours qui suivirent, il observa plus attentivement les interactions qui existaient entre Poufsouffle et les autres maisons. Alors même que Gryffondor et Serpentard, déjà échaudés par les événements de la Forêt Interdite, s'apprêtaient à déclarer une véritable guerre ouverte à l'approche du match de Quidditch, les Poufsouffles voletaient d'un groupe à l'autre sans la moindre difficulté. Ridicule Poufsouffles, avait-il pensé des années plus tôt. Tom réalisait à présent le potentiel intéressant qui s'offrait à lui et que Voldemort n'avait que trop négligé.

Le match de Quidditch arriva enfin pour le plus grand soulagement de tous, à commencer des préfets qui avaient eu fort à faire durant ces derniers jours dans l'ambiance électrique qui planait dans les couloirs, où les incidents n'étaient pas rares. Pour contrer l'angoisse paralysante dont souffrait Ron, Harry avait eu une idée digne d'un Serpentard (Tom en était un peu jaloux) : faire croire à Ron qu'il avait bu du Felix Felicis avant le match. Le stratagème fit des miracles et malgré les méchantes paroles de Blaise Zabini aux commentaires, Ron réalisa des prouesses.

Les Gryffondor retournèrent dans la plus grande allégresse dans la Salle Commune. Même Tom qui ne s'était pourtant jamais intéressé au Quidditch, se laissait porté par les courants de joies, allant même jusqu'à fredonner (mais pas trop fort non plus) des couplets de Weasley est notre roi. Il était encore loin de se douter du drame qui allait bientôt se jouer. Pour l'heure, il partageait la satisfaction des rouge et or pour leur écrasante victoire sur les verts et argents… Dans un petit coin de son esprit, de plus en plus reculé, Tom songeait que son illustre ancêtre devrait réellement se retourner dans sa tombe.

Il écoutait Seamus Finnigan qui lui expliquait les subtilités du match, ou plutôt donnait l'illusion d'écouter. Seamus Finnigan était brièvement sorti avec Romilda Vane et depuis leur rupture, elle l'évitait comme la peste, ce qui arrangeait bien Tom.

Il le vit alors.

Le drame.

Le véritable danger qui le menaçait.

Ron.

Probablement mis en confiance par le match, Ron venait de prendre les devant envers une fille. Cette fille heureusement, n'était pas Hermione. Mieux que cela, c'était Lavande Brown ! Une groupie en moins ! Mais là n'était pas le problème. Hermione était furieuse. Elle était également jalouse. Et surtout, elle venait de retrouver Tom dans la foule.

Tom pouvait affronter Voldemort, Grindelwald, Eleusis Gaunt, Dumbledore, des Mangemorts et des Schattenaltern, un bond de plus de cinquante ans dans le futur, la haine des Serpentard, l'admiration des Gryffondor… En revanche, une jeune fille pour qui il éprouvait une attirance incertaine et qui s'avançait vers lui d'un pas décidé, c'était bien au-dessus de ses forces.

— J'ai un devoir d'Histoire de la Magie à terminer, prétexta-t-il avant de s'enfuir vers son dortoir.


Prochain chapitre dans une semaine si je suis efficace. On aura des nouvelles de Voldemort qui pourraient répondre à certaines interrogations ! Spécial merci à Yuedra dont la review m'a aidée à voir plus clair sur certains points.
N'oublier pas de poster un petit commentaire ;) Ca fait toujours plaisir lire et je réponds à tout le monde !