Bonne année !
Un peu à la bourre, mais pas grave. C'était pour la bonne cause : outre atteindre mes 400k d'écriture sur 2021 (un défi que je m'étais fixée... je ne vise "que" les 200k pour 2022), j'ai relu l'intégralité de la fic. J'ai donc jusqu'au chapitre 18 inclus un truc à peu près potable avec seulement des corrections mineures à apporter, mais après, c'est yolo ! Faut que j'écrive la suite. Mais ça va le faire :) Surtout que maintenant, cette fic est ma priorité n°1.
Le prochain chapitre sera posté le mercredi 26 janvier.
Note : En italique les extraits de HP6 (vu que c'est une fic alternative au tome 6). Double titre du chapitre : titre du chapitre présent/titre de HP6 correspondant. $Fourchelang$
Chapitre 9 : Le sort mène aux pommes/Serment Inviolable
Respirer demeurait difficile. Chaque inspiration et chaque exhalaison provoquait une douleur sourde qui irradiait de ses poumons, à sa plus grande frustration.
Trois semaines s'étaient écoulées depuis que Voldemort avait affronté son jeune double. Pour quelqu'un à qui on avait transpercé le poumon avec une épée imprégnée de venin de basilic, il guérissait remarquablement bien. Sa simple survie à une telle blessure relevait déjà du miracle. Cela ne l'empêchait pas de tourner en rond, comme un fauve blessé à qui on interdisait toute sortie. La vérité n'était pas si éloignée.
Par réflexe, dès qu'il avait été blessé, Voldemort avait transplané dans le lieu le plus sécurisé qu'il eut jamais connu. Ce n'était ni Poudlard – où il avait manqué de mourir dès sa première année à cause d'un professeur de sortilège qui s'était révélé être un mage noir des plus maléfiques – ni le manoir Malefoy où il ne concevait qu'une confiance très relative envers les Mangemorts. Non, Voldemort avait transplané vers un petit moulin poussiéreux, perdu au milieu d'une vaste forêt.
Seuls de très rares personnes savaient que Voldemort, avant de devenir lui-même un mage noir terrifiant, avait été un remarquable enquiquineur de mage noir. Il avait activement participé à la chute de Grindelwald, avant de combattre un être d'une monstruosité plus terrifiante encore : l'Alchimiste des Ombres.
Jamais Voldemort n'avait éprouvé une telle angoisse, qui restait en permanence chevillée à son corps comme une mauvaise toile d'araignée gluante, qu'en cette époque épouvantable où il combattait l'Alchimiste. Mais au milieu de tout cet effroi qui hantait ses souvenirs, ce moulin représentait un havre lumineux de chaleur et de sécurité. Il s'y réfugiait avec ses alliés entre deux actions aussi audacieuses que désespérées à l'encontre l'Alchimiste et de sa secte d'Hermesiens. Ils se nommaient les Cinq, même s'ils n'avaient jamais été cinq.
Les Cinq avaient fini par vaincre l'Alchimiste, mais à quel prix ? La poignée de survivants, traumatisés par toutes les horreurs qu'ils avaient affrontées dans leur lutte, s'étaient séparés. Plus personne n'était revenu au Moulin du Chêne, pas même Voldemort. Il n'y aurait jamais remis les pieds si un transplanage instinctif, dans un moment désespéré, ne l'y avait pas conduit. Par chance, l'âme morcelée de Voldemort atténuait la charge émotionnelle des souvenirs. La douleur qui en résultait aussi. Même si une partie de son esprit avait l'impression de vivre parmi des fantômes – ici, il voyait Jasdrian Cean qui préparait le thé, là il apercevait Callidora Nott qui interrogeait ses cartes de tarot pour mettre au point une nouvelle stratégie, et là-bas, Eutropia Grayson qui affûtait ses couteaux – son âme meurtrie anesthésiait la peine qu'un humain aurait dû ressentir. Impossible cependant, de résister aux vagues de souvenirs provoquées par l'oisiveté de la convalescence qui écrasaient parfois Voldemort pendant de longues heures.
Depuis trois semaines, Voldemort alternait donc entre des périodes d'intenses frustrations où il brûlait de quitter son repère pour mettre en branle de nouveaux plans, et des périodes d'apathie profondes où il se noyait dans ses souvenirs.
Ce matin-là, l'apathie dominait. Avachi dans un fauteuil, Voldemort fixait le médaillon de Serpentard. Son premier horcruxe. Du moins, le premier qu'il avait volontairement créé. Les circonstances de sa création tournaient en boucle dans son esprit. La promesse que Jasdrian Cean avait formulé. La mort de Jasdrian, de la main de l'Alchimiste.
Sa fin ignoble, ses cris inhumains, sa souffrance atroce et toute l'abomination de son sort restaient si profondément incrustés dans la mémoire de Voldemort que même son âme meurtrie ne parvenait à l'y rendre totalement insensible.
L'horcruxe n'avait pas été détruit : le morceau d'âme avait seulement disparu. Comment ? Quel enchaînement d'évènements hautement improbable avait conduit le médaillon de Serpentard au cou de son jeune double ? Voldemort l'ignorait. Il s'en inquiétait. Impossible pour le moment de vérifier ses autres horcruxes. Il était bien trop affaibli pour se risquer dans l'hostilité du monde extérieur. Les quelques visites qu'il rendait au manoir Malefoy pour rassurer ses Mangemorts sur son état de santé lui coûtaient déjà beaucoup.
Le tintement léger d'une clochette le tira de ses sombres ruminations. On venait de transplaner aux abords du Moulin du Chêne. Par prudence, Voldemort se saisit de sa baguette. Il se détendit bien vite en identifiant l'arrivante. Un masque dissimulait son visage, et un sortilège brouillait sa voix. Peut-être qu'avec les puissantes protections magiques du Moulin du Chêne, ces précautions étaient superflux, mais Voldemort ne voulait prendre aucun risque. Si par malheur, Potter avait accès à son esprit à travers ce lien qui les unissait, il ne devait en aucun cas apercevoir le visage de la sorcière.
— Tu viens trop souvent ici, grommela Voldemort sans quitter son fauteuil.
Il enfouit le Médaillon de Serpentard dans sa poche.
— Cela devient imprudent. Dumbledore pourrait…
— Je suis certaine que Dumbledore se doute déjà de quelque chose, coupa la sorcière. Et cette fois-ci, je ne viens pas t'apporter que des vivres et des médicaments.
De sa sacoche en cuir, la sorcière tira deux objets que Voldemort aurait reconnu parmi mille autres. La coupe de Poufsouffle et le diadème de Serdaigle. Une fraction de seconde lui suffit ensuite pour confirmer une de ses hypothèses : les horcruxes étaient également vides. L'angoisse accéléra les battements de son cœur et oppressa son souffle. Il s'efforça de l'éloigner de ses pensées. Ce n'était qu'une confirmation de ce dont il se doutait déjà.
— Comment as-tu récupéré la coupe ? Demanda-t-il d'une voix glaciale.
— Rassure-toi, je ne me suis pas rendue en personne à Gringott. Je me suis contentée d'emprunter ton apparence pour ordonner à Bellatrix de faire une procuration à Yaxley qui est ensuite allé la chercher. Il a souvent à faire avec les gobelins. Il sait comment utiliser leur avidité pour acheter leur silence. Tout était sécurisé et personne ne peut remonter jusqu'à moi, pas même tes chers Mangemorts.
Pour toute réponse, Voldemort grogna. Il n'appréciait guère que la sorcière emprunte son apparence ou qu'elle entreprenne des actions aussi périlleuses.
— Le fragment d'âme du journal avait migré dans l'épée de Gryffondor, ajouta la sorcière. Mais l'épée est également vide.
— Tu n'aurais jamais dû vérifier l'épée, répliqua sèchement Voldemort.
— Excuse-moi d'avoir voulu rendre service !
— Tu cours des risques absurdes.
— Tu es mal placé pour me donner des leçons de prudence… et depuis quand te préoccupes-tu autant de ma sécurité ?
Peut-être depuis qu'il avait passé trois semaines en compagnie des fantômes du passé, hanté par les souvenirs de toutes ces personnes qu'il avait perdues ? Voldemort s'abstint de commentaire.
— Alors ? Reprit la sorcière. Que s'est-il passé ? Car tu as déjà une hypothèse à ce sujet, n'est-ce pas ? J'imaginais que la vue de tes horcruxes vidés de tes fragments d'âme te causerait plus d'émotions.
Une nouvelle fois, Voldemort garda le silence.
— Je vois, soupira la sorcière. Tu ne m'en diras pas plus, n'est-ce pas ? Tout comme tu te tairas au sujet du pendentif de ton double.
— C'est préférable. Tiens-toi éloignée de toute cette affaire. Tu en as déjà trop fait.
— Comme toujours, tu nous mets à distance.
La sorcière repartit. Enfin ? Déjà ? À nouveau seul, Voldemort constituait une proie facile pour ses souvenirs qui revinrent bien vite le hanter. Sept horcruxes ne suffisaient donc pas à l'en préserver.
OoOoOoO
Si Tom était particulièrement fier de son idée sur les Poufsouffle, il n'eut pas l'occasion de la concrétiser. En raison des vives tensions qui sévissaient au sein du commandement de l'AD, les séances d'entraînements se retrouvaient suspendues pour une durée indeterminée.
Mis à en confiance grâce à sa victoire de Quidditch, Ron avait fait un pas vers une jeune fille… Cette idiote de Lavande Brown. En représailles ou bien par dépit, Hermione s'était montrée franchement entreprenante envers Tom. Dans la même logique où l'irrationalité frôlait le ridicule, Tom avait aussitôt fui. Hermione s'était vexée. Harry, exaspéré par le comportement de ses lieutenants – dont Tom faisait désormais partie en tant que conseiller technique avec notamment ses leçons sur l'occlumancie –, avait tenté de les réunir pour les recentrer sur des objectifs importants tels que la lutte contre Voldemort. Accessoirement. S'en était suivi une petite révolution où chacun avait crié ce qu'il gardait sur l'estomac depuis des mois ou des années et au final, Tom avait eu une parole malheureuse, évoquant la soudaine attirance de Harry pour Ginny. Donc Harry faisait la tête à Tom qui fuyait Hermione qui faisait la tête à Ron qui faisait la tête à Harry. La scène s'était déroulée dix jours auparavant et depuis, il n'y avait pas eu de nouvelle séance à l'AD. Ce qui commençait à inquiéter Tom.
Un autre point l'inquiétait également : Dumbledore. Le vieux directeur de Poudlard, regrettant certainement son acte, l'évitait désormais. D'après les informations que Tom avait pu rassembler, son inquiétude provenait du mythe autour des Reliques de la Mort et la crainte d'une entreprise de la part de Voldemort pour les rassembler. Ou bien de la part Tom. Pourtant, Tom n'éprouvait aucune attirance par ses reliques, effrayé peut-être par les décès subits qu'elles entraînaient sur leur possesseur (Susan lui avait rapporté des histoires vraiment horribles). Et une baguette ? Pour lui qui, en se battant comme un sorgin, avait blessé Voldemort ? Non, vraiment, les Reliques de la Mort n'avaient pour seul intérêt que d'être reliées à son pendentif. C'était d'ailleurs la seule information qu'il avait pour le moment sur la nature de cette étrange opale. Ni lui, ni Susan n'avaient encore trouvé le moindre livre traitant d'un tel artefact durant les quelques heures de recherches qu'ils avaient effectuées à la bibliothèque.
Du reste, lorsqu'il ne travaillait pas seul en la compagnie paisible de ses chers livres (quel délice que de retrouver enfin un peu de solitude!), Tom se rendait à la bibliothèque où il retrouvait le groupe des Poufsouffle auxquels venaient parfois se greffer des étudiants d'autres maisons, Serpentard et Serdaigle notamment, Gryffondor plus rarement. Ce jour-là, il n'y avait que le noyau dur, composé Susan Bones et Justin Flinch-Fletchey. Ce dernier évoquait avec son enthousiasme coutumier, ce qu'il ferait durant les vacances de noël qui approchaient à grands pas. Théodore avait raison : on finissait par s'habituer à l'énergie intarissable du Poufsouffle. Prudent comme à son habitude et n'ayant guère envie de se faire exclure de la bibliothèque pour tapages répétés, Tom avait lancé un assurdatio.
Donnant l'illusion d'écouter Justin, Tom s'autorisa une introspection. Il arriva à la conclusion que tout ceci était bien étrange. Autrefois solitaire, habitué à rassembler autour de lui des élèves sur lesquels il exerçait une fascination ténébreuse avec qui il gardait cependant une certain distance, à présent, il oscillait entre deux groupe de… d'amis ? Tom n'aurait su dire. Non, ce n'était pas de l'amitié. Il n'avait pas avec eux des liens aussi étroits ceux qu'il avait tissés avec Emily Maitland, où une véritable affection existait. Tom appréciait la compagnie (à dose raisonnable) des Poufsouffles, mais de là à les considérer comme amis ?
Tom jeta un regard désolé trois tables plus loin où Harry et Hermione, les sourcils froncés, s'attaquaient à un devoir de défense. Hermione surprit son regard, le foudroya en retour et enfoui son visage dans un épais grimoire. Les yeux acérés de Justin capturèrent le manège.
— Tu devrais aller leur parler.
— Pour leur dire quoi ? claqua Tom agacé.
— Pour t'excuser. C'est déjà un bon début.
Harcelé par les questions incessantes de Justin, Tom leur avait rapporté l'échange musclé qui avait eu lieu au sein du commandement de l'AD. Les deux Poufsouffle s'étaient à peine moqué de lui. Et encore, gentiment. Peut-être aussi était-ce cela la différence avec Serpentard. Lorsque Tom était arrivé, il n'avait eu rien à prouver à Susan et à Justin. Ils l'avaient simplement accepté, sans chercher à savoir d'où il venait, quelles alliances potentielles il pourrait leur fournir. Ils l'avaient simplement pris tel qu'il était, ou presque. Ils se seraient certainement montrés moins généreux s'ils avaient eu connaissance de son lien avec Voldemort. Pourtant, Tom n'avait pas l'impression de devoir jouer un jeu avec eux. C'était reposant. Mais Justin n'était-il pas déjà allé vers un fils de Mangemort avéré, Théodore Nott ?
Ses pensées le menèrent à nouveau vers Emily, la seule qui eût jamais percé son masque. La seule en qui il avait confiance. Peut-être était-elle Poufsouffle en son cœur, pour reprendre l'expression de Justin. Qu'était-elle devenue ?
— On aimerait bien que l'AD reprenne du service, ajouta Justin.
— Oui, oui, j'irai leur parler… marmonna Tom en s'arrachant à ses pensées.
— D'autant plus que je trouve ton idée excellente, appuya Susan.
Tom lui avait fait part de certains de ses projets… les plus avouables, bien sûr.
— Quelle idée ? demanda Justin soudain intéressé.
Et Tom connaissait désormais suffisamment Susan pour savoir qu'elle n'avait pas lâché cette phrase au hasard.
— Je pense qu'il serait d'ailleurs parfait en maître espion, chuchota Susan avec un sourire sur son visage aux traits doux.
Tom soupira, tout en guettant une nouvelle fois les faits et gestes d'Hermione qui fixait son grimoire avec obstination.
— Eh bien, en vérité, c'est toi qui m'as donné l'idée, Justin. Personne ne se méfie des Poufsouffle. On leur fait facilement confiance. Ils ont un don certain pour se faire oublier… n'est-ce pas ce que l'on réclame d'un espion ?
Fait étrange, Justin demeura silencieux alors que son visage s'éclairait de plus en plus. Tom parlait à voix très basse si bien que seul Justin pouvait comprendre ses propos.
— Autant les « gentils » que les « méchants » ont négligé les Poufsouffle alors qu'ils pourraient se révéler d'une importance capitale. Ne dit-on pas que la connaissance est le pouvoir ? En mettant discrètement en place, au sein de l'AD, une structure d'espions, on gagnerait un avantage considérable. Il faudrait que ça demeure secret, même pour les autres membres de l'AD. On commence à devenir trop nombreux pour se permettre de le révéler aux autres. Et comme toi, tu as particulièrement l'habitude de papillonner entre les groupes, tu pourrais t'occuper de récolter les informations des différents espions sans que cela paraisse suspect.
Justin acquiesça avec le plus grand sérieux.
— Je suis d'accord.
En vérité, il rayonnait.
OoOoOoO
Écrasé par la masse de travail toujours plus impressionnante, Tom passa les semaines suivantes à courir après le temps. Alors que les vacances de Noël approchaient, il se retrouva ainsi à la bibliothèque en la compagnie de Théodore Nott qui regrettait amèrement le froid qui s'était installé entre Tom et Hermione. Depuis le déjeuner, ils s'arrachaient les cheveux sur un devoir d'arithmancie particulièrement vicieux. Ils butaient sur les calculs vectoriels, maudissant à chaque erreur, la propension à l'inattention que la fatigue augmentait dramatiquement. La nuit de décembre tombait et ils n'avaient pas encore entamé le problème dont Vector était fière. La veille, elle leur avait offert un petit cadeau de noël, veillant à ce que ses chers élèves ne conçussent point de l'ennui durant cette période d'oisiveté qu'étaient les vacances. Un magnifique devoir constitué de cinq exercices, de simples applications de cours que même un elfe sous-alimenté de trois ans saurait résoudre – selon ses propres mots, agrémentés de deux problèmes de son cru. L'un d'eux relevait du niveau exigé lors du concours d'entrée à l'E2S, l'Ecole Supérieure de Sorcellerie qui ouvrait sur des carrières élitistes telles que langue-de-plomb, archéomage, géomage et physicomage, mais Vector avait trouvé cela amusant.
— Tu sais Tom, on dit que les Gryffondor ont un fort esprit de sacrifice… tenta Théodore en rayant furieusement sa dernière ligne de calcul.
Tom releva la tête après avoir ajouté une petite flèche tortueuse sur sa rune, symbolisant sa qualité de vecteur de l'espace des nombres sorginiens. Puis, il foudroya du regard son compagnon d'infortune.
— Je n'irai pas voir Hermione, répliqua-t-il sèchement. Vas-y, si ça te chante.
Théodore, dépité, désigna la table, près de la fenêtre, où Harry et Hermione travaillaient sur un devoir de métamorphose.
— Il y a Potter.
— Et alors ? Il te fait peur ?
Silence. De l'agacement, Tom passa à l'incrédulité.
— Vraiment ?
Gêné, Théodore acquiesça. Tom eut la tentation de se laisser aller au mépris avant de se souvenir qu'à son arrivée, il redoutait également le regard émeraude et pétillant du disciple de Dumbledore. Il réalisa que pour un Serpentard, d'autant plus pour un Serpentard dans la position de Théodore dont le père se trouvait à Azkaban par l'action de Harry, le Survivant pouvait effectivement être auréolé de danger.
— Dans la bibliothèque, il ne peut rien contre toi, dit Tom qui n'avait aucune envie d'aller les voir.
Il refusait de s'excuser.
— Je suis là. N'oublie pas que j'ai tenu tête à Voldemort, je suis bien à même de tenir tête à Harry.
Théodore grimaça légèrement en entendant le nom du terrible mage noir.
— Et puis n'oublie pas que Serpentard ne rime pas forcément avec couard.
Résigné devant la difficulté de l'exercice, Théodore accepta finalement de se lever pour se diriger d'un pas raide, nerveux, vers le terrible enquiquineur de mage noir. Celui-ci releva la tête, fixa d'abord avec suspicion Théodore avant de reporter son attention sur Tom qui soutint son regard pénétrant sans ciller. Un sourire narquois se dessina sur les lèvres de Harry à mesure que la discussion entre Théodore et Hermione se tendait. Sous une injonction de Madame Pince qui les jugeait trop bruyants, Théodore repartit d'un air piteux.
— Elle refuse de nous aider tant que tu ne te seras pas excusé auprès de Potter, l'informa Théodore en se rasseyant. Et elle estime ton attitude, le fait de m'envoyer à ta place, peu digne de Gryffondor.
Face à cela, ou bien Tom pouvait se comporter intelligemment et venir s'excuser pour reprendre la confiance du trio infernal ou bien, dévisager Hermione avec ironie, d'un air supérieur dans une attitude Serpentard et parfaitement stupide. Tom choisit la seconde possibilité. Toutefois, il fut rapidement interrompu dans sa pause de terrifiant mage noir en herbe par l'arrivée d'une Susan Bones inquiète.
— Je viens d'entendre Romilda Vane et sa clique qui complotaient aux toilettes. Elles cherchent un plan pour vous faire boire, à toi et à Harry, un philtre d'amour afin d'être vos cavalières.
— Je croyais que les courriers étaient fouillés avant leur arrivée, s'étonna Théodore.
— Les frères Weasley s'entendent à déjouer les règles donc possibilité d'envoi, grommela. Sorciers facétieux, certes, mais parfois inconséquents. Des personnes mal intentionnées pourraient détourner leurs inventions vers des usages critiquables.
— Pourquoi pourraient ? Releva Tom soudain inquiet.
Romilda Vane était une sorcière mal intentionnée, particulièrement envers Tom. Il frémit d'horreur à l'idée de se retrouver ainsi à la merci cette ignoble peste.
— En attendant, la soirée est prévue pour demain soir et tu n'as toujours pas de cavalière, rappela Susan. Et Hermione non plus n'a pas de cavalier, du moins pas à la connaissance de Megan et je lui fais confiance pour les ragots. Si non seulement tu rapportes ma mise-en-garde à Harry mais qu'en plus tu invites Hermione, tu pourras enfin te réconcilier avec eux !
— Encore une fois je m'incline devant ta ruse de Serpentard, ô sagace Poufsouffle, commenta Théodore avec un grand sourire.
Il s'empressa d'ajouter, indifférent au regard noir de Susan.
— Et toi ? Tu y vas avec qui finalement ? Marcus Belby ? Pourtant, comment Justin a réussi à se faire inviter par Morag McDougal après son échec cuisant auprès Hermione, il a dû insister pour que tu y ailles avec un Gryffondor.
Justin avait, en vain, tenté de se faire inviter par Hermione pour aller à la soirée de Slughorn (en partie pour embêter Tom), avant de se rabattre sur Morag McDougal, une Serdaigle.
— M'en parle pas, grommela Susan. Comme si d'avoir Steven Cornfoot ne me suffisait pas comme boulet, Môssieur Justin a eu la merveilleuse idée de m'arranger le coup avec Cormac McLaggen.
Alors que Théodore se contentait d'une grimace compatissante, la réaction de Tom fut un peu plus expressive.
— QUOI ?
Heureusement, l'assurditio était toujours efficace et Madame Pince ne daigna pas leva la tête du rayon qu'elle était en train de ranger. Cependant, quelques têtes surprises se tournèrent vers lui et Tom se maudit pour son manque de retenue. Les Gryffondor avaient décidément une mauvaise influence sur lui.
— Si tu m'avais invitée, je n'en serais pas là, Tom ! claqua Susan avec humeur. Maintenant tu vas te lever, présenter tes excuses à Harry et inviter Hermione. Cette histoire ridicule a assez duré.
Joignant le geste à la parole, Susan désigna les numéros 1 et 2 de l'AD qui les observaient avec curiosité. Les yeux d'Hermione lançaient de furieux éclairs en direction de Tom qui se contentait de prendre cet air impénétrable qui fascinait tant Druella Rosier.
— Je vois… lâcha Susan avant de se diriger, la tête haute, vers Harry et Hermione.
Théodore la suivit du regard.
— Si j'étais toi, je m'empresserais de fuir… mais il est vrai que dehors, Romilda Vane doit attendre en embuscade.
— Un Gryffondor affronte le danger sans trembler, répondit stoïquement Tom tout en cherchant un moyen pour se tirer de cette situation délicate.
Après une rapide évaluation des forces en jeu, il décida qu'une retraite stratégique s'imposait. Il rangea rapidement ses affaires.
— Du courage, vraiment ? Releva Théodore avec ironie.
— Il faut du courage pour aller poser une question à Vector, répondit Tom avec toute la mauvaise foi dont il était capable. Tu m'accompagnes ?
La présence du Serpentard éloignerait Romilda Vane qui avait la maison verte et argent en horreur. À contrecœur Théodore obtempéra.
— Et que feras-tu lorsque tu seras forcé de retourner dans la Tour des Gryffondor ? hasarda-t-il lorsqu'ils furent dans le couloir.
Tom marqua un temps de réflexion mais n'eut jamais le temps de donner une réponse car déjà, une Susan de mauvaise humeur arrivait, encadrée par Harry et Hermione qui affichaient une mine pas franchement plus avenante.
— Bon ben… je vais te laisser, dit Théodore avec un manque flagrant de solidarité.
Tom passa le reste de la soirée à maudire Susan. Certes, en le forçant à s'abaisser à faire des excuses, à se réconcilier avec le commandement de l'AD, elle servait ses plans de conquêtes. Outre le fait que le descendant de Salazar Serpentard appréciait moyennement cette sensation de s'être fait manipuler par une Poufsouffle, il s'inquiétait de la soirée à venir. Harry s'y rendrait avec Luna, mais lui, avec Hermione. Tom avait la désagréable sensation de s'être fait forcé la main. Sous prétexte qu'il s'entendait bien avec Hermione, tout le monde s'attendait à ce qu'il l'invite, mais personne ne s'inquiétait de ce qu'il souhaitait vraiment. Que ferait-il si elle se montrait plus entreprenante ? Comment l'éconduire sans risquer une nouvelle colère ? Pourtant, une partie de lui désirait la voir plus entreprenante ou du moins, réceptive à ses attentions. Tom haïssait cette partie-là, primaire, animale, qui tentait de le retenir dans la médiocrité bestiale dont il voulait s'extirper. Il repensait à Brus. Des images terribles remontaient alors les méandres de sa mémoire.
Lorsque Tom et Harry descendirent dans la Salle Commune de Gryffondor lendemain au soir, ils virent un nombre inhabituel de filles rôder aux alentours en ayant l'air de les observer avec un dépit mêlé d'espoir tandis que Tom s'approchait d'Hermione mais que Harry demeurait seul. En découvrant Hermione, vêtue d'une robe rose pâle décorée d'imprimés fleuries sur un tissu vaporeux, Tom oublia en un instant ses doutes et ses inquiétudes. Il oublia de réfléchir tout court. Sa robe soulignait admirablement bien ses formes féminines. Tom se sentait vraiment tout bizarre.
Peu à peu, ses neurones se remirent en marche. En digne héritier de Serpentard, il ne méritait pas moins que la plus jolie et plus brillante fille de Poudlard pour l'accompagner à la soirée de Slughorn. Des frissons électriques parcoururent son bras lorsqu'Hermione y glissa le sien, indifférente à Ron qui les tançaient d'un regard noir. Bientôt le délicat parfum de la jeune fille monta à la tête de Tom et il eut beaucoup de difficulté à se concentrer. Dans le hall d'entrée, ils retrouvèrent Luna, qui avait choisi une robe pailletée d'argent. Bien que très jolie, elle n'attira aucune attention de la part de Tom, pas plus que ses étranges paroles sur un Scrimgeour vampire. La tête embrumée par la présence d'Hermione qui lui souriait, Tom avançait comme dans un rêve, l'esprit perdu, en d'autres lieux. En d'autres temps. Le visage d'Emily Maitland s'imposa à lui. Il l'avait toujours vue vêtue de l'uniforme grisâtre de l'orphelinat. Pour la première fois, il l'imaginait portant une robe de soirée. Elle était magnifique. La rumeur des rires, de la musique et des conversations qui s'échappaient du bureau de Slughorn le ramena durement à la réalité.
Qu'il ait été conçu ainsi ou aménagé par un procédé magique, le bureau de Slughorn était beaucoup plus grand. Une foule compacte se massait, riait ou bien discutait, un verre dans une main tandis que l'autre main piochée régulièrement dans les petits fours.
— Harry, mon garçon ! lança Slughorn de sa voix de stentor dès que Harry et Luna se furent faufilés par la porte. Entrez, entrez, il y a tellement de gens que j'aimerais vous présenter !
Slughorn portait un chapeau de velours à pompons assorti à sa veste d'intérieur. Derrière Harry et Luna, il découvrit Tom et Hermione qui arrivaient bras-dessus, bras-dessous et son visage rond s'éclaira d'un large sourire.
— Je vous l'avais dit, commenta-t-il en secouant son index boudiné, vous formez un beau couple.
Les deux jeunes gens rougirent violemment alors que Harry tentait de s'éclipser discrètement dans la foule. En vain. Slughorn grippa le bras de Harry si étroitement qu'il semblait vouloir transplaner avec lui, et le conduisit d'un pas résolu vers un groupe d'invité. Malgré les réticences d'Hermione, Tom emboîta le pas de son professeur préféré. On leur présenta le biographe Eldred Worpel qui était accompagné d'un vampire du nom de Sanguini. Worpel manifesta un grand enthousiasme à évoquer la biographie de Harry. Ce dernier lui opposa une certaine réticence. Sous l'impulsion de Slughorn, Worpel jeta alors son dévolu sur Tom que le vieil enseignant présentait comme un élève très prometteur qui avait déjà réussi à blesser Voldemort. Tom rechigna également à répondre aux questions. Un tel acte – interroger une personne sur son identité, son histoire – était d'ailleurs une grave impolitesse et parfois même un affront dans la culture Sorga aujourd'hui disparue.
— Face à Voldemort ? Je crois que j'ai surtout eu de la chance. Voldemort ne s'attendait pas à ce que j'ose l'affronter.
Tom se plaisait à répéter le nom de Voldemort à chacune de ses phrases, savourant les grimaces d'effroi qui s'invitaient à chaque fois sur le visage de Worpel. Hélas ! Sa satisfaction fut de courte durée ! Soudain sortie de la foule comme si elle venait de transplaner, Coeur-de-Glace lui faisait désormais face. Tom cilla. Était-ce un fantôme, fruit de son imagination ? Ou était-elle bien réelle ? Coeur-de-Glace le fixait, lui, avec un sourire mi-ironique, mi-calculateur sur les lèvres. Cœur-de-Glace ne souriait jamais ! Le pendentif se mit à vibrer légèrement. C'était subtil, mais déjà suffisant pour alerter Tom.
— Tom ! Harry ! Il faut absolument que je vous la présente ! S'exclama Slughorn d'une voix joyeuse. Voici Helena Hart, une des plus prometteuse Auror de sa génération ! On ne compte déjà plus le nombre de sorciers dangereux qu'elle a arrêtés. Elle a déjà affronté Vous-Savez-Qui à deux reprises !
— Je n'ai pas encore acquis la renommée de Harry Potter à ce sujet, répondit Hart.
Sa voix était chaude, douce, presque mélodieuse, bien éloigné donc du timbre rauque et râpeux de Cœur-de-Glace. Plus il l'observait, plus Tom décelait à la fois les ressemblances et les différences entre l'Auror et son ancienne camarade. Toutes deux étaient de tailles moyennes, athlétiques avec un corps sec aux muscles fins mais pauvre en rondeurs féminines. Leurs cheveux noirs et coupés court accentuaient cet aspect androgyne. Cependant, là où Coeur-de-Glace n'était qu'un être de froid et de raideur, une certaine grâce féline imprégnait Hart.
— Mais vous y travaillez activement ma chère amie, rappela Slughorn.
Les lèvres minces de l'Auror s'étirèrent un peu plus dans une expression qui fit courir des frissons sur l'échine de Tom. Ses yeux noirs et en amande le dévisageaient avec une intensité inquiétante. En réalité, Hart avait un certain charme, à la différence de Voltura. C'était un charme discret et sensuel que distillait chaque fibre de son corps et que l'on ne pouvait rattacher à un trait particulier de son visage. Mais qui n'échappait à la gente masculine. Plus d'un homme lui jetait régulièrement des regards appréciateurs dès lors qu'ils se trouvaient hors du champ de vision de la dangereuse Auror.
— Je dois reconnaître que j'espère un jour m'illustrer comme étant la terreur des mages noirs, dit Hart. Quoi de mieux pour cela que de vaincre Voldemort ? Bien sûr, il faudrait pour cela que nous nous affrontions réellement en duel, mais il s'esquive à chaque fois que nos routes se croisent.
Slughorn rit nerveusement alors que Harry avait perdu toute chaleur sur son visage. Ses yeux ne pétillaient plus, ce qui était assez mauvais signe.
— Vous ne manquez pas d'ambition.
Hart inclina poliment la tête et but une gorgée à la coupe de champagne qu'elle tenait à la main.
— C'est une chance pour nous que le Ministre ait décidé de vous envoyer à Poudlard pour veiller à notre sécurité, reprit Harry d'une voix mielleuse.
Cette mesure, extrêmement récente et certainement motivée par le dernier incident de Pré-au-Lard avait alimenté ses conversations avec Harry, depuis qu'ils s'étaient réconciliés. Ainsi Harry lui avait appris que Dumbledore n'appréciait guère ces mesures. Il s'agirait là d'un stratagème de Scrimgeour pour le placer sous surveillance. Cependant, la présence des Aurors rassuraient les parents.
— Je serais curieux de connaître les circonstances de vos confrontations avec Voldemort, demanda soudain Harry.
À l'air pâle de Slughorn, Tom devina que ce dernier ne l'était absolument pas. Le vieux professeur s'excusa d'ailleurs, prétextant que d'autres invités nécessitaient sa présence. Tom fut tenté de le suivre, également pressé de fuir Hart. Hermione le retint. Luna quant à elle détaillait avec une certaine curiosité l'Auror. Celle-ci ne se troubla pas.
— Je pense que le moment est mal choisi pour en parler. Néanmoins, comme je suis en mission à Poudlard pour une durée indéterminée, nous aurons tout le loisir d'en reparler. Je suis également curieuse de connaître les circonstances des vôtres.
Son attention se tourna vers Tom qui se sentit soudain mal à l'aise. Son pendentif vibrait toujours. Il irradiait même d'une chaleur inquiétante !
— On dit que vous avez méchamment blessé Voldemort à Pré-au-Lard. J'aimerais entendre votre version.
— Plus tard, certainement, dit Tom d'un ton qu'il espérait décontracté. J'aperçois une de mes amies là-bas, désolé.
Cette fois-ci, Hermione accepta de le suivre, glissant même à son oreille que Hart lui laissait une mauvaise impression. Tom tressaillit alors que le souffle chaud de la jeune fille caressait sa nuque. Il tenta de chasser cette gêne et de se concentrer sur la longue natte auburn qu'il avait effectivement aperçu derrière deux filles ressemblant à des membres de l'orchestre des Bizarr'Sister.
— Susan !
— Tom ! Tu es là ? Sais-tu où se trouve Justin ? Je crois que je vais le tuer !
— Que t'est-il arrivé ? demanda Hermione.
La natte habituellement nouée avec soin se défaisait en de multiples endroits comme si elle venait de s'arracher à grand peine à l'étreinte d'un grizzly. Un autre détail cependant, attira l'attention de Tom. Susan était très jolie, dans cette robe bleu pastel qui mettait en valeur sa taille fine et souple de danseuse. Et ses formes voluptueuses. Sa gorge généreuse. La chute bien dessinée de ses reins. De plus en plus perdu, Tom reporta son attention sur une personne qui ne pouvait le troubler. Ses yeux trouvèrent les cheveux gras de Rogue. Il redescendit immédiatement sur terre.
— Oh, je viens juste d'échapper aux griffes de McLaggen !
L'humeur de Susan était passablement mauvaise.
— Il faut que je retrouve Justin. Lui et ses stupides idées sur la réconciliation des maisons ! La prochaine fois qu'il me fait un coup pareil, je lui envoie Milicent Bulstrode. Je suis sûre que je saurais la convaincre qu'il est en réalité secrètement amoureux d'elle.
Bulstrode avait alimenté quelques conversations ces derniers temps. Megan Jones, toujours si prolixe en ragots, leur avait rapporté que Bulstrode s'était découvert une nouvelle passion pour Goyle. Le gorille de Malefoy rasait à présent les murs dans la crainte de la croiser.
— C'est peut-être un peu cruel, nuança Hermione.
Tom estima peu prudent de faire une remarque sur les tendances Serpentard de la Poufsouffle, aussi garda-t-il le silence.
— Ce n'est pas toi qui es venue au bras de McLaggen ! Je t'assure qu'à côté, un ours en rut est plus courtois.
Tom aperçut la touffe blonde de Justin qui parlait avec son énergie habituelle, battant l'air par de grands mouvements de bras. Face à lui, Théodore écoutait ou faisait semblant d'écouter, stoïque, sous le regard amusé de Tracey Davis et celui, plus admiratif, de Morag MacDougal. Susan le vit également. Elle se laissa aller à un sourire carnassier.
— D'après Megan, Justin serait intéressé par Morag et réciproquement.
Cependant, elle n'eut pas le temps d'étendre plus avant sa pensée car McLaggen arrivait, encadré par Marcus Belby et Stephen Cornfoot, chacun des deux étant accompagnés par leur cavalière. À l'instar de Susan, McLaggen vibrait de colère. Il évita toutefois le regard de Tom, le souvenir de leur dernière confrontation étant encore cuisant. McLaggen se planta devant Susan, la dominant de toute sa carrure massive.
— Slughorn veut me présenter à Bernd Broadmoor, le capitaine des Faucons de Falmouth.
— Je ne vois pas en quoi ça me concerne, répliqua Susan.
La mâchoire carrée de McLaggen se contracta.
— Je ne peux pas décemment me présenter devant lui sans cavalière.
— Il fallait y penser avant de tenter de m'embrasser, répliqua Susan.
Elle tourna des talons avec la ferme intention de s'éloigner de lui. McLaggen lui attrapa le bras.
— Lâche-la ! siffla Tom d'une voix basse, lourde de menace.
Instinctivement, il laissa la magie couler en lui. Sans libérer Susan de son étau, McLaggen reporta son attention sur Tom, dédaigneux.
— Ou quoi ? Ici tu ne peux rien contre moi. À moins que tu ne veuilles que ton cher Slughorn ne voie son élève préféré comme un…
— C'est bon, je viens, coupa Susan en dégageant son bras d'un mouvement sec en lançant à Tom un regard pour le dissuader d'intervenir.
Une lueur de satisfaction brilla dans les yeux de McLaggen.
— Mais, poursuivit-elle, je t'assure, Cormac, qu'au moindre geste déplacé de ta part, je ferai un scandale tel que Poudlard ne sera pas près de l'oublier.
Impuissant Tom les regarda s'éloigner, McLaggen traînant Susan comme un trophée, pour finalement disparaître dans la foule dense qui s'était rassemblée dans le bureau de Slughorn. La colère l'étreignit. La magie palpitait à ses tempes. Mais il ne pouvait rien faire ! Soudain la nausée le saisit. Des réminiscences le submergeaient par vagues cruelles. Son pendentif se remit à trembler. Le passé et le présent se superposaient dans une valse vertigineuse. L'opale triangulaire se réchauffait. La tête de McLaggen se métamorphosait en la face bestiale de Brus Bergsonn. La chaleur devenait de plus en plus cuisante sur sa poitrine. Le visage d'Emily Maitland s'invita sur celui de Susan Bones. Une véritable brûlure oppressait ses poumons. Tout tournoyait autour de lui, alternant tantôt les décors fastueux du bureau de Slughorn, tantôt les murs glacials de l'orphelinat, avec quelques excursions dans la bibliothèque. Était-ce Hart, était-ce Coeur-de-Glace ? Étouffé par la douleur qui irradiait de son pendentif, Tom n'aurait su dire.
— Ça va ? S'inquiéta la voix lointaine d'Hermione.
Ou bien était-ce Callidora ?
— Oui, répondit Tom d'une voix pâteuse.
Sa main serrait son médaillon qui vibrait comme jamais. A peine sentait-il les petits coins pointus s'enfonçaient dans sa chair. Le monde devenait plus distant, enveloppé dans une brume ténébreuse et glaciale. Il eut vaguement conscience que Hermione l'entraînait à l'écart. La voix inquiète de Vector les interpellait et finalement les enjoignait de la suivre dans son bureau.
Les couloirs de pierres froides sur lesquelles se répercutaient les bruits distants de leur pas remplacèrent l'atmosphère confinée de la soirée. Tom errait dans le noir le plus total, uniquement guidé, soutenu, par Hermione et Harry qui s'était joint à eux à un moment donné. Tom aurait été bien en peine de dire quand. Il y eut le grincement d'une porte que l'on ouvrait, l'odeur douce de l'aubépine l'assaillit. On l'assit sur une chaise. Vector demanda à Harry de maintenir le contact avec Tom.
— Tom, écoutez-moi, c'est très important. Vous devez vous couper momentanément de la magie et oublier le passé.
Oublier le passé ? Tom ne le voulait pas. Encore une fois, il réanima le souvenir d'Emily Maitland, de son sourire joyeux alors qu'ils se promenaient dans le parc bordé d'arbres aux petites fleurs blanches.
— Concentrez-vous sur le présent. Vous trouvez dans mon bureau. Écoutez ma voix. Sentez le contact de la main de Harry sur votre épaule.
Non ! Ce n'était pas son époque, son milieu ! Il voulait retourner chez lui. Juste rentrer chez lui, avec les mœurs dans lesquelles il avait grandi, l'entourage auquel il s'était habitué.
— Potter, je crois qu'il m'écoutera plus que moi. Parlez-lui en Fourchelang. Vous aussi Hermione. Vous devez l'ancrer dans le présent et le convaincre d'enlever son pendentif. Lui seul peu l'ôter.
Harry parlait en Fourchelang de tout et de rien, surtout de rien, décrivant dans le détail la pièce, avec ces diagrammes, ces représentations, ces instrumentations. Hermione, elle, le cajolait de nombreux mots doux. La jeune fille avait posé sa main sur la sienne, celle-là même qui se serrait sur le pendentif. Tom ressentait toute sa chaleur, toute sa proximité, avec ce délicat parfum qui ravissait tant ses narines. Peu à peu, la lumière revenait, les contours devenaient plus distincts.
— Tom, vous devez enlever votre pendentif, insista Vector. Il est en train de vous tuer.
— Non ! Il me ramène chez moi.
Vector le fixa d'un air grave. À présent, Tom distinguait ses traits avec une netteté qui lui serra le cœur.
— Vous ne pouvez pas vous rendre en 1942. C'est impossible.
— Pourtant j'ai bien quitté cette époque pour me retrouver ici !
— Non. Cela aussi, c'est impossible.
Estomaqué, Tom fixait Vector avec incrédulité. Sous l'effet du choc, sa main se desserra du pendentif qui ne vibrait plus du tout. Tom reprenait soudaine pleinement conscience de son environnement, du bureau de Vector, de l'enseignante qui lui faisait face… et de la présence si proche de Hermione.
— Bien, il semblerait que la crise soit passée, commenta Vector. Je suppose – sans certitude – qu'il n'est plus nécessaire d'ôter le pendentif.
Elle sortit d'un tiroir, une pomme.
— J'ignore encore ce qui a pu se produire. Pour l'instant, je n'en suis qu'à des suppositions, mais ces suppositions sont de plus en plus tangibles. À présent, mangez cette pomme. Ce fruit a bien plus de propriété qu'on ne le soupçonne. Mangez-le et écoutez-moi bien attentivement. Écoutez-moi tous les trois. Ce que je vais vous révéler ne doit être répété à personne, et surtout pas au professeur Dumbledore. Oui, Potter, vous avez bien entendu. Pour certaines choses et ce pendentif en fait partie, on ne peut lui faire confiance. Peut-être que je me trompe, mais les enjeux sont trop grands pour prendre un tel risque. Je vais vous dire ce que je sais sur ce pendentif, c'est-à-dire pas grand-chose, uniquement ce que mes parents ont accepté de me dire. Mais je crois qu'il est plus dangereux de vous tenir dans l'ignorance que de vous révéler mes maigres connaissances. Cette opale est très ancienne et l'emblème des Reliques de la Mort n'y était pas gravé initialement. Seule l'autre face était décorée.
Elle se saisit d'un parchemin et d'une plume.
— Le signe que vous voyez est lié au conte des Trois Tisseuses. La légende prétend qu'il s'agit de trois sœurs qui unirent leur pouvoir et cette union se cristallisa sur cette opale. L'aînée qui était aussi la plus belle et la plus impulsive, se faisait appeler la Vie.
Vector traça un alpha sur l'angle gauche de la base du triangle.
— La seconde qui était également la plus sage, se faisait appeler le Sort.
La plume d'oie esquissa un khi sur l'angle droit de la base du triangle.
— Quant à l'aînée, était la plus aimante envers les hommes, se faisait appeler la Mort.
Un oméga sous l'angle du sommet.
— La naissance, le destin et la mort, les trois sœurs qui régissent la vie des hommes, conclut Vector. On les appelle parfois les Parques, les Nornes ou les Moires. J'ignore ce qui est réel ou inventé dans leur légende. Cependant, il est possible de reprendre l'image de la tapisserie que tissent les Moires. Parfois, un fil s'égare hors de la tapisserie avant d'y retourner bien des nœuds plus loin. Je crois que le pendentif a cette capacité. Il s'est détaché de la tapisserie en 1942, s'y est rattaché en 1996 et vous avec. Cependant, cette attache est fragile et risque de se briser si vous n'y prenez garde, si vous vous laissez aveugler par le passé tout en vous fondant dans la magie à la manière d'un sorgin.
— Je pense souvent au passé, répliqua Tom l'estomac noué.
— Peut-être pas avec autant d'intensité, en étant aussi proche de la magie. Très rares sont les sorciers qui présentent une telle aptitude sorga. C'est un véritable don que vous avez, Tom, et je comprends que vous vouliez le développer. Cependant, gardez à l'esprit qu'il s'agit d'un don à double tranchant et que Voldemort l'a peut-être négligé pour une bonne raison.
— Ah oui ? renifla Tom. Pourtant, j'ai bien réfléchi à la question, à savoir pourquoi il l'avait abandonné, mais aussi à ce que j'avais ressenti à son contact. Et j'ai senti que quelque chose s'était brisé en lui, qu'il était comme meurtri au plus profond de son âme. C'était comme une blessure qu'il se serait imposé à lui-même pour gagner je ne sais pas… plus de pouvoir peut-être. Les forces du mal l'imprégnait profondément. Je me trompe ?
Il s'aperçut que Harry à ses côtés s'était légèrement tendu et que la main d'Hermione se crispait sur son bras. Quant à Vector, elle le dévisageait d'un air indéchiffrable.
— Impressionnant… En effet, cela a un lien avec un acte d'une extrême noirceur qu'il s'est infligé à lui-même pour acquérir plus de pouvoir, même si cela impliquait le sacrifice de la magie sans baguette : cet art qui nécessite de se fondre profondément dans le Nisir. À ma connaissance, seule une autre personne l'a diagnostiqué avec tant d'acuité : Helena Hart. Elle aussi possède des aptitudes sorga prononcées.
Vector soupira. Elle se tourna légèrement et son regard s'égara sur les hyperboles spectrales.
— Je la connais bien… je l'ai adoptée alors qu'elle n'avait pas huit ans.
Un ange passa. Vector reporta son attention sur Tom.
— Méfiez-vous d'elle. Elle n'est pas mauvaise, mais elle conçoit une haine particulière pour les Mages Noirs et ces derniers temps, elle est obsédée par l'idée d'affronter Voldemort en duel. Je crains que tôt ou tard, elle ne commette un acte irréfléchi.
Comme provoquer Voldemort en duel ?
— Sait-elle qui je suis ?
— Si elle ne le sait pas déjà, elle ne tardera pas à l'apprendre. Elle ne s'en prendra pas à vous pour autant, rassurez-vous.
— Et vous, comment savez-vous qui je suis ?
Vector esquissa un sourire songeur.
— J'ai une mère bien informée, éluda-t-elle. Pour en revenir à votre pendentif… Sa véritable nature jalousement gardée par quelques initiés tandis que les autres sont trop effrayés pour prendre le risque de le révéler aux profanes. Pour avoir moi-même chercher dans la bibliothèque et même dans la Réserve, je peux vous assurer que vous n'y trouverez rien. On prétend que de nombreux mages, la plupart du temps, des mages noirs, ont recherché son pouvoir. Parmi ceux-ci, le plus inquiétant de tous est sans doute l'Alchimiste des Ombres vaincu en 1953. La seule chose dont je suis certaine, c'est que ce pendentif possède un terrible pouvoir par essence. Grindelwald l'a par la suite imprégné de sa magie, le rendant plus dangereux encore.
— Il m'a sauvé la vie à face à Voldemort ! Il ne m'a pas été confié sans raison…
Telle était la certitude de Tom. Même s'il était dangereux, Emily avait eu des motifs importants pour agir ainsi. Tom refusait de douter d'elle.
— $Peut-être que…$, siffla Harry.
— Par correction envers vous je dois vous préciser que je suis Fourchelang, soupira Vector. Je dois également ajouter Helena à la liste des Fourchelang. Je la connais bien et elle n'aura pas la délicatesse de vous prévenir.
Harry garda le silence.
— Et puisque je suis dans les mises en garde… il est peu prudent de conserver l'opale en permanence sur vous – d'après mes maigres connaissances. Je vous conseille de l'ôter au moins pour dormir.
Malgré les avertissements de Vector, de retour au dortoir, il fallut les menaces de Harry pour forcer Tom à se séparer de son pendentif pour la nuit. Il s'exécuta alors avec beaucoup de réticences. Pour la nuit seulement. Il lui semblait qu'en ôtant l'opale que lui avait confié Emily, il se défaisait d'une partie de lui-même. Il n'avait alors plus qu'une envie : la reprendre.
Au milieu de la nuit, peinant à trouver le sommeil, Tom observa l'opale à la lueur pâle de la lune. Entre ses longs doigts, elle pulsait d'une agréable chaleur. L'espace d'un instant, Tom crut voir un reflet rougeoyant parcourir la surface du pendentif. Une illusion ? Et cette voix de tonnerre si lointaine qui chuchotait à son oreille, était-ce également une illusion ?
Tom n'alla pas plus loin dans ses réflexions : le sommeil venait de le happer.
En dépit du mal de crâne qui l'assommait, Tom se réveilla très tôt le lendemain matin. Le ciel était encore obscur, sans la moindre trace de clarté laissant présager d'une aube nouvelle. Les respirations plus ou moins sonores allaient du simple souffle au ronflement sonore. Tom se retourna sous ses couvertures. Le sommeil le fuyait, c'était désespérant !
Les vacances débutaient ce matin même. Habituellement, il était y assez indifférent. Son quotidien devenait simplement un peu plus calme. Tom avait tout le loisir de se consacrer à ses grimoires, sans accorder la moindre attention aux irritantes décorations de noël et des sapins qui pullulaient un peu partout. Cette fois-ci pourtant, il appréhendait un peu cette solitude qu'il appréciait tant d'ordinaire.
Tom se retourna encore, rageur devant sa propre faiblesse. Il n'avait pas besoin de Harry, pas plus que de Hermione. Il n'en avait jamais eu besoin ! Il se suffisait à lui-même ! Et puis, Susan et Théodore resteraient à Poudlard le temps des vacances de noël. Susan… son estomac se contracta en repensant à sa confrontation avec McLaggen. N'y tenant plus, harcelé par une inquiétude nouvelle mais ne pouvant quitter le quartier des Gryffondors en cette heure si matinale, Tom attrapa le roman moldu que Dean Thomas lui avait donné alors qu'il se trouvait à l'infirmerie et entreprit de reprendre sa lecture pour chasser tout cela de son esprit. Emporté par le flot des devoirs, Tom n'avait que très peu progresser dans l'intrigue et les stupides estomacs sur pattes que sont les hobbits s'apprêtaient tout juste à quitter la Comté.
À son plus grand soulagement, alors qu'il descendait à la Grande Salle pour prendre le petit déjeuner, quelques heures plus tard, Tom croisa Susan qui l'accueillit d'un sourire serein.
— Tu as une mine épouvantable, commenta-t-elle critique face aux grosses cernes qui mangeaient les joues de Tom.
Celui-ci n'eut cependant le temps de répondre. La main d'Hermione se serra autour de son bras.
— Heureusement, il a les vacances pour se reposer, répondit-elle en dévisageant Susan d'un air de moins en moins amicale.
Sans plus d'explication, elle entraîna Tom à la table des Gryffondor où Ron embrassait goulûment Lavande, avec tant d'enthousiaste que l'on aurait pu croire qu'ils avaient vécu séparés pendant au moins cinq minutes. Hermione se figea. Tom eut un mauvais pressentiment. Avant qu'il n'eût analysé les indices dont il disposait, Hermione lui faisait face, passait ses bras autour de ses épaules, l'attirait contre elle et l'embrassait. Stupéfait, Tom demeura quelques instants sans réaction. Puis, à mesure que ses lèvres effleuraient celle d'Hermione, que l'odeur de ses cheveux imprégnait son esprit, il se surprit à repenser au passé. Encore. Au chaste baiser qu'ils avaient échangé avec Emily Maitland, juste avant son départ pour sa cinquième année à Poudlard. Il lui rendit le baiser.
Ce souvenir le hantait encore alors qu'il accompagnait Hermione au bureau de McGonagall d'où elle partirait chez ses parents par le réseau de cheminettes. Le ministère avait établi une connexion exceptionnelle pour permettre aux élèves de se rendre rapidement et en toute sécurité chez leurs parents. Sous le regard ironique de McLaggen qui leur passa devant, Tom et Hermione échangèrent un baiser. L'adolescent des années 40 tentait de se remémorer l'odeur tendre et florale d'Emily.
— Tu m'écriras ? demanda Hermione.
— Je euh… oui.
Encore perdu par le nouveau tournant que prenait leur relation, Tom n'avait rien d'autre à répondre. Hermione, les bras enserrant la taille de Tom, se lovant tout contre lui, vola un dernier baiser qui dura plus longtemps. L'arrivée de Ron n'y était certainement pas étrangère.
— Bonnes vacances, lui souhaita-t-elle avec le sourire.
— Euh… toi aussi, bredouilla Tom.
Il se sentait horriblement maladroit. Si habituellement, il prenait un malin plaisir à charmer son entourage et à séduire les filles de Serpentard jusqu'à les voir se pâmer dès lors qu'il leur adressait la parole, il s'était toujours cantonné à cette première étape. Jamais, il n'avait débuté une véritable relation, rabrouant avec une acidité blessante, les demoiselles qui osaient se montrer trop entreprenantes avec lui. Du moins était-ce le cas en 1942 où les mœurs n'étaient pas aussi décadentes qu'en 1996. À présent, il ne savait vraiment pas comment réagir et rêvait de prendre ses jambes à son cou. Sitôt libéré de la présence d'Hermione, il rajusta sa sacoche sur son épaule et prit la direction de la bibliothèque en essayant de ne pas réfléchir aux nombreux problèmes qu'il rencontrait.
Dans sa poche, sa main effleura la carte de tarot que Vector lui avait donné. Le Soleil. Un moyen de la contacter en cas de besoin, avait-elle précisé. À la différence de Rogue ou Dumbledore, Vector avait une vie en dehors de l'école et profitait des vacances de noël pour rejoindre sa famille.
Quant à savoir pourquoi elle agissait ainsi et si Tom pouvait lui faire confiance, la question demeurait entière. Tout comme la place grandissante que prenaient les pommes dans son quotidien. Des recherches s'imposaient.
Tom croisa Hart qui lui jeta un regard impénétrable. Ces vacances ne s'annonçaient guère reposantes.
A dans une dizaine de jour pour la suite !
