Presque ponctuelle, mais c'était pour la bonne cause : j'achevai de relire tout ce qu'il y avait à relire dans cette fic, donc jusqu'au chapitre 18, je n'aurais plus qu'à faire une relecture de dernière minute avant de poster ! Et dès ce soir, j'attaque l'écriture de la fin !

Katymyny : Oui, le chapitre précédent était long, mais plein d'informations ! Quant à la fameuse H.H... mystère, mystère ;) Possible qu'on en entende à nouveau parler...

Paladin : Merci pour ta review ! Contente que ma fic te plaise et que mon Tom te plaise également. C'est un des personnages avec lequel j'ai préféré écrire, alors j'y suis un peu attachée. Et oui, il y a un univers plus vaste derrière, c'est d'ailleurs ce qui m'a posé problème il y a 10 ans pour terminer cette fic : compliqué de l'achever en un seul tome sans bâcler, surtout le volet "Hermèsien". Qu'à cela ne tienne, j'ai désormais un roman en sept tomes sur le feu (dans un univers que j'ai crée - j'en suis à la rédaction du quatrième) qui en traite ! Bon, les Hermèsiens sont renommés Thélémites, mais c'est à peu près la même chose puisqu'ils sont liés à la même entité démoniaque. Bref... J'espère que la suite te plaira tout autant ! (et oui, j'ai prévu une vraie fin à cette fic qui peut être lue indépendamment des romans).

Note : En italique les extraits de HP6 (vu que c'est une fic alternative au tome 6). Double titre du chapitre : titre du chapitre présent/titre de HP6 correspondant. $Fourchelang$


Chapitre 11 : le cœur du sort/souvenir brumeux

La fin des vacances de Noël arriva sans crier gare. Malgré leur acharnement, Théodore, Susan et Tom n'avancèrent que très peu dans leurs recherches. Aucun livre ne parlait de l'Horcruxe, du moins aucun livre qu'ils n'avaient eu le loisir de feuilleter durant une expédition nocturne à la Réserve. Autant Tom que Théodore comptaient sur la présence de la gentille Poufsouffle qu'était Susan pour les disculper de tendances mangemoresques au cas où ils se feraient surprendre. Cas qui n'arriva pas.

Ils n'obtinrent guère plus de renseignements sur Hart qui ne cessait de surgir des couloirs, ce qui se révélait particulièrement usant pour les nerfs. Tout au plus, apprirent-ils que Tonks jugeait les méthodes de l'irritante Auror expéditives, qu'elle était irascible et solitaire, ne cherchant guère à se lier d'amitié avec les personnes qu'elle côtoyait.

Sur les conseils de Susan, Tom accueillit Hermione à son retour. Après avoir échangé le bisou réglementaire des retrouvailles, Tom, en digne garçon des années 40, se chargea de la valise d'Hermione qui pouffa devant sa galanterie.

— Ça ne fait que rajouter à ton charme, précisa-t-elle devant l'air vexé de son petit ami.

Comment avait-il pu en arriver là, à subir une stupide amourette d'adolescent et, pire que tout, à l'apprécier ? Sur le chemin du dortoir, Hermione lui raconta ses vacances qu'elle avait passées en France, à Meymac, une petite ville charmante perdue au fin fond de la Corrèze et des sapins. Tom donna poliment l'impression de l'écouter. Hermione s'arrêta soudain, le prit par la main puis par la taille et l'embrassa. Elle se rapprocha tant de lui que Tom sentait la chaleur de son corps contre le sien. C'était assez troublant. Susan passa à leur hauteur, eut un petit sourire narquois alors que Megan Jones gloussait comme une pintade. Lorsqu'Hermione se détacha de lui, un feu des plus embarrassants embrasait les joues de Tom.

Une fois arrivés à la tour des Gryffondor et les affaires d'Hermione déposées dans son dortoir, ils s'installèrent dans un des canapés à proximité du feu. À voix très basse, Tom lui raconta l'histoire de la baguette, sans omettre les hypothèses de Théodore au sujet de sa composition. Il préférait ne rien négliger qui put lui permettre de conserver la confiance du cerveau de l'AD.

— Vous auriez dû en parler à Dumbledore, gronda Hermione soucieuse. Ou au moins à Vector.

— Ni l'un, ni l'autre ne m'inspire confiance, répliqua Tom.

— Pas plus que Susan… Il a quelque chose chez elle qui me met mal à l'aise. Elle ne joue pas franc jeu.

— Tu te fais des idées, claqua Tom.

Il essaya de masquer son agacement. La méfiance d'Hermione au sujet de Susan était ridicule ! Hermione étudia soigneusement la baguette et parvint à la même conclusion que Tom : elle ne représentait aucun danger. Comme Harry tardait à rentrer et que Tom voulait l'attendre pour exposer la suite de ses découvertes, comme ils étaient confortablement installés, l'un à côté de l'autre dans le canapé et que chaque contact de peau électrifiait leur s sens tout entier, ils reprirent, encore une fois à l'initiative d'Hermione, leur activité première. Non pas travailler l'arithmancie mais plutôt l'art d'embrasser sans s'étouffer, de trouver la position la plus confortable sans attraper de torticolis ni avoir de fourmis dans les jambes.

Même un peu tordu dans son coin de canapé, Tom éprouvait un certain contentement. Alors que les bras de la jeune fille se serraient autour de sa taille et que son imagination l'emmenait parfois plus loin qu'il ne l'aurait souhaité, il repensa à Emily. Elle lui manquait de plus en plus.

Harry et Ron arrivèrent enfin. Ils montèrent leurs affaires puis tous se dirigèrent vers la Salle sur Demande. Tom tenta de masquer son ennui alors qu'Hermione lui prenait la main, que Ron le fusillait du regard et Harry les observait d'un air amusé. Il se tendit. Au bout du couloir, se trouvait Susan. Allait-il subir un nouvel assaut d'Hermione, qui, décidément, se montrait bien jalouse et tenait à signaler que c'était elle qui avait mis le grappin sur l'héritier de Serpentard ? Susan ignora Hermione avec superbe et donna un mot à Harry.

— C'est de la part de Dumbledore, précisa-t-elle.

Susan se tourna vers Tom, un grand sourire aux lèvres.

— On se retrouve demain soir pour le devoir d'histoire de la magie ? En plus, il me semble que tu connais bien cette partie.

Tom opina en réprimant une grimace alors que la main d'Hermione se contractait sur la sienne. Pourquoi la vie était soudain si compliquée ? Tom n'eut cependant pas le temps de se lamenter plus avant, car dès qu'ils entrèrent dans la Salle-sur-Demande qui avait pris l'aspect du petit salon douillet, Harry déclara :

— Elle sait.

— Et Théodore aussi, ajouta Tom.

Il laissa un ange planer puis :

— Théodore voudrait rejoindre l'AD, conclut-il s'attirant des regards surpris.

Harry hocha de la tête, pensif.

— C'est dangereux, autant pour lui que pour nous.

— Il en a conscience. Il pourrait jouer un rôle d'agent double, un peu comme Rogue. Il n'a pas vraiment le choix. Tôt ou tard, Voldemort exigera de lui qu'il rejoigne les rangs des Mangemorts. Et si l'AD ne fait aucun geste envers lui… Eh bien, cela revient à l'abandonner, en quelque sorte.

Sortir les violons était une manière efficace de manipuler les Gryffondor.

— Nous pouvons y réfléchir, concéda Harry.

— Et nous devons réfléchir au nouveau tournant que prend l'AD, intervint soudain Ron. Je veux dire, nous sommes près d'une cinquantaine à présent. A cela s'ajoute des sympathisants et certains membres de l'AD ont des parents bien placés au Ministère. Je crois qu'il faut commencer à mettre en place une véritable stratégie. Que tu le veuilles ou non, Harry, ce ne sont plus de simples cours clandestins de défense. Avec l'idée de Tom d'avoir des espions centralisés par Justin Flinch-Fletchey, nous avons le potentiel pour devenir une véritable force indépendante. Mais plus on sera nombreux, plus on risquera d'avoir des fuites.

— Je sais, soupira Harry.

Son abattement fut de courte durée et bientôt un petit sourire, typique du Gryffondor qui s'apprêtait à bafouer un point du règlement, naquit sur ses lèvres.

— Et dire que Scrimgeour espérait me gagner à sa cause. Je me demande s'il se doute seulement de l'existence de l'AD.

Tom demeura de marbre. Harry s'apercevait-il du sens de ses paroles ? Que l'on pouvait facilement interpréter comme en faveur d'un coup d'État ?

Harry relata son entrevue avec Scrimgeour qui s'était invité à noël chez les Weasley. Pour Tom, il ne faisait plus aucun doute que Harry se dresserait bientôt comme un opposant du ministre de la Magie. Dès que Voldemort serait vaincu par exemple.

— Il a quand même du culot de te demander de l'aide, après tout ce que le ministère t'a fait subir l'an dernier ! s'emporta Hermione.

— N'est-ce pas ? Mais ce n'est pas tout. Nous en avons plus appris sur Hart grâce à Charlie. Ils se sont plus d'une fois affronté au Quidditch. Ron…

— Charlie m'en avait déjà parlé en réalité, mais je n'avais pas fait le rapprochement. Hart faisait partie de l'équipe des Serdaigle, au poste de batteur. Elle était très efficace mais aussi très violente. D'après lui, elle peut se montrer assez impulsive et ses colères sont redoutables. Elle était assez douée, surtout en défense. En duel, et c'est là que ça devient intéressant, une seule personne était capable de lui tenir tête : Ada Vector, la fille aînée de Vector. Elle a fait Serpentard comme sa mère.

— Donc, résuma Harry, Vector a adopté Hart en 1980 et ses enfants font partie des rares personnes à la supporter… Vector de nous cacher bien des choses. Je pense que malgré ce qu'elle a dit, nous devrions en parler à Dumbledore.

— Ou pas, intervint Tom.

Il leur rapporta alors ce qu'il avait appris durant les vacances, les étranges conversations qu'il avait eues avec Théodore et Susan, omettant certains détails cependant. Harry l'écouta sans l'interrompre, s'assombrissant de plus en plus au fur et à mesure que Tom parlait, jetant par moment, un regard à Ron ou à Hermione.

— Nous avons effectué des recherches, termine Tom, mais nous n'avons rien trouvé au sujet de l'Horcruxe. J'ai pensé interroger Slughorn, mais j'ignore si c'est une bonne idée.

Les yeux de Harry se remirent à pétiller.

— Tu as bien fait de ne pas l'interroger. Voldemort l'a un peu… traumatisé à ce sujet.

Évidemment.

— Donc Voldemort connaît la nature de l'Horcruxe, conclut Tom.

— Des Horcruxes… Tom, assieds-toi, je pense que c'est préférable.

Tom s'exécuta, l'estomac douloureux. La dernière fois que Harry lui avait dit cette phrase-là, il s'apprêtait à lui révéler que c'était Voldemort le véritable meurtrier de son père. En comparaison, la véritable nature des Horcruxes n'avait rien de traumatisant. Tom avait été horrifié par ce que la magie sorga lui avait révélé lors de sa confrontation dans la Forêt Interdite : un homme brisé au plus profond de son essence, un être terriblement mutilé dont même toute la colère qui l'habitait ne parvenait à effacer la souffrance. Voldemort avait-il seulement conscience de cette souffrance ? Probablement pas. Il s'était amputé d'une part de lui-même, et se retrouvrait insensible à la douleur de son âme meurtrie. Il ne pouvait plus se fondre dans la magie, comme un sorgin, comme aimait le faire Tom. Mais il était immortel. Et si un Horcruxe le retenait à la vie alors…

— Il en a créé plusieurs n'est-ce pas ? Pour s'approcher le plus possible de l'immortalité ?

Harry acquiesça.

— Alors il en aura créé sept. Le chiffre sept n'est-il pas celui qui possède la plus grande puissance magique ?

Il sentit les regards brûlants du trio peser sur lui, sur sa nuque, sur ses cheveux qui le grattèrent soudain. Malgré lui, il baissa les yeux pour se perdre dans la contemplation de ses mains.

— Je n'ai pas l'intention d'en faire, murmura-t-il du bout des lèvres.

Qui souhaitait-il convaincre ? Le trio ou bien lui-même ? Il reconstruit l'image blessée de l'être qu'il avait affronté dans la Forêt Interdite. Il frissonna.

— Et lorsque nous l'aurons vaincu… qu'adviendra-t-il de lui ?

— Personne ne sait. La mort est une chose bien mystérieuse lorsque l'on a une âme entière. Alors une âme en sept morceaux ? Jusqu'à Voldemort, aucun magicien n'avait créé plus d'un Horcruxe. Du moins, pas à ma connaissance. La déchirure de l'âme est d'une telle douleur qu'elle dissuade de recommencer. Mais Voldemort a recommencé, encore et encore, plus déterminé que quiconque à atteindre l'immortalité.

Une mauvaise crampe tordit les entrailles de Tom alors qu'il saisissait l'implication de ce que lui annonçait Harry.

— Et pour le détruire lui, il faut d'abord détruire les Horcruxes, n'est-ce pas ? Ils pourraient être n'importe où dans le monde, cachés, enterrés, invisibles… Ils pourraient être n'importe quoi… non, pas n'importe quoi, Voldemort n'aurait jamais accepté de mettre un morceau de lui-même dans une vielle boîte de conserve.

— En vérité, le problème ne se pose plus, déclara Harry d'un ton neutre. Tu te rappelles de la réaction de Voldemort lorsqu'il a découvert que tu portais le médaillon de Serpentard ? Il était terrifié. Sa terreur s'est accrue quand il s'est aperçu que l'Horcruxe était vide, que son fragment d'âme avait disparu. Tout comme l'étaient la coupe de Poufsouffle, le diadème de Serdaigle, l'épée de Gryffondor et la bague des Gaunt.

Tom acquiesça, troublé par cette énumération des objets qui avaient si souvent troublé ses rêves. Probablement effrayé par les implications qu'il entrevoyait, Tom décida de changer de sujet.

— Mon pendentif ne peut pas être un Horcruxe de Voldemort. Il l'a dit, le pendentif a disparu avec moi et j'ignorais jusqu'à ce soir ce qu'était un Horcruxe.

— Je suis d'accord, mais qui cherchait absolument à le retrouver ? Qui a tenté à plusieurs reprises de te capturer ? Qui l'a imprégné de sa magie ?

Une sueur froide coula le long de l'échine de Tom.

— Grindelwald.

Les membres du trio opinèrent sombrement. Grindelwald. Une chape de plomb glaciale s'abattit sur les épaules de Tom. Grindelwald.

— La disparition de son Horcruxe en 1942 marque le début de son déclin, termina Harry. Et… Voldemort craint qu'avec son retour, Grindelwald regagne en puissance. L'évasion d'Eleusis Gaunt l'a profondément inquiété. Mais il y a d'autres questions. Comment Emily Maitland est entrée en possession de cet Horcruxe et pourquoi te l'a-t-elle confiée ? Se doutait-elle de sa nature ? Dans ce cas pourquoi à toi ? Et les effets qu'il a sur toi… est-ce dû au pouvoir intrinsèque de l'opale ou au fragment d'âme de Grindelwald qu'il contient ?

— Et surtout pourquoi Dumbledore me l'a laissé en 1942 et veut à présent me le prendre ? termina sombrement Tom.

Des regards étonnés lui répondirent. Soudain mal à l'aise, Tom réalisa qu'il devait s'expliquer et donc rapporter la tentative de légilimancie de Dumbledore. Il tenta de minimiser les faits, car il redoutait de passer pour un menteur. Le trio vouait une confiance sans faille à Dumbledore. Tom se tut enfin et attendit. Rien ne vint. Harry serrait nerveusement l'accoudoir à s'en blanchir les jointures des doigts alors qu'Hermione et Ron étaient plongés dans la plus grande perplexité.

— Susan pense que si Dumbledore a agi ainsi, c'est parce qu'il redoutait que Voldemort ait eu connaissance des Reliques de la Mort et soit parti à leur recherche. Beaucoup de mages les ont recherchées, à commencer par Grindelwald. Mais d'après Susan, ce n'est qu'un conte inventé par trois frères plus doués.

— Pourquoi en as-tu parlé à Susan avant de nous alerter ? coupa Hermione d'un ton sec. Je t'ai déjà dit de t'en méfier. Je suis sûre qu'elle cache quelque chose.

— Et moi je suis sûr que tu es jalouse, répliqua Ron.

— Jalouse, moi ? Je ne vois pas pourquoi… Ce n'est qu'une arriviste…

— Ça suffit ! intervint Harry d'une voix ferme.

Le dirigeant de l'AD s'était levé et dardait ses deux lieutenants d'un regard sévère. Ceux-ci le fixaient, cois, avec de grands yeux ronds de stupeur. Un jeu de lumière dû aux flammes qui s'agitaient dans l'âtre, donna un fugitif reflet écarlate à son regard.

— Ce n'est pas le moment de se disputer, ajouta Harry d'un ton qui n'autorisait aucune protestation. Tom, d'autres personnes ont-elles tenté de faire de la légilmancie sur toi ?

— Je… euh… seulement Hart, répondit Tom décontenancé.

— Seulement Hart ? Vector, Hart et Dumbledore, cela fait déjà trois personnes en l'espace de quelques mois ! Ce n'est pas parce que tu partages un lien étroit avec Voldemort que cela leur donne le droit de lire dans ton esprit !

Pour une raison que Tom ne comprenait pas, Harry était réellement révolté.

— Dumbledore était peut-être un peu nerveux, tenta Ron qui était également surpris par la réaction de son ami.

— Et alors ? lire dans l'esprit d'une personne est un acte très grave.

Le meneur de l'AD se tourna vers Tom.

— Tom, je veux que tu comprennes que nul n'a le droit de violer tes pensées. Tu sais te défendre et c'est heureux. Nos pensées sont ce que nous avons de plus intimes, ce sont les derniers retranchements que nous possédons lorsqu'une force extérieure cherche à régir nos vies. Le contrôle des biens et des actes est une chose déjà grave en soi lorsqu'elle est effectuée de manière excessive. Mais le contrôle des pensées ? C'est pour cela que je tiens à ce que les membres de l'AD apprennent l'occlumancie. Le Ministère, en interdisant cette pratique, s'oriente vers un régime totalitaire de la pire sorte. Avoir l'accès aux pensées d'une personne est un premier pas vers son contrôle. Vers le contrôle absolu.

Tom écouta, abasourdi par la réaction de Harry. Peu à peu, les rouages de son cerveau (supérieur et exceptionnellement performant) s'activèrent, rassemblant des éléments, çà et là. Il réalisa que depuis quelque temps, Harry s'intéressait de plus près aux mécanismes de propagandes qu'instauraient les états autoritaires, voire totalitaires, et les méthodes qu'ils employaient pour espionner la vie privée des gens. C'était un adolescent en pleine révolte. Quoi de plus classique ? À ceci près que cet adolescent-là avait une armée naissante sous ses ordres…

— Une dictature n'a pas besoin d'une idéologie raciste pour s'imposer, poursuivit Harry d'un ton plus calme. Le contrôle de la presse comme moyen de propagande, un ennemi – Voldemort – pour effrayer… Et le tour est joué pour la mise en place de mesures liberticides, avec l'approbation du bon citoyen, si avide de sécurité.

Harry attendrait-il la chute de Voldemort pour s'opposer au Ministère ? Tom échangea un regard avec Hermione et découvrit à son effarement qu'elle partageait la même interrogation. Un silence pesant suivit la diatribe du Survivant qui se gratta la gorge, soudain mal à l'aise. Vidé, il se laissa retomber sur le canapé.

— Ce que je veux dire, Tom, c'est que tu dois m'alerter si quelqu'un tente de s'en prendre à toi. Je sais que tu es d'une nature plutôt indépendante et que tu n'aimes pas compter sur les autres, mais tu es actuellement dans une situation assez périlleuse et… ça me rassurerait. J'ai trop souvent fait l'erreur de refuser une aide extérieure.

Tom opina, la bouche sèche. Il se sentait tout bizarre, comme une boule de chaleur qui irradiait depuis sa poitrine jusque dans tous son être. Harry s'inquiétait pour lui. Jamais auparavant Tom n'avait reçu une telle attention et il avait tout fait pour l'éviter. Fier comme un hippogriffe, Tom avait toujours refusé d'être considéré comme une petite chose fragile. Mais Harry ne le considérait pas ainsi. Simplement comme un adolescent projeté dans le futur qui attirait les convoitises et les hargnes de puissants sorciers plus expérimentés que lui.

— Demain soir, reprit Harry soudain plus las avec les épaules légèrement voûtées, j'aurai une nouvelle leçon avec Dumbledore. Je le questionnerai sur cette tentative de légilimancie. Et…

Ses yeux se mirent à pétiller.

— Je crois qu'il faudra également que je te rapporte ce qui se dira. Tu es peut-être doué pour rassembler les indices mais ta manière de les interpréter est un peu… innocente. Ce n'est pas un reproche, loin de là. En vérité je suis – et je pense que nous le sommes tous – étonné.

— Innocente, bien sûr… railla Tom.

Il avait quinze années en commun avec Voldemort, portait autour du cou un fragment de l'âme de Grindelwald qui l'influençait depuis près d'un an et Harry parlait d'innocence. Emily n'aurait pas mieux fait. Mais puisqu'il était question d'innocence, Tom leva sa baguette magique et avec large sourire aux lèvres, articula d'une voix bien claire :

Expecto patronum !

De joyeux cris d'exclamation accueillirent sa prestation.

— Tu y es arrivé ! Jubila Harry. Je savais que tu y arriverais !

Une douce chaleur se répandit à nouveau en Tom. Ses amis étaient heureux pour lui, en toute sincérité. Même Ron le gratifia d'un sourire !

— Tout de même, un dinosaure pour Patronus, ce n'est pas courant, remarqua Hermione qui ne pouvait s'empêcher d'étudier la créature argentée sous toutes les coutures. Au moins, ça répond à la question des plumes ou des écailles, du moins pour cette espèce-là. Il faudra que je fasse des recherches à la bibliothèque, sur les Patronus aux allures de créatures préhistoriques. Peut-être que cela a un lien avec ton voyage dans le temps ou ton pendentif.

— Peut-être, admit Harry. Mais Tom a enfin son Patronus et ça, c'est le plus important !

Il rayonnait de fierté.

Harry observa la carte du maraudeur avant de sortir de la Salle-sur-Demande. Hart patrouillait dans le couloir et ils n'avaient guère envie de la croiser. Même les Gryffondor étaient peu enthousiastes à l'idée d'entamer la conversation avec une Auror impulsive que l'on suspectait d'être la fille cachée d'une mage noire.

OoOoOoO

Le nouveau trimestre commença le lendemain matin avec une bonne surprise pour les sixième année : un grand écriteau avait été placardé au cours de la nuit sur le tableau d'affichage de la salle commune.

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Alors que les sixième année se massaient autour du panneau et que les membres du trio s'inscrivaient tour à tour, Lavande sauta sur Ron et Hermione enjoignit à Tom de partir au plus vite. Tom voulut protester mais découvrit Susan qui arrivait avec McLaggen. Un bras autour de la taille fine de la jeune fille, il arborait un sourire victorieux alors qu'il dévisageait Tom.

— Tu ne t'es pas inscrit, nota Hermione après qu'il l'eut rejoint ET embrassé tout en prenant soin d'être à la vue de Susan.

Tom songerait à sa crédibilité en tant que futur mage noir plus tard. Pour l'instant, un monstre grondait dans ses entrailles et il brûlait d'arracher Susan aux griffes de McLaggen, même si celle-ci ne semblait pas vouloir en sortir. Harry les rejoignit après quelques hésitations et un regard torve à Dean qui parlait à Ginny. Ses yeux s'égarèrent quelques instants sur Romilda Vane mais le Survivant secoua la tête pour chasser l'idée qui tentait de s'y incruster.

— Tu ne t'es pas inscrit, nota également Harry.

— Officiellement, je suis né le 11 août 1981…, rappela Tom avec agacement. Mon âge n'a pas changé avec mon bond dans le temps, c'est simplement ma date de naissance qui s'est décalée.

Ron les rejoignit peu après qu'ils furent sortis dans le couloir. Il avait les oreilles rouges et paraissait de mauvaise humeur. Hermione l'ignora avec superbe. Un mouvement attira l'attention de Tom. Susan sortait de la Grande Salle, au bras de McLaggen. Sans un mot, mais d'un accord tacite, Tom et Hermione se rendirent eu cours de runes anciennes.

Tom s'assit à côté d'Hermione et tourna la tête lorsque Susan voulut lui adresser un hochement de tête en guise de salut. Susan n'insista pas. Le port raide, elle s'installa au premier rang, juste devant Tom. Steven Cornfoot et Zacharias Smith l'encadraient, non sans avoir jeté des regards dédaigneux à Tom. Cornfoot et Smith faisaient tout deux partis de la cour de McLaggen, bien que Smith ne montrât pas la même déférence que Cornfoot.

Megan Jones s'installa à côté de Tom avec un petit sourire désolée.

— Je ne sais pas pourquoi elle reste avec McLaggen, murmura Megan. Elle m'avait dit qu'elle le quitterait après la soirée de Slughorn. Elle était très remontée contre lui et maintenant… je veux dire, oui, en un sens je la comprends. McLaggen est loin d'être moche, talentueux au Quidditch même si Harry refuse de lui donner sa chance et il a des membres de sa famille très bien placé au Ministère. C'est un bon parti mais… je ne pensais pas que… enfin, que c'était le genre de Susan.

Megan Jones semblait peinée. Elle jeta un regard circulaire à la pièce et comme la professeure de runes anciennes tardait à venir, elle demanda dans un souffle :

— Vous croyez que j'ai mes chances avec Harry ?

— Dans le contexte, certainement, dit Tom d'un ton aigre.

— Mais ne t'attends à une relation sérieuse, prévint Hermione.

Tom et Hermione échangèrent un regard. Les mots étaient inutiles pour comprendre. Ils pensaient à la même chose. Ils demeurèrent étrangement silencieux durant le cours de runes, ne répondant qu'occasionnellement aux questions, chacun plongé dans d'intenses réflexions. Il en fut de même dans le cours de défense qui suivit alors que Rogue décrivait la stratégie à adopter face à une horde de harpies. Cours que Harry écouta avec application, malgré la haine palpable qui existait entre lui et l'enseignant aux cheveux graisseux.

Ils ne brisèrent le silence qu'en se rendant en arithmancie.

— Il faut qu'on parle, dit Hermione.

Tom ne put qu'acquiescer.

— On sort ensemble pour des mauvaises raisons, poursuivit-elle. Je suis jalouse de Ron. Et il y a Susan. Mais… même s'il y a de mauvaises raisons, il y en a aussi de bonnes qui nous ont rapprochés. Je…

Elle inspira.

— Je crois que nous devrions repartir sur de nouvelles bases ou en rester là, simplement amis.

Simplement amis… Tom avait redouté que le problème fût autrement plus complexe. Il était attiré par Hermione, il ne pouvait le nier. Elle était un membre influent de l'AD et il se devait d'entretenir de bonnes relations avec elle. Ce serait plus simple s'ils restaient… amis. Encore ce mot. Il sourit, ouvrit la bouche pour lui avouer qu'il préférait la seconde proposition tout en la fixant dans ses yeux noisette et… il l'embrassa. D'abord surprise, Hermione lui rendit vite son baiser se pressant un peu plus contre lui. Ce que Tom avait éprouvé en l'embrassant était bien pâle en comparaison de ce qu'il ressentait à présent. Si au début, il y avait eu une certaine tension entre eux, chacun cherchant à rendre un rival ou un prétendant jaloux, à présent, il n'y avait plus qu'un ravissement assez étourdissant mêlé à du désir.

Ce ne fut que lorsque Hart arriva dans le couloir qu'ils se séparèrent, le souffle court, les yeux brillants et les joues écarlates. Puis ils se mirent à courir parce qu'ils venaient de se souvenir du cours d'arithmancie et qu'ils étaient en retard. Vector leva un sourcil circonspect à leur arrivée (ils étaient rouges comme de belles pivoines au point qu'un Weasley n'aurait pas renié cette couleur) mais ne fit aucun commentaire. Elle rendait les devoirs sur table qu'ils avaient subi avant les vacances. Comme on pouvait s'y attendre, Hermione eut un magnifique « Optimal » alors que Théodore se satisfaisait bien de son « Effort Exceptionnel ». Tom fut surpris de découvrir un « Acceptable » sur sa copie. Il ne minorait plus comme ça avait été le cas au début de l'année. Il y eut encore un « Acceptable » parmi les Serdaigle, ainsi qu'un « Piètre » et un « Désolant » pour Su Li qui retint avec difficulté ses larmes.

Indifférent à la détresse de la Serdaigle, Tom parcourut sa copie. Vector était plus sèche et plus exigeante dans sa notation que Corole Haire, l'enseignante qui sévissait dans cette matière pendant les années 40, poussant le vice à retirer des points pour les fautes d'orthographe. Si la copie de Tom était d'une propreté irréprochable, ce n'était pas le cas de celle de Théodore, un peu raturée et polluée de quelques fautes. En dehors d'une erreur de calcul relativement idiote (non, 2² n'était pas égal à 6), il avait eu tout juste. Haire aurait donné un « Optimal » pour cela. La copie d'Hermione était parfaite en tous les sens et même avec la mauvaise foi de Rogue, il aurait été impossible de lui mettre moins.

— Tu savais, toi, que Susan sortait toujours avec McLaggen ? demanda Théodore à la sortie du cours.

Tom marchait d'un pas rapide, guère enthousiaste à l'idée de s'attarder en la présence de Vector.

— Peut-être parce qu'il a des parents influents, répliqua sèchement Tom.

— Je… je ne crois pas, répondit Théodore surpris par l'agressivité soudaine du Gryffondor anciennement Serpentard. Ce n'est pas son genre. J'espère qu'elle ne fait rien d'inconsidéré.

— Je pense que tu t'inquiètes pour rien, le rassura Hermione. McLaggen est certes un abruti aussi galant qu'un mufle, mais il n'est pas dangereux. Je pense savoir pourquoi elle sort avec lui et cela n'a rien d'extraordinaire. Ça lui passera.

Théodore opina, guère convaincu. Ils arrivaient dans les cachots des potions où Slughorn accueillit avec une bonne humeur certaine, Tom et Hermione. Le vieil enseignant bedonnant était ravi de les voir ensembles. Tom suivit machinalement le cours. L'inquiétude de Théodore s'insinuait en lui. Ridicule. Hermione avait raison. Susan sortait avec McLaggen pour le rendre jaloux, comme c'était actuellement la mode parmi les sixième année. Ce fut d'ailleurs sans surprise qu'ils découvrirent le soir même que Harry sortait avec Megan Jones et qu'elle avait décidé de rejoindre l'AD (forcément). Avec son goût prononcé pour les ragots, Megan ferait une bonne espionne. À condition bien sûr, qu'elle apprît à tenir sa langue. Tom suspectait Harry d'avoir pris cet élément en compte.

Vers huit heure, Harry s'esquiva pour se rendre à sa leçon. Pendant que Lavande et Ron se bécotaient à pleine bouche sans la moindre retenue, Hermione et Tom s'avançaient dans leurs devoirs. L'arithmancie ne fut qu'une simple formalité pour Hermione, et la Défense n'opposa pas plus de difficulté à Tom. Restait la potion. Tom rechercherait les réponses manquantes dans le livre du Prince, le soir dans le dortoir. Loin des oreilles et des yeux d'Hermione.

— Je ne vois pas l'intérêt de l'excelcio, grommela Hermione. Certes, il améliore les aptitudes au combat, mais il possède également une forte toxicité. Digital, aconit, venin, ether…

Elle referma le livre.

— Assez de poison pour ce soir, dit-elle d'un ton dégagé tout en fixant Tom d'un air gourmand.

Quelques minutes plus tard, donc, lorsque Harry revint de sa leçon, il découvrit deux couples étroitement entrelacés aux deux coins opposés de la salle commune.

— Vous dîtes si je vous dérange, lança-t-il un peu irrité.

Le regard de Lavande parla pour elle alors que Ron et Hermione prenaient un air embarrassé. Tom respira un peu. Après que Lavande fut remontée dans son dortoir, vexée par l'indélicatesse de Harry, ce dernier rapporta brièvement son entretien avec Dumbledore.

Concernant sa tentative de légilimence, le vieux directeur avait déploré son geste malheureux. Comme l'avait supposé Susan, Dumbledore redoutait que Voldemort ou Tom ne s'intéressât de trop près aux Reliques de la Mort. Qui existeraient donc, dans une certaine mesure.

Puis Dumbledore avait poursuivi sa biographie de Voldemort. Ainsi Tom apprit que son double, juste après la mort de son père – le doute demeurait sur l'auteur du crime, les premiers indices désignant Voldemort, mais ce dernier accusant Eleusis Gaunt ce qui était tout autant plausible – Voldemort avait été capturé par son abominable cousine. Il se retrouva ainsi enrôlé de force par Grindelwald. Selon les plans de l'ancien mage noir, Tom Riddle devait être un agent dormant en Angleterre. Seulement, le sort en avait décidé autrement et son double aussi. Voldemort, probablement grâce à Sacharis Nott, rejoignit les Cinq – un groupe de jeunes aventuriers qui n'avaient de cinq que le nom – en 1944 et trahit Grindelwald. Dans les années qui suivirent, Voldemort parcourut le monde à la recherche de mages noirs érudits.

— Selon Dumbledore, Voldemort aurait une haute opinion de ce que doit être un mage noir. Il se détache des besoins matériels, poursuit la connaissance, le pouvoir et l'immortalité. Il cherche à régner sur un monde digne de lui.

Harry consulta Tom du regard qui opina. Même si cela lui déplaisait, Dumbledore avait bien résumé sa vision du mage noir. Grindelwald, par certains de ses goûts décadents et par l'inconséquence que comportaient parfois ses plans, n'était pas digne du titre.

— Voldemort a rapidement déchanté en découvrant qu'une majorité des mages noirs en étaient bien éloignés. Beaucoup se remarquent uniquement par leur sauvagerie, leur violence brute ou un désir de pouvoir, d'immortalité, tel qu'ils mettent le monde en péril. Je veux dire, ils peuvent contacter des créatures d'outre-monde extrêmement puissantes capable de détruire notre réalité. Ce serait le cas de l'Alchimiste des Ombres.

— Et comme Voldemort veut régner sur un monde digne de lui, il a défait nombreux de ses mages noirs. Dont l'Alchimiste en 1953, devina Tom.

— Oui, à ceci près que plus d'une fois, il a dû faire appel à l'aide des Cinq. C'est pourquoi Dumbledore n'a pas cherché à l'arrêter dès ses premières exactions, à la fin des années 50. D'après ce qu'il m'a raconté, Voldemort a plus de mages noirs à son actif que beaucoup d'Aurors. Bien sûr, c'est un épisode de sa vie que Voldemort préfère ne pas crier sur tous les toits.

Mais qui expliquerait le respect que lui portait Sacharis Nott, songea Tom avec une certaine fierté.

— Hart risque de bientôt lui faire de l'ombre sur ce point-là, plaisanta Ron.

— Et c'est justement de Hart dont nous avons ensuite parlé. Dumbledore nous met en garde contre elle, même s'il ne sait pas si elle est plus dangereuse parce qu'elle aux ordres de Scrimgeour, ou parce que…

Harry hésita. Il se mordilla la lèvre en jetant un regard furtif à Tom.

— Hart a été trouvée à la naissance devant un orphelinat moldu, où elle a vécu les sept premières années de sa vie, avant que Hilda Hawthorn – la fondatrice de l'orphelinat sorcier de Riverfall – ne la découvre et que Vector l'adopte. Dumbledore pense aussi que Cryoncardia est sa mère. Quant à son père… ce n'est que des suppositions, mais… Hart est Fourchelang, elle est très puissante et… Et Voldemort semble être le seul homme pour qui Cryoncardia ait eu un peu d'estime. Il l'a aidée à disparaître en 1972…

— C'est impossible, murmura Tom du bout des lèvres.

Il ne pouvait y croire. Cela lui paraissait tellement absurde qu'un gouffre menaçait de s'ouvrir sous ses jambes. Rassemblant son courage, il quitta la contemplation de ses mains délicates pour dévisager ses amis.

— Hart ne peut pas être la fille de Voldemort. Il ne l'aurait pas abandonnée.

— Tom…

— Je suis sérieux, insista Tom avec plus de fermeté. Je sais que Voldemort et moi sommes de plus en plus dissemblables, mais il y a certaines choses qui sont trop profondément ancrés en nous pour changer. Je… j'ai beaucoup méprisé et même haïs mes parents pour m'avoir abandonné. Jamais nous ne voudrons leur ressembler sur ce point. Jamais. Si Voldemort avait eu des enfants, il se serait arrangé pour veiller sur eux d'une manière ou d'une autre. Je ne veux pas dire qu'il les aurait reconnus et qu'il s'en serait occupés, loin de là. Une femme, des enfants… cela n'entre pas dans l'idéal du mage noir. Peut-être même qu'il essayerait de les écarter de ses activités. Mais il ne les aurait pas abandonnés. Je crois qu'il aurait veillé à ce que la mère ne manque de rien ou au moins, il les aurait confiés à une personne de confiance.

Comme Sacharis Nott. Le parrain de Hart. Effrayé, Tom chassa cette pensée.

— De toute façon, je n'avais pas ce genre de relation avec Coeur-de-Glace. Je ne sais même pas si on était amis… si peut-être. Je crois qu'elle m'aimait bien, c'est vrai. Elle méprisait tous les autres. Mais… elle me considérait plus comme un petit frère à la limite. Et puis, c'est Coeur-de-Glace !

— Il a pourtant bien fallu qu'il y ait un père, puisque tout la désigne comme la mère.

La discussion minait encore le moral de Tom bien des jours plus tard. Imaginer que son double avait pu abandonner sa fille le chagrinait bien plus que tout ce qu'il avait apprendre jusque-là, y compris les Horcruxes. À chaque fois qu'il parvenait à enfermer ces ruminations dans un coin de son esprit, Hart jaillissait à l'angle de couloir.

Les leçons de transplanages qui débutèrent bientôt assombrirent encore plus l'humeur de Tom.

Heureusement, il restait l'AD. La majorité des membres maîtrisait désormais l'occlumencie et il avait pu en initier certains à la légilimencie. S'il s'agissait là d'un art que Tom avait appris instinctivement, il s'était rapidement aperçu que sa méthode n'était pas très sorcière. Sorga plutôt. Tom écoutait les murmures du Nisir, comme les sorginek appelaient la magie. C'était un réflexe. Il avait l'habitude de nouer un contact certes léger mais permanent avec le Nisir pour mieux percevoir le monde qui l'entourait. Il sentait le Nisir dans sa chair, comme il pouvait voir au travers de ses yeux ou entendre avec ses oreilles. Bien sûr, comparé à un véritable sorgin, il était myope. Mais comparé à un sorcier ?

Tom avait dû consulter quelques livres traitant de l'occlumancie et de la légilimencie sorcière pour enseigner une méthode plus conventionnelle. À présent, il s'inquiétait pour les cours de magie sans baguette. Car si des sorciers à l'aura proche du Nisir comme Harry, Théodore (finalement intégré au sein de l'AD), Neville, Ginny ou Cho Chang parviendraient sans l'ombre d'un doute à en maîtriser quelques bases, les choses seraient autrement plus ardues pour Zacharias Smith, Justin et surtout Hermione.

— Ce n'est pas grave, le rassura un jour Hermione alors qu'ils cherchaient des renseignements parmi les livres de la Salle-sur-Demande momentanément transformée en bibliothèque.

Confortablement assis sur un canapé moelleux, ils feuilletaient les ouvrages au rythme d'une horloge à balancier en cuivre qui égrainait doucement le temps.

— Je n'ai simplement pas la même approche de la magie. Pas très douée pour l'écouter, mais redoutable pour la manipuler avec ma baguette. Ce doit être le prix à payer pour pouvoir maîtriser un sort presque immédiatement… et même plus rapidement que toi.

Ne comprenait-elle pas que sa fierté de professeur était en jeu ? Tom mettait un point d'honneur à voir ses élèves intégrer la moindre de ses leçons. Il réalisa que si un jour il obtenait le poste de Défense, lui aussi assommerait ses élèves de devoirs particulièrement retords. Pas par sadisme, mais simplement par ambition et détermination à tirer ses élèves vers l'excellence.

Hermione soupira et lui attrapa le livre des mains. Tom n'eut pas le temps de protester. Hermione avait déjà recours à une technique très efficace pour le faire taire : elle l'embrassait. La suite des événements échappa à tout contrôle. À un instant donné, il était sagement assis en échangeant un baiser pas si chaste que ça avec Hermione. L'instant d'après, Tom se retrouvait dans une position fort compromettante : allongé contre les coussins en velours safranés du canapé, Hermione sur lui. Il peinait à comprendre ce qu'il lui arrivait que déjà, la jeune fille s'attaquait au bouton de son pantalon, les mains tremblantes et le souffle court.

Les premiers instants mutique et immobile, Tom parvint, dans un sursaut de volonté, à lui attraper les mains. Hermione interpréta mal son geste (ou ne voulut pas le comprendre) et, un sourire aux lèvres, elle se lova de tout son long contre Tom pour l'embrasser à nouveau. Électrisé par le contact si étroit de leurs corps, Tom peinait à rassembler ses pensées. Que voulait-il ? Que ne voulait-il pas ? C'était tellement le chaos dans son esprit, que son corps tout entier en tremblait !

Hermione s'aperçut enfin de son trouble. Elle cessa de l'embrasser pour jeter un regard plein d'incompréhension à un Tom écarlate.

— Je euh… je suis désolé, bredouilla-t-il. Je… C'est un peu tôt… Ça ne fait que euh… un mois.

— Un mois et demi, si tu rajoutes les vacances de noël, corrigea Hermione avec un agacement mal contenu. Tom, je sais qu'en 1942, les mœurs étaient plus rigides mais en 1997…

— Ce n'est pas ça…

— Alors quoi ?

Comment expliquer son ressenti sans paraître ridiculement prude ? Quelle atroce difficulté que de chercher à organiser le bazar qui régnait dans sa tête pour mettre des mots dessus ! Des leçons de moral mal digérées se mélangeaient à d'horribles souvenirs, à des aspirations, à des désirs, à des résolutions.

— Je préfère attendre, c'est tout, éluda Tom mal à l'aise sous le regard acéré de Hermione.

— Il paraît que c'est romantique, un garçon qui veut attendre, grommela-t-elle. Moi, je trouve ça idiot et frustrant. Mais si tu veux attendre, soit !

D'un simple coup de baguette magique, Hermione remit sa tenue en place, attrapa son sac et quitta la Salle-sur-Demande d'un pas agressif. Tom n'eut pas le temps de se détendre ou de se morfondre car sitôt la porte refermée, un livre apparut par magie et lui frappa méchamment l'arrière du crâne. Les nerfs à vif, Tom jeta un coup d'œil au titre et vira à l'écarlate. Il s'empressa de fuir cette pièce de malheur.

Par la suite, Hermione adopta une certaine froideur à l'encontre de Tom, ce que ne manquèrent pas de remarquer les Gryffondor. Si les garçons ne montraient généralement pas le même enthousiasme que les filles envers les potins croustillants, ils n'en demeuraient pas moins friands. Aussi, plus d'un soir où Ron et Harry s'entraînaient au Quidditch, Seamus Finnigan et Dean Thomas avaient harcelé Tom de questions. Que pouvait-il leur répondre ?

En 1942, il était de bon ton qu'une fille fût prude. En 1997, elle en avait encore le loisir, même si dans certain cas, elle pouvait s'attirer quelques moqueries – et elle s'en attirait d'autres si au contraire, elle courait un peu trop après la gent masculine. Mais un garçon ?

Jamais Tom n'avait eu autant envie de disparaître au fond d'un terrier.

Bien malgré lui, Tom réalisa que les conseils de Susan lui manquaient. Il refusait néanmoins de lui adresser la parole. Il ne supportait pas de la voir toujours accrochée au bras de MacLaggen. Il détestait MacLaggen, sa manière de se pavaner et surtout sa façon de regarder Susan. C'était viscéral. Quand ils les voyaient ainsi, Tom brûlait d'écraser son poing sur la sale face de MacLaggen. Contrairement à ce que semblait croire Hermione, ce n'était pas de la jalousie qui se consumait à l'intérieur des entrailles de Tom. Susan fréquenterait un garçon convenable comme Théodore, il n'éprouverait pas toute cette rage. Le problème, c'était MacLaggen, qui lui rappelait beaucoup trop Brus Bergsonn. Au moindre signe de Susan, à la moindre angoisse ou douleur qu'il aurait perçu chez elle à travers le Nisir, Tom serait intervenu. Il ne reculerait pas cette fois-ci ! Il n'échouerait à protéger Susan ! Mais Susan ne voulait pas de sa protection. Elle s'obstinait même à paraître heureuse aux bras de MacLaggen, et ça, c'était insupportable. Alors Tom la boudait, même si c'était idiot comme réaction, et qu'ils en souffraient tous les deux.

Plus les jours passaient, plus le nuage qui flottait au-dessus de sa relation avec Hermione devenait glacial et plus Dean et Seamus se montraient curieux. Perdu face aux élans contraires de son cœur, Tom éprouvait le besoin d'en parler à quelqu'un, même si cela lui retournait l'estomac de l'admettre. Après de nombreuses hésitations, il se tourna vers Harry.

— $Je ne suis pas certain d'être de bons conseils$ lui avoua Harry mal à l'aise.

Tom et Harry quittaient la salle-sur-demande après y avoir effectué quelques recherches que Hermione aurait certainement réprouvé. Sur la magie noire par exemple.

— $J'ai moi aussi beaucoup de mal avec tout ça$

— $C'était tellement plus simple avant$ soupira Tom.

— $C'est toujours plus simple lorsque l'on est indifférent et tellement plus compliqué lorsque l'on s'attache aux gens…$

Harry se tut. Hart venait d'apparaître dans leur champ de vision, un sourire ironique aux lèvres.

— $Eh bien… je me demande comment réagirait Voldemort s'il apprenait que son jeune double se faisait mener par le bout de la baguette par une simple gamine$.

De l'art d'énerver les gens, selon Helena Hart. Harry répondit d'un ton détaché avant même que Tom n'eût le temps de préparer une réplique cinglante.

— $De toute façon, il sait déjà qu'ils sont ensemble$

— Hein ? Quoi ! s'exclama Tom soudain paniqué.

C'était exactement le genre de détail embarrassant qu'il aurait préféré que Voldemort ignorât. Harry haussa des épaules.

— $Vous n'êtes pas très discret, ce n'est pas étonnant qu'il l'ait appris.$

— $Et toi, comment sais-tu ça?$ demanda Hart d'un ton suspicieux.

Harry lui offrit son plus grand sourire.

— $Nous avons chacun nos secrets…$

Harry soutint sans ciller le regard brûlant de l'Auror. Tom eut la désagréable impression qu'un point de l'échange lui échapper. Finalement, Hart opina et repartit faire sa ronde, pour le plus grand soulagement des Gryffondor.

— $Et Voldemort… comment…$

La réaction de Voldemort l'inquiétait.

— $Il a d'abord été surpris, avant de parvenir à la conclusion que tu ne t'étais rapproché d'Hermione que pour gagner notre confiance$.

Tom aurait peut-être préféré une colère noire. Au moins, Harry n'aurait pas eu vent de ses réelles motivations.

— $Mais je crois qu'il n'approuve pas beaucoup.$

Forcément.

— $Enfin$, soupira Harry, $je sais qu'il se trompe. Si c'était vraiment par calcul, tu ne te sentirais pas autant désemparé face à Hermione.$

— …

Tom s'aperçut horrifié que Harry avait raison. Le trouble qu'il ressentait face à Hermione et les hésitations qu'il éprouvait quant à leur relation trahissaient son attachement qui allait bien au-delà d'un simple calcul. Mais… il ne l'aimait quand même pas ? Une vision de cauchemar s'invita à son esprit : lui, que quelques années supplémentaires avaient empatté, rentrant du travail, qui embrassait amoureusement (la nausée n'était pas loin) Hermione. Et Hermione était entourée de toute une marmaille bruyante.

Tom s'empressa de chasser cette horreur de son esprit.

— $Je me sens ridicule$, se désola-t-il encore traumatisé par cette vision.

Harry s'esclaffa, ce qui vexa profondément Tom.

— $Nous sommes tous ridicules dans les affaires de cœur$, le rassura Harry. $En troisième année, j'étais tellement impressionné par Cho, que je l'ai laissé attraper le vif d'or en match de Quidditch !$

Harry eut ce geste que les Gryffondor affectionnaient tant et auquel Tom commençait à s'habituer : il posa sa main sur son épaule.

— $Je crois que nous avons tous eu des déboires. Je suis prêt à parier qu'à notre âge, même Dumbledore et Vold…$

Harry se tut immédiatement. Cependant, sa maladresse n'échappa à Tom.

— $Oh oui ! Je suis sûr que Voldemort n'était pas très doué avec les filles !$, plaisanta-t-il.

— $Oh, oh, ah, ah$

Parce que oui, il était possible de rire en Fourchelang. Une pensée assaillie soudain Tom.

— Un problème ? demanda Harry alarmé par le brusque changement d'attitude.

— Je… euh… non, rien.

Pas dupe, Harry lui jeta un regard pénétrant.

— $Cela a un lien avec Emily Maitland$.

Ce n'était pas une question. Si Tom n'avait pas été un aussi bon occlumens à même de résister à Dumbledore, il aurait soupçonné Harry de l'avoir lu dans son esprit.

— $Je… Je me demandais seulement… enfin ce qui avait pu se passer entre Emily et Voldemort.$

Les paroles de Voldemort résonnaient dans l'esprit de Tom. Qu'était-elle devenue ? La petite scène très mièvre de Voldemort accueilli à son domicile par Emily après une longue journée de labeur manquait cruellement de crédibilité. D'autant plus si l'on y rajoutait un nourrisson en layette.

— Allons voir Dumbledore, déclara Harry d'un ton grave. Il est plus que temps que tu saches ce qu'elle est devenue.

Tom lui emboîta le pas, l'estomac douloureusement noué. Il préférait rester dans l'ignorance.

En vérité, il n'avait pas la force de résister.


Plus qu'une semaine avant d'apprendre ce qui est arrivé à Emily ! Sans spoiler, il pourrait aussi être question d'une pomme d'or. En attendant, n'hésitez pas à me laisser un petit commentaire. Ca fait toujours plaisir :)