Chapitre 19 en cours d'écriture. Et je crois qu'on est déjà à la moitié de cette fic ! Possible qu'il soit bientôt question de pomme d'or.

Note : En italique les extraits de HP6 (vu que c'est une fic alternative au tome 6). Double titre du chapitre : titre du chapitre présent/titre de HP6 correspondant. $Fourchelang$. Le gras italique correspond à la vision de Tom.


Chapitre 12 : Nouveau sort/Une surprise d'anniversaire

La gargouille qui scellait l'entrée du couloir directorial arriva bien trop vite à son goût. Tom n'avait qu'une envie alors que Harry lançait négligemment le mot de passe « Tagada » à la hideuse statue de pierre : fuir. Peut-être Dumbledore était-il absent ?

Non.

Assis derrière son imposant bureau, une grande plume jaune citron à la main, le vieux directeur de Poudlard s'occupait de paperasseries. Dumbledore leva un œil intrigué vers les deux Gryffondor. Par réflexe, Tom voulut triturer son pendentif mais les mises en garde de Théodore l'en dissuadèrent. Sa main retomba donc mollement dans le vide.

— Harry, Tom, que se passe-t-il ? Voldemort…

— Je n'ai pas eu de récentes visions. En fait…

Harry s'arrêta et fronça des sourcils. Ses yeux émeraude venaient d'accrocher le vieux choixpeau tout rapiécé qui somnolait sur une chaise.

— Ce n'est pas une bonne idée, prévint Dumbledore.

— Pourquoi ? répliqua Tom sur la défensive.

— Les fondateurs ont ensorcelé le choixpeau pour qu'il répartisse des enfants de onze ans. L'esprit d'un adolescent de quinze ans est plus complexe. Donc… que se passe-t-il ?

Le sujet du choixpeau était clos.

— J'ai appris que tu avais fait un malaise, Tom, à la soirée de Slughorn, enchaîna Dumbledore.

Voilà pourquoi Tom détestait se retrouver face à Dumbledore. Immanquablement, la discussion glissait vers les sujets qui intéressaient ce vieux tordu. Tom garda le silence et Dumbledore soupira d'un air désolé.

— Je sais que tu te méfies de moi…

— Vous n'avez rien fait pour gagner ma confiance, professeur.

— Tom, je suis désolé d'avoir tenté de lire dans ton esprit. C'était une erreur de ma part.

Une erreur pour étouffer la méfiance de Tom ?

— Il n'y a pas que cela professeur. Depuis quand savez-vous que mon pendentif est l'Horcruxe de Grindelwald ?

Dumbledore marqua une pause. Dans le silence pesant qui s'était installé, il croisa ses longs doigts fins sous son menton.

— Tu n'étais pas encore né lorsque je l'ai appris.

Harry étouffa une exclamation de surprise.

— Et vous me l'avez laissé…, dit Tom d'un ton glacial.

— M'aurais-tu laissé te le prendre ? Non, je ne crois pas. J'aurais pu t'expliquer ce dont il s'agissait. Cela t'aurais mis sur la piste des Horcruxes, ce que je préférais éviter pour des raisons évidentes. L'avenir m'a prouvé que j'avais raison en cela. Bien sûr, lorsque je l'ai découvert en ta possession, j'ai d'abord été surpris et surtout alarmé. Comme tu t'en es douté, j'ai réellement hésité à te le prendre de gré ou de force. Mais je devais avouer qu'il était en sûreté avec toi et que tu avais un certain don pour déjouer les pièges de Grindelwald. Le temps que je prenne une décision, il avait disparu.

— Et maintenant ?

— Veux-tu t'en séparer ?

La main de Tom se serra nerveusement autour de son pendentif.

— Non.

C'était une réponse absolue. Non. Plus encore, il lui était impossible de s'en séparer. Cette simple idée faisait courir des frissons d'horreurs sur son échine. Tom se sentait enchaîné à son pendentif plus étroitement encore que Frodon à l'anneau. Était-ce lié à Grindelwald ? Peut-être… ou peut-être pas. Quelle était réellement la nature de cette opale ? Comment les trois sœurs l'avaient-elles ensorcelée ?

— Alors je ne te le prendrai pas. Mais avant, j'aimerais vérifier s'il s'agit toujours d'un Horcruxe.

Tom hésita. Il consulta Harry du regard, qui l'encouragea à accepter. L'œil acéré de Dumbledore observa le bref échange avec attention.

— Comment ?

— L'affaire d'un simple sort.

Joignant le geste à la parole, Dumbledore attrapa sa baguette dans un tiroir et la pointa sur le pendentif. Rien. Il ne se produisit absolument rien.

— C'est bien ce que je pensais. Ce n'est plus un Horcruxe.

Dumbledore avait prononcé cette phrase très simplement, comme s'il annonçait que la pluie venait de cesser.

— Mais la magie de Grindelwald demeure dans le pendentif, rappela Tom en frissonnant.

Pourquoi se sentait-il à ce point responsable du pendentif ? Influencé par ses lectures récentes (Sam et Frodon s'apprêtaient à pénétrer dans le Mordor), Tom chassa de son esprit l'image effrayante d'un seigneur des ténèbres qui tenterait de l'influencer au travers de l'artefact… Comment les Détraqueurs réagissaient face au pendentif ?

— Disons plutôt qu'il s'agit d'une simple trace qui teinte les pouvoirs de ton pendentif. Car ton pendentif possède de grands pouvoirs et le fait qu'il a été, à un moment donné, l'Horcruxe de Grindelwald, est bien le moindre.

Revenant à la réalité, Tom se gifla mentalement. À l'instar de Théodore, il souffrait d'une Tolkienite aiguë. Justin s'en était d'ailleurs plaint à plusieurs reprises, alors que Tom et Théodore étaient une nouvelle fois partie en conjecture sur les origines des inspirations qui avaient mené à la création de la Terre du Milieu. Encore un détail que Tom préférerait cacher à ses futurs partisans, lorsqu'il serait un seigneur des ténèbres craint et respecté. Et qui n'égarait pas ces précieux morceaux d'âme un peu partout.

— Quels genres de pouvoirs ?

— De ceux qui effrayent même Voldemort.

Dit comme ça… Pourquoi Emily le lui avait confié ? Dans quel but ? Tom connaissait suffisamment Emily pour savoir qu'elle avait agi après mûres réflexions. Quelles étaient ses motivations ? Et surtout, pourquoi lui faire confiance à lui, futur mage noir ? Futur mage noir, mais pas inconséquent, puisque de l'aveu de Dumbledore, Voldemort lui-même se méfiait du pendentif.

— Comment Emily Maitland a-t-elle pu entrer en possession d'un tel objet ? demanda finalement Harry.

— Et comment a-t-elle pu échapper aussi longtemps à Grindelwald ? ajouta Dumbledore.

Rassemblant son courage, Tom releva la tête et plongea ses yeux noirs dans ceux si bleus derrière les lunettes en demi-lune de Dumbledore.

— Qu'est-elle devenue ?

Ses entrailles se tortillèrent douloureusement lorsque les épaules de Dumbledore s'affaissèrent. Il semblait plus vieux et plus fatigué que jamais. Tom peinait à respirer au travers de sa gorge serrée par l'appréhension.

— Je redoutais que tu me poses la question, avoua Dumbledore d'un ton las. Elle a disparu en mars 1942.

Le sang de Tom ne fit qu'un tour. D'abord assommé par la nouvelle, l'engrenage de sa mémoire se remit peu à peu en marche. Il analysa ce que cela impliquait, ce qui avait pu se passer. Une terrifiante vague de colère le submergea. La colère se transforma en un véritable feu de fureur. Il se leva d'un bond.

— Non ! Vous mentez ! cria-t-il.

Sa voix sortait du plus profond de ses entrailles, portée par sa rage. Par sa détresse aussi.

— C'est la vérité, Tom, dit Dumbledore impassible devant la tempête d'émotion qui tourmentait Tom.

Les yeux exorbités, Tom fixait Dumbledore comme s'il avait ainsi pu le tuer à la manière d'un basilic. Le calme inaltérable de Dumbledore exacerbait plus encore sa fureur. Comment le directeur avait-il pu faire preuve de pareille négligence ? Comment avait-il pu l'abandonner ? N'était-il pas un amoureux des moldus ? Eh bien Emily était Cracmolle ! Le sang pulsait à ses tempes, battu par un cœur soudain meurtri.

Il l'avait prévenu.

Contre l'avis d'Emily, contre tout ce que l'on pouvait imaginer de lui, Tom avait fait quelque chose qui le surprenait lui-même : il avait alerté Dumbledore des dangers qui planaient sur elle. Et qu'avait fait Dumbledore ? Rien. Il l'avait laissée à son sort. Il l'avait abandonnée, purement et simplement. Tom aussi l'avait abandonnée… trop lâche, trop effrayé pour s'opposer à Brus Bergsonn. Pour s'opposer sans le soutien de la magie.

— Je vous l'avais dit… siffla Tom d'une voix glaciale. Elle était en danger… Brus Bergsonn…

— Ce n'est pas lui, coupa Dumbledore le regard transperçant comme des lames d'acier.

— Pourquoi ce n'est pas lui ? Parce qu'il est un moldu et que les moldus sont censés être gentils ? Vous savez bien que c'est faux ! Il existe également des monstres parmi eux. Bergsonn en était un ! Et vous, vous n'avez rien fait !

— Bergsonn n'est pas un meurtrier…

— Pas un meurtrier ? répéta Tom incrédule. Pas un meurtrier ? Il m'a menacé de mort ! De mort ! Avec un couteau sous la gorge ! Et je vous assure que l'intention y était !

Tout son corps tremblant de haine autant que de désespoir, Tom se penchait, menaçant, au-dessus du bureau, tentant d'impressionner Dumbledore peut-être, de toute la hauteur de sa colère. De son envie de meurtre. Toute était de la faute de Dumbledore ! Emily…

— Tom, calme-toi !

Tom se figea. Qu'il se calme ? Tom ressentait encore la morsure glaciale du métal sous sa gorge, ces bras puissants qui l'immobilisaient, cette voix rauque qui susurrait à son oreille des menaces de mort… Et Dumbledore, dont l'inaction avait provoqué la mort d'Emily voulait qu'il se calme ? Tendu à l'extrême, bougeant à peine ses lèvres, Tom souffla :

— Très bien, je me calme. Je me calme parce qu'il n'y a plus rien à faire, que toute cette affaire est vieille de plus de cinquante ans et que si vous, l'amoureux des moldus, n'avez pu l'éviter, je suis certain que Voldemort a traité Bergsonn comme il le méritait !

Tom savait qu'il devait se taire, que dans l'état où il était, il proférerait des paroles qui détruiraient des mois de travail pour gagner la confiance de Harry. C'était impossible. Trop de poison tourbillonnait en lui.

— Voldemort ne s'en est pas pris à Bergsonn, répliqua Dumbledore avec un aplomb sévère.

— Vous mentez ! Voldemort n'a pas pu le laisser indemne. Que lui a-t-il fait ? Dites la vérité !

Il trompetait d'une voix autoritaire. Tom se moquait bien de ce que penserait Harry. Tous les cris ne parvenaient à exorciser sa peine ! Dumbledore demeurait de marbre. Il était un roc que les flots les plus tempétueux ne parvenaient à ébranler, même avec toute l'énergie qu'apportait le désespoir !

— Voldemort s'est totalement désintéressé de lui, répéta Dumbledore. Maintenant, calme-toi Tom. As-tu conscience que tu réagis plus violemment encore que Voldemort lorsque j'ai dû l'informer de la nouvelle ?

— Eh bien, il faut croire que finalement, je ne suis pas si éloigné de Voldemort que ça !

— Tom… tenta Harry d'un ton doux en posant une main sur son épaule.

Il cherchait à l'apaiser… Tom ne voulait de cet apaisement, il voulait Emily ! Il voulait retourner dans le passé, la sauver, la revoir, elle et son sourire si chaleureux, sa voix si douce et son amitié à la fois tendre et indéfectible qu'elle lui portait. Mais Emily n'était plus là, par la faute de Dumbledore. Par sa faute aussi, à lui. Il avait été trop lâche… Un gouffre s'ouvrit sous ses pieds alors qu'il réalisait qu'il aurait pu éviter cela, si seulement il avait osé parler à Mrs Cole. Les menaces de Bergsonn ? Un ridicule détail ! Un sorcier de premier cycle était autorisé à utiliser la magie si sa vie était en danger. Mais Tom n'avait rien fait. Rien. Cette certitude lui éclata à la figure avec la violence d'une terrible gifle qui le sonna à moitié. Soudain submergé par l'émotion, Tom fit volte-face et sortit à grandes enjambées du bureau directorial.

OoOoOoO

Dans les jours, puis les semaines, qui suivirent l'entretien avec Dumbledore, Tom découvrit avec une joie malsaine qu'il avait retrouvé sa capacité à intimider les pathétiques élèves de Poudlard. Il avait rallumé le feu de la colère qui l'animait en 1942, feu égaré lors de son impossible voyage temporel, trop déstabilisé par son nouvel environnement. La rage pulsait de nouveau dans toutes les fibres de son corps et avec elle, un terrible désir de revanche. Il n'y avait guère que quelques Gryffondor qui osaient soutenir son regard glacial.

Tom savait qu'il se comportait comme un parfait imbécile, qu'il ne devait pas effrayer le premier idiot venu, que la confiance que lui avait accordée Harry jusque-là était précieuse pour ses projets avenirs. Peu importait. Il ne pouvait s'empêcher de cracher toute cette colère infecte qui l'étouffait.

Colère contre ces pathétiques sorciers qui murmuraient sur son passage, terrifié par une quelconque rumeur à son sujet. Colère contre Hart qui ne cessait de surgir à l'angle des couloirs et prenait un malin plaisir à l'espionner. Colère contre Susan qui, sortant toujours avec McLaggen, avait à plusieurs reprises tenté de lui adresser la parole. Colère contre McLaggen qui, en plus de lui voler Susan, en plus de répandre des rumeurs à son sujet, monopolisait une partie de l'attention de Slughorn. Colère contre Slughorn qui semblait enclin à l'ignorer ces derniers temps, soudain gagné par une nouvelle peur. Colère contre son dortoir de Gryffondor qui refusaient de céder à la peur, lui reprochant tout au plus son sale caractère. Colère contre Dean Thomas qui à plusieurs reprises avait tenté de lui parler. Colère contre Hermione qui, malgré les larmes qu'il provoquait parfois de ses paroles acides, restait avec lui avec cet air de compréhension dans les yeux qui l'agaçait au plus haut point. Colère contre Harry qui continuait de le convier aux réunions de l'AD, et quand bien même Tom n'était pas en état de commencer ses cours sur la magie sans baguette, Harry le considérait toujours comme un membre du commandement. Colère contre Dumbledore qui n'avait rien fait pour sauver Emily Maitland. Colère contre lui-même enfin. Surtout.

Comment avait-il pu se leurrer dans l'illusion qu'il pourrait se différencier de Voldemort ? Voldemort était son passé, son présent, son futur. Il était Voldemort tout autant que son double adulte. Par moment une tentation horrible s'immiscer en lui. Et s'il quittait Poudlard ? Et s'il rejoignait Voldemort ? Vraiment ? Non, Voldemort n'aurait que faire de sa colère, que faire de lui… tout comme Harry, tout comme Dumbledore, il voudrait l'utiliser pour réaliser ses desseins.

Non, pas comme Harry. Lui seul se préoccupait sincèrement de Tom.

— Tom, il faut que je te parle, l'interpella Harry après avoir congédié les membres de l'AD.

Il ne restait plus qu'eux deux dans la Salle sur Demande aménagée en salle d'entraînement au combat avec ses coussins éparpillés dans le plus grand désordre et ses armures qui offraient des cibles de choix. Tom se retourna à contrecœur. Harry le dévisageait de ses yeux de plus en plus pénétrant derrière ses lunettes rondes. Peut-être légèrement tendu, un peu sur ses gardes, il gardait cependant sa baguette dans sa poche. Le Survivant imaginait que Tom n'oserait pas s'en prendre à lui. Avec la nausée, Tom réalisa que Harry avait raison.

— Quand commenceras-tu les leçons sur les techniques sorga de combat ? Demanda Harry.

Pourquoi Harry refusait-il de voir son erreur ? Pourquoi continuait-il de lui accorder sa confiance ? Ne voyait-il pas que Tom était dangereux ? Qu'il se rapprochait de plus en plus de Voldemort ?

— Je ne sais pas, répondit laconiquement Tom.

Harry faisait partie des rares personnes qui osaient encore se battre en duel contre Tom durant les sessions de l'AD. Tom bien sûr était le meilleur à présent. Il les surpassait tous avec une aisance de plus en plus déconcertante, aidé par les sombres sentiments qui l'agitaient. Par sa nouvelle baguette aussi, qui lui correspondait à merveille.

— Quand tu seras prêt, tu me le diras, soupira Harry.

— Pourquoi ?

— Pourquoi quoi ?

— Pourquoi fais-tu toujours semblant de me faire confiance ? Questionna Tom avec hargne.

Harry le dévisagea calmement, sans colère, ce qui ne fit qu'accroître la fureur de Tom. Était-il comme Dumbledore, trop pur pour éprouver de viles émotions comme la colère ou la haine ?

— Je te fais confiance, Tom. Je sais que tu n'es pas Voldemort.

Tom laissa échapper un ricanement nerveux et sans joie.

— Pourtant, tu me fais de nouveau surveiller. Ne nie pas je l'ai remarqué.

— C'est vrai, je préfère te garder à l'œil, reconnut Harry en soutenant son regard cuisant. Parce que je sais à quel point la colère peut être mauvaise conseillère.

— Ah oui, vraiment ? Renifla Tom.

— Je suis humain.

Ses épaules s'affaissèrent un peu. Son regard émeraude s'égara dans les flammes qui brûlaient dans l'âtre.

— Lorsque Bellatrix a tué Sirius, j'ai voulu la tuer à mon tour… J'éprouvais une haine viscérale à son encontre. Je lui ai même lancé le doloris.

Tom fixa Harry avec incrédulité. Lui, le si lumineux Survivant, l'Elu, lancer un Impardonnable ? Lui, torturer une sorcière ? Ce maléfice invoqait les plus ténébreuses parts de l'homme. Tom croyait qu'à l'instar du Patronus, le doloris était réservé à quelques sorciers d'une grande noirceur d'âme. Mais si Harry lui-même l'avait lancé…

— Je suis humain, dit Harry les yeux toujours perdus dans la danse hypnotique des flammes. Même si j'ai conservé ma capacité à aimer, comme dirait Dumbledore, je connais également la colère, la haine et même le désir de meurtre. Tu as certainement remarqué que je détestais Rogue. C'est la vérité, je le hais sincèrement et cela va bien au-delà de mes soupçons quant à son appartenance aux Mangemorts. Pour moi, il est tout autant responsable de la mort de Sirius que mes propres erreurs…

Harry soupira à nouveau. Il désigna les coussins.

— Asseyons-nous.

Tom s'exécuta en silence, hésitant entre la réticence à obéir à Harry, la curiosité quant à ce que Harry s'apprêtait à lui révéler, la déception peut-être, de découvrir autant de noirceur dans Harry, et paradoxalement, le respect. Il s'enfonça dans le pouf rempli de plume et s'abîma dans la contemplation de ses mains alors que la voix de Harry résonnait à ses oreilles. Harry lui raconta la mort de Sirius, les visions que Voldemort lui avait envoyées pour l'attirer au Département des Mystères, le dédain de Rogue quant aux inquiétudes légitimes de Harry, le piège des Mangemorts, l'arrivée de l'Ordre du Phénix, le passage de Sirius au travers le voile, la colère qui s'était alors emparé de Harry, le doloris sur Bellatrix, l'arrivée de Voldemort puis de Dumbledore et enfin, le retour au calme relatif du bureau de Dumbledore que Harry avait à moitié détruit sous le coup de la colère.

— J'aurais pu éviter tout cela, termina Harry, si j'avais eu la présence d'esprit d'utiliser le miroir que m'avait offert Sirius pour communiquer avec lui. Mais je n'en ai pas eu la présence d'esprit et il est mort. Je n'ai pas réfléchi, j'ai foncé comme le stupide Gryffondor que je suis et Sirius en est mort. C'est ainsi.

— C'est justement parce que je n'ai pas eu le courage d'un Gryffondor qu'Emily est morte, déplora Tom la gorge nouée. J'aurais dû parler à Mrs Cole.

— Ce n'est pas Bergsonn. Emily a disparu dans un bombardement alors que Bergsonn se trouvait dans le bureau de Mrs Cole. Elle s'apprêtait à l'envoyer en apprentissage dans une usine pour s'en débarrasser. Dumbledore a mené l'enquête.

— Dumbledore peut mentir !

Tom refusait d'y croire. Cela ne pouvait pas être aussi idiot !

— C'est la vérité, j'ai vu ses souvenirs. On ne peut les falsifier sans laisser de trace. Quant à Bergsonn, il est mort deux ans plus tard dans une rixe. Un coup de couteau, c'est aussi simple et stupide que cela.

Un horrible vertige saisit Tom. La vérité se révélait si triviale ! Bien loin des histoires héroïques qu'il avait pu s'inventer où Voldemort se transformait en puissant bras vengeur de la justice, la mort avait frappé sans éclat ni exploit.

— Tom, tu ne dois pas t'en vouloir pour ce qui s'est produit. Nous ne sommes que des enfants livrés à nous-même. On ne peut nous demander d'agir avec le même discernement que des adultes. Si j'avais eu quelqu'un pour écouter sans se moquer mon inquiétude quant à Sirius, je ne me serais pas précipité au Département des Mystères. Quant à Emily eh bien… Je crois que Dumbledore, probablement méfiant par rapport à toi, par rapport à ce qu'il soupçonnait de toi, n'a pas suffisamment tenu compte de tes avertissements. Peut-être aussi qu'il ne pouvait rien faire… je ne sais pas. Dumbledore commet parfois des erreurs, c'est très rare mais lorsque cela arrive, les conséquences sont terribles.

— Voldemort serait apparu avec ou sans cet épisode, répliqua Tom qui ne voulait pas de la pitié de Harry et encore moins fournir des excuses à Voldemort.

La noirceur imprégnait déjà son cœur bien avant qu'il ne perdît Emily, avant même l'arrivée de Bergsonn ou celle des bombes qui tombaient durant le Blitz. Le principal responsable de l'apparition de Voldemort n'était autre que Voldemort lui-même.

— Je sais, répondit calmement Harry. Mais tu n'es pas Voldemort. Dumbledore l'a dit lui-même : tu as réagi plus violemment que Voldemort. Voldemort était certes en colère mais… eh bien, il a rapidement oublié cette colère, ne voulant pas se détourner d'objectifs plus importants : la Chambre des Secrets, l'immortalité, le pouvoir. Aurait-il pris le risque, à ta place, de perdre ma confiance alors même que l'AD pourrait lui être utile pour ses rêves de conquête ? Je ne crois pas.

Tom fixa Harry stupéfait. Celui-ci eut un petit sourire désabusé. Ses yeux pétillaient à nouveau.

— Crois-tu que je suis naïf ? Protesta Harry avec amusement.

— Pourquoi ? Souffla Tom assommé par la révélation.

— Tu peux choisir ta réponse. Peut-être parce que j'estime que tu peux être utile à l'AD. Ou bien parce que je veux malgré tout te faire confiance. Tu as ta place à l'AD, pour moi, c'est indégnable.

— Et jusqu'où ira l'AD ?

Harry se renfrogna.

— Tu veux la vérité ? Je l'ignore. Notre but est de protéger ce que l'on aime, je ne reviendrai pas là-dessus. Le premier danger est Voldemort. Mais ensuite ? Le Ministère, avec sa dérive autoritaire n'est-il pas lui-même un danger ? Mais un tel raisonnement n'est-il pas en soi dangereux ? De quel droit puis-je croire que je suis autorisé à mener un coup d'état (le mot est dit) pour le bien de tous, pour le plus grand bien ! La vérité, c'est que le pouvoir m'attire tout autant qu'il m'effraye. Je suis humain, c'est normal. Mais par la faute de Voldemort, je ne suis pas n'importe quel humain et il s'avère que le pouvoir serait à ma portée… Tom, la vérité c'est que je n'ai parlé de cela à personne. Certains membres de l'AD, à commencer par Ron, sont trop enthousiastes par l'ampleur que l'AD prend. Même s'ils s'aperçoivent que l'on risque de devenir une véritable force de frappe, ils ne voient pas l'aspect plus sombre que cela implique, la séduction du pouvoir qui menace. Hermione serait trop sévère, je ne peux pas non plus lui en parler. Pour tous, je dois paraître le sorcier lumineux qui vaincra Voldemort. Mais en vérité je suis humain. Simplement humain, avec la part de ténèbres que cela implique. C'est peut-être aussi pour cela, que je veux te faire confiance. Parce que je sais que tu me comprendras et que tu ne me regarderas pas avec horreur lorsque je te dirais que oui, je songe, après avoir vaincu Voldemort si j'y parviens, et je suis certain qu'avec ton aide, j'y parviendrai, à chahuter le régime autoritaire qui nous dirige… pour le plus grand bien, termina Harry avec dépit.

— Pas pour le plus grand bien, corrigea Tom. Dire pour le plus grand implique que la fin justifie les moyens. Pour le moindre mal. Tu reconnais alors que tes actes sont critiquables, mais que tu cherches à limiter les peines.

Tom réalisa alors qu'il pensait réellement ses paroles, qu'il était sincère, tout comme il souhaitait sincèrement épauler Harry. Car il respectait Harry et plus encore que cela, il lui était loyal. Ce voyage dans le temps avait décidément des effets bien étranges sur lui. Dans le passé, il était capable de dévorer des quantités faramineuses de livres plus sûrement qu'un Serdaigle, de manipuler son entourage avec l'aisance d'un Serpentard. Voilà désormais qu'il fonçait dans un piège avec le courage d'un Gryffondor et, plus étrange encore, qu'il développait des tendances Poufsouffle !

Pour le moindre mal… voilà la nouvelle ligne de conduite qu'il adopterait lorsqu'il prendrait le pouvoir. Ou lorsqu'il placerait Harry au pouvoir, jouant alors le rôle de l'éminence grise. Ce qui impliquait être de l'ombre… et cela, Tom n'était pas certain d'apprécier. Il chassa ces questions de son esprit. Il avait le temps d'y réfléchir, à présent qu'il avait la confiance de Harry.

Tom ajouta d'un ton plus léger :

— Et lorsque tu seras le maître de l'Angleterre, je pourrai être le prochain directeur de Poudlard ?

— Ah ah, très drôle, répliqua Harry un peu piqué. De toute façon, je n'ai pas l'intention de garder le pouvoir pour moi… Il y a plein de gens plus compétents et plus expérimentés que moi pour être Ministre de la Magie. Shackelbolt serait excellent à ce poste. Mais tu as raison… pour le moindre mal. Voilà une devise qui permet de garder à l'esprit ses objectifs et de résister à la séduction du pouvoir.

— Une devise, une marque, l'AD… tu sais ce qu'il te manque Harry ? Un nom de Mage Noir. Que dirais-tu du Survivant, tout simplement ?

Harry le fusilla du regard et Tom se fendit d'un sourire d'excuse. Alors les lèvres du Survivant s'étirèrent légèrement, s'autorisant lui-même un demi-sourire.

— Tu as raison de te moquer. Je me demande quelle tête ferait Voldemort s'il apprenait que c'est toi qui empêches le Survivant de céder à la tentation du pouvoir ?

— Voilà que tu parles de toi à la troisième personne, releva Tom.

Il se passa alors quelque chose de très étrange. Tom se mit à rire, avec Harry. Il riait réellement, de bon cœur, comme l'adolescent de quinze ans qu'il était. En toute innocence. Les deux Gryffondor sortirent, de bonne humeur. Ils se renfrognèrent un peu lorsqu'ils croisèrent Hart qui les dévisagea alors avec attention.

Février s'approcha de mars sans que le temps change, sauf que le vent s'ajouta à la pluie. Accueilli dans une indignation générale, un avis apparut sur les tableaux d'affichage de toutes les salles communes pour annoncer que la prochaine sortie à Pré-au-Lard avait été annulée. Ron était furieux.

— C'était le jour de mon anniversaire ! s'exclama-t-il. Je me faisais une joie d'y aller !

— Ça n'a rien d'étonnant, commenta Harry. Après les dernières frasques de Voldemort.

— J'avoue que ça m'arrange bien. Cette fois-ci au moins, je n'aurais pas d'ennui avec un mage noir, plaisanta Tom.

Curieusement, depuis la conversation avec Harry sur la mort de Sirius et la disparition d'Emily, Tom était d'excellente humeur. Soudain gagné par une nouvelle sérénité, il acceptait enfin, pleinement, son nouveau sort et assumait d'être à Gryffondor. Comme si la colère qu'il avait éprouvée avait usé ses dernières forces de futur mage noir. Plus que jamais, il se sentait comme un adolescent normal. Même en étant un garçon normal de quinze ans, il était loin d'être commun ! Surpassant désormais Hermione en Sortilège et en Potion, la talonnant en Métamorphose, jouant des coudes avec Harry en Défense contre les forces du Mal, à égalité avec Théodore en Arithmancie, il reprenait sa place d'élève le plus brillant de Poudlard. Si l'on omettait Hermione. Il était plus juste de dire qu'ils formaient le couple le plus brillant de toute l'histoire de Poudlard.

Cependant, deux points continuaient de miner son humeur (si l'on omettait que Rogue s'obstinait encore à lui refuser des points sous prétexte qu'il était à Gryffondor), ou plutôt deux filles. Le manque douloureux d'Emily Maitland le plongeait parfois dans des périodes d'apathie, où, allongé sur son lit, son esprit s'envolait vers un autre temps, ravivant le fantôme de son amie disparue. Disparue, pas morte. Tom n'aurait su dire pourquoi, mais il avait l'intime conviction qu'elle était encore vivante, quelque part. Dans ces moments-là, sa main serrait douloureusement son opale triangulaire. Pour lui, il s'agissait surtout du pendentif d'Emily Maitland .

— Eh bien, Ron, Il te reste quand même le transplanage pour t'occuper. Pour occuper tous ceux en âge suivre les cours, lança une voix veloutée.

Tom se retourna un peu trop vivement. Derrière lui se trouvait Susan Bones, bras dessus-bras dessous avec Cormac McLaggen. Elle n'accorda pas le moindre regard à Tom. La colère l'envahit. Un monstre bouillonnait en lui. L'espace d'un instant, Tom manqua de céder à la tentation d'écraser son poing sur le visage de McLaggen. Quel spectacle insupportable de le voir se pavaner avec son assurance immonde et conquérante en traînant Susan à ses côtés comme un joli trophée ! Tom s'empressa de s'éloigner, aussitôt suivi d'Hermione.

— Aussi détestable qu'une Serpentard, claqua Hermione. Sans vouloir t'offenser Tom.

Tom garda un silence ombrageux. Il croisa Malefoy et reporta toute sa colère sur lui en foudroyant d'un regard assassin. Le blondinet blêmit violemment et se glissa derrière un groupe de Poufsouffle. A en juger par l'effet cocasse que Tom produisait sur cette petite fouine, il était évident que Malefoy connaissait la véritable identité de Tom. Et qu'il le craignait.

— L'attaque de Susan était vraiment facile, grommela Ron lorsqu'il fut remonté à sa hauteur avec Harry. Dumbledore aurait pu t'accorder une dérogation pour les cours de transplanage !

C'était un autre miracle de ces derniers jours. Non seulement, Ron avait oublié presque toute sa hargne à son égard, mais en plus, il avait cessé d'être fâché avec Hermione. Peut-être parce que chacun voyait quelqu'un de son côté.

La vie reprenait un court paisible. Pour l'instant.

— Joyeux anniversaire, Ron, dit Harry lorsqu'ils furent réveillés au matin du 1er mars par Seamus et Dean qui descendaient bruyamment prendre leur petit déjeuner.

Tom restait encore un peu au lit, profondément plongé dans le Seigneur des Anneaux. Le livre ne valait certes pas les grimoires sulfureux de Rookwood dont la famille affectionnait les expériences de magie noire avancée, mais il avait l'avantage d'être distrayant. Et prenant. Aussi n'accorda-t-il pas la moindre attention à Harry qui, obsédé par Malefoy et Hart, jetait encore une fois un regard à la carte du Maraudeur. Le combat contre le terrible Roi-Sorcier, chef des Nazgûls s'annonçait. Nazgûl contre Détraqueur, qui gagne ?

— Tom…

C'était quand même ridicule comme fin, battu par un hobbit et une femme. Sauron allait-il retrouver son Horcruxe (il était convaincu que l'anneau unique n'était autre que l'Horcruxe de Sauron), amorçant ainsi son retour ?

— Tom !

Grindelwald contre Sauron, qui gagne ? Et Dumbledore contre Gandalf, qui est prétend le plus affronter le Seigneur des Ténèbres pour se défiler au dernier moment ?

Expulso !

Tom voltigea hors de son lit. Instinctivement, il tendit sa main, attira à lui sa baguette qui vint docilement se lover dans sa paume. Les sens aux aguets, prêt à conjurer son Patronus vélociraptor pour chasser les Nazgûls, il s'aperçut qu'il n'y avait dans la pièce que Harry qui le fixait d'un air amusé et Ron, perdu dans les nuages.

— Tom, je sais que ce roman est très prenant, mais nous avons un petit souci. Ron vient de manger des chaudrons de Romilda Vane. Je te rappelle qu'elle les avait empoisonnés avec un philtre d'amour pour que je l'invite à la soirée de Slughorn.

— Romilda ? répéta Ron. Tu as dit Romilda ? Harry, tu la connais ? Tu peux me présenter à elle ?

Tom ne voyait pas exactement où était le problème. Ainsi, Romilda Vane serait occupée par Ron. Elle le laisserait enfin tranquille. Harry, bien qu'également tenté par l'idée, refusa cette facilité et ils durent jouer de ruse pour attirer Ron dans le bureau de Slughorn. Le vieux professeur les accueillit avec un grand sourire sur son visage aux larges bajoues.

Je vous aurais cru capable d'improviser vous-même un remède, [Tom], un expert en potions tel que vous, remarqua Slughorn.

— Euh…

Ce qui confirmait l'idée première de Tom : lire des romans ramollissait l'esprit et nuisait gravement aux aptitudes de mage noir. Il prit donc la ferme décision d'arrêter sa lecture… lorsque le siège de Minas Tirith aurait pris fin par exemple. Hobbit contre elfe de maison, qui gagne ?

Heureusement, Harry intervint et réussi à convaincre Slughorn de réaliser l'antidote. Voulant se montrer jovial, Slughorn sortit une bouteille d'hydromel et faillit tuer Ron. L'hydromel était empoisonné. Comment ? Pourquoi ? Nul ne le savait. Nul ne s'en préoccupait non plus, car la priorité était à sauver Ron. Heureusement, Tom avait suggéré à Harry, lors d'un cours sur les antidotes, de sortir un bezoard devant Slughorn.

Si Ron fut sauvé, encore une fois, plus moins directement par Tom (c'était Harry qui s'était souvenu d'où était rangé le bezoard), il n'était pas suffisamment vaillant pour occuper son poste de gardien au Quidditch et fut remplacé par Cormac McLaggen. L'abominable Gryffondor en profita pour se pavaner dans les couloirs avec une attitude digne de Malefoy.

La veille du match contre Poufsouffle, Justin, Théodore, Susan et Tom s'étaient retrouvés à la bibliothèque pour avancer dans leur mémoire. Ils finalisaient leur plan détaillé avant de passer chacun à la rédaction de leur partie respective.

— C'est quand que tu nous apprends à nous battre sans baguette ? demanda encore une fois Justin.

— Bientôt, grommela Tom plus ombrageux dès que Susan se trouvait à proximité.

Susan, de son côté, l'ignorait avec superbe. L'ambiance c'était considérablement refroidi dans le groupe, malgré l'enthousiasme infatigable de Justin. Lui et Théodore faisaient les intermédiaires entre Tom et Susan.

Tom perçut un mouvement du coin de l'œil. Il se rembrunit davantage et s'enfonça dans la lecture d'un texte qu'il connaissait déjà par cœur traitant du rapport des sorginek à l'alchimie. Un passage assez sulfureux d'ailleurs. Les mots n'avaient hélas pas la force nécessaire pour l'arracher à la réalité, à McLaggen qui avait rejoint Susan. Il se répandait en suffisance quant à sa place de gardien dans l'équipe de Quidditch. Se faisant, des images se formèrent dans l'esprit de McLaggen, images qui parvinrent à l'esprit de Tom avec une cruelle intensité. Tom avait beau tenter de brider son don naturel de legilimens, le flux ne cessait de le harceler en même temps qu'un froid étrange, humide, l'imprégnait jusqu'à l'os. Ses doigts se crispèrent sur le papier. Tentant de se ressaisir, Tom releva la tête et croisa le regard de Justin qui adressait des grimaces moqueuses à Théodore. L'objet de leurs moqueries, McLaggen, en prit d'ailleurs ombrage et tourna des talons.

— De vrais gamins, soupira Susan avec une pointe d'amusement.

Savoir son petit copain de mauvaise humeur n'affectait pas son cœur de pierre.

— Pfff, sérieusement, je me demande ce que tu lui trouves, dit Justin.

Il ajouta en prenant une voix aux intonations infatuées de McLaggen :

— Oui, Harry est bien content que je sois disponible pour jouer le match. Poufsouffle n'a aucune chance à présent que Weasley n'est plus dans l'équipe. Saleté ! Il vaut bien Smith !

Théodore ne put s'empêcher de rire.

— J'avoue que rien que pour voir la tête de McLaggen devant la défaite, j'espère que Poufsouffle va gagner, annonça le Serpentard s'attirant un regard critique de la part de Justin.

— Bien sûr que tu es pour Poufsouffle, c'est ta maison de cœur !

Tom ne gouttait pas à la plaisanterie. Pénétré par le froid de plus en plus intense, il ne savait plus s'il était sous l'emprise d'une joie malsaine dont il ignorait l'origine ou de la colère pour ce qu'il avait perçu dans l'esprit de McLaggen.

— Quitte-le, intervint-il d'une voix glaciale.

Sans prêter attention aux regards étonnés que lui jetaient Théodore et Justin, il poursuivit :

— Quitte McLaggen.

Susan le dévisagea d'un air hautain, qui ne fit qu'exacerbait la rage de Tom. Alors pourquoi cette sensation d'accomplissement proche, comme si le jour qu'il attendait tant venait enfin d'arriver ?

— Et pourquoi je te prie ?

L'espace d'un instant, il crut que l'ambiance chaleureuse de la bibliothèque de Poudlard avait laissé sa place à la froideur d'une geôle sordide. Se concentrer sur l'instant présent. Fermer son esprit. Sentir le papier que ses doigts crispés menaçaient de déchirer. Le pendentif commençait à vibrer.

— Parce que son esprit criait, articula Tom.

Chaque syllabe devenait laborieuse. De nouveau, l'image de la cellule crasseuse s'imposa à lui. Tom focalisa son esprit sur l'opale qui s'échauffait pour s'ancrer dans le présent, sur Justin et Théodore qui s'étaient empressés de parler de Quidditch pour ne pas se mêler de la dispute.

— Il criait qu'il voulait… te… euh… déshonorer.

Tourmenté autant par sa fureur que par une excitation de plus en plus fébrile, Tom peinait à garder ses pensées cohérentes. Son crâne le faisait de plus en plus souffrir. Il soutint à grand peine le regard de Susan qui renifla avec dédain. Son pendentif devenait brûlant. Il vibrait avec une telle force que Tom redoutait que Théodore s'en aperçût.

— Me déshonorer ? Tom, ce que tu peux être naïf par moment ! Cormac et moi sommes tout deux majeurs maintenant… pas des gamins de quinze ans. Nous ne sommes plus dans les années 40. Je ne serais même pas étonnée que Harry l'ait déjà fait avec Megan.

Susan eut un rictus de mauvais augures.

— Et qui te dis que plutôt que des intentions, ce n'était pas des souvenirs qui occupaient son esprit ?

C'en fut trop pour Tom qui se leva d'un bond et quitta la bibliothèque à grandes enjambées.

enveloppé dans une couverture empestant le renfermé, il guettait le petit point noir qui grossissait sur la ligne d'horizon…

Harry, il devait trouver Harry au plus vite. Pourquoi ? Pour lui exprimer sa fureur ou bien sa peur ? Incapable de fermer son esprit, il accrocha du regard un tableau, une armure, n'importe quel détail lui permettant de se soustraire à la tempête qui malmenait son esprit.

il s'appuyait contre de la pierre sombre, volcanique, qui enserrait l'ouverture, trop étroite pour laisser passer un homme. Mais ce n'était pas un homme qu'il attendait. L'impatience devenait un peu plus cruelle à chaque seconde.

Chancelant, Tom fut parcouru d'un frisson glacial lorsqu'il découvrit la silhouette androgyne de Hart qui apparaissait à l'angle du couloir. L'air habituellement hautain de l'Auror laissa rapidement la place à l'inquiétude.

— Tom, ça va ? Tu es tout pâle.

Les jambes se dérobèrent sous Tom. Hart le rattrapa de justesse. La chaleur que dégageait Hart paraissait si lointaine !

le point noir prenait les contours de plus en plus distincts d'un volatile ténébreux de plumage.

— Tom ! S'exclama derrière lui la voix de Susan. Qu'est-ce que vous lui avez fait ? Répondez !

Il y eut des bruits de pas précipités, puis, Tom devina au travers de son état de demi-conscience, Justin et Susan qui menaçaient Hart alors que Théodore venait le soutenir. Loin d'être perturbée par l'assaut soudain, l'Auror eut un sourire narquois sur les lèvres.

— Je ne lui ai rien fait, répondit-elle calmement. Il était déjà mal au point.

— À d'autres ! S'emporta Susan sa baguette pointée sur Hart. Qu'est-ce que vous lui avez fait ?

Dans un effort de volonté, Tom rassembla ses dernières forces et la bouche pâteuse, articula :

— C'est… vrai. Harry… il faut le prévenir… Grindelwald…

Aussitôt Hart perdit sa suffisance moqueuse pour prendre un sérieux plus inquiétant encore.

— Vous l'avez entendu ? dit l'Auror. Il faut l'emmener à l'infirmerie. Théo, va me chercher Septima au plus vite. Flinch-Fletchey, va chercher Potter. Il doit être dans la tour des Gryffondor… Tu sais où elle se trouve ? Bien. Bones, aide-moi à l'emmener à infirmerie et parle-lui. On va le faire marcher pour qu'il reste conscient. Tu m'as entendu Tom. Tu dois rester avec nous !

Tom opina mollement alors que Susan et Hart, chacune de leur côté, entreprenait de le soutenir dans sa marche. Se concentrer sur ses pas, sur la semelle dure de ses chaussures, sur la chaleur toute électrique qu'il ressentait au contact de Susan.

le volatile était un corbeau. Ses ailes d'ébène battait l'air avec une nonchalance princière…

— Tom, Tom ! Reste avec moi ! faisait la voix anxieuse de Susan.

Il percevait vaguement les traits de son visage, par moment si doux, à présent tirés par l'angoisse.

— Je n'aurais pas dû te dire ce que je t'ai dit, Tom. Je suis vraiment désolée… Je ne le pensais pas… C'est juste que ton inquiétude… je ne sais pas, ça m'a mise en colère. Tom, excuse-moi.

Il ne savait même plus s'il était d'humeur à lui pardonner ou non. Tout était si embrouillé !

Le corbeau portait un petit colis entre ses serres jaunes. C'était précisément ce colis qu'il attendait avec tant d'impatience… Plus que quelques minutes… quelques petites minutes… Et il en serait fini de son horcruxe…

Susan ! Se concentrer sur Susan. Sentir son parfum sucré, entendre sa voix si agréable… Un autre visage s'imposa alors à l'esprit de Tom. Encadré par de belles boucles cuivrées, un peu pointu, des yeux gris rusés, une petite allure de renard peut-être… Emily. Elle lui semblait plus réelle que jamais, comme si elle s'était tenue devant lui, là, dans le couloir qui menait à l'infirmerie.

Le corbeau n'était plus qu'à quelques dizaines de mètres…

Une vive douleur le ramena à la réalité devant la porte, close pour l'instant, de l'infirmerie. C'était Hart qui venait de le pincer sans ménagement.

— Désolée, c'est pour ton bien, marmonna-t-elle en ouvrant la porte.

Pomfresh fondit bientôt sur eux, tel un vautour sur une proie malade. Elle insista pour l'allonger Tom mais Hart s'y opposa farouchement. Tom devait à tout prix rester conscient. En compromis, on l'assit sur une chaise.

Le corbeau déposa la charge dans la cellule et reprit aussitôt son envol. Grindelwald s'empressa de se saisir de l'objet de ses désirs. Une pomme d'or…

Susan lui parlait, sans que Tom distinguât le sens de ses paroles. Devant lui, Emily et Coeur-de-Glace discutaient vivement en Fouchelang.

la peau de la pomme était si douce, si soyeuse sous ses doigts osseux pétris de rhumatismes…

Non, c'était Vector et Hart. Il était question de Harry et Dumbledore. Soudain, Vector s'approcha de lui, une pomme à la main.

— Croquez dedans, vite !

Tom s'exécuta sans savoir si le goût acidulé qu'il avait en bouche provenait de la pomme de Vector ou bien de celle du corbeau.

La pomme exhalait d'un parfum plus doux que le nectar, plus exquis que l'ambroisie. Grindelwald n'avait presque plus de dents pourtant la chair succulente fondit sous sa mâchoire lorsqu'il croqua dedans…

Une terrible douleur foudroya Tom. Le pendentif était si brûlant à présent, qu'il semblait s'enfoncer doucement, cruellement, dans ses chairs. Il palpitait au rythme des mastications de Grindelwald. Mais cela n'était rien en comparaison de ce déchirement que ressentait Tom. Une partie de lui-même lui était arraché, petit à petit, sans qu'il pût la retenir. C'était son âme elle-même qui se déchirait.

Le jus de la pomme coulait sur le menton et les mains du vieillard. Peu à peu, une force nouvelle envahissait les veines de Grindelwald. Elle apportait avec elle l'ivresse du pouvoir, de la puissance. Car c'était avec une intensité effrayante que la magie de l'ancien mage noir se réveillait. Bientôt l'horcruxe ne serait plus qu'un mauvais souvenir. Au revoir petit Tom. Quant à Voldemort, il ne tarderait pas à remplir son rôle

Alors que la magie de Grindelwald le tirait vers Nurmengard, une autre présence, à ses côtés, le rappela brutalement à l'infirmerie. Harry enserrait son bras d'une prise bien ferme, alors que Vector lui présentait un autre quartier de pomme. Ce dernier était maculé de quelques gouttes de sang.

— Aller Tom, dit Harry, il faut que tu le manges.

Dans un effort surhumain, Tom ouvrit la bouche. Vector y enfourna le fruit. Avec difficulté au début, puis ragaillardi par l'énergie du fruit, Tom mastiqua. Il avala un second quartier avec d'autant plus de conviction que la présence de Grindelwald s'éloignait.

Peu à peu, le monde extérieur recouvrait en clarté, les sensations devenaient plus vivaces, les émotions plus intenses. Grindelwald aurait dû s'en réjouir, pourtant une partie de lui-même était furieuse…

Je pense qu'il est tiré d'affaire, soupira Vector avec soulagement. Harry, restez à côté de lui. Susan, vous aussi.

Son pendentif, encore chaud, ne brûlait plus. Ses vibrations faiblissaient tant que Tom se demandait si elles étaient réelles.

Grindelwald fulminait. Certes, la pomme avait rempli son office, réparant son âme et préparant son corps à une vie nouvelle. Mais Tom était toujours vivant, il en était certain. Il se dresserait immanquablement entre Grindelwald et ses objectifs. Car Grindelwald en avait l'intime conviction : pour accomplir son œuvre, cet exaspérant gamin devait mourir…

— Que s'est-il passé ? demanda Dumbledore qui venait seulement d'arriver, le visage préoccupé.

Ses yeux, derrière ses lunettes en demi-lune, ne pétillaient plus du tout. Il n'accorda qu'un regard inquiet à Tom. Et plus froid à Vector. Carrément méfiant à Hart qui reprit ce sourire insolent qu'elle affectionnait tant.

— Avec l'aide de Harry, je viens de sauver la vie d'un de vos élèves, répondit Vector en séparant chacune de ses syllabes.

— C'était Grindelwald, murmura Tom d'une voix blanche.

les gardes, alertés par le manège du corbeau, venaient d'entrer dans la cellule de Grindelwald. Trop tard. Ils malmenèrent le fragile vieillard sans se douter que le mage noir s'apprêtait à renaître de ses cendres. Bientôt. Il n'était pas encore temps… Et Voldemort l'y aiderait, involontairement !

Dumbledore fronça des sourcils.

— Grindelwald ? Comment pourrait-il ? Il est sous bonne garde à Nurmengard.

— Il vient de recevoir une pomme d'or, dit Tom d'un ton égal.

Devait-il parler ? Oui, il devait parler. La situation était bien trop grave pour garder le silence malgré la grande lassitude qui s'emparait de son corps. Même si le danger était passé, il devait rester éveillé… pour donner l'alerte !

— Je crois que Grindelwald s'apprête à revenir.

En revanche, il gardait pour lui, pour l'instant, que Grindelwald voulait les tuer, lui et Voldemort. Harry serait mis au courant… plus tard, lorsqu'ils seraient seuls.

— Cette pomme aurait la propriété de soigner le corps, l'âme et l'esprit… de rendre immortel… et Grindelwald en a mangé une !

— Cette pomme n'est qu'une légende, coupa Dumbledore.

Stupéfait, Tom dévisagea le vieux directeur de Poudlard, vêtu d'une robe indigo parcourue d'aigle – une robe qui lui sembla profondément incongrue après son passage par les geôles humides et crasseuse de Nurmengard. Dumbledore n'entendait-il pas ce que Tom disait ? Pourquoi le ne croyait-il pas ?

— Professeur, intervint Harry. J'ai pu percevoir quelques-unes de ses pensées en lui tenant le bras. Il a vraiment vu Grindelwald, à Nurmengard, mangeant une pomme d'or.

Dumbedore dit alors d'un ton plus doux :

— Je ne remets pas en cause la parole de Tom. Seulement je doute que ce qu'il a vu était réel. Je crains que Voldemort ne cherche à nouveau à nous induire sur une fausse piste. Il a déjà envoyé des visions par le passé.

Harry se renfrogna. Bien sûr Dumbledore faisait allusion à l'affaire du Département des Mystères. Tom préféra ne pas insister. Il garderait ses interrogations pour lui. Tom appuya sa tête contre le dossier de la chaise et s'endormit presque instantanément.


Alors oui. Le prologue ne se déroulait pas en aout, juste avant le début de la fic, mais en mars, à la moitié de la fic. Les choses sérieuses peuvent commencer !