Semaine très occupée, d'où petit retard... côté rédaction, j'arrive bientôt au lancement de l'action finale (comme quand Harry descend dans la chambre des secrets, s'en va au ministère ou accompagne Dumby dans la caverne aux inferis). La fin se rapproche !

Katymyny : Le compteur de review monte régulièrement (un peu plus de 3 reviews/chapitre), ça motive ! Oui, pour le moindre mal... une devise qui m'accompagne dans toutes mes histoires. Merci pour ta fidélité à ma fic !

Amaniel : 6 chapitres d'un coup, en effet, ça permet de bien se plonger dans l'histoire ! Nicéphore Delmortov est bien en cours. J'ai plein de chapitres d'avance qui attendent sur mon ordi. J'attends d'avoir terminé cette fic, le tome 4 de mon roman avant de reprendre son postage/écriture. En plus elle est liée à Ridicule mon cher Riddle (dans une univers parallèle, mais des événements de RR affectent la dimension de Nicéphore), c'est un cross-overs "subtil" de jurassic park (possible qu'on croise des raptors dans la Forêt Interdite à un moment), et possible aussi que le Darkling se la joue guest-star (le grishaverse est une dimension parallèle de plus... bon, ce n'est pas pour tout de suite !). Bref, j'ai PLEIN d'idées pour cette fic, et déjà des chapitres dont je suis très fière et d'autres passages que je n'aurais jamais cru écrire !

Note : En italique les extraits de HP6 (vu que c'est une fic alternative au tome 6). Double titre du chapitre : titre du chapitre présent/titre de HP6 correspondant. $Fourchelang$. En souligné, communication par télépathie ;)


Chapitre 13 : La falaise aux mille sorts/Des elfes sur les talons

Tout était gris. Des gros nuages qui appesantissaient le ciel aux murs qui enfermaient les enfants, des couvertures de laines grossières aux uniformes de piètre qualité, ce n'était qu'un camaïeu terne de couleurs délavées. Cette morosité visuelle s'accompagnait d'une tristesse intellectuelle. Tom n'aimait pas les enfants de son orphelinat. Ils étaient bruyants, idiots, bestiaux. Ils le craignaient et Tom les haïssait. Pourtant, il trouvait une satisfaction malsaine dans cette relation conflictuelle. Leur médiocrité ne le rendait que plus exceptionnel.

Aussi loin que remontaient ses souvenirs, il avait toujours été à part. Par sa faute ou celle des autres ? Les deux peut-être. Tom était certain d'une chose cependant : il était illusoire de croire en l'innocence des enfants. La cruauté se manifestait chez eux avec une telle précocité qu'on pouvait la suspecter d'être un caractère inné.

Tom n'avait pas pu ou voulu s'intégrer auprès des autres enfants. Très tôt, il avait souhaité les faire souffrir. Pour se venger peut-être. Il était difficile de savoir qui avait commencé, lorsque les conflits remontaient à une époque à laquelle on ne savait même pas parler. En réalité, un seul souvenir ou plutôt une sensation diffuse demeurait avec certitude dans l'esprit de Tom : la rage qui l'étouffait.

Il bouillonnait de violence. Sans avoir ni les mots, ni la maturité pour le dire, il haïssait déjà le monde dans sa totalité. Il détestait tous ces enfants bruyants qu'il ne parvenait pas à comprendre, qui jouaient à des jeux auxquels il ne parvenait pas à s'intégrer. Puis il avait découvert qu'il avait le pouvoir de les faire souffrir. Sa magie lui servit bientôt à expulser toute la colère qu'il avait en lui. Toute la souffrance aussi.

Tom n'avait pas d'ami. Par choix ou par défaut ? Pourquoi aurait-il besoin d'ami, lui qui était si exceptionnel ? Pourquoi dans ce cas, cette douleur diffuse qui meurtrissait son cœur d'enfant et alimentait sa haine ? Quant aux adultes, ils ne voyaient qu'un enfant perturbé et bien étrange. Effrayant.

Un enfant étrange qui crevait de solitude ? Personne ne le voyait ou ne voulait le voir. Par confort, il était plus facile de fermer les yeux. Tout au plus lui reprochait-on la violence dont il faisait preuve à l'égard de ses camarades sans s'apercevoir de la terrible tempête qui secouait son âme. Ni du potentiel de destruction d'un tel sorcier.

Puis, Emily Maitland était arrivée.

Il lui semblait encore entendre sa voix, son rire cristallin. Son parfum fleuri aux notes d'aubépine flottait encore à ses narines. Tom voulut sourire.

Tom réalisa qu'il se trouvait au sommet de la falaise calcaire qui surmontait la grotte aux inferi. Une bruine fine et glaciale lui giflait le visage dès lors qu'il tentait de faire face à la mer tourmentée. Les vagues se fracassaient contre la roche sédimentaire. Une écume blanchâtre en effluves iodées se soulevait pour en lécher la surface poreuse.

— La mer est rarement calme par ici.

Tom sursauta. Il aurait reconnu cette voix entre mille. Il se retourna. Derrière lui, Emily lui souriait. Elle était identique à son souvenir : même rousseur, même yeux en amande qui lui donnaient un petit air de renard, même air chaleureux dès lors qu'elle s'adressait à Tom.

— Emily ! Je… euh…

— Nous n'avons que peu de temps, Tom, coupa Emily d'un air désolé. Je suis venue ici pour te mettre en garde.

— Dumbledore a dis que tu avais disparu…

— Je sais. Écoute-moi bien. Tu dois te méfier de Dumbledore. Je ne sais pas comment il réagira à l'avenir et peut-être que lui-même ne le sait pas. On ne peut lui faire confiance dès lors que Grindelwald et la Claviculae sont en jeu.

— La Claviculae ?

Emily s'approcha de Tom. Elle tendit une main claire et délicate vers le pendentif.

— Ton pendentif.

— Notre pendentif, corrigea Tom.

Emily eut un petit sourire couvert par un voile de tristesse.

— Non, ton pendentif Tom. C'est le tien. Le pendentif t'a choisi. Beaucoup d'hommes ont cherché à le soumettre à leur volonté, Grindelwald en a même fait son Horcruxe dans l'objectif d'en devenir le maître. Mais au final, c'est toi qu'il a choisi, Tom. Toi et toi seul. C'est beaucoup de responsabilité.

— Comment peux-tu en être aussi sûre ?

— Si le pendentif ne t'avait pas choisi, tu aurais cessé d'exister.

L'estomac de Tom se contracta violemment.

— Cessé d'exister ?

Emily opina. Sa peau se faisait plus diaphane, sa présence plus éthérée.

— Pourquoi ? Non, attends !

Mais Emily avait déjà disparu. Peut-être n'était-ce qu'un rêve dicté par les désirs de son inconscient.

Les bruits lointains d'une rumeur fiévreuse le tirèrent des limbes de Morphée. Le soleil printanier alors avec force et ses rayons transperçaient les carreaux pour projeter des flaques de lumière sur le sol de l'infirmerie. Encore embrouillé par les événements de la veille, Tom rassembla avec difficulté ses pensées. Emily était en vie. Ce n'était pas qu'un simple rêve. Du moins voulait-il le croire. Sa main se serrait sur son pendentif. La Claviculæ.

… mais maintenant, c'est ce gros joueur de Poufsouffle qui lui a pris le Souafle, je n'arrive pas à me souvenir de son nom, quelque chose dans le genre de Bibble... Non, Buggins...

— Il s'appelle Cadwallader ! dit le professeur McGonagall.

Cette intervention fut suivie de rire lointain. Un peu perdu, Tom croisa le regard de Ron, toujours à l'infirmerie. Ron lui adressa un sourire en retour.

— C'est Luna qui fait les commentaires du match, annonça-t-il d'un air réjoui.

Tom opina doucement, maudissant aussitôt ce geste. Une migraine tenace affectait son crâne. Puis, il haussa des épaules. Le Quidditch le laissait indifférent.

Emily vivait.

— Tu nous as fait une sacrée frayeur hier soir, poursuivit Ron au plus grand étonnement de Tom.

Si le rouquin avait fini par accepter sa présence – il lui avait quand même sauvé deux fois la vie – Tom ne s'attendait pas à ce qu'il s'émût de son sort.

— Tu es devenu transparent à un moment… Heureusement que Harry est arrivé ! Dès qu'il a attrapé ton bras, tu as repris consistance !

Transparent ? Cela coïncidait avec le moment où Tom s'était senti déchiré en deux, où Grindelwald espérait qu'il mourût… que son Horcruxe fût détruit… Soudain la lumière se fit. L'Horcruxe n'était plus le pendentif. Tom avait déjà perçu, à quelques reprises, les pensées de Grindelwald en 1941 et cela n'avait certainement pas cette intensité. Ce n'était alors que de vagues images, quelques sensations bien floues. Ce qu'il avait vécu la veille était bien plus vivace, plus effrayant aussi. L'influence Gryffondor bien plus forte… Bien sûr ! Lors de son impossible voyage temporel, le fragment d'âme avait dû quitter son récipient de pierre pour lui préférer celui de chair. Tom. Un horrible frisson le glaça jusqu'à la moelle. Transparent… C'était bien pire que cela… Il s'arrêta à ce point dans ses réflexions, terrifié par les implications qu'il entrevoyait.

— Je te crois, dit soudain Ron. Je ne sais pas pourquoi Dumbledore s'entête à dire que c'est de la faute à Tu-Sais-Qui, mais moi, je te crois. Et Harry aussi.

— Le jugement de Dumbledore est affecté dès lors qu'il s'agit de Voldemort, fit une tierce voix.

Tom sursauta. Il n'avait pas remarqué la présence de Hart, assise dans un coin, discrète et silencieux comme une nundu. Elle le dévisageait avec intensité, comme si d'un regard, elle avait pu percer à jour toutes ses intentions. Tom projeta sa magie autour de la jeune femme, pour la jauger, pour évaluer le danger qu'elle représentait. Il percevait à peine sa présence. Hart écarta négligemment l'inspection de Tom, par la pensée, sans effectuer le moindre geste. Elle se leva, son sourire insolent irrémédiablement fiché sur ses lèvres fines en dépit des grosses cernes qui lui mangeaient ses joues un peu trop creuses. L'Auror s'avança vers lui d'un pas souple et prédateur.

— $Pour lui, tu ne seras jamais qu'un mini-Voldy$, poursuivit-elle en Fourchelang d'un ton méprisant.

— $Je ne suis pas Voldemort!$ s'emporta Tom.

— $Je sais… je t'observe depuis suffisamment longtemps pour savoir que tu lui ressembles de moins en moins. Mais Dumbledore refuse de le voir, tout comme il refuse de voir que je ne suis pas la fille de Voldemort.$

Il y avait une telle rancœur dans ces dernières paroles, qu'elles eurent l'effet d'une gifle sur Tom. Elle le dévisageait avec une lueur inquiétante dans le regard. Une désagréable sensation assaillit Tom. Hart n'avait-elle agi que pas intérêt en lui sauvant la vie ?

— $Qui est votre père?$ demanda Tom en se faisant violence pour soutenir son regard.

Elle avait définitivement des projets pour lui.

— $Ca, je ne sais pas. Mais ce n'est pas Voldemort.$

Son sourire s'étira d'une horrible manière, comme si elle attendait la question depuis un moment.

— $C'est Voldemort lui-même qui me l'a dit, lorsque j'avais sept ans. Il tenait à mettre les choses au clair.$

Malgré toute sa volonté, Tom ne put masquer entièrement sa stupéfaction.

— Eh oh ! intervint Ron agacé. Il y en a ici qui ne sont pas Fouchelang.

Tom soupira. Certaines choses, telle la conversation qu'il avait avec Hart, ne devaient pas être criées sur tous les toits. Aussi, préféra-t-il changer légèrement de sujet.

— Et pour Grindelwald ?

Hart eut une moue amusée, accordant à peine un regard à Ron.

— $Aucun changement pour l'instant, toujours égal au pathétique vieillard qu'il est devenu.$

— Il n'avait pas l'intention de revenir immédiatement… la pomme devait avoir le temps de faire effet, répliqua Tom en anglais.

Avec satisfaction, il constata que c'était désormais l'irritante Auror qui attirait les regards noirs de Ron.

— $Je sais$, répondit-elle. $Et comme les gentils sorciers refusent de voir la vérité sur Grindelwald, j'ai dû me résigner à prévenir Voldemort.$

— $Vous avez quoi?$ s'exclama Tom atterré.

Loin de se troubler, Hart fit à peine l'effort de camoufler son ravissement.

— $Pas en personne, rassure-toi. Je sais seulement comment le contacter en cas de besoin$

— $Vous êtes Mangemort!$ s'emporta Tom.

Ron voulut encore une fois intervenir mais le regain de tension entre l'Auror et la version adolescente de Voldemort l'en dissuada. Hart venait de perdre son sourire agaçant pour laisser transpercer sa colère glaciale.

— $Non ! Je ne suis pas et je ne serai jamais Mangemort !$

— $Cela ne vous empêche pas de le contacter !$

— $C'est un mal parfois nécessaire$, répliqua Hart d'un ton sec.

Elle n'alla pas plus loin dans ses explications. Des bruits de pas se rapprochaient, ponctués par la voix furieuse de Pomfresh. Voyant que Dumbledore accompagnait également le blessé, Hart s'esquiva.

Tom apprit que durant le match, McLaggen avait, Merlin seul savait pourquoi, prit la batte de Peakes et frappé dans un cognard. Le cognard avait percuté Harry et c'était la raison pour laquelle Harry se trouvait à l'infirmerie, inconscient pour l'instant, un bandage autour de son crâne légèrement fêlé. Une fois rassurée sur l'état du Survivant, Dumbledore quitta les lieux, au plus grand soulagement de Tom.

— Et toi, Tom ? demanda Hermione avec anxiété. Ça va mieux depuis hier ?

— Ça irait encore mieux si j'avais la certitude que Grindelwald était inoffensif, répondit sombrement Tom.

— Mais Dumbledore a dit... tenta Hermione.

Voilà pourquoi Tom ne parlerait pas de son rêve à Hermione.

— Dumbledore peut se tromper, répliqua Susan qui avait accompagné Megan Jones au chevet de Harry.

Susan et Hermione se fixèrent avec une telle animosité que Tom jugea plus prudent de ne pas intervenir.

— Oui, peut-être, lâcha finalement Hermione en se saisissant de la main de Tom.

Tom fit de son mieux pour ne pas avoir l'air ennuyé. Même s'il aimait bien Hermione, il la trouvait étouffante. Les paroles de Susan lui revinrent alors en tête et il rougit malgré lui. Avait-elle dit tout cela pour le faire enrager ? Il était inutile de se leurrer, Tom s'était bien aperçu que les mœurs avaient changé.

Susan quitta finalement la pièce, non sans avoir au préalable jeté un sourire à Tom qui grimaça lorsque la main d'Hermione se contracta sur la sienne. Un peu plus tard, Hermione fut chassée de la pièce par Pomfresh, arguant que les malades avaient besoin de repos. Tom masqua difficilement son soulagement.

— La prochaine fois qu'elle vient, tu n'as qu'à faire semblant de dormir, suggéra Ron, l'ombre d'un sourire sur les lèvres.

Il ajouta à voix basse, sur le ton de la confidence.

— C'est ce que je fais avec Lavande.

Ah… voilà donc la raison pour laquelle Ron avait perdu de son animosité à son égard. Il soupçonnait une rupture proche. C'était la première fois que Tom songeait à rompre et il éprouvait de vives réticences. Même si les attentions de plus en plus pressantes d'Hermione le gênaient, il aimait qu'on s'intéressât à lui et détestait qu'on se détournât de lui.

— C'est compliqué les filles, hein ? dit Ron.

— Oh oui… soupira Tom.

La dernière fois qu'il s'était retrouvé à l'infirmerie, également accompagné de Ron, ils parlaient déjà de filles. D'Hermione pour être précis. De qui sortirait avec elle.

— Ça fait plusieurs jours que je cherche un moyen de rompre avec Lavande.

— Pourquoi tu ne le lui dis pas, tout simplement ? s'étonna Tom.

Il songea alors que sa réponse n'était pas tout à fait appropriée. Ron lui fixa d'abord avec des gros yeux avant de se laisser aller contre l'oreiller.

— Ce n'est pas aussi simple… Être plaquée par quelqu'un peut faire mal et je n'ai pas envie de lui faire mal.

Ah… Tom n'avait pas envisagé les choses sous cet angle. Effectivement, cela pouvait être gênant si Hermione, un membre éminent de l'AD et malgré tout, une personne dont il appréciait la compagnie, venait à concevoir une quelconque rancune contre lui.

— Donc, le plus simple, c'est que l'autre prenne la décision de partir, conclut Tom.

— Oui, mais comment ? demanda Ron de plus en plus intéressé.

Si Tom refusait toujours de céder aux avances d'Hermione, et que Ron se retrouvait libre, nul doute que la jeune fille finirait par se lasser et rejoindrait les bras du rouquin. Restait Lavande.

— Il faut que Lavande te quitte… après je pense que Hermione ne tardera pas à sortir avec toi.

Tom éprouvait une certaine répugnance à se savoir quitté pour les bras d'un autre, mais l'attitude d'Hermione l'oppressait de plus en plus et l'angoisse montait en lui à chaque fois qu'il risquait de se retrouver seul en sa compagnie. Ami, c'était mieux finalement.

— Reste à savoir comment pousser Lavande à te quitter.

Si quelques mois – ou plutôt quelques décennies – auparavant, on avait dit à Tom qu'il passerait du temps à parler de filles, avec un Gryffondor qui plus est, à réfléchir à la manière dont on pouvait s'en séparer (autrement qu'en les terrifiant, ce qui marchait pourtant remarquablement bien dans les années 40 pour se dépêtrer des groupies), il aurait certainement ri.

— Sérieux… vous vous entendez ? murmura Harry qui émergeait de l'inconscience.

Au-dehors, le ciel était d'un bleu indigo strié de traînées cramoisies, annonciatrices d'une nuit proche.

C'est gentil de passer nous voir, dit Ron avec un sourire.

Harry leva la main et des doigts effleurèrent un épais turban de bandage.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Fêlure du crâne, répondit Madame Pomfresh en intervenant pour le repousser sous ses oreillers.

Les dernières nouvelles, à savoir la défaite écrasante de Gryffondor face à Poufsouffle, le fit entrer dans une colère des plus noires, peu digne de l'Elu.

Remarquable, dit Harry avec une sorte de sauvagerie dans la voix. Vraiment remarquable ! Quand j'aurais mis la main sur McLaggen...

Tom se demanda avec inquiétude quelles étaient réellement les intentions de Harry vis à vis de McLaggen. S'il avait accepté de perdre quelques illusions quant à la pureté de cœur des défenseurs de la lumière, Tom répugnait à voir Harry tuer quelqu'un pour une raison aussi futile qu'un match de Quidditch.

— Façon de parler, précisa Harry en percevant le trouble de Tom.

— Ah… je préfère ça quand même, avoua-t-il.

La remarque eut l'avantage de calmer un peu la colère que Harry qui dériva alors sur un autre sujet qui l'obsédait ses derniers temps : Drago Malefoy. Peu avant le match, Harry avait perçu que Voldemort avait appris l'incident de la veille et Harry soupçonnait Malefoy d'en être l'informateur. Ou Rogue. Tom décida alors de leur rapporter la conversation qu'il avait eue avec Hart, non sans avoir lancé un « assurdiato » préalable dans la direction du bureau de Madame Pomfresh. Les deux Gryffondor l'écoutèrent d'un air grave.

— Flippant, conclut Ron. Entre Grindelwald, un ancien mage noir qui menace de revenir, une Auror qui est certainement la fille de Cryoncardia, une autre mage noire, et assure que son père n'est pas Voldemort alors que dans le même temps, elle communique avec lui. Flippant.

Tom acquiesça et se maudit aussitôt pour son geste. Il se laissa retomber sur l'oreiller moelleux, soudain envahit par une nouvelle faiblesse.

— Tu oublies Dumbledore qui refuse de croire au rôle de Grindelwald, ajouta sombrement Harry. Je ne comprends pas pourquoi… je lui ai pourtant dit que… Enfin que…

Harry se tourna vers Tom, se tortillant les doigts de manières soudain incertaines.

— Je crois que si Voldemort était vraiment en cause, je l'aurais senti à ton contact. Ma cicatrice aurait dû me brûler. Au moins par sa volonté de meurtre. Mais rien. Pourtant, mettre en place un stratagème aussi élaboré, et vouloir tuer son double aurait dû éveiller des émotions suffisamment vives pour m'en alerter. Il y a plus. Quand Voldemort a appris ce qui s'est produit, il était d'abord très surpris puis… inquiet. Inquiet à l'idée que Grindelwald retrouve ses forces bien sûr, mais aussi, je crois qu'il était inquiet pour toi.

— C'est vrai que si je suis abîmé, il ne pourra plus m'utiliser, railla Tom en fermant ses paupières quelques instants.

Ces quelques instants durèrent plus longtemps que prévu, car il faisait nuit noire lorsque les cris aigus de deux elfes de maison se chamaillant tirèrent Tom de son sommeil. L'un était vêtu d'un pull violet, rétréci, et coiffé de plusieurs bonnets de laine, l'autre portait un vieux chiffon crasseux noué comme un pagne autre de ses hanches. Il y eut un nouveau bang et Peeves, l'esprit frappeur, apparut dans les airs, au-dessus des elfes qui s'empoignaient.

— J'étais en train de regarder ça, Potty, tu m'as dérangé ! dit-il à Harry d'un ton indigné en montrant la bagarre du doigt.

Il se mit alors à caqueter de rire… avant de se figer d'horreur. Baguette à la main, Tom se laissa aller à un large sourire, satisfait de son bloclang informulé. Peeves porta les mains à sa gorge, laissa échapper un hoquet puis fila hors de la salle en lui adressant des gestes obscènes, mais incapable de parler à cause de sa langue qui venait de se coller à son palais.

Il faudra que tu nous apprennes quelques-uns de tes sorts, dit Ron d'un ton appréciateur.

— Ils sont assez pratiques, reconnut Harry qui avait utilisé l'assurdiato sur Pomfresh une nouvelle fois.

Pour l'instant, Harry était surtout occupé à séparer les deux elfes, Dobby et Kreattur, qui brûlaient encore de l'envie de se sauter au cou.

Le maître m'a appelé ? croassa Kreattur.

Il s'inclina de manière servile, avec une certaine ironie, mais le regard qu'il jeta à Harry était un effroyable concentré de haine.

— Oui, répondit Harry. J'ai un travail pour vous deux. Je veux que vous suiviez Helena Hart. Je veux savoir où elle va, qui elle rencontre et ce qu'elle fabrique. Je veux que vous la suiviez vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

— Oui, Harry Potter s'exclama Dobby dans une attitude d'adoration purement pathétique. Et si Dobby ne donne pas satisfaction, Dobby se jettera de la plus haute tour du château, Harry Potter !

— Ce ne sera pas nécessaire, ajouta précipitamment Harry.

Harry donna alors des instructions extrêmement précise pour éviter que Kreattur ne détournât ses ordres. Résigné, le vieil elfe de maison finit par obtempérer. Harry souffla une fois que les deux créatures eurent disparu et entreprit se recoucher, rabattant draps blanc cassé et couvertures orangées.

— Harry, il y a autre chose que je dois te dire, dit Tom un peu mal à l'aise.

Surpris, Harry leva ses yeux verts vers l'ancien Serpentard.

— Lorsque j'ai perçu les pensées de Grindelwald eh bien… il se référait à moi comme étant son Horcruxe. Je crois – et j'ignore comment il a pu apprendre cela, ou comment il a pu apprendre mon existence – que le fragment d'âme du pendentif est venu me parasiter lors de mon arrivée ici. C'est pour cela que j'ai pu percevoir ses pensées et c'est aussi pour cela que la pomme d'or m'a fait aussi mal. Il voulait m'arracher ce fragment qui fait désormais partie de moi. Je ne sais pas comment mais… eh bien, la pomme a guéri l'âme de Grindelwald et elle est désormais entière, ce qui est heureux pour moi parce que… je crois…

Tom inspira, évitant le regard horrifié des deux Gryffondor.

— Je crois que ce morceau fait partie de moi et que, sans lui, je cesse d'exister.

Les mises en garde d'Emily tournait furieusement dans son cerveau. Cependant, il préféra taire son rêve. Il n'avait pas confiance à Ron, et Harry se fiait trop à Dumbledore. Tom inspira à nouveau, rassemblant tout son courage, il releva la tête pour fixer Harry.

— Je crois aussi que si tu peux percevoir les pensées de Voldemort, c'est parce que, lorsqu'il a tenté de te tuer, une partie de lui-même est tombée dans toi et cette partie, représentait par ta cicatrice, est un fragment d'âme. Tu portes en toi un Horcruxe de Voldemort sauf que… tu ne fais que le porter, toi. Il ne fait pas partie intégrante de toi.

Une nouvelle colère agitait Harry qui opina sombrement, sans remettre en doute les paroles de Tom. Ron, lui, restait sans voix.

— Demain, j'irai parler à Dumbledore, conclut Harry d'une voix glaciale.

Dumbledore avait-il prévu que Tom parvînt à de telles conclusions ? Peut-être. Dès les premières lueurs, Harry partit à sa recherche, en vain. Dumbledore s'était à nouveau absenté. Pour autant et malgré la fureur toute compréhensible de Harry (on lui avait quand même caché qu'il était un Horcruxe de Voldemort !) Tom était d'une bonne humeur remarquable et inexplicable pour son entourage. La certitude qu'Emily était encore vivante en était probablement la cause, effaçant par là tout effroi qu'il aurait pu concevoir en apprenant que son existence était en sursit ou qu'un fragment d'âme de Grindelwald faisait partie intégrante de lui. Bien sûr il y avait la possibilité que son humeur soit affectée par celle de Grindelwald, mais il préférait ne pas y songer. Bien sûr, la légèreté que ressentait Tom n'avait aucun lien avec la nouvelle que lui annonça Susan en cours de rune :

— J'ai rompu avec McLaggen, dit-elle avec sourire. Il s'est vraiment comporté comme le dernier des imbéciles lors du match de Quidditch.

Tom peina à cacher son soulagement. Enfin cette grosse brute de McLaggen ne tournerait plus autour de Susan (et s'il s'aventurait à l'embêter, Tom était déterminé à lui casser la figure). Bien sûr, ce ne fut pas du tout au goût d'Hermione qui cherchait de plus en plus de prétexte pour entraîner Tom seul dans la salle-sur-demande (heureusement, Malefoy la monopolisait la plupart du temps).

Au contraire, Harry se montrait de plus en plus ombrageux à mesure que les jours passaient et que Dumbledore demeurait introuvable. Harry avait même changé la mission de Dobby, lui demandant de le prévenir dès qu'il apercevrait le vieux directeur. Le Survivant passait tout son temps libre (ce qui était très peu, compte-tenu de la masse de travail que leur assénaient les enseignants) à fureter dans les couloirs dans l'espoir de surprendre ou Malefoy (voire Rogue) en flagrant délit d'activités mangemoresques, ou Hart dans une quelconque situation pouvant les informer à son sujet, ou Dumbledore pour l'interroger sur sa nature d'Horcruxe. Tom lui-même aurait dû ressentir de la colère ou du dégoût de savoir que Grindelwald avait laissé traîner un morceau d'âme en lui, mais outre le fait qu'il se sentait plus différent que jamais de Voldemort, Harry éprouvait suffisamment de colère pour deux. Paradoxalement, la fureur de Harry avait un effet apaisant sur Tom qui s'efforçait de tempérer les sautes d'humeur de son ami. Il était d'ailleurs bien l'une des rares personnes à le supporter, découvrant non sans étonnement qu'un Harry en colère effrayait tout autant le commun des élèves qu'un Tom en colère. Quant à Ron, il comptait sur le sale caractère du Survivant pour faire office d'épouvantail à Lavande – et ça marchait plutôt bien. Lavande ne tarderait pas à le quitter, donc Hermione libérerait Tom qui pourrait enfin respirer.

— $Je viens de parler à Hart$, lui annonça Harry qui revenait d'un entraînement de Quidditch un peu crotté, s'attirant des regards noirs de Madame Pince.

Tom était à la bibliothèque avec Hermione et Théodore, où ils effectuaient leur devoir d'arithmancie. Vector avait décidé d'être particulièrement sadique. Même Hermione éprouvait des difficultés et les brouillons se couvraient de calculs alambiqués plus sûrement que Mimi Geignarde inondait ses toilettes. Honnêtement, Voldemort aurait pu choisir une autre victime qui ne se serait pas transformé en agaçant ectoplasme.

— $Ah ?$ dit Tom alors que Hermione et Théodore enfonçaient leur nez dans les calculs, peu enthousiaste à l'idée d'affronter la mauvaise humeur du Survivant.

Fatalement, à force de roder chacun de leur côté dans les couloirs, Hart et Harry venaient à se croiser.

— $On a parlé de Rogue$.

Tom eut le pressentiment d'un plan foireux.

— $C'est lui qui a entendu la prophétie de Trelawney et l'a rapporté à Voldemort.$

Gagné.

— $Dumbledore le savait depuis le début et il a tout de même accepté Rogue. Rogue est le responsable de la mort mes parents, mais Dumbledore lui a pardonné. Et sais-tu pourquoi? Parce qu'il serait amoureux de ma mère et qu'il regrettait sa mort à elle. Mon père aussi est mort ce jour-là ! Et Voldemort cherchait à me tuer. Mais tout ça, c'est un détail, bien sûr !$

— $Je ne sais pas si l'on peut croire tout ce que dit Hart. Elle ne m'inspire pas confiance.$, soupira Tom en jetant un coup d'œil discret aux calculs d'Hermione et en corrigeant une de ses erreurs.

— $Moi non plus, mais elle n'est pas Mangemort, ça j'en suis certain$

— $Ça ne l'a pas empêchée de contacter Voldemort pour lui rapporter l'histoire de la pomme.$

— $Peut-être qu'elle avait une bonne raison pour le faire. Parce que Dumbledore ne semble pas beaucoup se préoccuper de l'histoire.$

— $Et peut-être au contraire est-il en train d'enquêter sur l'affaire$, répliqua Tom avec agacement.

Il venait de perdre son idée de calcul. Il raya rageusement sa dernière ligne.

— $D'abord l'évasion d'Eleusis, puis cette histoire de pomme... Quoiqu'il ait pu prétendre devant nous, je pense que Dumbledore est conscient de la menace potentielle de Grindelwald.$

En vérité, Tom n'y croyait pas vraiment et il trouvait franchement bizarre de défendre Dumbledore devant Harry. Néanmoins, la dernière chose dont il avait besoin c'était que, sous l'effet de la colère, Harry se précipitât dans les griffes de Voldemort. Pas après tout ce travail pour gagner sa confiance. Tom reposa sa plume et fixa Harry droit dans les yeux. Il invoqua ses dons de manipulateur pour tempérer la nature impulsive du Survivant :

— $Écoute, je comprends que tu lui en veuilles de t'avoir caché ta nature d'Horcruxe mais aussi le rôle de Rogue dans la mort de tes parents. C'est normal, tu lui faisais confiance, tu pensais qu'il t'avait tout révélé après l'incident du Département des Mystères. Mais voilà, tu réalises qu'il te traite toujours de la même façon, qu'il te manipule, qu'il te prépare comme une arme contre Voldemort ne te donnant les informations qu'au compte-goutte et tu te demandes ce qu'il te cache encore. Et... Très bien Harry, tu as gagné, je n'arrive pas à le défendre$.

Ou plutôt, Tom ne cherchait pas à le défendre. En allant dans le sens de Harry, il savait qu'il apaiserait quelques peu ses nerfs à fleur de peau.

-$Tu oublies$, poursuivit Harry, $tant que je suis son Horxrcuxe, on ne peut pas le tuer. L'un ne pourra vivre tant que l'autre survivra…$

Harry renifla avec mépris.

— $Plutôt l'un ne pourra mourir tant que l'autre survivra$

— $Nous ne sommes pas obligés de tuer Voldemort… il reste le baiser du Détraqueur ou, plus humainement, l'enfermer à Azkaban, ce qui laissera bien le temps de trouver une solution à ce problème$

L'argument fit mouche. Simplement suggérer que le meurtre n'était pas une fatalité. Harry hocha de la tête.

— $Tu as raison… Je me demande où tu trouves tout ce calme. Tu es encore plus affecté que moi par cette situation d'Horcruxe.$

— $Je ne sais pas… Grindelwald se retrouve avec un fragment surnuméraire, fragment qui fait désormais partie intégrante de moi dont je ne peux simplement me séparer sous peine de cesser d'exister. Peut-être que ce fragment ne lui appartient plus, mais appartient à moi désormais, même si je reste un peu en liaison avec lui. Et le quartier de pomme… Vector y a mit de ton sang… je pense que c'est précisément ce qui m'a sauvé mais aussi ce qui a provoqué la colère de Dumbledore.$

Tom était parvenu à ses conclusions le matin même et il espérait que Harry eût une théorie à ce sujet. Le Survivant soudain pensif tira une chaise à lui et se plongea dans d'intenses réflexions. Tom poursuivit alors ses calculs, quelques coups d'œil au brouillon d'Hermione aidant grandement. Il était incapable de décrypter le brouillon chaotique de Théodore.

— $Je crois que j'ai compris$ murmura Harry atterré.

Tom releva la tête. Les informations à venir promettaient d'être intéressantes.

— $Je m'étais toujours demandé pourquoi Dumbledore avait eu une lueur de satisfaction en apprenant que Voldemort avait pris de mon sang lors du rituel… Voldemort a pris mon sang en croyant que cela le renforcerait. Il a fait entrer dans son corps une minuscule part de l'enchantement que ma mère a placé en moi lorsqu'elle est morte pour me sauver. Voldemort garde dans son corps la trace de ce sacrifice et tant que l'enchantement sera vivant, moi aussi et… à présent, peut-être toi aussi. Je veux dire… Je crois que je ne peux pas mourir tant que Voldemort vivra dans ce corps et…$

— $Peut-être moi aussi à présent$, murmura Tom réalisant qu'il était peut-être devenu presque immortel sans avoir rien fait.

Ce qui le mit profondément de bonne humeur. Cependant, sa bonne humeur retomba quelques jours plus tard, grâce à l'aimable participation de Rogue. Et de Cornfoot qui posa la question probablement en suivant les instructions de McLaggen. Le détestable Gryffondor vouait une véritable haine à Tom et Harry à qui il reprochait respectivement sa rupture avec Susan et son expulsion de l'équipe de Quidditch.

— Les sorginek, commença Rogue en masquant difficilement sa satisfaction de répondre à une telle question, ont toujours eu une réputation assez sulfureuse. À la différence des sorciers qui manipulent la magie à distance au travers d'une baguette magique, les sorginek s'immergeaient directement dans ce qu'ils appelaient le Nisir. Leurs émotions guidaient l'usage de la magie si bien qu'à moins de posséder une discipline mentale et une volonté de fer, ils se laissaient emporter par les courants fluctuants du Nisir. Trop souvent donc, les puissants sorginek se sont révélés instables et chaotiques. On compte parmi eux les pires des mages noirs. Dans le cas extrême, ce sont plus des monstres que des hommes. Ils vivent dans l'instant et dans l'inconséquence. Il n'y a alors plus aucune barrière ils agissent selon leur désir et leur dangereux sentiment de toute puissance. C'est probablement ce qui a mené leur civilisation à leur perte. Au fil des siècles, ils ont oublié leur culture, les connaissances des anciens, négligeant l'apprentissage long et délicat de leur art pourtant puissant pour se réfugier dans l'immédiateté. Leur proximité avec la magie leur donnait le sentiment que tout leur était dû, tout de suite. Si bien que les importants changements qui ont affecté l'Europe au XVIIIème et au XIXème siècle ont achevé de disperser les reliquats de la société Sorga.

— Mais il en existe encore, non ? demanda Zacharis Smith. Je veux dire, même si leur société a disparu, il en naît encore de nos jours ?

Son regard s'égara ostensiblement sur Harry et Tom. Les petits yeux perçant de Rogue appuyèrent dans la même direction.

— En effet, mais ceux-ci vivent bien souvent dans les franges les plus obscures du monde magique. Il arrive qu'ils errent en meute, plus comme des fauves qu'en humains civilisés. Le contact trop proche et trop prolongé avec la magie laisse des séquelles indélébiles aussi bien sur le corps que l'esprit.

— À quoi reconnaît-on un sorgin ? dit Bullstrode d'une petite voix tout en fixant Tom d'un air effrayé.

— Le premier signe est sa capacité à utiliser la magie sans baguette. Un sorgin bien entraîné est capable de tenir tête à un sorcier lors d'un duel. En revanche, un sorgin ne peut utiliser de baguette magique.

Tom s'agita nerveusement sur sa chaise alors qu'il sentait les regards converger vers lui.

— Un second signe est également sa propension à s'évanouir en hurlant. Réelle ou non, les visions sont fréquentes chez les sorginek. Encore une conséquence de leur proximité avec la magie : ils sont plus sensibles à ses fluctuations et entendent mieux ce qu'ils appelaient « le chant du Nisir ». C'est un symptôme de plus de l'instabilité mentale qui les menace.

Cette fois, ce fut Harry qui catalysa l'attention. Indifférent au reste de la classe, le Survivant jetait un regard brûlant de haine à Rogue. Il y avait quelque chose de terriblement menaçant. Harry irradiait d'une telle aura de fureur que cela en devenait presque douloureux pour Tom assis juste à côté. Il inspira tout en essayant de prendre ses distances avec la magie.

— Un troisième signe, poursuivit Rogue sans se troubler mais avec une grande satisfaction, est sa capacité à parler avec les serpents ou, beaucoup plus rarement, les dragons. Vous avez certainement entendu dire que les Fourchelang avaient une mauvaise réputation. Tout cela est simplement dû au fait que la majorité d'entre eux étaient sorginek – lorsque le Fourchelang était un caractère inné – ou des sorciers, principalement des mages noirs, qui les avaient beaucoup fréquentés – lorsque le Fourchelang était un caractère acquis. Il pouvait également arriver qu'un sorcier, c'est à dire un magicien pratiquant la magie avec baguette, ait la capacité innée d'être Fourchelang. Très souvent dans ces cas-là, on se trouve en présence d'un sorcièro-sorgin ou d'un sorgineko-sorcier, selon que le magicien soit plus porté sur la magie avec ou sans baguette. La limite est assez floue et peut changer en fonction de l'histoire du magicien, selon l'art qu'il aura travaillé préférentiellement durant son enfance et jusqu'à l'âge d'une vingtaine d'années à partir duquel son métabolisme magique est fixé. Cependant, ces magiciens mixtes ont souvent pour autre caractéristique d'être plus puissant que la moyenne.

Rogue se tut et un silence pesant s'abattit sur la salle de classe plongée dans la pénombre. Comme à son habitude, fuyant le soleil avec plus d'assiduité qu'un vampire, Rogue maintenait les rideaux sauvagement fermés. Cela n'empêchait pas Tom de ressentir les attentions de ses camarades où perçaient tantôt la curiosité, tantôt la méfiance et parfois la frayeur. Ou bien l'horreur. Il garda la tête haute. Cela lui rappelait un autre temps. Non pas celui où il portait le vert et argent et où il exerçait un certain magnétisme mêlé de crainte sur son entourage, mais plutôt celui où il se trouvait à l'orphelinat. Tom serait toujours exceptionnel.

Inconsciemment, il se rapprocha de Harry malgré son aura qui irradiait par vague de haine brûlante.

— Professeur, demanda Cornfoot d'une voix hésitante, est-ce que euh... Vous-Savez-Qui est...

Il n'osa pas terminer sa question mais tous en comprirent le sens. Rogue fixa d'un air impénétrable le Serdaigle qui se ratatina sur sa chaise. Puis il reporta son attention sur Tom qui fut écrasé par l'aigreur de l'enseignant.

— Peut-être. Il est difficile de savoir. Beaucoup de mystère entoure son origine.

Le Mangemort ou infiltré préférait ne pas trop se compromettre sur ce point.

Tom accueillit la fin du cours avec soulagement. Il rangea ses affaires dans la précipitation à la différence de Harry qui prenait tout son temps si bien qu'il dut faire face à un délicat dilemme : attendre Harry ou bien fuir au plus vite. Il croisa les regards épouvantés de Lavande Brown et des sœurs Patil. Il choisit la deuxième option.

— Rogue est vraiment infect, murmura Hermione sitôt qu'elle l'eut rejoint.

Alors qu'ils quittaient la salle de classe sous les murmures des élèves, Hermione voulut glisser sa main dans celle de Tom. L'adolescent se dégageant brusquement.

— Laisse-moi ! siffla-t-il avec hargne.

Avant que Hermione, stupéfaite, n'eût le temps de réagir, Tom s'était déjà enfui en courant.

OoOoOoO

De gros nuages sombres se massaient dans le ciel. La lueur vespérale prenait des teintes violacées menaçantes. Déjà quelques éclairs illuminaient l'horizon d'une lueur syncopée.

Voldemort se tenait au bord de la falaise. En contre-bas, les rochers acérés transperçaient les vagues blanchâtres d'écumes. Le fracas du ressac étouffait le tonnerre encore lointain. Distraitement, le mage noir broya entre ses doigts les feuilles grasses d'un buisson maritime. Un souffle tiède l'enveloppa, chargé de relents âpres, prémisse de la tempête à venir.

Grindelwald reviendrait. C'était à présent une certitude. Potter était son Horcruxe. Cela aussi, c'était une certitude. Enfin, son jeune double avait été choisi par la Claviculae. C'était cette fois-ci, une quasi-certitude. Chacun de ces faits était préoccupant. Mis en commun, ils devenaient véritablement effrayants. Tout ceci ne pouvait être un hasard, Voldemort en avait conscience. Quant à Dumbledore… que cherchait-il ? Voldemort n'avait que des suppositions à ce sujet. Aucune n'était réjouissante. Ajouter à cela, des rumeurs inquiétantes glanaient ci et là. La prise du pouvoir devenait bien la dernière de ses priorités.

En vérité, Voldemort ne s'était pas senti aussi désemparé depuis 1952. Alors en pleine guerre contre l'Alchimiste des Ombres, les Cinq venaient d'essuyer de terribles pertes. Parmi leurs morts, on comptait leur meneur, Meginhard, ainsi que deux amies proches du jeune homme qu'il était alors : Eutropia Grayson et Callidora Nott.

— Tu me sembles bien pensif, murmura une voix féminine derrière lui.

Voldemort n'eut pas le temps de réagir : il se retrouvait déjà violemment projeté à terre. Sonné, il dévisagea la sorcière de haute taille, au teint pâle et aux traits lourds, qui le menaçait de sa propre baguette.

— Tu te ramollis, cher cousin, constata Eleusis avec une expression neutre sur le visage. Tu n'es plus assez vigilant.

Voldemort amorça un mouvement pour se relever. Eleusis l'en dissuada en agitant sa baguette. Le mage noir s'immobilisa. Intérieurement, il bouillonnait de rage.

— Pourtant, poursuivit sa cousine, tu devais te douter que tôt ou tard, je chercherais à te retrouver. Mais voilà, comme toujours, tu te considères comme étant tout puissant. Ta trop grande foi en tes pouvoirs sera ta dernière erreur, sais-tu ?

— Et ta trop grande foi en Grindelwald sera la tienne. Que veux-tu Eleusis ?

La sorcière se fendit d'un sourire. À l'instar de son père, Morfin Gaunt, elle était affectée d'un léger strabisme divergent. Quant à ses cheveux, noirs parsemés de quelques fils blancs, ils descendaient en une masse très raides jusqu'au milieu de son dos.

— Seulement discuter avec mon cousin. Qu'y a-t-il de critiquable à cela ?

Voldemort ne répondit rien, guettant la moindre ouverture. Il avait cruellement conscience qu'au corps à corps, sa cousine le surpassait. Il avait bien une seconde baguette, mais comment s'en saisir alors que sa cousine épiait le moindre de ses gestes ? Voldemort pestait intérieurement de s'être fait si facilement surprendre.

— Pourquoi ne voudrais-je pas te rencontrer ? Cela fait bien des années que nous ne nous sommes pas vu. Cinquante et une pour être précise. Depuis que je me suis retrouvée à Nurmengard par ta faute.

Voldemort n'en éprouvait aucun remord.

— Je sais que pour toi, la notion de famille n'a jamais eu beaucoup de signification. Peu importe, trancha Eleusis en se plantant devant Voldemort. Je ne suis pas là pour remuer notre vieille querelle mais pour te faire une proposition. Comme tu t'en doutes, ce n'est plus qu'une question de temps avant que Gellert ne revienne. Comme il ne souhaite pas perdre du temps et de l'énergie dans une lutte stérile, il est prêt à pardonner ta trahison à condition que tu ne t'opposes pas à ses projets.

— Tant que ses projets sont compatibles avec les miens, je ne vois pas pourquoi je gaspillerais mon temps à cela.

Un sourire mi-condescendant, mi-amusé passa sur les lèvres fines d'Eleusis.

— Tu te trouveras une excuse pour intervenir. Tu as toujours aimé cela. Contrecarrer les plans des mages noirs. C'est plus fort que toi. Gellert veut bien te laisser le bénéfice du doute. Mais je sais que tôt ou tard, tu céderas. Tu as ça dans le sang, tout comme Meginhard. Tout comme ton jeune double. Ton jeune double justement. Gellert le veut, vivant.

— Eh bien je lui souhaite bonne chance pour parvenir à le capturer, jeta Voldemort avec ironie.

Eleusis soupira, un air désolé sur son visage soudain illuminé par un éclair plus proche que les autres. De grosses gouttes de pluie commencèrent à tomber.

— Tu t'y opposeras et tu le sais très bien. Tu ne pourras pas supporter l'idée que Grindelwald le tienne en sa possession.

— Encore faudrait-il qu'il parvienne à le capturer, ce dont je doute. En 1942, tu n'y étais parvenu que parce que j'avais eu l'imprudence de m'aventurer seul hors de Poudlard. À présent, très ironiquement, Potter a décidé de le placer sous sa protection. Et il est assez dangereux de le sous-estimer.

— J'ai entendu dire, oui, renifla Eleusis avec une pointe moqueuse.

Voldemort la foudroya du regard. Guère troublée, Eleusis lui lança sa baguette qu'il attrapa au vol.

— Je te laisse y réfléchir, cher cousin, déclara-t-elle avant de disparaître.

Voldemort resta immobile, à même le sol, sous la pluie qui gagnait en puissance à chaque instant. Lorsqu'il se releva enfin, sa robe détrempée par les trombes d'eau glaciale lui collait à la peau. Il n'y accorda pas la moindre attention. Le tonnerre claqua.

Potter avait certainement vu la scène. Voldemort savait se montrer pragmatique. En un sens, c'était préférable, même s'il détestait cela. Potter serait averti. Car Voldemort ne pouvait compter sur Dumbledore pour protéger son jeune double de Grindelwald. Voldemort ignorait même vers quel camp pencherait le cœur de Dumbledore. Une terrible pensée l'assaillit alors : et si Grindelwald apprenait que Potter était son Horcruxe ?

Le vent emporta au loin le cri de colère que poussa Voldemort. Pourquoi le sort s'acharnait-il ainsi contre lui ?

Le mage noir se mit à faire les cent pas nerveusement. Non, tenta-t-il de se rassurer, Dumbledore s'était trop attaché à Potter pour risquer sa vie. Vraiment ? Dans ce cas pourquoi le traiter comme une arme en devenir ? Dumbledore avait toujours apprécié manipuler les pions pour ce qu'il croyait être un plus grand bien. A plusieurs reprises, Voldemort avait été témoin des dommages collatéraux qu'impliquaient ses plans retords. En dépit de la malédiction, Dumbledore s'acharnait à engager chaque année un nouveau professeur de Défense – même si cela revenait à une condamnation à mort – alors qu'il suffisait de fermer le poste, d'attendre un an ou deux, et de créer un poste à l'intitulé différent. Mais pourquoi laissait vivre un enfant que l'on savait pertinemment être l'Horcruxe d'un des plus terribles mages noirs que la terre eût jamais portés ? À cause de la prophétie ?

Et lui, qu'avait-il de mieux à faire ? Tenter une nouvelle fois de capturer Potter et son jeune double pour les mettre hors de porter de Grindelwald ? Ou bien compter sur leur aptitude à enquiquiner les mages noirs ? Pouvait-il prendre un tel risque alors qu'ils se trouvaient à la portée de Dumbledore ?

Potter. Son Horcruxe. Et Tom, son jeune double. Tous trois étaient liés. Tous trois...

Des récits passés lui revinrent en mémoire, des mythes effrayants qui tournaient au tour de la Claviculae. Les mises en garde de Meginhard résonnaient dans son esprit. Le pendentif qui reconnaît soudain un porteur, trois sorciers liés. Simple hasard ou terribles implications ? Voldemort prit alors une grave décision. Une décision qu'il n'aurait jamais cru prendre.

Dans un premier temps, il se transplana à l'abri du manoir Malefoy, se sécha d'un rapide sort et s'installa dans un fauteuil à proximité de la cheminé où crépitait un feu chaleureux. Il verrouilla la pièce. Puis, profondément concentré sur le lien ténu qui le parasitait depuis des années, Voldemort forma très distinctement une phrase dans son esprit.

« Sois prudent Potter. Il se peut que Dumbledore soit lié à Grindelwald. Ils ont été amants dans le passé »

Si l'étonnement de Voldemort quant à sa propre attitude était déjà grand, il augmenta encore lorsqu'il obtint une réponse.

« Je sais »


Voilà, voilà... Le prochain chapitre s'intitule "la requête de Lord Voldemort", écrit un dimanche de décembre 2011 où j'étais censée réviser mes partiels.