J'avais un peu disparu des radars pour terminer la rédaction de la fic et être certaine de la direction où j'allais. Bref, il me reste un chapitre à terminer, puis trois scènes distinctes d'épilogue. Et puis ça sera fini ! J'avoue, ça fait un peu bizarre dans ma tête. Et donc, je peux vous dire qu'il y aura 23 chapitres + épilogues

Palladin : Et oui, la fic avance et maintenant, je suis absolument certaine qu'elle ira jusqu'au bout ! Contente qu'elle te plaise toujours autant ! C'est vrai qu'il y a quelques jeux d'alliances. Quant aux relations multiples, yep, carrément !

Note : En italique les extraits de HP6 (vu que c'est une fic alternative au tome 6). Double titre du chapitre : titre du chapitre présent/titre de HP6 correspondant. $Fourchelang$. En souligné, communication par télépathie ;)


Chapitre 14 : la requête de Lord Voldemort

Pendant de longs mois, Tom avait cru que la crainte inspirée aux étudiants de Poudlard lui manquait. Il se trompait.

Les murmures qui secouaient les sixième année en sortie de cours de Défense contre les forces du Mal grossirent pour devenir des bruits de couloirs pour enfler encore jusqu'à ce que tout Poudlard bruissât aux rythmes des plus effroyables rumeurs. Dès que Harry et Tom quittaient leur dortoir, les regards convergeaient vers eux, parfois curieux, souvent effrayés et plus rarement hostiles. Le plus étrange était la répartition des réactions selon les maisons : contre toute attente, les curieux étaient les Serpentard et les hostiles, parfois Gryffondor, souvent Poufsouffle.

— Il arrive régulièrement qu'un sorgin ou un sorcier à tendance sorgin naisse parmi les familles Sang-Pur, expliqua un jour Théodore alors que Justin s'emportait contre la réaction de sa propre maison.

Susan, Justin, Théodore et Tom travaillaient ou du moins en donnaient l'illusion, assis au bord du lac pour profiter des premiers rayons de soleil printanier. Les insectes bruissaient de toutes parts, voletant entre les fleurs qui avaient éclos çà et là. Cependant, le vrombissement de leurs ailes ne parvenait pas à atténuer le caquètement agaçant d'un groupe de Poufsouffle de première année qui épiait Tom.

— Drago par exemple, a des tendances sorga et je crois qu'il a une cousine portugaise qui est sorgin. Ce n'est pas une chose que l'on aime ébruiter mais... eh bien, cela arrive et en général, on a tendance à dire « mieux vaut un sorgin qu'un cracmol ». Beaucoup de nés-de-moldus au contraire, ne connaissent les sorginek qu'au travers des histoires effrayantes que l'on raconte à leur sujet.

— Mais enfin... ils connaissent bien Tom et Harry ! rappela Justin.

— Dois-je te faire la liste de toutes les rumeurs qui ont couru sur Harry ? soupira Susan. Tantôt le garçon qui a survécu, tantôt l'héritier de Serpentard, tantôt un menteur, tantôt un détraqué, tantôt jouant un rôle obscur dans la mort de Diggory.

— Oui mais... et l'AD ?

— Va dire ça à Smith, renifla Théodore.

Zacharis Smith s'en donnait à cœur joie pour alimenter les bruits les plus effrayants sur Harry qu'il détestait cordialement.

— Seule une minorité des élèves de Poudlard fait partie de l'AD, ajouta Susan.

— Et Tom ? tenta Justin. Je veux dire, ils ne sont pas censés savoir qu'il est le double de Voldemort.

— Il a tenu tête à Voldemort en combattant sans baguette. Et il ne fait rien pour arranger les choses...

Susan donna une petite tape à l'arrière du crâne de Tom qui lui jeta un regard courroucé.

— Cesse d'effrayer les première année. Après tu vas encore te plaindre des horribles rumeurs qui courent à ton sujet.

Effectivement, alors que Justin, Théodore et Susan discutaient, Tom avait concentré son attention sur les quelques première année qui l'épiaient de loin et sans grande discrétion. Démontrant ses aptitudes sorga en soulevant des pierres par la pensée de manière à former un serpent un peu branlant, Tom y avait ajouté un de ses magnifiques sourires à vous glacer les os. Les première année s'étaient enfuis en courant !

— Je ne me suis pas plaint, répliqua Tom vexé.

Et il avait besoin de travailler son charisme de futur mage noir !

— Alors cesse de prendre cet air de chien battu dès que nous sommes encerclés par d'hostiles Poufsouffle et Gryffondor, dit Théodore.

— Les Poufsouffle ne sont pas hostiles ! s'emporta Justin piqué au vif. Ce sont surtout les Gryffondor. Dois-je vous rappeler que tout est parti de McLaggen? C'est lui qui a demandé à Cornfoot de poser une question sur les sorginek à Rogue.

— Oh ! Vous n'allez pas recommencer, intervint Susan.

Elle se tourna vers Tom, la mine sombre.

— Cependant, Justin vient de pointer un fait important, poursuivit Susan. Tu dois être plus prudent à l'avenir. Je suis sérieuse, Tom, ne prend pas cet air ennuyé de stupide et ô combien inconscient Gryffondor.

Tom se renfrogna aussitôt.

— Tu t'es créé en McLaggen un ennemi redoutable et il te détestait déjà bien avant qu'il ne reporte sur toi la faute de notre rupture. Néanmoins, je pense ne pas trop me tromper en avançant que Harry était sa véritable cible, mais toi... eh bien, un dommage collatéral.

— Dommage collatéral, renifla Tom encore plus vexé. Pourquoi Harry plutôt que moi ?

— Harry l'a humilié à cause du match de Quidditch (1) et... McLaggen est vraiment dangereux, j'insiste. Il a des membres de sa famille très bien placé au Ministère. C'est vraiment heureux qu'il ait Harry pour faire diversion dans cette histoire. Au final, tu ne passes que pour hum... eh bien un de ses adeptes.

Ce qui fut loin d'être au goût de Tom. Cela lui déplût d'autant plus qu'il était forcé de reconnaître qu'il y avait un fond de vérité. Il s'en retrouva profondément blessé dans son amour propre.

— Tu veux dire que tout ceci viserait à le décrédibiliser ? dit Théodore en fronçant des sourcils. Pourtant, il me semble que Drago n'est pas dans le coup, bien au contraire. Même s'il apprécie que des rumeurs courent sur Harry, il juge celles-ci ridicules.

— Voldemort n'est pas le seul ennemi de Harry. Qui a tenté de le faire passer pour un fou l'an dernier ? Qui a voulu le faire exclure de Poudlard en lui envoyant des Détraqueurs alors qu'il était chez les moldus ? Et plus récemment, qui a tenté en vain de le gagner à sa cause ?

— Le Ministère, murmura Tom.

— Oui, le Ministère, confirma Susan. Il y a pourtant une logique : Harry refuse de se plier aux règles du Ministère ou de soutenir publiquement Scrimgeour. Il rassemble de plus en plus de monde à l'AD et parmi les dernières recrues, un adolescent sorti de nulle part capable de tenir tête à Voldemort. Harry est considéré comme une menace potentielle.

— Il serait donc surveillé, conclut Tom. Il y aurait des espions à l'AD… Smith ?

— Par exemple, oui, claqua sèchement Susan.

Elle arracha nerveusement quelques herbes fraîches qui avaient eu le malheur de se trouver à portée de main. Les petits brins d'un vert très tendre voltigèrent sous la brise légère qui agitait les arbres en fleurs. Susan releva la tête et couva Tom d'un regard qu'il ne sut interpréter.

— Eh bien, ça bosse dur à ce que je vois !

Harry arrivait, un grand sourire aux lèvres et les cheveux tout ébouriffés. Ron arborait l'air réjoui d'une partie de Quidditch bien menée. Hermione, quant à elle, semblait pensive. Tous les trois s'assirent à leur côté. Entre quelques bouleaux qui se garnissaient peu à peu de tendres feuilles émeraude, le tapis moelleux de jeunes herbes et le lac qui clapotait doucement, c'était un endroit agréable où passer une après-midi dédiée à la procrastination.

— On discutait des aptitudes de Tom à devenir mage noir, déclara Susan.

— La conclusion est qu'il est loin derrière toi.

Tom et Harry foudroyèrent simultanément Justin du regard. Le jeune Poufsouffle collectionnant déjà les œillades meurtrières de la part du redoutable Serpentard qu'était Théodore Nott, il ne s'en troubla pas outre mesure. Harry jeta un sortilège inconnu.

— Sort anti-espionnage, expliqua-t-il alors que Hermione se rapprochait de Tom. Simple précaution.

— Peut-être que... commença Théodore mal à l'aise.

— Non, reste. Cette conversation te concerne également. Et j'ai cru comprendre que tu savais pas mal chose qui pourrait nous permettre d'y voir plus clair.

Devant l'air blême du Serpentard, Harry s'empressa d'ajouter :

— Je n'ai pas l'intention de t'interroger. Seulement, en entendant ce que nous disons, tu pourrais éviter des erreurs.

Théodore opina sans pour autant se détendre.

— Tu vois, Tom, c'est bien ce que je disais. Harry est le plus mage noir de vous deux, plaisanta Justin. C'est pour ça que le Ministère le surveille.

— Le Ministère me surveille peut-être simplement parce qu'ils espèrent atteindre Dumbledore au travers moi, corrigea Harry. Je ne crois pas qu'ils me considèrent comme une véritable menace pour l'instant. Juste un gamin à garder à l'œil et si possible, à discréditer.

— Pour l'instant, releva Susan. C'est-à-dire ? Que prévois-tu pour l'AD ?

Harry observa les tentacules du calamar géant qui sortait sporadiquement de l'eau.

— Je ne sais pas. Face à Voldemort, il existe l'Ordre du Phénix et je n'ai pas l'intention de m'y substituer.

— Et face au Ministère ?

— Ai-je le droit de m'opposer à eux ?

— Quelles que soient les rumeurs que McLaggen fait courir à ton sujet, nous sommes beaucoup à avoir confiance en toi, déclara Justin d'un ton étonnement sérieux.

Et venant du maître espion de l'AD, c'était une déclaration d'importance.

— C'est bien ce qui m'inquiète, soupira nerveusement Harry.

Un arc-en-ciel fantomatique apparut à la surface du lac agité par le calamar.

— Et pour Grindelwald ? demanda soudain Théodore. Je veux dire, qui va s'opposer à lui… Dumbledore ne semble pas préoccupé par son retour.

Harry détacha son attention du lac pour la reporter sur Théodore.

— Tout dépend des prochains événements. Si Grindelwald menace réellement et surtout s'il s'en prend à l'Angleterre, eh bien… aussi surprenant que cela puisse paraître, je crois que Voldemort sera son principal opposant. Il ne tolère pas la présence d'autres mages noirs en Angleterre.

— Dumbledore aussi s'opposera à lui, protesta Hermione.

— Dumbledore refuse de croire en son retour, répliqua Harry avec amertume. Non, je ne crois pas que Dumbledore s'opposera à lui, du moins, pas dans un premier temps.

— Dumbledore n'irait quand même pas s'allier à Grindelwald, contra Susan sceptique. Il l'a arrêté en 1945.

— Pourtant, c'est bien ce que je crains. Certains éléments me laissent croire que Dumbledore et Grindelwald ont… comment dire… eut une liaison dans le passé.

Théodore, Justin, Susan et Tom accueillir la révélation dans un grand silence choqué. Une liaison ? Que voulait dire Harry ? Tom ne comprenait pas ou plutôt avait trop peur de comprendre. Dumbledore avec Grindelwald ? Pour un adolescent des années 40, il n'y avait rien de plus contre-nature qu'un mage blanc ayant une relation amoureuse avec un mage noir.

— Ce ne sont que des rumeurs, Harry, répliqua Hermione d'un ton très sec. De nombreuses rumeurs courent à ton sujet et ce n'est pas pour autant qu'il faille les croire.

— Peut-être, mais c'est une éventualité qu'il faut envisager. Ce que je veux dire, c'est que Dumbledore a tendance à voir les hommes meilleurs qu'ils ne le sont réellement. Or, voilà que son amour de jeunesse – j'ai eu dû mal à l'accepter – pourrait revenir et plus encore, il reviendrait alors même que Voldemort se fait plus menaçant que jamais. Ce que je veux dire, c'est qu'il y a un risque, une possibilité, pour que Dumbledore veuille s'allier à Grindelwald pour défaire Voldemort.

— J'ai lu que manger une pomme d'or pouvait affecter en bien le comportement, dit Justin. Peut-être que… Enfin, Voldemort a une réputation pire que Grindelwald.

— Grindelwald n'a pas sévi en Angleterre, rappela Ron. Franchement, entre les deux, je ne sais pas lequel est le pire.

— Moi non plus, dit Harry. Et dois-je rappeler que même après avoir mangé la pomme d'or, Grindelwald avait toujours des intentions de meurtres sur la personne de Tom ?

Le concerné frissonna en se remémorant la douleur qu'il avait subie à ce moment-là.

— J'ignore comment agira Dumbledore. En revanche, je sais qu'il est absent depuis plusieurs semaines. Pourquoi ? Je n'ai que des hypothèses et la moins réjouissante de toutes seraient qu'il enquête sur un éventuel troisième joueur.

Théodore, Tom et Susan échangèrent un regard en se remémorant la conversation qu'ils avaient eue sur le viaduc lors des vacances de Noël.

— Nous sommes tous d'accord, résuma Harry. Si j'ai voulu vous parler, enfin, c'est parce qu'un autre point m'inquiète. Il y a quelques jours, Eleusis Gaunt a rencontré Voldemort. Elle est venue avec une proposition : si Voldemort ne s'oppose pas aux plans de Grindelwald, Grindelwald ne s'en prendra pas à lui. Mais il est fortement probable que les projets de Grindelwald gênent ceux de Voldemort. Plus encore, Grindelwald veut capturer Tom, ce qui n'est pas acceptable pour Voldemort. Pour moi non plus d'ailleurs.

Un frisson parcourut l'échine de Tom alors que la main d'Hermione se crispait sur la sienne. La chaleur que sa peau dégageait contre la sienne le rassura un peu. Il se serra contre elle.

— Et il reste cette histoire de pommes, des Reliques de la Mort et des trois sœurs. Tout cela est lié, tout cela explique le voyage temporel de Tom. Mais il reste encore à trouver le dénominateur commun. Nous savons que l'arbre aux pommes d'or n'est pas qu'un mythe puisque Grindelwald en a mangé une. Nous savons aussi que Vector, à deux reprises, à utiliser des pommes sur Tom. Théodore... Il me semble que vous avez fait pas mal de recherche à ce sujet.

Théodore hésita, mal à l'aise.

— Eh bien... D'après les informations que nous avons pu rassembler, il suffirait d'une pomme d'or pour guérir à la fois le corps, l'âme et l'esprit, mais aussi rapprocher l'homme de l'immortalité. Dans la mesure du possible du moins. Nous savons aussi que le conte de la fontaine de la bonne fortune, les pommes d'or, les Reliques de la mort et le pendentif de Tom sont liés. Or, c'est par le pendentif que Tom s'est retrouvé ici. Donc, oui, cela me paraît tout à fait vraisemblable. Une autre idée m'est venue récemment : souvent les arbres aux pommes d'or se trouvent dans un jardin merveilleux. Or, que met en scène le conte ? Un jardin, justement et une fontaine merveilleuse. Et si la fontaine et l'arbre aux pommes d'or étaient une seule et même entité ?

— Ils ont des propriétés très proches, reconnut Hermione songeuse. C'est une idée tout à fait plausible.

— L'un dans l'autre, c'est une piste que tout nous porte à creuser, ajouta Susan.

Hermione et Susan échangèrent des regards peu amicaux. Tom eut la désagréable impression d'être leur pomme de discorde. Sans mauvais jeu de mots.

— Et il faut faire vite, poursuivit Hermione. D'après le conte, le jardin n'est ouvert qu'au solstice d'été.

— Alors, il faudrait interroger Vector, dit Susan. C'est elle la première qui nous a orienté vers les pommes.

— Nous ne savons pas si Vector est digne de confiance ! Protesta Hermione.

— Peut-être, mais elle a aidé Tom à la soirée de Sulghorn.

— Elle a aussi tenté de faire de la légilimencie sur lui !

Le dit Tom ne savait vraiment pas comment réagir. D'un côté, Hermione qui lui serrait furieusement la main (par fierté, il refusait d'admettre qu'elle lui faisait mal), de l'autre, Susan qui se penchait dangereusement vers la Gryffondor. Et lui, au milieu de ces deux furies. La situation manqua de dégénérer lorsque Susan s'appuya sur Tom. Elle posa donc une main sur son genou. Hermione pouvait se révéler affreusement possessive. Les dernières paroles de Susan (« une pédante harpie qui se donne des airs de miss-je-sais-tout ») n'aidèrent pas du tout !

— Tom, tu ne dis rien ? Siffla Hermione franchement de mauvaise humeur.

— Euh...

— Là, elle attend que tu la défendes, expliqua Susan avec mépris. C'est pathétique !

— Ça suffit ! ordonna Harry.

Hermione et Susan se turent immédiatement. Le ton autoritaire les stupéfia. Harry s'était levé et les dardait d'un regard sévère.

— On n'est pas ici pour se disputer sur de telles broutilles. Vous ne vous appréciez pas, c'est un fait. Vous tenez à Tom, c'est aussi un fait. Alors cessez de vous disputer !

— Harry... tenta Hermione choquée par la violence de sa réaction.

Mais Harry l'interrompit.

— Non. Il y a plus important. Cette histoire de pomme et de jardin. Théodore...

Harry se tourna vers le jeune Serpentard qui semblait bien mal à l'aise.

— Tu penses donc que nous devrions orienter les recherches dans ce sens, vers un jardin merveilleux, puisque vous n'avez rien trouvé de plus sur les pommes d'or.

Théodore acquiesça, guère rassuré par la soudaine colère qui avait agité le meneur de l'AD.

— Eh voilà, plaisanta Ron. En première année on a couru après la mythique pierre philosophale et désormais, c'est vers Avalon que… quoi ?

Quelques paires d'yeux venaient de se concentrer sur Ron.

— Ron, tu es un génie ! s'exclama Hermione.

Ce qui ne fut absolument pas au goût de Tom. Harry, lui, semblait plutôt perplexe.

— Avalon, c'est-à-dire ?

— Avalon est un jardin merveilleux de la légende arthurienne, expliqua Théodore. L'île aux pommiers, l'île fortunée… Arthur y aurait été emmené après avoir été mortellement blessé lors de la bataille de Kaamelott et y aurait gagné une sorte de vie éternelle. Merlin ! Ron, je crois que tu as vraiment eu une intuition de génie !

Le dit Ron vira à l'écarlate jusqu'au bout des oreilles.

— Je ne faisais que plaisanter, grommela-t-il.

— Une plaisanterie utile, conclut Harry. Tom, Susan, Théodore et Justin, je pense qu'il est préférable pour l'instant que vous concentriez vos recherches sur Avalon.

— Oui M... Harry, dit Théodore.

Si Harry ne releva pas, le lapsus manqué attira l'attention de Tom. De Justin également, qui s'empressa de le rappeler à voix haute – sitôt que Harry, Ron et Hermione furent hors de portée d'oreilles.

— Qu'est-ce que tu as failli dire ? demanda Justin du ton le plus innocent du monde. « Oui, m… m… maître ? ».

Il arborait un grand sourire. Théodore se renfrogna.

— Oh, ça va… toi, tu n'as jamais été confronté à Voldemort. Je peux t'assurer que certains de ses gestes et intonations m'y faisaient penser.

— Tu te fais des idées, soupira Susan. C'est juste que Harry te fait encore un peu peur. Pourtant, c'est vraiment quelqu'un de bien et nous avons de la chance qu'il soit là. Harry se comporte comme un véritable meneur. Il sait écouter les conseils, demander les avis mais aussi prendre des décisions et être suivi.

— Et gagner la confiance des autres, termina Tom pensif.

Oui, il faisait confiance à Harry. Oui, il l'estimait. Oui, Harry avait dirigé la conversation de manière à insinuer le doute à l'encontre de Dumbledore mais également à lier les membres de l'AD avec lui. Plus encore, Tom commençait tout juste à réaliser la confiance que Susan, Hermione ou Justin – pour ne citer qu'eux – lui vouait et que lui-même lui portait. Son égo se révolta violemment. Consciemment ou non, Harry rassemblait des fidèles. Justin avait raison. Harry était définitivement plus proche d'un mage noir que Tom.

Tom décida donc d'observer plus attentivement Harry, durant les cours et en dehors, durant les repas et lors des séances de l'AD. Les faits étaient là : Harry, avec son aura de mystère, sa réputation trouble d'élu, exerçait un certain magnétisme. Les rumeurs alimentées par McLaggen renforçaient plus encore cette fascination et l'on avait vu d'autres Serpentard pousser la porte de l'AD.

— Soixante-huit ! Nous sommes désormais soixante-huit à l'AD ! s'exclama Hermione après avoir compté les noms inscrits sur son parchemin.

— Je ne sais pas si on peut compter Blaise Zabini et Tracey Davis comme des membres, sans parler de Astoria Greengrass, grommela Ron.

Le commandement de l'AD traînait encore un peu dans la Salle-sur-Demande après une séance riche en duel – Ginny et Harry avaient décidé d'affronter ensemble Tom. Le postérieur de la version adolescente de Voldemort s'en souvenait encore. Heureusement, les poufs de la Salle-sur-Demande étaient très moelleux et confortable.

— Tracey sort avec Théodore, rappela Hermione. Quant à Zabini… je ne sais pas. Harry semble penser qu'il peut nous être utile.

Pour l'heure, Harry s'expliquait avec Megan Jones qui avait vu le duel d'un très mauvais œil. Megan, sortant toujours avec Harry, était d'autant plus nerveuse que depuis quelque temps, Dean et Ginny se disputaient fréquemment.

— Et Greengrass ?

— Son petit frère est sorgin, leur rappela Tom, ce que n'a pas manqué de faire remarquer McLaggen. En ce moment, elle aussi essuie quelques remarques des Poufsouffle, même si cette histoire est en train de se calmer.

Plus précisément, le bruit s'était mis à courir dès lors que Greengrass avait repoussé les avances de McLaggen. Le fait que certains membres de l'AD prenaient un malin plaisir à harceler McLaggen n'était probablement pas étranger à la décision de Greengrass de les rejoindre.

Devant le nombre grandissant des membres de l'AD, Harry avait été contraint d'en reformer quelque peu le fonctionnement. Désormais, il avait pour politique officielle de donner des cours de soutien de défense contre les forces du Mal et éviter de parler de ses convictions en dehors d'un certain cercle de fidèles. Venaient aux réunions ceux qui souhaitaient réellement se perfectionner en défense mais également ceux qui souhaitaient se faire remarquer de Harry. Si Smith devenait de plus en plus discret, d'autres comme les frères Crivey, manifestaient leur enthousiasme de manière un peu excessive. Théodore n'avait pas manqué de relever la ressemblance avec Bellatrix. Si Justin et Susan avaient ri, Tom, lui, était resté pensif. Car en vérité, Tom commençait à s'inquiéter.

Sachant qu'il était lui-même influencé par l'Horcruxe de Grindelwald qui lui conférait un gryffondorisme caractéristique, qu'en était-il de Harry ? A quel point la personnalité de Voldemort se mêlait à la sienne ? Telles étaient ses interrogations, le vendredi soir alors que Tom rentrait de la bibliothèque, trouvant Harry assis sur son lit, profondément absorbé par la lecture d'un grimoire empestant la magie noire. Alors qu'il déposait son sac, Tom décrypta le titre. Les plus sombres secrets des forces du mal. La version adolescente de Voldemort blêmit violemment. Le livre préféré de Coeur-de-Glace. Tom avait à peine eu l'occasion de le feuilleter – suffisamment du moins pour savoir qu'il était hautement maléfique.

— $Harry… je ne suis pas sûr que…$

— $Rassure-toi Tom, je n'ai pas l'intention de faire d'Horcruxe à mon tour$, dit Harry en refermant le livre d'un geste sec.

Par ce qui devenait un réflexe, Tom étendit sa magie autour du Survivant, écoutant les perturbations qu'il provoquait en son sein. Harry semblait calme. Étonnement calme. La colère de ces dernières semaines s'étaient apaisés pour laisser la place à une détermination plus effrayante encore.

— $J'avais besoin de me renseigner, comme Dumbledore ne daigne pas se montrer. Dans ce livre, ils décrivent avec beaucoup de précision ce que sont les Horcruxes… et j'ai en effet trouvé quelques informations intéressantes, notamment dans l'historique. La légende veut que le premier Horcruxe ait été créé par un certain Koshtshey, surnommé l'Immortel. Koshtshey aurait rencontré puis séduit l'incarnation terrestre de la Mort dans le but de lui extirper le secret de l'immortalité. La Mort lui aurait alors appris qu'elle ne pouvait exercer son funeste pouvoir sur les hommes, si leur cœur se trouvait hors de leur corps. Koshtshey arracha alors son cœur qu'il enferma dans un coffre, coffre qu'il enterra dans une île connue de lui-seul. Il échappait ainsi au pouvoir de la mort, devenant immortel.$

— $Un peu comme dans le sorcier au cœur velu$, dit Tom.

Après sa découverte sur les Reliques de la Mort, Tom avait entrepris de lire quelques contes pressentant d'une quelconque utilité à l'avenir. S'il avait pu retrouver le récit du conte des Douze Corbeaux, celui des Trois Tisseuses auquel se rapportait son pendentif demeurait encore un mystère.

— $Oui. Mais... plus intéressant encore...$

Harry rouvrit le livre à la page de l'historique des Horcruxe. Tom faillit s'étrangler en découvrant la rune que l'on avait griffonnée à côté de Koshtshey, suivi d'un point d'interrogation. La rune des trois sœurs.

— $Je… je peux ?$ demanda Tom en sortant sa baguette.

Intrigué, Harry opina.

Temporalis revelo !

Comme pour le livre du Prince de Sang-Mêlé, la date jaillit du livre pour flotter en nombres d'or au dessus du livre. 1942.

Scriboribus revelo !

La fumée dorée virevolta pour former un nom que Tom ne connaissait que trop bien. Tom Riddle. La nouvelle ne troubla pas Harry pour autant.

— $Il est évident que Voldemort a lu ce livre… il décrit comment faire des Horcruxe.$

— $Oui mais… Je veux dire, en 1942?$

— $Il avait ton âge lorsqu'il a assassiné Mimi Geignarde$, rappela Harry. $J'espère encore une fois, que tu as conscience que vous n'êtes vraiment plus la même personne$.

Tom opina faiblement. Se savoir différent d'un sorcier adulte et affublé d'une horrible face de serpent était une chose. Accepter que le talentueux Tom Riddle, préfet puis préfet-en-chef, était resté, définitivement, dans les années 40, en était une autre. Pourtant c'était un fait. Tom Temple n'était pas un assassin. Tom Riddle oui.

— $Et toi Harry ? Nous savons que l'Horcruxe de Grindelwald m'influence…$

— $Et tu crains que l'Horcruxe de Voldemort ne m'influence à son tour$, termina Harry. $Je comprends ton inquiétude…$

— $Harry ! Ouvre les yeux ! Regarde ce que tu es en train de faire ! Tu rassembles des fidèles à l'AD, ils t'admirent de plus en plus. Sans parler de tout ce que je ne sais pas, de tout ce que tu me caches ! Et je ne te parle pas seulement de Justin dont je ne sais même plus ce qu'il fait, mais de tout le reste. Tu sembles savoir des choses, suivre des plans connus de toi seul. Pour cela, tu fascines Crivey et tant d'autres, mais moi, tu m'inquiètes ! Te rends tu comptes que tu agis de plus en plus comme Voldemort ?$

Tom s'arrêta, guettant avec inquiétude la réaction de Harry. Celui-ci conservait un masque impénétrable sur le visage.

— $Oui. Comme Voldemort, comme Dumbledore aussi, oui, je sais. Mais pas comme tu le crois. Écoute-moi bien, Tom, et comprends bien ceci. Par leurs fautes, je dois assumer des responsabilités qui ne devraient jamais incomber à un adolescent. On ne demande pas à un adolescent de sauver le monde, prophétie ou non. Voldemort a cru en une stupide prophétie : il me marque comme son égal et me parasite de son Horcruxe. Dumbledore s'acharne dans ses plans retords dont lui seul connaît la teneur. Et voilà où je me retrouve : je ne suis pas encore majeur, j'ai le Ministère à dos, on attend de moi que je défasse l'un des plus terribles mages noirs qui ait jamais existé. Alors, que veux-tu que je fasse ? Je ne suis pas préparé à ça ! Faire de grandes choses… Ou bien, je peux me contenter de fuir et subir mon sort. Ou bien, je peux décider d'agir et d'accepter ces responsabilités que le sort m'a imposées. Cela m'effraye à un point que tu ne peux t'imaginer, mais pour tous, je dois garder une image forte et lumineuse. Alors, oui. Je m'inspire de Dumbledore et de Voldemort, c'est vrai. Cependant, je ne suis pas comme eux. Dumbledore joue sur son image lumineuse, mais combien d'enseignants a-t-il condamné à mort en les engageant pour le cours de Défense ? Plutôt que d'assumer lui-même ces cours, plutôt que d'affronter lui-même Voldemort, il agit sous le couvert de pions qu'il manipule. Quant à Voldemort… il n'a que peu de considération pour ses Mangemorts. Tu entendras certains d'entre eux prétendre qu'ils sont très proches de lui, qu'ils sont les seuls à le comprendre. C'est faux. Voldemort n'a pas d'ami. Et c'est bien là ce qui nous différencie de lui. Tom, je te considère comme un ami, au même titre que Ron et Hermione.$

Tom garda le silence, embarrassé. Il ne savait ce qui le gênait le plus. D'entendre Harry le reconnaître comme un ami ou bien de réaliser que oui, sa première impression sur le Survivant avait été la bonne. Par la force des choses, Harry s'engageait sur le chemin périlleux des mages qui marquaient leur temps. Tom non. Du moins, pas encore.

— $Si tu me considères comme tel, pourquoi…$

— $Je te cache certaines choses ?$ termina Harry d'un ton compréhensif.

Tom opina alors que son regard se perdait dans la contemplation du tapis.

— $L'an dernier, Dumbledore a gardé certaine distance avec moi, car il craignait que Voldemort ne puisse l'atteindre au travers moi. C'était une erreur, en partie. Voldemort est relié à moi parce qu'il a pris mon sang. Je suis relié à lui parce qu'il a laissé échapper un morceau de son âme. Tu es relié à moi depuis que je t'ai donné un peu de mon sang. Et peut-être que Grindelwald est lui-même relié à toi… ou plutôt, toi relié à lui. Voici ce que je crois. Voldemort ne pouvait utiliser son fragment d'âme en moi déjà parce qu'il n'avait pas tout à fait conscience de la nature du lien qui nous unissait, mais ensuite, parce qu'il ne comprend rien à l'amour et donc mon esprit lui est en quelque sorte inaccessibles. Mais je crains que tu ne bénéficies pas de cette protection contre Grindelwald parce qu'il est plus humain. C'est ainsi que Grindelwald a pu apprendre ton existence… et j'ignore encore tout ce qu'il a pu apprendre. La pomme d'or a réunifié l'âme de Grindelwald. En revanche, tu possèdes toujours en toi un fragment surnuméraire… Ce n'est pas de toi que je me méfie et si je te cache certaines choses, crois bien que je le regrette. Mais la menace de Grindelwald est trop importante pour que je puisse la négliger. Je comprendrais cependant que tu m'en veuilles un peu.$

Harry eut un sourire d'excuse. Tom garda le silence. Cette histoire ne lui plaisait vraiment pas. Imaginer que Grindelwald pût avoir accès à ses pensées lors d'un excès d'humeur était fortement déplaisant. Ses colères, ses peines… la découverte du visage de sa mère, toutes ces expériences intimes qui auraient dû demeurer secrètes.

La porte du dortoir s'ouvrit. Les autres Gryffondor revenaient après avoir assisté au combat de Ron contre un Serpentard, Urfieg Urquhart, au cours d'une partie d'échec. Ron s'était imposé en maître et était longuement félicité par ses camarades.

Tom soupira, dévisageant Harry d'un air critique.

— $Je ne sais pas ce que tu as en tête. Sois prudent. Je suis bien placé pour savoir à quel point Voldemort peut être dangereux et manipulateur$.

Derrière ses lunettes rondes, les yeux verts de Harry se remirent à pétiller d'une lumière amusée. Était-ce un bon signe pour autant ?

— $Mais je suis toujours prudent!$ contra la Survivant avec emphase.

Il redevint plus sérieux, se faisait soudain hésitant.

— $Je euh… je crois que j'aurais dû t'en parler avant… enfin je ne sais pas… mais… tu as le droit de savoir…$

Bon, Tom était déjà assis cette fois.

— $Tous ces secrets que Dumbledore garde pour lui m'ont rendu vraiment furieux et j'ai failli moi-même faire de grosses erreurs sous l'influence de la colère… J'ose espérer que Dumbledore avait de bonnes raisons d'agir ainsi et je crois en percevoir quelques-unes. Ça ne veut pas dire que je ne lui en veux plus… simplement, je crois le comprendre. Je crois aussi que c'était une erreur de sa part de garder le secret. J'avais le droit de savoir, tout comme tu as toi aussi le droit de savoir. Pour Voldemort. Durant l'affrontement, dans la Forêt Interdite… jusqu'à ce qu'il découvre le médaillon de Serpentard à ton cou, eh bien, il n'avait pas l'intention de te tuer, ni même t'utiliser pour un quelconque rituel de magie noire… je crois même qu'il était sincère. Cela a un sens. Voldemort n'aime personne d'autre que lui-même et il te considère comme une part de lui-même. Une part qu'il veut soustraire à l'influence néfaste de Dumbledore, de moi-même et de Grindelwald sur qui il a reporté toute la faute de ton opposition à lui. Je…$

Harry se tut, portant machinalement la main à sa cicatrice.

µµµ

Un mauvais crachin avait envahi les ruelles sombres.

À la nuit tombée, les passants fuyaient les trottoirs de ce quartier à la réputation sulfureuse. L'éclairage artificiel jetait une lumière blafarde sur les murs grisâtres attaqués par des traînées noires de pollutions, colorées çà et là de quelques graffitis. Si le temps avait été plus clément, il y aurait également eu quelques groupes d'aimables jeunes gens encapuchonnés, qui montraient parfois une même propension à la violence que les Mangemorts. Cependant, les premiers recouvraient leur tête d'une capuche de survêtement tandis que les seconds s'enveloppaient dans de grandes capes noires. Dans un cas comme dans l'autre, le commun des mortels préférait les éviter.

Voldemort n'était pas le commun des mortels. S'il s'était désillusionné, c'était uniquement parce qu'il préférait garder sa visite secrète.

Il arriva enfin devant la petite boutique dont le calcaire des pierres se détachait étrangement des matériaux de construction plus modernes mais également plus délabrés.

Regarde Potter, regarde ce que les moldus ont fait. Dans les années 50, ici c'était encore la campagne. Il y avait même un cours d'eau… À présent, il n'y a que cet infect béton et l'odeur nauséabonde de leurs villes.

Comment ne pas être troublé par les importantes transformations que la civilisation galopante des moldus infligeait au monde ?

Dans son jeune temps, alors qu'il parcourait la terre à la recherche de mages érudits, Voldemort avait combattu plus d'un magicien puissant parce que ce dernier avait une conduite inconséquente qui menaçait le monde de destruction. Il avait par la suite découvert que six milliards de méprisables moldus étaient tout autant redoutables.

Voldemort ne prendrait pas le risque de s'opposer à eux frontalement. Trop dangereux. Non, il attendrait. Il était immortel. Le temps s'en chargerait pour lui. Les moldus se détruiraient entre eux. D'ici une ou deux décennies. Trois tout au plus. Une civilisation basée sur une croissance infinie alors qu'elle évoluait dans un espace fini ne pouvait être pérenne. C'était mathématique. Voldemort attendrait donc, avec la curiosité de découvrir laquelle des plaies serait la plus terrible : pandémie ? guerre civile ? pénurie en matière première ? famine ?

Et le monde sorcier serait-il épargné ?

Voldemort regarderait les hommes tomber comme des mouches, tel un observateur étranger à l'apocalypse qui s'abattrait sous ses yeux et qui ne pouvait l'affecter. Il était bien au-dessus de tout cela. Immortel.

Pour l'instant, il se tenait sous une petite pluie fine, au milieu d'une cité HLM, face à une enseigne de chaudronnier : Agricola&Geber, depuis 1183. Des chaudrons de cuivres et de laitons brillaient dans cette vitrine que les moldus ne pouvaient voir. Rutilants avec leur métal poli et leurs formes rebondies, ils étaient réputés dans les sociétés hermétiques des alchimistes. Comme les sorciers attribuaient une forte odeur de soufre aux alchimistes, il était mal perçu de s'y rendre. Cela n'inquiétait pas Voldemort. Il poussa la porte d'entrée.

Derrière le comptoir dont la propreté impeccable tranchait violemment avec la saleté de la rue, un jeune homme somnolait avec un livre écorné à la main. Le tintement des clochettes l'éveilla en sursaut et il manqua de tomber de son tabouret.

— Eh bien, Évariste, tu me sembles nerveux, dit Voldemort en ôtant sa capuche.

Il se produisit alors un phénomène auquel le mage noir n'était guère habitué : Évariste Vector se détendit. Les traits délicats de son visage lui donnait alors des airs angéliques qui s'accordaient à merveille avec la douceur de ses yeux gris.

— Tu attendais quelqu'un d'autre.

Ce n'était pas une question.

— Il n'est censé arriver qu'un peu plus tard.

— Et de qui s'agit-il ?

Évariste se mordilla les lèvres. Il hésitait. Et surtout, il avait peur. Voldemort le sentait avec une grande clarté alors qu'il s'avançait entre les rayons aux étagères chargées de divers ustensiles à base de cuivre, de laiton et de fer pour s'arrêter devant le comptoir. Une odeur un peu âcre d'encaustique et de cire flottait dans le magasin.

— Je ne sais pas, répondit finalement Évariste. Je n'ai pas vu son visage. Il portait une grande cape d'un rouge très sombre.

Ce qui ne fut pas au goût de Voldemort, loin de là. Présageant des ennuis, il demanda :

— Que voulait-il ?

De nouveau, Évariste marqua une pause.

— Je pense qu'il est préférable que tu m'en parles, dit Voldemort d'une voix encourageante.

Tout en espérant que Potter n'eut pas accès à son esprit. Ou au moins qu'il eût le bon sens d'en garder le secret. Mais Voldemort n'avait pas le choix.

Résigné, Évariste opina et se leva pour attraper une boîte en chêne qui se trouvait dans une imposante armoire. Elle contenait trois gallions un peu terni et ainsi que cinq petits sacs de coton numéroté. Évariste attrapa l'un deux et déversa son contenu sur une feuille de papier : deux sphéroïdes de métal – l'un doré, l'autre argenté – ainsi qu'un creuset de terre cuite aux pores imbibés de plomb.

— Il m'a demandé de vérifier s'il s'agissait bien de véritables pièces et me demandait donc d'en vérifier les taux d'or, d'argent et de plomb. Ça m'a beaucoup surpris. Il existe désormais des méthodes bien plus performantes que la coupellation pour titrer les devises métalliques, comme le PIME (2), mais il a insisté. Je crois aussi qu'il espérait que ce soit Theophilius Geber qui s'occupe de cette analyse, mais Theophilius est actuellement en formation sur la fonderie du mithril.

— Et qu'as-tu trouvé ?

— Rien. Du moins c'est ce que j'ai d'abord cru. Ce sont des gallions réglementaires à première vue. 34 % d'or, 13 % d'argent, le reste en plomb avec quelques traces de cuivre. Un peu trop d'or par rapport à la législation donc, un peu moins d'argent, mais rien qui n'indique une fausse pièce.

Un mauvais pressentiment assaillit Voldemort.

— L'or…

Évariste opina sombrement.

— Sans l'histoire familiale, je n'aurais certainement pas pensé à vérifier, mais…

Il agita sa baguette de chêne blanc et tapota doucement le sphéroïde doré. L'or se mit à luire d'une rubescence de mauvais augure.

— Je l'ai chauffé à 800 °C, expliqua Évariste, puis je lui ai appliqué une dose de magie et mesuré l'intensité du rayonnement résultant. L'or contient en réalité 30% d'orichalque. Or l'oricalque ressemble beaucoup à l'argent en PIME. Si on y passait ces pièces, on noterait qu'il y a un peu moins d'or que ce que recommandent les textes, un peu plus d'argent, mais rien qui n'indique un trafic de faux-monnayeurs. Parce que ce n'en est pas un. En réalité…

— Ce sont des trafiquants d'orichalque, termina sombrement Voldemort. Ce qui laisse penser à un regain d'activité des Hermèsiens, même si leur secte est en difficulté depuis la défaite de l'Alchimiste des Ombres.

Voilà qui n'avait vraiment rien de réjouissant. Si ces occultistes avaient trouvé un nouveau meneur… Eh bien, Potter, tu n'auras pas perdu ta journée… songea Voldemort avec une certaine ironie. Dumbledore savait-il ? Était-ce la raison qui le poussait à s'absenter aussi fréquemment de Poudlard ?

Évariste reprit le petit amas d'or et d'orichalque qu'il porta vers le four de métallurgiste qui se trouvait dans l'arrière-boutique pour lui faire subir un recuit et effacer les traces de son sortilège.

— Et tu dis que l'homme qui t'a apporté ces gallions doit repasser dans la soirée, déclara Voldemort.

Évariste opina, agitant les boucles noires qui encadraient son visage fin. Il y avait une certaine grâce dans ses gestes, une élégance noble mais pas hautaine. Le mage noir et le métallurgiste formait un singulier tandem, l'un empestant la magie noire, la haine et la mort, l'autre ne possédant pas la moindre once d'agressivité et s'était illustré par sa manie de fuir les conflits. Et, détail qui rendait leur face-à-face plus insolite encore, ils avaient la même taille, quoique Voldemort fût beaucoup plus squelettique.

— J'attendrais donc son passage.

Un certain soulagement s'empara du jeune chaudronnier. La présence de Voldemort le rassurait, à l'instar de quelques très rares privilégiés placés sous la protection féroce du mage noir.

— D'autres personnes savent ?

— Non, vous êtes premier informé. A Theophilius, j'ai uniquement dit que j'analysais quelques pièces et que tout semblait normal. J'ai hésité à alerter Helena, mais en ce moment…

Evariste hésita. Il chercha ses mots, un peu mal à l'aise, avant de conclure :

— Il pourrait lui prendre la fantaisie de s'attaquer seule au problème.

— Cela arrive lorsque l'on cherche ses limites, admit Voldemort. Mais je pense qu'elle aurait en tout premier lieu songé à ta sécurité. Tu aurais dû alerter une personne de confiance pour éviter de te retrouver seul au retour de cet homme.

Évariste acquiesça, un peu embarrassé par le reproche, mais nullement troublé que Lord Voldemort en personne se préoccupe de sa sécurité.

— Mais passons à un autre sujet, reprit Voldemort. Il me semble que tu t'intéresses de près à certains contes et certaines légendes.

Évariste acquiesça, avec une expression incertaine sur le visage, comme s'il était pris en faute. L'ombre d'un sourire étira les lèvres minces du mage noir face à cette quête du savoir interdit qui animait tant le jeune homme.

— Allons, je ne vais pas te réprimander pour cela, Évariste. À condition bien sûr que tu conserves une certaine prudence.

Le jeune homme opina. Ses mains étonnement délicates pour son métier, avec ses doigts fins, trituraient nerveusement le tissu épais de sa robe de sorcier.

— As-tu entendu parler de l'arbre aux pommes d'or ?

— Je… oui, bien sûr. Ces pommes auraient des propriétés fantastiques et il se trouverait dans un jardin merveilleux.

— Cela, je le sais déjà. Mais comment trouver ce jardin ?

— Je euh… Ce n'est qu'un mythe, hésita Évariste.

— Non. Je sais de source sûre que les pommes d'or existent réellement. Maintenant, ce qu'il me reste à savoir, c'est où trouver ces pommes. Selon certaines rumeurs, ce pommier et la Fontaine de la fortune ne font qu'un. Reste alors à chercher le jardin.

Cette dernière phrase plongea le jeune métallurgiste dans une profonde perplexité. Sans y penser, il tourna les pages du livre qu'il lisait à l'arrivée de Voldemort. Le mage noir attendit et déchiffra le quatrième de couverture du Silmarillon. Encore un vieux mythe d'artefacts merveilleusement puissants. Voldemort s'y serait peut-être intéressé s'il n'avait pas déjà tant de choses à surveiller dans le chaudron. Parmi ceux-ci : prendre le pouvoir qui descendait chaque jour un plus dans l'ordre des priorités, surveiller un satané gamin qui avait eu la maudite idée d'être son Horcruxe, en surveiller un autre qui filait décidément un mauvais coton, prendre garde à un possible retour de Grindelwald et enfin, ce présumé trafic d'orichalque qui, s'il était avéré, pourrait se révéler au moins aussi préoccupant que tout le reste réuni.

— Ce jardin pourrait être Avalon, déclara soudain Évariste. Île des pommiers, îles de la fortune… équivalent arthurien des Champs Elysés grecs. La vie éternelle… Avalon semble être la synthèse parfaite des pommes d'or et de la fontaine de la Fortune. Reste à trouver Avalon et à le trouver vite, car, à l'instar du jardin merveilleux, on ne peut s'y rendre qu'au solstice d'été. Reste également le problème du gardien.

— Du gardien ?

— Dans une très grande majorité des contes où apparaissent les différents avatars des pommes d'or, une créature ou bien des énigmes, des épreuves, protège le pommier et s'assurent que seules les personnes qu'elle juge digne puisse accéder au fruit tant espéré. Bien souvent, cela repose sur des qualités de cœur. Mais Hercule, par exemple, a préféré la ruse.

— Dans un premier temps, concentrons-nous sur l'emplacement d'Avalon.

Évariste opina. Comme Ada, sa sœur, ou bien Parseval, son père, le jeune homme se passionnait facilement dès lors qu'on lui présentait une énigme à résoudre. Voldemort, cependant, se serait bien gardé d'émettre à voix haute une telle comparaison. Depuis qu'Évariste avait surpris son entourage en rejoignant un obscur chaudronnier parisien qui empestait le soufre plutôt que d'embrasser la brillante carrière de physicomage qu'on espérait de lui, le jeune homme était en froid avec son père.

— Hilda en sait probablement plus que moi, hasarda Évariste.

— Pour l'instant je préfère la tenir en dehors de cette affaire.

— Et Asha Merrygold ? Elle est très au fait de certaines légendes.

— On ne peut se fier à elle.

Ce n'était qu'un demi-mensonge que le jeune métallurgiste ne releva pas. Il opina.

— Très bien, je me renseignerai.

Il marqua une hésitation, avant de prendre une expression plus alarmée.

— Il ne va pas tarder.

Évariste possédait un don étrange, outre celui – certainement héréditaire – de s'attirer des ennuis. Il déterminait la position du soleil, que l'on fût de jour ou de nuit, à la surface ou sous-terre et en déduisait l'heure avec une redoutable précision. Voldemort se glissa donc dans l'arrière-boutique chargée de chaudrons et jeta quelques sorts de camouflages particulièrement efficaces que même Helena Hart ou Asha Merrygold ne parviendraient à déceler. Il les avait déjà éprouvés en leur présence.

La clochette d'entrée tinta. Un homme entra. Comme l'avait décrit Evariste, son visage disparaissait sous une capuche pourpre sauvagement rabattue. Des liserés cuivrés décoraient ses longues manches de velours. Voldemort retint une grimace. Il avait trop souvent affronté les Hermèsiens pour ne pas en reconnaître un lorsqu'il se trouvait devant lui. Ce n'était bien sûr pas l'habit qui trahissait l'adepte de ce culte voué au dragon, mais bien la petite bague qu'il portait à la main gauche. Pourquoi l'émissaire prenait-il si peu de précaution pour cacher son appartenance ?

Voldemort écouta attentivement. Malgré lui, il éprouva une certaine fierté lorsque le jeune métallurgiste rendit les pièces en faisant le compte-rendu de ses conclusions. Evariste paraissait alors détendu, confiant, en deux mots, redoutablement crédible.

— Il n'y a donc aucun problème avec ces gallions ? insista l'homme.

Sa voix était rocailleuse et dure sur l'accentuation. Voldemort chercha – en vain – où il avait bien pu entendre de pareilles intonations.

— Non, bien au contraire. Vous savez, on fait souvent grand cas de la précision des sortilèges modernes pour frapper les monnaies, mais il existe toujours une incertitude sur les quantités des métaux présents dans l'alliage. Il y a certes un peu plus d'or, un peu moins d'argent, mais tout ceci peut aisément s'expliquer par des aléas de production. Pour moi, ces pièces sont donc authentiques.

L'homme repartit. Enfin. Il n'était guère resté que quelques minutes et rien ne laissait deviner qu'il avait perçu la présence de Voldemort. Évariste soupira et ses épaules s'affaissèrent sitôt que la pression fût retombée.

— Ferme ton esprit, je perçois quelques-unes de tes pensées, gronda Voldemort en sortant de l'arrière-boutique.

Le jeune homme se ressaisit. Il se mordilla la lèvre d'un air soudain peu assuré.

— J'ai mis la baguette sur quelque chose de gros, n'est-ce pas ?

— C'est à craindre, reconnut Voldemort. Surtout, ne change rien à tes habitudes, ils risquent de te faire surveiller.

Et sitôt rentré au manoir Malefoy, bien installé dans le petit salon, Voldemort s'empressa de contacter Potter. Parce que certains points méritaient des précisions et d'autres, des mises en garde. Parce que les enjeux étaient tels que Voldemort ne pouvait se permettre de négliger le Survivant. Et qu'il s'efforçait de gagner sa confiance.

Il s'est attiré de gros ennuis, n'est-ce pas ? S'inquiéta Potter.

Oui. Les Hermèsiens reviendront.

La réaction tarda à venir. Peut-être que Potter réfléchissait. À quoi ? Car de plus en plus d'éléments que recueillait Voldemort laissait à penser qu'il n'y avait pas que Dumbledore qui jouait dans des eaux troubles.

Est-ce que… enfin, Évariste est-il…

— Potter, pourquoi poses-tu des questions dont tu connais la réponse ?

Le silence lui répondit.

Ne parle pas de tout ceci à mon double.

— Je n'en avais pas l'intention. Et en ce qui concerne Dumbledore, s'il daigne réapparaître ?

Cette dernière question aurait pu paraître surnaturelle, plus d'un mois auparavant, alors que Potter et Voldemort entamaient leur première conversation. Mais liés par des objectifs communs et par la volonté d'endormir la méfiance de l'autre, une certaine entente était apparue. Aucun n'était dupe cependant : Voldemort faisait semblant d'être bienveillant pour ne pas braquer son Horcruxe et Potter demandait conseil pour ne pas blesser la susceptibilité du mage noir. Sitôt que leurs projets s'opposeraient à nouveau, ces discussions hypocrites disparaîtraient.

Restait à savoir quand leurs objectifs deviendraient incompatibles.

La vie était souvent injuste, la mort parfois cruelle... le sort quant à lui, se complaisait dans l'ironie. Alors que Tom se différenciait de plus en plus de Voldemort, Potter, lui, s'en rapprochait. Il n'était encore qu'un enfant qui s'aventurait dans la cours de grand. Comme Voldemort en son temps.

Bien des heures plus tard, alors que Voldemort repensait à cette étrange situation, il se surprit à se projeter dans le futur et à imaginer Harry, en mage noir, faisant face à un enfant particulièrement doué pour gagner la confiance des gens. Tout comme Grindelwald face Tom Riddle, tant d'années auparavant.

Il aurait sa réponse, un jour, tôt ou tard. Le temps n'avait pas d'importance. Il était immortel. Définitivement immortel, avec tout ce que cela impliquait. Pour la première fois, une telle constatation provoqua une vague de lassitude inattendue. Sa crainte de la mort n'avait pourtant en rien perdu de son intensité. Bien au contraire.


(1) Dans HP6, suite au match catastrophique (McLaggen prend sa batte à Peaks et envoie accidentellement le cognard sur Harry), McLaggen est exclu de l'équipe de quidditch.

(2) PIME : Particuls Induced Magic Emission. Bref, la version sorcière que PIXE : particules induced x-ray emission, qui a le désavantage de ne fournir qu'une analyse superficielle de la pièce. Pour des études de provenance en numismatique, il est parfois utile de faire un profil de concentration en profondeur et pour cela, le LA-ICP-MS (spectrométrie de masse couplée à de l'ablation laser).


Il y a un peu plus de dix ans, quand j'ai écris ce chapitre, j'étais en pleine révision de partiels et ça se sent. Concernant le personnage de Asha Merrygold, je suis un peu dépitée de seulement la mentionner si brièvement. Elle est un personnage à part entière de mon Voldiverse, que l'on croisera peut-être dans d'autres fics. Peut-être que si je me motive aussi à écrire des épisodes bonus (notamment sur la période des Cinq, car elle en faisait partie), elle aura droit à un peu plus de place. Mais bon, il faut faire des choix et je ne peux pas laisser à tous mes personnages autant de place que je le souhaiterais.

J'envisage également un épisode bonus sur Emily Maitland et un autre sur Helena Hart, enfin sur certains évènements clés dans leur vie.

Bref, prochain chapitre mercredi 23.