J'ai une excellente nouvelle ! Ce week-end, j'ai achevé la rédaction du premier jet de cet fanfic. Je peux donc vous affirmer qu'elle fera 25 chapitres en plus du prologue et de l'épilogue et qu'elle contiendra également un épisode bonus, sans doute posté en novembre ou en décembre.


Chapitre 15 : Beaucoup de questions...

Au cours de la semaine suivante, Théodore, Susan, Justin et Tom écumèrent la bibliothèque à la recherche de documents aussi bien sur Avalon que sur les Trois Tisseuses, tandis que le célèbre trio de Gryffondor axait leurs recherches sur les dragons. Hermione un peu plus que Harry en vérité, ce dernier étant également préoccupé par l'absence de Dumbledore. Et par tant d'autres problèmes. Quant à Ron... C'était Ron.

— Je te l'ai déjà dit, soupira Théodore que Tom avait une nouvelle fois interrogé. Mon père ne m'a pas parlé des Trois Tisseuses.

Le petit groupe s'était à nouveau retrouvé au bord du lac pour profiter du soleil de printemps tout en travaillant à leur mémoire d'histoire de la magie.

— Je me demande si ça a un lien avec le mythe d'Arachné, dit Justin soudain pensif. Une humaine transformée par Athéna en araignée pour avoir osé comparer ses talents de tisseuse à la déesse.

— Ou aux Nornes, avança Susan en chassant négligemment la coccinelle qui s'était posée sur son livre. Les Nornes, les Parques et ou les Moires, sont trois sœurs présidant au destin des hommes. Après tout, sur une face, le pendentif porte bien la marque des trois frères, des Reliques de la Mort. Alors, trois sœurs, la Vie, le Sort et la Mort, pourquoi pas ?

— C'est une hypothèse plausible, reconnut Tom en corrigeant la terminaison de sorginek.

Il relisait la partie de Théodore qui, vraisemblablement, éprouvait les plus vives difficultés à décliner correctement le mot « sorgin ». Il reposa la plume et étendit ses jambes dans l'herbe encore fraîche, le dos appuyé contre le tronc lisse d'un bouleau.

— Je n'arrive pas à croire que tu aies réussi à m'embarquer dans une enquête de Gryffondor, marmonna Théodore tout en identifiant avec une aisance déconcertante les différentes espèces de fourmis qui grouillaient par là.

— Moi je trouve ça cool, répliqua Justin avec un grand sourire. Peut-être que cette année c'est Poufsouffle qui va gagner des points pour avoir mis sa raclée à Voldemort. Ou à Grindelwald.

— Ni Tom, ni Théodore ne sont à Poufsouffle, rappela Susan d'une voix lasse.

Tom haussa des épaules, décidant de ne pas s'en formaliser. Après tout, il avait déjà fait le grand écart séparant Serpentard de Gryffondor.

Ils n'obtinrent pas plus de résultat la semaine suivante, ni celle d'après. Avril était désormais bien entamé et le printemps brillait avec force – tout comme la perspective des examens de plus en plus proches. Tom avait donc moins de temps à consacrer à ses recherches et ce d'autant plus lorsque Harry lui proposait d'enfreindre le règlement.

— $Que dirais-tu d'un tour dans la Réserve?$ Suggéra un soir Harry, encore une fois de mauvaise humeur de n'avoir pas trouvé Dumbledore.

Ou Malefoy en flagrant délit. La nuit venue, le cœur de Tom battait très fort contre sa poitrine alors qu'il guettait dans le Nisir, l'endormissement de ses camarades de chambre. Une certaine fébrilité agitait son corps. Enfin un peu d'aventure au parfum d'interdit ! Depuis combien de temps ne s'était-il pas risqué dans une escapade nocturne vers la Réserve de la bibliothèque ? Depuis qu'il avait changé d'époque. Ce fut presque tremblant d'excitation qu'il rejoignit Harry à pas de loup pour disparaître sous la cape d'invisibilité. Même si Tom savait se désilusionner, l'effet n'était pas aussi puissant que cette cape exceptionnelle. La carte du Maraudeur en main, Harry s'apprêtait à marmonner l'incantation pour la révéler, lorsqu'une idée lui vint :

— $Et en Fourchelang?$

Tom et Harry n'utilisaient presque plus que le Fourchelang pour parler entre eux, ce qui avait le don d'agacer prodigieusement Ron et Hermione.

— $Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.$

La carte demeura muette. Harry se résigna dont à passer à un langage plus humain.

Les couloirs étaient déserts, à l'exception du Baron Sanglant qui passa sans les voir. Ils atteignirent la Réserve sans difficulté. Par acquit de conscience, Harry jeta un dernier coup d'œil à la carte de Maraudeur. Il fronça des sourcils.

— $Que fait Hart, à cette heure-ci dans le bureau de Vector ?$

Bien sûr, il n'en fallut pas plus pour les deux Gryffondor harceleurs de mage noir ! Ils remirent aussitôt la cape d'invisibilité sur leur tête et repartirent en quête d'un secret à espionner. Au détour d'un couloir leur cœur rata un battement en découvrant la silhouette sombre au nez crochu de Rogue qui patrouillait dans un couloir. Ils se plaquèrent contre le mur, attendirent que le suspecté traître (Tom et Harry n'avaient pas encore décidé quel camp l'ancien Maître des Potions trahissaient) fût passé, reprirent leur marche d'un pas vif pour arriver enfin au bureau de Vector.

— $Plutôt que de tourner autour du pot, claqua la voix grave de la jeune Auror, dis-moi pourquoi tu as réclamé à ce que je vienne dans ton bureau, Septima !$

Les deux enquêteurs en herbe (de moins en moins en herbe pour Harry qui avait déjà résolu quelques affaires les années précédentes) échangèrent un sourire tout en remerciant mentalement la chance légendaire des Gryffondor. Ils arrivaient au bon moment.

— $Il est venu à moi que tu avais déposé une demande d'entretien avec Grindelwald$, répliqua Vector glaciale.

Bien sûr, les deux femmes devisaient en Fourchelang, dissuadant ainsi tout espion potentiel de tenter de les comprendre. Tout espion exception faite de Tom et Harry.

— $En effet… Je suis Auror et les Danois m'ont à la bonne depuis que j'ai arrêté Lehnsehrr.$

Tom devinait Hart assise nonchalamment, arborant ce sourire insolent qu'elle affectionnait tant.

— $Heureusement$, répliqua Vector, $ta demande s'est perdue dans les méandres administratifs.$

— $Quoi ?$ s'exclama Hart soudain rageuse.

La porte de chêne laissa filtrer des bruits d'étoffes froissées trahissant un mouvement.

— $Vous n'aviez pas le droit !$

— $Effectivement, Helena, il s'agissait d'un devoir. En aucun cas, tu ne dois rencontrer Grindelwald ! Il me semble que nous te l'avons déjà suffisamment répété, non ?$

Hart renifla avec mépris.

— $C'est Voldemort qui est derrière tout ça ? C'est lui qui a intercepté ma demande, n'est-ce pas ?$

— $Peut-être, je n'en sais rien et là n'est pas le problème. Ce pourrait tout aussi bien être Hilda voire Dumbledore – même si je suis plus sceptique sur cette dernière hypothèse. Le fait est que l'on t'a dit et répété que tu ne devais pas te rendre à Nurmengard!$

— $Il faut bien que quelqu'un interroge Grindelwald !$ s'emporta Hart.

— $Oui, mais pas toi ! Vas-tu finir par grandir et écouter ce qu'on te dit ? Parce que tu es la fille de Cryoncardia, tu ne dois pas rencontrer Grindelwald !$

S'en suivit un silence qui pesa lourdement sur les nerfs des Gryffondor. Le raclement d'une chaise retentit, suivi du martèlement de pas furieux contre le dallage en direction de la sortie. La serrure en fonte cliqueta. La poignée se baissa, une fois, deux fois, rageusement. La porte était verrouillée.

— $Laisse-moi partir Septima !$ siffla Hart.

— $Nous n'avons pas terminé$, rétorqua Vector d'un ton posé.

— $Si ! Nous avons terminé, nous n'avons plus rien à nous dire. Tu l'as dit Septima, tu n'es pas ma mère.$

— $Helena, écoute-moi ! Je sais que tu détestes qu'on te rappelle que Cryoncardia est ta mère mais…$

— $Cryoncardia N'EST PAS MA MÈRE!$ s'écria Hart.

Sa voix était prête à se briser.

— $Elle… Tout au plus ma génitrice$.

Hart avait prononcé ce mot avec un affreux dégoût teinté de haine.

— $Et je n'attends qu'une chose : qu'elle daigne refaire surface pour la livrer au baiser du Détraqueur !$

— $Lorsqu'elle réapparaîtra, tu ne devras surtout pas chercher la confrontation avec elle$, soupira Vector dont la voix s'était adoucie.

— $Voldemort l'a bien vaincue en duel.$

— $Et à ma connaissance, tu n'as pas vaincu Voldemort en duel$.

Hart renifla à nouveau, de toute la force de son mépris.

— $Est-ce de ma faute s'il me refuse ce duel ? Peut-être a-t-il peur ?$

— $J'ignore pourquoi Voldemort te refuse ce duel, mais ses intentions ne sont certainement pas louables. Tu es peut-être très douée, Helena, mais je ne doute pas, et lui non plus si tu veux mon avis, de sa victoire. Quant au duel qui l'a opposé à Cryoncardia… Je n'en ai jamais eu la confirmation, mais je mettrais ma main dans un nid de doxys que c'était un duel truqué pour permettre à Cryoncardia de disparaître. J'ignore quelles étaient les motivations de chacun mais… Je me méfie. Cryoncardia est extrêmement dangereuse et nul doute que ses projets seront loin de nous être bénéfiques.$

— $Et naturellement, Voldemort l'a aidée à disparaître sans s'interroger sur ses projets$

— $Je te l'ai dit… J'ignore comment cela s'est décidé. Ce que je sais en revanche, c'est que Cryoncardia ne voulait pas que ma mère te découvre et qu'elle a placé un enchantement sur toi pour éviter cela. Mais, par accident il est vrai, Voldemort t'a trouvée et a brisé cet enchantement. Cryoncardia ne se doute certainement pas de ce qui s'est produit : Voldemort est l'un des très rares sorciers à pouvoir le briser et elle ne le suspectait pas d'agir ainsi. Probablement estimait-elle que Voldemort se désintéresserait de ton cas… ou bien comptait-elle sur la crainte qu'elle pouvait lui inspirer ? Comment savoir ?$

Des bruis de pas attirèrent alors l'attention des Gryffondor. Un coup d'œil à la carte leur apprirent que Rogue arrivait. Ils se collèrent prudemment contre le mur, guère enthousiaste à l'idée que leur professeur détesté les trouvât dans cette situation pour le moins compromettante. Les petits yeux noirs de Rogue perçurent la lumière qui s'échappait de dessous la porte. Soudain intéressé, il s'arrêta, frôlant sans s'en apercevoir, les deux garçons qui osaient à peine respirer. Après avoir hésité quelques instants, Rogue frappa à la porte. Les sifflements de serpent s'étaient tus. La serrure cliqueta à nouveau et la voix ferme de Vector résonna :

— Entrez.

Ce que fit Rogue.

— Septima… J'ai vu de la lumière, cela m'a intrigué.

Certes Gryffondor, mais point trop téméraires, Tom et Harry décidèrent, d'un accord tacite, de faire demi-tour.

Le lendemain et dans les jours qui suivirent, ils ne cessèrent d'émettre des hypothèses sur cette conversation qu'ils avaient surprise. Ainsi, Hart était belle et bien la fille de Cryoncardia. Plus encore, il semblait que la mage noire voulût dissimuler l'existence de sa fille et que c'était Voldemort qui avait empêché cela. Pourquoi ? Que cachait toute cette histoire ? En quoi être la fille de Cryoncardia empêchait Hart de rencontrer un vieillard arthritique prisonnier de la forteresse qu'il avait lui-même construite ? Et plus encore, quel lien entretenaient les Vector avec Voldemort ?

Voilà ce que Tom savait. Voldemort avait rendu visite à Évariste Vector, fils de Parseval et Septima Vector et l'avait interrogé sur Avalon, mythique île des temps arthuriens. Pour le reste, Harry s'était montré très évasif. Mais le professeur Vector ne craignait pas Voldemort. Hart, même si elle prétendait le haïr, avait avoué communiquer avec lui. Cependant, entre les entraînements de Quidditch de Harry, les nombreuses options que suivait Tom, les apparitions continuelles de Hart aux coins des couloirs, ces interrogations comme la quête d'Avalon furent placées en second plan. D'autant plus qu'ils avaient chacun une petite amie. Ron, probablement sous l'emprise du stress grandissant dû au permis de Transplanage qui arrivait à grands pas (l'examen était prévu pour le 21 avril, et aurait-lieu à Pré-au-Lard), rompit avec Lavande Brown qui se mit à arborer des yeux rouges en permanence. C'était assez pathétique, comme il le fit un jour remarquer à Hermione, alors qu'ils travaillaient sur un devoir de botanique. D'habitude assez prompte à se moquer elle aussi de Lavande Brown, elle se contenta d'un simple « hum, hum », qui laissa un mauvais pressentiment à Tom.

µµµ

Un vent léger agitait la prairie en fleur. Une certaine insouciance printanière régnait en ces lieux dédiés à la profusion de couleurs et de senteurs, avec ces coquelicots, ces bleuets et ces boutons d'or qui jouaient parmi les herbes folles. C'était donc d'un bucolique parfaitement pathétique.

La situation aurait difficilement pu être plus critique pour le terrible mage noir qu'était Lord Voldemort. Parce qu'en plus de se trouver à l'entrée d'un village pittoresque bâti dans une jolie pierre calcaire avec des volets décorés dans des tons pastel, il subissait les assauts néfastes d'un soleil éclatant. Un ciel bleu, un décor idyllique, voilà de quoi se faire pâmer n'importe quel poète. Pas le très maléfique Seigneur des Ténèbres. Quelle mouche avait piqué Shwalbe pour le forcer à se rendre dans un endroit aussi cauchemardesque ? Non, vraiment la situation ne pouvait pas être pire.

— Je croyais que vous préfériez les décors plus morbides ? fit une voix désagréable.

En fait, si, elle pouvait être pire.

Voldemort fit volte face. À l'abri d'un porche, nonchalamment appuyée contre le mur, une jeune femme attendait. En dépit du long manteau qu'il la couvrait, Voldemort reconnut sans peine la silhouette androgyne de Helena Hart. Pour plus de discrétion, elle gardait son visage dans l'ombre d'un chapeau de feutre.

— Que veux-tu ? demanda Voldemort sur ses gardes.

Chercherait-elle une nouvelle fois à le confronter en duel ? Possible, mais peu probable. Aujourd'hui, elle attendait autre chose de la part de Voldemort.

Hart prit son temps avant de répondre. Tout comme Voldemort, elle aimait soigner le côté théâtral de ses entrées. L'irritante auror releva doucement sa tête, révélant son visage un peu trop anguleux, ses yeux d'un marron très sombre emplis de beaucoup de colère. Elle dévisagea Voldemort. Le mage noir ne pouvait voir sa main gauche, mais il la devinait serrée sur sa baguette.

— La même chose que vous. Des réponses.

— Des réponses ?

— Oui, des réponses. J'ai croisé Shwalbe peu avant vous. Un heureux hasard.

Tout dépendait du point de vue.

— Shwalbe m'a appris que vous deviez le voir, à peu près pour les mêmes raisons que moi. Je lui ai donc proposé de vous faire passer le message. Il n'y a pas eu à le prier.

Le mage noir fronça des sourcils. Que Shwalbe cherchât à l'éviter en plaçant sur son chemin une irritante auror n'étonnait pas Voldemort, bien au contraire. Que Helena Hart parvînt en revanche à dompter son tempérament de feu et à entamer une conversation plutôt qu'à le provoquer en duel était bien plus suspect.

— Donc tu as les réponses que je cherche, conclut Voldemort.

— Je sais ce qu'il sait par rapport au sujet qui vous intéresse.

Helena fit quelques pas et se planta devant lui avec aplomb.

— En d'autres termes, un savoir lacunaire, analysa Voldemort.

— A vous d'en juger.

L'auror soutint sans frémir le regard inquisiteur mage noir. Ou si frémissement il y avait, ce n'était pas la peur qui était en cause, mais bien l'impatience, la colère ou la rage. Elle était un incroyable potentiel d'énergie en proie à la tourmente.

— Mais tu me donnerais ces informations en échange de ?

— Réponses.

— Et pourquoi j'accepterais ?

— Pourquoi n'accepteriez-vous pas ? Et si vous refusez et bien… nous repartirons chacun de notre côté, frustré par notre ignorance à laquelle notre entêtement nous aura conduits. Mais je ne crois pas que vous allez refuser. Les enjeux sont trop grands. Alors qu'est-ce que c'est que quelques mots sur Cryoncardia en échange d'un des plus grands mythes ?

Voldemort, à son tour, marqua une pause avant de répondre. Rien ne pressait. Le village était presque désert en ce début d'après-midi. Il s'était jeté un sortilège d'illusion indécelable pour camoufler son apparence peu standard. Il avait tout son temps et ne devait pas traiter ce problème à la légère. La main gauche de Helena se serrait toujours nerveusement sur sa baguette. Elle avait aussi le souffle un peu court. De l'anxiété.

— Très bien, commença Voldemort. Si tu tiens à avoir tes réponses…

Helena, soudain mise en confiance par ces dernières paroles, n'était plus suffisamment sur ses gardes. En l'espace d'une fraction de seconde, Voldemort lui arracha sa baguette des mains, attrapa son bras, transplana et la pétrifia. Puis il s'écarta légèrement, par mesure de précaution.

Leur environnement avait sensiblement changé. La température avait chuté. Il pleuvait. La clairière d'une forêt de hêtre et de chêne les entourait, parsemée à la lisière de quelques bouleaux et noisetiers. Au centre de la clairière s'élevait une antique construction, un moulin dont la roue à aubes achevait de pourrir sous le clapotement régulier de la pluie.

Voldemort s'écarta encore un peu et jeta un regard critique à Helena. Elle enrageait.

— Tu es trop émotive, je te l'ai déjà dit. Tu ne dois pas te laisser guider par tes émotions, ou cela causera ta perte.

Il leva le sort. Helena demeura immobile à le dévisager d'un œil mauvais.

— Que voulez-vous ?

— Tu l'as dit. La même chose que toi. Des réponses. Mais nous serons mieux ici pour parler.

— Sous la pluie ?

— Tssss, tu n'observes donc pas ? claqua Voldemort d'un ton un peu agacé.

— Observer quoi ? Une cabane miteuse dans un bois ? Qu'y a-t-il d'exceptionnel ?

— Une cabane miteuse ? N'as-tu pas vu qu'il s'agissait d'un ancien moulin ?

— Si, bien sûr…

Helena marqua un silence perplexe. Son regard s'égara à nouveau sur la chaumière, la roue à aubes et enfin, le vieux chêne biscornu dont le tronc était si épais qu'on le supposait millénaire. Elle se figea. Ses yeux s'agrandirent de stupeur. L'espace d'un instant, elle oublia toute agressivité, murmura seulement d'un ton respectueux.

— Le Moulin du Chêne.

Un mince rictus étira les lèvres fines de Voldemort.

— En effet.

Helena demeura immobile, comme subjuguée par ce qu'elle venait de découvrir. Le Moulin du Chêne. Le repère des Cinq. Elle se ressaisit vite cependant.

— Pourquoi m'avoir emmenée ici ? Qu'attendiez-vous ? Étouffer ma méfiance ? Qu'avez-vous en tête ?

Face à la tempête de questions, Voldemort conserva son calme. Tout au plus, prit-il un air légèrement peiné.

— C'est encore Septima qui t'a mise en garde contre moi ?

— Je n'ai pas besoin qu'on me mette en garde contre vous pour me méfier.

— Septima t'a donc bien mis en garde. Que t'a-t-elle dit ?

Une nouvelle tension émanait de Voldemort. Rien d'agressif cependant, du moins rien qui se dirigeait vers Helena. C'était étrange. Peut-être de la rancœur. Ou bien du dépit. Le changement d'attitude était subtil, mais Helena dut le sentir, car elle répondit d'une voix plus posée :

— Pas grand-chose. Qu'elle ignorait pourquoi vous vous défiliez à chaque fois mais que vos intentions n'étaient certainement pas très louables.

Voldemort hocha légèrement de la tête. Ses yeux écarlates s'égarèrent sur le toit de chaume de la petite bâtisse. Sans ajouter un autre mot, il s'avança dans les herbes hautes et détrempées jusqu'à l'épaisse porte de tremble. Un lourd butoir de bronze était son unique décoration. Il représentait deux dragons enlacés.

— C'est une construction très ancienne, déclara soudain Voldemort. Elle fut longtemps hantée par le redoutable Rabenmeister, le Maître des Corbeaux. Il fut vaincu au début du siècle, à plus de six cents ans, par trois jeunes magiciens qui parcouraient le monde Grindelwald, Dumbledore et Meginhard. Par la suite, Meginhard a pris de la distance avec les deux premiers et a fondé les Cinq. Ces lieux, déjà protégés par une magie très ancienne, ont été renforcés à plusieurs reprises si bien que seul un membre des Cinq peut y accéder – accompagné s'il le souhaite.

— Et si l'un d'eux venait à trahir ?

— Cinq membres gèrent les droits d'accès des autres membres. Ils sont sélectionnés avec soin. Plus ou moins.

— Plus ou moins ?

Voldemort eut une légère grimace sous son visage dégoulinant de pluie.

— Shwalbe est l'un deux.

Helena retint à grand peine un soupir.

— Vous ne l'aimez guère, lui.

— Il ne trahira pas les Cinq, c'est certain. Mais il n'est guère fréquentable.

— Parce que vous, vous l'êtes ?

— Ce n'est pas la même chose, répliqua Voldemort piqué. Et toujours est-il que c'est l'endroit idéal pour parler sans crainte d'être écouté. Même si les Cinq se sont séparés depuis plus de quarante ans, les protections sont toujours en place.

Sur ces mots, et un peu guindé, le mage noir pointa sa baguette sur les dragons qui s'animèrent en poussant un étrange sifflement rappelant la plainte d'une bûche humide en proie aux flammes.

Le battant bascula.

Le couloir d'entrée n'était éclairé que par une chandelle de cire d'abeille délicatement parfumé. Voldemort y pénétra le premier, le visage fermé. Helena le suivit dans un silence ébahi. Son regard volait avec avidité de la commode au porte-manteau, au tapis, au salon dans lequel ils arrivaient. Elle avait oublié son agressivité pour ne plus laisser transparaître qu'un émerveillement presque enfantin.

Bien que sentant légèrement le renfermé, les lieux avaient été épargnés par les méfaits de la poussière grâce à des enchantements bien pratiques. Durant ses semaines de convalescence passées ici-même, Voldemort avait ainsi bénéficié d'un logement propre et en bon état, malgré des décennies inhabitées. Le salon était une pièce agréable à vivre, avec une cheminée et un bric-à-brac de meubles dépareillés, à la provenance hétéroclite, tant en époques qu'en cultures. XVII et XXème siècle, moldu, sorga et sorcier, saxon, slave ou bien éthiopien, le tout formait un joyeux pêle-mêle qui s'était enrichi au fils des ans et des occupants. Le lambris clair qui couvrait les murs jusqu'à mi-hauteur où des tapisseries prenaient le relais, donnaient une impression de chaleur très appréciable, surtout lorsque l'on était trempé par une pluie glaciale. Le frisson qui parcourut la jeune auror n'échappa pas à Voldemort. Il agita légèrement sa baguette. La seconde d'après, leurs vêtements étaient chauds et secs comme s'ils avaient été posés sur un radiateur.

Helena le remercia d'un léger hochement de tête. Ils prirent place sur deux fauteuils crapaud couverts d'un tissu malgache.

— Donc… que t'a dit Shwalbe ?

Helena quitta sa contemplation admirative pour jeter un regard noir à Voldemort.

— Je vous le dirais lorsque vous aurez répondu à mes questions. Est-ce vous qui avez fait échouer ma demande pour voir Grindelwald ?

Voldemort conserva le silence dans un premier temps. Il se contenta de soutenir le regard furieux de la jeune femme, de se renfoncer dans contre son dossier. Il soupira. Le bruit de son souffle se répercuta dans le vide du salon, autrefois si animé comme le laisser deviner les traces noirâtres que des sortilèges avaient laissées sur la tapisserie.

— Oui, lâcha-t-il finalement.

— Septima dit que c'est parce que je suis la fille de Cryoncardia.

— En partie.

— En parie ? releva Helena étonnée.

Voldemort opina.

— Et parce que tu es auror. Que Dumbledore se rende sur place, soit. Il n'y a rien de réellement suspect là-dedans puisque ce n'est pas la première fois qu'il lui rend visite. Mais toi, une auror qui s'est déjà illustrée… une telle opération ferait du bruit. Or c'est une affaire qu'il est préférable de ne pas trop ébruiter.

La réponse laissa Helena songeuse. Le répit ne dura que quelques instants.

— Pourquoi l'avoir aidé à disparaître ? Saviez-vous qu'elle enceinte ? Saviez-vous qu'elle avait l'intention de m'abandonner ?

De nouveau, Voldemort prit son temps avant de répondre. Son visage fermé, il semblait chercher ses mots. Dehors, la pluie s'était fait plus drue, plus bruyante et se mêlait désormais à du grésil.

— J'ignore pourquoi elle souhaitait disparaître.

— Et vous ne lui avez pas posé la question ?

— Oui, mais elle a refusé de me répondre. Moi, j'avais beaucoup à gagner dans une mise en scène qui ne me coûtait par grand-chose, alors pourquoi aurais-je perdu de l'énergie dans la tâche vaine d'exiger une réponse de ta mère ?

— De ma génitrice, corrigea Helena.

Le martèlement du grésil gagna en intensité. Dans le lointain, un orage commençait à gronder.

— Tu la détestes.

— Vous mieux que quiconque devriez comprendre pourquoi. Pourtant vous continuez de la défendre.

— J'ignore quelles étaient ses motivations, nuança Voldemort.

— Mais reconnaissez les faits ! Elle m'a abandonnée dans un putride orphelinat moldu. Je la gênais, voilà tout. Elle ne pouvait s'embarrasser d'un enfant en bas-âge, alors elle a préféré se débarrasser du problème. C'était plus facile.

— Je ne sais pas.

Un mince rayon de soleil perça entre deux gros nuages. Il s'immisça entre les carreaux. L'orage était pourtant toujours présent et le grondement du tonnerre n'avait de cesser de se répercuter contre les murs.

— Septima dit que lorsque Cryoncardia refera surface, je ne dois surtout pas chercher la confrontation avec elle. Qu'elle est trop dangereuse.

— Comme sa mère, Septima s'est toujours fortement méfiée de Coeur-de-Glace. Comme beaucoup de monde en vérité.

— Mais pas vous ?

— Je ne sais pas.

D'un mouvement de baguette pensif, Voldemort déposa quelques bûches dans la cheminée qui s'embrasa aussitôt. L'orage se rapprochait alors que le vent envoyait de violentes giclées d'eau contre les carreaux. Des giboulées printanières.

— Beaucoup se méfient d'elle et elle-même n'a jamais vraiment cherché à s'attirer la sympathie. Coeur-de-Glace, Cryoncardia… Voilà ce qui la décrit, l'image qu'elle donne. Pour le reste… Elle est très indépendante. Elle n'a fait partie des Cinq que de manière très intermittente et uniquement lorsque ses intérêts étaient très directement menacés. Tout comme moi au début, avant de réellement intégrer leur rang.

— Elle a lutté contre l'Alchimiste des Ombres ?

— Oui, mais uniquement sur la fin. J'ai eu beaucoup de difficulté à la convaincre. Elle a longtemps considéré que ce problème ne la concernait pas.

Voldemort soupira et se renfonça dans son fauteuil.

— Il nous concernait tous. L'Alchimiste des Ombres était un danger terrible qui menaçait l'existence même du monde tel que nous le connaissons.

— C'est-à-dire ? demanda Helena avec curiosité. Tous les anciens membres des Cinq que j'ai questionnés se sont montré très évasifs à ce sujet. Je sais que ça a été une lutte terrible et qu'il est difficile pour la plupart d'entre vous d'en parler mais…

— Tu penses que parce que je suis Lord Voldemort, je suis celui qui peut le plus en parler.

Helena hocha légèrement de la tête. Une bûche crépita dans l'âtre. Le feu oscillait légèrement sur le bois bien sec. Le vent du dehors se glissait par le conduit pour venir les tourmenter. Sans un bruit Voldemort se leva et se dirigea vers la cheminée. Là, il se perdit de longues secondes durant, dans la contemplation de la danse hypnotique des flammes.

— Je t'en parlerai, dit-il sans se retourner. Un jour. De l'Alchimiste des Ombres, de celui qui guidait la secte des Hermèsiens.

— Mais pas aujourd'hui.

— Non, pas aujourd'hui.

Son regard reflétait l'incandescence des braises. Sa peau pâle se gorgeait de chaleur comme un serpent se prélassant au soleil. Peut-être cherchait-il au voisinage de ce foyer si familier, un peu de réconfort ou à défaut, un peu de courage pour affronter les épreuves qui se profilaient.

— Je finirai par découvrir ce secret que vous cachez tous, vous, les Cinq, déclara Helena d'un ton ferme. Shwalbe aussi, a refusé de me répondre et a immédiatement réorienté la conversation sur Grindelwald. Il a reçu une visite d'Eleusis. Grindelwald serait prêt à pardonner la trahison de Shwalbe si celui-ci ne se met pas en travers de son chemin. Shwalbe pense que tous les anciens ont reçu la même offre. Et que tous vont accepter. Sauf vous.

Voldemort garda le silence. Son regard de braise fixait toujours l'âtre avec la même intensité. Helena se leva, s'avança à ses côtés et reprit :

— Pourquoi une telle proposition ? Est-ce un piège ? Y a-t-il un lien avec les Hermèsiens ? Ou bien avec les pommes d'or ? Pourquoi Grindelwald se montrerait soudain magnanime envers ceux qui ont provoqué sa chute ?

Comme Voldemort ne semblait pas vouloir réagir, elle poursuivit :

— Et quel lien avec les pommes d'or, avec Avalon ? Je veux dire, nous savons tous les deux qu'Évariste s'intéresse aux mythes hermèsiens et votre premier réflexe, pour connaître la localisation d'Avalon d'où proviendrait la pomme d'or qu'a reçu Grindelwald, a été de questionner Évariste. Je crois que tout est lié à Avalon, le retour de Grindelwald, de l'Alchimiste, votre double… Avalon, c'est aussi le jardin de la fontaine miraculeuse, c'est là où l'on trouve les pommes d'or. Avalon est la clé.

— Non. Avalon est la porte tandis que mon double en est la clé.

Voldemort quitta sa contemplation pour reporter son attention sur Helena. La jeune auror n'avait pas pris la peine de masquer sa surprise.

— Ou plus exactement, il est le porteur de la clé. La Claviculae.

— Son pendentif ? comprit Helena.

Voldemort opina.

— Oui. Une clé redoutable, capable de libérer des puissances terrifiantes. Très peu ont le pouvoir de l'utiliser. Mon jeune double en fait partie.

— Mais pas vous.

— Pas moi. Il n'y a que lui. C'est pourquoi il intéressera Grindelwald.

— Je ne comprends pas. Grindelwald a déjà mangé une pomme d'or. Pourquoi voudrait-il retourner à Avalon ?

— C'est bien là la question. Que cherche Grindelwald ? Après quel mythe court-il encore ? Je suppose que Shwalbe l'ignorait ?

— Il l'ignorait.

Voldemort opina lentement et sans surprise. La tension entre les deux magiciens si intenses au début s'était presque entièrement évaporé. Au contraire, la tempête au-dehors gagnait en force et les éclairs illuminaient la pièce de leur lueur syncopée.

— Alors, il n'y a plus qu'une seule solution : interroger Grindelwald.

Helena se retourna immédiatement vers Voldemort.

— Mais j'irai seul.

L'espoir quitta le visage de la jeune femme pour laisser place à la déception. Elle n'insista pas pourtant, se contenant d'un hochement de tête d'un air résigné.

— Vous savez, le jour ou vous avez refusé que je me joigne aux Mangemorts, je me suis sentie trahie. Je vous ai détesté pour cela. J'ai longtemps cru que c'est ce qui avait motivé ma décision de devenir auror. Je me trompais. En partie du moins, car vous êtes liés à ma vocation mais pas de la manière dont on pourrait le croire. Cependant, les faits sont là : je suis auror. J'y ai beaucoup réfléchi, vous savez. Ces derniers temps. Parce que finalement, je ne savais pas quoi faire. Parce que je ne peux pas choisir mon camp, entre vous et mon métier. C'est pour ça que je songeais sérieusement à demander une mission d'infiltration à l'étranger. Loin. Pour ne pas avoir à choisir. Mais je n'ai plus à choisir. Je suis auror et c'est pour cela que je ne peux rester sans rien faire alors que d'anciens monstres menacent de se réveiller. J'enquête avec difficulté alors que les Cinq éprouvent tant de réticences à parler de ce mal qu'ils ont combattu il y a plus de quarante ans. Je crois que vous voulez me tenir à l'écart pour me protéger, mais vous vous trompez. Si la situation est aussi grave que vous semblez le croire, je serai touchée tôt ou tard. L'ignorance n'a jamais protégé. Plus encore, je suis une auror ! Je suis de taille à me défendre, même si vous ne pouvez le mesurer puisqu'à chaque fois que je tente de vous défier, vous vous défilez.

— Tu es tellement de taille à te défendre que je t'ai désarmée sans difficulté.

— C'était une ruse, répondit Helena d'un ton dégagé. Vous m'avez pris une baguette que j'ai un jour confisqué à un prisonnier et officiellement égarée. J'ai toujours ma baguette sur moi. Mais je savais que vous seriez plus prompt à parler si vous pensiez avoir l'avantage.

La jeune femme camouflait difficilement sa fierté d'avoir ainsi berné Voldemort. Ce dernier en revanche la gratifia d'un regard très noir. Noir, certes, mais pas malveillant. En vérité, il semblait bien qu'il partageait une partie de la fierté de Helena. C'était cette même chaleur qu'il avait ressenti en voyant Evariste mentir à l'Hermèsien avec une aisance déconcertante.

— Cela suffit-il à vous convaincre ? Ne me tenez pas à l'écart de tout ceci. Je sais que vous n'allez pas tarder à rassembler à nouveau les Cinq et je veux en être !

— Non.

— Mais je… j'ai arrêté Lehnsehrr ! N'est-ce pas une preuve suffisante que je suis digne d'appartenir au Cinq ?

— Si les Cinq se rassemblaient à nouveau, tu aurais certainement ta place parmi eux. Mais ils ne se rassembleront pas. Tu as entendu Shwalbe ? Les Cinq ont fait leur temps. Ils n'ont plus envie de se battre. Ils accepteront l'offre de Grindelwald. Et peut-être ont-ils raison…

Bien après le départ de Helena, Voldemort demeura dans le Moulin du Chêne. Il parcourait sans but apparent les pièces, effleuraient les boiseries du bout des doigts et, les narines dilatées, s'imprégnaient de l'odeur des lieux. De nombreux souvenirs revenaient alors dans son esprit. Tous n'étaient pas paisibles, bien au contraire. La vie au sein des Cinq était dangereuse et mouvementée. Il se rappelait encore avec une netteté stupéfiante l'anxiété qui lui avait tordu les boyaux lorsque les Cinq, à la mort de Meginhard, l'avait désigné pour meneur. Alors trop jeune et insuffisamment préparé, il avait dû imaginer un plan dont l'audace n'avait d'égale que le désespoir d'une situation particulièrement critique pour arrêter l'Alchimiste des Ombres.

Il y avait pourtant dans ces souvenirs une certaine sérénité que son âme morcelée n'avait jamais retrouvée par la suite.


Et voilà. Le prochain chapitre s'intitulera "...et quelques révélations".
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