Après avoir longtemps chercher leur chemin, Ruby, Jaune et ceux qui se faisaient appeler la "Ferroul Squad" (un drôle de nom) arrivèrent à l'Auditorium. Déjà nombre d'élèves étaient rassemblées dans l'immense salle, mais il n'y avait aucune chaise. Soudain, Ruby vit sa sœur lui faire signe de la main, et elle s'excusa avant d'aller la rejoindre.

Pour Yannis, c'était l'occasion rêvée ; il dit aux autres qu'il devait s'absenter, et les laissa se mêler à la foule. En partant de la salle, il remarqua du coin de l'œil que Ruby se faisait sermonner par cette "Weiss Schnee", ce qui lui arracha un sourire. Une fois qu'il fut sorti, il respira à pleins poumons, et commença gaiement à marcher quand une voix l'interpella :

- Euh... Je ne pense pas que tu puisses d'absenter pendant le discours dès le premier jour ?

Il se retourna, et tomba nez à nez avec une jeune fille aux cheveux de jais, portant un ruban noir sur sa tête ainsi qu'une tenue assortie. Quand Yannis croisa ses yeux, il sentit quelque chose de... bizarre chez cette fille. Mais, sachant que personne ne devait soupçonner son entreprise, il répondit d'un faux air gêné :

- Ah... Ah oui ? Mince, alors ! Moi qui croyais pouvoir aller au petit coin juste avant...

La fille haussa ses épaules, semblant lâcher l'affaire. Mais Yannis se doutait bien que son comportement ne serait pas oublié, aussi il distingua entre ses mains un livre. Bingo...

- Tu lis quoi ? demanda Yannis d'un ton aussi banal qu'une pizza margarita.

- Ça ? C'est un livre qui s'intitule Le Cas Étrange du Dr Jekyll et Mr Hyde, mais j'imagine que tu ne connais pas.

- Hmm... Est-ce cela narre l'histoire d'un homme qui possède deux personnalités qu'on qualifierait presque de manichéennes, au point où il change d'apparence ?

La jeune fille écarquilla les yeux, ce qui l'étonna ; Yannis se doutait bien que certains mondes possédaient les mêmes ouvrages que le sien, mais pas forcément le même appétit des lettres d'encre. Pour complètement lui faire oublier ce pourquoi il était là, il continua :

- J'ai lu beaucoup de livres, certains ne sont pas encore parus dans ton pays. Mais j'imagine que l'Esclave de l'Épée te dit quelque chose ?

- Oui ! affirma-t-elle avec ferveur. Le héros est tellement intriguant au début, et pourtant, l'auteur arrive toujours à le complexifier au fil de l'œuvre ! (Surprenamment, elle tendit sa main vers Yannis) C'est toujours un plaisir de rencontrer un ami des livres... Euh...

- Yannis, répondit-il avec un ton affable en serrant la main. Et vous êtes...?

Mais la jeune fille ne répondit pas tout de suite. À la place, elle avait l'air de quelqu'un qui avait reniflé quelque chose de nouveau : l'incompréhension se peignait sur son visage.

- Vous... Vos mains... Elles sentent l'encre et...

Mais qu'a-t-elle donc ?

- Tout va bien ? demanda-t-il, sincèrement inquiet.

- Je... Oui... C'est juste que... Est-ce que vous écrivez ?

Décidément, cette jeune demoiselle était perspicace. Elle me fait penser à Ludvinia...

- Quel flair vous avez ! (À ces mots, elle se crispa, mais Yannis continua sans relever : ) Je dois vous dire que j'ai déjà écrit quelques ouvrages, en effet...

- Quel genre ?

- De... (Il ne savait pas si parler "d'heroic fantasy" serait intriguant dans ce monde, alors il répondit : )... la littérature de fiction ?

Le terme était assez vague pour ne pas révéler d'où il venait, mais assez visé pour éviter la confusion. L'effet fut escompté, car la jeune fille opina du chef, avant de dire dans un sourire :

- Je serais ravi d'y jeter un oeil !

Elle partit alors en direction de l'auditorium, mais avant qu'elle passe le pas de la porte, Yannis lui lança :

- Vous ne m'avez pas dit votre nom !

- Blake Belladonna, dit-elle simplement en passant le pas de la grande porte.

Un autre nom à se remémorer, si je retombe sur elle... Et je dois trouver un moyen d'imprimer et relier mes bouquins dans ce monde ; je ne sais pas si ils ont inventé l'USB ! Mais le plan initial de Yannis était de sortir loin des regards, et tout le monde était parti. Il se faufila jusqu'à un groupe d'arbres qui le dissimulerait des regards. Une fois qu'il eut vérifié que personne ne l'observait, Yannis posa ses mains sur le sol, et invoqua son pouvoir d'Outsider.

Immédiatement, une myriade de kirrosì éclatèrent à travers sa Porte, l'organe cérébral lui permettant de faire de la magie. La quantité était telle que Yannis se demanda si il ne se trouvait pas sur une veine, mais ce qu'il découvrit le stupéfia au plus haut point : les particules de magie foisonnaient de toutes parts, s'éclatant les unes contre les autres dans un ballet invisible et immatériel que lui seul pouvait goûter. L'air entier était saturé d'énergie magique.

Pourquoi ? Si la magie était par nature immobile, les êtres vivants pouvaient toujours l'utiliser. Mais dans ce monde, ça n'était pas le cas : les particules étaient juste là, ne se mouvant que par l'action de la lumière. Il n'y avait que deux explications :

Soit personne dans le monde entier n'utilisait la magie.

Soit il y avait un Artéfact, une Relique ou un Objet de Pouvoir qui dégageait l'énergie de manière constante.

Soit les deux...

Oui, bon... ça fait trois.

Yannis se promit d'enquêter sur ce mystère plus tard. En attendant, il devait retrouver ses camarades pour s'informer de la suite des événements.

Quand il rejoignit les siens, Uguette expliqua pendant tout le trajet jusqu'à la salle du bal à tous ceux qui voulaient l'entendre pourquoi Yannis avait des problèmes intestinaux.

Ludvinia s'écrasa tête la première sur son coussin moelleux, appréciant le tendre moment de repos qui lui était offert : depuis leur arrivée à "Remnant", c'était elle qui avait discuté et géré tous les problèmes administratifs de leurs inscriptions à Beacon avec Mme Goodwitch, car M. Ozpin n'avait pas daigné leur dire qu'il n'avait rien fait de tout cela. Un véritable exemple de l'Éducation Nationale en puissance.

Elle se tourna vers ses amies qui discutaient, et aperçu que Yannis parlait avec une jeune fille que Ludivinia ne connaissait pas. Il tendit son oreille pour capter la conversation :

-... Et quand Malkalar a dit "Le monde n'est qu'une souffrance que ne cessera que lorsque je l'aurais annihilé", j'ai frissonné ! expliqua cette fille au nom inconnu.

- Vraiment ? s'étonna Yannis. Blake, pour ma part, ce moment m'a fait rire ! Il faut dire que ce genre de phrases classique au petit bonheur la chance ne m'impacte guère. Non, moi j'ai plutôt apprécié quand Lorian, le Prince du Royaume, regarde son vin et se demande si ça n'est pas le sang que ses serfs ont versé pour lui ! Une image grandiose !

Ils continuèrent à papoter tels deux nerds, mais Ludvinia vit Ruby s'approcher sous les encouragements lourds mais répétés de sa sœur, avant que cette dernière ne pousse carrément la petite aux cheveux noirs tirant sur le rouge au sein de la conversation animée :

- Salut ! Je vois que vous parlez de livres... Ha ha, finit Ruby d'un rire gêné.

Yannis sourit et lui fit de la place pour qu'elle puisse s'asseoir, mais celle qui s'appelait "Blake" ne le vit pas du même œil : immédiatement, elle s'enferma dans une coque que Ludvinia ne connaissait que trop bien. Mais Yannis, en bon ami, s'évertua à essayer de réengager la conversation :

- Et quel genre de livres lis-tu, Ruby ?

- J'ai pas spécialement l'habitude d'en lire moi-même, et elle se tourna vers Blake, tentant visiblement d'attirer son attention, tentative qui rata. Elle déglutit avant de continuer, l'air souriant : C'est ma soeur qui me lisait des histoires de Chasseurs qui arrivent à vaincre n'importe quel Grimm, et qui ramène la paix dans le monde. C'est ce genre d'histoires qui m'a donné envie de faire de même !

D'abord interdite, Blake lâcha ensuite un soupir, ce qui lui attira les regards des uns et des autres. Sentant bien que le silence ne la cacherait pas cette fois, elle s'expliqua :

- C'est que ta vision des choses n'est que contes de fées : la vraie vie est différente de ce genre d'histoires.

- N'importe-quoi ! s'évertua Ruby avec conviction. L'un des rôles du Chasseur est de faire en sorte que le monde devienne comme tel !

Ludvinia sourit.

Yang, folle de joie de voir sa petite sœur aussi déterminée dans son projet, la serra fort dans ses bras ; ce qui ne fut pas au goût de Ruby qui tenta de s'extirper de l'étreinte, entraînant dans la seconde qui suivit un pugilat comique. Soudain, Ludvinia vit Weiss Schnee débarquer pour les sermonner sur le fait qu'ils faisaient trop de bruit, et qu'il fallait dormir. Quand Yang commença à répliquer, Ludvinia sut que le débat serait stérile et ne mènerait à rien. Elle s'emmitoufla donc sous sa couverture, et s'endormit.

Alors que tous dormaient à point fermés, Ruby se réveilla à cause d'une lumière qui la gênait. Elle se redressa pour voir que c'était Yannis qui faisait danser des petites boules lumineuses autour de ses mains.

Curieuse, Ruby s'approcha en prenant soin de ne pas piétiner les gens sur le sol. Quand elle arriva au niveau de Yannis, elle regarda par dessus son épaule : les boules lumineuses étaient en fait des sortes de formes kaléidoscopiques, qui semblaient se mouvoir selon le mouvement des mains du jeune brun.

- Tu trouves ça étrange ? murmura-t-il soudainement, témoignant le fait qu'il l'avait remarqué. Attends de voir la suite...

Il rassembla ses mains pour former une coupe, et les formes lumineuses se blottirent les unes contre les autres dans le creux formé ; elles vibrèrent, et Ruby put admirer la même chose qu'elle avait vu dans ce magasin. Un vide cerclé de bleu, qui commença à pulser lentement, avant de disparaître dans un chuintement.

Je n'avais donc pas rêvé, ce jour-là...

- C'est ta Semblance ? chuchota-t-elle.

- Pardon ? (Il avait l'air indécis)

- Tu sais, ton pouvoir spécial fonctionnant à l'Aura.

Yannis sembla saisir quelque chose, avant d'hocher la tête pour confirmer. Néanmoins, Ruby n'était pas dupe : il y avait quelque chose qui n'était pas vraiment conventionnel avec ce garçon. Soudain, il bâilla avant de dire :

- Je suis épuisé, je vais aller me coucher. Tu ferais mieux de faire de même, Ruby : la journée de demain va être longue.

- Oui... Pour sûr, il évite que je lui en parle ! pensa-t-elle, avant d'ajouter : Bonne nuit.

- Bonne nuit.

Et ils partirent s'endormir.