Le lendemain matin, à cinq heures du matin, Ludvinia se leva avec grand-peine. Elle était toute courbaturée et était totalement décoiffée ; son sommeil avait été agité pour elle-ne-savait-quelle-raison. Une bonne tasse de thé préparée par Edelyn et tout ira comme sur des roulettes, pensa-t-elle en lâchant un bâillement dignes des plus grossiers d'Uguette.
- Mauvaise nuit ?
C'était Edelyn qui avait parlé ; celle-ci avait déjà préparé et apporté un plateau petit déjeuner dans leur chambre. Ludvinia acquiesça , avant de remercier son amie pour les croissants et le thé. Comme toujours, ils étaient délicieux ! Elle avala rapidement sa pitance, cependant ; les autres étaient déjà habillés. Seul Yannis était absent, ce qui lui arracha une question :
- Il est passé où ?
- Dans ton cul, répondit Uguette, tandis qu'elle faisait cliqueter ses outils en réparant sa ceinture ; Edelyn lui asséna un coup à l'arrière du crâne, avant de rétorquer par elle-même :
- Il est parti pour recharger sa magie. Il m'a dit de vous dire qu'il reviendrait dans l'après-midi.
- On peut se passer de lui, dit simplement Ludvinia en haussant ses épaules. Moi je pense qu'on va bien s'amuser, entre filles !
C'est bien la première fois que je dis ça... Et la sensation me plaît ! Apparemment, tout le monde avait l'air du même avis, même Uguette qui esquissa un sourire. Cependant, elles avaient un cours spécialisé qui les attendait : sachant qu'elles n'avaient jamais appris à se servir de leur Aura, elles devaient s'entraîner auprès de Mme Goodwitch, ancienne formatrice au combat qui, grâce au directeur Ozpin, avait daigné leur apprendre les bases que devaient connaître un chasseur.
Ils s'habillèrent en tenue de combat, pour ensuite se diriger vers le gymnase d'entraînement. Mme Goodwitch était déjà présente, mais comme les quatre amies n'étaient pas en retard, elle ne fit aucun commentaire. Cependant, quand elle vit Arian arriver...
- Vous osez vous montrer devant moi avec une telle posture ? l'accusa Goodwitch, en soupirant ensuite : Je pensais que je formais de vrais combattants...
Arian rit quelque peu, mais ne répliqua pas ; dans sa vie, on lui avait appris à ne pas répondre aux professeurs, même si ceux étaient insultants. Soudain, Ludvinia crut apercevoir un sourire apparaître sur les lèvres de leur instructrice, mais ce fut trop bref pour savoir si c'était réel ou non.
- J'ai remarqué durant le précédent examen, commença la professeure en marchant autour des jeunes filles, que vous combattiez comme une seule force. Cela dénote d'un esprit d'équipe fort, et d'un pouvoir de coordination conséquent. Qui est votre chef d'équipe ?
- Moi, madame, répondit Ludvinia en s'avançant par rapport à ses camarades.
La Chasseresse s'arrêta devant elle, pour la regarder de la tête aux pieds ; à vrai dire, elle la jaugeait.
- Pouvez-vous me dire comment vous avez réussi à réunir toutes vos camarades ?
Ludvinia resta coîte.
- Cela se voit tant que ça ?
- Évidemment, répondit Mme Goodwitch. Il n'est pas difficile de voir que votre équipe est constituée de membres extrêmement hétéroclites.
- Eh bien... C'était plus un accord commun qu'autre chose...
-...Et c'est grâce à Ludvinia et ses talents d'oratrice ! enchaîna Arian
-...Comme le fait que nous nous sommes toutes mises d'accord... continua Edelyn.
-...Pour botter le cul aux méchants et sauver les faibles ! finit Uguette, en se prenant un coup de baguette sur la tête.
- Le langage est l'une des premières vertus à respecter pour un Chasseur, expliqua Goodwitch tandis qu'Uguette se frottait la tête (il en avait pris deux, aujourd'hui... Espérons qu'il ne perde pas les neurones qui le rendent si fière !) Bien ! Je vais maintenant vous donner l'une des cartes principales du Chasseur, à savoir l'Aura. Le directeur vous en a déjà touché un mot, j'imagine ?
- Oui, affirma Ludvinia. Il a dit que c'était notre Âme qui permettait à cette énergie de nous protéger, de nous défendre contre les Grimm, qui eux n'en n'ont pas.
- C'est grossièrement expliqué, mais venant de sa part... Oui, vous avez raison, acquiesça la Chasseresse. D'ailleurs, l'une d'entre vous a déjà utilisé son Aura durant l'épreuve, n'est-ce pas ?
Elle se tourna vers Arian, qui se recroquevilla, toute rouge de gêne. Ah oui ! se souvint Ludvinia ; en effet, durant le combat contre le Nevermore, ils avaient assisté à ce phénomène où Arian avait stoppé net ce gigantesque volatile. Mais c'était là le pouvoir d'Hadrian, pas celui d'Arian... À moins que les pouvoirs qui nous sont propres peuvent rester les mêmes, en s'adaptant à l'univers dans lequel nous nous trouvons ?
- Décrivez-nous donc la sensation que vous avez ressenti, intima la professeure à Arian.
- Eh bien... Comment dire... (Arian se frottait les mains, indécise ; elle est décidement trop mignonne quand elle réagit comme ça ! Ludvinia avait envie de lui caresser les cheveux, comme Edelyn le faisait d'ordinaire) C'était comme si une douce chaleur m'enveloppait, un truc comme ça !
- C'est exactement le principe, soutint Goodwitch. L'Aura ne vous protège pas seulement des coups, mais de presque tout et n'importe quoi, tant que vous avez l'énergie pour la déployer. Cette quantité varie en fonction des Chasseurs, mais ne veut pas tout dire : certains d'entre eux en possèdent très peu, et pourtant, ils sont bien plus durables que certains de leurs confrères qui en possèdent bien plus. La différence ? Leur contrôle. Ce n'est parce qu'on possède un bouclier qu'il faut le tenir devant soi pour bloquer tous les coups ; on peut les esquiver, les parer ou les dévier pour éviter d'abîmer ce bouclier trop rapidement. Si Mlle Arian ci-présente avait réagit comme une vraie Chasseresse (Arian se recroquevilla plus, et donna à Ludvinia une envie irrésistible de la prendre dans ses bras, comme un petit chat), elle aurait d'abord cherché à éviter le Nevermore au lieu de céder à ses émotions et d'activer son aura.
Mme Goodwitch fit claquer sa baguette dans sa main. Elle indiqua ensuite à chacun la manière d'utiliser son d'utiliser son Aura. Au début, Ludvinia ne ressentit pas grand chose, et fut inquiète dans l'optique où elle n'aurait pas d'Aura. C'est idiot ; tout le monde en a une ! Soudain, elle sentit quelque chose de chaud, comme si elle était dans un bain. Elle regarda ses mains : celles-ci, ainsi que tout son corps, était entouré d'une aura mauve. Quand elle regarda ses amies, elle vit que tous vivaient le même phénomène : rouge pour Edelyn, doré pour Uguette et gris pour Arian. On est de Power Rangers ou quoi ?
- Bien ! Maintenant que les quatre d'entre vous sont capables d'activer votre Aura sur commande, ils va vous falloir la maîtriser. En piste !
Ludvinia ne comprit pas tout de suite, avant de voir que leur instructrice désignait une estrade circulaire.
- Si vous êtes éjecté par la première de mes attaques, vous devrez faire le tour du gymnase en courant. Et vous recommencerez autant de fois que nécessaire. Qui veut être l'heureux élu ?
Arian monta sur l'estrade, étonnant ses camarades par sa détermination ; en même temps, leur amie était la personne la plus courageuse qu'elles connaissent, mais elle n'était pas souvent la première à plonger dans le danger. La Chasseresse sourit, et rejoignit l'étudiante, lui faisant face. La tension était palpable, aucune des deux ne semblait vouloir bouger d'un...
- Ah !
Mme Goodwitch activa sa Semblance, une sorte de télékinésie qu'elles avaient pu admiré durant la course poursuite de l'homme au chapeau melon. La puissance de ce pouvoir percuta l'Aura d'Arian, qui devait assurément s'affaiblir. Cependant, elle brilla plus fort et repoussa l'assaut. Arian était campée sur ses positions, toujours prête à encaisser.
- Bien... (la professeur releva sa baguette) Voyons maintenant combien de temps vous pouvez tenir !
Elle se déchaîna, littéralement. On aurait dit qu'une tempête avait l'apparence d'une femme pour balayer Arian. Cette dernière continua d'encaisser les rafales, une à une. Ludvinia était tellement tendue que les jointures de ses poings blanchirent. Soudain, au bout d'une trentaine de secondes, l'Aura d'Arian clignota, et elle fut projetée contre le mur. De peur que leur amie soit blessée, Ludvinia et Edelyn se précipitèrent vers Arian. Elles l'aidèrent à se relever, mais son visage ne trahissait nulle douleur ; à la place, on y trouvait de la satisfaction.
La même qui aurait pu transparaître sur le visage de leur professeure, mais qui se sentit néanmoins dans sa voix :
- Pas mal du tout... Vous avez énormément d'Aura, et vous savez très facilement la manipuler. Avec de l'entraînement, vous arriverez peut-être à résister plus longtemps.
Glynda Goodwitch frappa sa baguette dans sa main.
- Excellent travail, Mlle Blink ! J'espère que vos camarades sauront en faire autant...
J'en ai marre de couriiiir...
Ludvinia enchaîna son onzième tour consécutif de gymnase. Au début, elle pensait qu'elle serait la seule à la traîne, mais Uguette et Edelyn n'étaient pas non plus trop loin devant elle : elles avaient toutes deux réussi à presque résister au premier assaut.
Ludvinia terminant son tour de piste, elle s'approcha de l'estrade et se plaça devant le professeur Goodwitch. Celle-ci, impartiale, se prépara sans un mot à activer sa Semblance. D'un coup, la force percuta Ludvinia, qui utilisa ses trésors de volonté pour renforcer son Aura. Et... cette fois, elle ressentit plus de chaleur, son Aura brillant de plus belle. Fermant les yeux pour se concentrer, elle ne remarqua pas immédiatement que la force avait cessé.
- C'est tout pour aujourd'hui.
Hein ?
- Je ne me répèterais pas deux fois, continua la professeure, comme si elle avait entendu les pensées de Ludvinia. Vous avez réussi mon épreuve, et il est bientôt l'heure pour vous d'aller en cours.
Après s'être lavées et changées, elles remercièrent leur instructrice et partirent pour aller en cours.
- Sérieusement, c'était la chose la plus ennuyante que j'ai jamais, lâcha Uguette en bâillant bruyamment, arrachant des regards interrogateurs de ses amies et autres camarades de classe.
- Eh ! Tiens toi un peu mieux, lui intima Ludvinia.
- Moi j'ai bien aimé, avança timidement Arian. Je n'aurais jamais cru qu'il y ait autant d'applications pour la lavande !
- Je ne pense guère que la lavande d'ici soit la même que chez nous, sourit Edelyn.
Soudain, elle reçut un appel sur son Scroll. Elle le sortit de sa poche pour voir qui était donc l'importun ; bien sûr, c'était ce cher Yannis. Après avoir indiqué à ses amies de ne pas l'attendre pour manger, elle décrocha :
- Oui ?
Le visage fatigué de Yannis apparut ; manifestement, il n'avait pas dormi de la nuit.
- Salut... marmonna-t-il.
- Alors ? On s'est organisé une petite sauterie sans rien nous dire ? ironisa Edelyn.
- Mais oui... Fwaah... Faut vraiment que je trouve un lit viable... J'ai raté quelque chose ?
- Le cours de Mme Goodwitch sur l'Aura, mais à part ça, rien.
- Ah... Bah ça n'est pas très grave, sachant que j'ai ma magie et mes pouvoirs d'Outsider.
- Ah, si ! Tu as raté un cours de botanique. La professeur était extrêmement délicieuse, polie et courtoise.
Yannis se gratta l'arrière du crâne.
- Mmm...
- Tu as bientôt finit de recharger tes batteries ? s'enquit Edelyn.
- Hein ? Ah oui... Non, j'ai pas totalement terminé - et le regard de son interlocuteur se fit fuyant - Y a pas assez de magie pour qu'on puisse partir. Je pense qu'il faudra encore attendre... Un an ?
Edelyn sentait bien que son ami lui mentait. Cependant, elle se plaisait plutôt ici, alors autant jouer le jeu jusqu'à qu'elle soit lassée.
- Un an ? C'est vraiment très long. Ah là là... Bon, je pense que l'on va devoir encore s'habituer à devenir Chasseresses. Sinon, le travail d'équipe ne t'intéresse toujours pas ?
Yannis soupira, avant de lui raccrocher au nez ; sur ce genre de sujets, il était extrêmement sensible. Edelyn remballa son Scroll quand une voix parla derrière elle :
- Il n'est pas très conciliant ?
Elle se retourna : le directeur Ozpin se tenait devant elle, sa canne le soutenant. Il avait un air amusé.
- Oui, répondit Edelyn d'un ton exaspéré. Il est aussi têtu qu'une mule, quand il s'agit de travail d'équipe : soit il obéit aux ordres sans broncher, soit il se rebelle totalement. Impossible de trouver le juste milieu dans son cas.
- J'ai l'impression que vous avez déjà vécu ce genre de situations assez souvent...
- Certes... (Edelyn lança un regard perdu au sol) Quand on l'a rencontré, au début, il était toujours prêt à se sacrifier pour ses amis. Cependant, au fur et à mesure que le temps passait, il commençait à sombrer dans une philosophie manichéenne et nihiliste, prétextant que telle ou telle chose était vraie ou juste, simplement parce qu'il en avait décidé ainsi (Ozpin lui lança un regard interrogateur, ce à quoi Edelyn répondit : ) Nous l'avons calmé, au bout du compte. Mais en lui réside toujours cette part d'ombre qui veut reprendre le dessus à chaque instant.
- "Nous sommes tous consumés par nos propres démons", récita presque Ozpin. "L'important, c'est de se dire comment ralentir cette combustion le plus longtemps possible". N'essayez pas de le forcer à faire quoi que ce soit : si il se sent frustré du fait d'être écarté de ses amis, alors il a le choix de se battre contre cela, ou de trouver un autre moyen. Le mieux, c'est qu'il ne succombe pas à ses propres ténèbres...
Edelyn crut que cette dernière sentence était plus adressée pour lui-même que pour elle. Elle remercia le proviseur avant d'aller rejoindre ses amies au réfectoire.
