Le vieil homme avait enfin réparé son magasin ! Regardant avec fierté la pancarte qu'il avait replacé, il commença à descendre de son échelle, quand soudain, elle s'ébranla et il tomba. De pas très haut, certes, mais assez par rapport à son âge.
- Tout va bien ?
C'était une jeune femme aux cheveux verts qui lui avait parlé ; elle lui tendait la main pour l'aider à se relever. Le vieil homme la prit, et elle lui demanda :
- Est-ce que vous connaissez cette adresse ? Je ne suis pas vraiment du coin...
Il lui indiqua donc le nom de la rue. Elle le remercia avant de partir, laissant le vieil homme un peu déboussolé.
Yannis était aux côtés de ce "Mercury". Avec son attitude nonchalante et ses remarques acerbes, il lui faisait un peu penser à Ugo, enfin Uguette. Mais sans le côté intelligent. Et manifestement, Mercury avait senti cette impression venant de Yannis.
- J't'aime pas beaucoup, tu sais ? lui dit-il en lui coulant un regard en coin.
- Tu n'en as pas vraiment besoin, rétorqua le mage en tapotant sur son Scroll.
Soudain, Mercury s'approcha et regarda par dessus son épaule ; actuellement, Yannis était en train d'étudier les données qu'il avait récolté dans la Tour de Beacon. Mais si il n'avait pas eu accès à chacune d'entre elles, il avait néanmoins récolté cette précieuse information : l'arrivée du Général Ironwood, directeur de l'académie à Atlas, accompagné de son armée de fidèles soldats.
- Comment t'as réussi ton coup, au fait ? demanda Mercury, cette fois sincèrement curieux. J'ai entendu dire que la Tour avait un système de sécurité très avancé...
- J'ai des... qualités, disons... utiles pour ce genre de mission, expliqua vaguement Yannis. Et puis, l'important c'est le résultat, pas la méthode ?
- On est d'accord, parla la voix d'Emerald.
Yannis leva la tête pour croiser son regard rouge. Elle avait l'air excédée.
- Vous avez trouvé notre cible ? s'enquit-il en rangeant son Scroll dans sa poche.
- Hé ! intervint Mercury. Pourquoi tu la vouvoie et pas moi ?
Emerald soupira et lui tendit une liasse de Lien. Sûrement volée sur un passant.
- Combien je dois te payer pour que tu la boucles ?
- C'est pas ton argent, rétorqua Mercury.
- Mais ça peut le devenir pour 5 minutes de silence.
- Pas intéressé.
- Très bien, conclut-elle en jetant un portefeuille par terre, mais en gardant les billets. En passant, Mercury fit un clin d'oeil à Yannis et lui lança :
- Elle me veut, c'est évident.
Yannis haussa ses épaules, et suivit ses supérieurs.
Après quelques minutes de marche, ils arrivèrent devant une librairie, Les Livres de Tukson. L'intérieur ressemblait à tout bonne librairie de quartier : mal rangée et sentant l'encre et la poussière. Il entendit alors une voix parler :
- J'arrive !
Un homme sortit de l'arrière boutique, transportant une telle pile de livre qu'il n'arriverait pas à distinguer ses "clients".
- Bienvenue aux Livres de Tukson, demeure de tous les livres existants ! Que puis-je faire pour... il s'arrêta un instant, son visage trahissant ses émotions à la vue d'Emerald et de Mercury, avant de reprendre : Que puis-je faire pour vous ?
Et l'interrogatoire commença ; comme ça n'était pas vraiment intéressant, Yannis reporta son attention sur les livres présents sur les étagères : il y en avait des centaines de différents, mais un d'entre eux attira son attention : c'était un recueil de contes de fées communs, voire étrangers. Il attrapa le livre et commença à le feuilleter ; de toute façon, si les deux autres avaient besoin de lui, ils lui feraient savoir.
Il dévora en quelques instants L'histoire des saisons, Le Roi Indécis et les Deux Frères, quand il fut interrompu par la voix d'Emerald qui disait :
- Tu ne devrais pas faire des promesses que tu ne peux pas tenir, Tukson ! (et Mercury activa l'interrupteur qui servait à fermer les volets) J'ai entendu dire que tu comptais t'enfuir à Vacuo... Tes frères de la White Fang ne seront sûrement pas ravis d'entendre la nouvelle. Et puis, tu sais qui nous sommes ?
- Oui, répondit Tukson, le visage fermé.
- Et tu sais également pourquoi nous sommes là ?
- Oui.
- Alors... Tu comptes te battre ?
- Oui ! Yaaargh !
Mais il n'eut aucune chance.
Une seconde plus tard, un cadavre gisait aux pieds de Mercury. Emerald se tourna vers Yannis et lui dit :
- Nettoie-nous ça ; si le corps disparaît, on aura plus de marge pour le plan B.
Il acquiesça tandis que "Grison et Verrette" sortaient du magasin. Quand il fut sûr qu'ils étaient sortis pour de bon, il invoqua un sortilège de Silence Affamé, et isola complètement le magasin du monde extérieur. Quand les précautions magiques furent prises, il s'approcha du corps et ouvrit un portail à sens unique dans le fond de l'océan le plus proche, et y balança le cadavre. Il le regarda dériver jusqu'à que ce dernier se perde dans les abysses, avant de refermer le bruyant vortex.
Yannis sortit du magasin, et s'adressa à Emerald :
- C'est fait ; je vais aller m'occuper de "votre cas" à Beacon.
Tandis que Nora envoyait avec joie de la nourriture sur Yang, qui l'avalait avec gourmandise, Ludvinia et sa bande était attablée avec la team RWBY, leur cheffe absente. Soudain, Yang glissa un regard vers les notes sur lesquelles Blake travaillait, et demanda :
- T'fais quoi ?
- Rien... Juste des fiches pour le dernier semestre.
- Nul... et Yang soupira, avant d'attraper de sa bouche de la nourriture en plein vol.
- Quelqu'un a vu Yannis, dernièrement ? Il m'avait promis de me passer le tome 2 de Ferroul Squad. Argh, j'arrive toujours pas à me faire à ce nom...
- C'est vrai qu'il se fait beaucoup absent, dernièrement, lança l'air de rien Ludvinia ; seulement ses paroles étaient clairement à l'intention d'Edelyn, qui ne flancha pas et ajouta :
- Il ne devrait pas tarder, je pense : il a été puni par le professeur Opzin, et doit donc s'occuper de bon nombre de problèmes administratifs.
Beau mensonge, se dit Ludvinia, en regardant Blake le gober sans rien dire ; ou bien elle le sentait mais ne souhaitait pas en savoir plus ? Soudain, Ruby débarqua et commença à parler de son projet d'activités à faire durant la journée. De son côté, Ludvinia aurait adoré participé à cette petite débauche, mais elle et son équipe devait s'entraîner de plus belle en prévision du tournoi.
Tout à coup, elle reçut une tarte sur le visage.
C'était Nora, qui dans sa folie abusive de lancer de la nourriture. Devant son visage aussi innocent qu'espiègle, Ludvinia n'eut d'autre choix que de répliquer, ce qui engendra la plus grande bataille de nourriture que vous n'avez jamais vu...
...Et je ne vous la conterais pas, car elle peut heurter certaines oreilles sensibles. Si ? Alors reprenons.
FOOD FIGHT !
Une véritable bordel.
C'est ce qui pouvait décrire la situation qui se profilait sous les yeux ébahis de Ludvinia, dont la moitié de l'uniforme était couverte de sauce tomate, comme son propre sang avait coulé. Des myriades de légumes cuisinés, de morceaux de viande, de fruits et de sauces étaient éparpillées au sol, et pleuvaient littéralement comme des avions larguent leurs bombes.
Ludvinia esquiva une dinde rôtie envoyée par Nora à l'aide de son marteau de fortune ; une barre métallique et une pastèque. Soudain, elle entendit dire :
- La justice sera rapide ! La justice sera douloureuse ! Mais surtout... elle sera DÉLICIEUSE !
Comme formule, on a déjà trouvé mieux. Le pire, c'est que tout le monde, ou presque, était couvert de victuailles ou avait été touché. Seule Uguette, dans sa grande bonté d'aider ses camarades, avait décidé de les utiliser comme tremplins ou bouclier pour éviter et bloquer les retombées. Comme quoi, avoir une omniscience inhérente, ça aide.
Ludvinia attrapa une courgette pour s'en faire une dague ; immédiatement, son instinct lui montra comment se servir de cette arme jusqu'au maximum de son efficacité. Elle fonça vers Ren qui la remarqua, évitant son coup de couteau... enfin, de courgette. Il attrapa une saucière qu'il lança vers elle, Ludvinia l'évitant de justesse.
De son côté, Arian était déjà vaincue par Blake, qui se tourna vers d'autres combats. Edelyn, quand à elle, se couvrait de sauce tomate et de ketchup en criant avec extase :
- Du sang végétarien ! Du sang végétarien ! HA HA HA HA HA !
Elle bondit ensuite vers Yang, prête à lui asséner un crochet du droit bien senti. Yang n'évita pas le coup, mais à la place frappa le poing de la vampire, ce qui provoqua une petite onde de choc. Elles continuèrent leur manège, le son les accompagnant s'apparentant à des coups de canon.
Pyrrha, qui ressemblait presque à au skin Boulanger de Panthéon, bondit vers Uguette qui dégustait un tacos fait sur place. Celle-ci évita le premier coup, puis le deuxième, avant de se faire éclater au sol, car elle était tombée à court d'Aura.
Soudain, on entendit un cri : Ruby se lamenta avec théâtralisation devant la "perte" de sa camarade aux cheveux d'albâtre. D'un coup, elle activa sa Semblance, tornade démentielle qui les balaya tous, jusqu'à les plaquer contre le mur avec le reste de nourriture.
Après cette débandade, il faut dire que Mme Goodwitch leur demanda plus de tours de terrains.
- Tiens, dis Yannis en tendant le livre nouvellement relié à Blake. J'espère qu'il te plaira.
Elle prit le livre entre ses mains l'air ravi, avant de le regarder ; elle aurait bien vu ses cernes si il n'avait pas utilisé un sortilège pour les masquer. Soudain, elle lui demanda :
- Tout va bien ?
L'image de Blake blessée, dans ses bras, revint à son esprit. Il la chassa, avant de répondre d'une voix qu'il voulait maîtrisée, mais qui dérapa un peu sur la fin.
- Tout baigne, ne t'inquiète pas... (comme elle avait l'air de vouloir insister, il enchaîna : ) J'ai entendu dire que tu avais été blessée ! Est-ce toi, tu vas bien ?
- Oui, répondit-elle. J'ai cru que celui qui m'avait infligé cette blessure (et elle toucha son épaule, qui comportait une légère cicatrice) s'enfuirait après son méfait, mais il m'a soigné. Tu te rends compte ?
- Drôle de façon de procéder, en effet (la sonnerie retentit) Ah ! Je dois y aller. On se voit plus tard, d'accord ?
- D'accord...
- Et promets moi de me faire une critique constructive pour la prochaine fois, cria Yannis en s'éloignant. La première était trop subjective.
Blake sourit, et le quitta de son côté. Quand Yannis fut enfin hors de sa vue, il soupira et décrocha son Scroll : un appel masqué.
- Oui ? lâcha-t-il d'un ton froid et monocorde.
- Nous sommes arrivés, répondit la voix de Cinder de l'autre bout du téléphone.
Il raccrocha, et alla accueillir le loup dans la bergerie.
