L'ambiance était... plutôt sympa.

Uguette s'attendait à pire, à savoir un bal académique plutôt élitiste, mais l'atmosphère était ce soir-là assez enjouée. Malgré tout, ça ne ressemblait pas aux rêves party auquel elle avait l'habitude.

Elle était aux côtés de Ruby et de Jaune, en train de siroter leurs jus de fruits (Uguette avait réussi à se procurer de la liqueur de poire dans un magasin en ville, et l'avait introduit illégalement dans la fête. Le goût était horrible.), en regardant les autres danser. Même si Ludvinia aurait pu être de la partie, elle l'avait abandonné pour danser avec un garçon qui faisait une tête de moins qu'elle (ce qui était assez normal, vu la taille de son amie blonde).

Uguette prit son Scroll en main : elle avait appelé Yannis plusieurs fois de suite, mais était tombée à chaque fois sur la messagerie de ce dernier. Même si c'était l'une des personnes avec qui elle n'aurait pas, mais vraiment pas aimé passé la soirée avec (trop étrange, trop passionné à la fois), elle aurait au moins voulu se bourrer la gueule avec quelqu'un. Uguette soupira.

Soudain, Jaune les quitta, et elle put observer que Pyrrha était partie sur la terrasse. Intéressant... se dit Uguette. Mais les commérages n'étaient pas vraiment son fort quand personne n'avait au moins 1 gramme de bistouille dans les veines. Comme la dépression de soirée la gagnait rapidement, Uguette se tourna vers Ruby.

- Tu sais, je me suis sans arrêt demandé pourquoi il y avait toujours des gens dans un coin pendant une soirée.

Ruby se tourna vers elle, à la fois gênée et confuse. Uguette l'ignora et commença son anecdote :

- Je vais te dire quelque chose d'à la fois marrant et triste (Uguette prit une gorgée de liqueur, le rouge lui montant aussi bien aux joues qu'à l'esprit) : quand j'étais plus petite, j'étais scolarisée dans un établissement pour enfants à problèmes.

- Ça ne m'étonne pas de toi, ricana soudainement la jeune fille à la robe rouge.

- Ouais... Mais j'étais pas le seul ; tout les autres de la bande étaient dans le même cas que moi - Ruby prit un air interrogateur - Tu te demandes bien pourquoi on s'y trouvait ? C'est simple : on était réellement des problèmes. Ludvinia est une fois arrivée à convaincre un adulte de se pendre dans les cabinets, simplement parce qu'il lui avait confisqué sa peluche.

Son interlocutrice blêmit, et Uguette continua sa lancée :

- De son côté, Arian devait nettoyer les cendres de la cheminée, mais à l'époque on le faisait à la main pour à la fois enlever les cendres et se désinfecter les mains. Seulement, elle avait attrapé une braise à mains nues, et ne s'était pas brûlée. Les adultes n'auraient sur dire si c'était sa Semblance... ou autre chose. Quand à Edelyn, on l'a surprise en train de lécher les plaies des enfants qui se faisaient mal ; apparemment, ils ressentaient énormément de réconfort quand elle le faisait, mais ça lui donnait une aura bestiale, terrifiante...

- Et toi ? demanda prudemment Ruby.

- J'ai utilisé "mon talent" en devinant que la directrice de l'établissement qui nous hébergeait organisait en secret un trafic d'enfants (Les yeux de Ruby s'écarquillèrent). Oui, ça semble énorme comme ça, mais... (Uguette serra le poing) Je n'ai rien dit. J'avais peur que, si je dénonçais cette horreur, on serait jeté dehors, en pâture au monde. J'ai donc gardé le secret.

- Et... Et quel rapport avec le fait de rester en retrait...?

- C'est tout le principe, expliqua-t-elle. Si tu continues à rester en retrait simplement parce que tu penses pas pouvoir faire comme les autres, tu finiras par devenir exactement ce que tu penses : quelqu'un de spécial, et seul. (Uguette regarda Jaune habillée en robe de soirée "mettre le feu à la piste" ; elle sourit) Tu vois, il n'y a rien de mieux que de profiter de ces moments où personne ne se devrait se sentir à l'écart. Et...

Soudain, un éclair de Vérité jaillit dans le cerveau d'Uguette. Elle lâcha son verre, se tenant la tête, en ayant l'impression que son cerveau allait exploser.

- Eh ! (la voix de Ruby semblait à la fois lointaine et trop forte) Tout va bien ?

Uguette eut une sorte de vision ; c'était toujours comme ça quand un des membres de la Ferroul Squad utilisaient leurs pouvoirs. Cette dernière représentait Yannis devant une tour, et une sorte d'ombre de feu était à côté de lui. Putain ! La vision éclata sous ses yeux, et Uguette retrouva ses sens.

Elle se tourna vers Ruby, les yeux exorbités :

- La tour !

- Rien de votre côté ? demanda Yannis à Emerald sur son Scroll.

- Personne n'a quitté la fête, tout le monde est encore en train de danser. Et de votre côté ?

- Tout va bien, répondit Cinder à ses côtés.

Elle regardait avec circonspection le portail que Yannis avait ouvert. Plus sérieusement, depuis qu'il avait réussi à rassembler toute la magie disponible, il n'aurait jamais pensé que ce portail soit aussi instable. Il était obligé de mobiliser 50% de sa puissance cérébrale pour le maintenir, alors qu'il lui en fallait que le dixième d'ordinaire. Sérieusement, s'agaça-t-il intérieurement, j'espérais qu'il y eut moins d'interférences, mais ça confirme mes théories : il y a quelque chose ou quelqu'un qui m'empêche d'utiliser mes pouvoirs. Mais qui ?

Yannis indiqua à Cinder que tout était prêt, et ils s'enfoncèrent dans le vortex.

Ils débarquèrent de l'autre côté dans la salle informatique principale. L'endroit était aussi dépeuplé que le désert de Gobi, pourtant Yannis conjura son armure de Penumbra ; il avait auparavant appris comment compresser des objets et les remettre en forme assez rapidement, mais cet aspect de son pouvoir lui était toujours un peu obscur, aussi mit-il quelques secondes supplémentaires pour complètement recouvrir son corps.

Cinder l'observa d'un œil critique, avant de dire avec un ton moqueur :

- Quoi ? Tu as peur que des caméras cachées ?

- Je suis un inflitré de premier ordre, répondit Yannis par la voix déformée de son casque. Si on me soupçonne, je peux dire adieu à ce qui me permet de vous être utile.

Pendant un instant, il crut voir un éclair de colère passer dans les yeux de la sulfureuse jeune femme. Mais il n'en tint pas compte, à la place il se posta près de la porte pour monter la garde. D'une formule habile, Yannis détraqua les ascenseurs pour qu'ils ne puissent pas monter à ce étage ; personne ne penserait à y aller de toute façon, alors les gardes ne remarqueraient pas tout de suite leur petite escarmouche.

Cinder de son côté commença par placer une clé USB dans un ordinateur, et tapa avec précaution sur les touches. Cette technique informa Yannis qu'elle n'était pas celle qui avait pensé les input du hacking : elle ne faisait que reproduire un schéma qu'elle avait apprise par cœur.

Soudain, Yannis ressentit le lien de la Vérité. Il plaça la main sur son coeur et serra, pour l'empêcher de battre à tout rompre ; un de ses camarades s'approchait de la Tour. Il n'avait as pris en compte que ceux qui sont liés par la Vérité ressentent les brusques écarts d'énergie thaumique qui surviennent après l'utilisation de leurs pouvoirs. Yannis devait deviner qui serait la personne qui approchait. Ou même pire : le scénario où un autre membre de la Ferroul Squad ait pu rentrer dans ce monde était aussi probable, mais il ne préférait pas y penser.

- Qu'est-ce qu'il se passe, demanda Cinder, ayant visiblement remarqué sa crispation.

- Quelqu'un arrive, lâcha-t-il tandis que la pression sur son corps redescendait progressivement.

- J'ai fini, rétorqua Cinder en reprenant la clé USB avec elle. Ouvre ton "portail", ou quoi que ce puisse être.

Yannis se concentra, et le vortex apparut près de Cinder. Au même moment, la porte de l'ascenseur s'ouvrit sur Uguette et Ruby. Sachant qu'il fallait que sa patronne reste aussi anonyme que possible, Yannis lui lança de sa voix déformée :

- Je te rejoins, part devant.

Surprenamment, elle obéit, et s'enfonça dans le portail. Yannis ferma ce dernier et se prépara à combattre. Uguette et Ruby étaient toujours en tenue de soirée, mais grâce aux systèmes de casier propulsés, elles avaient leurs armes sur elles.

Ruby planta sa faux dans le sol, pointée vers lui, et tira. Yannis para les balles à l'aide de ses gantelets ; si il sortait son épée, Uguette reconnaîtrait à coup sûr le style de combat qu'il utilisait. D'ailleurs cette dernière lui lança une grenade paralysante, à en juger l'éclair stylisé qui y était peint (sûrement une arme à base de Dust foudroyante). La grenade explosa et des centaines d'arcs électriques frappèrent Yannis.

Mais cela ne lui fit rien ; l'un de ses pouvoirs était la capacité de manipuler toute forme d'énergie, alors il avait simplement converti l'électricité en énergie thermique. L'atmosphère s'alourdit de chaleur, et Uguette en profita pour lui envoyer des fioles contenant des fragments de sodium. Elles se brisèrent devant Yannis et les fragments senflammèrent avec violence, le souffle le balayant. Elle a pas lésiné sur la dose...

Soudain, l'autre ascenseur ouvrit ses portes sur Ironwood et quelques soldats. Décidant que c'était le moment pour s'enfuir, Yannis fonça rapidement vers la fenêtre et éclata la vitre d'un coup de pied, en utilisant son élan pour plonger vers le sol.

Il contrôla sa chute pour tomber dans un buisson, où il fit disparaître son armure. Quand le processus fut terminé (sous la pression, il mettait plus de temps), il se releva en tenue de soirée, et repartit en direction de la salle de bal.

Il arriva après Cinder, qui dansait déjà avec Mercury, Emerald à l'écart. Il s'adossa contre un pilier à côté d'elle, et avec un ton dont on pouvait sentir la peur sous-jacente, elle lui demanda :

- T'es quel genre de monstre, toi ?

Yannis sourit.