- Et quel était son nom, déjà ?

- Penumbra.

Yannis entra dans le bureau d'Opzin au moment où ces mots furent prononcés par ce même homme. Il failli grincer des dents : la mission aurait pu se dérouler sans encombres si ces abrutis d'Emerald et de Mercury avaient accompli leur part du marché avec efficacité. Mais à la place, voilà qu'on l'avait convoqué.

Ironwood, Goodwitch et l'étrange Ozpin étaient tous présents. Le premier s'approcha de lui :

- M. Lemage.

- M. Ironwood, répondit Yannis avec un respect feint.

- Nous vous avons convoqué pour discuter de sujets, disons... épineux, intervint Mme Goodwitch.

- Cela concerne l'incident d'hier, ajouta le professeur Ozpin.

Bien entendu... "Et quel mon rôle dans cette histoire ?"

- Mlle Ruby Rose nous a fait part de son témoignage, commença Ironwood. Apparemment, une de ses amies aurait eut l'intuition que quelque chose se tramait en amont du festival. Et après être sorties pour aller admirer la tour, elles auraient vu deux personnes s'introduire dans celle-ci.

Ironwood s'approcha de Yannis, le dominant de toute sa hauteur. Et l'aura qu'il dégageait était tout aussi menaçante.

- Elles sont donc allées vérifier, et les gardes avaient été battus presque à mort, l'ascenseur principal ne fonctionnant plus correctement. L'amie de Mlle Rose a donc réussi à remettre en marche l'appareil, et elles ont pu monter jusqu'à l'étage de contrôle. Le plus surprenant, c'est qu'il y avait ce "Penumbra" et une femme, qui a immédiatement fuit par un portail. Elles ont ensuite combattu cet individu, mais ce dernier s'est enfui à mon arrivée.

Yannis sourit, et répliqua :

- Et vous me soupçonnez à cause de ma Semblance ? devina-t-il.

- C'est une supposition que l'on ne peut malheureusement pas écarter, soupira Ozpin en joignant ses mains devant son visage.

- "Innocent jusqu'à preuve du contraire", c'est possible par chez vous ? demanda Yannis avec un air ennuyé.

Ironwood se tendit, et le magicien sentit que ce dernier n'était pas à l'aise avec le ton qu'il avait pris ; assurément, il le tenait pour coupable. C'était toujours comme ça avec les militaires : ils ne possèdent pas assez de cellules grises pour réfléchir un petit peu plus que nécessaire.

- Il a raison, James, avança Goddwitch en se mettant entre lui et Yannis. On ne peut pas le mettre derrière les barreaux sous prétexte qu'il possède la même Semblance que lui.

- J'ai d'ailleurs un argument en ma faveur, ajouta Yannis. Mlle Rose vous a-t-elle dit de quelle couleur était le portail ?

- Il était noir, je crois, se rappela Ironwood. En quoi est-ce décisionnaire ?

- Les miens sont bleus, expliqua l'accusé. Et d'ailleurs, j'ai été testé plusieurs fois : il m'est impossible de les créer sur une distance plus grande qu'une dizaine de mètres. Si ce type a réussi à créer un portail qui a pu permettre à son associée à s'enfuir, alors ça ne peut pas être moi.

-...

- Ce sera tout pour aujourd'hui, M. Lemage, dit soudainement Ozpin. Vous pouvez disposer.

Yannis s'inclina, et sortit de la salle.


Edelyn était en train de coiffer les cheveux d'Arian ; ces derniers étaient presque impossible à réarranger ! Si son amie ne s'en occupait pas elle-même, c'est tout simplement parce qu'elle s'était emmêlée les doigts dans ses cheveux à chaque fois qu'elle tentait de les brosser. Edelyn familiarisait de plus en plus avec la malchance maladive de son amie à lunettes...

Yannis entra.

- Ah ! (Ludvinia s'approcha de lui) Alors, qu'est-ce qu'ils t'ont demandé ?

- Rien de spécial, répondit-il en haussant ses épaules. Ils voulaient juste savoir si j'avais oui ou non un rapport avec l'incident d'hier.

- Et tu leur a répondu quoi ? demanda Edelyn sans se tourner vers le magicien, tout en continuant de brosser les cheveux de son amie.

- Je leur ai dis que je n'avais rien à voir avec ce truc, lâcha-t-il sans hésiter.

Bizarrement, impossible de savoir si il mentait ou pas. Si Maty avait été présente, elle aurait sans doute utilisé son pouvoir pour tirer au clair cette affaire, mais elle n'était pas là. Edelyn finit de brosser la dernière mèche d'Arian, et lui présenta un miroir :

- Est-ce que ça te va ?

- Oui ! répondit avec plaisir son amie. C'est parfait !

- Pourquoi tu fais ce genre de trucs ? avança Uguette, toute décoiffée comme à son habitude. Suffit juste de prendre une douche, et c'est suffisant pour une Chasseresse !

- Mais on se doit d'être présentable quand on sauve des gens ! assura Arian en se levant. Si la personne qui te sauve ressemble à un tas de loques, tu peux parfois la prendre pour une personne mal intentionnée.

Soudain, ils entendirent la voix du professeur Goodwitch leur demander de se rassembler dans le hall principal. Ils s'y dirigèrent, tombant sur la foule d'étudiants des différentes académies. Ils se rassemblèrent en rang, et sur l'estrade les surplombant, le professeur Ozpin apparut et fit un discours assez étrange sur l'importance de l'individualité et de la diversité des royaumes. D'après l'instinct d'Edelyn, quelque chose de gros se tramait, parce que le directeur lui-même leur lançait un avertissement déguisé...

On leur intima ensuite d'aller choisir des missions à effectuer. Ils s'approchèrent du tableau holographique quand d'autres élèves furent éloignés ; ne restait que la team RWBY.

- On est vraiment désolé, s'excusa Ludvinia. On pourra pas vous suivre pour celle-ci...

- C'est pas votre faute, répondit Ruby. On se se débrouillera de notre côté, et si on a besoin d'aide, on vous appellera !

Ludvinia acquiesça, et elle laissa l'autre équipe choisir sa mission. Une fois partie de leur côté, elle s'approcha du tableau : la plupart des missions sûres avaient été prises, et ne restait que les plus dangereuses.

- On a du mal à choisir ?

Le professeur Ozpin était à côté d'elle, une tasse de café fumante à la main. Elle sursauta, ce qui lui arracha un rire.

- N'ayez crainte, je ne suis là que pour vous aider...

- À avoir une crise cardiaque ? ricana Uguette.

- Toi, tais-toi, lui intima Ludvinia. Excusez-nous, professeur... Mais nous ne savons pas vraiment quoi choisir, maintenant que toutes les missions proches de Beacon sont prises (elle jeta à Yannis un regard entendu).

- Hmm... (Ozpin se gratta le menton, avant de dire :) Je pense que je peux vous aider : que dites vous d'accomplir une mission avec un chasseur de ma connaissance ? Il pourra à la fois vous enseigner et... vous surveiller ? D'ailleurs, la mission qu'il propose sera assez technique pour vous permettre de tester vos compétences.

- C'est d'accord ! acquiesça vivement Ludvinia, heureuse de ne pas avoir à choisir.

- C'EST HORS DE QUESTION ! hurla à pleins poumons Uguette tandis que ses amies la traînait vers l'hélicoptère.

Uguette avait été enchantée à l'idée d'accompagner un Chasseur lors d'une mission réelle, mais elle pensait que ce serait une femme plantureuse, possédant les formes qu'elle aurait pu observer durant de longues heures de campement. À la place, c'était un vieux gars de 70 ans qui avait plus l'air d'une voiture dans une décharge que celui d'un combattant. Il avait les cheveux blancs en bataille, un nez cassé et une moustache façon maître Shifu dans Kung Fu Panda, soutenue par un regard bleu fatigué et chassieux à n'en point douter.

Le type en question s'appelait Hendrik ; c'était un chasseur qui était à la retraite depuis peu, mais il avait accepté d'entraîner des étudiants de Beacon si ceux-ci s'avéraient "expérimentés". Une condition impossible à remplir, sûrement parce que ce vieux croûton voulait qu'on lui foute la paix. Mais l'impossible était arrivé, et les voilà tous les cinq, en tenue de combat, dans l'hélicoptère qui décollait.

- Ravi de vous rencontrer, monsieur ! cria presque Ludvinia pour couvrir le son des pales qui tournaient.

-...

Il resta silencieux pendant tout le trajet, jusqu'à qu'ils arrivent à la bordure d'une ferme. Pittoresque, mais les fermes renfermaient toujours ce côté "film d'horreur facile" pour Uguette. Ils descendirent de l'hélicoptère, et le conducteur les informa qu'il viendrait les chercher en cas de pépin. Hendrik le remercia d'un grognement (qui sonnait plus : "Casse-toi, tu me fais chier"), et l'engin s'envola dans le ciel, avant de disparaître par dessus les nuages les plus bas.

- Suivez-moi, lâcha ensuite le Chasseur.

AUEL et Yannis obéirent, et ils marchèrent à travers des champs dévastés, dont la terre retournée dans tous les sens faisait plus penser à un champ de bataille façon Verdun. Ils virent la grange au loin, et s'y approchèrent.

Soudain, Hendrik leur demanda de s'arrêter. Stoppant net leur avancée, les futurs Chasseurs étaient tendus comme des cordes d'arc, et le vieil homme sortit son arme, une hallebarde de deux mètres au pic qui était un canon. Il marcha doucement jusqu'à la porte de la bâtisse, et cria de sa voix rocailleuse :

- Hé ho ? Y-a quelqu'un ?

Personne ne répondit.

Uguette n'était pas vraiment surprise : les résidents s'étaient peut-être réfugiés dans une cave pour échapper à la quelconque attaque qui avait eut lieu ici. Hendrik regardait désormais la serrure de la grange, et ce pendant plusieurs longues secondes. Soudain, il se tourna vers AUEL et demanda :

- Y en a une d'entre vous qui sait ouvrir les serrures ?

Toutes ses amies se tournèrent vers elle, et Uguette soupira, avant de s'approcher de la porte à son tour ; la serrure en elle-même était vieille de plusieurs décennies, mais semblait plutôt en bon état. Elle sortit une solution corrosive et en versa une goutte dans le trou de la serrure. De la vapeur sortit de celle-ci, puis Uguette donna un petit coup de clé à molette sur le métal, et le mécanisme se brisa, laissant la serrure s'ouvrir.

Elle ouvrit la porte.

Une odeur nauséabonde qu'elle ne connaissait que trop bien attaqua tout à coup ses narines. Elle se boucha le nez, et regarda à l'intérieur de la bâtisse ; les cadavres d'une famille gisaient dans une mare de sang, leurs visages tordus dans une expression de terreur.

Uguette entendit Arian et Ludvinia réprimer des haut-le-cœur, et même Edelyn avait l'air mal à l'aise. Hendrik bouscula brusquement Uguette pour aller examiner les corps de plus près. Il se pencha, et gratta du doigt le sang qui se trouvait au sol, avant de le porter à son nez pour le renifler. Au premier abord, ça semblait répugnant, mais c'était une manière de savoir si le sang était très oxydé ou non, afin de déterminer l'heure de la mort.

Le Chasseur se releva enfin avec un "tch" désapprobateur. Il se tourna vers l'équipe stagiaire :

- Tout m'a l'air de s'être passé hier, et vu l'état de leurs blessures, c'était pas des Grimm.

- Quoi ? s'exclama Ludvinia, peut être un peu trop fort. Vous parlez d'un meurtre ?

Bien sûr, se dit Uguette en se frottant le menton. Mais pourquoi voudrait-on assassiner une famille paumée au milieu de nulle part ?

Hendrik coula à son amie un regard furieux, auquel elle répondit par un détournement de regard gêné. Il lâcha un grognement, avant de sortir de la grange. Au loin, le soleil se couchait paresseusement à l'horizon, ignorant les affres du monde terrestre.

- La nuit va bientôt tomber, lâcha le Chasseur. On va camper ici, et on commencera par nettoyer la zone ; les Grimm risquent de débarquer, attirés les cadavres... Blondie ! (Ludvinia se tourna, outrée par ce surnom) Tu montes les tentes. Toi ! (Arian sursauta) Tu vas faire une ronde, mais tu reviens avant le coucher du soleil. Et ton amie brune morbide (il se tourna vers Edelyn) va t'y aider. Les deux autres, vous restez avec moi.

Yannis s'approcha de la scène de crime, que Uguette commençait déjà à inspecter : les blessures subies par le père étaient très profondes, mais surtout caractéristiques de coupures nettes, par un objet tranchant... Ou plus, se dit-elle en regardant que chaque coupure était accompagnée d'une jumelle, comme si l'assassin était ambidextre. Cependant, chaque fois une coupure était légèrement plus large que l'autre...

- Deux épées différentes ? s'enquit Yannis, visiblement arrivé à la même conclusion qu'elle.

- Ouaip, confirma-t-elle en se penchant vers les deux enfants, des garçons. Qui que ça puisse être, il y est pas allé de main morte.

Le regard de Yannis fut soudain attiré par le même détail qu'elle : mis à part la femme, les deux enfants et le père avaient été énucléés.

- Pourquoi ils auraient eu besoin de faire ça trois fois ? se demanda Yannis à voix haute, tandis qu'Uguette tentait de récupérer un journal que le père serrait entre ses doigts morts.

- Sûrement parce que l'assassin avait été... hmpf... (et Uguette retira le journal avec effort) commandité par quelqu'un, et pour une mission très précise.


Après quelques heures, le soleil était enfin couché. La team AUEL + Yannis et Hendrik bivouaquaient autour d'un feu de camp, entouré par la nuit fraîche et les hululements des chouettes au regard curieux. Tandis que le vieux Chasseur taillait un bout de bois comme une parodie de cow-boy mal léché, et que Yannis et ses amies s'amusaient à jouer aux cartes, Uguette lisait le journal qu'elle avait déniché dans la grange.

Ce dernier traitait bien entendu du quotidien du père à s'occuper de son champ, sa famille (et surtout sa femme, qu'il aimait beaucoup...), mais la chose intéressante, c'est que cet homme avait tenté de passer l'examen des Chasseurs, qu'il avait réussi, mais qu'il était partit un mois après avoir découvert une "vérité effrayante" qu'il ne mentionnait pas clairement dans son ouvrage.

Et de plus, il mentionnait qu'il possédait un "pouvoir" qui lui permettait de repousser les Grimm. Et ce qui attira l'attention d'Uguette, c'est que ce talent s'était manifestement transmis à ses enfants. D'ailleurs, ça lui avait apparemment fait peur, car il disait que ces petits protégés "risquaient d'être en danger de la part leur simple existence".

Uguette referma le livre. Donc, selon ce que j'ai pu comprendre, c'est que ce "pouvoir" était quelque chose qui lui avait permis de tenir les Grimm à l'écart de ses champs, les laissant prospérer. Et c'est aussi ce pouvoir que possédaient ses enfants. Alors ça veut dire que l'assassin les as tué, ou plutôt c'est le commanditer qui s'est débarrassé d'eux à cause de ce talent. Le problème est néanmoins là : pourquoi voudrait-on se débarrasser de quelqu'un qui est capable de repousser les Grimm ?

Soudain, le Chasseur se leva et dit :

- J'vais pisser.

À en juger à son ton et ses joues un peu rosies, il avait bu. Uguette aurait adoré partagé un peu d'alcool avec n'importe qui, mais elle avait autre chose à faire. Quand Hendrik fut éloigné, elle parla de sa découverte à ses amis. La première à répondre fut Edelyn :

- D'accord, ça tient debout. Mais quel genre de pouvoir peut repousser les Grimm au point où un homme qui se pensait chassé, stressé et esseulé, aurait dû en attirer une dizaine, mais qu'aucun ne venait ?

- Et si c'était leurs yeux ?

Tout le monde se tourna vers Yannis, qui croisa ses bras.

- Le père et les deux fils étaient les seuls à être blessés à cet endroit, et c'était les seuls d'après le journal à posséder cette capacité. La Semblance peut parfois se transmettre de génération en génération (ses camarades acquiescèrent ; elles avaient appris cette anecdote auprès de Weiss), mais aucune n'est assez puissante pour repousser l'aura négative des Grimm. Et les yeux sont les seuls éléments qui relient le pouvoir, les trois gusses et l'assassinat.

- Mais c'est fou ! Imaginez un peu : des gens qui se baladent auraient le pouvoir de vaincre les Grimm d'un regard ? (Arian avait l'air boulversée, ses yeux gris miroitant à la lueur des flammes)

- Et si l'assassin était toujours là ? demanda soudainement Ludvinia, l'air inquiète.

- T'es bête, ou quoi, s'agaça Yannis. Pourquoi reviendrait-il sur les lieux de son crime ?

- Pour effacer les preuves ? se risqua Edelyn, reposant son thé sur sa petite assiette.

- C'est possible... concéda Uguette, mais elle n'était pas vraiment sûr que l'assassin ait besoin de faire cela : le crime était trop scénarisé, et il aurait pu faire disparaître les preuves rapidement, en brûlant la grange ou en rameutant plus rapidement des Grimm. Pourquoi l'assassin voudrait-il que des Chasseurs trouvent leur...

Oh non...

Comme pour suivre ses pensées, un hurlement de rage fusa depuis la forêt. Merde ! Uguette se sauta sur ses pieds, comme ses camarades, et ils sortirent leurs armes tout en se précipitant vers la forêt.

Ils arrivèrent tous les cinq dans une clairière, où Hendrik était présent. Il était mal en point : la moitié de sa jambe avait été déchiquetée, et il était couvert de coupures et de contusions. Mais il tenait debout face à ses adversaires.

Ces derniers ressemblaient à des bandits on ne peut plus banal, mais ils étaient dirigées par une Faunus couverte d'écailles, au regard jaune et pourtant froid. Elle portait un chronomètre à son poignet, et deux épées, un sabre et un katana, se trouvaient dans ses mains. L'assassin, devina immédiatement Uguette.

- Tiens, tiens... s'amusa la Faunus en leur jetant un regard. On dirait que la colonie de vacances a débarqué ?

L'assassine se tourna vers eux, et les observa tour à tour. Soudain, elle sourit, et ricana :

- On dirait que notre entreprise ne va pas capoter ! Allez les autres, fit la Faunus en s'adressant à ses compères bandits. On va s'occuper de ces gosses, le Chasseur n'arrivera pas à s'en sortir.

Très idiot de sa part de nous dévoiler son plan, pensa Uguette en hurlant :

- YANNIS !

Ce dernier ne se fit pas prier, et leva ses mains devant lui, et un mur translucide apparut entre eux et les bandits. Surprise, la Faunus passa néanmoins rapidement à l'attaque, pensant bêtement que c'était l'oeuvre d'une Semblance. Mais la magie de l'Outsider était surpuissante, et comme un moustique s'écrase contre une vitre, l'écailleuse ne put faire grand chose.

Yannis abaissa ses mains, et accourut vers Hendrik. Il tâta son pouls, et indiqua d'un signe de tête à ses camarades que l'homme était encore vivant.

- On doit se barrer avant que la protection ne lâche ! lança-t-il en prenant le vieillard sur ses épaules. Quelqu'un peut appeler l'hélicoptère ?

- Je m'en charge ! intervint Arian en prenant son Scroll.

Ils s'éloignèrent tout de même de l'endroit, car les bandits ne tarderaient pas à se rendre compte qu'ils devaient juste contourner le mur. Seulement, l'impossible se produisit : la femme à écailles balança son poing sur le mur, et ce dernier éclata en une myriade de débris transparents.

Elle s'approcha avec tranquillité, suivie de près par ses hommes. De ce qu'en voyait Uguette, cette chieuse ne rigolait plus.

- Fini de jouer, les gosses. Vous allez nous livrer votre amie (elle désigna Arian de la tête) ou on va vous finir lentement...

Pourquoi veulent-ils...? Mais Uguette n'avait pas le temps pour ce genre de questions ; elle devait plutôt s'en servir pour attirer leur attention. Si Arian était leur cible, elle devait faire en sorte de se rendre plus dangereuse pour que cette Faunus et son groupe la vise elle en priorité.

- Passez devant, glissa-t-elle à ses amis. Et toi (elle s'adressa ensuite à Yannis, en désignant Hendrik), tu le soignes le temps que le support aérien débarque.

Il acquiesça, et ils s'enfoncèrent dans la forêt. L'autre s'apprêta à les poursuivre, mais Uguette en profita pour lâcher des fragments de sodium mêlées à de la Dust rouge sur tout le sol à ses côtés ; les flammes rugirent en s'allumant, et il n'y avait aucun moyen de contourner à moins de l'affronter elle.

L'assassine jaugea Uguette du regard, avant de lâcher un sourire en coin. Elle se mit en position de combat, épées au dessus de sa tête, et dit :

- T'en as des bonnes, toi... Moi c'est Tock. Et toi, ma jolie ?

- Pourquoi vous voulez vous en prendre à mon amie ? lâcha Uguette en glissant ses mains dans ses sacoches pour attraper ses bombes collantes.

- Quelle impolie... Mais je t'aime bien, alors je vais te le dire : quelqu'un veut que je la capture pour une somme importante. Mais j'imagine que tu te doutais que ce n'était pas une simple rapine ?

Le cliquetis de la montre l'empêchait de se concentrer. Uguette cligna des yeux, et sentit une goutte de sueur couler depuis son front. Elle avait peur ; dans ce corps là, elle ne pouvait avoir accès à ses pouvoirs d'omniscience que pour 120 secondes maximum par heure. Il fallait qu'Uguette s'économise, et...

Sans prévenir, Tock bondit et l'attaqua.

Uguette esquiva le coup de justesse, et lança ses bombes collantes. Mais leur explosion ne fit aucun dommage à la brigande, pas plus que la colle qui fut découpée dans l'instant par ses deux épées. Tock revint à l'assaut, ses comparses tentant de contourner le mur de flammes. La chaleur commençait déjà à l'étouffer, et Uguette évita de nouveau un coup d'estoc.

Un coup de pied la prit à revers, et elle tomba. Surplombée par Tock, elle comprit qu'elle était trop inexpérimentée avec ce corps pour pouvoir vaincre un tel adversaire ; ça n'était pas Mme Goodwitch qui les entraînait, ni un entraînement amical. Et c'était pas non plus un Grimm qui était prévisible. C'était une personne retorde, qui se battait pour tuer.

Il ne lui restait plus que 20 secondes avant la fin du temps imparti. Soudain, une idée germa dans son esprit boosté par la Connaissance. Uguette roula sur le côté, attrapa un caillou et le jeta contre un arbre. D'un point de vue banal, c'était comme pisser dans un violon, mais le caillou avait en fait frappé à l'exact endroit où son écorce pourrissait à cause d'une maladie que le père de la famille de la ferme avait remarqué chez ces spécimen. Le bois craqua sous la pression, et l'arbre s'effondra entre Uguette et Tock, les séparant dans une myriade d'étincelles.

Elle profita de ce moment pour fuir, suivie non loin par l'ennemi qui s'était servit de l'arbre pour franchir les flammes chimiques. Uguette arriva en trombe devant l'hélicoptère, qui accueillait déjà ses amis et le Chasseur blessé.

- On se casse ! hurla-t-elle en montant précipitamment dans le véhicule, qui s'envola haut dans le ciel.

Tandis que le vent fouettait son visage, Uguette se tourna vers Arian. Pourquoi ces bandits voulaient s'en prendre à toi ? Qu'est-ce que tu as de si spécial, à part le Néanticide ?

Arian croisa son regard, et lui sourit. Dans la nuit de pleine lune, les yeux de son amie avait un reflet argenté...