Trois jours.
Cela faisait trois jours que M. Hendrik était dans le coma. Arian regardait depuis la baie vitrée donnant sur sa chambre la poitrine du vieil homme se soulever lentement au rythme de sa respiration. Sa lance, nommée Cloud était posée sur un mur, près de lui. Apparemment, l'état du Chasseur s'aggravait si on l'éloignait de son arme, alors le personnel médical l'avait laissé là.
Arian se sentait coupable : si celui qui les avait prises en charge avait été blessé, c'était à cause d'elle. Les bandits, notamment la femme écailleuse, l'avait visé et voulait la capturer pour un but obscur. Si Uguette n'avait pas été là, de même que Yannis ou les autres... Arian était un poids pour son équipe, et ce depuis toujours.
- Tu ne dois pas penser comme cela.
Elle se tourna vers la voix : le professeur Ozpin, appuyé sur sa canne, regardait le vieux chasseur au travers de la vitre avec un air douloureux. Cet homme semblait avoir lu dans ses pensées, aussi Arian rougit en répondant :
- Je... Je crois que vous avez tort, professeur.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demanda-t-il comme si il lui posait une question scolaire.
Arian soupira.
- Depuis toujours, j'ai été là pour mes camarades, c'est vrai. Mais c'était eux qui me sortaient de mauvais pas, parce que j'étais la plus malchanceuse, la plus maladroite... Le mouton noir de l'équipe, qui traînait sa mauvaise fortune partout où ils allaient.
Ozpin lâcha un rire moqueur, mais ce genre de moquerie maligne. Plutôt une moquerie amusée.
- J'ai rencontré quelqu'un comme toi, tu sais. Une personne qui n'attirait que les ennuis sur elle. Cette personne pensait que le monde serait bien mieux si il n'avait pas été là. Et il faisait aussi parti d'une équipe à Beacon, qui tenaient beaucoup à lui jusqu'à qu'ils apprennent la vérité sur sa "malchance".
- Et qu'est-ce qu'ils ont fait ? s'enquit Arian, désireuse de se concentrer sur autre chose que l'impression de malaise qui s'installait en elle en regardant Hendrik.
- Ils l'ont soutenu, parce qu'il leur était indispensable, finit Ozpin en souriant.
Arian médita quelques instants sur cette pensée, quand tout à coup, l'alarme anti-Grimm s'activa dans tout le bâtiment. Surprise, elle faillit paniquer mais le professeur lui attrapa la main et croisa son regard.
On pouvait clairement y lire ce message : "C'est le moment que tu attendais pour faire tes preuves !"
La jeune fille à lunettes déglutit, avant d'acquiescer avec détermination. Elle bondit et courut à travers les couloirs, esquivant les infirmiers/ières qui s'attelaient à mettre en place les dispositifs de sécurité, et sortit de l'hôpital.
Une myriade de Grimm avait envahi la cité de Vale sans qu'Arian ne sache comment. Un Beowulf s'apprêtait justement à massacrer un pauvre gars qui tentait de s'enfuir ; elle s'interposa en vitesse pour l'arrêter de sa Semblance, avant de lui filer un gros coup de poing. Puis, elle appela grâce à son Scroll son arme pour que le casier file vers elle.
Le Beowulf s'ébroua après le coup, puis fila un coup de griffe, et un autre. Mais Arian avait beaucoup, beaucoup d'Aura et ça n'était pas que les coups de ce dernier s'écrasaient contre la sienne, mais plutôt qu'il ne l'atteignait. En entendant un sifflement non loin, Arian se déplaça de de pas en arrière, et son casier s'écrasa entre elle et le Grimm.
Elle sortit son arme, mais devait faire vite ; bien qu'elle possédait énormément d'Aura, sa Semblance en taxait beaucoup plus que la normale, et elle ne tiendrait pas si elle ne faisait qu'encaisser. À l'aide de Blank Soul, elle découpa prestement ce Grimm avant de se diriger vers l'académie.
Soudain, elle reçut un appel ; c'était Yannis. Elle décrocha :
- Dis-moi que tu sais ce qui se passe !
- Oh, t'es en vie, louée soit la magie ! (son ami avait de ces expressions...) Les Grimm ont infiltré la ville par les souterrains. Apparemment, Blake m'a informé qu'ils ont pourchassé Torchwick et la White Fang dans un tunnel avec un train qui transportait des explosifs...
- QUOI ? (Arian s'arrêta en chemin, remarquant des soldats atlasiens automatisés tirer sur des Grimm) Mais est-ce que le train...?
- Ne t'inquiète pas, il n'était pas assez chargé pour faire sauter toute la ville. En fait, leur but était d'ouvrir une brèche pour laisser passer les Grimm. Mais on endiguera ça rapidement !
- Tu es où ?
- Si j'en crois mon GPS... Je suis là ! cria-t-il à l'autre bout de la rue.
Arian le rejoignit : il n'avait pas l'air d'être en difficulté, mais elle se doutait bien que quelques Grimm ne seraient pas de taille face à lui. Soudain, ils virent un Harcemort foncer sur eux, dard en avant.
Yannis incanta rapidement un sortilège qui boosta la vitesse d'Arian, ainsi que sa puissance kinétique. Puis, il déploya son Inevitable Decadence pour en faire une plateforme et laisser son amie l'utiliser pour s'envoyer en tourbillonnant vers le Grimm, et lui trancher la queue. La force de frappe était telle que l'Harcemort succomba sur le coup, Arian réatterrissant sur ses deux pieds en parfait équilibre.
- On avance ! assura-t-elle, et Yannis suivit son conseil.
Ils arrivèrent à percer dans les rangs des nombreux Grimm, virevoltant, écrasant, découpant, ensorcelant les monstres un à un. Mais chacun d'entre eux n'oubliait pas d'aider en priorité les personnes en danger. Arian, à l'aide de son canon à air comprimé, empêchait les Grimm d'approcher, et Yannis utilisait ses pouvoirs pour téléporter les passants hors des zones à risques,ou déplaçait les décombres.
Après une heure de combat acharné, ils arrivèrent enfin à l'académie. Les autres membres de AUEL étaient présents, ainsi que la team RWBY et JNPR. Quand ils les rejoignirent, Ludvinia et Edelyn se précipitèrent vers Arian pour la serrer dans leurs bras :
- On croyait que tu avais été blessée, ou... pleura presque son amie blonde.
- Je vais bien, lui assura Arian avec un sourire ; elle était heureuse que son amie n'ait rien de son côté.
- Elle s'est débrouillée comme une cheffe, assura Yannis tandis qu'il s'asseyait pour reprendre des forces. Vous pouvez être fière d'elle.
Les Grimm avaient été repoussés, et les professeurs et Chasseurs professionnels étaient venus à la rescousse pour terminer le travail. L'heure aurait été aux festvités si le général Ironwood n'était pas arrivé pour dire :
- M. Lemage, je vous arrête pour partenariat avec une organisation criminelle !
Opzin éteignit son écran après son entrevue avec le Conseil de Vale. Rien ne fonctionnait depuis l'arrivée de James. Il se frotta les tempes ; ça n'était pas seulement James le problème, mais aussi les cinq nouveaux venus qui s'étaient introduits à Beacon. Malgré son approbation qui ne faisait qu'être récompensée, et le fait que la team AUEL était l'une des meilleures qu'il n'ait jamais observé, l'élément perturbateur, Yannis Lemage, était tout à fait déconvenu.
Ozpin se leva pour observer l'environnement depuis la baie vitrée : la fumée s'élevait encore dans les rues de Vale, et les gens pansaient encore leurs blessures. Heureusement, il n'y avait eu aucune perte grâce aux efforts combinés des Chasseurs et des étudiants de Beacon, mais cela aurait pu mieux se terminer : James était persuadé que Yannis était un problème bien plus important que ce Roman Torchwick, au point où il avait demandé au Conseil de le transporter à Atlas dans les plus brefs délais.
Mais si cela arrivait, les nouveaux plans d'Ozpin tomberaient à l'eau : Yannis était le seul être magique qu'il avait croisé depuis... longtemps. Si ce jeune homme était de son côté, en pleine possession de ses moyens, alors son propre combat ne serait pas vain.
Il fallait... Non, il devait convaincre James de l'innocence de Yannis, même si celle-ci était fausse. Pourquoi investir dans les Vierges des Saisons si on avait sous la main un être qui dépassait de loin sa puissance magie d'autrefois ?
- Ozpin !
Glynda l'avait tiré de ses pensées. Il se tourna vers elle.
- C'est James. Il est venu te voir avec... le garçon.
Ozpin acquiesça, et se rassit à son bureau tandis que son ami le général entrait. À ses côtés, deux soldats atlasiens avaient leurs armes pointées sur la tête de ce jeune homme qui gardait un calme aussi plat qu'une mer d'huile. Ozpin attaqua directement par cette remarque :
- Une telle démonstration pour un simple étudiant ? James...
Le général resta muet quelques instants, avant d'ordonner à ses hommes de rompre. Ceux-ci obéirent, et laissèrent le "criminel" s'asseoir sur une chaise, les mains menottées. Soudain, il les leva devant lui avec un air amusé :
- Je pourrais les retirer quand ça me chante, vous savez ?
Ironwood fronça les sourcils, et Ozpin sentit qu'il fallait calmer le jeu :
- Jeune homme, je vous trouve de votre côté bien présomptueux...
Yannis se tourna vers Ozpin, et haussa ses épaules. Mais ce dernier sentait que sa remarque avait fait mouche : le jeune magicien n'appréciait guère qu'on lui rappelle son orgueil sans borne. James se détendit, et commença :
- Tu es au courant que j'ai eu l'autorisation du conseil pour l'amener à Atlas ?
- J'en ai eu vent, en effet, affirma Ozpin en penchant sa tête sur le côté. Pourquoi diable es-tu venu me dire cela ?
- Je suis venu pour te demander si tu étais d'accord, ou non. Est-ce qu'il est au courant ?
Yannis se tourna vers James, puis vers Ozpin, l'air curieux :
- Au courant de quoi ? C'est à propos de l'Artéfact que vous cachez ici ?
James se pétrifia :
- Alors il est au courant...
- Pas exactement, James, répondit Ozpin. Notre jeune ami est juste perspicace, et très, disons... spécial.
Le général se tourna vers Yannis, qui lui offrit un sourire en coin. Cependant, c'était l'une des rares occasions où Ozpin pouvait voir James perdre un petit peu de son attitude stoïque.
- Tu veux dire qu'il est comme toi ?
Ozpin acquiesça. D'ailleurs, comme si il voulait confirmer ses dires, Yannis agita ses doigts de manière étrange, et les menottes se changèrent en billes pour jouer. Subtil, mais faisant son effet : James recula d'un pas, et le magicien s'inclina.
- Bien que M. Lemage n'en ait pas l'air, il vient d'assez loin pour posséder de tels talents, avança Ozpin, avant de continuer : Je suis persuadé qu'il sera utile à notre entreprise, et dans ce cas...
- ...Mieux vaut tout lui expliquer, en conclut Ironwood, tandis qu'Ozpin opinait du chef, et se tournait vers Yannis.
Et il lui expliqua tout ce qu'il devait savoir.
Yannis s'étira ; ça avait été une longue journée riche en émotions... et en révélations. Des Vierges magiques, un ennemi qui contrôle les Grimm... J'aime bien. C'était la routine pour lui : il avait combattu un immortel de légende, des dieux lovecraftiens, un culte religieux fanatique et des tas d'ennemis plus épineux les uns que les autres. Mais le plus intéressant, selon lui, c'est qu'il y avait des Fragments de Vérité sur ce monde, mais sous forme différente ; il était donc probable qu'il y ait aussi des Élus, et il avait hâte de les rencontrer.
Il arriva sur le toit où Cinder lui avait donné rendez-vous ; elle lui avait dit qu'elle avait eut une entrevue avec un chef de la White Fang, donc Yannis se disait qu'elle était d'humeur assez tranquille, alors il prit son temps : il fit apparaître une table avec deux tasses de café fumantes, et commença à boire la sienne.
- Humm... On n'est pas vraiment capable d'attendre sa patronne pour partager une tasse ?
Il se retourna en souriant : Cinder, aussi brûlante qu'au premier jour. Sérieusement, se dit le magicien, cette femme me fait de l'effet... Pour dire vrai, il avait toujours été attiré par les personnes les plus instables ou les plus vénéneuses. Et Cinder, d'après son flair, jouait gros dans la catégorie.
- Que pouvais-je y faire, se plaint-il avec théâtralisation. Le café est si délicieux par ici !
Il se leva pour présenter la chaise en face de lui. Après que son invitée fut assise, il se rassit, et dégusta autant son café que la femme du regard. Ce qu'il l'attirait également, c'était cette magie qui bouillonnait en elle, comme si elle tentait de s'échapper pour aller autre part. Mais où...?
- Tu es vraiment quelqu'un d'étrange, Yannis, lâcha-t-elle sans prévenir.
- Ah ! On me le dit souvent... Mais puis-je me permettre de savoir en quoi ?
- Tu débarques ici, et tu possèdes déjà tout ce que tu souhaites : une vie facile, un pouvoir manifestement trop utile (elle fit danser le café dans sa tasse, l'air pensive) et l'ambition nécessaire pour t'en servir...
-...Mais ?
- Mais tu es directement venu travailler avec ceux qui n'avaient rien, reniant tout ce qui faisait de toi une personne digne de la société. Pourquoi refuser le bien-être que t'accordait ce droit ?
Yannis lâcha un rire, avant de répondre :
- Boss...
- Appelle-moi Cinder, s'agaça-t-elle, sinon j'ai l'impression d'être vieille...
- Très bien... Cinder, pourquoi perdre ton temps avec une personne aussi étrange que moi ? sourit le magicien en reprenant un peu de café.
La femme s'adossa sur son fauteuil, puis lâcha ce sourire en coin que Yannis trouvait très seyant : un mélange de confiance, de colère retenue et de voracité à peine contrôlée.
- J'ai du temps à perdre, et comme j'en ai beaucoup passé avec Mercury ou Emerald, j'ai voulu m'intéresser à toi. Commençons les hostilités par les classiques : d'où viens-tu ?
- De Vacuo. Mais j'imagine que tu le savais déjà ?
- En effet... - et elle sirota son café, avant de reprendre - J'ai mal formulé, je voulais dire : pourquoi es-tu parti ?
- Manque de moyens, et Yannis haussa ses épaules. Je pensais que vivre la vie des grandes routes m'aiderait à mieux gagner mon gagne pain. Et puis, les régions comme Vale me séduisaient.
-...Une autre raison ?
Yannis se pencha en avant :
- Je n'avais aucune idée sur quoi j'aillais tomber.
Cinder lâcha un "hum" amusé, avant de dire :
- Et l'expérience a-t-elle été un succès ?
- Mieux : c'est un plaisir sans pareille, assura Yannis en regardant la ville avec un air satisfait. Mais parlons de toi : d'où viens-tu ?
Le visage de Cinder se figea dans un masque de pierre. Directement, il sut qu'il ne devait pas creuser davantage.
- Je comprends, fit-il en reposant sa tasse. J'ai outrepassé des limites que je n'aurais pas dû franchir, et je m'en excuse. Mais tu ne peux pas m'accuser d'avoir essayé.
Cinder lui jeta un regard étrange, comme si, dans l'instant, elle souhaitait lui dire quelque chose, mais aussi qu'il arrête de parler. Considérant qu'il était temps de changer de sujet, Yannis commença :
- La Relique du Choix, hein ?
Les yeux de Cinder s'écarquillèrent.
- Qui t'a parlé de ça ? gronda-t-elle avec un ton menaçant.
- Ce bon vieux Ozpin, rétorqua Yannis, ne se sentant pas le moins du monde en danger.
Au pire, il risquait qu'elle lui marche dessus, mais ce ne serait qu'une expérience plaisante en fin de compte.
- Ta maîtresse. Salem. Ah oui ! Les Vierges aussi, continua le magicien en croquant dans un biscuit qu'il avait fait apparaître. Je suis au courant de tout.
Cinder se détendit, avant de lui demander :
- Et tu n'es pas choquée ?
Yannis lui jeta son fameux regard "magicien de Mourn" ; imaginez qu'un être vieux de plusieurs millions d'années vous regarde. Oui, ce genre de regard qu'il jetait en ce moment à cette jeune fille sous sa carapace. Il fit apparaître une flamme dans sa main, puis un souffle de vent accompagnée d'un arc électrique. Enfin, une pointe de glace se forma et dansa entre doigts écartés.
Cinder était bouche bée, et il en profita pour dire :
- Je suis un spécimen rare, comme on aimerait à les appeler. Et je vais t'aider à récupérer ce que tu es venue chercher, plus la Relique du Choix.
- Seule la Vierge de l'Été peut ouvrir le Caveau, fit Cinder en s'adossant sur sa chaise, l'air dégoûtée.
Yannis fit disparaître les éléments qui dansaient entre ses doigts, avant de jeter un œil à la Tour de Beacon. Son regard s'illumina brièvement des mille et une étoiles qu'il avait vécu, avalé et nourri en son sein. Il sourit.
- Oh, crois-moi, je suis né dans l'unique but d'outrepasser et briser toutes les règles...
