Edelyn observait le match qui opposait Yang et Weiss contre les deux élèves d'Atlas, Neon et Flynt. Le combat faisait rage depuis une bonne dizaine de minutes, mais la défaite de l'équipe adverse était inévitable : bien que surentraînés autant sur le niveau Chasseur que militaire, l'équipe d'Atlas n'avait rien put faire contre la force herculéenne de la blonden aux yeux mauves. En terme de force pure, il était même possible que Yang la dépasse.
Soudain, elle vit arriver Arian en courant. Surprise, la vampire avait néanmoins prévu que son amie viendrait. Mais c'était la première fois qu'elle était en retard. Edelyn la laissa s'asseoir avant de lui dire :
- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? On dirait que tu as vu une armée de Grimm !
Arian la regarda un instant, avant de tourner la tête de droite à gauche. Enfin, elle se pencha vers Edelyn pour lui glisser à l'oreille :
- C'est urgent, mais on peut pas en parler ici.
Ce simple mot, "urgent", possédait un impact très particulier dans la bouche de son amie : déjà parce qu'elle ne l'utilisait jamais, mais surtout parce que le ton qu'elle avait employé était trop teinté de peur à son goût pour qu'Edelyn puisse penser à une blague douteuse d'Uguette.
Elle acquiesça, avant d'envoyer un message à ses amies pour leur demander de se retrouver à la fin du match. Le message envoyé, elle observa avec inquiétude son amie à lunettes : Arian avait l'air d'être aussi blême que la vampire. Ce visage affecta beaucoup Edelyn, qui sentit son cœur se serrer, sans qu'elle en sache la raison.
Une fois le match terminé, la team AUEL se rassembla dans un coin qu'elles seules avaient la connaissance : un peu élevé, caché derrière un pilier assez large pour leur permettre d'avoir un endroit où personne n'irait les importuner.
- Alors, c'est quoi le topo ? demanda Uguette en sirotant une flasque de gin tonique.
- C'est Yannis.
- Rien de nouveau sous le soleil, alors, ironisa Ludvinia, appuyée par les hochement de tête de ses camarades.
- Non ! (L'exclamation d'Arian les surprit) Le problème vient du fait que Yannis est passé à l'ennemi, et qu'ils préparent quelque chose de néfaste !
- Vu le ton que tu prends... Qu'as-tu entendu ? s'enquit Ludvinia.
- Rien de spécial, mis à part qu'ils cherchent un moyen de neutraliser le Néanticide.
Uguette éclata de rire, sous me regard scandalisé d'Arian. Et même si les deux autres ne tombaient pas eux aussi dans l'hilarité, ils étaient peu convaincus.
Edelyn était consciente de l'absurdité de cette "neutralisation". Même si chacun de leurs Fragments étaient relativement faciles à comprendre, le Néanticide avait pour particularité principale que la compréhension qu'on lui attribuait était inversement proportionnel à l'intérêt qu'on lui portait.
Et une autre de ses particularités, c'est que, comme le vide l'était dans le monde réel, le Néanticide était inévitable, insurmontable. Même la magie était inefficace face à cet artéfact, alors qu'elle était infinie et éternelle.
Seulement, Arian semblait réellement préoccupée, au point où Edelyn lui demanda :
- Alors tu penses que Yannis a trouvé un moyen d'anéantir le néant ?
- Le connaissant, c'est absolument sûr, répondit Uguette en se curant le nez. La plupart des gens s'arrêtent quand ils franchissent la ligne, mais Yannis s'enfonce toujours plus.
Edelyn ignora le regard goguenard de son amie, visiblement persuadée que sa blague salace était désopilante. La vampire se tourna vers Ludvinia ; c'était la seule capable de trouver un plan adéquat pour ne pas tout faire s'écrouler.
- Le problème, c'est que Yannis est bien plus puissant que nous toutes réunies. Il faudrait un miracle pour qu'on s'en sorte si jamais on le combat.
- Je ne le te fais pas dire, articula distinctement une voix terriblement familière.
Yannis, accroupi sur le pilier en 90° par rapport au sol, les toisait de ce regard curieux mais effrayant d'un type qui peut vous arracher la tête sans prévenir. Edelyn vit Arian déglutir bruyamment. Uguette, qui avait probablement compris que leur magicien les trouverait, lâcha d'un ton narquois :
- Ouais, t'es trop fort, mec. D'ailleurs, comment tu penses pouvoir te retenir pendant la finale, pour éviter que les spectateurs aient peur de toi ?
- Hadrian, fit Yannis d'une voix sans détour.
L'interpellé(e) se figea. Edelyn n'avait pas peur de son côté, mais le sentiment l'étreignait quand elle vit son amie se lever et s'approcher doucement du dangereux magicien. Elle parla comme si une souris s'était logée au coin de sa gorge :
- Oui ?
- Tu sais qu'écouter les portes n'apporte jamais rien de bon ?
Il savait. Edelyn se préparait à bondir sur son meilleur ami pour le déchiqueter. Sait-il tout ? Dans la mesure où Yannis se décidait à se lâcher, il ne resterait de cette planète que poussières et patatoïdes. Une haine viscérale surgit au creux du ventre de la vampire ; Yannis n'était plus le même, et c'était évident. Il était encore tombé dans un piège grossier tendu par des personnes moins intelligentes que lui, mais qui avaient su voir ses faiblesses. Et désormais, il se faisait exploiter.
- Tu l'approches, je t'explose, grinça Edward Kor'Al'Tain Bluntingen, au point où le magicien recula sur son pilier d'un pas. Un petit, mais quand même.
- Loin de moi l'idée de vous faire du mal, s'innocenta-t-il en levant ses mains, paumes dehors. Mais je te préviens (il se tourna vers Arian, laquelle se recroquevilla), si tu cherches encore à m'empêcher de jouer mon rôle.. Les coulisses sont un peu vides en ce moment.
Et avec cette menace, il claqua des doigts et disparut.
Yannis se téléporta dans le Caveau. Bien entendu, la Relique du Choix n'était pas ici, mais autre part... Cependant Cinder lui avait demandé de récupérer son "dû", ce que Yannis avait évidemment accepté : elle avait gagné son pouvoir grâce à son abnégation, et non via une quelconque méthode héréditaire hasardeuse et douteuse. Il était donc logique que l'ancienne Vierge de l'Automne lui restitue le reste de son pouvoir.
Il marcha, jusqu'à arriver à la machine dans laquelle Ambre était enfermée. Elle semblait paisible, dans cette coque de verre qui la protégeait de la réalité. Elle me dégoûte... pensa le magicien e, posant délicatement sa main sur la vitre. Immédiatement, la Vierge réagit faiblement ; elle devait sentir son pouvoir. Cinder y parviendra quand je lui aurais donné l'autre moitié.
Mais rien qu'en ajoutant algébriquement la quantité d'Ambre et celle de Cinder, le pouvoir d'une Vierge était dérisoire, voire pitoyable. Comment avaient-elles survécu à la Réincarnation Transfugique Inversée sans qu'il y ait altération fluctuelle des kìrrosì ? Quelque chose dans leur pouvoir, et Yannis le ressentait au plus profond de ses phalanges, était de nature différente.
Il entra dans le noyau du subconscient de la Vierge, trouva rapidement la source de son Aura, et repéra la gangue de pouvoir qui était à la fois la sienne, et celles de toutes les Vierges d'antan. Yannis connaissait ce processus d'héritage de pouvoir ; il avait croisé, dans ses précédentes pérégrinations dans des univers alternatifs, un jeune homme qui possédait la maîtrise de quatre éléments, au lieu d'un seul. Bien sûr, c'était dans le cas de la Vierge moins mystique que ce jeune moine, mais le résultat était sensiblement le même.
Il aspira la dernière goutte de puissance magique qui résidait dans le corps d'Ambre, mais sans endommager son Aura. La jeune femme était toujours en vie, mais tout juste... D'un côté, Yannis lui en voulait de ne pas avoir gagné son pouvoir à la seule sueur de son front, mais de l'autre, il ressentait un certain lien avec cette personne : tout comme lui, elle n'avait probablement pas choisi son destin.
Il articula un Mot. Une Parole qui permettait de donner un don à quelqu'un. Yannis, pour ceux qui l'ignoraient, avait trois pouvoirs qui lui étaient propres, car il possédait trois âmes : le pouvoir de plier l'espace et le temps à sa volonté, celui de contrôler les âmes qu'il touchait, et le dernier lui permettait de manipuler l'énergie sous toutes ses coutures, mais seulement si il trouvait le Verbe adéquat.
Et le Terme unique qui définissait Ambre était assez simpliste, mais très personnel également. On pouvait appeler ça aussi le "Vrai Nom", mais coller un seul mot à une multitude de sons lumineux et de couleurs chantées était vraiment réducteur. Lorsque qu'il eut terminé, Yannis sut que la braise de pouvoir qui vacillait en elle se réveillerait bientôt. Il partit.
Sans le savoir, il venait de créer la première Veuve.
Mais qu'est-ce qu'il vient de se passer ?
Avec un regard horrifié, Ludvinia regarda Yang défoncer du poing la jambe de Mercury.
