Uguette observait de ses yeux mordorés le combat véritable : ça n'était pas Yang qui avait délibérément donné un coup, mais juste un réflexe de défense après que Mercury l'ait frappé. Et ce dernier ne pouvait avoir mal : sa jambe était mécanique. C'était donc un coup monté. Mais monté pour quoi ?

"Les Grimm sont attirés par tout ce qui est négatif"

Les paroles du professeur Ozpin lui revinrent en mémoire ; au début, Uguette avait fait la remarque à certains étudiants de faire attention aux nombres en dessous de 0, parce qu'il ne croyait pas que les Grimm puissent sentir l'émotion que vous aviez ressenti en vous rendant compte que vous aviez fait tombé vos clés dans la bouche d'égout.

Mais désormais, le plan que l'ennemi mettait en place était clair : créer la zizanie en faisant croire que certains participants étaient des gens violents et peu recommandables, et que tous courraient un danger. Toute cette concentration de personnes, persuadée que la sécurité n'était que de l'esbroufe... Là, les Grimm allaient commencer à se réveiller.

La jeune fille se leva en disant à ses amies qu'elle "allait pas probablement se repoudrer le nez, mais sûrement chier un bon coup" et les quitta. Elle devait faire vite : trouver les responsables et leur faire avaler leurs couilles ou leurs ovaires. Et les étouffer ensuite avec.

Un plan se dessina dans son esprit : Yannis était impliqué, mais c'était une montagne à déplacer. Seulement, si grande la montagne était-elle, elle n'était finalement qu'un moyen d'y voir plus loin. Uguette devait se servir du magicien pour savoir ce qui se tramait dans tout ce bazar. Comme au bon vieux temps.

Mais elle fut stoppée dans son élan en voyant Mercury se faire brancarder par une infirmière dans un vaisseau avec... La meuf qui était avec Yannis ! Arian leur en avait parlé, et donc grâce à sa Vérité, Uguette savait exactement à quoi elle ressemblait. Cette grognasse était-elle derrière tout ça ?

Soudain, elle la remarqua, et en un regard elle comprit qu'Uguette avait compris. Une flamme apparut dans la main de la meneuse et fut envoyée sur la jeune mathématicienne. Mais c'était mal connaître ses pouvoirs : la flamme n'était qu'un gaz surchauffé, des particules qui vibraient via de l'énergie induite par la magie. Prévisible, et donc évitable. Pour se donner en spectacle, Uguette ne fit que pivoter pour éviter la boule de feu.

La femme lâcha une grimace de colère, avant que le vaisseau ne s'envole. Uguette, dans la hâte, lança un petit robot de reconnaissance, qui s'accrocha furtivement à la paroi du vaisseau. Quand il fut éloigné dans le ciel, Uguette regarda sur son Scroll le signal lancé par la petite invention et sourit.


Quelques heures plus tard.

Uguette s'enfonçait dans un couloir quand elle croisa Ruby. Cette dernière ne l'appréciait pas trop, mais ça n'avait pas d'importance en ce moment : c'était la seule disponible qui pouvait lui permettre d'avoir une puissance de frappe suffisante.

- Hé, Chaperon Rouge !

- Quoi ? (l'interpellée tourna la tête, avant de lâcher un soupir exaspéré) Pour la énième fois, Uguette, c'est très gentil de ta part de m'inviter au restaurant, mais je dois refus...

- On s'en fout de tes états d'âme ! Tu as vu le brancard passer ?

- Le brancard ? Qu'est-ce que tu veux dire par là... Hé !

Uguette se retourna pour voir ce que Ruby avait remarqué : c'était ce Mercury, visiblement en pleine forme, accompagné de ce type, là... Ah oui, Penumbra! Quel nom de merde...

- Oups ! On dirait qu'on a de la compagnie !

- Je m'en charge... Tu peux partir en toute sérénité.

- Sympa, ricana Mercury avant de s'enfuir.

- Hé ! cria Ruby, avant d'être interrompue par Penumbra qui pointait son épée sur elle.

- Ne me sous-estime pas cette fois, petit rouge-gorge.

Uguette fit un signe de tête à Ruby, avant de partir sur le côté. Curieusement, Penumbra ne l'arrêta pas. Les théories qui s'étaient formées dans sa tête se confirmaient malheureusement : son meilleur ami était un cosplayeur de très mauvais goût.


Yannis regarda Ruby faire virevolter sa faux autour d'elle. Cela était assez impressionnant de voir une arme, qui visiblement était conséquemment massive, être maniée avec habileté par une fille qui devait peser seulement deux fois plus qu'elle.

Sous l'identité de Penumbra, Yannis devait empêcher Ruby d'intervenir et d'arrêter le prochain combat, qui opposait Penny et Pyrrha. Malheureusement pour le cercle fermé de Salem, il avait d'autres plans en tête, comme le fait de détruire une bonne fois pour toutes le Néanticide.

Ruby activa sa Semblance pour foncer sur lui, mais elle n'avait pas idée de la puissance qu'il pouvait déployer. Pour réussir à la battre complètement, il devait la briser autant sur le plan physique que mental, et après...

Elle passa à côté de lui comme une feuille s'emporte dans une bourrasque.

Tch. Sachant qu'il ne cherchait pas à la tuer, il avait relâché son attention pendant un instant. Il était faillible, et ça l'agaçait. D'un geste de main, il invoqua un Mur Héliodynamique, qui stoppa net la jeune fille dans sa lancée. Sans se presser, il s'approcha d'elle.

- Tu sais, énonça-t-il de sa voix déformée par le casque. Tu devrais penser à analyser plus souvent ton ennemi avant de l'attaquer comme tu viens de le faire.

Alors que Yannis s'apprêtait à l'assommer de son pommeau, il se sentit affaibli. Une faiblesse familière, éreintante. Débilitante, et répugnante surtout. La sensation fut d'une telle force que son mur de lumière s'évanouit comme neige au soleil, et il entendit :

- RUBY, VAS-Y !

L'interpellée le fit donc sans demander de restes, et laissa Yannis agenouillé. Pantelant, couvert d'une fine pellicule de sueur caractéristique de la fièvre qui l'emprisonnait dans ses doigts crochus et sales, il respirait par à-coups pour tenter de récolter quelconque kìrrhòs qui se serait perdu, mais rien. Aucune goutte de pouvoir, et pourtant l'horloge de l'univers tournait toujours aussi bien.

- HADRIAAAAAAN ! hurla Yannis en se retournant.

Son ami(e) était en face de lui, son regard à la fois trop apeuré et trop courageux pour ne pas être qualifié comme celui d'un humain. Elle tenait dans sa main cette sphère à coins, et la tendait vers Yannis comme une torche éclaire les ténèbres.

- Je savais que tu étais ce Penumbra, balbutia-t-il/elle. Je ne voulais juste pas l'admettre.

Yannis grogna, en s'approchant d'Arian, la mine aussi affreuse qu'un lavabo qu'on aurait pas nettoyé depuis 3 ans après une utilisation forcée et intensive. Mais son regard brûlait d'une flamme dévorante qui allait tout réduire en cendres d'un instant à l'autre.

- Pourquoi tu décides toujours d'être le pire de toi-même ? cria presque Arian tandis que Yannis levait son épée au dessus de sa tête. Quelqu'un t'oblige à être comme ça ? C'est une promesse faite à Kara, ou Laura ?

- Non.

Yannis décapita Arian. La tête de la jeune fille roula sur le sol comme un ballon de football avec lequel on ne s'amuse plus, avant de s'arrêter, laissant apparaître la tête ahurie de cette personne qui pensait que tous pouvaient se repentir.

- Tu suis ta nature. Je n'ai fais que suivre la Mienne.

Soudain, une chose impossible se produisit.

Normalement, Arian ne pouvait pas mourir dans l'Univers 7655, mais ici c'était possible. Et bien que le Néanticide n'était pas aussi puissant que dans son univers d'origine, Yannis n'avait jamais essayé de voir ce qui se passait si son utilisateur mourrait alors que l'artéfact était toujours en marche.

Le paradoxe vibra, et glissa lentement vers lui. Il n'en fut pas fier, mais à ce moment-là il courut comme un lapin devant un lynx. Mais rien n'arrête un paradoxe en marche, et le Néanticide...

...l'anéantit.