Blake soupira, droite devant la porte d'entrée de sa maison. Sa main, en suspension. Son cœur tout autant. S'ils me chassent, je comprendrais, se dit-elle avec regret en toquant à la porte. Elle s'ouvrit sur une femme d'âge mûre aux oreilles de chat, qui écarquilla les yeux.
— Salut… maman, murmura Blake.
Sa mère resta silencieuse quelques instants, l'air insondable ; pour Blake, c'eut l'effet d'un couteau enfoncé dans sa chair, qui se serra le bras par réflexe. Si elle me chasse, je comp… Elle n'eut pas le temps de finir sa pensée que sa mère la serra dans ses bras, presque en pleurant.
— Oh, par Faunea, tu es vivante ! J'étais si inquiète !
Blake, surprise, mit un moment à réagir. Elle finit par rendre l'embrassade de sa mère, heureuse que celle-ci l'accepte toujours. Sa mère s'écarta pour prendre le visage de la jeune Faunus dans ses mains, l'air soucieuse.
— Tu as l'air épuisée… Que s'est-il passé à… (Blake s'apprêta à répondre, mais sa mère l'arrêta d'un geste) Non ! Garde ça pour plus tard ; pour l'instant, je veux que tu te reposes.
— À qui parles-tu, chérie ? résonna une voix puissante et grave à l'intérieur de la maison.
Blake se pétrifia en voyant son père géant arriver ; il était si grand qu'il devait se baisser pour passer la porte. Ses yeux jaunes de chat se posèrent sur sa fille, et s'écarquillèrent. Ce fut un détail si semblable à sa femme. Mais là, son père ouvrit la bouche cerclée de barbe, bien qu'aucun son n'en sortit. Blake prit les devants :
— Papa, je suis vraiment désolé pour toutes les erreurs que je vous ai fait subir, je ne voulais pas vous blesser… J'ai été perdue et complètement idiote, je pensais que me dresser contre le système ferait de moi une adulte, mais je me suis fourvoyée ; ce n'est pas ainsi qu'il fallait procéder et j'en ai conscience…
Au fur et à mesure de sa litanie, Blake avait baissé les yeux et les oreilles, honteuse. Mais, avant qu'elle puisse continuer, son père la coupa abruptement :
— Blake.
Elle leva les yeux vers lui.
— La seule chose qui nous aurait blessé, c'est qu'il t'arrive quelque chose – il prit un ton plus doux, caressant de son immense main la tête de sa fille – nous ne l'aurions jamais pardonné.
Puis il la serra dans ses bras à son tour, emmenant aussi sa femme dans son câlin. Ils restèrent ainsi jusqu'à que le grand Faunus s'écarte, les yeux larmoyants.
— Bienvenue à la maison, ma fille.
Blake ne s'était jamais autant senti à la maison.
— Euh…
Elle se retourna ; Sun se tenait près de l'entrée, l'air un peu gêné. Le père Belladona haussa un sourcil. Soudain, le ventre du Faunus singe gargouilla, le faisant rougir. Sa femme gloussa et dit :
— Eh bien, on dirait que tu n'es pas seule. Entre ! Je vais préparer du thé et un en-cas… et vous pourrez tout nous raconter.
*Ménagerie, dans la remise d'un bar.
Adam Taurus observait le nouveau venu, qui s'inclinait ; un Faunus serpent, assurément. Pourtant, d'après l'un de ses hommes, son odeur n'était ni celle de l'un d'entre eux… ni celle d'un humain. Déroutant. Adam devait rester sur ses gardes ; bien que ce type soit un allié, on n'était jamais sûr de rien.
— Et vous me dites que s'emparer de la Ménagerie n'est pas bien compliqué ? (il gronda) Vous nous prenez pour des moins que rien ?!
Le Faunus serpent s'inclina plus bas.
— Je n'ai aucune raison de vous considérer comme tel, bien au contraire ; votre souffrance vous a rendu plus forts, malins mais surtout vigilants. C'est de cette vigilance qu'il vous faut vous servir pour prendre les armes.
Adam, assis sur sa caisse, réfléchit ; effectivement, personne ne voulait admettre que les Faunus avaient ce fameux avantage sur les humains, hormis leurs caractéristiques animales. Mais l'exploiter ? C'est ce qu'il faisait déjà !
— Insinues-tu que mes plans sont vides de sens ?
— Bien sûr que non ; le sens et l'efficacité sont deux choses fondamentalement différentes.
Les gardes d'Adam tirèrent leurs armes, furieux ; on avait insulté leur chef avec un tel dédain ! Mais le-dit injurié leva la main pour leur ordonner de rester en retrait, puis déclara d'un ton menaçant :
— Ainsi, c'est l'efficacité que tu remets en question. Si tu es si malin… (il caressa la poignée de son sabre) proposes-nous donc ton idée.
—…
— Parles ! Ou je te tranche la gorge.
— Fort bien… (le Faunus se redressa, regardant le Fanus à la chevelure rouge dans les yeux) Votre objectif initial est louable, et vos moyens d'y parvenir sont bien pensés. Néanmoins, c'est de votre cible dont je veux parler.
—…Continue.
— Vous visez l'humanité entière. Une cible immense, certes, est facile à toucher. Mais sa taille fait que vous ne visez pas les points qui la feront s'effondrer ; comment croyez-vous vaincre une civilisation qui a vécu depuis bien plus longtemps que vous ?
— Tu veux me dire que c'est impossible ? ricana Adam, suivi de ses hommes et femmes de main.
— Impensable serait le mot approprié ; personne ne pourrait envisager une attaque réellement organisée. Il y a eu Torchwick, mais ce n'était qu'un début ; la véritable essence d'une bataille n'est pas le combat, mais tout ce qu'il y a en amont. Comment vaincre un ennemi ? En le forçant à s'allier à vous. Ou en l'empêchant d'agir sur tous les terrains – le Faunus aux yeux fendus s'approcha – Un combat épuiserait vos forces. Une opération ? Elle vous en ferait gagner. Mon idée est simple : il vous faut une cible claire.
— Et à quoi pensiez-vous ? demanda Adam, convaincu par ce discours.
— Les Belladona contrôlent l'île, n'est-ce pas ?
— Vous voulez les rallier à notre cause ? pouffa le rouge en se tapant la cuisse. Vous me faites rire ! Ils n'accepteraient jamais, surtout depuis que leur fille est revenue.
Mais le Faunus lâcha un sourire machiavélique. Adam frissonna en constant que le Faunus, qui n'était pas un Faunus, se prêtait parfaitement à la description que les humains leur donnaient : un monstre qui ne trouvait de la joie que dans l'accomplissement du mal profond, pervers et sans retour.
— C'est précisément parce qu'elle est revenue que le plan peut fonctionner à merveille.
Au fur et à mesure que le faux Faunus lui expliquait le plan, le sourire d'Adam s'élargit. Vraiment, pensa-t-il avec amusement, ce n'est pas ce sale rat de Torchwick qui aurait pensé à ça…
— Atcha ! Pff ! Je t'avais dit que j'étais allergique aux chiens !
L'homme qui venait de parler avait bien l'air de mauvaise humeur. Il s'appuyait sur une canne bon marché et boitait. À ses côtes, une jeune Faunus roulait des yeux tandis qu'il pestiférait contre la populace touffue. Cette Faunus avait des yeux étranges, cependant ; rose et marron.
L'homme, lui, était drapé d'un poncho bleu et délavé, et un chapeau déchiré coiffait sa tête rousse. Dans sa bouche, une petite pipe laissait échapper de la fumée, dont l'homme tirait des bouffées successives.
Roman Torchwick haïssait de devoir se mêler aux Faunus. Ils les abhorrait ! Malgré tous les discours sur la paix et la tolérance du différent, ça ne changeait pas le fait qu'ils n'étaient pas des gens, mais des animaux. Et ça, personne ne s'en rendait compte ! Pourtant, Roman adorait l'idée de la Ménagerie ; c'était comme parquer des cochons pour un abattoirs.
— Ils ne doivent jamais partir de cet endroit, maugréa-t-il en regardant un gamin à cornes courir pour rattraper ses autres petits congénères.
Sa compagnonne haussa des épaules, agaçant Roman. En fait, même si Neopolitan était muette et n'avait jamais appris la langue des signes, il la comprenait – pour une raison qu'il ignorait – et ce qu'elle venait de dire était en gros : « Ce ne sont même pas des ennemis potentiels, pourquoi s'en soucier ? » ou un truc comme ça.
— Je sais, je sais… Je pense juste à haute voix.
Roman était préoccupé ; lors de la chute de Beacon, il avait affronté Red. Cette gamine l'avait tellement soûlé avec ses discours pseudo-héroïques plein d'espoir naïf qu'il avait voulu lui inculquer quelque savoir avant de la descendre – une décision qu'il avait regretté, en ayant fini dans le ventre d'un Griffon – et s'enfuir.
L'expérience avait été effroyable, à l'intérieur. C'était pourtant loin derrière lui, mais dès qu'il y pensait, ça lui donnait des frissons.
Le ventre du Griffon, contrairement à ce qu'il avait crû, n'était pas chaud, plein de liquide digestif et empestant la décomposition. Au contraire ; c'était vide, il faisait froid et ça sentait la mort. Pas quand le genre d'odeur qui vous repoussait, non, mais qui vous attirait vers le fond. Horrible. Mais ça n'était pas le pire.
Les visions. Les voix. Roman avait vu la limite de la folie, et l'avait effleuré du doigt de pied. Et un visage ; blafard, couvert de veines noires. À ce moment-là, il avait eu tellement mal qu'il aurait pu mourir. Il aurait dû mourir.
Mais Roman avait toujours un tour dans son sac ; il avait gardé de la Dust explosive dans sa poche, accrochée par des lanières pour éviter qu'elle bouge trop. Mais en se faisant manger par le Griffon, la fiole s'était détachée et avait trop bougé. Tout avait explosé. Et son karma avait été au plus bas, la déesse de la chance lui avait fait grâce de son sourire. Il avait survécu.
Enfin, c'est ce qu'il avait crû.
Tout le monde le croyait mort. Surtout cette saleté de gamine ! Bientôt… Je leur montrerais tous qu'être un héros est insensé ! Ce monde est froid et cruel, et il n'y a que la chance qui vous sauve. À l'intérieur du ventre du mal, Roman avait mit à bas ce qu'il aimait le moins chez lui. Pourtant, un outil était un outil.
Il avait survécu. Mais ce n'était pas la chance qui l'avait sauvé.
— Vous êtes toujours aussi renfrogné pendant une mission ?
Il se tourna vers l'autre personne qui les accompagnait, lui et Neo ; une jeune fille à l'air timide et banale, portant des lunettes abîmées, et aux yeux argentés.
Sun se sentait mal.
Ce n'était pas à cause de l'air marin, ni des cocotiers. Ce n'était pas non plus à cause du thé de la mère de Blake – il était délicieux ! – ni des remarques acerbes que lui faisait le père. Non, c'était à cause d'un petit quelque chose qui le démangeait. Pas une affaire de grattouille ; il l'aurait réglé avec sa queue. C'était plus une sensation intriquée ou un truc dans le genre. L'instinct, peut-être ? C'était difficile à dire, mais c'était là.
La White Fang était tout prêt, il le sentait.
Aaah, moi et mes états d'âme ! Il secoua sa tête, parce que ça ne servait à rien de forcer à la main de Blake. Elle était avec sa famille, et lui était un peu le souvenir de ses amies qu'elle avait laissé pour compte. Pourquoi d'ailleurs ? Elle qui était tellement sombre et renfermée, c'était avec plein d'énergie qu'elle vivait avec Yang, Ruby et Weiss.
En plus, malgré toutes ses recherches pour trouver si la White Fang pacifiste de l'île n'était pas pourrie jusqu'à la moelle, il n'avait rien trouvé de compromettant, mis à part des moines qui avaient plus des têtes à vendre des sucreries que des armes.
Sun soupira, et s'accouda à la rambarde, les yeux vers la lune. Ils descendirent pour observer l'horizon à travers les feuilles éventail des palmiers, et là…
— Que… (il aperçut une silhouette qui l'observait depuis les arbres, un masque de Grimm dissimulait son visage ; celle-ci remarqua que Sun l'avait découverte, et s'enfuit) Eh !
Il bondit en activant son bâton, le fit tournoyer au dessus de sa tête pour frapper l'inconnu(e), mais elle sauta de son perchoir avant qu'il ait pu la toucher. Iel atterrit sur un toit plus loin, et courut. Sun se lança à sa poursuite, usant de ses cinq membres se faufiler parmi les cheminées et tubes d'aération.
Le Faunus activa de nouveau son arme, et les cliquetis accompagnèrent une transformation en un nunchaku, mais dont les extrémités étaient des canons de fusils à pompe. Il tira plusieurs coups, qui ricochèrent en étincelles sur les tuiles et tuyaux. Mais l'espion(e) fut agile, évita chaque balle avec une grâce qui n'était pas sans rappeler celle de Blake.
Seulement, iel atterrit sur le bord d'une rambarde, et vacilla.
— Grossière erreur, fit Sun en la frappant d'un coup bien mat.
L'inconnu(e) fut éjectée, rebondissant de mur en mur pour s'écraser au sol. Sun n'avait pas affaire à une amatrice ; elle utilisait l'Aura. Il se réceptionna habilement à côté d'elle, qui se releva d'un bond. Sun constata que c'était une fille, peut-être du même âge que lui.
— Allez, dis-moi pourquoi tu rôdais prêt de la maison des Blake ! lui ordonna-t-il en frappant son nunchaku dans sa main.
—…
L'inconnue sortit une garde en métal, et une pointe y apparut et s'allongea jusqu'à atteindre la longueur d'un pied.
— Tu veux rien dire, alors ? Okay, alors je vais te battre jusqu'à tu délies ta langue !
— J'ai besoin de ton aide !
Hein ? Sun baissa sa garde, l'air confus, lorsque la fille enleva son masque de Grimm ; elle avait l'air épuisée, et ses yeux changeaient de couleur, du bleu au jaune puis au vert. Son air paniqué lui suffit à ranger son arme pour l'écouter, bien que méfiant :
— Tu fais partie de la White Fang ! Pourquoi je te ferais confiance ?
— Blake…
— Hein ?
— Blake ! Je le fais pour Blake, j'ai… (elle serra son bras, les larmes aux yeux) j'ai fait une erreur.
Le même ton. La même honte. Sun ne pouvait pas le nier. Il grimaça, ne sachant quoi penser ; d'un côté, son instinct lui disait de faire confiance à cette fille. De l'autre, la raison lui indiquait qu'il s'agissait probablement d'un mensonge.
Depuis quand j'écoute la raison, moi ? Il secoua sa tête, soupira et agita sa main pour appuyer ses dires :
— Vas-y, raconte moi tout.
— C'est… à cause de ce type – Sun la regarda sans comprendre, et elle ajouta : – un Faunus, mais il est différent…
— Il ressemble à quoi ?
Elle frissonna, et serra davantage son bras.
— Il ne ressemble pas ; c'est un serpent.
*Quelques instants auparavant…
Ce fut lorsque le singe Faunus alla se jeter dans la gueule du loup que Yannis put enfin s'adonner à sa tâche préférée ; la persuasion. Depuis le toit, il observa le benêt poursuivre la traîtresse. Parfait. Le clone du magicien descendit en se laissant glisser sur l'air, et toqua quatre fois à la réplique intéressante d'un shoji japonais.
— Sun ? fit la voix de Blake, puis des pas agacés. Je t'ai déjà dis que tu pouvais revenir, arrête de te moquer de m…
La porte en toile s'ouvrit, et Yannis ne put s'empêcher de sourire en voyant le visage de Blake passer de la surprise à la peur, puis la colère. Lui avait délaissé son apparence de Faunus ; ça ne servait à rien de se dissimuler si on était déjà découvert.
— Quelle belle soirée, s'extasia-t-il en se retournant pour regarder la lune, puis entendit une lame qu'on tirait hors de son fourreau. L'air est frais et le vent maritime fait un bien fou…
Il sentit la lame trancher son corps illusoire, le traversant comme de la fumée. Il se retourna de nouveau pour voir une Blake aux pupilles contractées par la rage, ce qui le fit soupirer.
— Si prompte à la violence, alors que tu avait promis à tes parents que tu n'en avais plus envie…
— Tu m'espionnais ?
— Déformation conceptuelle assez intéressante, minauda le mage en s'adossant à un pilier. Tu veux qu'on en discute ?
—…tu n'es pas ici pour ça, non ? rétorqua-t-elle en rangeant son arme, puis se jeta un regard derrière elle, l'air inquiète.
— Ils ne nous entendront pas, si c'est ce que tu crains, devina-t-il aisément. Hélas, la timidité est l'une de mes plus grandes faiblesses, donc je suis à cheval sur l'intimité.
Elle lui lança un regard mauvais, ce qui le fit sourire d'autant plus ; il aimait Blake. Beaucoup. Tout comme un maître aime son chat. Yannis ajouta :
— J'ai un marché à te proposer : tu sais Ô combien la White Fang apprécierait ta compagnie..
— Je refuse.
—…et si tu savais écouter les autres, peut-être n'en serais-tu pas là, continua Yannis. J'ai ouïe dire que ton père a quitté l'ordre pour les mêmes raisons que les tiennes : l'extrémisme.
— Bel euphémisme, se moqua Blake en croisant ses bras, ce qui signifiait qu'elle n'allait pas se faire berner par si peu.
Quel dommage qu'elle n'ait pas prit la tête de la White Fang en arrachant celle de Taurus, s'attrista Yannis. Elle avait bien plus de potentiel, d'esprit guerrier et d'intelligence que ce bourrin imbécile.
— Donc, j'ai pour idée de te donner les clés pour vaincre Adam. Est-ce que cela te tente ?
Elle décroisa ses bras, l'air confuse. Touché. Mais elle prit un air méfiant :
— Comment faire confiance à quelqu'un qui tu ses propres amies ?
— Si tu savais… (Arian l'avait déjà assassiné, une fois. Ce n'était que partie remise !) Mais tu as raison, je ne suis pas le plus blanc des agneaux. Seulement parfois, tu dois accepter le pire pour accomplir le meilleur.
— C'est ce qu'il – Adam, donc, comprit Yannis – disait. « Pour le plus grand bien ». Et ça ne l'a mené qu'à devenir un monstre.
— J'en suis déjà un, donc je ne risque pas de le devenir. Et puis je ne te demande pas de t'allier à moi, juste de récupérer ce que j'ai à t'offrir.
Elle ouvrit la bouche, et la referma.
— Ne me fais pas rire : tout a un prix.
— Précisément, et c'est là où je voulais en venir – Yannis s'écarta du pilier, pour fouiller dans sa poche ; Blake porta la main à son arme, mais l'autre l'ignora, et en sortit une lettre cachetée – Voici des informations capitales concernant la prochaine opération de la White Fang.
La Faunus hésita, ses oreilles de chat s'agitant nerveusement. Yannis s'était demandé auparavant, quand ils étaient encore amis, jusqu'où l'anatomie animale s'étendait dans la partie « humaine » du Faunus. Il avait bien sûr pensé à faire des expériences sur Blake – une dissection n'était pas mortelle si elle était bien menée – mais avait fini par abandonner. Il faut que je trouve un sujet, sinon je vais rester sur ma faim.
Blake ayant décacheté et lut la lettre, elle plissa les yeux et demanda :
— C'est un peu grossier, comme piège. Je te croyais plus intelligent.
— Crois-moi, mon plan est mieux ficelé que ça (il lui sourit, et la vit frémir ; elle savait qu'il avait un plan plus grand, mais ne savait pas quoi) et j'ai toujours un atout dans ma manche. De toute manière, si tu veux vaincre la White Fang, tu es obligée de te servir de moi. Sun est fort, mais n'a aucune influence…
Elle se pétrifia, et il continua :
—…quand à Illia, c'est une femme qui sait accomplir ce qu'on lui dit, mais sa résolution est faible, ce qui la rend simple à conduire.
Torturer en connaissance de cause. Ce qu'il réussissait le mieux. Car après tout, n'y-a-t-il pas plus grande réussite que de suivre sa nature profonde ?
