Chapitre 4 : Perte de voix


« C'est injuste ! »

Dans leur quartier, Anakin fulminait de rage. Son maître Obi-Wan, assis sur le canapé, gardait un calme impassible, fixant l'adolescent désormais majeur. La raison de sa colère lui était pour lui justifié : Obi-Wan refusait de lui faire passer les épreuves.

« J'ai réussi toutes les missions qui m'ont été donné ! Pourquoi ne m'autorisez-vous pas à devenir enfin un chevalier Jedi ? Je le mérite !

- Anakin, tu es encore trop jeune, et je ne pense pas que tu sois prêt.

- C'est faux et vous le savez très bien ! J'ai toujours été bon en tout, personne ne me bat au sabre et je suis bien meilleur que vous !

- Tu es arrogant et un Jedi n'est pas arrogant, Anakin, répondit Obi-Wan sèchement, ce n'est pas ce que je t'ai appris.

- Vous ne m'avez rien appris !

- Anakin, ça suffit, cette conversation est ridicule et, si tu es vraiment prêt pour les épreuves, tu ne contrôlerais un peu plus tes émotions. »

Le Jedi se leva, se préparant à sortir, mais le Padawan lui saisit le bras avec force.

« Vous fuyez encore ! Vous savez que j'ai raison, vous savez que j'ai le niveau pour être chevalier, mon âge n'est qu'un prétexte parce que vous voilez la face ! Vous êtes jaloux de mon potentiel !

- Lâche-moi, tu sais très bien que c'est faux, je…

- Qui-Gon m'aurait écouté, il aurait été d'accord, il m'aurait proposé pour les épreuves.

- Ça c'est ce que tu rêves, Anakin, ce n'est en rien qu'une supposition, rétorqua-t-il froidement en se défaisant de son étreinte.

- Il l'aurait fait.

- Avec un tel comportement, je ne pense pas. »

Obi-Wan se dirigea vers la sortie. Anakin serrait les poings, ne pouvant supporter cette colère sourde qui terrassait son cœur. Il avait pensé qu'avec toutes ses réalisations, toutes ses succès, son talent et son contrôle de la Force, son maître irait le présenter pour des essais à sa majorité, ce qui aurait fait de lui le plus jeune Jedi. En plus, il avait pensé qu'il irait ainsi au concert de Ben, qui s'avérait être aujourd'hui, avec son nouveau statut de Chevalier Jedi et peut être que Ben pourrait le prendre au sérieux.

D'ailleurs, même le Chancelier pensait la même chose que lui. Alors pourquoi pas Obi-Wan ? Palpatine lui avait assuré qu'il le deviendrait à sa majorité.

« Si tu ne passes pas les épreuves à tes 18 ans, il faut que tu te poses des questions sérieuses sur ton enseignement, Anakin, lui avait-il dit quelques mois auparavant.

Il y avait cru, il y croyait tellement ! Il avait été excité à l'idée de devenir un chevalier, de revoir Ben pour lui annoncer qu'il était un Jedi ! Il aurait peut-être pu avancer dans sa relation avec Ben. Mais là, ces projets tombaient à l'eau. Peut être même qu'Obi-Wan ne le laissera jamais devenir Jedi. Cette pensée là le terrifiait. Et si son maître faisait en sorte de le discréditer au Conseil pour qu'il soit refusé ? Après tout, il n'avait jamais accepté Anakin, du moins au début, il se souvint même qu'Obi-Wan l'avait qualifié de dangereux.

« Je te déteste. »

Obi-Wan se figea en entendant les mots qui s'échappaient des lèvres de son Padawan.

« Je te déteste, répéta Anakin un peu plus fort.

- Je…je comprends, dit-il seulement sans lui jeter le moindre regard.

- Je te déteste ! » hurla Anakin en le tirant par la Force, laissant sa rage le consumer. Obi-Wan fut jeter contre le mur opposé, l'empêchant ainsi de sortir. Il émit un gémissement de douleur lorsqu'il percuta le mur. Il ne put se lever à temps, car son Padawan tendit le bras vers lui, arquant sa main, dans une position qu'il le terrifia alors.

« Anakin, non, ne…. »

Il ne put finir sa phrase, car une main invisible serra sa gorge, étouffant ses mots. Obi-Wan porta ses mains à sa gorge tentant de se libérer malgré lui. Il fut soulevé hors du sol, ses jambes débattant dans le vide, espérant vivement être relâché.

« A…na..kin…siffla Obi-Wan désespérément.

- Tu m'as jamais aimé ! Tu m'as jamais voulu ! C'est pour ça que tu veux gâcher ma vie ! C'est pour ça que tu ne veux pas que je devienne un Chevalier ! s'exclama Anakin ignorant la souffrance de son maître qu'il étranglait par la Force.

Des larmes coulaient des yeux du maître, qui cherchaient à émettre des mots, mais sa voix devenait de plus en plus difficile et son visage vira de plus en plus au bleu. Sa vision fut envahi par des points noirs, alors que les doigts invisibles empoignaient toujours sa gorge avec force.

Le corps d'Obi-Wan lui devint de plus en plus lourd, et il peinait à écouter les cris de rage de son padawan. C'était la première fois qu'il perdait contrôle. Tant d'année à lui apprendre et à lui enseigné, et pourtant…il avait échoué.

« Anakin…je t'en supplie… » Envoya-t-il dans le lien.

Ses bras relâchèrent, alors que sa conscience s'éloignait peu à peu.

Le Padawan intercepta le message dans leur lien de Force et il écarquilla les yeux lorsqu'il se rendit compte de ce qu'il était en train de faire. Il laissa tomber sa main et se précipita vers son maître qui glissa au sol. Ce dernier inspira de grande bouffée d'air, toussant et crachant. Son corps tremblait de toute part.

« Maître ! Je…suis…je suis désolé…. ! s'écria Anakin alors qu'il remarquait le cou rouge, bientôt violacé d'Obi-Wan, laissez-moi…laissez-moi vous aider ! »

Obi-Wan toussa à nouveau, cherchant à dire quelque chose, mais il n'eut que des sifflements qui sortirent de sa bouche. Voyant qu'il n'arrivait pas à émettre le moindre mot, il blêmit. Jamais Anakin n'avait vu son maître aussi terrifié et aussi paniqué. C'était si fort, que cela traversa leur lien, donnant une nausée soudaine à l'apprenti.

« Maître…je…nous devons…je vais…trouver un guérisseur et… »

Anakin se leva, prêt à saisir un comlink, pour appeler de l'aide. Mais son maître lui attrapa le pan de sa tunique, l'empêchant d'aller plus loin.

« N…Non…parvint-il à dire dans un murmure presque inaudible.

- Maître, j'ai…je vous ai du mal…je vous ai blessé…il faut…

- Non… »

Obi-Wan tenta tant bien que mal de se lever, et faillit trébucher si Anakin n'était pas à ses côtés. Lorsqu'il fut totalement stable sur ses jambes, il se rendit dans sa chambre sans un mot.

« Maître ? interrogea Anakin craintif, la culpabilité et le regret lui torturaient le ventre et il savait que prochainement, il recevrait la punition, peut-être même…serait-il expulsé.

Il venait de blesser son maître. Il venait de l'étrangler.

Il était sur le point de le tuer.

Mais Obi-Wan ne dit rien, il ferma la porte de sa chambre et envoya dans leur lien :

« Tu n'as rien fait de mal. Vaque à tes occupations, nous en parlerons plus tard. »

.

.

Anakin avait été trop lâche pour se balancer lui-même au conseil Jedi, ni bien même pour se rendre aux Halls des Guérisseurs et prévenir qu'il avait étranglé son maître et que celui-ci s'était enfermé dans sa chambre, comme si ce n'était qu'un simple rhume qui passerait.

Force, Obi-Wan n'avait plus de voix ! Il n'arrivait plus à parler ! Comment pourrait-il se soigner seul ? Qu'allait-il se passer ? Obi-Wan allait le dénoncer ! Et cette fois, ses espoirs de devenir Chevalier seraient détruits. Tout ça c'était de sa faute ! Son maître avait raison, il ne méritait pas encore d'être chevalier, il avait blessé l'homme qui s'était occupé de lui, qu'il l'avait soutenu, le seul homme qui était prêt à le prendre en tant que Padawan. Et là, il n'a pas hésité à l'étouffer de sang-froid, guidé par la colère et la rancœur.

Ses questions l'ont mené nulle part et il avait laissé son instinct le guider. Il s'était rendu au Sénat, là où le Chancelier l'attendait pour le Concert de l'année. Il était à la fois excité et à la fois chagriné. Il allait revoir Ben mais Obi-Wan l'inquiétait. Son avenir était incertain.

« Mon garçon, quel joie de te revoir…mais qu'as-tu ? » l'accueillit Palpatine les bras ouverts dans son bureau.

Anakin fixait le sol, ne sachant quoi dire. Devait-il dire au Chancelier qu'il était un monstre et qu'il venait de faire une tentative de meurtre contre son maître ?

« Est-ce par hasard, tu aurais appris la mauvaise nouvelle ? continua le politicien avec un brin de tristesse dans la voix.

Le jeune homme fronça les sourcils, rapprochant ses bras contre lui.

- La mauvaise nouvelle ? répéta-t-il.

- Oui. C'est une terrible nouvelle pour la galaxie.

- Quelle est-elle ? »

Le Chancelier l'incita à s'asseoir auprès de lui, sur l'un des canapés. Anakin ne se fit pas prier, se questionnant sur ce qu'il allait apprendre. Qu'est ce qui pourrait causer un si grand bouleversement dans la galaxie ?

« Ben a annoncé dans un communiqué, qu'il arrêtait ses concerts annuelles définitivement. » annonça Palpatine avec regret.

Son monde s'écroula. Son rêve de revoir Ben à nouveau venait de disparaître complètement et c'était encore plus difficile, quand il repensa à Obi-Wan qui avait été blessé par lui-même. C'était une très mauvaise journée, la pire qu'il ait jamais eu de toute sa vie. Même sa séparation avec sa mère semblait moins l'affecter.

« Pourquoi ?

- Il n'a rien dit sur la raison, c'est tellement dommage, c'était un chanteur prometteur, le seul qui pouvait atténuer les maux du peuple galactique.

- Je…suis choqué, Chancelier, je ne comprends pas…il avait promis qu'on se reverrait ! balbutie-t-il, il m'aurait menti ?

- Je l'ignore, Anakin, c'est un homme mystérieux, peut être pensait-il se débarrasser de toi pour que tu puisses le laisser tranquille ?

- Je refuse de l'admettre, il y a bien une raison logique à cette arrêt ! Pendant des années, il a renouvelé des concerts ! Et soudainement, du jour au lendemain, il arrête tout ! »

Il ne comprenait pas, c'était impossible. A croire que la Force le punissait pour avoir été maltraitant envers son maître.

« Chancelier, ne pourriez-vous pas demander une enquête ? Ben a peut-être des ennuis ! Il a peut-être été enlevé ou quelque chose ça ! Je ne peux croire qu'il ait décidé d'abandonner ! Il aimait chanter, quand il chantait, il était passionné, il… »

Il ignorait s'il allait trop loin dans son amour pour le chanteur masqué, mais curieusement, Palpatine semblait être d'accord.

« Tu as raison, il a sans doute des ennuis…je vais tenter d'envoyer des agents pour enquêter.

- Les Jedi peuvent-ils…

- Je ne suis pas sur que les Jedi seront d'accord pour rechercher un homme que personne connaît et qui a volontairement choisi de rester dans l'anonymat, et qui ne fait qu'un concert par an. Ce serait une cause perdue…

- Sauf si on leur dit que cet homme est un sensible à la Force, fit Anakin avec espoir, les Jedi ignorent tout de Ben et il est capable de transmettre des émotions à travers la Force, il l'a fait avec moi ! Il n'est pas aussi faible que l'on croit…

- Il n'y a aucune preuve dans ce que tu dis, Anakin, je crains que je ne peux leur demander de l'aide sur ce cas.

- Ne pouvez-vous pas essayer ? demanda le Padawan.

- Je vais essayer, soupira le Chancelier, mais cela ne va pas dépendre de moi. »

Lorsqu'il retourna dans ses appartements, Obi-Wan n'était plus dans sa chambre. Il avait délaissé leur quartier. Anakin eut soudainement un frisson, en se demandant alors ce que son maître pourrait bien faire à une heure aussi tardive. Aurait-il enfin décidé de le dénoncer ?

Accablé parce qu'il avait fait, il n'avait même osé se confier au Chancelier. L'histoire de Ben avait pris la majorité de son entretien avec Palpatine, il n'avait pas eu l'occasion de penser à son maître. Il ressentit une pointe de culpabilité. Il pensait à Ben alors que son maître était blessé par sa faute.

De plus en plus inquiet, il quitta à nouveau l'appartement pour chercher son maître. Si Obi-Wan allait le dénoncer au conseil, alors il devait lui-même s'expliquer, et assumer ses actes. Il se dirigea d'un pas décidé vers la salle du Conseil.

Mais lorsqu'il arriva, il fut surpris de voir qu'il n'y avait personne. C'était vide et la nuit avait envahi les lieux. Tout le temple semblait endormi et Anakin se sentit stupide d'avoir un seul instant que son maître irait en pleine nuit, dérangé le conseil pour le dénoncer. Si le Jedi avait vraiment envie de rejeter son padawan, il n'aurait pas attendu la nuit pour le faire.

Ne sachant quoi faire, il retourna sur ses pas, de plus en plus anxieux. Il était prêt à accepter toutes les punitions qu'Obi-Wan lui infligerait, même l'expulsion…mais pourquoi son maître peinait à prendre une décision ? Il n'avait aucun message depuis qu'il l'avait quitté tout à l'heure, avant de rejoindre le Chancelier.

Broyant du noir, il traîna dans les couloirs presque vides du temple, où seuls les Jedi revenant probablement de missions croisaient son chemin. Ils étaient peu nombreux et la plupart était trop fatigué pour remarqué un Padawan Senior veillant aussi tard, au milieu de la nuit.

Cependant, lorsqu'il passa non loin des Jardins de Méditation, il entendit une voix douce, fredonnant une mélodie. Ce chant résonna dans les couloirs silencieux alentours, et fort heureusement, Anakin était le seul dans les parages qui avait perçu cette voix.

Intrigué, il se dirigea vers le son harmonieux, s'approchant de plus en plus. La mélodie devenait plus forte et plus belle, rappelant alors les chansons que Ben chantait dans les concerts. Les murs du Temple paraissaient avoir été fait pour accueillir ces notes, tellement elle rendait la mélodie encore plus magnifique qu'elle ne l'était déjà.

Anakin se retrouva alors au milieu des Jardins et il eut le droit un spectacle époustouflant. A la lueur de lampes nocturnes, les plantes avaient pris vie, s'ouvrant malgré l'absence de soleil, des feuilles dansaient, l'eau remuait en vague, la terre tremblait en douceur sous ses pieds, les pierres flottaient dans les airs, se dandinant au gré du chant, les racines étaient sortis du sol, caressant les airs . C'était comme si la nature, comme si le Jardin entier réagissait à la voix chantante.

« Ben, souffla-t-il devinant aisément que c'était la seule personne qui pouvait chanter et faire ce genre de chose spectaculaire.

Il chercha du regard au milieu de toute cette transe de la nature, n'osant s'approcher un peu plus, de peur d'interrompre ce miracle de la Force.

Et il le trouva.

Ben était habillé d'un simple manteau blanc, il avait recouvert sa tête d'une capuche. Il était de dos, levant les bras, tel un chef d'orchestre qui dirigeait ses musiciens. Malgré l'absence des paroles, Anakin découvrit à travers la mélodie une tristesse, une souffrance interne et un sentiment d'impuissance. Il avait envie de courir vers lui et de le rassurer, de lui dire qu'il était là et qu'il serait là pour le protéger et le chérir. Mais la nature était protecteur envers le chanteur mystérieux, faisant barrage entre lui et Ben, dans une danse effrénée et élégante.

Mais son envie de lui parler, de le revoir, d'exprimer ce qu'il avait sur le cœur était plus fort et il cria :

« Ben ! C'est moi, Anakin ! »

A peine-eut-il dit cela, que tout s'immobilisa. A croire que le temps s'était arrêté autour d'eux. La merveilleuse voix s'était tu, la nature s'était figée en un seul et Anakin retint son souffle. Peut être n'aurait-il pas du interrompre ce spectacle privée. Peut être aurait-il du se contenter de regarder en cachette.

Ben se détourna légèrement de lui, comme pour jeter un coup d'œil vers le padawan, puis baissa ses mains. De par ce mouvement, tout le jardin redevint comme avant. Les plantes se rendormirent, les racines retournèrent dans leur antre, l'eau se coucha dans son lit, les pierres se posèrent avec légèreté.

Mais ce à quoi, Anakin ne s'y attendait pas, c'était que des racines encore vivantes, l'attrapa soudainement, enroulant ses bras, ses jambes, le mettant à genoux. Il tenta de se défendre, mais la voix chantante le perturba. C'était un instant très étrange, il était attaqué par des branches et quelqu'un lui chantait une berceuse. La racine glissa jusqu'à son visage, lui obstruant alors complètement la vue.

« Quoi ? Relâche moi ! » se débattit-il.

Ben chantonnait toujours, les racines se serrèrent un peu plus, l'obligeant alors à battre retraite.

« Qu'est-ce que tu fais, Ben ? »

Il eut un silence brusque, puis des pas sur l'herbe l'indiquèrent que l'homme venait vers lui. Sa présence de la Force était cependant invisible, presque indiscernable, mais brillait d'une intensité éclatante.

Des doigts lui effleurèrent les cheveux.

« Ben ? lâcha-t-il sur un ton interrogateur.

La main s'attarda sur son visage et l'apprenti Jedi devina alors que l'homme analysait son visage, mais pourquoi ?

- Je suis désolé, entendit-il dans un murmure.

Sa voix était étrange, presque rauque, comme s'il était en train de pleurer. Anakin déglutit lorsque la main de Ben s'éloigna de sa peau.

« Ben…pourquoi tu as tout annulé ?

- Je ne peux plus chanter .

- Bien sûr que tu peux ! Je viens de t'entendre…tu peux encore chanter !

- Ce n'est pas…une question de voix, chuchota-t-il lentement.

- Ben…je veux…je veux te voir encore chanter, je veux t'entendre encore…tu.. »

Il ne savait pas quoi dire, il était désespéré, il n'y croyait pas que cela allait finir maintenant. Ce n'était pas pensable pour lui.

« Je t'aime, Ben, je t'aime, je t'en prie, ne me laisse, tu es ma lumière, tu es la meilleure chose qui me soit arrivé depuis que j'ai quitté ma mère…je t'en prie, Ben…

- Je suis désolé, Anakin.

- Non…non…tu ne peux pas … »

Il essaya de se libérer de ces chaînes de la nature, qui le maintenait fermement. A nouveau, une main passa derrière sa tête, le faisant frissonner. Ben posa son front contre le sien. Anakin aurait pu être heureux de cette proximité si son idole n'avait pas annoncé sa retraite prématurée.

Anakin lâcha un sanglot, incapable de retenir ces sentiments négatifs qui le submergeaient.

« Ben, j'ai besoin de toi…je…

- Au revoir, Anakin.

- Non…non…je… »

Une suggestion de sommeil se faufila dans son esprit et il n'eut pas le temps d'être choqué, il s'évanouit.


Lorsqu'il se réveilla, il se trouvait dans son lit, dans sa chambre. Le soleil venait de se lever, il avait donc dormi très longtemps. Il se redressa brusquement, se rappelant alors de sa rencontre avec Ben. Était-ce un rêve ?

Ses yeux tombèrent sur ses poignets qui avaient pris une teinte violette. Non, c'était bien réel. Ben n'était pas allé de mains mortes. Il se retint de pleurer.

Au revoir, Anakin.

C'était ses derniers mots. Il pensait qu'avec un peu de chances, il aurait pu se rapprocher de Ben, il aurait pu l'aimer encore et encore, le voir chanter chaque année, à entendre cette voix qui le rendait heureux.

Mais c'était terminé ? Était-ce vraiment fini ?

Il passa ses mains sur son visage, effaçant ses larmes puériles. Il tressaillit quand il entendit des pas dans le salon, se rappelant alors de ce qu'il avait fait la veille. Son maître. Il avait étranglé son maître.

Il eut un rire amer. Plus rien ne comptait. Il se fichait de ce qui allait se passer. Il ne verrait plus Ben. A quoi bon ? Peu importait désormais. Sa lumière avait disparu, son but ultime n'avait plus lieu d'être. Il se leva et se rendit compte qu'il avait encore les vêtements de la veille. Ben l'avait donc porté jusqu'ici ?

Il balaya ses questions pour plus tard. Il devait affronter Obi-Wan et en finir au plus vite. Il inspira un grand coup avant de sortir de sa chambre, afin d'affronter son destin.

.

.

« Bonjour, Anakin. » salua le Jedi alors qu'il mettait la table pour le petit déjeuner comme il le faisait à chaque fois.

Le Padawan cligna des yeux, incapable de comprendre le comportement si normal d'Obi-Wan, comme s'il n'avait jamais été étranglé la veille.

« Maître ?

- Assis-toi, Padawan, et mange un peu, j'ai remarqué que tu n'avais rien avalé hier soir. »

Ce n'était pas faux. Son cœur fut touché par cela, il regrettait tellement ce qu'il avait pu lui dire la veille. Son maître avait raison, il ne contrôlait pas sa colère, il n'y arrivait pas et cela avait failli couter une vie.

Il obéit et s'assit à sa place, alors qu'un tasse de café se présenta à lui, accompagné des tartines habituelles qu'il aimait prendre le matin.

« Maître, je suis désolé, s'excusa-t-il en baissant la tête sur ses mains nerveux, ce que j'ai fait est impardonnable. Je mérite toutes les punitions que vous souhaiterez m'infliger. Je ne m'opposerai pas à vos ordres. »

Il eut un silence et Obi-Wan but une gorgée de son thé, puis déposa délicatement la tasse.

« Oui, je ne peux pardonner ton comportement. Le Code voudrait que je dénonce un tel comportement. »

Anakin se mordit les lèvres, retenant ses prochaines larmes. Il le savait. C'était terminé, il avait anéanti toutes ses chances de devenir véritablement un Jedi. Il avait brisé la confiance de Qui-Gon, brisé son lien avec Obi-Wan, brisé sa relation avec Ben.

« Mais je ne peux pas, poursuivit Obi-Wan en se frottant la gorge, un rappel douloureux pour le jeune homme, je ne peux pas te dénoncer. Car je t'ai promis que tu deviendrais un Jedi et tu le deviendras.

- Maître ! Je t'ai blessé ! Je t'ai étranglé avec la Force ! Je l'ai utilisé pour nuire, pour te…tuer…Maître, je ne mérite pas ça…je ne…s'exclama Anakin sous le choc en se levant, faisant tomber sa chaise au sol.

- Si tu es contre ma décision, tu peux aller te dénoncer, Padawan, je ne t'arrêterai pas. » dit Obi-Wan calmement en reprenant une gorgée de son thé.

Anakin ouvrit la bouche, ne sachant quoi dire. Puis…il émit un rire nerveux, comprenant alors la démarche de son maître. C'était à la fois ingénieux et à la fois cruelle, et en même temps, c'était la pire punition qu'il n'aurait jamais imaginé avoir.

Son maître refusait de parler au Conseil et ainsi, il continuerait à poursuivre sa formation…mais il porterait ce fardeau, ce poids de la culpabilité sur ses épaules, jusqu'à qu'il obtienne définitivement le pardon d'Obi-Wan. Soit, il avait le choix de se dénoncer lui-même au Conseil, mais…il perdrait tout. Il perdrait son avenir.

« Maître…vous…êtes cruel…lâcha Anakin.

- Je n'ai pas trouvé d'autres punitions adéquates, avoua le Jedi sur un ton d'excuse.

- Et je l'accepte, maître, j'accepte de garder ma culpabilité, jusqu'à…vous me pardonniez.

- Tu ne seras pas seul à porter ce fardeau, c'est aussi de ma faute, j'ai été un mauvais professeur, nous allons apprendre tous les deux à gérer cette colère qui t'anime et te fait du mal…quitte à ce que je sois le seul à le subir.

- Maître, je ne recommencerai plus et…

- Tu sais bien que c'est faux, Anakin, coupa Obi-Wan en secouant la tête, tu le sais très bien. Nous aurons énormément de travail à faire pour cela. Mais pour l'instant, nous avons un petit déjeuner à terminer. »

Le Padawan ne protesta pas et se réinstalla à la table. Cela aurait pu être une matinée agréable, mais elle était tellement étrange et tellement inhabituelle qu'il avait perdu l'envie de manger. A la place, il observa discrètement Obi-Wan qui mangeait avec une élégance naturelle et retenue. C'était toujours fascinant pour lui de le voir ainsi, Obi-Wan était la seule personne qu'Anakin connaissait qui semblait faire attention à chacun de ses mouvements, à chacun de ses pas, à chacun de ses intonations, à chacun de ses mots. Comme un spectacle de vie, comme s'il était en accord avec la Force constamment, comme si chaque élément faisait partie de lui.

Comme si il chantait avec la Force.

Comme si il chantait avec son environnement.

Comme s'il était Ben.

Face à cette révélation, Anakin oublia de respirer, devant ce qu'il venait de possiblement découvrir. Son esprit était proche d'exploser, et il se serait sans doute évanoui si les yeux bleus de son maître ne se posèrent pas sur lui, remarquant alors son état qui avait brusquement changé.

« Padawan ? » S'enquit-il inquiet en le voyant aussi pâle.

Le jeune homme reprit son souffle, alors que son cœur battait à toute rompre, refusant de croire ce qu'il venait de découvrir et en même temps, priant pour que ce soit vrai. Cela pourrait expliquer tant de choses qui restaient dans l'ombre, qu'Anakin aurait souhaité savoir !

« Comment va votre…gorge, maître ? demanda-t-il en cachant son tremblement dans sa voix.

- Je vais bien, ma voix est revenue mais je crains ne pas pouvoir crier, ajouta-t-il en plaisantant.

- Vous n'avez jamais crié, maître. »

Il devait lui poser la question. Il voulait lui demander.

« C'est vrai, approuva Obi-Wan avec un rire doux qui fit frissonner Anakin.

- Maître…Est-ce que vous êtes… »

Anakin perdit l'usage de la parole. Il avait peur, peur de la réponse, peur de lui poser la question, peur de sa réaction, peur de perdre quelque chose, peur d'apprendre cette vérité.

« Anakin ?

- Rien…pardon, maître. Rien du tout. Je suis juste fatigué. »

Non, il n'était pas prêt.

Il n'était pas encore prêt à obtenir la vérité entièrement.

Il n'était pas prêt à faire face au véritable Ben.

Il n'était pas prêt à lui demander pardon.

Car oui, maintenant, il savait ce qui avait causé l'arrêt des concerts de Ben.

C'était lui-même.

Parce qu'il avait étranglé Ben.