Crédits : OFMD appartient à David Jenkins et cie. Cet OS a été écrit en cadeau à Satanders dans le cadre de l'obscur-échange, session 2022, organisé par flo-nelja sur Live Journal et Dreamwidth. Seule cette histoire est issue de mon imagination et m'appartient de ce fait.

Stede n'était pas un ignorant en matière de sexualité. Cela étant, il n'était pas un fin connaisseur non plus. Sa seule expérience se réduisait à sa femme, qu'il n'avait jamais aimé, et donc à quelques actes d'ordre utilitaire, au nom du devoir conjugal et de la perpétuation de la lignée familiale. Il était arrivé à la conclusion que cet aspect de la vie ne l'intéressait pas le moins du monde et il l'avait occulté de son esprit en même temps qu'il avait fui sa vie de riche héritier aristocrate. Pourquoi s'en serait-il soucié, depuis ?

Cependant, l'existence de cet aspect-là lui était revenu au grand galop depuis les propos assez explicites de Calico Jack, lorsqu'il avait évoqué sa liaison passée avec Ed et qu'il lui avait demandé s'il en entretenait une avec celui-ci. Une suggestion qui l'avait laissé plus que perplexe.

Une suggestion qui l'avait amené à reconsidérer l'attitude d'Ed à son égard, qui s'était quelque peu modifiée depuis quelques temps. Depuis leur chasse au trésor sur l'île de Sainte Augustine, en fait.

– … de mes couilles ! Vous avez pigé ? Ha ha ha !

Tandis qu'Ed éclatait de rire à son propre jeu de mots, galvanisé par l'hilarité des autres, il jeta un coup d'œil à Stede, le visage barré d'un sourire éclatant. Ce dernier s'extirpa de ses songes. Il n'avait pas écouté un traître mot mais il se doutait de la nature de la plaisanterie, étant donné sa chute – elles étaient devenues légion depuis l'arrivée de Jack à bord. Cependant, ce n'était pas la première fois qu'il lui accordait ce genre de regard en achevant des blagues douteuses voire scabreuses, loin s'en fallait, et l'ami d'Ed n'y était pour rien ; cela précédait son arrivée. Jusque-là, il avait pensé que ce n'était qu'une habitude un peu bizarre, un besoin d'observer sa réaction, peut-être…

Avec la suggestion de Jack, il commençait à y voir une certaine connotation qui le laissait… Il n'avait pas encore réussi à le définir avec exactitude.

Il eut un sursaut lorsqu'un bras s'enroula autour de ses épaules et leva la tête. Il reconnut la silhouette de son ami qui s'esclaffait et sourit, les joues roses. Il aimait de plus en plus les contacts avec Ed, pour une raison qu'il ignorait, et Ed n'était pas frileux en ce domaine. D'ailleurs, il était beaucoup plus démonstratif ces derniers jours, et allait jusqu'à se coller régulièrement à lui. De la même façon, les gestes maladroits comme des mains glissant vers des endroits insolites de son anatomie s'étaient multipliés. Pas qu'il n'appréciât pas. Souvent, cela l'amusait ou le touchait. Mais était-ce réellement de la maladresse ou bien… ? Non, ne pas y penser, c'était ridicule. L'image obscène née des allégations de Jack, en des termes aussi crus, le hantait et le lançait dans des réflexions absurdes. Et puis, si telle avait été l'intention d'Ed, ne se serait-il pas montré plus direct ?

Aaaah, c'en devenait gênant ! Il se sentit rougir. Pourvu qu'Ed ne remarquât rien… Lui, si innocent, qui riait à ses côtés, sans se douter de ce qui l'agitait. Quelle honte.

Il sursauta lorsqu'une main s'aventura en dessous de ses reins. Évidemment, comme cela suivait de près le bilan silencieux de ses errances précédentes, son cerveau s'échauffa à cette simple présence.

– Ed ?!

La main disparut de son corps, comme prise en faute, tandis que le susnommé s'écartait un peu de lui sans que lui-même eût bougé. Prise en faute ! Le mot était bien mal choisi ! Voilà où tout cela le conduisait, à accuser des mains inconscientes de baladeuses voire de vicieuses.

Un voile d'incertitude s'était glissé sur les traits joviaux de son ami, mais il se dissipa si vite que Stede en vint à se dire qu'il avait dû l'imaginer. Il en était donc là… Une idée l'effleura, dérangeante : ses questionnements constituaient-ils une sorte de trahison à l'égard d'Ed ? Il n'avait rien fait pour mériter cela, après tout. C'était terrible ! Tout cela à cause de Jack et de ses sodomies imaginaires. Il faillit gémir de dépit.

– Oui ?

Stede l'entendit à peine à cause des cris et des vivats. Trop occupés par leur concours de grivoiseries, personne ne s'était rendu compte de leur décrochage. Il jeta une œillade hésitante vers la cabine mais, dans le mouvement, il fut déstabilisé et vacilla. Il posa sa main sur le buste de son ami pour se soutenir, ce qui lui valut une attention accrue de ce dernier ; il n'avait pas remarqué le manège de ses pieds et crut donc que c'était volontaire.

– Je retourne dans la cabine !

A cause de bruit, Ed n'entendit que le dernier mot. Un sourire entendu se dessina sur ses lèvres et son regard s'alluma, heureux, alors que Stede se détachait de lui. Après un coup d'œil à la cantonade, il lui emboîta le pas, ignorant le geste obscène que Jack lui adressa avec une mine mi-interrogatrice, mi-goguenarde. Stede n'en vit rien. Cependant, lorsqu'il remarqua qu'Ed le suivait, il s'arrêta pour l'observer avec étonnement.

– Tu me suis ?

– Euh… Oui ? C'est plus pratique pour – euh…

Sa voix mourut entre ses lèvres et son visage se fit hésitant devant la mine perplexe de Stede.

– Plus pratique pour quoi ? insista-t-il, comme Ed s'était tu.

A cause de ses interrogations, son cœur battait la chamade. Il se traita mentalement d'idiot. Cela n'avait sans doute rien à voir !

– Eh bien, ne proposais-tu pas un… moment en privé ?

– Un moment en privé ?

Oh non, et voilà que son imagination s'y remettait. Cela faisait quelques temps aussi qu'Ed l'invitait parfois à partager de tels 'moments', seuls tous les deux, d'un air qui signifiait qu'il en attendait quelque chose, bien que ce but lui échappât. Et, évidemment, avec la suggestion de Jack, quelle signification son esprit décidait-il de lui prêter ?

Pauvre Ed. Sans doute ne devait-il pas soupçonner une telle chose le moins du monde. Finirait-il par suspecter Ed de tout et n'importe quoi par la faute de Jack ?

Ed parut déstabilisé et le fixa un instant, attentif.

– Tu… Tu ne m'as pas demandé de te suivre ?

– Non, pourquoi ?

Ed encaissa la réponse sans broncher. Sa moue se fit piteuse, mais il se reprit vite. Il balaya l'air d'un geste vague, nonchalant. Stede observa son manège, troublé. Qu'en conclure ?

– Désolé, j'ai mal compris. Ce n'est pas grave.

– Qu'entendais-tu par 'un moment en privé' ?

– Est-ce réellement important ?

Stede le fixa quelques secondes, l'air presque sévère. Ed se raidit, surpris par la tournure que prenait la discussion. Puis les épaules de l'ancien aristocrate s'effondrèrent et il soupira.

– Oh, Ed, je suis vraiment désolé.

Il n'en pouvait plus. Cela lui pesait trop. Cette graine d'incertitude que Jack avait semé en lui… le sale pirate ! Il était sûr qu'il l'avait fait exprès, le bougre ! Maintenant qu'il y pensait.

Et ni Ed ni leur amitié n'avaient à payer les pots cassés.

– Pourquoi tu t'excuses ?

– C'est juste Jack –

– Jack ? Il t'a fait quelque chose ? tiqua Ed.

– Hein ? Non ! Il a juste parlé de toi – de vous deux – et puis de nous –

– Euh… OK ?

Ed l'observa avec perplexité tandis que la peau de Stede virait à l'écarlate. Comme il ne l'aida pas en conservant le silence, l'incitant à poursuivre, Stede se força à préciser :

– Sur un plan intime !

– Intime ?

Puis Ed comprit.

– Oh.

– Oui, oh.

– Tu veux dire, pour nous deux, qu'il a suggéré que nous… ?

Stede hocha la tête, les joues rouges. Que c'était gênant ! Cependant, Ed ne partageait pas son malaise. Ses traits laissèrent même transparaître une certaine curiosité presque avide.

– Et tu as répondu quoi ?

– Hein ? Ce que j'ai répondu ? Bah, rien !

– Rien ? répéta Ed, déçu.

– Oui ! J'étais surtout surpris qu'il ait cru que nous – que nous…

– Couchions ensemble ?

– Oui ! Et puis, ce n'est pas comme si j'en avais envie !

– Ah ?

Le visage d'Ed s'était un peu contracté. Une lueur de tristesse passa furtivement dans son regard de telle sorte que, là encore, Stede pensa avoir rêvé.

– Parce que tu préfères les femmes ?

– Hein ?

– Est-ce la suggestion de coucher avec un homme qui te gêne autant ? Parce que tu devais bien le faire avec ton épouse, non ?

Stede ne perçut pas le lien avec sa femme. C'était l'évidence même, puisqu'il avait des enfants ! Le prenait-il pour un ingénu qui n'y connaîtrait rien ?

Il était presque certain qu'ils avaient déjà évoqué ce point par le passé, pourtant.

– Mary ? Oh, oui… D'ailleurs, c'est ce qui m'a convaincu, justement, que cela ne me plaisait pas du tout.

Devant la mine hébétée d'Ed, Stede haussa les épaules, gêné, eut un geste vague et explicita :

– La sexualité, tout cela. Cela ne m'attire pas du tout.

– Oh. Je vois.

Stede n'avait aucune idée de ce qui traversait l'esprit de son ami qui semblait à la fois soulagé et dépité. Sa moue contrite ne dura que quelques secondes puis il acquiesça, l'air de rien.

– Et donc, où est le problème ? Pourquoi t'excuser de ce qu'a dit Jack ?

– Oh, non, ce n'est pas exactement cela. C'est juste que, depuis, je n'arrête pas de réinterpréter tous tes gestes et…

Stede expliqua l'affaire en quelques minutes, tandis que le sentiment de ridicule croissait au fil de ses propos. Une fois qu'il eût terminé, Ed rit et Stede le suivit. Celui d'Ed était un peu forcé mais Stede n'insista pas.

– C'est cocasse !

– C'est certain. Tu ne m'en veux pas ?

Ed haussa les sourcils, étonné.

– Pour… ça, précisa Stede.

Ed gloussa avant de lui tapoter gentiment l'épaule.

– Bien sûr que non ! J'en ai vu d'autres. En fait, c'est plutôt amusant, je trouve.

Stede se détendit, soulagé, tandis qu'ils se souriaient mutuellement. Il se sentait comme délesté d'un poids immense. C'était une bonne chose ; les propos de Jack l'avaient perturbé mais, à présent, la question était réglée.

Il posa la main sur le poignet d'Ed, rempli d'allégresse par ce simple geste, ainsi que par le fait qu'Ed n'avait pas préféré retourner auprès de Jack à la suite de cette conversation. Il avait l'impression que la situation n'était plus tout à fait la même depuis son arrivée.

– Thé ? proposa-t-il.

C'était devenu une habitude entre eux. Stede l'avait initié à ce plaisir-là et, contre toute attente, Ed se montrait très enthousiaste.

Le sourire de ce dernier s'agrandit.

– Avec plaisir.