Ma famille, pour toujours
Chapitre 1
Disclaimer : il s'agit d'une petite fic très courte en trois chapitres avec un pairing que je trouve bien assorti. Les personnages ne m'appartiennent pas, sur ce bonne lecture !
Dans la grande maison de bois, en lisière de la forêt, tout était calme. Il devait être près de huit heures, bien qu'il fasse encore nuit, chacun commençait à vaquer à ses occupations matinales.
Les épais rideaux bleus marine laissaient filtrer dans la chambre des rayons de soleil éclatants, à cet instant Bud se redressa sur son lit en se frottant les yeux. Surpris par l'inhabituelle lumière, il sauta à terre et écarta lentement l'une des tentures : quelle chance, le ciel était incroyablement bleu et il n'avait pas neigé davantage.
Ce serait une journée magnifique, idéale pour se promener ou s'amuser dehors, à cette idée, son excitation augmenta. Quelle différence avec le temps d'hier où la neige était tombée en abondance, beaucoup trop, ponctuée de vents glacés, rendant impossible tous jeux dehors.
Dans le lit voisin, une forme pelotonnée n'avait même pas bougée, dormant du sommeil du juste.
Avec un sourire espiègle, il s'approcha à pas feutrés avant de bondir sur le lit.
- Mime ! Réveille toi, il fait très beau ! Allez debout ! Tu ne vas pas rester là toute la matinée, insista il surexcité en le secouant.
- Et alors ? Marmonna une voix à demie ensommeillée alors qu'un enfant de sept ans retirait sur lui la couverture en essayant d'avoir un tout petit peu de calme. Peine perdue avec la tornade installée à coté de lui qui n'attendait qu'une chose : qu'il soit debout. Bon plus vraiment le choix…
- T'es vraiment casse pieds, tu le sais ça ? Il se redressa en se frottant les yeux, dommage de ne pas avoir pu dormir un peu plus. Mime passa une main dans sa chevelure blond vénitien en bataille. A côté de lui, un gamin qui avait le même âge aux cheveux verts d'eau essaya de ne pas éclater de rire.
Tous deux installés sur le lit, ils se dévisagèrent un court instant avant que Mime ne balance à son frère adoptif un oreiller dans la figure en le traitant d'idiot. Une petite revanche pour ce réveil haut en couleurs.
Il aurait quand même aimé se réveiller plus tranquillement, mais bon vu le temps magnifique ce qui était rare à Asgard, autant bien profiter du début de leur entraînement après les cours. Avec un peu de chance, peut être qu'il ferait aussi moins froid et que la température serait remontée au dessus de deux degrés.
Tous les deux s'adoraient en dépit de leur personnalité différente. ils étaient deux enfants éduqués comme des frères depuis qu'ils avaient à peine quelques mois. L'un qui ne tenait jamais vraiment en place, prêt à grimper aux arbres, s'amuser dehors et agir avant de réfléchir, exubérant et curieux de tout. L'autre d'un naturel plus calme, parfois rêveur et capable de se prendre dans la figure un tronc d'arbre parce qu'il ne l'avait pas vu, qui aimait dessiner ou écouter de la musique.
Mais pour l'un comme pour l'autre: aucun doute là dessus, ils étaient frères. A chaque fois on soulevait ce fait étrange, ils disaient qu'ils avaient exactement les mêmes yeux, ce qui était vrai et leur donnait une ressemblance.
Bud se laissa tomber du lit en sans prêter attention au fait qu'il était pieds nus, alors que Mime chercha ses chaussons disparus probablement sous le lit.
- C'est cet après midi que Père sera de retour ?
- Oui, répondit Bud, tu n'as pas à t'en faire tu sais. Il sait que tu t'appliques et que tu prends les entraînements au sérieux.
- Tu crois, demanda Mime d'une voix un peu triste en détournant le regard vers la porte. Combien de fois il avait eu droit à des observations, jamais de compliments ou d'encouragement. Ça ne semblait jamais être suffisant, sauf pour la lecture, l'écriture et le calcul.
- Bah de toute façon, c'est pareil pour nous deux ! Mais si ça te déprime, je peux toujours te faire un câlin. Il avait horreur de voir son frère morose, il savait qu'il n'était pas tellement friand des entraînements physiques et surtout le corps à corps. Une différence supplémentaire entre eux, qui ne les dérangeait pas.
- Ah non, comptes pas là dessus ! En plus on va nous appeler pour prendre le petit déjeuner. Avant de se retrouvé attaqué par des chatouilles, Mime quitta le lit à grands pas.
Astrid eût un éclair d'agacement « est ce qu'un jour, vous penserez à faire plus attention Bud ? Vous êtes pieds nus ! Mais vous tenez vraiment à prendre froid, ma parole ! Et vous, tenez vous correctement au lieu de vous affaler sur la table. »
Le matin était décidément le moment que Mime aimait le moins et avait toujours besoin de temps pour être bien réveillé.
Réprimant un bâillement, il regarda le plat de saumon fumé avec moins d'envie qu'à l'accoutumée, le fromage non plus ne le tentait pas trop, mais il savait qu'il devait quand même avaler quelque chose. Montrer le bon exemple à son petit frère, même si il se fit reprendre par Astrid à cause de ses coudes sur la table, manquant de renverser par la même occasion son bol.
Pour sa part, Bud était déjà occupé à dévorer une tranche de pain complet accompagnée de jambon fumé. Non loin de l'âtre, Skygge, le chat noir et blanc jetait des regards d'espoir. Si seulement un bout de poisson pouvait tomber !
La plupart du temps, ils prenaient toujours leurs repas seuls, sauf quand leur père était là où recevait du monde, en de rares occasions. Astrid restait toujours à leurs côtés, s'occupant d'eux. Depuis huit ans elle était dans la maison, fille de paysans, ne sachant ni lire ni écrire, mais avait la tête sur les épaules, le sens des responsabilités et le cœur sur la main. C'était une femme honnête travailleuse, se sentant chanceuse d'être dans une bonne maison plutôt que de faire face au périls de la famine et des déceptions des cultures .
Elle connaissait ces enfants depuis leur plus tendre enfance, figure maternelle de substitution. Quand ils avaient du mal à s'endormir, étaient malades, elle restait à leur côté, les serrant dans ses bras jusqu'à ce que ça passe. Dans l'ensemble, ils l'écoutaient que ce soit pour garder des vêtements sur, finir une assiette, mais ils restaient quand même deux enfants remuants et attachants.
Jouer dehors leur ferait grand bien, ils avaient eu une semaine longue avec beaucoup de leçons à retenir, des devoirs à écrire.
- Puis je quitter la table, s'il vous plaît ? Toujours aussi poli et calme, Mime lui adressa un regard un peu plus triste, que de coutume.
- Tu as la permission, répondit elle alors que Bud était encore à se resservir. Ceci dit il faudra que tu manges un peu plus au déjeuner, si tu veux tenir le coup. Un hochement de tête lui tînt lieu de réponse.
Sitôt levé, Skygge suivit le garçon de sept ans, jusque dans le salon inoccupé où un feu ne produisait plus que de petites flammes.
Avec une boule dans la gorge, Mime s'assit devant l'âtre contemplant ce spectacle qui lui faisait un peu oublier ses doutes, sa tristesse.
Skygge interrompit un court instant ses réflexions en sautant sur ses genoux et se frotta contre sa tunique en ronronnant bruyamment. Aussitôt d'une main un peu tremblante, il eût droit à de longues caresses.
« Heureusement que tu es là. Toi au moins, tu ne te demandes pas si je suis vraiment un bon grand frère, ou le digne fils de mon père. Tu ne me craches pas dessus quand je veux jouer de la lyre, ou me dirais que ce n'est pas un passe temps digne de mon rang.
Pourtant… J'essaye vraiment de faire ce qu'on me demande, même si parfois c'est un peu trop dur. Est ce si mal de ne pas aimer se battre ? De ne pas utiliser ses poings et ses jambes, quand on fera mal à quelqu'un… Que même si celui qui nous a insulté ou provoqué est odieux, cela vaut la peine de se rabaisser à son niveau ?
Comme la guerre... Père n'aurait il plus la moindre considération pour moi, si je ne voudrais suivre ses traces, et que le royaume a besoin de protecteurs courageux ? Ça signifierait que je ne suis pas courageux ? »
Perdu dans ses pensées, Mime versa discrètement quelques larmes, après tout les garçons ne pleuraient pas. Sauf si on était malade ou qu'on se faisait très mal. Il ne vit pas une petite silhouette se rapprocher de lui et lui mettre une main sur l'épaule ce qui le fit sursauter.
- Bud ! Mais ça va pas bien ou quoi, tu veux me faire mourir de peur, c'est ça ?
- Mais non ! Protesta le concerné qui avait dans sa main une paire de gants et une écharpe.
Je venais te chercher, il reste encore plein de neige si tu veux, on fera un concours d'animaux, comme la semaine dernière.
Ça ne va pas ? Demanda il devant le silence de son grand frère.
-Si, ça va bien, très bien. Merci beaucoup, (il lui offrit un sourire chaleureux). Avait il donc à ce point besoin de ruminer des idées sombres qui ne le méneraient à rien ?
Alors qu'il avait quand même de la chance, beaucoup de chance, et bien des enfants n'étaient pas dans ce même cas.
Tu crois que tu ré essaieras de faire une chenille de neige ?
- Non peut être un beau papillon, ou un truc, qui a sa maison sur son dos… Zut j'ai oublié le nom soupira il en essayant de se souvenir.
Au moins, songea il, Mime avait l'air un peu mieux, rien qu'à le voir ouvrir la porte, écharpe nouée et gants enfilés. Il avait horreur de le voir triste sans pouvoir y faire quelque chose.
Le vent était frais et le ciel se couvrait de nuages gris annonciateurs de grêle. Mais ce n'était pas un petit caprice du temps qui les empêcherait de s'entraîner.
Depuis l'âge de quatre ans ils avaient appris les bases en commençant par des courses de fond, des sauts des échauffements, savoir porter des coups de poings dans le vide. A présent, ils apprenaient à vraiment porter les coups sans chercher à blesser.
Coups de pieds, de mains, bloquages, positions, toujours après un rigoureux échauffement.
Cet après midi, ils travaillaient la précision en portant des coups sur des mannequins de paille, avant de passer aux vrais affrontements.
Mime hésita à envoyer un coup assez fort du revers de la main alors que son frère était parvenu à faire vaciller son mannequin d'un coup de pied circulaire.
- Mets y un peu plus de conviction, tu as de la force, sers t'en !
Un rappel à l'ordre sévère si seulement c'était possible qu'il montre un peu plus d'investissement dans ses attaques.
- Ton adversaire t'aurait déjà envoyé au tapis, si tu te contente de ne pas te défendre sérieusement.
Forkel bras croisés ne lui épargna pas cette critique, même si son fils serra les lèvres de contrariété.
Piqué au vif par ces observations, Mime lança un coup de poing chargé de colère sur sa cible, et un second, pour se défouler.
Tout bouillonnait en lui en ce moment : que rien ne soit bien, forcé de se battre, même si ce n'était qu'une cible… D'un coup de pied rageur, le mannequin tomba par terre.
Bud le regarda d'un air surpris, c'était bien la première fois qu'il voyait ce genre de choses.
Un autre regard, manifestement son père lui n'approuvait pas du tout cette technique.
- Si tu te laisses aveugler par la colère comme tu viens de le faire, tu n'auras pas la moindre chance de sortir d'un affrontement sans dommages. Il va falloir que tu recommences, et que tu te concentres plus, peu importe le temps que ça prendra.
-Non ! Fatigué et en sueur, Mime se moquait bien à ce moment de se faire punir à cause de son insolence. Tremblant de frustration, il n'arrivait plus à garder ses pensées pour lui.
- Tu es méchant et injuste ! Tu sais que je déteste ça, mais je fais quand même des efforts !
J'en ai assez, pourquoi tu me forces à ça ? Tremblant de colère, il s'éloigna de quelques pas avant de se faire rappeler. A contrecœur il obéit.
Le regard de son père était devenu grave, moins dur. Mains sur les hanches, il l'observait en cherchant ses mots.
- Réponds à mes question Mime : crois tu que tu seras toujours avec ton frère ou moi en sécurité ? Que se passera il si un jour je meurs abattu par un ennemi ? Ou que quelqu'un s'introduit chez toi avec un poignard à la main pour te trancher la gorge ?
Comment pourrais tu te défendre face à quelqu'un qui ne veut que te tuer ?
Tous les deux vous devez vous préparer à cette éventualité.
Parfois, avoir bon cœur ne suffit pas pour protéger ce qu'on aime. Les ennemis peuvent être cruels, piller et brûler des maisons, tuer des bébés, vendre des femmes comme esclaves, ou exécuter leurs assaillants.
- Mais c'est horrible, des gens comme ça ce sont des monstres ! Mime serra le poing d'indignation, ayant du mal à y croire, mais leur père avait l'habitude de leur dire la vérité la plupart du temps.
- Oui, alors que ferais tu dans ce cas, si Bud était fait prisonnier ou maltraité ?
- Tout ce que je peux pour le sortir de là, et faire payer ça à ceux qui ont osé le faire.
Il comprenait un peu plus pourquoi parfois il était nécessaire de se montrer plus combatif. Même si ça ne l'enchantait guère.
En voyant Bud se remettre à attaquer son mannequin, Mime n'osa plus protester quand il reprit l'exercice, essayant de frapper plus fort.
Au moins ensuite, ce serait la course dans le bois, les étirements et ils auraient droit à un peu de repos.
Deux heures plus tard, deux enfants fatigués, en sueur n'avaient plus qu'une seule envie : boire de l'eau et un bain chaud.
Arrivés devant le grand frêne près de la maison, là où les attendait leur père adossé à l'arbre, il se détacha de l'arbre.
- C'est un peu mieux que d'habitude, vous avez beaucoup moins de mal à courir sans être trop essoufflés. La dernière fois, vous étiez tombés plusieurs fois, à cause de la fatigue.
Une main sur l'épaule récompensa leurs efforts, à ce moment, Bud le serra avec un large sourire, alors que Mime rougit un peu devant ce geste.
Ce qu'il tenait à ses fils… Ils avaient une telle importance à ses yeux, tout ce qu'il voulait c'était qu'ils grandissent heureux et en sécurité, s'occuper le plus possible d'eux, même si il n'avait pas autant de temps qu'il l'aurait souhaité pour cela.
Le dîner était terminé, Mime s'était assis dans un fauteuil dévorant le livre de mythologie grecque alors que Bud jouait avec Skygge.
Un peu de bon temps avant de se coucher. Cette ambiance ravivait des souvenirs dans l'esprit de Forkel.
Il se souvenait comme si c'était hier du jour où il avait trouvé Bud.
Le chemin étroit était bordé de sapins, et la neige tombait à gros flocons sous un vent glacial alors que la nuit commençait à tomber. La route était encore longue 45 miles à parcourir, et même si son cheval était épuisé et que la morsure du vent se faisait plus forte, il devait continuer. Dans peu de temps il y aurait un bourg et une auberge décente pour la nuit.
Alors que sa monture était au trot, un bruit à peine audible étouffé par le vent déchira la nuit.
Un détail lui fit repasser le cheval au pas : près d'un frêne mort, un tas de couvertures avait été déposé. Plus précisément un bébé exposé, probablement un bâtard.
A cette vue, son sang ne fit qu'un tour. Se permettre de faire ce genre de choses surtout pour un être innocent était une des choses qu'il détestait le plus ! Une injustice cruelle et un sort tragique.
Mettant pied à terre, il se rapprocha du bébé qui pleurait sans pouvoir s'arrêter.
Ce qui le frappa, c'est la présence d'un poignard ouvragé avec un nom gravé dessus et le tissu de qualité.
Peu importait, il était absolument hors de question qu'il laisse ce bébé ici. Il n'aurait pas une mort horrible sur la conscience, surtout qu'il ne semblait avoir pas plus de quelques jours, une semaine et demie tout au plus. Comment avait il pu tenir par des conditions aussi infernales ? Il semblait vouloir vivre à tout prix.
Forkel remonta en veillant à envelopper son précieux colis dans sa cape pour le garder au chaud, et mit sa monture au galop.
Au comptoir de « L'élan borgne », les conversations allaient bon train autour des pintes de bière.
Des paysans parlaient de la famille noble du coin et du problème auquel ils avaient eu à faire face : la double naissance. Mais au moins c'était rapidement rentré dans l'ordre et ils n'avaient pas cherché à défier la loi, se montrant honnêtes.
Honnêtes peut être, mais indignes d'estime, songea Forkel alors que la serveuse posa sur la table une assiette avec un écrasé de pomme de terre et un ragout de viande d'élan.
Ils l'avaient directement envoyé à la mort, aux loups, ou froid. Une nuit et une journée de plus et un petit corps gelé servirait de nourriture aux corbeaux !
Alors qu'il aurait été possible d'aller en plein Gingvoll, déposer sur la porte du temple ce bébé. Là au moins, une famille aurait pu lui offrir une seconde chance, de l'amour la possibilité d'un abri sûr et de manger à sa faim.
D'ailleurs, le nourisson avait été lavé, changé, et avait bu deux biberons de lait bien chaud avant de dormir dans un berceau de fortune.
Incapable de trancher le dilemme, avalant machinalement son assiette, Forkel repensait à ce qui venait de se passer.
Peut être ce gosse serait il en sécurité, peut être pas. Qui pourrait dire avec certitude si il ne tomberait pas en de mauvaises mains, serait battu ou affamé ? Elevé dans les rues avec pour seule option le vol pour survivre ?
Ou être traité sans considération, comme une bouche inutile, qui pouvait mourir ?
Non… Ce bébé méritait mieux que ça. Il avait assez d'argent pour avoir à charge un autre enfant, d'autant que Mime aurait grand besoin de compagnie, et l'aiderait à grandir.
Le lendemain, après une déclaration, des papiers signés en bonne et due forme, devant un juge, Bud quittait définitivement la région où il était né, avec un avenir différent de celui auquel il était destiné.
Ses fils commençaient à se frotter les yeux et à bailler. A ce moment, Astrid entra dans la pièce, invitant les enfants à la suivre.
Juste avant cela, ils se mirent devant lui et lui souhaitèrent bonne nuit.
Ils n'étaient peut être pas unis par les liens du sang, mais ils étaient une famille unie et c'était ça à leurs yeux le plus important.
A suivre
