Bonjour, bonsoir ! Voici le deuxième OS de mon UA Tokyo Ghoul. Pour ceux qui l'ignore, un premier OS est déjà sortie, centrée sur Akaashi. Pour celui-ci, changement de ton et de point de vue puisqu'on suit cette fois Oikawa. D'ailleurs, ce n'est même pas un OS mais un Two-Shot. J'ai préféré coupé en voyant que ça commençait à devenir long cette histoire.

J'espère que ça vous plaira et bonne lecture o/


La première fois qu'Oikawa pense à rejoindre le CCG, il a treize ans. Treize ans et des idées reçues sur les Inspecteurs plein la tête. Treize ans et le crâne bourré des crimes des goules. Treize ans et la caboche déjà capable de faire une dichotomie claire. Les goules sont des monstres. Les Inspecteurs les combattent. Les goules sont mauvaises. Les Inspecteurs ne le sont pas.

"Moi je trouve quand même que c'est dangereux."

Oikawa envoie la balle de volley en passe haute vers Kageyama, puis il hausse une épaule.

"Être pompier aussi c'est dangereux."

Kageyama fronce les sourcils en renvoyant la balle à Oikawa.

"Les pompiers se font pas dévorer vivant."

Oikawa récupère le ballon et le cale sous son bras. Il se penche en avant et pointe un doigt accusateur vers Kageyama.

"Ça, c'est juste un exemple extrême. La plupart des Inspecteurs arrêtent leur carrière avant de mourir.

-Ça, c'est juste parce qu'ils se retrouvent handicapés à vie."

Les deux garçons froncent les sourcils et se fixent du regard pendant plusieurs secondes. Kageyama fronce davantage les sourcils et serre les poings le long de son corps.

Oikawa reprend.

"Et puis d'abord je fais ce que je veux.

-Tu peux pas. T'es trop petit !

-Je suis plus grand que toi !

-De dix centimètres ! C'est rien du tout !

-Ça reste dix centimètres de plus que toi, duh !"

Oikawa tire sur sa paupière, sa langue dehors, le corps en avant. Et Kageyama fait la moue, son visage entièrement fripé de colère.

Il avance à grands pas vers Oikawa et lui arrache le ballon des mains.

"Hé !

-Il est à moi ! Et je veux plus jouer avec toi !"

Oikawa croise les bras sur son torse et regarde Kageyama de haut.

"Tu dis ça juste parce que je veux devenir Inspecteur ? T'es vraiment qu'un gamin."

Kageyama se contente de tourner le dos à Oikawa pour aller déposer son ballon dans le sac en toile tout près de la maison, sur la terrasse. Non loin de là, les mères des deux garçons discutent en sirotant une tasse de café.

Kageyama va rejoindre sa mère et tire doucement sur la manche de son veston. Cette dernière se tourne vers lui. Kageyama pointe alors Oikawa du doigt et déclare.

"Oikawa veut devenir Inspecteur ! Et il veut pas m'écouter quand je lui dis que c'est dangereux !"

Oikawa tique en entendant Kageyama. Il sait qu'il n'a encore que onze ans mais ce n'est pas une raison pour se comporter de façon aussi puérile !

Sa mère braque alors de grands yeux surpris vers Oikawa.

"C'est vrai ça ?"

Contrairement à son fils, la voix de la femme est vide de tout jugement. Oikawa hoche la tête.

"Oui !"

La mère de Kageyama hoche la tête à son tour et lui sourit.

"C'est un très beau projet. Je te souhaite beaucoup de courage pour réussir les examens d'admission, j'ai entendu dire qu'ils étaient particulièrement difficiles.

-Ah bon ?

-Tu ne savais pas ? Ils font une sélection très dure pour ne recruter que les meilleurs."

Assise un peu plus loin, la mère d'Oikawa acquiesce.

"C'est pour ça qu'il n'y pas beaucoup d'Inspecteurs comparé au nombre d'aspirants."

Oikawa croise les bras sur sa poitrine.

"Alors je serais le meilleur !"

Les deux femmes lui sourient et sa mère hoche la tête. Elle tend une main pour saisir la sienne et l'attire à elle. Une fois qu'il est debout juste à côté de sa chaise, elle reprend.

"Dans ce cas, je te souhaite tout le courage dont tu pourrais avoir besoin."

Elle lui sourit et lui ébouriffe les cheveux. Puis elle lance un regard à Kageyama.

"Mais ton ami a raison. C'est un métier très dangereux alors tu devras être très prudent, d'accord ? Je ne supporterai pas qu'un monstre me prenne mon fils."

Oikawa hoche la tête. Maintenant que c'est sa mère qui prononce ces mots, ils semblent plus réels. Il comprend que sa mère, tout comme Kageyama, a peur pour lui.

Il sourit et pointe son pouce vers sa poitrine, de cette façon qu'il sait immature mais qui fait toujours sourire sa mère de façon si chaleureuse.

"T'en fais pas ! Je serais le meilleur Inspecteur de tout le CCG !"

Alors qu'il prononce ces mots, il est loin de se douter d'à quel point il est proche de la vérité.

XxX

Oikawa a quinze ans, quinze ans d'une vie déjà toute tracée, quand son meilleur ami lui confie l'idée qui parcourt ses rêves.

"J'aimerais bien devenir Inspecteur. Traquer des ghouls, me battre pour protéger les civils, me rendre utile."

Oikawa est assis avec Iwaizumi sur les balançoires du parc près de la barre d'immeubles où ils vivent. Ils viennent souvent ici quand ils ont fini les cours et n'ont rien à faire de leur soirée. Ils s'arrêtent au café-restaurant du coin de la rue, prennent une boisson et viennent s'échouer sur un banc ou, en l'occurrence, une balançoire. C'est une routine suffisamment agréable pour qu'elle se soit ancré en eux depuis le collège.

Oikawa tourne la tête vers Iwaizumi. Le garçon ne le regarde pas, préférant contempler son milk-shake à la pêche.

Et Oikawa sourit, presque bêtement.

"Tu sais que c'est ce que je compte faire moi aussi ?"

Iwaizumi claque la langue contre son palais en tournant la tête vers Oikawa.

"Ouais, tu le répètes à longueur de journée !"

Le sourire d'Oikawa se courbe en une moue offensée.

"Hé, tu dis ça comme si c'était mon seul sujet de conversation !

-Parce que c'est pas le cas ?"

Oikawa fronce les sourcils et détourne la tête. C'est vrai, il en parle souvent mais pas si souvent que ça non plus. Enfin, pas plus qu'Iwaizumi ne parle de son chien ou Kageyama de volley. C'est donc parfaitement raisonnable.

Iwaizumi prend une gorgée de sa boisson et reprend.

"'fin, c'est qu'une idée pour l'instant."

Oikawa hoche la tête et prend à son tour une gorgée de son bubble tea.

Ça ne le surprend pas qu'Iwaizumi se tourne vers cette voie. Après tout, son père est pompier, sa mère est chirurgienne et sa sœur fait des études d'aide à la personne, c'est dans la famille d'aider les gens. Cela dit, Oikawa l'imaginait plus suivre les pas de sa mère, vu qu'il s'est toujours bien débrouillé avec une aiguille.

Oikawa fait des bulles dans sa boisson et déclare autour de sa paille.

"N'empêche que ce serait super cool qu'on soit tous les deux Inspecteurs."

Iwaizumi acquiesce.

Pendant plusieurs minutes, aucun d'eux ne parle, puis Iwaizumi lève les yeux vers le ciel.

"T'as pas peur ?"

Oikawa relève la tête. Il prend quelques secondes pour réfléchir.

"Pas vraiment mais je crois que c'est parce que je réalise pas encore. Tu vois, comme c'est pas encore fait, que j'ai même pas passé les examens d'entrées ou quoi que ce soit, j'ai l'impression que c'est encore loin."

Iwaizumi hoche la tête.

"Et toi ?"

Iwaizumi hausse une épaule.

"Un peu. Mais je me dis que j'aurai plus à avoir peur de rentrer de nuit à la maison."

C'est vrai, Oikawa n'y avait pas pensé sous cet angle. Une fois Inspecteur, il n'aura plus jamais à craindre de se faire dévorer s'il traîne dans les rues tard le soir ou dans les quartiers agités. Il n'aura plus jamais à craindre de se faire tirer dans une ruelle et de sentir des dents s'enfoncer dans la chair de son épaule. Il n'aura plus jamais à craindre les monstres qui rampent dans les ombres.

À son tour, il lève les yeux vers le ciel sans étoile.

"T'as raison."

Un sourire se dessine alors sur ses lèvres.

"Ça veut dire qu'on sera collègue !"

Iwaizumi s'insurge.

"Quoi ? Hors de question de bosser avec toi ! T'es déjà assez insupportable comme ça, hors de question d'être coincé avec toi au quotidien !

-Heiiiin ?"

XxX

Oikawa a seize ans le jour où il s'engage dans un stage de préparation aux examens d'entrées du CCG. C'est un stage de trois semaines qui a lieu durant les vacances d'été. Iwaizumi vient avec lui.

C'est au début de la deuxième semaine de stage qu'il reçoit un coup de téléphone, celui qui finira de cimenter sa décision.

"Allô ?"

À l'autre bout du fils, Kageyama reste silencieux. Oikawa sait que le téléphone fonctionne correctement, puisqu'il entend du bruit derrière lui.

Puis Kageyama exhale un souffle tremblant, vulnérable comme il ne se l'autorise jamais à l'être, et Oikawa sait, comme il sait quand sa mère ment, que quelque chose ne va pas.

"Kageyama ? Tu m'entends ? Qu'est-ce qui se passe ?"

L'inquiétude grimpe dans son ventre, grignotant doucement ses intestins.

Et Kageyama, Kageyama pousse un son qui ne peut être qu'un sanglot.

"Kageyama, répond moi. Est-ce que tu vas bien ?"

Quelques battements de cœur et une voix trop faible répond.

"Oui."

Oikawa relâche son souffle, mais il ne s'autorise pas à être soulagé. Il force sa voix à rester calme, il ne veut pas paniquer davantage Kageyama.

"Dis moi ce qui se passe.

-Je, je…

-Prends ton temps.

-C'est papa et maman."

Et le sang d'Oikawa se met à dangereusement refroidir dans ses veines. Il connaît les parents de Kageyama depuis toujours, leurs mères travaillant ensemble depuis presque vingt ans. Les parents de Kageyama sont comme un oncle et une tante pour lui, des gens toujours là pour lui faire quelques cadeaux pour son anniversaire ou pour l'héberger quand il passait dans le coin. Des gens biens, des gens qui ne méritent pas qu'il leur arrive malheur.

"Ils sont…"

Et Oikawa ne trouve rien à dire. Il reste debout, son téléphone à la main, le cœur pulsant dans sa poitrine.

"C'était…"

Un sanglot secoue la voix de Kageyama et Oikawa ne peut que s'attendre au pire.

"Y a eu un affrontement entre des ghouls et des Inspecteurs."

Le sang d'Oikawa est désormais presque aussi froid que la glace, ses yeux grands ouverts. Pas ça, pense-t-il, tout sauf ça.

"Je sais pas ce qui s'est passé mais ils sont plus là et y a un Inspecteur qui m'a dit qu'il était désolé et… Je…"

Les sanglots de Kageyama redoublent, au point qu'il ne parvient même plus à parler.

Oikawa ne trouve rien à dire mais il refuse de se murer dans le silence. Si Kageyama l'a appelé, c'est qu'il cherchait du réconfort, au minimum une présence. Oikawa ne peut pas l'être s'il demeure silencieux.

"Ça va aller. Reste avec moi. On va trouver une solution. T'es avec quelqu'un ?

-Oui, y a un aspirant qui m'a passé son téléphone et il est toujours là.

-Okay, reste avec lui. Je vais appeler mes parents et ils vont venir te chercher, d'accord ?"

Kageyama acquiesce sans un mot.

"Je raccroche pas et toi tu restes avec moi, d'accord ?

-Oui.

-Super."

Oikawa éloigne son téléphone de son oreille, passe l'appel en haut parleur et envoie quelques messages rapides à son père, de ses deux parents, c'est lui qui a le plus de chance de pouvoir se libérer pour aller chercher Kageyama.

Une fois cela fait, il reprend l'appel sans le haut parleur.

"C'est fait. J'attend que mon père me réponde. On va trouver une solution, je te le promet."

Kageyama renifle, hoquette.

"Merci.

-C'est normal, t'en fais pas."

Oikawa se mord les lèvres, resserre sa prise sur son téléphone. Il meurt d'envie de tout plaquer et d'aller rejoindre Kageyama le plus vite possible mais il sait que c'est une idée idiote. Son père pourra être sur place bien plus rapidement que lui et il doit aller jusqu'au bout du stage.

Dès que son père lui confirme qu'il prend la route, Oikawa prévient Kageyama.

"Ça y est, mon père est parti. Il devrait être là dans quarante minutes, tu peux attendre ?

-Oui, oui.

-D'accord. Surtout, tu raccroches pas.

-Oui."

Et pendant les quarante minutes où Oikawa meuble le silence causé par la détresse de Kageyama, il se jure, sur sa vie et son âme, de ne plus jamais laisser une ghoul faire de mal à ses proches.

Plus jamais.

XxX

Oikawa a dix huit ans quand il intègre l'école de formation des Inspecteurs. À ses côtés se tient Iwaizumi, aussi droit que lui dans un costard qu'aucun d'eux n'a l'habitude de porter. Mais c'est important, aussi font ils l'effort de prétendre être dans leur élément.

C'est une nouvelle vie qui commence pour eux, entre les bancs des amphithéâtres et les tatamis des salles d'entraînement.

Là, au détour d'un cours sur l'anatomie des ghouls, ils rencontrent deux garçons : Matsukawa et Hanamaki. Eux aussi se connaissent depuis l'enfance et ont rejoint l'école de formation ensemble.

Au fil des entraînements, des cours et des sorties, les quatres garçons se rapprochent, jusqu'à cet après-midi d'hiver.

Ils viennent de finir de manger dans un fast-food quelconque et prennent la route de l'internat de l'école. Le couvre feu est fixé à vingt-et-une heure, aussi ont-ils encore un peu de temps devant eux.

"Aah, j'en ai marre des cours. Je veux de l'action !"

Oikawa rejette la tête en arrière et croise les mains derrière sa nuque. Il arbore une moue mi-boudeuse mi-ennuyé.

À sa droite, Iwaizumi claque sa langue contre son palais et lui lance un regard peu impressionné.

"Pour te faire tuer dès que tu poseras un pied sur le terrain ? Wouah, super idée."

Oikawa braque sur lui des yeux outrés mais avant qu'il ne puisse répondre, Matsukawa intervient.

"Il a raison. Si on se précipite, on prendra de gros risques pour notre carrière. Y a déjà suffisamment d'Inspecteurs de troisième classe qui se font tuer comme ça."

Hanamaki acquiesce et Oikawa abaisse ses mains. Il ne s'excuse pas mais ça ne veut pas dire qu'il ne regrette pas ses mots. Il repense à sa mère qui veut le voir vivre le plus longtemps possible. Il repense à son père et à son regard horrifié quand Oikawa lui a dit ce qu'il comptait faire après le lycée. Mais surtout, il repense à Kageyama dont les parents ont été tués dans un accrochage entre un couple de ghoul de rang A et des Inspecteurs.

Plus jamais ça.

Oikawa refuse d'être le genre d'Inspecteur qui implique des civils dans ses interventions et crée des orphelins.

"Je dis juste que je veux pouvoir me rendre utile le plus tôt possible."

L'exaspération dans les yeux d'Iwaizumi s'apaise alors.

"Je sais. Mais tu pourras sauver personne tant que tu seras pas prêt."

Oikawa hoche la tête.

Hanamaki et Matsukawa s'échangent un regard et Matsukawa déclare.

"Je sens qu'y a une histoire là-dessous."

Oikawa hoche la tête et se mord la lèvre. Il reste silencieux pendant plusieurs secondes avant de poursuivre.

"L'une de mes tantes et son mari sont morts à cause de ghouls qui vivaient pas très loin de chez eux. Quand le CCG a lancé une opération contre eux, elles ont détruit plusieurs maisons, dont la leur."

Iwaizumi serre les dents. Lui aussi connaissait bien les Kageyama, même s'il les a moins souvent vu qu'Oikawa. Il était là le jour où Oikawa a reçu le coup de téléphone de Kageyama. Et il était là quand Kageyama s'est installé chez Oikawa. Il sait, mieux que quiconque, ce qu'a traversé son meilleur ami.

Matsukawa baisse la tête et Hanamaki arbore une expression contrite.

"Je suis désolé. J'aurai pas dû demander."

Oikawa secoue la tête.

"C'est bon, tu pouvais pas savoir."

Hanamaki demande.

"Je peux te poser une question ? Pas grave si tu veux pas répondre.

-Ouais, vas-y.

-C'est pour ça que tu veux devenir Inspecteur ?

-C'est une des raisons."

Hanamaki hoche la tête. Il tourne le visage vers Matsukawa. Une conversation entière semble passer entre leurs yeux et Matsukawa soupire.

"Moi aussi, j'ai perdu quelqu'un à cause d'une ghoul."

Il s'arrête pour prendre une profonde inspiration.

"Elle s'appelait Nanako. C'était ma petite cousine mais en fait, elle était plus une sœur pour moi. Quand elle avait treize ans, elle est allée faire des courses pour ma mère. C'était pas loin de chez nous et elle aurait pas dû en avoir pour longtemps mais…"

Il s'arrête, s'humidifie les lèvres. Il secoue la tête.

"Elle est jamais rentrée à la maison."

Le vent souffle et vient se mêler à leurs cheveux.

"On a su plus tard qu'une ghoul lui avait tendu un piège et l'avait dévorée."

Sa voix est trop grave par rapport à son ton habituel, comme si la douleur l'empêchait de tenir sa voix égale à elle-même.

Hanamaki pose une main sur son épaule et se rapproche de lui. Il se tourne ensuite vers Oikawa et Iwaizumi.

"On a tous une bonne raison pour vouloir faire ce qu'on fait. Si je le peux, je ne laisserai plus personne se faire avoir par ces monstres."

Oikawa hoche la tête. Il n'a aucun mal à comprendre.

Un jour, ils viendront à bout de ces monstres qui grouillent dans les rues. Un jour, le monde sera un endroit sûr. Un jour, plus personne n'aura à voir ses proches mourir.

Un jour qu'Oikawa compte bien aller chercher.

XxX

Oikawa a vingt ans quand il sort de l'école de formation. Il se voit affecté à l'Inspecteur Sadayuki Mizoguchi pour la suite de sa formation. S'il se débrouille bien, il pourrait entrer dans une brigade comme Inspecteur à part entière d'ici un an ou deux. Iwaizumi, Matsukawa et Hanamaki sont tous affectés à d'autres Inspecteurs, aussi Oikawa les voit-ils moins régulièrement, même s'il garde le contact.

Un soir d'avril, assis à l'arrière d'une camionnette d'intervention, Oikawa écoute le brief que leur chef d'unité leur transmet.

"Un nid de ghouls a été repéré dans au sud du dix-neuvième arrondissement, en plein dans le territoire des Chats. Il faut donc s'attendre à ce que certains d'entre eux soient de la partie. S'ils ont laissé ce nid proliféré sous leur nez, c'est probablement qu'ils ont leur soutien."

Alors que le chef d'unité embraye sur la façon dont sera mené l'opération, Oikawa se penche vers Mizoguchi.

"Les Chats ?"

Mizoguchi tourne des yeux surpris vers lui avant que la réalisation ne se peigne sur ses traits.

"C'est vrai que tu sors tout juste de l'école. C'est normal que tu n'en ais pas entendu parler. On a dû t'enseigner que les ghouls étaient des êtres solitaires, trop sauvages pour partager leur territoire, hormis lorsqu'elles agissent en famille. Eh bien ce n'est pas tout à fait vrai. C'est rare, mais il arrive que des ghouls s'allient pour pouvoir nous faire face."

Il lève alors vers Oikawa une main dont l'index est dressé.

"Il y a trois groupes que tu dois retenir. D'abord, les Corbeaux. Ils sont assez peu nombreux mais leur cohésion est impressionnante, c'est ça qui les rend dangereux. Leur chef, Raven, est une ghoul de rang S et ses membres alternent entre le rang A et C."

Oikawa hoche la tête. Puis Mizoguchi lève son majeur.

"Ensuite, les Chouettes. Ils sont plus nombreux et plus disparates, même si leur hiérarchie est très claire. Leur chef, appelé Grand-Duc, est une ghoul de rang SS, de même que son second, Petit-Duc. Le reste de leurs membres varient entre le rang S et C."

Mizoguchi lève ensuite son annulaire.

"Et enfin, les Chats. En termes de territoires et de dangerosité, ils font jeu égal avec les Chouettes. Des rassemblements de plusieurs membres des deux groupes ont déjà été observé, et on craint qu'ils ne décident de former une alliance. Leur chef, Angora, est une ghoul de rang SS. Comme pour les Chouettes, leurs membres sont entre le rang S et C."

Oikawa acquiesce.

"Je vois. Mais s'ils sont si dangereux, pourquoi ne pas les avoir exterminés avant qu'ils n'aient gagné en puissance ?

-Ah, c'est sûr que présenté comme ça, ça à l'air d'une chose simple. La vérité, c'est que même à leur début, ces groupes se sont immédiatement révélés trop dangereux pour être attaqués de front. Notre meilleure chance d'en venir à bout, c'est de démasquer leur chef et de faire s'écrouler leur système. Malheureusement, ce genre d'enquêtes prend beaucoup de temps."

Oikawa hoche la tête alors que Mizoguchi abaisse sa main.

"Bien sûr, on pourrait peut-être lancer une mission d'extermination mais tu sais les ressources que cela demande. Sans parler de l'organisation derrière."

Mizoguchi s'adosse à la paroi de la camionnette.

"M'enfin, ce sont des choses que tu découvriras par toi-même."

Le véhicule se stoppe alors, secouant ses occupants.

Quelques consignes plus tard, Oikawa est dehors, sa quinque prête à l'emploi.

À un mètre devant lui, Mizoguchi a sa propre quinque de sortie. Il déclare.

"Quoi qu'il arrive, tu restes avec moi. Pas d'assaut héroïque, pas d'attaque suicidaire, pas d'action inconsidérée. Tu fais ce que je te dis et rien d'autre.

-Compris."

Leur cible se situe dans un réseau de trois barres d'immeubles abandonnés qui auraient dû être démoli avant qu'un vice juridique ne gèle les procédures. Profitant de cette aubaine, une dizaine de ghouls y avait trouvé refuge.

La mission de Mizoguchi et Oikawa est de surveiller l'un des points de fuite que les ghouls les plus faibles emprunteraient probablement et d'éliminer toutes celles qui se présenteraient. Dans l'éventualité où les Inspecteurs au cœur de l'opération arrivent à toutes les supprimer sans qu'elles ne s'échappent, alors ils n'auraient même pas à se salir les mains.

Cependant, ce n'est pas ce qu'Oikawa espère.

Alors qu'il serre sa quinque écailleuse dans sa main, il espère qu'il pourra mettre un terme à l'existence de l'un de ses monstres.

Et l'attente commence. Pendant près de deux heures, tandis que la nuit est de plus en plus noire, ils restent à leur poste presque sans bouger. La fraîcheur du printemps fait regretter à Oikawa de ne pas avoir pris une chemise plus chaude.

Et juste alors qu'il s'apprête à souffler dans ses mains pour les réchauffer, un bruit se fait entendre. C'est un bruit sourd, comme un corps qui tombe au sol.

La température oubliée, Oikawa resserre sa prise sur sa quinque et se met en position de combat. À ses côtés, Mizoguchi en fait de même.

Puis, dans l'ombre que projette cette entrée du réseau souterrain, une silhouette avance lentement vers eux, titubant à chacun de ses pas. C'est une ghoul, immanquablement. Son kagune de type blindée est enroulé autour de son buste, comme pour protéger ses organes vitaux.

Oikawa lance un regard vers Mizoguchi mais son supérieur ne bouge pas encore et ses ordres étaient on ne peut plus clairs.

Oikawa serre les dents.

Il brûle de se jeter dans un combat qui ne peut avoir qu'une seule issue et de mettre lui-même un terme à la vie de ce monstre.

La ghoul s'arrête alors, elle doit les avoir senti. Elle se met en position de combat, bien qu'un de ses bras demeure juste devant sa poitrine.

Après quelques instants d'immobilité, et puisqu'elle ne compte visiblement pas attaquer en première, Mizoguchi s'élance vers elle, aussitôt suivi par Oikawa.

Mizoguchi est le premier à frapper d'une attaque plongeante avec sa quinque, que la ghoul évite de justesse. Oikawa fait s'abattre son arme à son tour mais le monstre n'a pas le moindre mal à éviter son coup mal maîtrisé.

Les coups s'enchaînent alors sans que jamais la ghoul n'essaie de les frapper avec son kagune. Une craintive. Tant mieux, ce sera plus simple de l'éliminer.

Mais alors qu'Oikawa et Mizoguchi parviennent à la frapper en même temps, la forçant à reculer sous la violence du choc, des pleurs résonnent bruyamment dans le silence nocturne. Des pleurs aiguës, chevrotants et indiscutablement enfantin.

Un bébé.

C'est la raison pour laquelle cette ghoul protège ainsi son buste, parce qu'elle y tient son enfant.

Oikawa est figé sur place. Ces cris ressemblent à ceux que pousse un enfant humain. Dans l'obscurité, il pourrait confondre ce qu'il voit pour une femme prête à tout pour protéger son enfant.

Car la ghoul a abandonné l'idée d'attaquer pour rassurer le nourrisson. Elle leur tourne presque le dos et fait basculer son corps d'avant en arrière dans un rythme lent.

Oikawa ne peut pas bouger. Parce qu'il sait très bien ce qu'il voit et à la place de monstre, il visualise sa sœur aînée tenant dans ses bras son jeune fils durant les premiers mois de sa vie. Il voit le regard attendri et aimant. Il ressent la crainte de ne pouvoir prendre soin d'un être cher.

Et Oikawa ne peut pas bouger.

Il ne peut pas bouger.

Mizoguchi ne s'autorise qu'une seconde de surprise avant d'attaquer de nouveau et de décapiter la ghoul imprudente.

Tandis qu'elle se vide de son sang par terre, sa tête roulant jusqu'à une bouche d'égout à proximité, Mizoguchi plante sa quinque dans son buste. Les pleurs cessent.

Le bébé est mort.

Oikawa cligne plusieurs fois des yeux pour chasser l'image qui s'y est accrochée et, lorsqu'il y parvient, déglutit bruyamment.

Mizoguchi le regarde avec un air réprobateur.

"Je sais que voir une ghoul enfant peut déstabiliser mais tu ne dois pas oublier ce qu'ils sont. Si elle avait été plus intelligente, elle aurait profité de cette distraction pour te tuer."

Il s'approche d'Oikawa, du sang frais perlant de sa quinque et laissant une traînée pourpre sur son chemin. Il lui pose une main sur l'épaule.

"Ce ne sont pas des humains. Pour nourrir sa progéniture, elle a dû dévorer des dizaines des nôtres. Elle l'a fait sans chercher à savoir si ces gens avaient une famille ou des proches. Elle l'a fait sans même réfléchir, parce que c'est ce que ces monstres font. Alors ne te laisse pas attendrir par quelques sanglots. Un jour, ça pourrait te coûter la vie."

Oikawa hoche la tête.

Les ghouls sont des monstres qui ne sont en rien semblables aux humains.

Les ghouls sont des monstres qui ne sont en rien semblables aux humains.

Les ghouls sont des monstres qui ne sont en rien semblables aux humains.

XxX

Oikawa a vingt et un ans quand il passe Inspecteur de deuxième classe et termine donc sa formation auprès de Mizoguchi. Tout le monde le félicite pour son efficacité, lui dit que c'est incroyable d'avoir fait en un an ce que d'autres font en trois ou quatre.

Oikawa les remercie tous un par un, avec toute la fougue qui le caractérise.

Lorsqu'il l'annonce à Kageyama, celui-ci le regarde avec des yeux grands comme des soucoupes.

"Tu es sérieux là ?"

Oikawa lui sourit, un poing sur la hanche.

"On ne peut plus sérieux. Que veux-tu, je suis un véritable génie, tu devrais déjà être habitué depuis le temps !"

Kageyama ouvre la bouche pour répondre mais aucun son n'en sort.

Le sourire d'Oikawa s'élargit.

"Bah alors ? Tu trouves rien à redire ? C'est vrai que comparé à toi, c'est vraiment impressionnant."

Sans surprise, Kageyama se rembrunit.

"Je suis tout à fait normal.

-Tu as échoué à l'examen d'entrée de Soho.

-Quel seulement vingt-deux pourcent des candidats réussissent, donc je reste dans la moyenne."

Kageyama vient croiser ses bras sur son torse mais ses sourcils se défroncent. Il détourne le regard et marmonne.

"Quand même, félicitations."

Les yeux d'Oikawa s'agrandissent. Son sourire se fait alors plus doux, même s'il ne peut pas s'empêcher de pousser Kageyama un peu plus.

"Quoi ? J'ai rien entendu du tout.

-Tu mens ! Tu as très bien entendu ce que je viens de dire !"

Oikawa rit face à la mine colérique de Kageyama et s'avance pour passer un bras autour de ses épaules.

"Mais oui, je te taquine, c'est tout."

Kageyama marmonne quelque chose mais même à cette distance, Oikawa n'est pas capable d'entendre ce dont il s'agit. Non pas que ça ait la moindre importance.

Oikawa guide alors Kageyama plus loin dans l'appartement et le lâche pour aller s'écrouler dans le canapé du salon. Kageyama ne le rejoint pas, allant plutôt se servir un café au lait en cuisine. Lorsqu'il revient, il en offre une tasse à Oikawa avant de s'asseoir à côté de lui.

Pendant quelques minutes, aucun d'eux ne parle. Puis, Oikawa inspire profondément. Il sait que ce qu'il s'apprête à demander n'est pas banal, mais c'est quelque chose qui lui tient à cœur depuis des années. Aussi prend-t-il une gorgée de sa boisson avant de déclarer.

"Je veux t'adopter, que tu deviennes vraiment mon petit frère."

Kageyama ne répond pas et Oikawa n'a pas le courage de tourner la tête pour voir sa réaction.

"Je sais que ça ferait plutôt de toi mon fils, techniquement, mais j'aimerais vraiment pouvoir dire qu'on est de la même famille."

Kageyama pousse quelques sons hésitants. Quand Oikawa le regarde, il a les yeux vitreux perdus dans le vague.

Oikawa est pris de court. Rares sont les fois où il a déjà vu Kageyama pleurer, même dans des moments difficiles. Il n'a pas versé une larme quand ses résultats des examens d'entrée à l'université sont tombés et qu'il a dû se contenter d'une université de seconde zone. Parce que Kageyama est quelqu'un de fort, solide.

Alors quand il s'essuie les yeux d'un revers de la main, Oikawa sent sa gorge se serrer.

"Si tu ne veux pas, ce n'est pas grave. C'était juste une idée comme ça."

Oikawa lève une main pour se masser la nuque, détournant le regard.

"N-non !"

Kageyama secoue la tête, ses yeux brillant d'un éclat sûr de lui.

"Je veux bien devenir ton petit frère."

Pendant un instant, Oikawa se trouve incapable de réagir. Puis, un grand sourire fleurit sur ses lèvres.

"Pour de vrai ?

-Non, pour de faux. Bien sûr que oui, crétin !"

Oikawa glousse, sans même penser à se sentir vexé de la remarque de Kageyama.

Un mois plus tard, Oikawa et Kageyama sont officiellement de la même famille.

XxX

Oikawa a vingt-deux ans lorsqu'il retrouve Iwaizumi et ses camarades de l'école de formation. Ils sont désormais tous affectés à la même brigade et sur le point de passer Inspecteurs de première classe, sous les ordres d'Oikawa, leur Inspecteur en chef. Dans les couloirs, on murmure que leur brigade pourrait bien un jour être au niveau de celle d'Ushiwaka s'ils continuent tous sur leur lancée.

Oikawa entend ces commentaires sans en faire grand cas. La brigade d'Ushiwaka est une brigade jeune, pleine de potentiel mais arrogante. Personnellement, Oikawa préfère se savoir loin d'eux et de leur esprit élitiste.

Mais maintenant qu'il monte en grade, il se retrouve forcément plus souvent confronté à eux.

C'est le cas aujourd'hui, alors que les Corbeaux semblent gagner en membres et en dangerosité et que la question de faire un peu de ménage se pose.

Quatre chefs de brigade sont réunis pour discuter du problème. Oikawa est parmi eux ainsi que l'est Ushiwaka. Ils sont assis l'un face à l'autre et font tous les efforts du monde pour montrer leur mépris l'un envers l'autre. Regard noir, claquement de langue, rire mesquin, tout y passe. C'en est à un pont où Kita soupire suffisamment bruyamment pour se faire entendre de tous ceux présents.

"Nous ne sommes pas là pour savoir qui de vous deux peut grogner le plus fort. Nous sommes ici parce que la vie de civils est menacée et que nous cherchons à les protéger. Vous comprenez ?"

Sa voix est calme mais tous ici savent que ce n'est pas signe de laxisme. Au contraire, le calme de Kita cache une exaspération qui, si elle venait à dépasser un certain degré, pourrait avoir de graves conséquences.

Oikawa et Ushiwaka hochent sèchement la tête.

"Bien. Pour en revenir à notre problème, je pense qu'il serait plus efficace de coordonner les actions de nos différentes brigades."

Il poursuit en parlant de l'aspect tactique qu'implique une telle décision mais Oikawa ne l'écoute plus que d'une oreille. Il préfère lancé un regard noir à Ushiwaka.

Lorsque la réunion se termine, et alors qu'Oikawa rejoint son bureau, Ushiwaka lui barre la route.

"Qu'est-ce que tu me veux ?"

Ushiwaka fronce les sourcils.

"Tu serais plus utile en tant que membre de mon unité."

Oikawa fait claquer sa langue contre son palais.

"Même pas en rêve."

Et il force le passage, faisant s'entrechoquer leurs épaules.

Jamais il ne travaillera sous les ordres d'un homme comme Ushiwaka.

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Oikawa a vingt-quatre ans lorsqu'il tue sa première ghoul de rang S.

Il est debout sous la pluie, séparé de sa brigade, sa quinque à la main.

La ghoul est debout face à lui, son bras récemment perdu repoussant comme un lézard régénère sa queue. Elle est grande, presque d'une tête de plus qu'Oikawa, et large, presque autant qu'un bodybuilder.

Elle court vers Oikawa et visa immédiatement les organes vitaux. Ici, le cœur et quand son attaque échoue, la tête. Et encore et encore. Elle ne laisse aucun instant de répit à Oikawa. Aucun instant pour prévenir ses collègues de sa position. Aucun instant pour élaborer une stratégie.

Il est piégé, forcé de réagir.

Une attaque suivie d'une parade puis d'une esquive. Et encore et encore.

Au bout d'un temps qui semble infini, Oikawa reconnaît la logique qui guide les actions de ce monstre. Elle se repose énormément sur son kagune, et sa carrure la ralenti.

Oikawa est plus agile, plus rapide. En évitant son kagune et en profitant d'un angle mort, il pourrait l'avoir.

Il s'emploie donc à faire exactement cela. Il attaque et riposte et pare et dévie et frappe et encore et encore.

Il laisse son instinct lui dire quand frapper. Il se fit au frisson de leur qui grimpe le long de sa colonne pour réagir à temps. Il s'appuie sur ses années d'entraînement pour avoir les bons réflexes.

Et enfin, la ghoul tombe alors qu'Oikawa abat sa quinque sur elle. Elle ne se relèvera pas.

Plus tard, une fois qu'Oikawa a été rejoint par ses coéquipiers, il se laissera aller à l'épuisement qui lui ronge les os.

Il refuse cependant sa promotion en tant qu'Inspecteur spécial adjoint. Il préfère demeurer à sa place, auprès d'Inspecteurs qui ont tout son respect. Des Inspecteurs comme Iwaizumi.

Il accepte cependant la décoration qui lui revient ; celle de la Colombe simple.

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Oikawa a vingt-cinq ans quand une opération est lancée contre les Corbeaux.

C'est une opération de moyenne envergure, faite pour réduire leur nombre et les affaiblir, mais pas les éliminer. Raven et son second sont trop dangereux pour être enfermés ou tués par un plan d'une telle échelle.

Non, la cible, c'est les jeunes recrues. Si ça continue à ce rythme, les Corbeaux pourraient bientôt revendiquer un deuxième arrondissement comme leur territoire, de la même façon que les Chouettes ou les Chats.

Pour l'occasion, toutes les brigades opérant dans un rayon de trente kilomètres de la zone de chasse des corbeaux sont mobilisés. Cela inclut notamment la brigade d'Oikawa, celle de Kita et celle d'Ushiwaka.

Ils représentent les trois unités avec le meilleur taux de capture et d'élimination, exactement ce qu'il faut pour ce soir.

Dans le vingt-deuxième se rassemblent alors aspirants et Inspecteurs du CCG, tous armés et préparés.

Les chefs de brigade s'occupent de donner les dernières instructions et, au son d'un coup de sifflet, les agents se dispersent dans les rues.

Les civils ont reçu l'ordre de rester chez eux et de se tenir loin des fenêtres.

Maintenant, c'est au tour du CCG de jouer.

Oikawa guide son unité vers le nord, là où a été localisé un groupe d'une dizaine de ghouls. Dès l'instant où ils arrivent sur place, les combats s'enchaînent et les corps pleuvent.

Dans la cohue, Oikawa remarque une silhouette plus efficace que les autres. Deux des collègues d'Oikawa sont déjà tombés sous ses coups et, à présent, c'est Iwaizumi qui lui fait face.

Éliminant la ghoul qui lui bloque le passage, Oikawa se précipite vers lui pour lui prêter main forte.

À deux, le combat tourne à leur avantage.

Un cri retentit alors derrière eux. Oikawa n'a pas besoin de se retourner pour savoir qu'il s'agit de Hanamaki. Iwaizumi tourne la tête et jure.

"Merde ! Ça va aller si je te laisse celui-là ?

-Tu me prends pour qui ? Vas-y, je m'en occupe."

Iwaizumi hoche la tête et rebrousse chemin pour aller aider Hanamaki. Oikawa se retrouve alors seul face à une ghoul qu'il estime être de rang A. Ça promet d'être un sacré challenge.

Un sourire carnassier vient fleurir sur ses lèvres. Il a toujours été un homme qui appréciait les défis.

Il continue d'attaquer la ghoul, qui semble lentement s'épuiser. Ses coups se font moins féroces, moins puissants. Elle recule, comme apeurée.

Tant mieux.

Puis, elle se détourne et commence à fuir.

Oikawa jette un regard derrière lui, puis, estimant que ses collègues ont la situation en main, par à la poursuite de la ghoul. Il ne peut pas laisser ce qui est manifestement l'un des gros bonnets des Corbeaux lui filer entre les doigts aussi facilement.

Dans le dédale de rues, Oikawa parvient finalement à la coincer dans ce qui doit être un parking souterrain.

Le combat reprend de plus belle. Tandis qu'Oikawa se baisse pour éviter une attaque au kagune, la ghoul laisse apparaître une ouverture dans sa défense, qu'Oikawa s'empresse d'exploiter.

Sa quinque file droit vers la tête de la ghoul, qui s'écroule suite au choc. Son masque de corbeau gît au sol, brisé en de multiples morceaux. Même la capuche qui cachait son visage est tombée.

Oikawa s'approche alors, sa quinque menaçant la ghoul de mort au moindre mouvement.

Mais alors que la ghoul lève ses yeux rouges vers lui, Oikawa se fige.

Non, ça ne se peut pas. C'est impossible. De la même façon qu'un innocent ne peut être un criminel, de la même façon que la lune ne peut être sombre, de la même façon que l'eau ne peut être opaque. Tout bonnement impossible.

"... Kageyama ?"

Kageyama le regarde droit dans les yeux, sa lèvre coupée se refermant déjà. Dans ses iris dansent des larmes contenues.

Il ne dit rien et Oikawa ne peut que bafouiller.

"Je… Tu… Qu'est-ce que… C'est…"

Il ne peut même pas organiser ses pensées dans un ordre cohérent. Il ne peut pas croire la vision qui s'offre à lui. Parce que c'est tout bonnement impossible. Kageyama ne peut pas être la ghoul devant lui, tout simplement parce que Kageyama est dans son appartement, près de la fac, avec son colocataire. Il n'est pas ici. Il n'est pas là. Il n'est pas un monstre.

Parce que Kageyama, c'est le petit frère qu'Oikawa n'a jamais eu. Parce que Kageyama, c'est un gosse qui s'intéresse plus au volley qu'à n'importe quoi d'autre. Parce que Kageyama, c'est un garçon bête mais indiscutablement bon.

Kageyama n'est pas un monstre. Kageyama ne peut pas être un monstre. Kageyama n'a pas le droit d'être un monstre.

Oikawa dresse sa quinque vers le visage de la ghoul, le visage de Kageyama, mais son bras flanche et il abaisse son arme.

Ses yeux sont grands ouverts et il n'arrête pas de cligner des paupières, comme s'il essayait de changer ce qu'il voyait.

Pourtant, la réalité refuse de changer.

"Dis quelque chose !"

La voix d'Oikawa est incrédule, presque désespérée. On ne dirait pas lui. C'est comme entendre la voix d'un autre.

Mais Kageyama reste silencieux. Il baisse les yeux et Oikawa est presque sûr que ce sont des larmes qui coulent sur ses joues.

Oikawa ouvre la bouche pour parler mais se retrouve incapable de formuler le moindre mot. Ses pensées filent à toute vitesse, sans prendre le temps de le laisser articuler ce qu'il ressent.

Ses doigts deviennent moues et sa quinque tombe au sol. Le claquement qu'elle crée résonne dans l'espace vide. Le cœur battant contre ses tempes, Oikawa s'écroule. Ses genoux heurtent le bitume et ses bras gisent le long de son corps.

Face à lui, Kageyama rampe pour mettre de la distance entre eux. Sa jambe disloquée peine à se régénérer et l'empêche de se mettre debout. Dans ses yeux, Oikawa ne voit pas seulement la peur, mais également la terreur.

Oikawa lève une main vers lui, ouvre la bouche, mais avant que le moindre son n'ait franchi ses lèvres, une silhouette encapuchonnée fait son apparition. Ce masque, ce manteau… C'est Raven, le chef des Corbeaux !

Oikawa se rappelle alors d'où il se trouve, mais surtout de pourquoi. Il reprend sa quinque et se relève. Raven est une ghoul dangereuse mais s'il parvient à l'éliminer, le CCG n'aura que peu de mal à se débarrasser des autres Corbeaux.

Oikawa ne regarde pas derrière Raven, refuse de la faire. S'il refuse de voir la réalité, peut-être finira-t-elle par changer. Peut-être deviendra-t-elle plus supportable.

Mais quand Raven charge, Oikawa laisse son regard basculer sur Kageyama, prostré au sol, le visage noyé par les larmes. Il reste bloqué sur cette vision et ne voit pas le poing qui se rapproche dangereusement de sa tête.