Assise au pied des magnolias, Mulan regardait les derniers pétales tomber sur le sol. Son esprit était bien lourd en cette heure matinale. Pourtant, de tous les recoins du jardin de son enfance, celui-ci était son favori. Venir ici la mettait toujours en joie, autrefois. C'était ici qu'elle venait, enfant, pour écouter son père lui raconter des histoires de quand il était soldat. Il se prêtait au jeu avec patience, n'ayant pas de fils avec qui les partager. Mulan écoutait, la bouche ouverte et les yeux écarquillés les histoires de chevauchées et de combats pour l'honneur et la gloire de la Chine. Elle ne se rendait pas compte à l'époque que son père édulcorait ses récits pour ne pas la faire pleurer. Il finissait toujours par se taire un moment, puis secouait la tête, soupirait et déclarait « la guerre... elle vous change un homme ». C'était toujours le moment où la mère de Mulan la prenait par le bras pour la renvoyer à ses poupées avant de rejoindre son mari aussi vite que possible. Ces jours là, Mulan ne les voyait plus jusqu'au soir. Elle était trop petite pour comprendre que la guerre avait changé son père et que même s'il était fier d'avoir servi la Chine, il regrettait parfois le prix qu'il avait du payer.
Hélas, Mulan comprenait aujourd'hui ce qu'il ressentait à l'époque. Elle aussi avait été soldat. On laissait une partie de soi sur le premier champ de bataille et sur chacun des suivants. Une part de Mulan était restée dans la montagne, engloutie sous la neige avec les milliers de Huns qu'elle avait tué d'un seul coup de canon. Une autre demeurait sur les marches du palais impérial. Peut être était-ce mieux ainsi. Ceux qui n'abandonnaient pas une part d'eux-mêmes devenaient des hommes capables de tuer des petites filles. Mieux valait être une Mulan portant des cicatrices sur son âme et son corps qu'un Shan-Yu.
Il n'empêchait que ces cicatrices étaient lourdes à porter. Des fois, Mulan croisait le regard de son père. Ils échangeaient alors un regard triste, chargé de compréhension mutuelle. La mère et la grand-mère de Mulan se comportaient comme si tout était redevenu comme avant, mais eux savaient que ce n'était qu'un pieux souhait.
Quand elle se levait le matin, quand elle déjeunait avec sa famille, quand elle s'habillait, quand elle marchait dans les allées familières et jusqu'à son coucher, elle ressassait la même pensée.
Mulan n'était plus Mulan.
Mais alors, qui était-elle ? Son père n'avait pas la réponse. Il ne savait plus s'il devait lui parler comme à la fille qu'il avait vu grandir ou un fils qui revenait de la guerre. Sa mère et sa grand-mère non plus, elles qui la félicitaient pour son courage, mais tremblaient dès que Mulan tentait de leur raconter ce qu'elle avait vécu. Mulan elle même ne comprenait pas. Toute sa vie, elle avait vu sa vie tracée devant elle même si en tant que fille, elle avait tout juste réussi à prouver qu'elle n'apporterait jamais que du déshonneur aux siens. Elle devrait épouser l'homme choisi par son père et devrait se montrer auprès de sa nouvelle famille aussi attentive, respectueuse, silencieuse, obéissante que possible. Elle élèverait des fils pour la guerre et des filles pour le mariage. C'était la seule voie honorable possible.
La seule, pour une fille.
Tout ce que Mulan avait jamais voulu, c'était préserver l'honneur de sa famille et sauver la vie de son père. Jamais elle n'avait pensé aux conséquences de ses choix.
Si au moins les esprits répondaient à ses questions... Mulan les avait appelé à l'aide, mais maintenant que l'honneur de la famille et la vie de son père n'étaient plus en jeu, ils ne répondaient plus à son appel, même Mushu. Estimaient-ils que c'était à elle de se débrouiller seule désormais, ou lui avaient-ils retiré leur confiance ?
Mulan restait seule avec ses questions, à faire le tour d'un jardin qui lui avait semblé immense et qui aujourd'hui était trop petit.
Le bruit de la canne de son père sur les dalles du jardin la tira de ses pensées. Mulan leva les yeux et sourit quand il s'approcha et s'assit précautionneusement sur le banc à côté d'elle.
-Tu es bien songeuse, Mulan.
-Oui père. Je songeais que l'an dernier à cette même date, je n'étais qu'une enfant. Et je me demandais qui je serais l'an prochain.
Fa Zhou hocha la tête. Lui aussi devait trouver le monde fort différent maintenant qu'elle était revenue si changée. Il resta là un moment avec elle, à regarder les fleurs voler doucement dans la brise.
-Ne veut-tu pas partager tes pensées avec ton vieux père ?
Mulan hocha la tête, mais ne trouvait pas ses mots. Ceux-ci restaient coincés dans sa gorge, elle qui parlait jadis si librement. Trop, au regard de ce qu'on attendait d'une femme. La marieuse avait vu juste, Mulan aurait été incapable d'être la bonne épouse que tout homme était en droit d'exiger. Fa Zhou soupira et se pencha pour ramasser un pétale de magnolia. Il le porta au niveau de ses yeux pour laisser la lumière du jour le traverser.
-Cet arbre a toujours su mieux que tout autre m'apaiser. Il était déjà là quand j'étais enfant, mais je l'ai vu s'épanouir et embellir d'année en année. C'est au pied de cet arbre que j'ai appris que les dieux avaient cru bon de me bénir d'un enfant. C'est de lui que tu tires ton nom, le savait-tu ? Je voulais que le souvenir de cet arbre et de ces fleurs puisse t'accompagner partout où tu irait.
-Je... l'ignorais. Merci pour ce présent, père. Quand je pensais à la maison, c'est vos visage et cet arbre qui m'apparaissaient en premier. Parfois, j'aurais voulu venir me réfugier à son pied, juste quelques instant, mais ces souvenirs me rendaient déjà plus forte.
-Alors, il a fait ce que j'espérais de lui et je le remercie.
-Pourtant...
Incapable d'achever sa pensée, Mulan secoua la tête. Son père posa une main sur son épaule. La main était plus frêle que dans les souvenirs de Mulan, mais plus forte aussi.
-Pourtant, il n'est pas de jardin d'enfance qui ne se quitte, soupira Fa Zhou. L'oisillon finit toujours par devoir prendre son envol et ce jardin devient trop petit pour ma chère Mulan.
Les larmes aux yeux, Mulan hocha la tête. Il traduisait ses pensées mieux qu'elle n'aurait jamais pu le faire. Certains jours, les murs du jardin semblaient se refermer sur elle. Certaines nuits, même l'air pur du jardin ne suffisait à calmer ses angoisses. Mulan ne voulait pas partir pourtant. Et où irait-elle, d'ailleurs ? Sa place était auprès de sa famille à présent. L'honneur avait voulu qu'elle parte à la place de son père. L'honneur demandait qu'elle reste même si ces lieux familiers lui semblaient soudain étrangers.
Fa Zhou se racla la gorge. Mulan réalisa qu'elle s'était à nouveau plongée dans ses pensées et qu'elle avait presque oublié sa présence.
-Le capitaine Li est revenu. Il souhaite te parler.
-Vraiment ?
Shang leur avait rendu visite juste après le retour de Mulan. C'était sans nul doute le repas le plus gênant qui ait jamais été prit dans la famille Fa. Il était reparti dès le lendemain, aussi rapidement qu'il était venu et en s'excusant que ce que ses obligations le rappelaient à la cité impériale. Mulan lui avait volontiers pardonné. Les dieux et les ancêtres savaient qu'il fallait que leur régiment demandait une attention de tous les instants.
Son régiment. Celui-ci était l'avenir de Shang, mais le passé de Mulan.
-Je crois qu'il voudrait me poser une question, reprit Fa Zhou en souriant soudain, mais qu'il souhaite que la réponse vienne de toi.
Mulan croyait deviner de quoi il s'agissait. Elle avait espéré ce moment. Maintenant, elle le craignait tout autant.
-Que voulez-vous dire ?, demanda-t-elle tout en cherchant à retrouver une contenance.
-Tu le verras bien par toi même. Je lui ai dit de te rejoindre ici.
Fa Zhou se leva. En tournant un peu la tête, Mulan s'aperçut alors que Shang attendait à l'autre bout du jardin qu'on lui fasse signe d'approcher. Immédiatement, son cœur battit plus vite comme à chaque fois qu'elle le voyait. Mulan se força à ignorer cette trahison de son cœur et à se lever pour s'incliner devant son ancien capitaine. Shang lui rendit son salut et s'inclina à nouveau au passage de Fa Zhou qui disparut à leur vue, les laissant seuls. Mulan ne voyait sa mère et sa grand mère nulle part, elles qui avaient presque étouffé Shang sous leurs remerciements à son dernier passage.
Elle déglutit. Bien sûr qu'elle avait déjà été seule avec Shang et d'autres hommes, elle avait été militaire. Mais c'était la première fois qu'ils étaient seuls alors qu'elle portait une robe. Il était contraire à tous les usages de les laisser en tête à tête. À sa précédente visite, il y avait toujours eu son père, sa mère ou sa grand-mère à quelques pas d'eux.
Shang la rejoignit à grands pas avant de s'arrêter brutalement à quelques pas d'elle.
-Fa Mulan, s'inclina-t-il.
-Capitaine. C'est un honneur et un plaisir que de vous revoir.
Shang ouvrit la bouche et la referma aussitôt. Mulan du se mordre les lèvres pour ne pas lui rire au nez. Quand elle portait les vêtements de Ping, elle peinait à le regarder dans les yeux sans trembler et bégayer. Maintenant, c'est lui qui n'arrivait plus à la regarder dans les yeux.
Son envie de rire s'arrêta comme elle était venue. Comme elle détestait cette distance entre eux ! Même s'il semblait toujours juger Ping avec la plus extrême sévérité, Shang s'était jadis adressé à elle comme à quelqu'un de confiance. Il était douloureux que ce ne soit plus le cas et que le jadis en question remonte à quelques semaines à peine.
Puisqu'il restait comme une carpe, c'était à Mulan d'alimenter la conversation. On lui avait appris à le faire, même s'il était peu probable que son éventuel mari souhaite entamer une conversation avec son épouse. La règle d'or était de n'aborder aucun des sujets qui pouvaient causer ses soucis, et, dans le cas d'un soldat, de ne jamais aborder de sujets militaires. Ce n'était pas la place d'une femme. Un homme voulait qu'une femme l'éloigne de ses soucis, pas qu'elle y ramène ses pensées.
-Comment vont les hommes, capitaine ?
Mulan se mordit la langue. Même quand elle savait ce qu'elle devait faire, elle se trompait. Heureusement, Shang avait l'air rassuré que la conversation reste sur un terrain familier.
-Ils vont bien, lui assura-t-il. L'empereur nous a prêté son meilleur médecin et tous se remettent parfaitement de leurs blessures.
Mulan, elle, avait fini d'être soignée par le médecin du village qui y avait été sans ménagements. Peut être aurait-elle du rester en ville le temps de se remettre, mais elle tenait trop à revoir ses parents. Peut être aussi craignait-elle secrètement que l'empereur ne se ravise à son égard. Une chose de sûr : pour les gens du village, l'aval de l'empereur comptait moins que le poids des traditions. La marieuse avait décidé de venir en personne conduire un nouvel entretien et déclarait à qui voulait l'entendre que même avec cinq épée et dix médaillons de l'empereur supplémentaire, Mulan ne serait jamais bonne à marier. Mieux valait ne pas se demander pourquoi cette réponse humiliante avait tant soulagée Mulan.
-Tant mieux, répondit-elle en se forçant à sourire. J'espère qu'ils ne s'attirent pas trop d'ennuis.
Shang grimaça.
-Des soldats en ville s'attirent toujours des ennuis, mais j'ai réussi à empêcher jusqu'ici que les conséquences soient trop drastiques. Je n'ose m'absenter trop longtemps, mais je devais revenir.
-Vous avez déjà ramené les affaires de mon père, protesta Mulan. C'était inutile de revenir.
Elle craignait de comprendre où la discussion allait en venir. Elle aurait du comprendre dès que son père lui avait annoncé que Shang revenait et qu'il venait lui poser une question. Au passage, cela expliquait la nervosité de Shang, son uniforme impeccable et sa façon de se tenir comme s'il allait au combat. C'était l'évidence même.
Mulan hésitait entre défaillir et courir se terrer à l'autre bout de la maison. En même temps, son cœur la trahissait en battant à tout rompre. Elle n'avait pas eu aussi peur depuis l'attaque des Huns sur la montagne. Elle n'avait pas été aussi déchirée depuis qu'elle avait du choisir entre risquer la mort en retournant prévenir Shang du retour des Huns ou rentrer chez elle en ayant sauvé son père, apporté du déshonneur à toute sa famille, mais vivante pour que ses parents n'aient pas à la pleurer.
-Je suis venu poser une question à votre père, reprit Shang. Lui et moi avons déjà mentionné cette possibilité, mais c'est votre réponse que je peux entendre. Fa Mulan, si je propose à votre père de vous prendre comme épouse, seriez-vous favorable à cette proposition ?
Mulan avait vu juste. Elle aurait du fuir en le voyant revenir.
-Je ne suis pas bonne à marier, balbutia-t-elle.
Shang fronça les sourcils.
-Fa Mulan, pas bonne à marier ?
L'idée semblait l'amuser. Mulan secoua la tête. Elle devait lui faire comprendre.
-Je sais recoudre un accroc, mais mes robes sont atrocement informes, je sais cuisiner, mais je suis loin d'être talentueuse et...
Elle s'interrompit en voyant Shang lever la main.
-Il me semble pourtant que n'importe quel homme serait fier d'épouser une femme comme celle que j'ai sous les yeux, une femme qui a été capable d'impressionner l'empereur en personne ?
-Est-ce donc cela que vous voulez m'épouser ?, s'agaça Mulan. Pour être l'époux de la femme qui a sauvé la Chine et être certain que mon nom ne sera pas prononcé sans qu'y soit ajouté le vôtre ?
Il fit un pas en arrière, le visage soudain glacial. Mulan se mordit les lèvres. Elle l'avait blessé et ce n'était pas son intention. Ses mots avaient dépassé sa pensée. Shang ne méritait certainement pas qu'elle se montre si blessante avec lui, quand il ne faisait qu'essayer de l'aider.
Cette conversation était plus qu'elle n'en pouvait supporter. Mulan avait besoin d'air et n'en trouvait pas dans ce jardin. Elle souleva ses jupes, bouscula Shang et se mit à courir, sans écouter le cri derrière elle. Passant au large de la maison, elle dépassa l'autel des ancêtres et la statue effondrée du grand dragon pour s'arrêter, pantelante, au mur qui séparait la maison de ses parents de la forêt derrière. Un poing de côté la força à s'arrêter. Mulan s'appuya contre le mur pour retrouver son souffle en maudissant la robe et les chaussures qui l'empêchaient de courir. Comme elle voulait les réduire en lambeaux ! Mais comme elle ne voulait pas rentrer en guenilles et chagriner encore ses parents, Mulan se contenta de lancer ses chaussures contre le mur et de sortir la plus belle bordée de jurons qu'elle avait appris à l'armée.
Cela ne la soulagea même pas. Elle finit par remettre ses chaussures. Quand elle se redressa, Shang était assis non loin et regardait dans une autre direction. Mulan fronça les sourcils, passa d'une jambe sur l'autre, mais n'hésita pas longtemps. Elle aurait voulu se faufiler dans la maison et ne pas en ressortir tant qu'il serait là, mais après ce qu'ils avaient traversé, sans doute lui devait-elle de finir cette conversation.
-Je crains que votre grand-mère n'ait trahi par avance tous les endroits où je pouvait vous trouver. Pardon. Je n'aurait pas du vous suivre, mais je voulais vraiment avoir cette conversation avec vous.
Mulan soupira et le défia du regard.
-Vous voulez m'épouser.
-Oui, sourit faiblement Shang. Si vous le voulez bien.
-Pourquoi ? Je ne suis pas bonne à marier.
-Vous l'avez dit. Je l'ai constaté moi même, je pense. Une femme bonne à marier sait coudre, cuisinier, tenir une maison et divertir son mari. Elle n'est pas censée se mettre à courir et à sortir des jurons de soldats. Elle ne lance pas ses chaussures au mur.
Alors il l'avait vu. Mulan rougit de son emportement. Si jamais elle avait eu une chance de trouver un mari, elle l'avait détruite encore plus efficacement qu'elle n'avait fait s'effondrer la montagne sur l'envahisseur hun.
-Il y a des tas de filles en ville qui déborderont de fierté à l'idée d'épouser le capitaine Li Shang. Elles rendront fier vos ancêtres. Pas moi.
-N'avez vous pas rendu fiers les vôtres ?
Mulan se mordit les lèvres. Elle avait apporté de l'honneur à sa famille, mais une belle famille ne la verrait pas avec la même indulgence.
-Vous refusez alors ma demande ?, poursuivit Shang. Pourquoi ?
Sa voix manquait à nouveau d'assurance. Mulan soupira et passa une main dans ses cheveux afin de remettre un peu d'ordre dans son apparence, tout en se rendant compte que ses efforts étaient vains. Elle ne voyait pas ce qu'il pouvait lui trouver, physiquement. Elle avait été trop fragile comme garçon et elle était relativement quelconque comme fille, particulièrement avec ses cheveux qui n'atteignaient qu'à peine ses épaules.
-Vous ne m'avez pas répondu. Pourquoi vouloir m'épouser ?
Cette fois, c'est Shang qui rougit.
-Sa majesté l'empereur m'a dit, mot pour mot, qu'on ne rencontrait pas une femme comme vous à chaque dynastie, Fa Mulan. J'aimerais vous connaître.
L'empereur avait dit ça ? Les yeux de Mulan s'écarquillèrent. Voilà des mots qu'elle aurait voulu cracher à la marieuse, mais que son cœur et son esprit avaient du mal à croire. Elle chercha un endroit où s'asseoir pas trop loin de Shang et regarda ses mains en cherchant ses mots. Son ancien capitaine fit deux pas vers elle, mais pris soin de garder ses distances. Mulan lui en su gré. Cela rendait la confession un tout petit moins difficile.
-Je ne sais pas quel genre de femme je suis moi-même, confessa-t-elle. Je ne suis pas sûre que vous ayez envie de le savoir. Vous ne me connaissez pas.
-Comment le pourrais-je ? Vous êtes la femme qui a mentit à toute la Chine.
La voyant rougir et blêmir tour à tour, Shang se frappa le front.
-Ce n'est pas sortit comme je le voulais. Ce que je veux dire... Décidément, je perds tous mes mots aujourd'hui. Disons que j'ai connu Ping et que maintenant j'aimerais connaître Mulan.
Ce qui passait forcément par le mariage. Mulan avait peut être bouleversé toutes les traditions, mais elle ne pouvait rester qu'une exception qu'il convenait de ne pas imiter. Les choses devaient revenir à leur place pour que l'ordre soit préservé. Par piété filiale, elle s'était arrogé la place d'un homme. Par piété filiale encore, elle devait désormais rentrer dans le rang, se marier et fonder une famille. Le monde oublierai que Li Mulan, Zu Mulan, Shu Mulan, ou quel que soit son futur nom, avait été Fa Mulan, la jeune fille qui avait sauvé la Chine. Mulan avait beau le savoir, cela laissait un goût amer en bouche.
Trois futurs seulement s'offraient à elle. Dans le premier, elle épousait un homme, n'importe quel homme prêt à tout pour voir ressurgir sur lui un peu du mérite qu'avait acquis Mulan. Peut être les activités de son mari l'amènerait un jour à recroiser son ancien capitaine, mais les convenances les obligerait à se contenter d'un vague hochement de tête pour marquer qu'ils se reconnaissaient. Une bonne épouse ne discutait pas avec un autre homme, encore moins si elle l'avait connu à la guerre. Dans le deuxième, elle confirmait au monde qu'elle était impropre au mariage, restait auprès de ses parents pour en prendre soin tant qu'ils étaient en vie, puis sombrait dans la misère et l'oubli.
Ou alors, elle épousait Shang. Pour une raison inconnue, cette éventualité lui paraissait plus insupportable encore que les trois autres.
-Ce serait pour vous la situation idéale, insista Shang. Mon père n'est plus là pour autoriser ou refuser notre mariage. Ma mère sera surprise, mais vous acceptera, si vous lui laissez un peu de temps pour s'accoutumer à ce changement. Elle n'est pas du genre à s'imposer, vous pourrez régenter la maison à votre aise.
Mulan secoua la tête. Il ne comprenait pas, ou il ne voulait pas comprendre.
-Vous ne comprendrez pas que je resterais comme je suis ?, cria-t-elle de plus en plus frustrée. Jamais je ne serais la belle-fille ou l'épouse idéale. Je continuerais à répliquer, je resterais butée jusqu'à la déraison, impulsive, maladroite... les mêmes raisons qui vont ont poussé à me corriger encore et encore quand j'étais sous vos ordres !
-Je sais bien !, répondit Shang sur le même ton. Ce sont ces mêmes choses qui m'ont fait tomber amoureux de Ping !
Il avait prononcé là les seuls mots qui pouvaient figer Mulan dans son élan, alors qu'elle s'apprêtait une nouvelle fois à partir en trombe. Elle ne s'y attendait certainement pas à celle-là.
-Amoureux... de Ping ?, répéta-t-elle interloquée.
-Est-ce si surprenant ?
Shang sourit pour la deuxième fois de la conversation. C'était un beau sourire où se mélangeaient la tristesse et la dérision.
-Pourquoi, n'est-ce-pas ? Je ne saurais trop l'expliquer moi-même. Cela paraît absurde de le dire à voix haute, mais ce n'en est pas moins la vérité. Peut-être suis-je tombé amoureux parce que Ping était quelqu'un de sincère, de brave, de curieux, d'intelligent. Oui, il était aussi impulsif et maladroit, mais ce sont des défauts que l'armée corrige sans peine, quand l'individu est talentueux. J'espérais qu'il naîtrait une vraie amitié entre nous, une fois que nous serions égaux en rang. J'espérais même plus.
Mulan hocha la tête. Bien sûr qu'elle savait que certains hommes s'aimaient entre eux. Elle avait fait l'armée, elle avait entendu... et vu des choses qu'une femme n'était jamais censée entendre et voir, peut être même après le mariage. Plus d'un soldat avait fait des propositions graveleuses à Mulan. Ses amis s'étaient chargés à coups de poing de faire comprendre que Ping n'était pas intéressé. Quand à leur capitaine, et bien, elle avait entendu certains soldats décrire en des termes forts peu poétiques ce qu'ils pensaient de ses muscles et de son derrière. Les joues rouges, Mulan avait alors du mal à cacher que son regard s'attardait parfois un peu trop longtemps sur le beau capitaine. Par contre, elle était tellement occupée à cacher à la fois sa nature et son attirance qu'elle n'avait pas réalisé que cette dernière était réciproque.
-J'ai trahi votre confiance. À plus d'un titre.
-Et moi j'ai été aveugle. Je vous en ai voulu, Mulan. Vous m'avez ridiculisé devant mes hommes, mais le pire était de réaliser que j'étais tombé amoureux d'un mensonge.
Le coup était douloureux, mais mérité. Mulan baissa la tête.
-Quand le conseiller de l'empereur vous a ordonné mon exécution...
Elle ne réussit pas à finir sa phrase. Le souvenir de ce moment était trop douloureux pour elle. Pour Shang aussi, sans doute, car il détourna la tête.
-Peut être un instant, sous le coup de la rage, mais tout s'est dissipé quand vous avez expliqué avoir fait ça pour votre père, lui assura-t-il. À ce moment, j'ai songé combien j'aurais voulu que quelqu'un ait prit la place du mien. J'ai songé que si votre père était venu comme son devoir l'exigeait, le mien serait mort quand même et que nos cadavres rougiraient la montagne pendant que les Huns déferleraient vers la cité impériale. Je vous devais trop de vies pour pouvoir faire mon devoir, Mulan. Et j'aimais encore trop Ping pour lui faire le moindre mal.
-Malgré celui qu'il vous avait fait.
-Exactement. Mais la colère était toujours là et il m'a fallu du temps pour m'en défaire. Ce n'est que pendant l'assaut du palais que j'ai réalisé que Mulan était aussi sincère, brave et bornée que Ping. Vous m'aviez peut être trompé, mais je m'étais laissé berné. Jamais je n'aurais pensé qu'une femme puisse faire une folie comme la vôtre. Votre défaut principal est peut être l'insubordination, mais le mien est alors l'orgueil. J'étais trop fier et vous m'aurez appris un peu d'humilité. Je crains d'être forcé d'admettre qu'une femme m'aura appris une leçon nécessaire. Aujourd'hui, je suis un meilleur homme grâce à elle. Du moins, je l'espère.
Il l'était. Jamais Shang ne se serait montré si fragile et honnête devant elle autrefois, qu'elle soit Ping ou Mulan. Maintenant qu'elle était plus sage, elle entrevoyait toutes les failles du capitaine qu'elle avait tant admiré. Il les avait poussé trop vite et trop loin, pour leur bien, pour s'assurer qu'ils survivent au premier assaut, mais pas seulement. Il voulait prouver que lui méritait son rang, qu'il était le digne fils de son père. Son comportement trahissait son incertitude et sa fierté blessée d'être assignée à l'entraînement de paysans pendant que d'autres récoltaient la gloire qu'il estimait mériter.
Mulan prit le temps de le regarder dans les yeux et soutint en retour son regard. Il avait changé, oui. La fierté était toujours, là, mais c'était désormais la fierté d'avoir survécu et mérité son grade, avec son aide à elle. Son dos était toujours droit, mais sa posture était plus humble. Elle lisait moins de colère dans ses yeux. Moins d'orgueil, aussi. Ce changement lui allait bien. Le capitaine Li Shang était une statue de pierre, froide et sans vie. Le Shang en face d'elle, lui, était bien plus vivant et humain. Cet homme-là, elle pourrait bien ne pas se contenter de l'admirer physiquement et intellectuellement. Ce Shang, elle pouvait l'aimer. Mulan eut un pincement au cœur.
Que voyait-il dans ses yeux à elle, en retour ? Mulan craignait d'entendre la réponse. Elle entendait ce qu'il lui disait, mais c'était plus difficile de le croire que d'écouter les mots durs que lui renvoyaient son reflet.
-Vous auriez épousé Ping ?, demanda-t-elle, la voix tremblante.
-On n'épouse pas un homme, même si on est l'empereur en personne. Mais j'aurais aimé rester à ses côtés. J'en ai toujours envie. Ping ou Mulan, je crois que vous êtes toujours la même personne.
Mulan bondit sur ses jambes.
-J'ai besoin de marcher un peu. Seule.
Shang se leva et s'inclina avant de se rasseoir à la même place. Tout en s'éloignant, Mulan continua de l'observer. Son visage trahissait son anxiété. Jamais il n'avait affiché comme ça ses sentiments auparavant. Mulan voyait bien qu'à chaque fois qu'elle repoussait sa réponse, elle le blessait un peu plus, mais les mots ne parvenaient pas à sortir.
Étrange comme elle avait été plus courageuse face aux Huns que face à Shang.
Elle était amoureuse de lui pourtant. Ça elle en était sûre. Son cœur s'emballait dès qu'elle le voyait et ses rares sourires la mettaient en transe. Ils avaient été bien rares aujourd'hui. Cela trahissait sa nervosité. D'un coup, Mulan réalisa que Shang n'avait guère de secrets pour elle. Il lui était aussi facile de comprendre un changement de son expression que pour son père ou sa mère.
Ils se ressemblaient beaucoup, lui et elle. Quand elle était Ping, elle ne réalisait pas qu'ils surcompensaient tous les deux pour qu'on ne voit pas leurs faiblesses. Tous deux avaient un père soldat à qui il était difficile de se comparer. Peut être était-ce pour ça qu'il ne l'avait pas plus vite identifiée comme une femme. Il s'était reconnu en Ping. Et là où les autres avaient vu en elle un avorton, lui avait essayé de la pousser pour qu'elle s'améliore et se montre digne de cet héritage. Il l'avait poussé trop fort et trop vite. Mulan avait failli s'y brûler les ailes avant de trouver en elle la force et la discipline qu'il voulait y instaurer. La personne qu'était devenue Mulan lui devait beaucoup. Et il disait vrai, elle l'avait fait se remettre en question. Tous deux avaient changé pour le mieux. Mulan était plus forte, sa maladresse avait en grande partie disparu. Lui était plus humble, et plus fort aussi
S'ils s'étaient aidés l'un l'autre à changer pour le meilleur et si elle aimait, n'était-il pas logique de lui dire oui, tout simplement ? Quelquefois, il s'était confié à elle quand Mulan se faisait passer pour Ping. C'était facile de le comprendre et de parler avec lui. Mulan essaya de s'imaginer son épouse. Aussitôt, l'appréhension l'envahit. C'était comme des milliers de pierre qui s'accumulaient sur son estomac.
Mulan savait pourquoi. Elle devait parler à Shang, maintenant, avant de perdre courage.
Quand elle revint vers Shang, il passait le temps en révisant des mouvements d'entraînement. Mulan aurait voulu se joindre à lui. L'entraînement avec les gars lui manquait, cette camaraderie qu'elle avait découverte avec eux.
-Je ne peux pas vous dire oui, Shang. Je n'y arrive pas.
Shang s'arrêta pour la regarder, puis lui fit signe de se joindre à lui. Mulan n'hésita qu'un instant, puis s'installa à ses côtés. Sa jupe ne lui facilitait pas la tâche, mais elle retrouva instantanément ses réflexes. Au bout de quelques minutes, elle eut l'impression de respirer plus facilement. Ces gestes répétitifs l'apaisaient bien plus que la couture n'avait jamais réussit à le faire.
-Je suis partie pour sauver mon père, réussit-elle enfin à dire tout en continuant à tourner autour de Shan pour tenter de porter un coup. Peut être voulais-je aussi prouver que je pouvais apporter autre chose que du déshonneur à ma famille.
-Tu y es parvenue, promit Shang en reprenant le ton plus familier qu'il adoptait quand il était son commandant.
-Mais à quel prix ? Je ne sais plus qui je suis, Mulan ou Ping. Vous avez tous l'air de penser que c'est si simple, que Mulan s'est cachée derrière le masque de Ping. C'est plus compliqué pour moi.
Shang la saisit par le bras et la fit tomber au sol. Mulan se laissa faire et l'entraîna dans sa chute avant de se relever d'un bond. Pantelants tous les deux, ils prirent un moment pour reprendre leur respiration.
-Explique, demanda finalement Shang.
Peut-être qu'il pouvait comprendre. Mulan laissa libre cours à sa frustration et repartit à l'attaque en déversant sur Shang tout ce qu'elle avait sur son cœur.
-Je n'ai jamais été à la hauteur, en tant que fille. Mes parents m'aiment de tout leur cœur, mais il n'empêche que j'ai toujours été trop bruyante, trop maladroite, trop tout ce qu'une fille ne doit pas être. Je les désolais, malgré moi. J'ai fait de mon mieux pendant des années sans jamais y parvenir et j'ai du me résoudre à n'être qu'un déshonneur qu'aucune autre famille n'accepterait jamais. Ils n'avaient pas de fils et pour compenser, ils n'avaient que moi ce qui ne compensait rien du tout. Puis je suis devenue Ping.
-Et tout a été plus facile.
Mulan lui envoya son poing en plein visage. Shang l'arrêta à la dernière seconde.
-même pas ! Votre monde d'homme est aussi insupportable que celui des femmes. La violence y prend une forme différente, mais là aussi on n'attend rien d'autre que la perfection. Il faut être le plus fort, le plus bruyant, le plus bagarreur, le plus grand parleur... Vous n'êtes jamais fatigués de toutes ces exigences ?
Shang fit un pas en arrière pour réfléchir à ses paroles. Mulan en profita pour reprendre son souffle et réunir le fil de sa pensée.
-Parfois, reconnut le capitaine.
Un petit rire désolé échappa à Mulan.
-En fait, je crois que je vous plains autant que nous. Moi, je sais que je suis fatiguée de ne jamais être à la hauteur, ni en tant qu'homme, ni en tant que femme, d'être toujours trop ou pas assez. Il y a des jours où je regrette Ping. Il y a des jours où je me sens plus Mulan. Des jours où je voudrais courir et crier et frapper, d'autres où une jupe ne me semble pas si pesante et où je n'aspire qu'au calme, loin de votre monde tonitruant. Et il y a des jours où je ne sais même pas qui je suis.
Shang se laissa tomber lourdement au sol. Mulan l'imita, mais fut surprise quand il l'attira contre lui pour la serrer dans ses bras. Si quelqu'un les voyait, ils seraient mariés dans la journée pour éviter le déshonneur à leurs deux familles. À ses yeux, cela n'avait aucune importance. Elle était juste bien, là dans les bras de Shang. Les larmes qu'elle sentait monter à ses yeux une minute plus tôt avaient disparu.
-J'ai du aller chercher tes amis à la taverne l'autre jour, reprit Shang tout d'un coup. Ils buvaient des coups à ta santé en déclarant que tu étais la femme la plus incroyable de Chine. Je les ai fait sortir de là à temps, ils s'apprêtaient à se bagarrer contre d'autres soldats qui se moquaient d'eux pour avoir suivi une femme et porté des robes. Ton ami Yao ne s'en souvient peut être pas, vu la quantité d'alcool qu'il a ingurgité, mais il n'a pas hésité à proclamer qu'il avait trouvé très confortable de porter une robe.
Yao avait dit ça ? Yao le roi de la montagne qui affichait sa virilité si ostensiblement ? Mulan en restait sans voix.
-Il faudra lui dire que je peux lui prêter du maquillage, mais il devra d'abord raser sa barbe.
-Proposition refusée. Je préfère ne pas savoir ce qui se cache dessous.
C'était bon de rire ensemble, comme deux vieux amis. Mulan aurait voulu que ce moment dure toujours.
-Comment pourrais-je me marier sans savoir qui je suis ?, poursuivit-elle à contrecœur. Shang, je ne peux pas être votre épouse ! Je voudrais dire oui, mais l'idée de rester coincée dans cette maison que je ne connais pas, à tout garder bien propre et à m'occuper de nos enfants pendant que vous êtes au loin... Non, c'est une idée insupportable. Je ne peux pas être cette Mulan-là en permanence.
Le front lourd, Shang hocha la tête. Il garda un bras serré contre elle, tandis que de l'autre, il prenait un bâton pour dessiner quelque chose dans la terre humide. Mulan le laissa retrouver ses esprits. Elle portait toutes ces questions en elle depuis son retour. Tout cela devait faire beaucoup à accepter.
-Mon père m'a demandé auprès de lui, juste avant de partir au front, reprit enfin Shang. Il savait qu'il pouvait mourir et m'a donné les conseils qu'un père donne à son fils concernant la femme qu'il épousera un jour. Lui et moi étions en parfait accord sur le sujet. Elle devait être calme, douce et obéissante avant tout. Personnellement, j'espérais aussi qu'elle soit assez intelligente pour ne pas trop m'ennuyer à ses côtés, tout en sachant que je pourrais trouver consolation auprès d'une concubine ou d'un camarade solat. Il m'aura fallu cette histoire pour comprendre que si cette femme existe, je m'ennuierais tout de même à mourir. Je préférerai mille fois épouser une femme trop bruyante, mais avec des idées bien à elle.
Mulan sourit. Cela aurait du être assez, mais ça ne l'était pas. Puis elle fronça les sourcils. En bougeant sa jambe, Shang avait dévoilé son dessin, une représentation du yin et du yang.
-Le yin pour la femme, murmura-t-elle, la lune, l'hiver, le silence et le pays faible.
-Le yang pour l'homme, poursuivit Shang, le soleil, l'été, la parole et le pays puissant. Mon père disait que j'avais trop de yang en moi et qu'une épouse rétablirait mon équilibre.
D'un geste, il effaça la limite entre le yin et le yang.
-Si mon épouse aussi a trop de yang en elle, il me semble que nous ferrons avec ce déséquilibre. Il me semble également que si une épouse accompagnait son époux pendant les campagnes et s'habillait en homme quand elle le souhaite... Et bien, ce serait un problème entre elle et son mari. Mais si l'empereur n'y voit rien à redire, moi aussi.
Mulan sourit. Elle non plus n'y voyait rien à redire.
-Je crois..., réfléchit-elle à voix haute. Je crois que c'est une solution qui me conviendrait. Je ne serais ni tout à fait une épouse ni tout à fait un époux. L'une et l'autre peut être ou aucun des deux ? Je ne sais pas s'il y a des mots pour désigner ce que je suis.
-Ma partenaire, proposa Shang en prononçant ces mots avec révérence. En fait, j'épouserais à la fois Ping et Mulan, et tu voudrais me refuser ça ? Alors que je pourrais être le plus heureux des hommes ? Serait-tu capable de m'infliger cela, Fa Mulan, après tout ce que nous avons partagé ?
-Non, rit Mulan. Je ne crois pas que je le pourrais.
Un énorme poids venait de disparaître de son estomac et de son cœur. Peut être qu'elle ne se sentait ni vraiment femme ni tout à fait homme. Peut être qu'elle était en équilibre instable et qu'il lui faudrait un jour accepter de n'être que yin ou que yang. Peut être qu'elle pouvait trouver sa place et le bonheur justement dans cet équilibre précaire. Quelle importance, tant que Shang l'acceptait comme elle était ? Si elle pouvait être épouse sans être prisonnière d'une maison et de principes rigides, Mulan pouvait être heureuse avec lui. Elle ne serait ni tout à fait Ping, ni tout à fait Mulan, mais elle serait elle même.
Le cœur empli d'émotions, elle serra la main de Shang et se redressa, toute légère avant de lui tendre la main pour faire de même. Ils restèrent là, l'un contre l'autre, écoutant leurs cœurs battre à l'unisson. Mulan fut la première à se reculer avant de lui sourire.
-Maintenant capitaine, n'avez-vous pas une question à poser à mon père ? Je vais finir par croire que vous n'osez pas lui parler.
-C'est un héros de la Chine !, s'étrangla Shang. J'ai passé mon enfance à admirer ses exploits, nul ne peut me reprocher de perdre mes moyens en sa présence !
-Je suis une héroïne de la Chine et vous n'avez pas l'air de perdre vos moyens tant que ça si vous avez réussi à me convaincre moi !
D'une bourrade, elle le poussa en direction de la maison et commença à courir, le pied plus léger que jamais. Le rire de Shang la poursuivit avant qu'il ne se mette aussi à courir en tendant la main pour la rattraper.
S'ils arrivèrent plein de boue et tout échevelés à la porte de la maison, nul ne leur posa de question. La réponse de Mulan n'aurait pu être qu'inconvenante.
