Chapitre 2 :

Flashback - Quelques jours plus tôt

« Inutile de m'attendre. Il n'y a rien à craindre. Je vous rejoindrai plus tard. Allez plutôt interroger l'autre... » Milady avait échangé un regard entendu avec Manson avant de disparaitre dans la cellule d'Athos, fermant puis verrouillant derrière elle la lourde porte de métal.

L'étroite pièce était dénudée de tout ornement, meuble et même de fenêtre. La forteresse de Belle-Isle, telle une immense prison, comportait autant de chambres élégantes que de cachots humides et, à la limite, nauséabonds. En effet, l'odeur saline de la mer et des algues se décomposant dans tous les interstices où l'eau pouvait pénétrer rendait l'endroit encore plus désagréable.

Assis sur le sol, un genou relevé où il avait déposé son coude, l'autre jambe allongée au sol, Athos leva faiblement les yeux vers la nouvelle arrivante. Il n'avait pas eu à diriger son regard vers elle : malgré les relents poisseux de la cellule, il avait reconnu l'odeur d'Anna; Il l'aurait reconnu parmi milles autres.

Épuisé, affamé, souffrant, Athos ne fit aucun geste. Son corps, couvert de marques après avoir été frappé par ses ennemis, refusait de bouger et de provoquer encore plus d'inconfort.

Milady le contempla silencieusement pendant quelques secondes, ses yeux semblant lire dans ceux de l'homme. A sa main droite, une petite torche brûlait doucement, lançant de faibles lueurs orangées dans la pièce. Malgré la relative obscurité, Milady remarqua la cheville d'Athos : au bout de sa jambe allongée, la chaine d'un lourd boulet avait maculé de sang le bas blanc du mousquetaire. Ce détail la fit sourire.

« Bonsoir, Athos, » fit-elle, mielleuse. « It's been a while! »

L'homme se mit à la regarder intensément. Il mit un moment avant de lui répondre. Il leva le menton et sourit faiblement.

« J'aurais espéré vous revoir dans une situation plus agréable, » répondit-il avec sarcasme.

« En effet! » répondit-elle. Elle se retourna et déposa la torche dans l'unique anneau qui agrémentait les murs de pierres du cachot. « Ce n'est pas très confortable…Mais je m'en contenterai. »

Le sourire d'Athos s'effaça subtilement et ses yeux se plissèrent. Que voulait-elle insinuer? Il n'eut pas le temps d'y réfléchir d'avantage et la pensée quitta son esprit.

« Je suppose que je devrais vous questionner sur votre présence en ces lieux… » Elle s'arrêta quelques secondes avant de poursuivre et de lui faire face. « Mais je connais déjà la réponse : vous êtes ici pour secourir le Prince Philippe. »

En guise d'acquiescement, Athos ferma les yeux, sourit, et haussa les épaules.

« Nous avons votre ami Aramis…Manson s'en occupe en ce moment même, » poursuivit Milady. Cette fois, elle pencha légèrement la tête sur le côté, désignant ainsi la cellule voisine. (*** Lire «'Pourquoi Pas 5 : Brisée')

A ces mots, le mousquetaire se raidit. La femme perçu le mouvement et enchaîna très lentement. « Je ne sais pas s'il sera aussi gentil avec lui que je le serai avec vous. »

Athos sentit son estomac se nouer. Ses lèvres s'entrouvrirent partiellement et laissèrent échapper un soupir qui trahissait ses craintes. Il connaissait Anna et savait ce dont elle était capable. Il savait, qu'en effet, à sa merci, lui-même risquait peu, sauf peut-être une mort soudaine, rapide, mais sans torture. Par contre, il ignorait tout de Manson. Était-il sadique? Cruel? Que risquait Aramis, enchaîné comme lui, désarmé, dans la prison juste à côté de la sienne? Est-ce que Manson se vengerait de lui pour avoir été le principal responsable de la mise à jour du complot contre le roi? Les yeux d'Athos se plissèrent d'avantage, cette fois de rage.

Milady sourit de plus belle, se pencha et approcha sa main sur la joue d'Athos : là où un des sbires du Masque de Fer avait abattu son poing, une ecchymose rougeâtre s'était formée. « Je peux peut-être garantir la sécurité de votre ami si vous vous montrez coopératif… » mentit-elle. Elle s'agenouilla doucement et lova sa tête contre l'épaule d'Athos, tandis que sa main droite parcourait sensuellement le torse de l'homme. Sous sa dextre, elle le sentit se raidir inconfortablement. La physionomie et la voix de Milady changèrent alors et elle prit une fausse moue contrite alors que, du doigt, elle dessinait des formes abstraites sur la poitrine du mousquetaire. « Mon cher Olivier, j'ai été une vilaine épouse…et nous avons négligé nos devoirs conjugaux… »

Athos frissonna, détourna le visage et plaça ses deux mains contre les épaules de Milady pour la repousser. « Non, Anna! »

Tel un serpent, elle se faufila hors de sa portée et enroula ses bras autour de son cou. « No? » fit-elle simplement avant de déposer un long baiser dans le cou de son ancien mari. « Mon corps vous désire….je vous veux, maintenant... »

« A- Arrêtez! » répéta-t-il dans un souffle, sentant déjà qu'il perdrait le contrôle si elle continuait à se montrer insistante. « Anna! » ragea Athos lorsqu'il sentit la main de la femme détacher sa culotte. Il agrippa le bras de Milady, tentant de l'arrêter dans son geste, se haïssant pour son manque d'efforts et d'assurance.

« Shhhh… » fit doucement Milady en déposant une série de baisers tout près - trop près - des lèvres du mousquetaire. « Ssshhhh… laissez-moi faire…ça fait si longtemps que j'ai envie d'être avec vous….de vous sentir en moi…»

« Anna… ! » fit-il encore, de plus en plus nerveux, sa voix devenant de plus en plus rauque, en la repoussant de moins en moins fermement. Athos le savait : cette façon enjôleuse qu'avait son ancienne épouse n'était qu'une tactique pour abuser de lui de nouveau. Mais…quel était le prix pour assurer la sécurité d'Aramis? Devait-il réellement se sacrifier à la volonté de Milady? Le choix semblait évident, bien qu'avilissant… « Et », se dit-il, « un pas de plus dans la déchéance ferait-il une différence?… »

« Don't worry, my love… » répliqua habilement Milady. Elle plongea alors la main dans la culotte d'Athos pour caresser son membre déjà durci. Le mousquetaire laissa échapper une faible plainte, s'étant déjà senti complètement désarmé lorsqu'il avait entendu ce simple duo de mots : 'my love.' Bien que tout son être lui criait que ce n'était que mensonges, une ultime part de lui-même pris le dessus et le suppliait de croire le contraire. Les yeux clos, il laissa sa tête percuter le mur derrière lui alors qu'Anna attaquait sa bouche avec la sienne. Prenant délicatement son visage entre ses doigts, Athos se mit à lui retourner ses baisers. Comme il adorait l'embrasser!...

Le sempiternel monologue interne se répéta alors dans l'esprit d'Athos. Et si…? Et s'il s'était trompé au sujet de son épouse? Et s'il avait été trop prompt à la répudier, autrefois? Et si cet enfant, John Francis, était vraiment son fils? Et si l'aimait-elle, malgré tout? Et s'il était possible qu'ils puissent enfin vivre heureux…ensemble?

« Ooohhhh… » gémit-il de plaisir. Autour de son membre, le sexe humide d'Anna avait maintenant remplacé sa main. Il entrouvrit légèrement un œil : derrière ses cils noirs, il pouvait voir sa femme, assise sur son bassin, se mouvoir sensuellement. Elle avait rejeté la tête vers l'arrière, laissant ainsi exposer la parfaite blancheur de sa gorge. Sa petite bouche rouge, ouverte, laissait échapper mille et uns gémissements de plaisir. Malgré que ses yeux étaient fermés, Athos devinait, à l'arc surélevé décrit par ses sourcils et à sa main plongée entre ses cuisses, combien elle jouissait.

Athos se mit à mouvoir son bassin également, épousant le rythme imposé par Milady. Ses mains empoignèrent bientôt les hanches de son épouse, s'assurant ainsi un meilleur contrôle sur ses mouvements.

« Oh….oh yes… » murmura-t-elle dans sa langue natale. Elle gémit encore un peu avant de se repencher vers l'avant et de poser sa tête sur l'épaule d'Athos, l'embrassant lascivement dans le cou. Tout en continuant de bouger, elle se mit à lui parler. « My love, où sont Porthos et d'Artagnan ? » questionna-t-elle.

Ah….voilà pourquoi elle fait tout cela. Cela n'a rien à voir avec la sécurité d'Aramis…ni même d'amour envers moi, raisonna enfin le mousquetaire alors que l'amertume ré-empoisonnait son coeur. Il sentit son plaisir s'estomper en même temps que la raideur de son membre. Il détourna la tête et son regard se fit lointain.

« Je n'en ai aucune idée, » laissa-t-il tomber mélancoliquement. Il n'y avait rien de plus vrai : il ne savait pas du tout où étaient ses deux autres amis. Persuadé, comme Aramis, que les deux autres les suivaient, il s'était engouffré à l'intérieur de la forteresse sans regarder derrière. Bien leur en fut! Car ils n'avaient pas été capturés, eux.

« Je ne peux garantir leur sécurité si vous ne me donnez pas ce que je veux…» Elle serra les muscles de son intimité autour du sexe ramolli d'Athos. « Où sont-ils?»

« Je vous l'ai dit : je n'en sais rien… » fit-il, confus. Aimait-il ou non Anna? Voulait-il vraiment être avec elle? Elle voulait qu'il la baise….pouvait-il s'en tenir à un simple rapprochement de leurs corps et laisser de côté sa tête et son cœur? Pouvait-il s'éviter de souffrir d'avantage?

« Ils sont toutefois sur l'île, n'est-ce pas? »

Athos ne répondit rien, mais Milady avait déjà deviné son silence; Ces quatre mousquetaires étaient toujours ensemble. Elle plaqua de nouveau sa bouche contre celle de l'homme et l'embrassa goulûment, gémissant à travers ses lèvres. Les baisers de Milady avaient toujours eu cet effet sur lui : lui faire perdre conscience de tout autour de lui. Ce geste final poussa donc le mousquetaire vers une ultime décision, la même qu'il choisissait à chaque fois qu'il la rencontrait: se plier aux moqueries de son épouse pour pouvoir sentir son corps entre ses bras, goûter sa bouche, se faire réconforter de menteries; Car des mensonges agréables seraient toujours plus faciles à supporter qu'une douloureuse vérité… Rapidement, son sexe ravivé la pénétra durement et, quelques minutes plus tard, il grogna lui aussi son plaisir entre les lèvres de sa femme.

Ils s'arrêtèrent et se séparèrent, à bout de souffle. Athos ferma les yeux et rejeta la tête vers l'arrière. Tels les flots de la mer, les dernières vagues de son plaisir le quittaient et ramenaient la barque de sa vie sur la terre ferme d'une dure réalité.

« Tu n'es qu'un raté…une interminable suite d'échecs lamentables. » se maudit-il en serrant les dents. La présence d'Anna était telle une drogue, une dépendance dont il n'arrivait pas à se défaire. Son poing se crispa et alla percuter le sol. Lorsqu'il sentit le corps de Milady se presser à nouveau contre le sien, il la repoussa violemment cette fois.

Tombant sur le sol, elle se mit toutefois à rire doucement en le regardant dédaigneusement par-dessus son épaule. « Vous êtes toujours aussi minable et misérable. »

Il puisa dans ses forces intérieures afin de se calmer. Il avait agit de la sorte pour protéger son ami, n'est-ce pas? Au moins, il n'avait révélé aucune information pertinente, bien qu'il n'en ait aucune à partager. « Vous avez raison, je suis pathétique, » abdiqua-t-il.

« Oh oh oh! » ria-t-elle plus fort, le dos de la main cachant sa bouche. « Vous l'admettez enfin? My, my…. »

Elle allait continuer quand, de l'autre côté du mur, la voix de Manson s'éleva avant d'éclater d'un rire sordide. Athos se raidit aussitôt, l'adrénaline ravivant tous ses sens en état d'alerte. Le mousquetaire ne pouvait pas percevoir les mots que son ennemi avait prononcés, mais il comprit, au bruit métallique et au grincement de la porte qui s'ensuivirent, que Manson sortait de la cellule d'Aramis. Est-ce que son ami était sauf? Est-ce que Manson l'avait torturé? Il lança un regard suppliant et désespéré à l'endroit d'Anna.

« Mmmm… » fit Milady. « Nous reprendrons notre conversation à un autre moment, » dit-elle en se levant. « Good night, my love… ».

En deux enjambées, elle avait repris la torche précédemment accrochée au mur avant de s'éclipser, laissant l'homme dans l'obscurité totale.

Lorsqu'il fut de nouveau seul, Athos laissa tomba la tête sur son torse puis passa lentement une main sur son visage. Il retenta de se convaincre qu'il avait agit pour le bien de ses amis. Mais, dissimulant ses yeux, il se maudit une fois de plus pour n'avoir jamais été capable de faire le « deuil » de son épouse Anna. Son odeur, ses baisers, la chaleur de son corps continuaient de le hanter, et il n'avait jamais cessé de les désirer, même après toutes ces années. Le scénario se répéterait, telle une spirale descendante qui l'amenait un peu plus loin dans la déchéance : il se haïrait, il la haïrait, la vie reprendrait son cours normal, jusqu'au moment où il la reverrait et se mettrait à regretter son absence. Elle userait alors de ses charmes pour lui soutirer quelques informations ou se tirer d'une situation fâcheuse, il se requestionnerait sur le sens de sa vie et ses sentiments pour elle, puis elle se moquerait de lui en le laissant pourrir de honte dans le fond d'une taverne. Il se haïrait, il la haïrait….

Il laissa tomber sa main au sol en soupirant. Que n'avait-il une bonne bouteille pour lui permettre de faire taire ses pensées suicidaires…

Il grimaça de douleur lorsqu'il bougea, la chaine autour de sa cheville mordant de plus belle dans sa chair dans un cliquetis sinistre. Dans le noir de sa geôle, à tâtons, il s'approcha du mur à sa gauche, celui qui le séparait de la cellule d'Aramis, et le frappa doucement du poing et y posait son front. Il savait qu'il était inutile d'en faire plus : le mur était trop épais pour que son camarade l'entende.

Aramis…redites-moi que tout ira bien…de ne pas m'en faire…que nous serons toujours amis….

A suivre...