CHAPITRE 11 :

« D'Éry! St-Laurent! Ici!...

Petiteville et La Faye, là-dedans!...

Saint-Mars et moi...la troisième porte! ….

D'Orseac…Edouard…en face!...

Montalet et Gaspard, là-bas…

Rex avec le capitaine, là, et juste à côté, Porthos avec Vulpes! ….

Athos, Aramis…au bout du couloir! ….

Et dernière porte en face, Nazelle et Florent! Couvre-feu à neuf heures! Demain matin, repas à sept heures, départ à huit! Bonne nuit, messieurs!»

Le mousquetaire Coigny, un petit papier à la main, distribuait les chambres pour la nuit et les hommes, deux par deux, s'engouffraient derrière les portes qu'il leur désignait.

Athos et Aramis regardèrent l'intérieur de l'endroit qui leur était assigné. Un râle commun s'éleva bruyamment de leurs poitrines. Porthos arriva soudainement derrière eux, regarda dans la même direction et pouffa de rire. Il tapota les épaules de ses camarades et les laissa à leurs ruminations.

« Évidemment! » maugréa Athos.

Il n'y avait qu'un large mais unique lit.

« Encore un sale coup du capitaine? » marmotta Aramis en tournant les talons.

Athos mâchouilla quelques mots incompréhensibles et pénétra dans la pièce. Son sac et son épée furent jetés dans un coin avant qu'il entreprenne de retirer son pourpoint et ses chaussures pour qu'ils soient abandonnés négligemment dans le même tas. Il renifla sa chemise, se demanda quand il pourrait la laver, puis elle fut enlevée et chiffonnée en boule et prit un chemin similaire au reste de ses affaires.

Des bruits de pas dans son dos lui apprirent qu'Aramis était déjà de retour. Il s'attendait à l'entendre se plaindre de sa semi nudité mais elle n'en fit aucun commentaire. Sur une petite table près du lit, à côté d'une bougie qui éclairait la pièce, elle y déposa une bassine où fumait une eau bouillante et une compresse propre. La porte fut fermée et verrouillée, elle lui tourna le dos et elle se mit à dégrafer sa propre veste.

« Et vous faites quoi, là? » s'objecta Athos, subitement nerveux. Elle n'allait tout de même pas se dénuder devant lui!

« Ma plaie me fait mal…je ne veux pas que ça s'infecte. Retournez-vous, si la vue du sang vous effraie à ce point, » répondit-elle avec sarcasme, n'appréciant guère l'agressivité dans la voix de l'homme. Elle n'était pas friande de l'idée de se dévêtir en présence de ce grincheux, mais son bras l'ayant élancé tout l'après-midi lui indiquait qu'elle ferait mieux d'en prendre soin rapidement et de laisser de côté toute forme de pudeur. Il n'y avait plus rien à cacher, maintenant qu'Athos avait découvert sa véritable identité. Elle se sentait d'ailleurs un peu fiévreuse; même la chaleur qui pesait pourtant encore n'était plus aussi désagréable.

Vexé, Athos serra les dents. Elle savait très bien qu'il n'avait pas peur du sang et que c'était ses courbes qu'il ne voulait pas voir! « Je ne veux pas de ça ici! » avait-il exigé en haussant la voix.

Elle leva les yeux au ciel en grognant. Même d'Artagnan n'avait pas eu autant de scrupules! C'était à se demander qui était le plus mature des deux! Elle fit volte-face pour lui répondre sur le même ton. « Vous êtes bien nu, vous?! Et je n'en fait pas de cas! Fermez les yeux et ne-»

De bruyants coups résonnèrent au travers du mur qui les séparait de la chambre à côté. « VOS GUEULES, VOUS DEUX! On veut dormir! »

Athos alla répondre de la même manière et fessa son poing contre la cloison. « LA FERME, GASPARD! » L'intervention de ce grand faquin avait été la goutte qui avait finit par le faire sortir de ses gonds! Il allait retourner une réplique à Aramis quand il vit qu'elle avait déjà retiré son pourpoint. Il tourna aussitôt le dos pour ne rien voir de ce spectacle et il se dirigea vers la porte…Mais non! Il ne pouvait pas sortir ainsi, à peine habillé! Et quel genre de faiblard croirait-elle qu'il était : ce serait avouer qu'il avait peur d'elle! Mais il ne voulait pas être en sa présence…Baste! Il était pris au piège!

Pour une fois dans ta vie, ne sois pas lâche!

Un faible geignement le tira de son malaise et le fit se retourner.

Elle avait sortit son bras blessé hors de sa chemise et, à l'aide de son menton, tentait tant bien que mal de retenir le vêtement pour ne rien dévoiler plus que nécessaire. Sa main libre échouait de défaire le nœud du pansement. Son teint était pâlot et sa respiration, un peu trop superficielle; visiblement, elle ne se sentait pas à son meilleur.

« Ça va, » abdiqua l'homme en retrouvant son flegme. De toute évidence, il n'y avait rien à craindre d'Aramis et ses inquiétudes étaient infondées. Il ne pouvait pas s'alarmer de la sorte pour un bras dénudé! « Je vais vous aider. »

Ses doigts s'approchèrent du nœud non-coopératif mais se mirent à trembler furieusement. Ce n'était pas qu'un biceps nu : c'était une épaule partiellement camouflée par un ruban blanchâtre. Qu'est-ce qu'il y avait sous ce bandage? Y avait-il vraiment une blessure? Une plaie saignante? Ou était-ce un prétexte pour cacher… pour dissimuler… pour surborner… pour tromper, pour duper, pour dérober, abuser, leurrer, berner, mystifier tricher escamoter OmettreTruquerFalsifier…MENTIR!

« ARRÊTE! » ordonna-t-il pour lui-même en se donnant une violente claque sur sa main gauche. Les voix persifleuses de ses démons intérieurs se turent aussitôt et laissèrent vide son esprit.

Il ferma les yeux pour retrouver son calme et un pouls normal. Ça devenait incapacitant, cette impuissance à gérer les souvenirs de son ancienne vie, et cela entachait la nouvelle existence qu'il tentait de se construire. N'était-il vraiment qu'un couard accroché à un passé dont il ne voulait pas se séparer, malgré tous ses efforts et les promesses qu'il s'était faites?

Aramis avait perçu le changement chez Athos dès qu'il avait vu son bandage; Son souffle qui s'accélérait, son regard glué sur son bras, sa bouche sèche, ses mains chancelantes, ses yeux qui s'agrandissaient peu à peu, son teint qui pâlissait et cette fine goutte de sueur qui avait glissé le long de sa tempe…

« Vous me devez une confidence, » dit-elle d'une voix neutre, bien qu'en son fort intérieur il lui coûtait de lui poser la question. Elle sentait toutefois qu'Athos avait un fardeau à se départir.

«Ce n'est pas le bon moment, » fit-il avec un flegme feint.

« Regardez-moi, Athos. »

Il évitait son regard.

« Regardez-moi! » insista-t-elle.

Il plongea ses yeux pâles dans l'azur des siens. C'était si beau, le bleu…. c'était mieux que le vert. Il n'y avait rien dans cette couleur qui éveillait en lui de mauvais souvenirs. Au contraire, ces iris cobalt s'étaient constamment posés sur lui avec bienveillance. Ils s'étaient levés vers lui avec admiration. Ils s'étaient fermés devant lui dans l'abandon caractéristique de la plus totale confiance, puis ré-ouverts, pétillants de bonheur en voyant l'ami chéri.

« Il n'y a rien sous ce bandage qu'une blessure vieille de trois jours qui commence à peine à cicatriser, » fit-elle doucement. « La coupure est profonde et recouverte de sang coagulé, presque noir. La peau autour est rouge vif, un peu boursoufflée…C'est une chance que je n'ai pas à me battre; La plaie s'ouvrirait certainement et se remettrait à saigner…Et encore, il est heureux qu'il s'agisse de mon bras gauche, et non du droit. Ça me laissera une vilaine balafre blanche quand elle sera guérie, un souvenir de cette bataille de Belle-Isle que je ne pourrai raconter à personne...Car personne d'autre que moi ne la verra. Et maintenant dites-moi : quel est le rapport avec Milady? Car je ne doute pas que c'est son souvenir qui vous bouleverse.»

Crever l'abcès… Il fallait qu'il se débarrasse de cette chose qui le gangrénait! Et qui serait la mieux placée pour recevoir ses confidences qu'Aramis, qui connaissait l'essentiel de son secret?

Avec toute la maitrise dont il était capable, il reposa ses doigts sur le nœud du pansement et entrepris de le défaire.

« Elle est marquée au fer…sur le bras gauche, » admit-il d'une voix monocorde. « Elle cachait sa marque sous un bandage. Comme le vôtre. »

La boucle traitresse fut déliée et ce qu'elle recélait était exactement comme Aramis l'avait décrit : ce n'était pas la brûlure de l'infamie, mais bel et bien une entaille qui labourait une peau déchirée, comme un sillon écarlate au milieu d'un champ recouvert de neige blanche. A cette vue, le soulagement qu'Athos éprouvât fut instantané et il lâcha un faible soupir. Il étira la main, attrapa la compresse qu'il mouilla et épongea avec une infinie précaution le bras de son amie.

« Vous êtes un homme bon, Athos…je vous remercie, » murmura-t-elle.

« Ne parlez pas de choses dont vous ne savez rien… »

« Je sais ce que je sais, » conclut-elle en le laissant la soigner en silence. Elle n'osait pas l'interroger d'avantage ce soir sur cette question. Pauvre Athos! Cette scélérate ne lui avait pas avoué le genre de passé criminel qu'elle avait eu pour mériter cette marque, et l'avait sans doute séduit pour accéder à ses titres et sa fortune! Le mousquetaire aurait été si durement éprouvé par les ignobles mensonges de sa vile épouse qu'il en avait gardé une rancune générale envers les femmes et une autodépréciation malsaine pour lui-même. Et à tort! Athos était un homme intelligent qui les avait sortis du pétrin plus d'une fois, juste avec son esprit sagace et malin! Et que dire de ses talents au maniement des armes! Mais Milady était d'une ruse sans bornes…qui savait de quels artifices insidieux elle avait usé pour tromper ceux qui avaient croisé sa route!

Aramis jeta un regard en coin…c'était envoûtant de voir ce bel homme partiellement nu se pencher sur elle, toute sa concentration dirigée dans ses gestes. Sa nudité ne l'affecta pas; elle était maintenait si habituée à voir ses amis dans leur plus simple appareil…Ce qu'elle appréciait particulièrement toutefois, c'était la tendresse qu'il manifestait malgré leur différent. La délicatesse des soins d'Athos lui rappela la gentillesse dont il avait toujours fait preuve à son égard avant que cette femme fourbe vienne s'immiscer entre eux et répandre son venin. Il n'y avait pas d'ambigüité quant à la raison pour laquelle Milady avait fait part de ce qu'elle savait à son mari; il en avait toujours été ainsi avec ce serpent : diviser pour régner. En provoquant la bisbille entre eux, elle s'assurait ainsi qu'ils soient trop occupés pour la poursuivre.

Athos n'avait que très rarement soigné Aramis. C'avait été des petites éraflures sur les mains ou les avant bras, rien de plus. Etait-il le premier depuis des années à toucher sa peau? A apprécier le rosé de cet albâtre? Était-il en train de spolier la virginité cutanée de sa partenaire? Il était étonné de penser qu'il était le premier à être permis de franchir la barrière que l'hyperpudique Aramis imposait à tous. Il en comprenait la raison, mais le sentiment était tout aussi spécial. Il avait la vie de cette femme entre ses mains, comme elle avait la sienne à sa merci : un seul mot, et ils pouvaient s'envoyer sur l'échafaud! Mais elle n'en avait encore rien dévoilé. Lui non plus, d'ailleurs. Ils se craignaient….ou ce pouvait-il qu'ils s'aimaient assez pour ne jamais se trahir? Il se mit à espérer qu'il en était ainsi…qu'ils ne seraient jamais séparés…qu'ils passeraient l'éponge sur leurs omissions…que tout irait bien…qu'il n'avait pas à s'en faire…qu'ils seraient toujours amis…

Il retourna son attention à sa tâche. Sous ses doigts, la peau d'Aramis était ferme. Les muscles saillaient légèrement sous l'épiderme et dessinaient un découpé athlétique. C'était très différent des chairs souples de son ancienne épouse, même si cette dernière, dans les récentes années, avait commencé à développer des lignes similaires. L'homme s'inquiéta toutefois. Le derme émanait une chaleur légèrement anormale et indiquait les signes d'une faible fièvre. Aramis avait eu raison de tendre à sa blessure avant que l'infection n'attaque la plaie.

« Il faut mettre un bandage propre… » fit-il avec lucidité.

« Il y en a un, dans mon sac. »

Il étudia l'intérieur de la besace, y trouva ce qu'il cherchait et pansa la mousquetaire avec la même précaution.

« Merci, » le remercia-t-elle une seconde fois.

« Maintenant, reposez-vous. Je vais dormir ici…» déclara-t-il en désignant le sol. Il se retourna pour la laisser se revêtir.

Son abnégation l'émut, mais elle ne le laissa pas paraitre. « Merci… Mais si vous ne vous en prenez pas à mon derrière, vous pouvez dormir à côté de moi. » Elle se coucha sur le côté et lui tourna le dos.

Athos regardait cette forme allongée auprès de laquelle il pourrait s'étendre. Il y avait quelque chose de très intime à partager un lit. C'était une chose de dormir au sol côte à côte, mais un lit… c'était une aire réservée à ceux qui croyaient qu'on n'y faisait pas que dormir.

« Cela ne vous indigne pas? » bafouilla-t-il.

« Ça fait longtemps que j'ai fini de m'indigner. »

« Quoi? »

Elle ne se retourna pas vers lui quand elle continua de parler à voix basse. « Un secret pour une confidence? La première fois qu'on a dû partager la même couche, c'était sur la route vers Poitiers, près d'Orléans. Je m'en souviens, car j'étais complètement traumatisée et je n'ai pu fermer l'œil de la nuit. J'étais, moi, dans le même lit qu'un autre homme! Dans mon imaginaire féminin, le seul homme qui pouvait partager mon lit, c'était mon mari. Le temps de cette nuit, j'ai du me convaincre que vous n'étiez pas mon époux, que vous ne me réveilleriez pas au milieu de la nuit pour m'embrasser et me déshabiller. Avec le temps, j'ai compris que je tenais bien mon rôle d'homme, que vous étiez à mes côtés seulement pour dormir, et qu'il ne vous viendrait sans doute pas à l'idée de toucher à un autre homme, et encore moins à votre partenaire d'armes.

Athos déglutit en se couchant lentement à côté d'elle. Si elle savait…

Il ne s'était toutefois pas préparé à recevoir ces informations. Il n'avait jamais envisagé qu'Aramis avait pu être à ce point mal à l'aise en sa présence. En y repensant, c'était pourtant évident : il se remémora de nombreux moments où elle avait frémi sous ses mains, avait refusé ses soins, avait imposé une distance entre eux... Ce n'était pas l'extrême pudeur dont il croyait que le blond soldat était atteint; c'était la frayeur de voir son secret dévoilé.

Elle se retourna alors vers lui. « Maintenant que je vous ai révélé ma confidence, répondez-moi à votre tour: » Un sourire espiègle se glissa sur ses lèvres. « Même si vous croyiez que j'étais un homme, avez-vous déjà eu l'idée de coucher avec moi? »

Athos ne put s'empêcher de rougir promptement. Elle savait, après tout…! Il n'en avait jamais manifesté le désir : ce n'avait été dans son esprit que de brefs scénarios complètement farfelus; mais…oui! Il y avait déjà pensé!

Elle rit doucement en lisant la réponse dans les yeux de son ami. « Je vous laisse sur ces divagations peu chastes. Je vous souhaite une bonne nuit, Athos. Et bonne chance pour trouver le moyen de dormir ce soir! » Elle lui remontra son dos et tenta de s'endormir.

C'était maintenant au tour d'Athos d'être complètement traumatisé. Oui! Il s'était déjà imaginé en train de coucher avec la version mâle d'Aramis! Avec Porthos! Et même - il l'avouait! - avec Rochefort, quand ils avaient dû partager la même cellule au Petit Châtelet! Mais ce n'avait été que des sous-produits de son imagination effrénée, ou des relents de soirées trop arrosées…jamais il n'avait pensé mettre ses idées en œuvre! Il était déjà bien assez dans le pétrin en ayant encore des rapports secrets avec Anna…il ne pouvait pas risquer en plus d'attirer l'attention d'inquisiteurs en quête de sodomites à brûler!

« Aramis…ce n'est pas ce que vous croyez…! » balbutia-t-il en se redressant. Ses yeux se posèrent hasardement sur le bel arrondi de cette hanche féminine. Tudieu! Il en avait presque oublié qu'elle était une femme! Et il aimait coucher avec les femmes! Et il était dans le même lit qu'une femme! Et la dernière fois qu'il s'était retrouvé dans le lit d'une femme, il avait eu bien autres choses à faire que dormir!

Athos ramassa son oreiller, roula sur lui-même et se laissa tomber au bas du lit. Voilà, il était sauf!

« Athos! Mais que faites-vous? » demanda Aramis du haut du grabat.

« C'est indubitablement la meilleure place pour dormir ce soir. »

Elle fut gênée de ses propres sous-entendus salaces et se rétracta à sa place. Un long moment de silence s'installa avant qu'il ne fut rompu.

« A propos, Athos? »

« Mmmm? »

« …Merci de m'avoir poussée dans l'eau. »

Athos se dédia à lui-même un sourire fier. Il avait fait quelque chose de bien. Peut-être qu'Aramis avait raison : peut-être était-il un homme bon.

« Je vous en prie. »

…..

Où était-elle? Sur Belle-Isle? À Paris? A Noisy? Tout semblait si flou et incertain, et elle n'arrivait pas à identifier le lieu où ils se trouvaient. Elle, D'Artagnan, Athos, Porthos…ils leur criaient quelque chose, lui enjoignaient de se dépêcher à les rejoindre, mais leurs paroles étaient vagues et insensées.

Puis, il s'approcha. Menaçant, l'homme masqué de fer s'avançait vers elle d'un pas décidé. Ses bottes résonnaient sur le sol en un effrayant rythme funeste qui ne faisait que s'accélérer. Le rouge qui démarquait les ouvertures pour les yeux et la bouche donnait au faciès métallique un air encore plus sinistre. Il la dominait de toute sa grandeur. Même sa solide carrure n'avait rien à envier à celle de Porthos! Elle tira son épée. Son bras était lourd et n'arrivait qu'à peine à bouger! Bouge! s'ordonna-t-elle en vain. Elle se retourna pour courir et se mettre hors de portée : ses jambes lui refusaient tout mouvement! Elle refit face à son ennemi; elle le sentait tout juste derrière elle. Deux mains gantées de noir s'enroulèrent douloureusement autour de son cou.

Non! Pourquoi fais-tu cela? Ne t'ais-je pas aimé de tout mon cœur? N'ais-je pas tout sacrifié pour toi? Tu es le seul que j'ai aimé!

Alors que les doigts l'étranglaient de plus belle, il retira son masque.*

François!

-Tu as tout gâché!

La haine déformait ses traits et le rendait si hideux!

Non!

- Je te hais!

Non!

-Je ne t'ai jamais aimée!

Arrête! Tu me brises le cœur!

-Je ne t'ai jamais aimée!

C'est impossible! Tu ne peux pas être un criminel! Pas toi!

- Et pourquoi pas?

Quoi?!

- Regarde mon épaule…tu vois cette marque?

La fleur de lys…!

-Oh, mais tu pleures!...

L'ironie qui salissait sa voix se plantait dans son cœur tel un poignard aiguisé.

Je t'aime!

-Tu me vois désolé d'avoir trahi ta confiance!

S'était-il moqué, sans une once de remords.

Non! Ne fais pas cela! Je t'aime encore!

Je ne crois pas que cela soit réciproque...

…..

Un effrayant craquement retentit, et Aramis se réveilla en sursaut.

...

*L'erreur est volontaire; il ne peut pas l'étrangler avec ses deux mains et retirer son masque en même temps. C'est un rêve…C'est absurde.