CHAPITRE 15
Quelques heures plus tôt…
Après avoir quitté Athos sur le campement de Quiberon, Milady avait pris la route, à pied, en direction de Paris. Sur le chemin, elle s'attendait à tout moment à être doublée par les mousquetaires, mais il n'en fut rien. Soit ils avaient pris un autre chemin, soit ils étaient très, très lents. Comme eux, elle s'était également arrêtée à Auray pour la nuit, et c'est à ce moment qu'elle avait retrouvé la troupe. Au lieu de les devancer, elle décida de les suivre : D'assez loin pour ne pas se faire remarquer, d'assez proche pour avoir une petite idée de ce qui se passait entre son cher époux et cette chère Aramis.
Ce n'était pas la jalousie qui l'habitait. Qu'Olivier s'intéressait – ou quel que soit le verbe approprié pour qualifier sa relation avec la femme-mousquetaire – à Aramis la laissait indifférente. A ses yeux, son premier mariage était depuis longtemps chose nulle - n'en avait-elle pas épousé un autre depuis ce temps? – et il ne lui devait aucunement fidélité. Ce qui la faisait rager, c'était qu'en sa compagnie, il pourrait retrouver le bonheur. Il pourrait avoir enfin quelqu'un à qui se confier et partager son fardeau. Milady n'avait jamais tenté de révéler à quiconque son passé avec Athos : l'avoir à sa seule merci était beaucoup plus efficace pour s'assurer qu'il soit misérable, et qu'il le reste. La plus belle vengeance qu'elle pouvait avoir était de le savoir malheureux. L'échec suprême serait de le voir heureux.
En ce qui concernait Aramis, l'Anglaise n'avait pas oublié les paroles que Manson avait dites quand il lui avait appris la vérité sur la travestie : cette dernière avait été au courant de l'existence du prince Philippe dès le début. Est-ce que cette seule information était suffisante pour qu'elle les déjoue et mette à mal leur complot? Louis et Philippe étaient identiques; Aramis n'aurait pas pu les différencier…quoi qu'il en était, elle s'était joué d'eux et méritait la revanche que Milady lui préparait. Et comment ne pas joindre l'utile à l'agréable en se vengeant d'Aramis et en faisant souffrir Athos par la même occasion?
….
« Uugh… »
« Oh, vous vous réveillez déjà? C'est vrai que vous êtes de solide constitution…»
Aramis distinguait mal la voix qu'elle percevait. Son crâne la faisait atrocement souffrir et ses paupières, si lourdes, peinaient à s'ouvrir, comme si ses cils du haut étaient collés sur ceux du bas. Elle voulut porter une main à ses yeux pour les frotter mais ne put effectuer aucun mouvement. L'adrénaline l'envahit subitement lorsqu'elle réalisa que sa dextre était liée; et l'autre aussi! Aussitôt, ses yeux s'ouvrirent pour réaliser de visu les entraves qui l'immobilisait ainsi, les deux bras au-dessus de sa tête. Elle voulu se donner un élan pour bouger le tronc et se retourner sur le ventre; encore une fois, ce fut en vain. Ses deux chevilles étaient également attachées.
Elle était ligotée aux montants d'un lit situé dans une petite chambre à peine éclairée. Provenant d'une fenêtre qui perçait le mur opposé, un courant d'air frais caressa son cou et elle porta son regard apeuré vers sa poitrine. Dans ce moment de panique, elle s'étira comme elle pu pour constater l'état de sa tenue. On l'avait affublée d'une ample chemise mal blanchie et dont l'outrageant décolleté voulait dévoiler plus que dissimuler. La jupe était brune et de la même couleur que le corset, fort simple, qui cintrait sa taille sans l'étouffer.
Sur la droite du lit, Milady se tenait assise sur une chaise de bois. Sa petite bouche s'étira dans un rictus malicieux.
« Bonsoir, Aramis. It's been a while!»
Cette sale poufiasse! Elle ne perdait rien pour attendre, celle-là! Elle allait l'égorger et la regarder se vider de son sang! Tandis que son ennemie se penchait sur elle, Aramis en profita pour lui cracher à la face. « Sale garce! Je vous tue à la première occasion! »
Milady faisait fi des menaces, essuyant tranquillement le crachat puis caressant les joues de la blonde. « Vous savez que vous pourriez peut-être être plutôt jolie sans ces frusques masculines?...Mais attendez…il vous manque un peu de fard ici, » fit-elle en pointant la joue droite avant d'y faire claquer la paume de sa main. « Et là aussi. » Elle répéta le geste avec la même violence sur le côté opposé du visage. Le mouvement eu l'effet escompté et la peau se mit à rosir.
Aramis ne broncha pas sous les coups. « HA! Si vous vouliez m'attacher pour me battre, vous auriez pu me mettre dans une position beaucoup moins… »
« Érotique? » interrompit Milady.
Aramis la fusilla du regard et en oublia le mot qui terminait sa phrase.
« Mais c'est justement pour mieux vous torturez, mon enfant! » continua de narguer la belle à l'accent anglophone.
La mousquetaire n'avait aucune intention de faire la conversation avec cette salope. Elle ignorait sa kidnappeuse et renversait plutôt sa tête vers l'arrière pour tenter de voir de quelle façon les cordes qui la maintenaient étaient nouées et comment elle pourrait espérer s'échapper. Si Milady ne la poignardait pas avant en plein coeur, bien sûr…mais si c'avait été son intention, elle l'aurait déjà fait. Aramis cessa bientôt ses mouvements quand elle sentit les doigts de l'autre glisser entre ses seins.
« Vous cachez une bien jolie poitrine, malgré tout…Certes pas aussi opulente que la mienne, mais les formes sont parfaites. »
«Ôtez vos sales pattes de là, chienne! » somma Aramis en ne tarissant pas d'insultes.
La geôlière s'arrêta et prit un air faussement surpris. « Si vous y tenez… » abdiqua-t-elle en descendant sa main vers l'entrejambe. « A force de jouer les garçons, je suis sûre que cette partie de vous a été complètement négligée... il est grand temps de remédier à cela ! A moins que vous ne fassiez exactement comme eux… Vous branlez-vous aussi souvent que ces messieurs?»
Me branler? Était-elle obligée d'être aussi vulgaire dans le choix de ses mots? D'un autre côté, pouvait-elle vraiment s'attendre à autre chose, avec cette pétasse? Aramis était à la fois rouge de colère et de gêne. Bien sûr, qu'elle se 'branlait'! Ce n'était pas une raison pour s'en vanter!
« Je vous interdis de me toucher ! »
« Oh, ma chère, vous n'êtes pas en situation de m'interdire quoi que ce soit... » Elle s'allongea à côté de sa captive. Par-dessus le tissus de la robe, les doigts de Milady se promenaient ici et là sur l'intérieur des cuisses de sa prisonnière qui tentait d'échapper, en se tordant, à ce touché inapproprié. Anna gémissait langoureusement, comme si elle était elle-même récipiendaire des caresses qu'elle prodiguait. Sous sa main, elle sentait la mousquetaire se crisper en un mouvement qui n'était pourtant pas du pur dégoût. « Vraiment? Personne ne vous a jamais touchée là? Personne, personne?» La question aurait pu paraitre mignonne si les deux femmes avaient été amies.
Le silence gêné d'Aramis servit de réponse et cette dernière se surprit à se trouver ridicule d'avoir attendu en vain le mariage pour passer à l'acte. Elle appréhendait ce qui allait se dérouler dans les prochaines minutes et son inexpérience l'inquiétait.
Tout en divaguant, l'Anglaise continuait de cajoler sa prisonnière.
« Vous pourriez coucher avec Athos…C'est dur… c'est bon. Plus le sexe d'un homme est dur et long, plus il a du désir pour vous…. Je me souviens de ces moments passés avec lui…il me déshabillait avec vitesse, en grognant d'excitation et d'impatience. Il empoignait mes seins si fort! Et il pinçait mes mamelons! Je sentais son truc, long et dur, contre ma cuisse tandis qu'il se frottait contre moi! Il m'embrassait avec passion, soulevait mes jupons, remontait ses doigts entre mes cuisses…ma chatte était si mouillée qu'elle en dégoulinait! Et il mettait ses doigts dans mon trou, caressait mon sexe pour me faire patienter! Mais moi, tout ce que je voulais, c'était sentir sa verge en moi…il le savait, alors il enlevait sa culotte, et elle était là! Longue, raide et frétillante!…D'une main, il la prenait; de l'autre, il attrapait ma nuque et enfonçait sa bitte dans ma bouche. Je la suçais avec avidité tandis qu'il gémissait et soupirait de plaisir! Puis, sans crier gare, il me poussait sur le lit, écartait mes jambes et il enfournait sa grosse queue dans ma chatte! Oh! Oh oui! que c'était bon! Et je criais son nom! Athos! Athos! Et il criait le mien, se retenant de ne pas m'envoyer son jus à l'instant! Il me baisait si fort, je ne m'en lassais pas! Et je criais encore plus fort! »
« TAISEZ-VOUS! » Les images qui surgissaient une à une chez Aramis étaient des plus licencieuses. Elle n'était peut-être pas en excellents termes avec lui, mais elle refusait de penser à son ami Athos de cette façon! Il n'était pas réputé pour son abstinence- autant le récit de Milady pouvait être plausible, autant il pouvait être exagéré - mais jamais il ne partageait de détails aussi explicites!
« Oui! C'est ça qu'il me disait, de sa voix de ténor si sensuelle! 'Taisez-vous! Vous allez ameuter tout le quartier!' Mais je ne pouvais pas m'en empêcher! Alors il agrippait mes hanches et me retournait avec cette rudesse sauvage qui le caractérise si bien! Il empoignait mes cheveux et forçait ma tête au creux d'un oreiller. Il me fourrait alors comme une chienne en me mordant les épaules! Et moi je relevais mon derrière comme une lapine en chaleur… Il faisait claquer ses mains sur mon cul avant de fermement y planter ses doigts! Voulez-vous voir les marques de ses ongles sur mes fesses? Oh, il était si gros, et si dur! Même quand il voulait me la mettre dans le cul, je disais oui! »
Dans le…le ….quoi? De vives images tout aussi lubriques d'Athos en train d'enfermer son membre dans le derrière de Milady survinrent et la firent rougir la militaire de plus belle.
« Puis il accélérait et je savais qu'il ne tiendrait pas longtemps. Mais moi, j'en voulais plus! Je me mouvais en même temps que lui pour être certaine de le sentir loin, très loin dans mon sexe si juteux! Il me remplissait de son eau bénite en me baisant encore et encore! Il râlait de jouissance! Puis il ralentissait et s'arrêtait, mais il savait que je n'étais pas repue… Il refourrait ses doigts dans mon trou, mélangeant son liquide avec le mien. Il sortait ses doigts bien gluants et les enfonçait dans ma bouche! 'Suce!' qu'il m'ordonnait! Je les léchais avec gourmandise, j'avalais sa chaude semence mêlée du goût de mon sexe. Mais je voulais jouir! Je n'en avais pas… »
« ASSEZ! » ordonna la blonde une nouvelle fois. Elle pouvait entendre ces râles d'Athos jusqu'ici!
« 'Pas assez!' que je lui disais! » fit Anna en ignorant l'autre. « Et je le repoussais plus bas, je forçais sa tête entre mes cuisses, et il me lapait, me suçait à son tour, il passait sa langue sur ma petite cerise, alors je recommençais à crier son nom en me pinçant le bout de mes boules! Oh oui, Athos! Oui, encore, Athos! »
« MAIS FERMEZ-LA! » Aramis maudissait sa puissante imagination et la présence des doigts de Milady trop près de son entrejambe qui commençait déjà à déprécier de rester négligée. Athos léchant un sexe féminin…ohmonDieu, venait-elle vraiment d'imaginer que c'était le sien, sous sa langue?
« Oh non, c'est lui qui se la fermait! Il avait la bouche pleine de ma chatte, il ne pouvait rien dire! Il buvait mon jus, il buvait le sien! Sans s'arrêter, il levait les yeux vers moi. Il voulait me voir jouir! Parfois il remontait pour m'embrasser, je goûtais alors mon propre sexe, et il me mettait trois doigts à l'intérieur, et son pouce frottait mon bouton!...Attendez, je vais vous montrer comment il faisait! »
« NE ME TOUCHEZ PAS! » cria Aramis en secouant la tête. Sous la torsion de son corps pour échapper aux mains de Milady, les cordes craquèrent. Il ne fallait pas que l'autre constate que…que…!
« Allons, Aramis, laissez-vous faire! C'est amusant, vous verrez! » Milady remonta la jupe de sa captive, dénoua le sous-vêtement et glissa un doigt dans son intimité. « Ah la jolie petite chatte blonde!... Oooooohh! mais ça vous excite, mes histoires! » ajouta-t-elle, fébrile. « Vous êtes toute mouillée! »
« MERDE! » brailla la captive, en un son étranglé, en se laissant retomber sur le matelas, profondément honteuse de la trahison de son propre corps. Avec des cercles lancinants, Milady caressait doucement son entrecuisse douloureusement émoustillée.
« Merde? Oh non, j'ai un meilleur mot pour ça, on dit 'fuck' en anglais…Ça veut dire 'merde', mais aussi 'baiser', comme dans 'FUCK ME, ATHOS!' Allez, dites-le! »
« JAMAIS! »
« Aaaahhh…Je comprends! C'est Porthos que vous préférez? Il doit en avoir une géante… » A ces mots, Milady tenta d'insérer ses quatre doigts. « Une saucisse énoooooorme qu'il est impossible de mettre complètement dans le fond de sa gorge! Je l'imagine en train de vous dévorer la chatte comme il le ferait avec les meilleures pâtisseries! Je l'entends chantonner de satisfaction! 'Mmmmmmmmm….Aramis!'
Avec Porthos? D'ailleurs…de quelle grosseur était le membre de Porthos? Pourquoi avait-elle toujours détourné le regard, quand il se baignait? Et pourquoi était-elle en train de s'imaginer en train de chevaucher le corps nu de Porthos?
« Ou votre capitaine de Tréville? Il est peut-être plus âgé, mais une femme peut aimer les hommes d'expérience! D'ailleurs, il me rappelle mon deuxième mari…Oooooh oui, Tréville est comme vous…derrière ses manières austères se cache un gros pervers qui ne pense qu'à se la glisser dans votre fente une fois les autres soldats sont partis! Il aime jalousement sa petite cochonne de travestie…Pensez-y un peu : Est-ce qu'il préfèrerait vous baiser, couchée sur son bureau, ou dans le foin de l'écurie? Votre beau petit cul en l'air, il vous empoigne votre lourde chevelure pour vous forcer à vous cambrer…oh, je parie que vous sauriez comment vous y prendre pour décharger son mousquet! 'Allez, du nerf, soldat!' » grogna l'Anglaise en mimant la voix de Tréville. Puis, reprenant une voix plus aigue : « Oh yes, captain! Fuck me! I've been a bad bad musketeer! »
Aramis ne comprenait pas un mot d'anglais, mais le ton et les soupirs langoureux de Milady laissaient sous-entendre les pires obscénités. Des images très érotiques traversèrent ses pensées et ne l'aidèrent en rien dans ses tentatives pour retarder son orgasme. Coucher avec Tréville? Affalée, nue, toute offerte à lui sur le dessus de son large bureau? Combien de fois s'était-elle retrouvée seule avec son supérieur sans que jamais cette idée ne lui traverse l'esprit? Est-ce que lui s'imaginait vraiment faire ces choses avec elle lorsqu'il lui demandait de travailler un peu plus tard?
« D'Artagnan, peut-être? Mais il est à peine sorti de l'enfance…vous avez sans doute plus de poils que lui. Est-ce qu'il compense en fanfaronnades pour ce qu'il n'a pas dans le pantalon? » A ces mots, seul le petit doigt de Milady chatouilla l'intimité d'Aramis.
D'Artagnan? Pendant un moment, le cerveau d'Aramis se demanda comment elle pourrait fantasmer sur un gamin qui, contrairement à ses autres compagnons, croyait encore à l'amour-unique et appréciait la compagnie d'une fille très romantique et très pudique…tout le contraire de ce qu'elle n'était pas. Et si elle se trompait? Et si d'Artagnan préférait les femmes plus âgées, plus aventurières…du genre de Milady…de son genre…? Avec toute la fougue de sa jeunesse, c'était maintenant lui qui la culbutait dans sa tête!
« Mais revenons à celui qui nous intéresse tant! Athos! » Trois doigts la repénétrèrent durement.
« Non! Arrêtez! » supplia la pauvre militaire émoustillée.
« Je ne m'arrêterai pas tant que vous ne l'aurez dit! Fuck me, Athos! Fuck me hard! »
« FFFF…FOUTREDIEU! » Elle ne pouvait pas donner ce plaisir à Milady, ni abdiquer pour si peu! Elle en pleurerait de honte!…Mais ses manœuvres étaient si agréables; Elle la frottait tout juste au bon endroit! Elle se sentait vraiment jouir! Milady se collait contre elle et déposait de lascifs baisers sur ses joues, sur son cou, sa poitrine… elle l'entendait respirer et roucouler avec luxure, si près qu'elle était de son oreille. Le bassin de l'Anglaise se mouvait contre le haut de sa cuisse et mimait le rythme d'un coït qu'Aramis pourrait être l'objet.
« Bon, l'anglais n'est pas votre point fort…procédons en français, alors! 'Baise-moi, Athos! Baise-moi!' » Après un petit raclement de gorge, Milady imita la voix d'Aramis et répétait à maintes reprises : 'Baise-moi, Athos!'
Quelle était cette sorcellerie? Entendre sa propre voix gémir et répéter ces choses obscènes rendaient le tout si…réel!
Comme si elle lisait dans les pensées de l'autre, Milady modula encore sa voix et la baissa d'une octave.
« Oh Aramis! Je te veux! J'en ai tellement envie! »
C'était maintenant la voix d'Athos!
« B...bordel! » balbutia la pauvresse.
« J'aime les filles de ton genre, ça m'excite ! Oh, que ma bitte me fait mal! Je t'arroserais de ma crème…là, tout de suite! »
« Arrêtez! » fit Aramis, paniquée, pour se donner, en vain, bonne conscience.
« Je ne peux pas m'arrêter! Tu n'as pas dit les mots magiques! » continua Anna de sa voix masculine.
Aramis voulait à tout prix que tout cela s'arrête. Ses bras et ses jambes lui faisaient mal à force de tirer sur ses liens…mais surtout son sexe! Mais pas question de jouir sous les mains de celle à qui elle avait promis une mort certaine!
« Baise-moi, Athos, » grogna-t-elle faiblement entre ses dents serrées.
« Quoi? J'ai rien entendu… » Milady faisait aller sa main encore plus vite.
« Baise-moi, Athos! » Il fallait que ça cesse au plus vite!
« Fuck, Aramis! » dit l'Anglaise en poursuivant avec la voix de son mari. « Tu me fais tellement bander quand tu dis ça! Encore! »
« BAISE-MOI, ATHOS! » cria la mousquetaire dans une ultime tentative.
« On va pas s'arrêter là! Vous y êtes presque! » La belle espionne avait repris sa propre voix. « Allez, je vous montre maintenant comment Athos me lèche… »
S'en était trop! Autour des doigts d'Anna, le sexe d'Aramis se crispa une dernière fois avant de se relaxer complètement. Une vive chaleur envahit tout le bas de son ventre tandis qu'une secousse traversait son corps. Contre son gré, un léger cri de jouissance s'échappa de ses lèvres ouvertes.
Ce n'était pas le plus plaisant des orgasmes. C'avait été plutôt un tremblement, un choc, une explosion certes…mais rien comparé à ce qu'elle ressentait lorsqu'elle se caressait elle-même en songeant à François. Elle pouvait sentir dans son entrejambe les pulsations de son extase…et sur ses joues des larmes de honte. Elle savait que Milady avait fait cela pour l'humilier et pour la faire douter d'elle-même… Elle aurait pu endurer les coups de poings et de fouet, mais de savoir que son propre corps pouvait la trahir d'une façon aussi vile, tout en sachant qu'il avait inconsciemment apprécié ces caresses, rendait le tout si…confus! Épuisée, à bout de souffle, la blonde ferma les yeux.
« Nous sommes des femmes, Aramis… » dit Anna avec condescendance. « Vous le resterez toujours, quels que soient les vêtements que vous porterez. Mais vous semblez l'avoir oublié; Je vous propose donc une petite excursion dans notre monde féminin, puisque vous ne savez rien de celui des hommes non plus. Non…Vous ne savez rien d'Athos.»
Aramis gardait les paupières fermées, mais toute son attention était dirigée vers les mots de son ennemie. Cette dernière s'était levée et parcourait lentement la petite pièce.
« Je me souviens des jours où nous étions mariés. Pour lui, j'étais la belle étrangère, la chose exotique qu'il s'amusait à parader à son bras. J'étais sa femme, mais il ne me considérait pas mieux que sa putain préférée. Lors de notre première rencontre, je n'avais rien d'autre en ma possession que les vêtements que j'avais sur le dos. Pas d'avenir, ni même de passé. Rien! Il l'avait compris; c'avait été facile de me faire miroiter une vie où je ne crèverais pas constamment de faim et de froid. Un peu contre mon gré, j'étais devenue son acquisition, comme lorsqu'on va à la foire pour s'acheter un nouveau cheval ou une nouvelle vache. Lui s'était procuré une épouse-bibelot! Il aurait pu me mettre sur une étagère, cela n'aurait fait aucune différence…Tant que j'étais belle, qu'il pouvait m'admirer et me montrer fièrement à ses amis, le reste importait peu. Quand j'en ai eu assez de son indifférence, il a réalisé ce qu'il avait perdu. Mais il était trop tard. Il n'a pas essayé de me reconquérir. Il m'a plutôt battue. J'étais enceinte, mais ça ne l'a pas empêché de me frapper. Vous auriez du voir mon visage, j'étais horrible! J'ai porté un masque pendant plusieurs jours. Tout ça pour rien. Il m'a chassée, me laissant seule avec, en mon sein, notre fils. Qu'il n'a jamais voulu accepter, d'ailleurs. Reconnaitre ses erreurs est une chose au-dessus de lui. »
Elle se retourna vers Aramis, qui avait ouvert les yeux.
« Je suis le monstre qu'il a lui-même créé. »
« Athos vous a aimée! » le défendit-elle.
Milady sourit. « Vous êtes d'une charmante naïveté. Athos n'a aucun respect pour les femmes. »
Aramis détourna le regard, refusant de donner crédit aux paroles de l'Anglaise. Un profond malaise s'installa toutefois bientôt en elle. La toute première réaction d'Athos, lorsqu'il avait découvert son secret, n'avait-elle pas été de la fuir et de se méfier d'elle? La première chose qu'il avait tenté de connaitre à son sujet n'était-elle pas 'le nombre de fois qu'elle avait couché avec Tréville pour qu'il l'accepte dans ses rangs'?
La geôlière sourit en voyant l'incertitude s'installer sur le faciès d'Aramis. « Vous commencez à comprendre… Aaaawwww, vous savez, nous aurions pu être amies, si nous avions été dans le même camp! Mais trêve de bavardage, il se fait tard! Et vous m'avez mise de trrrrrrès bonne humeur ce soir! Je vais vous laisser un poignard pour vous défendre lorsque vous aurez trouvé un moyen de vous détacher! Je le laisse juste là, caché sous le lit. Vous vous en souviendrez? Et en échange, je prends ça… »
Les vêtements masculins d'Aramis dans les mains, Milady regarda la femme qui faisait feinte de l'ignorer et se pencha vers sa captive. Elle l'embrassa rudement sur la bouche et lui croqua les lèvres. « Il vous manquait un peu de rouge sur les lèvres, » fit la femme en narguant l'autre.
Sous la morsure, Aramis réouvrit les yeux et secoua vivement la tête. Avec ses cheveux en bataille et sa bouche enflée et en sang, Milady se disait qu'elle avait vraiment un air plus sensuel et sauvage! Subitement, un éclat doré capta son attention.
« Ah…tiens?…c'est quoi, ça? » Entre ses doigts, Milady faisait tourner un médaillon or et rubis.
« NON! C'EST À MOI! » s'écria soudainement Aramis, au bord des larmes. Les cordes craquèrent de nouveau et s'enfoncèrent dans les chairs autour desquelles elles étaient enroulées, leur propriétaire n'ayant cure de la douleur provoquée par son élan.
Ce cri déstabilisa brusquement Milady. Quelle était donc cette chose à laquelle Aramis semblait tenir plus que sa vertu?
« C'est le pendentif de M… »
« Ce n'était pas à Manson! » hurla encore la prisonnière.
L'Anglaise, émue, s'arrêta de nouveau à l'urgence contenue dans cette exclamation. Elle baissa les yeux vers le bijou : Il était brisé et dévoilait la moitié d'un portrait d'une jeune fille…une femme qui avait son âge lors de son mariage avec Olivier…une femme qui – elle reporta les yeux vers la mousquetaire – était juste là, attachée sur un lit. Une femme qui avait presque son âge quand, elle aussi, avait vu sa vie complètement chamboulée…
« Nous aurions pu être amies… » répéta Milady avec, cette fois, beaucoup plus de sincérité, mais sans pourtant se laisser complètement attendrir. « Je vous promets que j'en prendrai bien soin, » assura-t-elle en s'éloignant après avoir fait glisser la chose dans sa poche. Elle se retourna et se dirigea vers la sortie. La main sur la poignée de la porte, elle s'immobilisa. « Et…conseil d'amie: vous auriez intérêt à vous sauver avant que le propriétaire de cette chambre ne revienne! »
A suivre
