CHAPITRE 16

Poufiasse! Salope! Enfant de chienne! Conasse! Sale pute! Trainée!

C'était maintenant des larmes de rage qui s'échappaient des yeux d'Aramis. Comment cette maudite diablesse avait-elle osé prendre le médaillon de François, la seule chose qui lui restait de son fiancé! Elle le paierait cher, très cher! Elle allait l'égorger et la regarder râler de douleur tandis qu'elle se viderait de son sang! Oui! Elle l'égorgerait comme la sale truie qu'elle était!

Essoufflée, elle poussa un profond soupir en s'écroulant sur le matelas. Les nœuds qui retenaient ses mains étaient plus complexes qu'ils en avaient l'air, et maintenir cette position – le dos arqué et la tête renversée vers l'arrière – l'épuisait rapidement et la faisait légèrement suffoquer.

Elle avait tenté de tirer sur ses liens pour sortir une dextre hors des cordes, mais elle s'était vite rendu compte que ce serait impossible sans se casser le poignet ou quelques doigts. Et un mousquetaire devait garder ses mains intactes, sinon il ne servait plus à rien. Il fallait qu'elle prenne patience et défasse les boucles.

Un autre soupir frustré quitta sa bouche tandis qu'elle se remettait à la tâche en ruminant sur les derniers événements de la soirée. Cette Milady l'avait tripotée de la plus abjecte manière! La moiteur de son sexe lui rappelait le cuisant affront dont elle avait été victime un peu plus tôt. Et elle l'avait embrassée sur la bouche avant de lui mordre les lèvres! C'était certes beaucoup mieux qu'une lame plantée en plein cœur, mais l'infamie et le ridicule pouvaient tuer d'une autre façon… D'un autre côté, avait-elle raison de s'en faire? A qui Milady pourrait bien raconter ces 'exploits' sans se faire fusiller à vue? À Athos? Après toutes les obscénités qu'elle venait d'entendre sur le compte du beau ténébreux, elle pourrait aisément lui rappeler quelques détails de sa vie intime s'il lui venait à l'idée de se moquer ou d'être dégoûtée d'elle! Fuck me, Athos! s'entendait-elle déjà le narguer avec un accent anglophone.

Elle prit une autre pause pour reprendre des forces tout en poursuivant ses soliloques internes. Mais d'ailleurs, quelle était la part de vérité dans ce que l'Anglaise avait raconté sur Athos? Sur elle-même? Elle n'avait même pas mentionné sa marque à l'épaule! Et elle avait parlé d'un deuxième mari? Comment pouvait-elle en avoir épousé un autre alors que le premier était toujours en vie? Ah, qu'il était facile d'enjoliver sa version de l'histoire! Quelle fieffée menteuse!

Elle arrêta ses pensées. Et Athos, dans cette histoire? Quelle était sa part de véracité? Est-ce qu'il avait vraiment battu son épouse alors qu'elle était enceinte de lui? C'était un peu radical…

…mais c'était Milady! Elle le méritait sûrement! Et il aurait du la frapper plus fort encore! ragea-t-elle en se débattant de plus belle avec les cordes.

Aramis ne comprenait toutefois pas comment il pouvait être encore amoureux d'elle, même après toutes ses vilénies. Bien que, selon les dires de la femme, ils ne semblait pas l'avoir aimée… Ça semblait compliqué, leur histoire de couple… Mais y avait-il une limite à ce qu'il pouvait supporter, ce qu'il pouvait accepter? Elle s'en voulu tout de suite pour avoir eu ces pensées. Si elle avait été à sa place, jusqu'à quel point n'aurait-elle pas continué d'aimer François malgré tout?

D'un rapide coup d'œil, Aramis explora la pièce où elle était enfermée : une cellule plutôt petite, un lit, une chaise, une fenêtre. Et puis, c'était à qui, cette chambre? Milady lui avait suggéré de quitter l'endroit rapidement…ça voulait dire quoi? Qu'un vil pervers de la même espèce que cette traîtresse allait la trouver là, ligotée et incapable de se défendre, prête à subir de nouveaux attouchements? Ceux qui s'acoquinaient avec cette démone n'étaient pas réputés pour être des enfants de chœur, et Aramis avait tout intérêt à quitter ce lieu au plus vite si elle voulait conserver un peu de sa vertu!

Elle s'arrêta encore. Sa vertu? C'était quand, la dernière fois où elle avait songé à sa « vertu »? Ah oui…quand elle s'était retrouvée pour la première fois dans un lit avec Athos. C'était quoi, d'ailleurs, la vertu? Qu'est-ce qui faisait la différence entre une personne vertueuse et celle qui ne l'était pas? Était-elle plus vertueuse qu'une autre car elle n'avait pas connu d'homme? Est-ce Milady avait voulu lui perdre sa vertu en la caressant et en la faisant jouir ainsi?

Mue par une nouvelle colère, elle prit une profonde inspiration et tirailla de plus belle avec ses attaches. La mort soit sur ces nœuds! Il fallait qu'elle se sorte de ce merdier et qu'elle retourne avec son groupe!

Mais…Milady avait quitté avec ses vêtements en mains. Elle ne pouvait pas réapparaitre devant les autres mousquetaires dans cette tenue! Qui plus est, Athos et Porthos avaient sans doute déjà remarqué son absence et se mettraient à sa recherche. Autant elle aurait aimé qu'ils la retrouvent, autant elle ne voulait pas qu'ils la voient ainsi!

Elle s'interrompit encore quelques instants et rougit.

Il avait été étrange de penser à eux…Athos…Porthos…d'Artagnan…et même au capitaine. Comme il était saugrenu de s'être imaginée dans leurs bras! Et ce qui était plus curieux encore, c'était de songer que jamais en six ans, à les côtoyer presque jour et nuit, elle n'avait eu de désir ni pour l'un ni pour l'autre. Avait-elle été obnubilée à ce point par sa soif de vengeance qu'elle en avait oublié qu'il y avait un 'après', ou même un 'pendant' possible à sa vie de mousquetaire? 'Vous n'avez aimé personne d'autre?' lui avait demandé la veille son camarade. Il lui semblait soudainement que ces années déguisée en soldat ne faisaient plus aucun sens. Venger la mort de quelqu'un…c'était improductif, à bien y penser. Ca n'aura servi à rien d'autre qu'à se distraire de sa peine et à ne pas se laisser épouser par le premier venu… Sinon, elle aurait été forcément mariée à cet homme, ce Robert qu'elle n'avait jamais vu. C'aurait été ses enfants à lui qu'elle aurait portés. C'aurait été ses mains à lui qui se seraient promenées sur son corps dénudé et qui…

Aramis se réveilla en sursaut.

Baste! Elle s'était assoupie! Il était vrai qu'elle avait été kidnappée au beau milieu de la nuit et qu'elle était épuisée, mais comment pouvait-elle s'endormir en un moment pareil? En rêvant d'un inconnu, qui plus est! Mais diantre! pourquoi se rappelait-elle encore de ce type? Il n'avait plus aucune importance, et n'en avait jamais eu d'ailleurs!

Elle jeta un bref regard vers la fenêtre : le ciel était déjà clair. Il devait être près de six ou sept heures. Comme s'il répondait à sa question, le clocher d'une église, au loin, sonna sept fois.

D'ailleurs, était-elle encore à Rennes? Dans son inconscience, Milady aurait pu la conduire ailleurs… La fenêtre de la chambre étant toujours ouverte, Aramis pouvait entendre le pépiement habituel d'une campagne qui se réveillait et qui commençait ses activités. Elle n'était donc peut-être plus dans la citée…

Elle se cambra de nouveau pour se remettre au travail. Si elle tordait le bout de la corde entre ses doigts, elle pourrait la rendre plus raide et la repousser, en sens inverse, dans le nœud…

Au bout de plus d'une heure de manipulations, une première main fut enfin délivrée et ses trois autres membres suivirent peu de temps après. D'un mouvement leste, elle se remit sur pieds en se frottant les avant-bras. Machinalement, elle exécuta le premier geste nécessaire à ses yeux : s'armer. Elle ramassa donc le poignard sous le lit ainsi que la seule chose disponible pour mettre à ses pieds : une paire d'inconfortables escarpins plats.

Elle testa la porte : cette dernière étant verrouillée, elle se dirigea vers la fenêtre. Celle-ci donnait sur l'arrière du bâtiment et surplombait une cour intérieure. Elle était donc à l'étage, et par en juger un grand escalier qui encerclait l'imposant immeuble, elle en déduisit qu'il s'agissait d'une auberge. Au loin, elle pouvait apercevoir les pignons des plus hautes toitures et les clochers de Rennes.

Elle se retourna subitement vers l'entrée de la pièce. De l'autre côté de la porte, elle avait perçu des voix et des bruits de pas qui s'approchaient. Nerveusement, elle repassa la tête par l'ouverture : elle ne pourrait pas se pendre au rebord sans se faire remarquer, mais la fenêtre était en saillie par rapport au reste de l'édifice et s'appuyait sur une seconde toiture. Elle enjamba donc la bordure, s'accrocha au cadre de la fenêtre et s'installa sur ce contre-toit, dans l'angle extérieur formé par le mur et la saillie.

Il était temps. La porte de la chambre s'ouvrit dans un fracas et, de sa cachette, Aramis sursauta. Les voix cessèrent subitement. Après quelques secondes, les échos des talons de bottes martelant le sol se firent audibles.

« Ah, » fit une voix mâle inconnue. « Elle avait pourtant dit qu'une surprise m'attendait… »

« Le lit est encore chaud, patron,» répondit une voix plus nasillarde. « Elle ne peut pas être bien loin! »

Aramis le savait : les nouveaux arrivants – qu'elle devinait être un groupe de cinq ou six personnes - se dirigeaient vers la fenêtre ouverte. Anxieuse, elle se cramponna à son poignard et retint son souffle. Comme elle l'avait prévu, ils ne la virent pas, cachée dans l'angle mort.

« Sortez et fouillez partout! » ordonna la première voix.

Des pas pressés s'éloignèrent.

Elle devait quitter cet endroit au plus vite. Si ces sombres sujets sortaient à l'extérieur, ils pourraient aisément la voir perchée sur la corniche!

…. … …

C'était un homme âgé entre trente et trente-cinq ans dont la taille n'avait rien à envier à celle de Porthos mais qui, contrairement au grand mousquetaire, n'en avait pas la carrure aussi imposante. Son visage ovale, encadré de belles ondulations brunes qui tombaient sur ses épaules, brillait à la fois de malveillance et d'espièglerie. Il était difficile de déchiffrer qu'elle était l'émotion qui habitait son cœur car elle ne se reflétait que rarement sur ses traits. La plupart du temps, ses interlocuteurs ne se méfiaient pas de cet individu et passaient outre ces lueurs malfaisantes: il était relativement beau, extrêmement charismatique et d'une intelligence supérieure. Lorsqu'ils apprenaient qu'il montait aussi bien à cheval qu'il excellait au maniement de l'épée, qu'il avait voyagé de l'Indochine jusqu'en Nouvelle-France, et que ses richesses faisaient pâlir les plus grands seigneurs du pays, leur conquête était complète. On le croyait humble car il possédait des titres de noblesse sans jamais les énumérer; il faisait partie de l'aristocratie sans en prendre part, allant même à l'encontre des coutumes de son rang. Certains de ceux qui finissaient par le connaître plus à fond déchantaient rapidement lorsqu'ils constataient que ce rebelle était entre autre anti-monarchique, anti-papiste, athée, sadique, misogyne et manipulateur; les autres, tout à l'inverse, voyaient en lui un nouveau Messie et lui vouaient presqu'un culte.

Il n'y avait qu'une seule femme qu'il avait fini par considérer comme son égale et qui avait réussi à lui inspirer un peu de respect : Anna du Breuil, 'sa' Milady.

L'homme scruta la pièce de ses yeux pers. Les cordes étaient là, sur le sol. Sa 'surprise' avait du s'échapper.

« Dommage… » fit-il avec philosophie. Il passa délicatement ses doigts entre ses cheveux. Près de son oreille, cachée par les poils, une profonde coupure, qui s'étendait de la tempe à la mâchoire, commençait à guérir.

Venant de l'extérieur, un son attira son attention et il se dirigea lentement vers la fenêtre. En bas, les gens de l'auberge s'affairaient. Un grand gaillard, sa hache en mains, fendait du bois; Une grosse dame d'âge mûr nourrissait les poules dans l'enclos; Une autre, plus jeune et mince, s'éloignait sans hâte, un seau à la main. Deux paysans la croisèrent, lui firent sans doute un commentaire déplacé, auquel elle avait répondu, sans même se retourner, en leur montrant son majeur levé. Du haut de sa chambre, l'inconnu rit en même temps que les deux malotrus; elle en avait, du culot, cette blondinette! En plein le genre qu'il aimait!

« Hé, toi! » cria-t-il, amusé, à son intention. Sous cette apostrophe, il la vit se raidir. « Ouais, toi! la belle blonde! » sourit-il de plus belle, envisageant déjà ce qu'il pourrait faire avec elle. Elle ne répondit ni ne se retourna et accéléra même la cadence pour s'éloigner. « Salope… » maugréa l'étranger, subitement mécontent de se voir ignoré. Il plissa toutefois les yeux, ayant remarqué un détail saugrenu. Qu'elle était cette marque rougeâtre, sur le haut de l'épaule de cette femme? « HÉ, TOI! » fit-il encore plus fort. Mais oui! C'était sans doute elle, la gâterie de Milady! Et c'était pour cette raison qu'elle avait maintenant abandonné son seau et s'enfuyait en courant!

L'anonyme passa une jambe par-dessus le rebord de la fenêtre, bien résolu à ne pas laisser s'échapper sa proie. Il arrêta brusquement son geste avec un sifflement de douleur et posa ses mains sur sa cuisse. Il se rétracta dans la pièce en serrant les dents, détacha sa culotte et fit glisser son haut-de-chausse sur ses genoux : la jambe droite affichait un bandage que du sang frais venait tout juste de tacher. Un soupir qui ressemblait à grognement informa un nouvel arrivant qu'il aurait du attendre avant d'entrer.

« Monseigneur… » geignit ce dernier.

« QUOI? » aboya celui qui semblait être le maitre de la bande. « Va me chercher ma trousse de chirurgien! Et ramène-moi la fille!»

« La…qui? »

L'inconnu désigna la fenêtre d'un mouvement de tête. « La blonde à la robe brune qui allait en direction de Rennes! Dépêche-toi! Elle a une marque sur l'épaule!»

Heureux de quitter son chef, le couard s'exécuta.

Le bandage fut dénoué pour révéler une autre énorme plaie. L'homme se pencha pour examiner sa blessure plus à fond, heureux de voir que les coutures qu'il avait faites lui-même ne s'étaient pas défaites, bien que la lésion saignât. D'une poche intérieure de son pourpoint, il tira une flasque d'eau-de-vie, la déboucha et, faisait fi de la douleur avec un calme absolu, en arrosa sa jambe. Il rebanda ensuite sa cuisse, plus fermement cette fois.

Le subalterne se représenta avec un paquet roulé.

« La fille! Je veux la fille! » fit le seigneur en ignorant le matériel médical qu'il avait demandé.

Le pauvre timoré ne le se fit pas répéter, déposa le paquet et repartit aussitôt.

…..

Avec agilité, Aramis s'était laissée glisser au bas de la corniche, avait attrapé le premier item entrevu et avait pris la route avec nonchalance afin de ne pas se faire remarquer. Dans son dos, elle pouvait entendre le conciliabule pressé de ceux qui semblaient vouloir la rechercher et qui partaient dans des directions diverses. Elle n'avait toutefois pas fait une dizaine de pas que deux goujats à peine plus âgés qu'elle lui lancèrent un commentaire si grossier qu'elle n'eut qu'une envie : leur montrer son doigt le plus long! Maudits soient ces rustres de provinciaux! Leur rire gras la fit rager d'avantage, mais avec une maitrise suprême, elle parvint à les ignorer. Si elle avait eu son épée, elle aurait abreuvé la terre de leur sang!

Puis, dans son dos, une autre voix l'avait interpellée une première, puis une seconde fois. Elle ne pouvait pas expliquer pourquoi, mais un mauvais pressentiment s'était aussitôt emparé d'elle et l'avait supplié de presser le pas. A la troisième interjection, elle avait lâché le seau qu'elle avait en mains et s'était mise à courir. Ses entrailles se serraient inconfortablement et l'adrénaline courant dans ses veines lui donnaient la force et l'oxygène nécessaires pour s'enfuir le plus loin possible et qu'elle le fasse sans s'arrêter pendant plusieurs minutes.

Pourquoi avait-elle aussi peur? N'était-elle pas Aramis, un féroce mousquetaire du roi? Même armée d'un simple poignard? Elle avait combattu les plus effrayants vilains, s'était tenue devant des sabres, des torches, des canons... Sacrebleu! Elle avait survécu à l'embuscade de Poitiers! Elle avait commandé un régiment! Elle ne pouvait pas trembler devant un vulgaire vicieux! Est-ce que c'était ces frusques de femmes qui, inconsciemment, la rendaient faible et vulnérable? Peut-être que Milady l'avait même droguée d'une potion qui la rendait lâche?

A l'ombre d'un arbre, elle s'arrêta pour souffler un peu et remettre de l'ordre dans ses idées.

« Sorcière! » fulmina une femme dans son dos et qui la fit brusquement tournoyer sur elle-même. Aramis croisa un regard noir et rempli de mépris. Sans la quitter les yeux, l'autre se pencha vers l'enfant accroché à sa main, partagea quelques médisances à l'oreille de ce dernier, qui adopta rapidement l'attitude négative de sa mère. Les deux la quittèrent en se signant.

La mousquetaire repris son chemin. On se retournait sur son passage. On murmurait beaucoup. On se donnait des coups de coude et, d'un signe du menton, on la désignait. On fronçait les sourcils. On grimaçait. On proférait des insultes aussi bien à voix basse qu'à voix haute. Un homme lui cracha même dessus.

Aramis ne comprenait pas : pourquoi soudainement tant de méchanceté à son endroit? Est-ce que c'était cette robe qui était trop échancrée et qui insultait les passants? A en juger par l'allure de certaines tenancière, ses habits étaient pourtant plutôt sobres! Elle remonta sa chemise sur sa poitrine et garda donc un profil bas, en se faufilant dans le dédale des rues de Rennes. Lorsqu'elle arriva au couvent où ses camarades et elle étaient logés la veille, on l'informa du bout des lèvres qu'ils avaient déjà quitté depuis un bon moment et on lui claqua le portail au nez.

Aramis était sans mots. Comment avaient-ils pu partir sans elle? Ils n'avaient pas pu ignorer son absence : le capitaine faisait l'appel tous les matins!

« Oh, non…c'est pas vrai… » laissa-t-elle tomber en se souvenant que Milady était partie avec ses vêtements.

…. … …

Pourquoi avait-elle fait cela? Elle aurait du simplement la laisser croupir nue dans un tas de fumier, si elle voulait se venger.

Se venger de quoi, au fait? Qu'Aramis ait fait son travail de mousquetaire en déjouant son complot? Elle était plutôt intelligente, pour une femme. Un peu naïve, mais vive d'esprit et douée. Elle avait amplement de ressources pour attaquer directement Olivier…alors pourquoi être passée par Aramis pour l'atteindre? Pourquoi punir Aramis pour ce qu'Olivier avait fait?

Nous aurions pu être amies… Depuis qu'elle l'avait prononcée, la phrase revenait la hanter.

Milady secoua énergiquement la tête. Elle ne devait pas se laisser attendrir! N'avait-elle pas tenté de faire brûler vif le petit Jean, un gamin à peine moins âgé que ne l'était son propre fils, pour punir d'Artagnan?

Elle ne put pourtant réprimer un regard derrière elle : est-ce qu'Aramis serait capable de s'enfuir avant qu'il ne la rejoigne dans cette petite chambre aux abords de Rennes? Quelle idée cruelle, de l'avoir attachée, telle une victime sacrifiée sur l'autel! S'il la reconnaissait, elle subirait un sort affreux…Puis, si elle parvenait à s'enfuir, elle n'était pas encore au bout de ses peines…

Lui….elle l'avait cru mort. Elle n'en avait pas été peinée, ni réjouie.

Elle était à Vannes lorsqu'il l'avait reconnue. Il l'avait rudement poussée dans un coin sombre, immobilisant aisément ses poignets avec sa force herculéenne. Malgré la noirceur, elle avait reconnu ses iris bruns teintés de vert, ses lèvres sur les siennes, son goût épicé de girofle…Elle avait presque oublié son visage.

Elle avait été certaine qu'il venait pour la punir de l'avoir quitté. Elle en avait tremblé de crainte. Il ne fit toutefois aucun geste de violence. Il avait même paru content de la revoir. Il l'avait baisée moins rudement qu'à l'habitude. Il l'avait gardée entre ses bras pour le reste de la nuit.

Ils avaient repris des chemins différents pour mieux piéger le cortège royal; Lui aussi, avait-elle appris, s'était mis à la suite des mousquetaires, attendant enfin le bon moment où, guéri de ses terribles blessures, il serait en mesure de les frapper.

Elle ne lui avait rien dit à propos d'Aramis. C'était son secret à elle, maintenant que Manson était décédé. A l'aide d'un corbeau messager, elle lui avait simplement fait parvenir une petite note : en guise de réconciliation, une surprise l'attendait dans la chambre qu'il avait louée près de Rennes. Pour une raison obscure, elle regrettait maintenant son geste.

Manson….elle se peinait presque qu'il ne soit plus là. Il n'était pas d'une compagnie des plus agréables, mais au moins elle n'avait pas peur de lui.

Est-ce que la mort était la seule façon d'échapper à la dictature du Masque de Fer?