Chapitre 17 :
Athos se demandait s'il existait un tas de merde plus profond que celui dans lequel il était présentement embourbé. Il doutait que sa situation puisse être plus mauvaise : qu'est-ce qui pourrait être pire que de se tenir tout prêt d'une bombe prête à exploser sans qu'il ne puisse rien faire pour l'en empêcher ni prédire comment et à quel moment elle allait tout faire sauter?
Anna était résolue à le faire souffrir et à faire de sa vie un enfer, et elle avait compris que de le torturer mentalement était beaucoup plus efficace que de le fouetter, le battre, ou même le tuer. Il aurait pu craindre pour sa vie; mais qu'elle le tue ou le rende fou jusqu'à ce qu'il se donne lui-même la mort étaient de bien piètre importance à côté de ces trois mots : Où est Aramis?
A force de chantage et de manipulation, le pouvoir qu'elle exerçait sur lui la grisait. Elle lut dans ses yeux pâles et exorbités la question qui le brûlait tout entier et ne put réprimer un petit rire guttural et narquois.
Comme il détestait ce son! C'était encore plus désagréable en étant obligé de le subir sans pouvoir répliquer! Sa femme avait franchi une ligne qu'il n'aurait pas traversée même face à son pire ennemi. S'en prendre à ceux qu'on aime…c'était d'une bassesse qu'il n'avait pas cru possible chez elle! En avait-elle tellement assez de sa propre vie qu'elle était prête à tout? Elle était seule au beau milieu d'une vingtaine de soldats d'élite encore échaudés par la bataille qui avait eu lieu sur l'île-forteresse quelques jours plus tôt, un roi prêt à l'envoyer à la potence, un capitaine qui la regarderait, avec une satisfaction frôlant la démence, se balancer au bout de la corde, un prince trahi qui ne lèverait pas le doigt…personne, ni même lui-même, ne prendrait son parti…surtout pas si on apprenait que, par un habile subterfuge, elle s'était substituée à l'un des leurs…
Aramis…Il se sentait si démuni en son absence…où était-elle? Était-elle toujours en vie? Est-ce qu'Anna lui avait fait mal? D'instinct, il tira sur la bride de sa monture pour lui faire faire demi-tour.
«Vous avez oublié quelque chose, Athos? » fit la voix 'd'Aramis' dans son dos. Le timbre le fit tressaillir et se retourner aussitôt. 'Aramis était revenue!' lui mentit son ouïe. Hélas, ses yeux ne recroisèrent que ces deux mêmes iris verts et méchants. Milady rit encore et se moqua de sa bévue.
Il y avait un pistolet pointé vers lui. L'autre était dirigé vers le cortège. Il pourrait se jeter sur elle : dans la surprise, elle tenterait de se défendre en faisant feu sur lui. Les autres se précipiteraient vers eux et découvriraient l'imposture de Milady. Il devrait tenir encore quelques minutes pour demander à Porthos de retourner vers Rennes pour retrouver Aramis. Il se viderait de son sang et mourrait entre les bras de son cher ami…Ce plan le tentait affreusement…
« Alors…mon indigne époux …vous comprenez la situation, » reprit Anna avec son accent habituel. « Vous allez m'obéir au doigt et à l'œil. Votre propre vie vous importe peu, je le devine. Aussi je ne la mets pas en jeu : Je mets plutôt celle de votre souverain entre vos mains. Toutefois, j'avoue que, d'ici, je n'arrive pas à les différencier. Louis, ou Philippe? Le roi, ou le premier successeur au trône?
« Où est Aramis! » questionna-t-il en ignorant complètement les menaces de la femme.
Elle paru fâchée de se faire ainsi ignorer. Se remémorant les paroles que d'Artagnan avait répondues au Masque de Fer, quelques jours plus tôt, elle répondit sur le même ton dédaigneux que le jeune Gascon :
« Allez le savoir! »
« Anna! » grogna-t-il en portant instinctivement la main sur la garde de son épée.
« La vie de votre roi n'a donc pas d'importance à vos yeux? Quel piètre mousquetaire vous faites! » Elle fit reculer le cran de sécurité dans un cliquetis sinistre. « Et si le roi mourrait de la main d'un de ses soldats…celle d'Aramis en l'occurrence? »
Athos le savait : la honte tuait bien plus que la mort elle-même. Jamais il n'oserait prendre le risque d'entacher la réputation de son amie. Même s'il savait qu'éventuellement, l'identité de Milady serait découverte, le nom d'Aramis serait à tout jamais lié au décès du monarque…
Et puis…s'il révélait à tous que, sous ce pourpoint se cachait Milady, une femme…Qu'adviendrait-il lorsque la vraie Aramis reviendrait? – il eu soudainement un doute et son cœur se mit à battre à tout rompre : et si elle ne revenait jamais? – On demanderait peut-être à ce qu'elle, ou plutôt « Il », le supposé-mâle soldat, prouve que c'était vraiment lui, qu'il était homme…l'embarras serait ingérable pour sa partenaire de combat.
Enfin, il y avait réellement le danger qu'elle ne s'en prenne au roi ou au prince : Athos n'était pas dénué du sens du devoir.
Devant l'indécision de l'homme, Milady braqua son arme vers une autre victime, juste aux côtés du souverain.
« Porthos alors?»
« NON! »
Il n'avait pu retenir ni son cri ni son bras tendu vers elle. Pas Aramis! Pas Porthos! Le roi, le prince, n'importe qui d'autre - qu'elle en finisse et qu'elle le tue enfin, lui! - mais ni Porthos ni Aramis!
« Oh oh oh oh! » ricana la belle. « Je ne savais pas que vous aviez ce genre de sentiments pour ce gros nigaud! »
Une part de lui aurait voulu la frapper pour avoir insulté son camarade tandis que l'autre muselait la première, trop occupée à méditer les paroles qu'on lui avait lancées. Des sentiments? Pour Porthos? Il n'avait pas besoin d'être amoureux de Porthos pour le considérer comme son meilleur ami et être préoccupé par son bien-être! C'est en songeant avec l'acuité parfaite d'Aramis pour les invectives qu'il prépara sa contre-attaque.
« Quoi? Il ne s'agit pas de sentiments d'amour, mais d'amitié! Mais dans le premier cas comme dans l'autre, vous n'en connaissez rien! Vous êtes seule et misérable. Vous n'aimez personne, et vous n'arrivez plus à vous faire aimer : ce doit être une véritable torture. La mort du corps, ce n'est rien en comparaison de la mort du coeur. Je me désolais de votre chantage envers moi, mais franchement, je me demande qui de nous deux est le plus à plaindre! »
Le cruel commentaire fit parfaitement mouche : le visage de la femme se décomposa et perdit son insolente assurance. La main qui tenait l'arme qui visait Porthos tremblait en se levant lentement.
« Je vous déteste, Olivier! » balbutia-t-elle en retenant ses larmes.
« Oh, mon indigne épouse! » ironisa-t-il. « Nous avons enfin un point en commun : Nous nous détestons mutuellement! » Oh oui, en ce moment même, l'amour qu'il pouvait encore éprouver pour elle était bien loin quand les vies de ses amis étaient en jeu!
Elle détourna le visage pour ne pas qu'il voit à quel point elle était blessée.
« Je vais me plier à votre chantage » persifla-t-il. « Pour Aramis. Pour Porthos. Mais c'est tout ce que vous obtiendrez de moi! » ragea-t-il.
Il poussa son cheval et se positionna devant celui de Milady, acceptant, sans aucune peur ou regret, la haute possibilité de se retrouver avec un projectile entre les deux épaules.
….. …. …. ….
Le roi avait grimacé et avait refusé l'itinéraire proposé par le chef de sa garde : Il était hors de question de s'arrêter à Vitré et de faire hommage à cette citée fort protestante de son auguste présence! Mais en homme d'habitudes bien serrées, Louis XIII décida de stopper sa troupe en pleine campagne pour le repas du midi et envoya plutôt quelques hommes discrètement vêtus pour aller en ville chercher des victuailles pour tous.
Toute la matinée, Athos avait tenté de questionner Milady sur l'endroit où se trouvait Aramis. Anna n'avait répondu qu'avec des moues dédaigneuses et des commentaires évasifs, mais le mâle connaissait assez bien sa conjointe pour décrypter ces grimaces et de deviner qu'aux dernières nouvelles Aramis n'était ni blessée ni morte. Lors de la halte, il la talonnait, ou plutôt la devançait en se mettant constamment dans sa ligne de mire, pour l'empêcher de faire plus de dégâts que nécessaire et la forçait à se tenir, en sa compagnie, un peu à l'écart du reste de la bande. Personne n'avait remarqué qu'il y avait eu échange : la perruque et le maquillage de l'Anglaise étaient parfaits. Seuls ses prunelles vertes pouvaient la trahir.
Alors qu'ils étaient donc en retrait, à l'ombre d'un arbre, Athos fronça les sourcils quand il vit Saint-Mars s'approcher d'eux.
« Voilà pour vous deux! » fit ce dernier en leur remettant du pain, du fromage, un peu de viande séchée et un litre de vin. « Et oh, Aramis, et j'ai vu des cerises dans l'arbre, là-bas! »
« C'est très gentil à vous, Saint-Mars, » répondit Athos à la place de la femme. « Aramis adore les cerises! » ajouta-t-il en pesant ces derniers mots.
Milady leva les yeux vers le nouveau venu. Ce dernier lui souriait amicalement, sans malice.
« Oui, c'est gentil….Merci, » répondit-elle calmement.
L'intrigante se perdit dans les méandres de ses pensées tandis qu'elle grignotait sa pitance. Tout était si différent de sa vie à elle... Les hommes allaient et venaient entre eux, divaguant et blaguant joyeusement. Il y avait une telle légèreté dans leurs manières…ils ne calculaient pas leurs gestes ni leurs paroles; la confiance régnait. Milady avait remarqué la même aisance dans le corps de gardes de Richelieu, et même parmi les hommes de main de Manson.
Même ainsi déguisée, elle n'avait pas prévu d'apprécier ce tout autre monde : celui où personne ne l'insultait ouvertement, ne la chassait ou ne la considérait comme moindre à cause de son sexe. Quel agréable changement! Pas étonnant qu'Aramis ne troquait pas ses bottes sales contre des escarpins ou cette âcre odeur de poudre à canon contre de délicats et sensuels parfums!
Milady connaissait la notoriété qu'avait acquise la mousquetaire : le beau, le prude, le discret, mais aussi le rusé, le fier, l'imbattable, l'inébranlable….Quelle femme pourrait se vanter d'être ainsi louangée? Les seuls qui disaient du mal d'Aramis étaient ses ennemis, et on pouvait percevoir la jalousie qu'ils éprouvaient face au superbe mousquetaire : leur calomnies étaient infondées et n'étaient que le fruit de l'envie que son talent, son intelligence et sa beauté provoquaient. Ce valeureux héros de guerre prêt à tout pour le service royal avait toujours, à ses côtés, deux autres phénomènes tout aussi doués et épiques. Le Masque de Fer avait eu raison : la seule chose que Tréville ne pouvait pas transformer en vaillant soldat émérite, c'était un cadavre.
En d'autres circonstances, elle aurait éprouvé une infinie fierté pour avoir à nouveau brisé le formidable trio, mais des pensées d'un tout autre registre occupaient son esprit. Où était le véritable problème, dans sa vie? Mis à part leurs camps adverses, qu'est-ce qui faisait la différence entre sa vie et celle d'Aramis? Leurs vêtements? Le fait qu'elle était Anglaise et l'autre, Française? Milady se frotta l'épaule gauche : Cette marque?
Plongeant la main dans sa poche, elle tira le médaillon qu'elle avait subtilisé et l'étudia à nouveau. Aramis semblait provenir de cette petite aristocratie provinciale et sans hauts faits. Il y avait certainement eu une époque où elle ne savait rien de la compagnie des mousquetaires. Anna se souvint des paroles de Manson : Aramis s'apprêtait à épouser le précepteur du Prince Philippe : elle allait poursuivre sa vie de femme et personne n'aurait jamais entendu parler d'elle. Sans cet assassinat, elle ne serait jamais devenue Aramis.
Et elle, Milady, sans sa brûlure…elle ne serait jamais devenue Milady. Peut-être aurait-elle pris le voile et serait restée parmi les religieuses qui l'avaient élevée. Peut-être serait-elle parvenue à fuir avec son amant, à l'épouser et à vivre une vie normale et anonyme.
En ruminant, elle replaça le médaillon en sécurité. La différence avec la femme-soldat, c'était qu'il n'y avait rien d'honorable à être « Milady », une espionne renommée, une meurtrière dont le nom était sur toutes les lèvres... Aramis était glorifiée; Elle était méprisée.
Elle plongea ses ongles dans son bras. Tout avait commencé par cette marque. Dès qu'on voyait cette empreinte maudite, tout s'écroulait, tous ses efforts pour mener une bonne vie se voyaient réduits à néant; Et une des preuves de l'abandon qu'elle subissait constamment était assise juste à côté d'elle.
L'Anglaise soupira. Les paroles d'Athos la mordaient toujours : elle était complètement seule. Et peut-être que la seule personne qui l'aurait un tant soit peu comprise….elle l'avait abandonnée aux mains du Masque de Fer, rien de moins. Quant à d'Artagnan…
Elle soupira à nouveau en levant son visage vers le ciel. Aux yeux d'Anna, d'Artagnan lui avait d'abord fait penser à Olivier, mais en moins naïf. Il avait été facile de l'aborder, de l'amadouer…mais le jeunot, malgré son caractère fanfaron, n'avait pas cédé à ses avances. Il était resté résolument droit et fidèle à ses principes. Même lorsqu'elle l'avait eu à sa merci, dans les souterrains de Belle-Isle, il ne l'avait pas insultée. En fait, dès le commencement, il l'avait toujours considérée comme son égale, il ne l'avait jamais sous-estimée. A ses yeux, elle était aussi dangereuse et intelligente qu'un homme. Seuls la décence et le respect, dans certaines situations, l'avaient retenu dans ses gestes.
Elle avait hésité à tuer d'Artagnan...pourquoi? A cause du souvenir d'Olivier? Ou parce que, depuis plusieurs années déjà, le Gascon avait été un des seuls à lui avoir manifesté un peu de compassion? Malgré sa bonté, elle avait fini par trahir sa confiance… Et que dire de son mari qui, malgré leur séparation, survenait toujours, impromptu, pour la tirer du pétrin ou lui éviter la mort…? Pourquoi, d'ailleurs?
Du coin de l'œil, elle espionna Athos : au moindre mot, au plus petit geste, les autres l'écoutaient et suivaient ses conseils. Son autorité, son leadership, sa sagacité étaient partout reconnus. Les portes des salons mondains et les bras des dames de la Cour lui étaient inlassablement ouverts… Athos n'avait plus rien à voir avec Olivier de la Fère. Il était passé d'un fils de riche gâté, hautain et timoré au futur successeur à la tête de la garde personnelle du roi, constamment entouré de courtisanes mielleuses ou de ses inséparables amis…Ces deux êtres pour qui, sans doute pour la première fois de sa vie, il se jetterait à la mort sans y penser deux fois, et qui eux aussi en aurait fait de même pour lui. Un peu plus tôt, son mouvement de défense envers Porthos l'avait surprise. La façon protectrice dont il s'était précipité entre le garde et Aramis, lors de leur captivité sur Belle-Isle, l'avait étonnée. Quand elle les avait vus tous les quatre réunis, sur la forteresse, elle savait que c'était la fin. Ensemble, ces mousquetaires étaient invincibles. Était-ce seulement par leur talent, ou parce qu'ils savaient que, quoiqu'il arrivât, il y en avait au moins un pour surveiller leur arrières? Leur force résidait-elle dans leur profonde unité? Quand, il y avait de cela quelques semaines, ils avaient été divisés, il avait été plus facile de les faire tomber…
Elle fut interrompue dans ses rêveries quand ce fut Porthos qui s'était dirigé vers eux. Athos s'était levé, lui avait jeté un regard paniqué alors qu'elle avait tendu la main vers son pistolet, et était allé au-devant du géant, non sans d'abord la menacer. « Pas un mot! » Son ton était sans ambigüité : Le commentaire était autant valable pour elle que pour lui.
Puis, vers l'immense compagnon : « Ah, Porthos! »
Ce dernier ne remarqua pas le sourire forcé peint sur les lèvres d'Athos.
« Alors…Aramis?... » commença-t-il en voulant s'approcher de l'autre. L'ainé lui bloqua le passage.
« Imbittable, Porthos! Imbittable! Ne vous approchez pas!»
« Oh? »
« Elle est souffrante… » mentit le vétéran à voix basse.
« Elle souffre!? Elle est malade? » s'alarma le géant.
« Non, Porthos…souffrante. »
Le colosse ne comprenant rien.
« Elle est souffrante…. comme une femme… » fit-il en faisant mouliner ses mains
« Ohhhhhhhh! » réalisa Porthos. « Oh, vous savez, j'ai l'habitude... »
« Je gère! Je gère la situation! » s'opposa encore Athos en continuant de lui interdire le chemin. « Demain…demain ça ira sûrement mieux! »
« Ah, bien! Je compte sur vous! » murmura-t-il. Puis, beaucoup plus fort : « Ooohhhé, Aramis! » Le géant agita frénétiquement la main en direction de son amie.
Milady répondit par un léger sourire forcé et salua faiblement en retour.
Athos avait raison : elle était seule et misérable. Elle n'avait pas d'amis. En avait-elle déjà eu? Il y avait eu George, ce jeune novice avec qui elle s'était enfuie de son couvent. Elle avait appris plus tard qu'il s'était suicidé… Elle ne pouvait compter Rochefort comme son ami. Manson non plus. Le Masque de fer? Quelle idée absurde !
Elle esquissa un triste sourire. Il y avait eu Pépé. Un animal. Un animal qui n'avait rien à faire qu'elle soit homme ou femme, brûlée ou pas.
Milady releva la tête : elle recroisa le regard de Porthos. Tout sourire, il la salua de nouveau.
Aramis avait beaucoup de chance d'être si bien entourée….
Peu habituée à ces manifestations de tendresse, elle détourna le regard. Diantre…Plus elle vieillissait, plus elle ramollissait! Elle devait se changer les idées avant de devenir sentimentale!
« Dites-moi, Olivier….qu'est-ce que cette épître aux Corinthiens dont a parlé votre capitaine, ce matin? »
Athos poussa un gémissement découragé. Assurément, son merdier pouvait encore empirer. « Meeeerde… » Une autre foutredieu de chose à gérer…
Amusée, Milady leva un sourcil, ayant un sentiment de déjà-vu.
« Merde? » fit-elle avec espièglerie, sa mélancolie soudainement envolée. « Oh non, j'ai un meilleur mot pour ça, on dit 'fuck' en anglais…Ça veut dire 'merde', mais aussi 'baiser', comme dans – Milady s'approcha alors dangereusement de l'oreille de l'homme et modula sa voix pour prendre celle d'Aramis - Fuuuuuck meeee, Athos!»
L'homme serra ses deux cuisses l'une contre l'autre aussi fort qu'il le pouvait pour éteindre les manifestions physiques des nouvelles images très lubriques qui s'étaient frayées un chemin dans son cerveau et qui se mélangeaient avec celles qu'il avait entrevues la nuit dernière. Puis, il réalisa que ce n'était sans doute pas Aramis qui avait dormi à ses côtés la nuit précédente, et qu'il n'y avait qu'une seule femme qui pouvait le troubler de cette manière : la sienne. Comment rester de glace devant une femme qui alliait à la perfection le talent, l'intelligence et la beauté?
L'heure était grave. Il était mort d'inquiétude au sujet d'Aramis, mais il ne put réprimer un léger sourire tandis qu'il secouait la tête.
«'Fuck' comme dans 'Shut the fuck up, Anna' !» objecta le sombre mousquetaire.
