CHAPITRE 24

« Bon, il pleut… » soupira le criminel.

Il tira son bras vers l'arrière en direction de sa besace, en sortit sa large et longue cape et la noua autour de son cou. Il rapprocha les pans et couvrit la captive qui était entre ses bras. Il réajusta également son feutre à plumes, bien différent de celui, droit et austère, qu'elle lui avait connu quelques jours plus tôt. D'ailleurs, ce couvre-chef à l'allure puritaine n'était-il pas un signe qu'il était lui aussi Anglais?

« Voilà, tu ne seras pas trop mouillée. »

Elle pourrait PRESQUE le trouver gentil si elle ne doutait pas qu'il ne s'agissait que d'une autre tactique de manipulation. Mais c'était fascinant de pouvoir étudier cet homme jusqu'alors sans nom ni visage qu'ils avaient pourchassé pendant de longues semaines. Il était là, en chair et en os. Le Masque de Fer! Ce n'était pas le fantôme mythique – les mousquetaires s'étaient parfois demandé s'il existait réellement – ou dissociable – y en avait-il un ou deux? Ou plus? C'était juste un type un peu fou qu'elle avait eu l'occasion d'approcher à deux reprises. Mis à part d'Artagnan, qui pouvait se vanter d'une pareille promiscuité?

« Où sommes-nous, d'ailleurs? » demanda-t-elle.

« Tout près de Vitré. Depuis Rennes, tu as donc parcouru sept lieues. Tes pieds sont dans un piteux état.»

C'était vrai, et malgré le profond malaise d'être entre les bras du maudit responsable de la mort de François, elle était heureuse de ne plus avoir à marcher.

Oui….c'était lui le responsable. Athos avait eu raison, comme d'habitude. Que dirait François s'il la voyait ainsi? Si elle avait eu récemment de la fierté d'avoir réussi à le venger, elle s'était envolée. Que dire de l'indifférente qu'elle était soudainement devenue? Même penser à François ne l'émouvait plus comme avant…Elle allait donc le tuer, ce salopard de Masque de Fer. Elle allait le traquer, comme elle l'avait fait avec Manson, vêtue d'habits de mousquetaire ou non. Un rictus sinistre se faufila sur son visage et ses yeux bifurquèrent sur la cuisse blessée du malfaiteur. Avec une telle blessure, il ne pourrait pas aller bien loin…

« Et vous…qu'est-il arrivé à votre jambe? »

« Un petit accident de parcours….Tu devrais le savoir, non? »

« Savoir quoi? »

« Ce qui s'est passé entre moi et les mousquetaires…tu étais là!»

Elle roula des yeux et parla sur un ton neutre. « Cessez de me comparer avec cet homme. Je n'ai rien de commun avec lui. »

Comment arrivait-elle à mentir aussi aisément était un véritable mystère! Oui, il y avait eu toutes ces années où, constamment, elle avait calculé le timbre de sa voix, sa démarche, les pronoms qu'elle utilisait, les adjectifs qui servaient à se décrire, elle avait mentit en toute connaissance de cause pendant six années. Tout avait été pesé et pensé d'avance! Mais aujourd'hui, depuis à peine deux heures, tout coulait hors de sa bouche tel un torrent dont le barrage avait cédé. Il y avait quelque chose d'extrêmement libérateur à ne plus avoir la responsabilité d'endosser le personnage d'Aramis ou celui d'une femme bienséante. Elle pouvait enfin se montrer sous son vrai jour…

Un malaise la surpris. Dépouillée de tout, était-ce vraiment là tout ce qu'il restait d'elle?

« C'est ce que nous allons voir… » décréta l'homme.

Que se passerait-il quand ils retrouveraient ses compagnons? Est-ce que le Masque de Fer reconnaîtrait les traits de Milady sous le déguisement d'Aramis? Il aurait été crucial que la prisonnière se penche sur la question pour élaborer un plan de fuite mais elle était trop lasse et surtout trop affamée pour s'interroger.

« Parlant de blessures, c'est quoi ça? » Il pointa son bras blessé. Dans toutes ses dernières aventures, le bandage s'était défait.

« Un accident à la ferme… » mentit-elle encore.

« Je suis chirurgien, ma belle. Je sais reconnaître une blessure provoquée par une lame ou… » Il se pencha pour mieux détailler la plaie.

Rapide, elle répliqua. « Un coup de fourche. »

« Vraiment? » fit-il, expressément dubitatif.

« J'ai un mari violent. »

Il s'esclaffa. « On ira le voir, après notre inspection des mousquetaires. Je pourrais vous engager, tous les deux! Il s'appelle comment?»

Elle songea au prénom le plus éloigné d'elle possible, celui qui n'avait eu aucune d'importance dans sa vie, un nom avec lequel il ne pourrait jamais faire de lien avec Aramis ni Renée.

« Robert. »

Il se mit aussitôt à rire tellement fort que tous ses hommes de main se tournèrent vers lui.

« Tu te fous de moi? » s'écria-t-il en repartant sur une autre salve de rire. « Ca se peut pas! C'est Milady qui t'a dit de dire ça! »

La femme ne comprit pas tout de suite son hilarité mais lentement l'information se faufila dans son cerveau et son visage se décomposa quelques peu.

« …Vous vous appelez Robert? » questionna-t-elle lentement en tourna le cou vers lui pour le dévisager.

« Quoi? T'as jamais vu d'homme qui s'appelle Robert? »

Elle plissa les yeux et le regarda intensément. Même si sa bouche était complètement sèche, elle déglutit bizarrement. C'était quoi, ENCORE, ce sentiment de malaise? Ce n'était pas parce que c'était le Masque de Fer; c'était…autre chose. « Non. Je n'ai jamais vu d'homme qui s'appelle Robert. »

Il posa aussitôt sa main sur sa gorge et serra ses doigts. D'une voix menaçante, il parla entre ses dents serrées. « T'as pourtant dit que ton mari s'appelait Robert! »

Vite! Une échappatoire!

« C'est Milady qui m'a dit de dire ça! »

Il soupira en grognant alors qui relâchait son emprise.

« Y'a pas moyen de te coincer? »

Il fallait changer de sujet au plus vite. D'un coup de menton, elle désigna le petit groupe qui allait au pas.

« Vous ne semblez pas pressé de rejoindre vos amis mousquetaires. »

«Tu crois que je peux galoper avec une jambe dans cet état? Qui plus est, ils ne sont qu'à Laval, à six ou sept lieues d'ici. Nous les rejoindrons ce soir. Leurs Royales Altesses feront bien quelques arrêts, mais nous pas.»

Ainsi, il savait que le roi et le prince accompagnaient leurs soldats incognito…Sentant qu'il était sur le point de plonger ses yeux dans les siens pour y scruter ses émotions, son regard se porta à nouveau sur la cuisse dont elle avait entrevu l'énorme plaie.

« C'était impressionnant. Comment faites-vous pour vous soigner vous-même? Une blessure de cette ampleur… »

« Je suis chirurgien."

"Oui, vous l'avez dit. Mais la douleur? Ce n'était pas une petite écorchure. »

«Ah, c'est facile. Il suffit de dissocier son corps de son esprit. »

Un petit rire sarcastique la secoua. « Oui, facile. Bien sûr. »

Une main baladeuse glissa sur l'intérieur de sa cuisse. « Je t'apprendrai, ce soir…. » susurra-t-il à son oreille.

Avec écœurement, elle se tortilla pour échapper à la main impudente mais une poigne résolument ferme la maintenait en place. « Ca te sera sans doute très utile, à certains moments de ta vie…et plus vite que tu ne le crois, » avertit-il directement dans le creux de son oreille. Il y passa la langue et suçota le bout de son lobe. « Ce soir, tu seras à moi. »

Un frisson de dégoût la parcouru. Non! Elle ne voulait pas! Elle tenta à nouveau de se soustraire aux manœuvres, mais plus elle se débattait, plus il prenait plaisir à tripoter son sexe ou ses seins. Même s'il ne riait pas, même si elle ne voyait pas sa physionomie, elle pouvait entendre son sourire, juste à la manière dont sa respiration allait et venait entre ses dents. Avant que la panique ne la gagne complètement, elle se raisonna : c'était le Masque de Fer. Un homme habitué à être pourchassé…et à chasser. Il aimait se griser de l'euphorie provoquée par la peur de sa proie et ça ne faisait que l'encourager. Pleurer, crier, supplier, n'avaient aucun effet sur lui. Au contraire; il fallait lui tenir tête. Se montrer indifférente…

Elle prit une profonde inspiration. Son corps n'était après tout qu'un amas de chair. La main, sur sa poitrine, pouvait être comparée à la pointe d'une épée. L'autre main, sur sa fesse, n'était pas plus dangereuse que le cuir d'un fouet. Elle ne s'était jamais sentie violée par une épée ou un fouet posés sur elle.

Elle ferma les yeux et s'immobilisa. Il fallait faire le vide dans sa tête et ne plus penser à rien. Anticiper ce qui pourrait survenir n'était d'aucune utilité. Il fallait plutôt se concentrer entièrement sur autre chose. C'était peut-être cela, la séparation du corps et de l'esprit… A quoi pourrait-elle penser?

'Aramis! Mais à quoi pensez-vous?!'

'Je ne pense à rien…'

Non. Pas les choses du passé. Pas Athos et Porthos. Pas l'épisode le plus douloureux de sa vie.

Elle avait usé de cette technique de dissociation à ce moment. Quand il fallait jouer les agents-double et feindre à l'extrême. Elle avait intensément fixé la moustache du monarque en acceptant le brevet. Lorsque ses amis l'avaient quittée dans la salle du trône, c'était sur quelques moulures dorées sur le mur que son regard s'était posé afin de ne pas éclater en sanglots. Lorsqu'elle fut amendée capitaine, sa concentration était toute entière sur une des nombreuses fleurs de lys brodées sur les tentures pendues derrière le trône. Lorsqu'elle était retournée, seule, à la caserne, c'était la pression de la bride de son cheval autour de ses doigts qui l'avait empêchée de sombrer. Car dès que les images et les pensées réelles ressurgissaient, elle se mettait à pleurer en hurlant. Il lui fallait donc s'allonger et se concentrer sur une fissure dans le plafond jusqu'à ce que le sommeil la gagne. Tout était bon pour faire taire sa tête…

Elle se concentra sur les liens qui gardaient captives ses mains, la pression que la corde exerçait tout autour de l'os, la rugosité du cordage contre la peau de son poignet… Elle se concentra sur l'odeur du cheval et sur la crinière noire de l'équidé. Bientôt, tout ce qui était extérieur à ces deux choses, la corde et le cheval, n'existaient plus.

Comme prévu, lorsqu'elle cessa de se débattre, il perdit intérêt à la terrifier et mit fin à ses attouchements. Il avait raison : c'était facile de dissocier son corps de son esprit. C'était comme être complètement ivre, mais sans l'être.

Sous la cape, à l'abri de la pluie, bercée par la douce motion du cheval qui allait sans empressement, calée entre deux bras puissants qui lui rappelait tant, cet autre jour, quand Porthos l'avait tendrement prise entre ses bras… Si elle pouvait s'imaginer qu'elle chevauchait avec Porthos, et non avec le Masque de Fer… Il était difficile de faire abstraction de l'odeur épicée qui embaumait les vêtements de Robert, très différent du doux arôme de fleur d'oranger de Porthos. Elle imagina donc son plantureux ami se gaver de poulet assaisonné de miel et girofle…

Elle ferma les yeux et sourit aussitôt. En quelques minutes, elle s'endormit.

… . . .

Elle se réveilla en sentant son estomac se tordre et crier famine. Imaginer Porthos en train de faire bombance avait été une lame à double tranchant. Si sa fatigue était partiellement soulagée, sa mauvaise humeur et son impatience, qu'alimentait son inanition, restaient toujours.

« J'ai faim! »

« J'ai rien à bouffer. On mangera ce soir. »

Un soupir exaspéré quitta les lèvres de la femme. A quoi servait-il d'être le plus grand criminel de leur époque s'ils n'avaient même pas de quoi manger?

« T'es aussi capricieuse que Milady….Toujours à vouloir le premier traitement de faveurs! Elle est où, en passant? »

« J'en sais rien! » grogna-t-elle « Votre pétasse m'a attachée dans un lit de Rennes et m'a laissée tomber!»

« Encore en train de la bombarder d'insultes… »

« J'ai l'air de vouloir m'arrêter? »

« Je comprends pourquoi ton supposé-mari est violent. Avoir une femme comme toi, je t'aurais aussi foutu mon poing sur la gueule. »

Elle sourit et se mit à rire, de bon gré cette fois. Ca lui rappelait tant les fois où elle insultait Jussac jusqu'à ce qu'il veuille l'étrangler…

« Alors….es-tu mariée ou non? »

Elle haussa les épaules.

« Ca change quoi? Quoi que je dise, vous n'avez pas l'air de me croire.»

Il haussa les épaules à son tour. « J'ai failli me marier, un jour, » badina-t-il.

« Vous l'avez égorgée avant le jour fatidique? » railla-t-elle.

« J'aurais bien aimé! Mais elle est partie avant. »

« Vraiment? J'aurais fait la même chose! » dit-elle en usant à nouveau d'ironie.

« C'est bientôt fini, le sarcasme?»

« De quoi vous vous plaignez? Vous vous vantez d'avoir voulu assassiner une innocente et il faudrait que je vous congratule? »

« Tu devrais! Je suis un homme juste; Je ne fais pas de discrimination : j'élimine simplement tous ceux qui se mettent sur mon chemin!(1) Homme, femme, innocent, coupable…Justice pour tous! »

« Et c'est moi qu'on accuse de sarcasme! » laissa-t-elle tomber, abasourdie.

« Je ne suis pas sarcastique du tout!»

« Je vais être malade… » maugréa-t-elle.

« Encore? » se fâcha-t-il.

Elle ne savait de quel fond elle puisait autant de persiflage pour ensuite l'envoyer directement à la face de son assaillant. Oh, depuis qu'elle avait enfilé la casaque bleu et or, elle n'avait jamais vraiment gardé sa langue dans sa poche. La plupart du temps, c'était des crétins crottés, justement du genre Jussac, qui se méritaient ses railleries et, toutes ces fois, elle avait été en mesure de répondre avec la pointe de son épée. Mais là, désarmée, attachée et en sérieux désavantage numérique, elle jouait avec le feu.

Pourtant, la peur était absente! Était-ce une autre facette de la distanciation entre le corps et l'esprit? Elle n'était tellement plus 'là' physiquement qu'elle devenait absente mentalement? Ou était-ce l'inverse?

« T'es-tu déjà demandé pourquoi je faisais tout ça? T'en n'as pas assez de servir un monarque faible et ignorant? De te battre contre des gens qui ont eu le simple malheur d'être nés dans un pays différent du tiens? De pratiquer un culte différent du tiens? De te faire regarder de haut parce que tu es une femme et non un homme? Nous sommes tous égaux; je ne vois pas pourquoi je devrais me montrer plus clément envers l'un ou l'autre.»

Il balaya la petite troupe devant lui.

« Ces hommes, ce sont mes disciples… »

«Voilà, il se prend pour le Christ maintenant… » commenta la femme pour elle-même.

Il poursuivit en l'ignorant. « Ceux-là sont plus jeunes car ce sont eux qui, naturellement, ont plus de vigueur pour soutenir un combat. Les plus âgés sont tout aussi utiles, mais au lieu de nous accompagner à Belle-Isle, ils sont restés à l'écart. Mais j'ai besoin d'eux autant qu'ils ont besoin de moi…Les faibles justifient la présence des forts.(1) Il y a aussi des étrangers, comme Pacioretti. » Il scruta ses hommes mais ne trouva pas l'objet de sa recherche. « Ah, il est parti devant. Il reviendra bientôt. »

Elle l'écoutait à peine alors qu'il présentait chacun des membres de son équipe. Le groupe, éclectique, rassemblait ses membres autour d'un point commun : un profond désir de changement social. Pacioretti s'était vu exilé de sa Toscane natale pour des commentaires anti-papistes. Même chose pour Weber, un protestant banni d'Angleterre et de son Église. Brière était un bourgeois frustré de ne pas faire partie de l'aristocratie. D'Emeline, un aristocrate qui aurait préféré être bourgeois. Diaz, un ancien bourreau de l'Inquisition espagnole… Leur maitre les détaillait comme s'ils avaient une grande importance dans ses plans, mais avec une neutralité de voix qui signifiait qu'il n'hésiterait pas à les sacrifier si le besoin s'en ferait sentir. Et eux, en retour, étaient parfaitement d'accord pour servir de chair à canon…ou de former une équipe de trompe-la-mort. La fin justifiait les moyens.

Ce n'était pas si différent des mousquetaires, la différence étant que ces derniers étaient tous Français et catholiques.

La jeune femme porta son regard sur les cavaliers devant elle et reconnu ceux qui l'avaient attrapée, frappée et presque forcée à mettre ce truc dégoûtant dans sa bouche. Depuis que le Masque de Fer était apparu, aucun d'eux n'avaient osé faire une remarque ou un geste déplacé à son endroit. Pas tant que leur chef ne leur en ait donné la permission. Elle était au sein de la Cour du Masque de Fer. Elle était la nouvelle favorite du souverain masqué… jusqu'à ce qu'elle soit en disgrâce et que ces chacals se jettent sur elle pour la déchiqueter. Dès que ce Robert apprendrait qu'elle était Aramis, c'était le sort qui l'attendait, mais tant qu'il n'en avait pas la preuve, il la garderait en vie et la traiterait avec la déférence réservée aux exotiques esclaves sexuelles : une sorte de fascination mêlée de la satisfaction d'être en total contrôle sur un autre être humain. Ce n'était pas bien différent de la vraie vie : bien des nobles aimaient se complaire en compagnie d'esclaves mauresques, que d'uns maltraitaient autant que d'autres pouvaient les chérir.

Si le roi Louis venait à apprendre qu'un de ses mousquetaires était une femme, sa fin serait à peine moins différente que celle que lui promettait le Masque de Fer. A cette pensée, une immense tristesse l'envahit et la fit douter. Elle avait vengé François; Philippe était en sécurité….Tréville exigerait sans doute son renvoi dès leur retour à Paris. A quoi servait-il donc de retourner parmi les siens?

Les visages d'Athos et Porthos se présentèrent à sa mémoire tandis qu'une lueur de bonheur brilla dans ses prunelles. Oui….ils étaient vraiment toute sa vie! Elle ne pouvait pas les quitter ainsi! Elle voulait tant être avec eux!

Et pourtant…ils ne viendraient pas la chercher. Aussi prestement qu'elle s'était allumée, l'étincelle de joie s'éteignit et laissa place à une profonde froideur.

Un gargouillement famélique la fit à nouveau soupirer d'impatience et ajouta encore à sa frustration.

« On arrive bientôt? » se plaignit la femme.

« Pressée de mourir? »

« Abruti… »

« Dis donc, toi! Va falloir t'apprendre le respect! » cria l'homme. Son ton changea et devint plus menaçant. « Bien que je pourrais en finir là, tout de suite…. » fit Robert en réappliquant une forte pression sur sa gorge.

« Faites donc! J'ai fait ce que j'avais à faire dans cette vie. Je n'ai plus peur de la mort.» Voilà, elle l'avait dit! La lassitude et le désintérêt dégoulinaient de sa voix. Elle n'avait pas de désir pour la mort, mais si ça pouvait mettre un terme à tout cela…

Un rire secoua le malfrat qui reprenait la bride.

« Quoi? » grogna encore la femme.

« Tu parles exactement comme elle. Comme Milady. Tu lui ressembles tellement. Cette façon crue et bravache de me parler…. C'est pour ça qu'elle t'a mise sur mon chemin? Hum…tu es peut-être son cadeau d'adieu… Elle aurait pu m'en parler! …Tu pourrais prendre sa place à mes côtés…mêmes si tes nichons sont vraiment petits… »

Encore une comparaison avec la sale pute! Et à nouveau, des doigts sans gêne s'approchèrent de son corsage. Elle attrapa le poignet de l'homme, y planta ses ongles et le tordit alors qu'elle se retournait également pour lui faire face.

« Je t'interdis de me comparer à nouveau avec cette chienne! » Dans ses yeux bleus dansaient des flammes de démence qui avaient réduit en cendre toute sa bienséance, allant même jusqu'à tutoyer son rival.

Il n'eut pas besoin de sa force hors du commun pour facilement se défaire de sa poigne. Il soutint néanmoins le regard de la jeune femme pendant un long moment de silence.

« Tu as raison. Tu es beaucoup plus sombre qu'elle. » Il continuait de la narguer, de la pousser à bout. Quel était le volume d'insultes ou de torture qu'elle était capable de supporter avant de perdre complètement la tête? Il voulait le savoir, qu'elle soit 'Aramis' ou non. Il fallait qu'il sache si elle était digne de lui. Alors qu'il parlait, il constatait les changements, négatifs, qui s'opéraient graduellement sur la physionomie de sa captive. « Elle…c'était une femme blessée par la vie. Elle me disait que son mari avait été violent avec elle… »

Et il aurait du la frapper encore plus fort!

« On lui a enlevé son enfant… »

Tant mieux!

« Elle n'a jamais eu d'amis… »

'Nous aurions pu être amies'…. Avec une telle salope? Jamais!

« C'est vrai que vous n'êtes pas le compagnon idéal! » nargua-t-elle.

« Nous avions une relation d'affaire, rien de plus. »

« Vous faites aussi des affaires au lit? »

« Oui, ma petite chienne de Milady numéro deux, » rétorqua le Masque sans brocher, sachant pertinemment que ça l'enragerait de plus belle.

A défaut de pouvoir le tuer, – oh, comme elle s'en voulait de ne pas l'avoir égorgé, ce jour-là! - elle allait effectivement lui lancer une réplique totalement suicidaire. Elle fut touefois interrompue par un des sbires arrivant à leur hauteur.

« Monseigneur! » fit le messager Pacioretti. « Ils se sont arrêtés à Saulges! »

Il était inutile d'extrapoler qui 'ils' étaient.

« Et nous y irons aussi. » décida le chef.

. . . . .

(1) -There's no time to discriminate : hate every motherf—er that's in your way

-The weak ones are there to justify the strong

Chanson: The Beautiful People.

Bah oui, le Masque de Fer est un fan de Marilyn MANSON :p