Bonjour !
Le dernier OS est là et j'espère vraiment qu'il va vous divertir et vous plaire ! Vous pouvez lire la version de Gweeny sur FF.
Les contraintes étaient les suivantes :
Thème : La foule
Maximum entre 15 et 20 pages
Mots à placer : Enquiquiner - Dictionnaire - BCT (Bisous Câlin Tendresse)
Votre OS devra comporter un couple original que l'on voit peu ou qui est insolite.
Le thème a été soumis par Mane-Jeï et mon p'tit doigt me dit qu'il y aura sûrement un prochain qui m'a été chuchoté par une autre personne ! Allez savoir si c'est vrai :D
J'espère que vous vous portez bien, l'écriture est toujours un réel plaisir pour moi et malheureusement je n'ai le temps que pour des petits OS mais je reprendrai bientôt mes recherches pour LaT.
N'oubliez pas de laisser un petit mot, c'est toujours gratifiant de savoir que notre travail est satisfaisant et qu'il intéresse des personnes.
Prenez soin de vous et des autres.
Kaname.
The voices rise in the crowd
Mes matinées se ressemblaient, j'enfourchai mon vélo pour me rendre au travail, j'aurai pu y aller en bateau, si j'avais eu les autorisations mais, vraisemblablement, je n'étais pas encore assez influente ou je n'avais pas un compte en banque me permettant ce genre de caprice. C'est donc avec mon fidèle « Puck » que je me rendais au travail.
J'allais rejoindre Jasper, mon assistant, que j'avais rencontré à St Andrews. J'avais bien sûr étudié l'Histoire de l'Art puis j'avais poursuivi mon cursus au Courtauld Institute of Art. J'avais continué d'étudier pour assouvir ma soif d'apprendre. J'avais eu l'honneur, d'organiser des événements autour de la collection Hopper, d'être directrice des collections d'art international et finalement, mon expérience aidant ou peut-être était-ce ma thèse sur la peinture Britannique du XIX ème siècle. J'étais devenue directrice du Tate Britain. De nombreuses personnes avaient critiqué mon choix de tourner le dos à l'art contemporain pour les collections d'art britannique plus classiques, mais mon amour pour Joseph Mallord William Turner, JMW Turner pour les intimes, avait pris le dessus. Le Tate Britain est devenu un incontournable pour une visite à Londres mais j'étais fière de mes choix, fière d'être également membre du conseil d'administration d'une galerie à Edimbourg et d'un musée à Tokyo.
J'avais été critique d'art et conservatrice de musée, mais je m'épanouissais aussi à mettre en lumière des artistes méconnus ou dans un autre domaine, de faire aimer l'art à bien plus de personnes et le Tate Britain était un défi de chaque instants tant il y avait du travail en terme d'agrandissement, de développement pour le musée, pour enrichir encore et encore les collections, tout en maintenant le dialogue avec le public. Il y avait aussi, de nos jours, les démarches écologiques qui sont devenues primordiales.
Mes premiers mois avaient été rudes, il fallait absolument que je renouvelle la façon dont les différentes divisions travaillaient ensemble. Les échanges en interne étaient chaotiques, le service pédagogique, celui des publics et de la conservation ne communiquaient pas entre eux alors que nous œuvrons tous pour un même but : que le public soit au cœur de nos préoccupations.
Les crises économiques successives sont toujours terribles pour la culture, mais il est de mon devoir, en tant que directrice mais aussi en tant qu'amatrice, que l'art, s'engage et ne reste pas seulement pour une seule classe sociale. C'est pourquoi j'ai créé un espace de dialogue pour que les organismes extérieurs comme les écoles, les associations et les fondations, puissent se réunir pour mettre en place toutes sortes de projets et rendre l'art accessible à tous.
De nombreux groupes se sont créés pour mener leurs propres réunions de réflexions, pour mettre en avant les enjeux sociaux comme les migrations, l'identité noire, les revendications LGBTQ. C'était tellement enrichissant et énergivore. Chaque soirs, quand je rentrais dans mon petit loft qui donnait sur la Tamise, j'étais exténuée mais j'avais, quasiment, toujours la sensation de faire avancer les choses, à mon échelle.
Des architectes avaient refait à neuf mon espace et je me sentais parfaitement bien chez moi, c'était l'idéal quand je devais rester à la maison pour diriger des projets. La foule des grands jours, des réceptions et autres colloques en tout genre me rendaient nerveuse, c'est pourquoi j'appréciais d'autant plus être au calme dans ma bulle.
Jasper, mon assistant, était d'une grande aide, et ma meilleure amie, Rosalie, était d'un soutien sans failles, j'avais besoin d'avoir les pieds sur terre parfois et Rose accomplissait parfaitement sa tâche. Le monde de l'art était souvent hypocrite et bourré de faux-semblant, les critiques ne nourrissaient pas seulement les magazines d'art… ils aimaient aussi affûter leur plume sur ceux qui dirigeaient. Et ils s'en donnaient à cœur joie pour répandre leur venin acerbe.
J'étais contente de voir que malgré tout, j'étais bien entourée. C'est avec Emmett McCarty que nous nous occupions du Turner Prize qui, d'ailleurs, avait récompensé l'année dernière les architectes ayant conçu la nouvelle galerie de la Goldsmiths University non loin de chez moi. Emmett était un gentil collaborateur, je l'imaginais aisément sortir avec Rose mais ni l'un ni l'autre ne voulait s'enquiquiner d'une relation alors ils se contentaient de se tourner plus ou moins autour. Enfin cela ne me regardait pas mais Rose prenait un malin plaisir à me raconter chaque détails de leur vie... intime. Elle n'arrêtait pas de me répéter qu'on avait tous besoin de BCT, elle m'avait d'ailleurs rit au nez quand je lui avais demandé ce que le Bureau du Cinéma et de la Télévision québécoise faisait dans la conversation. Rien à voir avec un quelconque art, juste Bisous Câlins et Tendresse dont, d'après elle, je manquais cruellement.
J'arrivai enfin à destination après 35 minutes de pédalage intensif, je souriais comme une enfant tellement je ne cessai d'être admirative devant la devanture du musée, ce portique classique avec un dôme à l'arrière.
Je gagnai mon bureau, des bibliothèques courraient sur les murs, des encyclopédies, dictionnaires, répertoires, livres anciens et livres d'art se rencontraient pour décorer finement mon bureau. J'étais chanceuse de travailler ici et de côtoyer ces œuvres.
500 ans de créativité se réunissaient sur ce site, qui était avant une prison, celle de Millbank. Au départ appelée National Gallery of British Art, puisque le musée dépendait de la National Gallery, c'est en 1932 que la galerie s'appela Tate Gallery. Elle devint complètement indépendante de la National Gallery en 1955, avant de prendre définitivement le nom de Tate Britain en 2000 avant même le lancement du Tate Modern. Il aura fallu pas moins de sept extensions pour lui donner le visage que le monde connaît aujourd'hui.
Je serai bien stupide de penser que sans le public le musée serait plus agréable car sans les personnes qui nous rendent visites, le musée serait bien triste et morne. Mais je me régalai à profiter de mon petit plaisir matinal, qui consistait à déambuler dans la Clore Gallery, la salle dédiée aux œuvres de JMW Turner. J'aimais me perdre complètement dans ses toiles ; je n'étais pas la seule à avoir ce petit plaisir, Turner est peut-être bien l'artiste romantique anglais le plus aimé.
Ma contemplation me perdit dans ma tête, j'aimais me souvenir des essais des clair-obscurs de Turner, qui était fasciné par la science du noir et à l'inverse des contrastes colorés, des jeux de composition et des mises en scène de Rembrandt, d'ailleurs il considère qu'ils avaient le même but, celui d'élever la peinture au rang de poésie. Une foule d'images et de sentiments s'entrechoquaient dans mon esprit, comme une toile imaginaire, je reliais couleurs, tableaux, époques, techniques différentes, parfois certain était rattaché à une période de ma vie, un souvenir où même une odeur, on oublie facilement que les odeurs accompagnent notre quotidien.
Turner, le peintre de la lumière, qui aimait faire flamboyer les couleurs dans leur éclat naturel. Il avait une technique très large, il pouvait estomper sa peinture pour être proche de l'aquarelle comme il pouvait charger la matière cependant, la touche doit être toujours énergique, consistante et immédiatement évocatrice, Turner n'aime pas la peinture léchée.
Oui, j'étais satisfaite de travailler ici, comme pour répondre à une question sourde, quand soudain j'aperçus une ombre, je fronçai les sourcils, à cette heure-ci le musée n'était pas encore un ballet de nettoyeurs et autres petites mains qui sévissent en coulisse. Je suivais l'ombre pour me cogner contre un dos. Je chancelais en manquant de tomber quand deux bras me rattrapèrent.
— Pardonnez-moi je ne vous avais pas vu... Répondit une voix grave.
J'écarquillai les yeux de stupeur puis je commençai à m'énerver.
— Qui êtes-vous? Et que faites-vous dans mon musée à cette heure ? Vous n'êtes pas autorisé à pénétrer dans ces lieux, je vous invite à revenir pendant les heures d'ouverture ! Croassai-je furieuse. J'attendais que l'individu décline son identité et surtout m'explique sa présence ici avant de me raviser et de continuer ma diarrhée verbale.
— Oh, non, ne dites rien, c'est Stanley qui vous envoie fouiner ? Elle n'a pas encore compris qu'il n'y avait rien à se mettre sous la dent ? Vous pouvez dire à votre patronne, que je ne ferai pas une interview dans son torchon et surtout qu'elle arrête de perdre son temps à envoyer des gratte-papier coincés et ignares dans mon musée. Continuai-je excédée que des journalistes viennent chercher des scoops et surtout qui cherchent à colporter des rumeurs sur une soit disant rivalité entre les musées du Tate.
Je ne compris pas l'hilarité que j'avais provoqué chez le journaliste et encore moins son regard pétillant de malice. En revanche, je pris le temps de le détailler, il portait un costume trois pièces vert, une petite barbe de quelques jours, ses yeux émeraudes ne me quittaient pas des yeux et son physique n'avait rien à envier à certaines des sculptures ici présentes. Au moins, il présentait bien mais l'habit ne faisait pas le moine.
— Hum, je crois qu'il y a méprise, je ne suis pas du tout là pour vous... espionner ni pour écrire dans un... « torchon »... Me dit l'intéressé qui avait un accent écossais.
— Et donc ? Je devrai me contenter de cette réponse ? Fis-je agacée, il me sourit, ce qui eut le don de jouer avec mes nerfs. Il avait l'air de s'amuser de la situation. Je commençai à tourner les talons pour aller rejoindre le poste de sécurité ; j'avais deux mots à leur dire à eux aussi, si on pouvait rentrer comme dans un moulin à quoi ils servaient ?
— Inspecteur en chef Cullen, Scotland Yard. Il sortit sa carte pour prouver son identité.
— Depuis quand Scotland Yard s'intéresse à l'art ? Il me semblait que votre unité spécialisée art et antiquités avait été dissoute. J'avais conscience d'être un brin mal polie mais à la fermeture de l'unité, nous avions été plusieurs à vouloir des explications, que nous n'avions jamais eu.
— Nous avons été transféré provisoirement à Interpol.
— Et en quoi le Tate Britain vous intéresse-t-il subitement ? Je ne vois pas en quoi je peux vous aider, si vous en aviez le besoin, puisque je vous prends en train de fouiner... Ajoutai-je, je n'appréciai pas du tout la venue de cet inspecteur.
J'appréciai encore moins l'arrivée d'un autre protagoniste, comme si la scène ne dépassait pas déjà ma patience. L'autre policier, je suppose, était une femme petite et blonde, au premier regard, elle était jolie.
— Sergent Jane Volturi. Elle présenta sa main spontanément devant moi. Je la saluai brièvement.
— Inspecteur, je réitère ma question, que faites-vous ici ? Je manquais de perdre patience.
— Vous n'êtes pas sans savoir qu'avec la démocratisation du marché de l'art, chacun est susceptible de devenir collectionneur...
— Et donc d'être confronté à des objets de provenance illicite ? Le coupai-je.
— C'est exact. Répondit l'inspecteur, sans relever le fait que je lui avais coupé la parole.
— Et pourtant vous avez supprimé bon nombre d'archéologues judiciaires ? Donc maintenant vous réalisez, un peu trop tard - je dis ça dans un rire dénoué de joie, plutôt accompagné d'un rictus -, que c'était primordial d'avoir des experts en histoire de l'art pour aider à la restitution en identifiant les pièces et/ou leur provenance ? Vous n'êtes pas sans savoir - j'avais fait exprès de reprendre sa tournure de phrase - que non documentée, une œuvre nécessite des spécialistes pour retrouver le lieu de production, déchiffrer une ou plusieurs inscriptions, penser aux anciens canaux de circulation des œuvres... Et que, malgré nos avertissements sur le fait que plus de la moitié des œuvres d'art et antiquités importées, avait pour destination le Royaume-Uni... cela ne vous a pas empêché de fermer l'unité... Crachai-je d'un coup.
La jeune sergent me regardait avec des yeux ronds mais je pus voir dans son regard un soupçon d'admiration. Quant à son chef, il se pinçait l'arête du nez, en fermant les yeux. Je souris satisfaite de voir que c'était encore un fonctionnaire que l'on avait mis là par manque d'effectif et qu'évidemment il était aussi doué que moi... en crochet !
Et pourtant, quand il reprit la parole, aucune animosité ne transparaissait, il était d'un calme olympien.
— Vous avez raison, la commission européenne s'est réveillée bien tard sur cette problématique mais grâce au projet conjoint avec l'UNESCO, nous avons de grands espoirs pour lutter contre le trafic illicite de biens culturels. L'ouverture des frontières, - il marqua une pause puis reprit -, le développement rapide des moyens de transport à bas coût ainsi que l'essor du marché international de l'art, sans oublier la multiplication des conflits, sont des facteurs aggravant : les vols et l'exportation illicite ainsi que le pillage des sites et monuments. Mais j'espère, qu'avec notre collaboration, nous pourrons aider à freiner le trafic d'œuvres d'artistes britanniques... Je suis conscient que les lacunes des réglementations nationales sont quelque peu... agaçantes, mais je ne peux que vous promettre de mobiliser tous nos efforts pour lutter contre le commerce illégal... Mais si vous acceptiez au moins d'en savoir un peu plus sur la raison de notre venue... Finit-il tout aussi calme.
Je devais reconnaître qu'il savait au moins parler, il avait dû faire des études de commerce ou de beau parleur, je ne pouvais pas lui enlever ça. Il soulignait beaucoup de points réels mais il ne fallait pas oublier que le trafic illicite ne concernait pas que des petits malfrats locaux mais qu'il pouvait s'étendre jusque dans les maisons de ventes aux enchères, aux entreprises du monde de l'art et même à des gens bien plus haut placé.
Je soufflai impatiente, et mécontente, mais surtout parce que je ne voulais pas avouer que cette histoire m'intriguait, pourquoi étaient-ils là ?
— Et bien... Si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre.
Sans attendre leur réponse, je me dirigeai vers mon bureau.
Je pris place dans mon fauteuil, en face d'eux, les laissant à peine le temps de s'installer, je repris la parole.
— Je vous laisse - je regardai ma montre - dix minutes. Leur venue compliquait ma routine et je n'aimais pas du tout ça, j'avais une matinée chargée et je n'appréciais pas que l'on dérègle mon emploi du temps.
— Avez-vous entendu parler de l'affaire Volturi ? Commença le sergent.
— Bien entendu, tout le monde a eu vent de cette histoire. Je tiquais tout de même sur le nom de famille, qu'elle avait en commun avec cette affaire, ce qui avait dû manquer de discrétion puisque le sergent interrompit mon raisonnement mental.
— Caïus est mon oncle... Il est évident qu'il y aurait pu avoir conflit d'intérêt, mais voyez-vous, lors de cet événement je finissais mes études d'histoire de l'art et j'avais toujours eu pour ambition de lutter contre le trafic d'œuvres d'art, cela n'a pas posé de problème d'autant plus que l'affaire a eu lieu à Paris.
— L'OCBC, pardon l'Office Central de lutte contre le trafic des Biens Culturels a mis en lumière l'affaire Volturi...
— Il a été mis en examen, il me semble ? J'étais très intéressée par le sujet, l'ancien président du Louvre d'Abu Dhabi a été visé par une enquête le soupçonnant d'être impliqué dans un vaste trafic en bande organisée. Deux spécialistes égyptologues n'ont pas été poursuivis. Le monde de l'art a été ébranlé par cette nouvelle et face à cette affaire, le Louvre d'Abu Dhabi et le Louvre se sont constitués partie civile.
— En effet, il a été mis en examen pour blanchiment et complicité d'escroquerie en bande organisée et nous attendons encore la décision de justice.
— Et... Pardonnez-moi mais je ne saisis toujours pas la raison de votre venue... À moins que vous soyez en train de mener un interrogatoire et que vous ne m'accusiez de trafic ? Je regardais ma montre, le temps défilait. Quand j'étais nerveuse, j'aimais passer mon pouce sur le bracelet interne de ma montre. Sentir le cuir sous mon doigt me rassurait.
— Oui bien sûr, nous ne voulons pas prendre encore plus de votre temps. Nous pensons, de source sûre, que Félix Volturi et son frère jumeau Alec, vont chercher à rentrer en contact avec vous. Précisa l'inspecteur.
— Donc... Je dois seulement vous prévenir si c'est le cas ? M'informai-je, pas vraiment certaine de mon rôle à tenir.
— Pas vraiment, nous aimerions collaborer avec vous, pour essayer de les prendre en flagrant délit - il allongea ses longues jambes pour se mettre à l'aise -. Il serait bien d'essayer de répondre quand ils rentreront en contact avec vous et de comprendre leur plan d'action...
— Vous voulez que je fasse ami-ami avec des trafiquants d'art pour... le bien d'une enquête ? Alors que vous ne savez même pas s'ils vont s'en prendre à mon musée ? Je pianotai sur mon bureau le temps qu'il me réponde.
— En gros... C'est bien ça. Bredouilla sa coéquipière. Nous voulons vraiment les coincer, cela fait 4 ans que nous essayons, par le biais d'Interpol, de les arrêter mais nous avons vraiment besoin de votre aide...
— Il s'agit d'Égyptologie, je suis loin d'être experte dans ce domaine... Je retouchai le cuir de ma montre pour calmer mes nerfs.
— Nous ne parlons pas seulement d'archéologie, mais d'un colossal trafic, de fouilles clandestines aggravé par la paupérisation croissante depuis les printemps arabes de 2011. Mais pas seulement, les objets dérobés en Syrie, en Égypte ou en Irak, sont en libre circulation parce que les nécropoles sont des « supermarchés ouverts ». Imaginez ce que les malfrats feraient en blanchissant des objets ? Informations mélangées entre les vraies, les fausses, faux documents, fausses factures d'achat... C'est quasiment indétectable si des conservateurs contribuent à ces méfaits. L'art ne doit pas tomber entre de mauvaises mains, les dégâts causés sont déjà irréversibles. Voulez-vous perdre du temps en recherche ? Ou bien avez-vous les moyens de payer une rançon et de restituer les œuvres ? Si c'est le cas, - il se levait - nous n'avons plus rien à vous dire. Mais j'aurai pensé que vous, en tant qu'amatrice passionnée, vous auriez compris l'urgence de la situation. Madame, veuillez nous excuser pour le dérangement. Il me regardait, un voile de déception passa dans ses yeux.
Sa coéquipière lançait des regards vers moi, puis vers son chef. Je soufflai doucement, faisant tourner une autre fois mon pouce sur le bracelet.
— Attendez... Vous avez entièrement raison, l'art ne doit pas servir à ça. Le musée va ouvrir... Mais que diriez-vous de nous donner rendez-vous ce soir à la fermeture... Enfin si vous ne faites rien ?
Il se rassit, il ne desserrait pas les dents, mais je voyais quand même qu'il avait retrouvé son calme, du moins en apparence.
— Je suis... soulagé que nous ayons pu trouver un terrain d'entente. Il va falloir agir rapidement mais surtout ne pas attirer l'attention sur vous. Nous n'avons pas d'autre occasion pour le moment... Et ça serait fâcheux de la louper.
— Je suis complètement d'accord, vous pensez vraiment qu'ils vont s'intéresser à des œuvres ici ?
— Tout porte à croire qu'ils visent au moins une des grosses têtes d'affiche... Turner, Constable, Hockney, Hopper, Van Dyck...
— Je peux savoir ce qui vous fait penser ça, pourquoi des Britanniques ? Fis-je interrogative.
— L'envie de faire du spectaculaire, d'avoir un tableau de maître dans sa collection, réussir le casse du siècle, revendre à prix d'or... Il y a des milliers d'explications mais le sergent Volturi, ici présente, a pu témoigner de l'attrait de sa famille pour les anglais.
— Je vois...
Ils prirent congés pendant que la foule s'engouffrait aux portiques de sécurité. Je regardai ça d'un point en hauteur, pour éviter de me retrouver dans un bain de foule improvisé. J'essayais d'analyser les dernières rencontres que j'avais faites, je ne me souvenais pas d'avoir rencontré un quelconque Volturi... Auraient-ils pris le risque de venir incognito ? Je ne les voyais pas faire ça caché puisqu'il fallait quand même profiter d'une certaine renommée pour avoir la confiance des gens hauts placés dans les institutions…
Je demandai à Jasper de faire une liste des événements à venir. Alice, la femme de Jasper, qui s'occupait de tout ce qui touchait aux relations, allait gérer notre image auprès des autres établissements et essayer de les convaincre pour des échanges et prêts d'œuvres pendant que j'essayerais d'attirer les mécènes et autres fondations.
J'appelais Angela, notre directrice financière pour savoir si nous pouvions organiser une soirée de gala. Enfin il fallait que j'en parle à l'inspecteur...
La journée avait filé, je n'avais quasiment pas vu le temps passer. Je me frottais les tempes, j'avais du mal à me concentrer, j'avais l'impression qu'à tout moment, quelqu'un viendrait pour me proposer d'être complice dans un vaste trafic. Mais ça n'avait pas de sens, l'inspecteur avait semé le doute en moi et je n'appréciais pas d'être à la merci d'une foule d'émotion contradictoire. J'avais cet empressement d'être au plus proche de l'action, de démanteler un réseau et j'étais à la fois angoissée de rater ma « mission » de provoquer le contraire et qu'ils nous échappent.
L'inspecteur avait laissé un message à mon intention à Jasper, pour me donner rendez-vous à la Galerie Saatchi, j'avais entendu qu'ils avaient fait une exposition sur Tiffany Co.'s.
J'arrivai en avance puisque le Tate Britain n'était pas bien loin, je pus avoir le loisir de regarder le catalogue d'exposition. Je ne portais pas de bijoux, hormis ma montre, mais dans une autre vie, j'aurai aimé étudier la gemmologie et parcourir le monde à la recherche des plus belles pierres...
Dans le reflet de la vitre, j'aperçus l'inspecteur, qui était toujours aussi élégant même s'il semblait plus décoiffé que tout à l'heure. Ce petit style négligé lui allait parfaitement bien.
— Pardonnez-moi de vous avoir fait attendre, je devais absolument boucler un dossier avant de vous rejoindre...
— Je viens à peine d'arriver. Je lui répondis le plus doucement possible.
Même si je n'appréciais pas les gens en retard, il avait une moue désolée qui avait réussi à adoucir ma réponse.
— J'espère que le lieu vous plaît, je me suis dit que l'on pouvait joindre l'utile à l'agréable. Regarder de belles choses... Tout en parlant de notre affaire.
Je déglutis, pour je ne sais quelles raisons, sa phrase avait provoqué un petit frisson car il ne m'avait pas quitté des yeux tout en parlant. Je touchai ma montre comme pour reprendre pieds à ma réalité.
— J'avais pour projet d'aller à cette exposition. Ce qui était vrai, je voulais absolument être le témoin des 185 ans d'héritage de cette grande maison. Il me sourit de toutes ses dents, qui étaient parfaitement alignées et blanches.
— Je marque au moins quelques points, ce qui n'était pas une mince affaire depuis ce matin... Dit-il en ne perdant pas son sourire.
Je ris doucement à sa réplique.
— Vous êtes un peu moins ignare que ce que j'avais pensé et effectivement j'avais tort... Je me surpris à sourire à mon tour.
Nous parlions de l'exposition et de quelques affaires de faussaires et de vols célèbres. Je m'étonnais de savoir qu'il avait étudié l'art et qu'il avait même un doctorat. Il avait en parallèle demandé à rejoindre cette unité afin de lutter au plus près pour que l'art soit respecté à sa juste valeur et surtout que l'art ne serve pas à des fins criminelles. Nous nous étions assis à la table du café de la galerie et j'appréciais vraiment ce moment. C'était très intéressant de parler avec cet inspecteur et pas une seconde, je ne voyais le temps passer. Il m'avait prévenu que les Volturi s'étaient mis en mouvement et que bientôt, ils essaieraient de rentrer en contact avec moi.
J'avais aussi appris qu'un couple de confrères conservateurs avaient été entendus dans l'affaire du Louvre. En effet, James et Jacob Black, que je connaissais surtout pour leur mauvaise réputation dans le milieu, étaient soupçonnés d'avoir aidé à blanchir, et surtout à faire passer, les antiquités en Europe.
Je ne les avais jamais vraiment côtoyés, seulement avec leur niveau de mécénat et leur influence pour contrer les trafics de biens culturels... Ce qui était un sacré comble du coup d'être soupçonné… Ils avaient réussi à se faire une place dans n'importe quelles salles des ventes et avaient leurs entrées partout. Ils étaient hautains et vulgaires à souhaits.
Nous nous quittions en début de soirée, le temps était frais mais agréable. Il me raccompagna jusqu'à mon vélo et quand nous nous sommes serrés la main pour nous saluer, j'avais senti comme une intense décharge parcourir mon corps. Ce n'était pas désagréable même si c'était inhabituel. C'est légèrement songeuse que je repartis en direction de chez moi.
Le lendemain je me réveillai quelque peu chamboulée, j'avais passé ma nuit avec un certain inspecteur et je dois avouer que mes songes avaient été des plus délicieux. Si bien que je ne m'attardai pas outre mesure au fait que ma routine matinale soit quelque peu décalée. C'était avec une joie non camouflée que je rejoignais mon bureau et Jasper pour parler des dernières nouvelles. Alice et Angela étaient venues assister à notre réunion hebdomadaire et comme j'avais eu l'aval de l'inspecteur, je rougissais presque en repensant à lui, je pouvais donner une réception pour appâter les italiens.
Je remarquai qu'aujourd'hui, il y avait plus d'affluence, c'était très bon pour mon musée et un peu moins pour mes angoisses, mais le principal objectif, de maintenir le musée à flot, était en bonne voie. Nous n'étions pas le musée le plus prisé mais nous réussissions à être dans le top 5, ce qui est honorable quand on est situés à Londres.
Les semaines défilaient à une allure folle, nous étions la veille du gala de charité, j'avais réussi à négocier avec Angela pour faire un bilan du coût de réparation de l'aile ouest. C'était prévu dans le budget annuel mais autant utiliser maintenant cet espace puisque j'avais eu l'envie de consacrer une rétrospective sur les impressionnistes. Et quoi de mieux que de réunir Monet, Turner, Constable, Bonington, Renoir... Pour faire un vrai coup de maîtres. J'étais aussi enchantée de présenter une exposition sur Hockney. Pour ainsi dire, je n'avais plus une minute à moi mais je réussissais par, je ne sais quel miracle, à pousser le temps pour gagner quelques minutes avec l'inspecteur qui préparait le champ de bataille pour le gala. Il était, tout comme moi, persuadé que les italiens montreraient le bout de leur nez.
Au fil des rendez-vous informels avec l'inspecteur, je remarquai de plus en plus mon attirance pour lui, bien des fois je m'imaginais des choses... Enfin je rêvais de poser malencontreusement mes lèvres sur les siennes qui avaient l'air d'une douceur incomparable. Rose avait raison, je manquais définitivement de BCT. Et j'avais dû jeter, enfin non, mes hormones avaient dû se jeter sur l'inspecteur qui était plutôt pas mal à regarder. Mais je ne mélangeais pas vie privée et travail. En revanche, si l'idée lui prenait de m'embrasser fougueusement dans mon bureau, je dirai tout bonnement que, malgré tout ce que j'ai pu faire pour lui résister, il m'avait surprise et que malheureusement, sonnée par le baiser, je ne m'étais débattue que quelques secondes plus tard.
— Vous êtes bien d'accord ? Jasper tourna son regard vers moi, je repris contenance.
— Tout à fait, je pense qu'il faut inviter Woodkid au gala pour animer notre soirée.
Nous avions convenu du déroulement de la soirée, il fallait que j'ouvre le gala avec un discours pour que les gens soient assez touchés pour bien vouloir donner et le reste de l'événement se déroulerait comme une visite privée du musée avec les douces musiques de Woodkid en fond. Nous organisions une sorte de tombola où les plus chanceux pourraient gagner le droit de prendre un dîner et passer la nuit dans le musée.
Je n'appréciais pas l'idée mais le Louvre avait déjà tenté l'expérience et puis l'inspecteur m'avait rassuré sur le fait que c'était très très bien encadré. Je l'avais cru aisément puisque j'avais suivi l'événement du Louvre qui était entièrement filmé.
Je regardai ma montre, la foule de la journée commençait à se dissiper dans le musée. Quelques touristes déambulaient encore un peu, profitant jusqu'à la dernière minute d'ouverture. Je revenais à mon bureau, cela faisait quelques jours que je n'avais pas revu Rose et j'espérais qu'elle allait bien mais il me semblait qu'elle m'avait dit qu'elle était de repos puisqu'elle avait enchaîné les gardes, elle était médecin.
Le temps s'était couvert et sans que je m'en aperçoive, la pluie tombait durement. Je sortis précipitamment pour récupérer Puck quand je ne sentis plus aucune goutte sur moi, je relevai la tête pour voir que l'inspecteur se tenait à côté de moi et avait ouvert un parapluie pour me protéger.
— Je vous dépose en voiture ? La pluie tombe bien plus fort que tout à l'heure et quelque chose me dit que l'orage va s'intensifier... Il était habillé d'un costume trois pièces bordeaux foncé et je n'avais qu'une envie c'était de devenir cette petite goutte qui ruisselait le long de sa mâchoire, je repris mes esprits pour ne pas passer pour une dingue.
— Merci, je ne pensais pas vous voir aujourd'hui... Je rattachai mon vélo pour pouvoir suivre l'inspecteur jusqu'à son véhicule.
— Je passais par là en finissant une déposition, c'est quand je vous ai vu que je vous ai fait signe mais comme vous étiez trop occupée à vos pensées, je suis descendu... Il alluma le chauffage dans sa voiture avant de démarrer doucement. Je le remerciai d'un signe de tête, ce n'était vraiment pas de trop de sentir un peu de chaleur.
Le trajet était plus court qu'à vélo et c'est rapidement, un peu trop d'ailleurs, que nous arrivâmes devant chez moi. Je refermai la porte non sans laisser mon regard suivre sa marche vers sa voiture. J'aurai aimé être plus spontanée et oser lui demander le très cliché « vous voulez prendre un verre ? » mais je n'étais pas comme ça. Je me frottai les bras prise de frissons et je tournai les talons. J'allais dans ma cuisine ouverte pour me faire un thé. J'entrepris quelques appels pour peaufiner le gala mais j'avais toute confiance en Alice qui, je le sais, préparerait quelque chose qui frôlerait la perfection.
J'avais mal dormi cette nuit-là, je me posai tout un tas de questions concernant le gala et c'est nerveuse que je rentrai dans la salle de bain prendre une douche. J'avais choisi une petite robe noir Chanel, un classique, et la seule folie, si je peux dire, était une paire de boucles d'oreilles Delphi en or blanc avec deux cabochons d'émeraude, perles et diamant.
J'accrochai ma montre, vérifiai si j'avais tout. Je portais en collier une fine chaîne en or, je n'aimais pas avoir quelque chose de lourd autour du cou. Alice était venue me chercher, elle m'avait complimenté alors qu'elle était éblouissante dans sa robe Chanel blanche à liseré noir, elle portait des perles blanches aussi, toute la tenue aurait pu être « vieillotte » mais il n'en était rien quand c'était Alice qui la portait.
Les invités commençaient déjà à affluer, je pris de grandes inspirations en tripotant mon bracelet, je regardai les aiguilles de ma montre comme si c'était primordial. Une fois calmée, je sortis de la voiture et rejoignis l'entrée des « artistes » pour mieux apparaître devant les convives qui étaient élégamment habillés.
L'artiste Woodkid, commençait son show, l'acoustique, l'ambiance, l'orchestre... Cette musique magnifiait le lieu. Les cordes raisonnaient, tandis que le reste des instruments prenaient la suite, un jeu de lumière se mettait en place sous la coupole en verre. C'était magnifique.
Mes talons claquaient sur le sol, je balayais du regard l'espace des yeux et je souris rassurée quand je vis dans mon champs de vision l'inspecteur. Notre exposition sur l'art Britannique de 1861 à 1967, étaient vraiment bien mise en scène et j'étais ravie de voir que le vernissage privé pendant le gala de charité était l'idéal pour faire mordre à l'hameçon les Volturi. Je revenais à ma contemplation, l'inspecteur portait sublimement son smoking noir et son nœud papillon assorti. Malgré les lumières changeantes, je remarquai ses reflets auburn à la limite du roux. Il était d'une beauté comme j'en avais rarement vu. Il remarqua sûrement mon regard sur lui car il se tourna dans ma direction, et malgré les projecteurs, il me sourit. Je prenais encore un peu de temps avant de me jeter dans la foule. C'était à moi de faire le discours.
« Nous vous accueillons ce soir pour mettre en lumière notre maître en la matière, le peintre de la lumière, J.M.W. Turner. Ce génie brut qui est incontestablement le plus grand représentant de l'âge d'or de l'aquarelle. Pas besoin de vous expliquer les effets de lumière et de transparence sur les paysages anglais et d'autres vues qu'il a saisi pendant ses nombreux voyages. Vous pourrez constater l'évolution fascinante dans son travail, des expérimentations emplies d'un certain réalisme topographique de sa jeunesse aux œuvres plus accomplies, plus lumineuses et colorées. Le Tate Britain abrite la plus grande collection de Turner au monde. Nous connaissons ses toiles achevées destinées à la vente mais ce soir, nous vous montrerons des esquisses plus expressives et expérimentales, peintures à l'huile, études inachevées et ébauches... Mais pas seulement, aquarelles, dessins et carnets de croquis seront mis à l'honneur. Je vous laisse maintenant à la découverte de ses legs, une plongée unique dans l'esprit, l'imagination et la pratique de Turner dans son intimité.»
Un tonnerre d'applaudissement se fit retentir et je serrais mon poignet doucement pour m'apaiser, c'était la partie que j'aimais le moins dans mon travail, préférant l'intimité des archives et du musée vide.
— Joli discours... Chuchota une voix que je commençais à reconnaître.
— Je ne suis pas très... Tout ça. J'avais balayé d'un geste rapide la salle. Il rit doucement.
— Voulez-vous au moins partager un peu de champagne avec un invité ? Proposa-t-il en me tendant une coupe.
— Je ne vois pas l'invité ? Pourriez-vous me le montrer ? Fis-je taquine.
— Hahaha, outch touché.
Je pris la coupe et soupira d'aise une fois que le liquide se posa sur mes lèvres.
— Avez-vous vous même choisi Woodkid ou c'est un ou une de vos nombreuses assistants ?
— Les deux, mais dites-moi, c'est un interrogatoire Inspecteur ? Je le regardai avec une petite pointe de défi.
— Pas du tout, j'allais vous complimenter sur ce choix, mais je vais me raviser. Il fit son sourire en coin, il voulait vraiment ma perte.
— Les voilà, présentez-moi comme un de vos confrères. Murmura-t-il doucement. Je suivis son regard pour voir deux élégants hommes, ils portaient tous les deux des costumes en velours, l'un bleu et l'autre bordeaux. Ils jaugeaient la foule, balayaient un regard appréciateur devant eux, avant de s'avancer vers moi.
— Signora, lei è bellissima. Commença le plus grand des deux, en me regardant... étrangement.
— Mon frère m'ôte les mots de la bouche, mais vous êtes vraiment éblouissante, Turner nous avait caché sa plus belle œuvre lumineuse... Ajouta le deuxième charmeur. Un frisson me parcouru mais ce n'était pas du tout le même que ceux que je pouvais avoir avec l'inspecteur... C'était plutôt du dégoût mélangé avec de la gêne.
— Messieurs Volturi, tout se trouve dans les nuances et je serai bien présomptueuse de penser que ma personne puisse être comparable à une quelconque œuvre... de Turner. Mais si vous appréciez tant son trait, vous pouvez toujours... devenir de très bons bienfaiteurs...
— Hahaha, vous me plaisez, vous ne tombez pas dans l'hypocrisie si facile dans notre monde... À croire que les conservateurs apprécient autant de brosser nous autres, mécènes, dans le sens du poil que les peintres aiment le contact avec leur toile.
— Vous pouvez compter sur nous pour être... Généreux, très généreux... Nous serons l'étincelle qui apportera l'éclat sur votre gala.
— J'ose espérer que, mon exposition ne soit pas aussi terne... Mais nous apprécierons votre participation. Veuillez m'excuser mais j'ai d'autres invités à saluer.
Je tournai les talons, je sentais leurs regards sur mon dos nu mais je ne voulais pas leur donner la satisfaction d'être un trophée sur leur tableau de chasse.
— N'oubliez pas de me prévenir quand je serai un peu trop imbu de ma personne, pour rien au monde je ne voudrai subir vos foudres... Et encore moins avoir ce regard froid et dur sur moi...
J'ai cru imaginer la fin de sa phrase tant il l'avait murmuré. Mais en croisant son regard, je sus instantanément que, peut-être, n'étais-je pas seule à ressentir un rapprochement.
— Inspecteur, les cartes sont entre vos mains. Je m'éloignais sur cette phrase. J'espérais qu'il en comprenne le double sens.
La soirée battait son plein, les invités tournoyaient entre les différentes salles, je pouvais déjà dire que c'était un vif succès, pas mal de personnes m'avait complimenté et j'avais répondu que sans Jasper, Alice et Angela, rien de tout cela n'aurait été possible.
Je regagnai mon bureau, mais je fronçais les sourcils, la porte était entrouverte.
— Votre souvenir m'était bien trop loin, je voulais parler avec vous, entre personnes de notre monde... Susurra celui que j'avais identifié être Alec.
— Vous êtes au courant que cette partie du musée n'est pas autorisée au public ? Je serrai les dents pour ne pas faire de faux pas.
— Pas de ça entre nous, vous êtes comme moi, une amatrice d'art, du vrai art. Vous faites un travail remarquable mais vous savez que c'est une vieille utopie et que l'Art doit rester dans les hautes sphères... Dit-il avec dédain et suffisance.
— Vous vous trompez sur ce point-là, je suis convaincue que l'art parle à tout le monde, chacun à sa façon de le ressentir, de l'étudier, de l'apprécier, de le comprendre... Et c'est cela qui est exaltant, de laisser l'art s'exprimer partout...
— Vous m'en voyez navré, je ne suis pas vraiment d'accord avec vous mais vous êtes d'une noblesse de cœur que je ne peux vous enlever. J'aimerai vous faire une proposition chère Madame...
J'étais toujours dans le cadre de la porte mais je m'avançai vers lui pour m'assoir sur mon bureau, après tout j'étais sur mon territoire.
— Je vous écoute, peut-être que nous pourrions trouver un intérêt commun, même si je doute que nous fréquentions les mêmes... sphères.
Il éclata de rire.
— Je suis plein de surprise voyez-vous et je serai le plus comblé des hommes si vous acceptiez de venir à mon bal costumé qui aura lieu le 23 avril...
— Vous êtes un amateur de Turner au point de choisir le jour de la Saint-Georges...
— Si le grand maître l'a lui-même choisi, qui suis-je pour ne pas le copier ? Il me tendit une carte avec ses initiales et un numéro écrit en fin nombres d'or. Appelez-moi, je ne vous décevrai pas et, vous qui aimez les défis, je vous proposerai quelque chose à la hauteur de vos ambitions... Chuchota-t-il au creux de mon oreille.
Il sortit me laissant sur mon bureau, je détestai cet homme, c'était maintenant vérifié. L'inspecteur Cullen entra à son tour, il tenait quelque chose dans ses mains.
— Parfait, nous avons un enregistrement mais malheureusement, vous devez aller à ce bal pour nous donner de plus amples informations...
— Comment savez-vous que...? - Je fronçai les sourcils puis les pièces du puzzle se mirent en place rapidement - Vous m'avez mise sur écoute ? M'énervai-je en dépliant mes jambes pour lui parler de toute ma hauteur, et avec mes talons, je faisais presque sa taille.
— C'était primordial... Au cas où un détail lui aurait échappé... Se défendit l'inspecteur.
—Je vois... Je marmonnais que c'était un travail et que l'alchimie entre nous, n'était qu'une ruse pour m'approcher et glisser un micro sur moi.
Depuis le gala, je n'avais pas cherché à joindre plus que de raisons l'inspecteur, l'enquête avançait de leur côté et il m'avait convaincu que le bal costumé serait primordial pour la suite. C'est ça, je n'étais que bonne pour être un pion, une personne que l'on prend et pose selon les besoins mais ça m'allait comme ça. Après tout j'avais déjà l'adrénaline de participer à une enquête et surtout j'étais peut-être un pion, mais je devais dire que j'étais la reine de l'échiquier et que pour sûr, la partie sera Mat pour les Volturi.
En allant à mon bureau aujourd'hui, je fus surprise de voir sur mon bureau une enveloppe mise en évidence. Je l'ouvrai doucement.
« Il me tarde de vous voir au bal mais avant, retournons aux sources et retrouvons nous à St Andrews, en tant qu'anciens élèves, je serai ravi de revoir notre université en bonne compagnie. A.V.»
Je me rendais à St Andrew's, la bâtisse était magnifique, une façade classique de Grande-Bretagne, les murs extérieurs sont en stuc et pierre avec un toit en ardoise.
J'entrai directement dans la salle, j'avais bien eu le temps d'apprendre à me repérer dans ce bâtiment et dans les jardins. Je croisais Rosalie, j'avais convoqué Alice, elle ne devrait pas tarder. Pour l'instant, je prenais place. La porte s'ouvrit et je me tournai vers la personne qui entrait.
— Ha Isabella, vous êtes déjà là, vous voulez me parler de vos dernières crises ? Me demanda Jasper.
J'avais peut-être oublié de vous dire ; je m'appelle Isabella Swan, je suis directrice du Tate Britain et j'ai été diagnostiquée schizophrène.
FIN
Et bien c'est déjà la fin ! L'histoire du Louvre est bien réelle , si vous voulez tout savoir !
Il reste peut-être des fautes mais vous savez comme moi que les yeux sont fatigués et qu'à force de relecture, on finit par ne plus rien voir haha.
À bientôt !
