PARTIE I
« Sors avec moi s'il te plait, Kageyama ! »
Kageyama regardait stoïquement le petit rouquin en face de lui, ne dévoilant aucune émotion. Hinata avait fermé les yeux durant sa déclaration, les pommettes rougies, complètement gêné. Il se dandinait légèrement, se demandant s'il avait bien fait de se déclarer à ce brun glacial au sang chaud, ayant peur de se prendre un coup de poing en pleine figure. Il s'apprêtait à ouvrir de nouveau la bouche afin de lui préciser qu'il parlait d'un amour romantique et non amical, lorsqu'il se fit couper dans son élan :
« D'accord. »
A ces mots, le roux releva bien vite la tête, manquant de se faire mal, les yeux écarquillés. Il n'avait même pas remis en question ses propos, ni même hésité, avant de lui répondre à l'affirmative. Il s'attendait à un refus brutal, ce qu'il avait espéré si jamais ses sentiments n'étaient pas réciproques, afin de passer rapidement à autre chose. Mais, il semblerait que ses espérances aient été largement dépassées.
« C'est vrai ? ne peut-il s'empêcher de demander, ayant peur d'avoir mal compris.
- J'ai dit que c'était bon, Hinata boke, répondit l'autre avec nonchalance, pas du tout perturbé. »
Aussitôt que la réalisation parvint jusqu'à Hinata, un large sourire vint se loger sur ses lèvres, éclairant tous ceux qui croiseraient son chemin. Il allait s'avancer pour prendre le brun dans ses bras, sur une tendre impulsion, lorsque ce dernier se détourna d'un coup. Hinata suspendit son geste, regardant Kageyama partir dans la direction opposée pour rentrer chez lui, les mains dans les poches. Il cligna plusieurs fois des yeux et laissa ses bras retomber le long de son corps, chassant bien vite le désappointement qui le guettait.
Après tout, c'était le tout début. Kageyama ne devait pas être à l'aise et encore moins savoir comment cela fonctionnait dans un couple. Après tout, il se dit qu'il avait bien le temps de l'habituer à ces attentions. Retrouvant une lueur de détermination dans son regard, Hinata se précipita aux côtés du brun pour, lui aussi, rentrer chez lui.
« Kageyamaaaaaa ! Attends-moi, c'est malpoli de partir d'un coup.
- Tch. T'as qu'à te dépêcher, boke, j'ai pas toute la soirée. »
Hinata ne fit pas attention à son ton neutre, complètement sur un petit nuage. Il rayonnait, ne pouvant s'empêcher de sourire à tout va. Il était vraiment heureux d'obtenir ce qu'il convoitait depuis plusieurs mois maintenant. Ils étaient tous les deux en deuxième année de lycée et il se disait qu'elle ne pouvait que se passer très bien, tant qu'il aurait le brun à ses côtés.
Ce dernier ne regardait pas du tout Hinata, les yeux fixés sur l'horizon, les mains toujours dans les poches. Certes, il avait été surpris de la demande du roux, ne s'attendant pas à une telle attente de sa part. Mais, après réflexion, il s'était dit que cela ne pouvait être que bénéfique pour le volley. Il avait bien remarqué que cette orange humaine n'était plus concentrée à l'entrainement depuis quelques semaines et cela l'avait beaucoup irrité. Ils n'allaient jamais réussir à gagner des matchs si cette andouille ne parvenait même plus à frapper ses passes !
Il s'était donc dit que, si c'était parce qu'il voulait sortir avec lui qui l'empêchait de bien jouer au volley, alors il pouvait bien accéder à sa demande. Après tout, cela n'était pas grand-chose. Le rouquin serait comblé pour si peu et ainsi, ils pourront de nouveau être entièrement concentrés à l'entrainement. En définitive, le plus petit était bien la seule personne avec qui il aimait succinctement passer du temps, sachant que tous leurs moments ensemble servaient à pratiquer le volley. Donc, passer le temps avec Hinata signifiait faire beaucoup plus de volley. Il ne pouvait que ressortir gagnant de cet arrangement.
Satisfait de lui-même, Kageyama salua simplement le rouquin d'un signe de tête, avant de partir de son côté pour rejoindre sa maison, sans s'attarder plus que nécessaire. Hinata répondit à son salut par un signe de main, son sourire éblouissant se ternissant quelque peu en voyant qu'il n'avait aucune intention de faire un pas vers lui. Mais, il se rassura une nouvelle fois en se disant que c'était les débuts. Ils ne pouvaient pas encore se comporter pleinement comme un couple et être cent pour cent à l'aise avec les contacts physiques dès maintenant. Peut-être même qu'il n'avait pas encore réalisé qu'ils sortaient ensemble.
Il avait hâte d'être au lendemain pour voir le comportement que Kageyama aura avec lui, étant donné qu'il le savait lent à la détente.
Hinata tentait tant bien que mal de chasser le sentiment déçu qui voulait s'emparer de son être, tandis qu'il mangeait rapidement son bento aux côtés du brun taciturne. Cela faisait trois semaines. Trois semaines qu'il essayait difficilement de se convaincre que c'était une situation normale. Après tout, le brun était spécial lorsqu'il s'agissait des sentiments. Il était de notoriété publique que ce garçon avait un peu plus de mal que la moyenne à être démonstratif. Un jour, cela finirait bien par se débloquer et couler beaucoup plus fluidement.
Cette auto-persuasion était lentement saupoudrée d'une désillusion progressive que le rouquin s'employait à chasser à grands coups d'optimisme et de joie. Mais, ce nuage noir, prenant incessamment plus de place, menaçait le soleil qui se ternissait au fur et à mesure des jours qui passaient, sans que rien ne change entre eux.
Rien n'avait perturbé leur routine. Ils faisaient toujours autant la course le matin, puis s'entrainaient juste avant d'aller en cours, avant de manger ensemble le plus rapidement possible, pour ensuite s'entrainer encore. Ils allaient par la suite en cours, retournaient à l'entrainement où ils enchainaient plusieurs heures tous les deux à parfaire leur combinaison, avant d'enfin rentrer chez eux en se séparant à ce fameux croisement.
Ils ne discutaient ni ne se touchaient d'avantage. Il n'y avait rien du tout de plus qu'une simple amitié entre eux. Pire, dès qu'Hinata tentait d'amorcer quelque chose, Kageyama réduisait à néant ses plans en se montrant plus froid et distant que jamais, comme s'il répugnait à se rapprocher de lui, autant physiquement que mentalement. Si bien qu'ils ne connaissaient toujours rien l'un de l'autre, à part leur passion commune pour le volley.
Hinata remettait de plus en plus en question ses sentiments. Comment avait-il fait pour tomber amoureux d'un type dont il ne savait que la fervente passion pour le volley ? Il ne savait même pas s'ils partageaient d'autres ambitions, puisque Kageyama tuait dans l'œuf toute tentative de discussion qui ne concernait pas son sport favori.
Il ne parlait même pas de ses tentatives de contact physique. Dès qu'il essayait de ne serait-ce qu'effleurer son bras, il se prenait un regard si noir qu'il le sentait brûler sa chair et pénétrer jusqu'au plus profond de son âme, tandis qu'un sentiment glacé le paralysait sur place. Son cœur se fissurait petit-à-petit au gré des rejets quotidiens, bien affaibli.
Cependant, Hinata était connu pour son acharnement. Alors, il ne renonçait pas et recommençait, encore et encore. Après tout, s'il avait accepté de sortir avec lui, c'est parce qu'il devait l'aimer un minimum, non ? Il pouvait donc arriver à le décoincer et enfin obtenir ce qu'il souhaitait.
Il ne lui demandait absolument pas de changer pour lui ou d'être une autre personne. Mais justement, il n'aspirait qu'à connaître un peu plus en profondeur cette personne que Kageyama devait être au fond, bien tapie derrière des couches de souffrance et de solitude. Il savait qu'il ne connaissait que la surface et qu'il ne parvenait qu'à gratter la paroi, sans qu'elle ne bouge d'un millimètre.
Hinata n'était pas connu pour abandonner. Mais, tout le monde avait ses limites.
« Kageyama, ça te dirait d'aller voir du côté de la rue marchande ce soir ? J'aimerais bien m'acheter une paire de chaussure, voire quelque chose d'autre, demanda timidement Hinata, alors qu'ils se changeaient tous les deux dans les vestiaires déserts.
- Pourquoi on ferait ça ? Tu penses que tes réceptions de merde vont s'améliorer en allant faire les boutiques ? répondit dédaigneusement le brun.
- ...non, mais...
- A moins que tu aies été assez bête pour casser tes chaussures de volley ? Oh, c'est ça, tu veux t'en acheter de nouvelles en fait ? Imbécile ! Si tu continues à ne pas faire gaffe à tes affaires, tu n'arriveras jamais à rien, enchaina Kageyama, sans pitié.
- ...laisse tomber. T'as raison, je dois m'entrainer, murmura Hinata, les yeux baissés. »
Il ne tarda pas à enfiler son tee-shirt avant de partir au pas de course jusqu'au gymnase, laissant Kageyama derrière lui. Il sentait les larmes lui picoter les yeux, alors il fit au mieux pour les refouler. Il savait que Kageyama ne le considérait pas comme un excellent joueur, mais se faire rabaisser à ce point en partant de ses propres suppositions était loin de lui faire plaisir. Il n'avait jamais dit qu'il avait cassé ses chaussures, au contraire, il prenait soin de tout ce qui touchait de près ou de loin au volley ! Kageyama devrait le sav-
Hinata s'arrêta d'un coup, tandis qu'il installait le filet. Bien sûr, en tant que petit-ami, Kageyama devrait le savoir. Mais, il ne le savait pas. Pire, il faisait des fausses suppositions, par manque de connaissances. Tout simplement car ils n'apprenaient pas à se connaitre. Ils ne savaient rien l'un de l'autre.
Hinata souffla profondément en entendant les pas de son partenaire résonner dans son dos. Il ferma les yeux fortement afin de chasser les dernières larmes et recommença sa besogne, y mettant moins d'entrain que d'habitude.
Ce manque d'enthousiasme se répercuta pendant tout l'entrainement, où il se fit crier dessus par Kageyama qui jugeait sa technique encore plus médiocre que d'habitude. Hinata tentait de répliquer quelque chose, mais il ne pouvait pas. Car, au fond, le brun avait raison. En ce moment, son volley ne ressemblait à rien.
« Est-ce que tu crois qu'Hinata va bien ? Dernièrement, il est vraiment en-dehors du jeu et c'est si rare que je commence à me poser des questions, s'interrogea Sugawara.
- Oui, je l'ai remarqué aussi, ça fait quelques temps déjà. J'ai trop rien dit, car je pensais que ça passerait et que tout le monde pouvait avoir une baisse de régime, même Hinata, répondit Daichi, les bras croisés, jaugeant les deuxièmes années.
- En tout cas, ce qui est sûr, c'est que Kageyama l'a remarqué, mais de la mauvaise façon, soupira Sugawara, peiné de voir le passeur titulaire aussi agressif envers le petit joueur. »
Daichi ne tarda pas d'ailleurs à calmer le jeu, arguant que Kageyama s'acharnait un peu trop sur Hinata, alors même qu'il y avait d'autres attaquants disponibles. Le brun se retourna vers le plus vieux, le regard noir.
« Mais, Daichi-san, tu vois bien qu'il est complètement nul ! Comment tu veux qu'on gagne s'il est dans cet état ?
- On va se prendre des services dans la tête à ce rythme-là, se moqua Tsukishima, de loin.
- Fermez-là vous deux ! aboya Daichi, je veux que cet entrainement se fasse dans la discipline et dans la compréhension, arrêtez de vous mettre des bâtons dans les roues. C'est pas en faisant l'inverse de s'encourager que ça va arranger les choses.
- ...tch. »
Kageyama se détourna et partit à l'opposé d'Hinata pour s'entrainer sur ses services. Nishinoya accepta avec joie de les réceptionner. Hinata, de son côté, rentrait encore plus la tête dans ses épaules, les pieds lourds et le cœur mouillé. Il savait que Daichi se voulait soucieux, mais il n'avait fait que sous-entendre qu'il était vraiment mauvais.
Il accepta de s'entrainer avec Sugawara lorsqu'il lui proposa, mais le cœur n'y était pas.
« Hé Kageyama ! Regarde ce que je nous ai trouvé, s'écria Hinata, les yeux pleins d'étoiles. »
L'interpellé se tourna vers lui, les mains dans les poches, avisant deux petits sachets noirs. Il haussa un sourcil, confus. Hinata lui fourra un des paquets dans la main, riant légèrement en le traitant de constipé. Kageyama répliqua vertement en lui attrapant brusquement le crâne.
« Ouch ! Lâche-moi, je vais finir chauve ! Ouvre plutôt, ouvre ! »
Kageyama finit par le relâcher, le cinglant toujours du regard. Il finit par ouvrir le sachet en tissu, curieux malgré lui de savoir ce qu'il contenait. Il haussa les sourcils, surpris.
« ...qu'est-ce que c'est que ce truc ? marmonna-t-il. »
Il releva les yeux et vit qu'Hinata avait un bracelet noir similaire au sien dans la main. A l'exception près que le sien arborait le numéro 9, tandis que celui de Kageyama avait le numéro 10. Le rouquin avait un grand sourire et les pommettes légèrement rougies, ravi de sa trouvaille.
« T'as vu, je nous ai trouvé des bracelets assortis ! Ils sont trop cool, j'ai direct pensé à nous quand je les ai vu. C'est marrant comme coïncidence. »
Hinata continuait de palabrer sur les bracelets, tandis que Kageyama alternait entre fixer ce qu'il avait dans la main et regarder le roux étrangement. Si bien qu'Hinata se sentit rapidement mal-à-l'aise, sa voix se faisant de moins en moins forte, jusqu'à s'arrêter complètement. Il déglutit faiblement, se sentant encore plus petit sous ce regard qu'il ne saurait décrypter.
« Heu, Kageyama, ça v-
- Jamais je porterai ça. »
Net, froid et impitoyable. Sa déclaration glaça le cœur d'Hinata, tandis qu'il le regardait ranger le bracelet dans la pochette, impuissant. Il tenta de sourire d'incompréhension, ce qui s'avéra bien vite un échec lorsqu'il croisa les yeux aussi bleus qu'une mer déchainée de l'autre garçon.
« ...après tu fais ce que tu veux, mais- commença Hinata, faiblement.
- Je fais du volley, Hinata. TU fais du volley. Ces trucs-là, ça va juste nous gêner. En plus, je vois pas l'intérêt. Tu sais qu'on va pas garder ces numéros-là toute notre vie ? »
Il le savait bien. Oui, Hinata savait bien qu'ils ne pourront pas être éternellement des lycéens, ni même rester dans la même équipe. Il savait bien que Kageyama ne sera pas toujours son passeur. Il le savait. C'est pourquoi leurs numéros étaient si importants. C'est pourquoi il a pris ces bracelets, car ils leur rappelleront toujours ce qu'ils ont été et ce qu'ils ont vécu. Plus que juste avoir une babiole autour du poignet, c'était pour la symbolique qu'il les avait pris avec lui.
Mais Kageyama ne semblait pas le comprendre. Ne plus être avec lui à l'avenir ne devait même pas le chagriner. Hinata ravala ses larmes et répondit, les yeux baissés, tandis qu'il le dépassait pour se rendre chez lui :
« Fais ce que tu veux. Au moins, tu l'as. »
Il s'assura de ne plus être dans son champ de vision avant de se mettre à pédaler comme un forcené sur son vélo. Des larmes qu'il retenait depuis plusieurs jours inondèrent enfin ses joues, témoin de la souffrance qu'il endurait depuis quatre mois déjà.
A quoi bon ? Devait-il continuer à s'acharner ? N'était-ce pas voué à l'échec de toute façon ? Kageyama l'aimait-il ne serait-ce qu'un peu ? Pourquoi avoir accepté si c'était pour le traiter ainsi ensuite ?
Hinata pédala pendant au moins deux heures de plus qu'il ne devait, sachant qu'il allait se faire enguirlander par sa mère inquiète lorsqu'il rentrerait. Mais, il savait qu'il devait se dépenser le plus possible, se vider de sa peine le plus possible.
Comme cela, il pourra peut-être réussir à s'endormir avant trois heures du matin. Tout effacer pour recommencer demain. Il choisissait de ne pas écouter ces pensées qui revenaient de plus en plus, devenant de plus en plus incisives.
Dormir devenait de plus en plus compliqué. Toutes les pensées qu'il refoulait la journée lui revenaient en pleine tête le soir, lorsqu'il était seul dans son lit. Sa tête le maintenait éveillé jusqu'à au moins trois heures du matin. Puis, il se levait généralement vers six heures et enchainait ensuite avec du vélo, suivit d'un entrainement de volley.
Son épuisement commençait à se voir sur son visage ; de longs cernes bleuis mangeaient la moitié de son visage. De plus, moins il dormait, moins il était bon au volley. Moins il était bon au volley, plus Kageyama se mettait en colère après lui. Plus Kageyama s'en prenait à lui, plus ses pensées revenaient le hanter le soir et moins il dormait. Un cercle vicieux infernal dont il ne parvenait pas à se défaire.
Sugawara et Daichi avaient bien essayé de lui parler, sans succès. Le coach aussi avait tenté de le rappeler à l'ordre concernant son sommeil, mais rien n'y faisait. Même Tsukishima lui avait glissé un mot d'encouragement à sa façon, voyant bien qu'il était au bout du rouleau.
Le seul qui n'avait rien fait et qui n'avait pas vraiment semblé le remarquer était Kageyama. Celui qui jouait le rôle de son petit-ami. Ou plutôt, il avait semblé remarquer qu'il n'était pas en forme, mais cela l'énervait plus qu'autre chose. Si bien qu'il passait plus de temps à lui crier dessus, qu'à vraiment essayer de comprendre ce qui pouvait bien lui arriver. Pourtant, manquer d'énergie et d'enthousiasme ne ressemblait pas à Hinata. Même Kenma avait fini par s'en apercevoir et ils ne parlaient que par messages.
Hinata ressentait cette relation comme un véritable poids, alors qu'elle aurait dû lui faire pousser des ailes. Au contraire, elle le retenait au sol, l'empêchant de s'envoler. Il ne savait plus quoi faire. Il était complètement perdu. Sa mère ne cessait de s'enquérir de son état, inquiète et perdue elle aussi, quant à l'état de son poussin. Elle n'avait jamais vu son soleil aussi terni.
Hinata avait juste envie d'hurler comment il se sentait. Il avait envie de secouer Kageyama et lui exposer les faits en plein visage. Mais, il savait bien que même s'il faisait cela, le brun ne comprendrait pas. Pour lui, leur relation était très bien telle qu'elle était. Pourtant, Hinata voyait bien qu'elle s'était détériorée. Il était rongé par la culpabilité.
Il se disait que tout était de sa faute et que jamais, ô grand jamais, il n'aurait dû demander à Kageyama de sortir avec lui. Ils seraient alors restés amis, sans aucune ambiguïté, sans qu'Hinata ne s'acharne à faire sortir le moindre sentiment du grand brun taciturne et colérique. Quelle erreur il avait fait, de vouloir plus.
Quelle erreur il avait fait, d'être tombé amoureux de lui.
Il avait envie de s'excuser auprès de Kageyama pour l'avoir embêté avec ses sentiments. Il ne faisait que le retenir dans sa course pour le sommet. Il n'était qu'un boulet, un frein pour le grand brun qui n'aspirait qu'à devenir un grand joueur de volley, avec le monde à sa portée. Lui, ne lui permettrait que de voir le Japon. Alors que sans lui, il pourrait monter au sommet et explorer toutes les contrées qu'il voudrait.
Mais, Hinata n'osait pas. Il n'osait pas mettre un terme à cette mascarade qu'ils appelaient relation. Il ne voulait pas s'empêcher d'être proche du brun. Il ne voulait pas arrêter d'être spécial à ses yeux. Car, il le savait, il était l'être le plus proche de Kageyama en ce moment. Cependant, cela lui serrait le cœur. Être proche de lui signifiait endurer tant de souffrance. Il ne savait plus si leur relation spéciale valait cette affliction.
Après tout, n'avait-il pas l'impression que leur relation spéciale ne s'arrêtait qu'à être un passeur et son attaquant pour Kageyama ? Aujourd'hui encore, il avait juste voulu passer son bras autour de sa taille pour quémander une accolade dont il avait besoin, ayant depuis longtemps abandonné l'idée d'avoir un véritable câlin de la part du grand adolescent. Bien vite, Kageyama avait repoussé son bras, lui demandant agressivement ce qui lui prenait. Il avait voulu lui hurler qu'il voulait juste un peu de chaleur humaine. Mais visiblement, c'était trop demander pour le roi du terrain.
Il s'était retenu à temps, sûr que cela se serait mal fini s'il avait ouvert la bouche.
Maintenant, Kageyama marchait devant lui, en pressant un peu le pas, tandis qu'une fine pluie tombait, rendant la scène un peu floue. Hinata trainait des pieds derrière lui, poussant son vélo avec peu d'entrain. Bientôt, Kageyama lui invectiva de presser le pas, ne souhaitant pas rester plus longtemps sous la pluie. N'entendant pas de réponse, il se retourna alors, plus qu'agacé.
Hinata se tenait face à lui, la tête baissée et sa frange cachant l'expression de ses yeux. La pluie collait ses cheveux à son crâne et s'écoulait en cascade sur sa veste. Il avait l'air de se mordre la lèvre fortement. Kageyama fronça les sourcils à cette vision.
« Qu'est-ce que tu fi-
- Kageyama. »
La voix sérieuse d'Hinata le fit s'arrêter tout de suite. Le roux bougea légèrement, ce qui remonta la manche de sa veste, permettant au brun de voir le bracelet portant le numéro 9 à son poignet. Kageyama se tourna entièrement vers lui, enlevant les mains de ses poches, attendant la suite. Hinata finit par relever la tête pour le fixer de ses yeux ambrés, une étrange lueur brillant dans ces derniers.
« Kageyama, est-ce que tu m'aimes ? »
Surpris, Kageyama ouvrit de grands yeux, ne s'attendant pas à cette question. Il faillit s'étouffer avec sa salive, ses joues rosissant légèrement de gêne, camouflées par la pluie qui tombait dru.
« Q-Quoi ? bafouilla-t-il, perdu. »
Hinata ne le lâchait pas du regard, mortellement sérieux, la lueur toujours présente. Kageyama se racla la gorge, puis fronça les sourcils, la gêne qui l'animait le dérangeant profondément. Il détestait se sentir comme cela et ne comprenait pas pourquoi.
« Pourquoi tu me poses une question comme ça boke ? »
Hinata ferma les yeux pour toute réponse. Kageyama ne parvenait pas à décrypter son expression, il ne l'avait jamais vu ainsi. Lorsqu'il les rouvrit, la lueur avait disparue, laissant place à un regard éteint. Un sourire ironique aux lèvres, le rouquin reprit sa marche, s'éloignant en direction de chez lui tout en enfourchant son vélo, laissant Kageyama derrière lui avec ses interrogations et son poids dans la poitrine qu'il choisit d'ignorer.
« Pour rien. »
Hinata savait. Il savait qu'il devait mettre fin à leur relation qui n'avait aucun sens. Mais, il ne trouvait pas de raison suffisante pour arrêter. Il lui manquait ce petit quelque chose, ce petit levier qui lui permettrait d'enfin abandonner. Si bien que deux autres mois passèrent, toujours avec ce même statu quo.
Le rouquin continuait ses tentatives, mais elles se soldaient toutes par un échec, voir un rejet assez violent. Cela devenait assez fréquent ces derniers temps et Hinata sentait bien qu'il ennuyait Kageyama avec ses demandes d'attention. Il savait qu'il voyait toute la dimension romantique que pourrait avoir leur relation comme une perte de temps. Alors, il avait commencé à en demander moins, car il avait peur d'étouffer son partenaire.
Ils n'avaient jamais reparlé de leur discussion sous la pluie. Cette question était devenue un horrible tabou. Hinata n'osait même plus y penser. Il ne voulait pas réentendre son cœur se briser, comme il y a deux mois. Il ne se comprenait plus ; si avoir la confirmation que Kageyama ne l'aimait pas ne suffisait pas à le faire abandonner, alors qu'est-ce qui y arrivera ? Il souhaitait tellement abandonner, du plus profond de son cœur. Mais, il sentait déjà la déchirure, alors même qu'il n'avait encore rien fait. Il le savait : renoncer à Kageyama allait entièrement le détruire.
Ce petit levier qui lui manquait ne tarda pas à arriver pendant sa semaine de vacances, sous une forme qu'il n'avait pas du tout prévue.
« Shoyo, Natsu, commença sa mère, alors qu'ils mangeaient tous les trois dans sa petite cuisine, j'ai eu une promotion. Nous déménageons à la fin de votre année scolaire. »
Hinata sentit son monde basculer et s'écrouler sous ses pieds, tandis qu'il était pris de vertiges. Il pleura longuement dans les bras de sa mère, essayant d'argumenter en mentionnant son équipe géniale et à quel point il se sentait bien à Karasuno (bien que ces derniers temps, ce n'était plus trop le cas). Son année allait bientôt se terminer et il voulait vraiment faire sa dernière année dans ce lycée si exceptionnel. Sa mère lui tapotait le dos, réellement triste pour son fils, tandis que sa petite-sœur pleurait elle aussi, sans comprendre pourquoi son grand-frère était si anéanti.
Il n'en dormit pas pendant trois jours, se disant que c'était la fin, que jamais il ne retrouverait une telle équipe, qu'il ne se referait jamais d'aussi bons amis. Il pleura encore et encore en pensant à Kageyama, car leur séparation allait se faire plus tôt que prévue. Il n'avait même pas eu le temps de se faire à l'idée. Cela y était, il allait devoir renoncer à lui.
Hinata ne savait pas s'il était soulagé ou écrasé par la douleur.
Plus les jours passaient, moins Hinata n'arrivait à parler de son déménagement à qui que ce soit. Regarder les membres de son équipe dans les yeux était aussi une épreuve extrêmement compliquée. Cela devenait si voyant que les inquiétudes de ses coéquipiers revenaient au galop, si bien qu'Hinata restait de moins en moins après la fin de l'entrainement.
Il voulait absolument le dire à Kageyama, avant même d'en parler aux autres. Mais c'était dur, tellement dur. D'abord parce que le brun se montrait plus froid que jamais. Il était presque inapprochable, d'autant plus lorsqu'il voyait le niveau exceptionnellement bas de son partenaire. Hinata ne comptait plus le nombre de fois où il s'était recroquevillé sous les éclairs que lui lançaient les yeux du brun. Il ne lui parlait plus trop, car Daichi veillait à ce qu'il n'y ait pas de cris, mais son regard était suffisant pour lui glacer le sang. Le pire, c'était qu'il savait que son niveau n'avait jamais été aussi médiocre, mais le poids sur son cœur l'empêchait tout bonnement de donner le meilleur de lui-même. Il se sentait tellement au fond du trou qu'il n'éprouvait quasiment plus de plaisir à frapper la balle.
Ensuite, il n'arrivait même pas lui-même à laisser les mots s'échapper de sa bouche. Il n'avait pas envie que cela devienne réel. Car cela le deviendra, à la seconde où il prononcera cette terrible vérité. Plus que tout, il avait peur de voir que cela ne ferait ni chaud ni froid à Kageyama. Il redoutait qu'il ne fasse que lui confirmer ce qu'il savait au plus profond de lui : Tobio ne le voyait pas comme lui le voyait. Pire, il n'avait pas besoin de lui dans sa vie. Il craignait tellement de voir cette réaction que cela maintenait ses lèvres, détruites par ses mordillements, complètement closes.
Ils étaient en fin d'entrainement, un énième où Hinata avait pu démontrer toute l'étendue de ses maigres capacités. Lui-même ne se reconnaissait plus. Sa détermination et sa rage de vaincre s'étaient évanouis depuis longtemps. Il en avait tellement honte qu'il se dépêchât d'aider à ranger, afin de partir le plus rapidement possible. Cela faisait bien longtemps qu'il ne restait plus après la fin de l'entrainement avec Kageyama, ne souhaitant pas lui montrer ce pitoyable spectacle plus que nécessaire. Ce dernier ne le retenait pas, lui mettant un autre coup de couteau sans le savoir. Hinata ne savait même plus ce qu'il voulait ; qu'il le retienne ou qu'il l'ignore ?
Mais, ce soir-là fût différent.
« Hinata, appela la voix calme de Kageyama. »
L'interpellé se figea, prêt à décamper en direction des vestiaires. La voix, étrangement neutre, du brun avait fait s'arrêter tout le monde, étonné de les voir interagir pour la première fois depuis longtemps (et sans que Kageyama ne hurle au visage d'Hinata). Le rouquin déglutit, légèrement tremblant, avant de pivoter vers le grand brun. Je suis pathétique, pensa-t-il. Pour trembler alors qu'il se tournait vers Kageyama, son rival, meilleur ami et amour, c'est qu'il était vraiment tombé bien bas. Lui qui était bien le seul à toujours tenir tête contre vents et marées face au grand brun.
« …oui ? »
Le roux grimaça en entendant sa propre voix sortir aussi faiblement. Quelle horreur, il ne parvenait même plus à parler normalement. Un choc contre sa poitrine manqua lui faire perdre l'équilibre. Il regarda à terre et découvrit un ballon de volley. Ses yeux s'écarquillèrent. Bon sang, si Kageyama ne le tuait pas après avoir raté une passe aussi facile, il était bon pour l'asile. Il releva les yeux lentement vers le brun, persuadé que sa dernière heure était arrivée. Etonnement, il ne croisa que deux yeux bleus neutres, brillants par leur absence d'animosité.
« Reste t'entrainer avec moi. »
Ce n'était pas une demande, mais bien un ordre. Pas étonnant, son surnom de roi du terrain lui collait toujours à la peau. Hinata n'eut pas d'autre choix que de se plier à son désir, sachant d'avance qu'il ne le laissera pas s'en aller juste comme ça.
Les autres membres de l'équipe se regardèrent, puis décidèrent de partir, les laissant seuls. Nishinoya et Tanaka quittèrent le bâtiment après avoir posés chacun une main sur les épaules du petit rouquin, en signe de soutien. Cela donna envie de pleurer à Hinata . Non seulement car c'était un geste extrêmement bienveillant, mais aussi car il avait l'impression que Kageyama allait l'assassiner et qu'ils lui disaient adieu.
Une fois complètement seuls, le silence envahit rapidement le gymnase. Shoyo n'osait pas bouger un seul orteil, de peur de briser quelque chose. Quoi, il ne savait pas. Kageyama ne bougeait pas non plus. Malgré qu'il ne le regardât pas, Shoyo sentait son regard océan le brûler, signe qu'il le dévisageait intensément. Il déglutit, préférant tourner la tête vers la scène, tandis qu'ils entendaient les derniers retardataires contourner le gymnase pour rentrer chez eux.
Des pas finirent par retentir en direction de Kageyama et Hinata comprit rapidement qu'il venait vers lui. Entouré par la peur, il ne put s'empêcher de fermer les yeux lorsqu'il le sentit tout prêt de lui. Il fut plus que surpris lorsqu'il constata que le brun n'avait fait que le frôler lorsqu'il s'était penché pour récupérer la balle. Il fut abasourdi lorsqu'il le vit se mettre en position prêt du filet, le regardant comme s'il attendait quelque chose.
« T'attends le déluge ? lui demanda le brun, ironiquement. »
Ces mots le sortant de sa torpeur, Hinata entama quelques parts vers lui, méfiant. Est-ce qu'il voulait s'entrainer avec lui pour constater une bonne fois pour toute son niveau déplorable ? Était-ce pour ensuite lui annoncer qu'il ne voulait plus de lui comme partenaire ? Voulait-il profiter du fait qu'ils étaient seuls pour lui faire regretter chaque erreur qu'il avait commis à l'entrainement ?
Il déglutit, maintenant terrifié par ses propres pensées. Hinata obligea ses jambes, jusque-là clouées au sol, à courir, pour ne pas attirer le courroux du brun, toujours étrangement calme. Il sauta et tapa dans le vide lorsque le brun lui fit la passe. Une grimace déforma ses traits lorsqu'il atterrit, ne pouvant que constater l'étendue des dégâts.
Ses sauts n'étaient plus que l'ombre d'eux-mêmes. Son incroyable détente, qui lui valait une grande partie de sa place dans l'équipe, semblait l'avoir abandonnée. Sa synchronisation avec le brun semblait être un lointain souvenir. Il n'était plus qu'un poids. Il allait être remplacé et ne pourrait plus jouer, encore moins rester sur le terrain.
Ils continuèrent leur combinaison ratée pendant encore un moment. Hinata ne souhaitait pas troubler l'étrange calme qui régnait entre eux en faisant remarquer à Kageyama que cela ne servait à rien. Il avait l'impression d'un calme avant la tempête, comme si l'air serein de Kageyama allait tout à coup s'éclipser pour laisser place à une colère si terrible, qu'elle ravagerait tout sur son passage.
Au bout d'une autre passe ratée, Hinata se plia en deux, la sueur coulant sur son front. Il s'empressa de l'essuyer avec son tee-shirt, ne pouvant que constater que même son endurance légendaire avait été entamée à cause de ses nombreuses heures de sommeil perdues. Aucun mot n'avait été échangé jusque-là. Aucun cri n'avait troublé leur étrange entrainement macabre. C'est ce qui faisait le plus peur à Hinata. Qu'est-ce qui allait lui arriver de si terrible, pour que même le tempétueux brun ne le secoue pas comme un cocotier en le traitant de « gros naze » ?
A peine avait-il eu cette pensée qu'il entendit quelqu'un venir vers lui rapidement. Sachant très bien qu'il ne pouvait s'agir que d'une personne, il soupira, résigné. Puis, il ferma les yeux, se préparant à un acte de violence inouïe. Il attendit l'inévitable coup qu'il allait se prendre, serrant les dents d'avance. Il attendit encore, mais rien ne vint.
A la place, un poids doux s'installa sur le haut de son crâne, faisant son nid dans ses cheveux en bataille. Il n'osa pas bouger d'un cil, de peur de ce que cela pouvait être. Ce n'est qu'en sentant le poids commencer à se déplacer doucement, sans lui faire le moindre mal, qu'Hinata se décida à ouvrir les yeux. Ce qu'il vit l'étonna tellement que sa bouche s'entrouvrit sans son consentement.
Kageyama se tenait devant lui, le dominant de toute sa hauteur. Il ne le lâchait pas des yeux, lui envoyant un regard si intense qu'Hinata sentit ses joues le brûler doucement. Il identifia le poids qu'il sentait sur sa tête comme la grande et fine main de Kageyama, qui caressait tendrement ses cheveux, comme s'il avait peur de le briser.
Hinata était extrêmement choqué. C'était bien la première fois que le brun avait un geste d'affection envers lui depuis des mois. Le brun eut un autre geste qui ébranla un peu plus Hinata, si c'était possible.
Il se pencha vers lui, afin que ses yeux soient à la même hauteur que les siens. De fait, son regard se fit plus pénétrant encore, donnant l'impression à Hinata qu'il sondait son âme. Sa proximité lui donna encore plus chaud, le forçant à déglutir d'embarras. Son cœur s'emballa tellement qu'il était sûr que le brun pouvait l'entendre parfaitement.
Il ignorait complètement comment réagir. Il avait l'impression que Kageyama était juste au pied de ses barrières et qu'il s'apprêtait à les détruire en un coup. Qu'est-ce qui lui prenait ? Est-ce que cela l'amusait de jouer au chaud-froid avec lui ? Qu'est-ce que cela lui apportait de jouer avec son cœur ?
Il vit au premier plan les lèvres de Kageyama s'entrouvrir, signe qu'il s'apprêtait à parler. Sentir son souffle chaud sur ses propres lèvres accéléra encore plus son palpitant. Il avait envie de se frapper pour ressentir cela maintenant, alors même que cela faisait des mois qu'il souffrait. Pourquoi ? Pourquoi maintenant, alors qu'il devait déménager dans deux mois ? Bon sang, pourquoi ?
« Hinata, commença le brun, il y a forcément une raison pour laquelle tu es si nu-médiocre, se rattrapa-t-il. Et si tu veux-enfin, si tu as envie-je veux dire, si tu en as besoin, tu… on-on peut en discuter, termina-t-il, rougissant légèrement. »
Hinata était abasourdi. Kageyama, LE Kageyama, le roi qui n'en faisait qu'à sa tête, lui proposait de discuter, alors même qu'il rejetait toutes ses tentatives de discussion et qu'il passait plus de temps à lui crier dessus à l'entrainement. Cela faisait des mois qu'il essayait d'avoir une interaction un peu plus personnelle avec lui et voilà qu'il se décidait à faire un pas vers lui.
Tout à coup, Hinata se sentit extrêmement fatigué, encore plus que ces derniers temps. Ses rougissements et ses battements de cœur disparurent progressivement, au fur-et-à-mesure que son regard se cachait derrière ses folles mèches de cheveux. Evidemment, ils pouvaient discuter, mais uniquement lorsque Kageyama le décidait. Ils avaient le droit de se toucher, mais uniquement si c'était Tobio qui amorçait le geste. Hinata savait qu'il devait saisir cette chance d'être plus proche de lui. Il savait que c'était tout ce qu'il désirait depuis des mois. Mais justement, à cause de tous ces mois, il n'arrivait pas à faire l'impasse sur sa souffrance. Encore moins sur le traitement injuste que lui avait infligé le brun. Il n'arrivait plus à faire semblant que cela ne le touchait pas.
Se mordant la lèvre inférieure, Hinata repoussa brusquement la main qui infusait toujours un peu de chaleur, ignorant le pincement au cœur qui suivit. La rancœur dévorait de plus en plus son âme, prenant la place de sa compassion et sa capacité à pardonner. Il était fatigué et n'en pouvait plus de cette situation. C'en était assez, il ne pouvait plus se plier aux exigences de ce roi bien trop égocentrique pour se rendre compte d'une situation qui se détériorait juste sous son nez.
Les larmes aux yeux, il releva la tête, plantant son regard ambré emplit de rancœur et de colère refoulées dans celui bleu océan remplit d'incompréhension du passeur. Kageyama tituba un peu en arrière, surpris par le geste brusque de son ami. Il ne comprenait plus rien. Un coup il n'était qu'une loque gisant pitoyablement au sol et un autre, il le fixait durement, prêt à se battre.
« Hinata, que-
- T'es vachement gonflé, de venir me dire ça maintenant, alors que ça fait des mois que tu me rejettes constamment ! Faut faire ce que sa majesté veut faire, quand elle le veut, c'est ça ? Les autres n'ont pas le droit d'avoir des sentiments ou des envies si ça contrecarre ses plans hein ! Non, bien sûr que non, il faut se plier à ses désirs, il n'y a que ça qui compte !
- Hinata, je peux savoir ce qui te prends ? débuta dangereusement Kageyama, froissé par ses accusations. Je voulais juste savoir ce qui t'arriv-
- T'AURAIS DU ME LE DEMANDER BIEN AVANT ! »
Kageyama eut un geste de recul devant le soudain accès de colère de son ami. Ce cri du cœur le touchait bien plus qu'il ne voulait l'admettre. Ce n'était pas comme pendant le camp d'entrainement où ils s'étaient méchamment disputés. Il sentait que c'était bien plus profond que cela, sans jamais mettre le doigt dessus. Cependant, il avait l'impression qu'Hinata avait le dessus sur lui et cela ne lui plaisait pas. Il ne chercha alors plus à comprendre et s'arma de sa fidèle agressivité, afin de se protéger.
« Ça fait des mois, des putains de mois que je vais mal et toi, t'en as rien à foutre, l'invectiva Hinata, des larmes perlant dans ses yeux.
- C'est quoi ces conneries encore ? rugit le brun, j'ai bien vu que t'étais une merde au volley, je suis pas aveugle !
- Je parle pas que de ça bon sang ! Je parle de tout, absolument tout ce qui nous concerne et que t'es même pas foutu de voir !
- Ah, parce que maintenant ça va être de ma faute ? s'offusqua le brun, n'en croyant pas ses oreilles.
- Oui ! Oui c'est de ta faute ! Tu vois rien, t'agis pas ou alors si tu le fais, c'est juste pour m'enfoncer mais bordel, j'ai pas besoin de ça ! J'avais besoin de quelqu'un qui me soutienne, qui me voit, qui m'aide à progresser, mais non ! C'était trop demandé à un handicapé des émotions comme toi ! »
Hinata sut qu'il l'avait blessé à la seconde où les mots avaient franchi la barrière de sa bouche. Il le regretta instantanément, sachant que les émotions et les sentiments étaient un sujet sensible pour le brun. Il se força à fermer les yeux et à souffler pour se calmer un minimum. Il tremblait de la tête aux pieds, complètement ébranlé par son accès de colère. Il finit par murmurer, la tête baissée :
« Excuse-moi, je ne voulais pas te ble-
- Mais t'attends quoi de moi à la fin ? hurla le brun, les yeux écarquillés de rage. Tu me suis partout et c'est même pas pour jouer au volley ! Tu veux faire tout un tas de trucs inutiles qu'on ne peut pas se permettre de faire, alors que le tournoi est dans pas longtemps ! Tu veux qu'on porte des babioles pour je ne sais quelle stupide raison ! QU'EST-CE QUE TU VEUX BORDEL ? »
Il finit sa tirade sur un long hurlement, respirant par la suite comme s'il venait de courir un marathon. Le roux devant lui ne réagissait pas, immobile comme une statue de cire. Cela augmenta sa hargne d'un cran, si bien qu'il fit un pas vers lui, histoire de le secouer pour le ramener à la raison. Mais, Hinata releva la tête brusquement, le faisait stopper net. Les larmes qu'il vit couler lui firent écarquiller les yeux, lui coupant la respiration. Il resta là, les bras ballants, ne sachant pas quoi faire, complètement démuni face aux pleurs plus que réelles de son partenaire.
« Kageyama, pourquoi tu as accepté de sortir avec moi ? »
Sa question résonna dans le gymnase vide, comme une sorte d'écho à celui que son cœur produisait depuis des mois. Cette question, qui l'avait hantée pendant si longtemps, était enfin sortie. Tant pis si ça devenait réel, tant pis si ça devait lui bousiller le cœur. Il avait besoin d'entendre la réponse. Il n'en pouvait plus, d'attendre dans le doute, alors même que tout serait fini dans deux mois.
Un long silence suivit cette question, tandis que Kageyama plongeait son regard déboussolé dans celui, triste et emplit de souffrance, d'Hinata. Le brun sentait que cette question était importante. Il sentait qu'il loupait quelque chose de crucial, mais il ne savait pas quoi. Il prit une grande inspiration et se décida à parler, n'étant pas sûr de ce qu'il devait dire. Mais, il lui dévoilerait la vérité. Il sentait que c'était une question qui n'acceptait rien d'autre que la vérité.
« Je… j'ai accepté parce que tu avais déjà des baisses de performance à l'entrainement. Je me suis dit que si c'était ça qui te causait des soucis de concentration, alors sortir avec toi n'était pas grand-chose pour que tu te ressaisisses. »
Hinata s'y attendait. Il s'attendait à avoir la confirmation que Kageyama ne l'aimait pas. Mais l'entendre de vive voix lui brisa tout de même ce qui lui restait de cœur, finissant d'éparpiller les miettes au sol. Les larmes lui vinrent plus nombreuses et il ne pouvait rien faire pour les retenir. Il se courba, mettant une main sur sa bouche, la douleur lui écrasant la poitrine sans qu'il ne puisse rien faire.
Kageyama, voyant cela, sut que ce qu'il avait dit avait brisé son partenaire, d'une certaine manière. Il ne voyait toujours pas de quelle façon, ni pourquoi, mais il savait qu'il avait tout fait foirer. Il ignorait cependant ce qu'il avait tué dans l'œuf. Il voulut s'avancer pour lui faire une caresse maladroite sur la tête, mais Hinata le stoppa vivement, mettant une main devant lui. Le petit rouquin hoqueta faiblement, tandis qu'il s'obligeait à se redresser et à ouvrir la bouche pour parler, les joues baignées de larmes.
« Je-ah ! Je savais, au fond, que tu n'avais pas fait ça parce que tu ressentais la même chose que moi. Je suis si stupide, sanglota-t-il.
- Hinata, tu… »
Kageyama se tut. Il ne savait pas quoi dire. Il ne voyait même pas ce qu'il voulait dire par « ressentir ». Pourtant, quelque chose commença à remuer dans son ventre. Mais, il choisit de l'ignorer, entièrement focalisé sur le roux. Sa prise de parole soudaine le figea et son corps se tendit vers lui malgré lui, entièrement à l'écoute :
« Je suis désolé… tellement désolé… reprit Hinata, fermant les yeux en laissant les larmes dévaler ses joues. Je suis désolé de t'avoir imposé mes sentiments et d'avoir essayé d'obtenir plus que ce que tu voulais m'offrir. Je suis vraiment désolé d'avoir autant insisté et de t'avoir embêté pendant tout ce temps. Je n'ai pensé qu'à moi, j'ai été égoïste. Je n'aurais pas dû me déclarer pour commencer et je n'aurais jamais dû essayer de t'imposer un rythme. J'aurais dû abandonner bien plus tôt.
- Abandonner… ? Qu'est-ce que tu- commença Kageyama, perdu et effrayé à la fois.
- C'est fini, Kageyama, l'interrompit Hinata, le regardant dans les yeux, la vision floutée par ses larmes. C'est fini, ne t'en fais pas, je ne te retiendrai plus jamais au sol. Sans moi qui m'accroche à toi, tu pourras t'élever bien plus haut. J'ai enfin compris que je n'étais qu'un poids et que je t'éloignais de ton rêve le plus cher. Je vais enfin te libérer de ce poids. »
Hinata eut ce sourire. Ce sourire si douloureux à contempler et si libérateur à effectuer. Il pensait chacun de ses mots. Il ne voulait que le bonheur du brun devant lui, alors s'il devait s'éloigner, il le ferait. Qu'importe la souffrance que cela pourrait lui causer. Il savait aussi que pour sa santé mentale, il valait mieux couper les ponts, même si cela pouvait signifier être faible.
« Co-comment ça c'est fini ? Qu'est-ce… qu'est-ce que tu veux dire ? balbutia Kageyama, complètement terrifié à présent.
- Je ne t'obligerai plus à être avec moi. Je ne t'embêterai plus avec mes demandes d'attentions et je te laisserai vivre ta vie comme tu l'entends. Tu pourras enfin réaliser ton rêve, sans avoir un boulet à tes côtés. En plus, je déménage à la fin de l'année, donc ça sera encore plus simple pour toi de te concentrer uniquement sur le volley. »
La mâchoire de Kageyama se décrocha. Avait-il bien entendu ? Shoyo quittait le lycée ? Il quittait Karasuno ? Il quittait l'équipe ? Il le quittait… lui ? Reprenant soudainement vie, Kageyama se précipita aux côtés du rouquin, saisissant vivement ses épaules, les yeux écarquillés de terreur.
« C'est quoi cette histoire Hinata ? Comment ça tu déménages ? Ça fait combien de temps que tu le sais ? Pourquoi tu ne nous l'as pas dit ? s'affola-t-il.
- J'arrivais pas. J'arrivais pas à le dire, c'était trop dur. Mais merci, grâce à toi, ça va être plus simple de l'annoncer, sourit faiblement Hinata, les larmes toujours ruisselantes. »
Kageyama s'affaissa, ne lâchant pas les épaules du plus petit, complètement retourné. Son front alla se loger sur l'épaule gauche du rouquin, les yeux grands ouverts. Il n'arrivait pas à y croire, ça ne pouvait pas être vrai. Il lui faisait une blague, pour le faire se sentir mal, n'est-ce pas ?
« Non… murmura-t-il. Non, je ne peux pas l'accepter, ça peut pas être vrai…
- Kageyama ? »
L'interpellé serra les dents, envahit par un sentiment de trahison qu'il ne pouvait pas contrôler. Alors lui aussi, il l'abandonnait ? Il avait encore une fois réussi à être si insupportable, que celui qu'il pensait être son allié pour toujours le quittait ? Il avait réussi à faire fuir l'infatigable Hinata ? Kageyama releva brusquement la tête, son visage à quelques centimètres de son interlocuteur, les yeux envahis par une lueur inconnue au rouquin.
« Non, je refuse ! Tu peux pas partir ! Tu me fais une blague c'est ça ? Sache que ça prend pas, je te connais, je sais que tu peux pas abandonner notre volley avec cette équipe d'un coup !
- Kageyama, soupira Hinata, ce n'est pas une blague. Ma mère a été mutée dans une autre ville, je ne peux pas rester ici. Crois-moi, j'ai pas envie de partir, mais j'ai pas le choix, termina-t-il, le souffle tremblant.
- Mais et le volley ? Et notre combinaison ? Comment on va faire pour-
- Tu iras très bien, le coupa Hinata. Tu vas tout réussir, tu vas même être encore meilleur une fois que je serai parti, je te le promets. Je te l'ai dit, je ne serai plus là pour te retenir au sol, finit-il, un léger sourire triste aux lèvres.
- Et notre promesse ? attaqua Kageyama, tremblant, s'affronter un jour, même si ça signifiait au niveau mondial ?
- … j'imagine qu'il y a des promesses que je ne peux pas tenir, au final. »
Kageyama avait envie de protester. Il avait envie de batailler pour que le rouquin reste, pour qu'il reste dans son équipe, pour qu'il reste dans sa vie. Mais, son corps et sa bouche ne répondaient plus. Ce fut comme s'il était là, sans l'être. Comme si son esprit était ailleurs, loin des tourments de la vie réelle.
Il regarda de loin Hinata enlever doucement ses mains de ses épaules, s'attardant plus que de nécessaire dessus, en profitant pour la dernière fois. Il le vit s'éloigner de plus en plus, sans qu'il ne fasse rien pour l'arrêter. Avant de franchir la porte du gymnase, Hinata se tourna à peine vers lui, dans l'intention d'achever son pauvre cœur meurtris une bonne fois pour toute, histoire qu'il puisse essayer de tourner la page.
« Je suis désolé d'être tombé amoureux de toi. »
Puis, il franchit la porte, sortant dans le noir de la nuit, laissant Kageyama seul avec ses démons et ses émotions qui revenaient le heurter de plein fouet, sans personne à ses côtés pour le soutenir.
Pourquoi avait-il l'impression d'avoir tout gâché ?
Durant les deux mois suivants, Hinata ne s'était plus montré aux entrainements. Il avait dévoilé à tous son déménagement à ses camarades, afin de les préparer le plus tôt possible à son départ. Beaucoup ont été choqués. Nishinoya et Yachi ne pouvaient pas s'empêcher de pleurer. Même Tsukishima avait l'aura plus sombre que d'habitude.
Le coach ne venait pas voir Hinata afin de le dissuader de sécher l'entrainement. Son intuition lui disait que cela ferait plus de mal que de bien, autant au concerné qu'au reste de l'équipe. Cela ne l'empêchait pas d'être déçu de ne pas voir cette équipe évoluer. Car, il le savait, sans Hinata, Karasuno n'était plus la même et perdait beaucoup de son potentiel.
Kageyama ne savait pas comment le petit rouquin se débrouillait, mais il ne parvint jamais à le croiser dans les couloirs. Il ne mangeait plus à ses lieux habituels et rentraient bien plus tôt que les autres. Il savait très bien qu'il l'évitait et cette réalisation lui faisait plus de mal qu'autre chose. Cependant, il ne laissait rien paraitre à l'extérieur. Si bien qu'il n'était pas étonné lorsqu'on le traitait de cœur de pierre. Cela le blessait, mais au point où il en était, il ne pouvait pas leur en vouloir.
Le départ d'Hinata avait fait volé en éclat la cohésion de l'équipe. Elle qui avait réussi à atteindre un assez bon niveau ces derniers temps, vit son histoire s'écrouler aussi vite qu'elle avait commencée. Ils furent éliminés dès le premier match, les nationales fermant définitivement leurs portes devant leur nez. Tous leurs rivaux étaient dans l'incompréhension, demandant sans cesse ce qui leur était arrivé et pourquoi Hinata n'était plus parmi eux. Seul Kenma semblait le moins désappointé sur la situation, bien qu'il conservât un masque sombre sur son visage.
Cela marqua une brusque fin pour les terminales dans l'équipe. Ils n'eurent que très peu de temps ensuite pour préparer leurs examens et obtenir leur diplôme. Le temps semblait s'être diamétralement accéléré. Ils n'en parlèrent pas, mais ne pas voir Hinata parmi tous leurs cadets venus leur dire au revoir leur faisait mal au cœur. Ils ne comprenaient pas vraiment pourquoi cela s'était fini ainsi. La tristesse les étreignait, en même temps qu'un sentiment de nostalgie lorsqu'ils regardaient pour la dernière fois le gymnase qui leur a servi d'abri ces trois dernières années.
Kageyama les contempla partir, le regard éteint. Il avait l'impression d'être passé en mode automatique depuis qu'il avait réalisé qu'il n'aurait pas l'occasion de revoir Hinata pour lui dire au revoir. La pensée floue qu'il ne savait pas comment il allait survivre durant sa dernière année de lycée flottait dans sa tête, ne le quittant jamais vraiment. Si bien qu'il vécut ces deux derniers mois dans le brouillard, effectuant les gestes par automatisme. Il continuait de s'entrainer, mais il sentait bien qu'il n'était plus tout à fait dedans. Il n'avait vraiment pas envie que cela empiète sur sa façon de jouer, mais il ne pouvait pas vraiment l'empêcher.
Quand, enfin, les vacances arrivèrent à la fin de sa deuxième année de lycée, il ne se posa pas la question de ce qu'il allait faire. Hinata déménageait, il n'aurait plus l'occasion de s'entrainer avec lui pendant une grande partie des vacances. Il les passa donc à s'entrainer plus dur que jamais, toujours dans son état brumeux et déphasé. Il était presque sûr qu'il était revenu à sa période renfermée, celle où il ne permettait à personne de s'approcher de lui.
La dernière interaction qu'il avait eue avec Hinata se jouait sans arrêt dans sa tête, notamment la dernière phrase qu'il lui avait dite. Une sorte de barrière l'empêchait de pleinement réaliser pourquoi ses paroles lui faisaient tant de mal. Il avait beau y penser sans interruption, il était toujours à court de mots lorsqu'il s'agissait de parler à Hinata ou de ses propres sentiments. Qu'aurait-il dû dire ? Ou faire ? Comment aurait-il pu améliorer la situation ? Il était complètement perdu. Il n'avait même pas la force de se mettre en colère face à cette constatation.
Les vacances touchèrent bientôt à sa fin et il se retrouva bien vite à effectuer sa rentrée de terminal. Il n'était toujours pas sorti de sa torpeur lorsqu'il se retrouva réuni avec les anciens et les nouveaux joueurs de Karasuno. Il ne dit rien lorsque Yachi fondit en larme, beaucoup trop émue d'avoir perdu un ami, en plus de ne plus reconnaitre l'équipe dont elle était tombée amoureuse.
Plus le temps passait, plus Kageyama réfléchissait. A lui, à sa situation, au passé, à comment il aurait pu changer les choses. Une pensée étrange ne cessait de vouloir s'imposer, mais elle partait vite en fumée dès qu'il essayait de l'approfondir.
Un soir, il tenta de remettre de l'ordre dans sa chambre, espérant que cela fasse de même dans sa tête. Alors qu'il rangeait son bureau, il se cogna contre un des pieds, lâchant un juron. Il vit que son mouvement avait fait tomber quelques livres et autres babioles par terre. Soupirant, il se pencha pour les ramasser.
Il prit dans sa main un petit sachet en tissu de couleur noir. Il fronça les sourcils, ne se souvenant pas d'avoir un jour possédé quelque chose comme cela. Il l'ouvrit, curieux de découvrir son contenu.
« Hé Kageyama ! Regarde ce que je nous ai trouvé ! »
La voix lointaine du rouquin qui peuplait ses rêves résonna dans son crâne soudainement, tandis qu'il se figeait en contemplant le bracelet noir arborant le numéro 10 dans sa main. Il se souvenait de ce jour-là. La façon dont il avait refusé catégoriquement de porter ce bijou, arguant que cela les entraverait pour le volley. Avant même qu'il ne s'en rende compte, un sourire tordu se forma sur ses lèvres.
« Quel abruti… »
Progressivement, des larmes se formèrent au coin de ses yeux. Il l'avait. Il l'avait, sa réponse. C'était devant lui, depuis tout ce temps. Mais, comme dirait Hinata, il ne voyait rien. Il n'était qu'un handicapé des sentiments.
Son cœur se serra. Il avait pris Hinata pour acquis. Il avait cru qu'il resterait toujours auprès de lui, quoiqu'il arriverait, quoiqu'il lui ferait. Il avait accepté d'être avec lui, alors même qu'il ignorait toutes les implications que cela demandait de sortir sérieusement avec un autre être humain. Encore plus lorsque cet être humain était Hinata.
« Je suis désolé d'être tombé amoureux de toi. »
Il avait dédaigneusement accepté de prendre le cœur du rouquin, sans penser aux conséquences que cela impliquait. Il l'avait écrabouillé dans sa main sans vergogne, sans même s'en rendre compte. Il en était rendu à lui faire regretter des sentiments qui auraient pourtant dû être merveilleux et lui faire pousser des ailes.
« Hinata… c'était à moi de m'excuser… »
Un sanglot lui échappa, tandis qu'il se recroquevillait sur lui-même, serrant le petit bracelet dans ses mains comme si sa vie en dépendait. Il comprenait seulement maintenant l'importance de ce bijou. Ce n'était pas qu'une simple babiole ; cela représentait tout ce qu'ils avaient été et ce qu'ils auraient dû être. Cela aussi, il l'avait fichu en l'air.
De grosses larmes coulèrent sur ses joues sans qu'il ne pût les retenir. Une réalisation le heurta de plein fouet, le faisant haleter de douleur. Il avait tout gâché, encore une fois. Il aurait pu construire quelque chose de merveilleux avec le rouquin. Il aurait pu se relever bien plus fort et guérir de tous ses maux grâce à Hinata.
Complètement désabusé et le cœur bousillé, Tobio se rendit enfin compte des sentiments que son cœur cultivait en secret pour Shoyo.
« Depuis tout ce temps… murmura-t-il, la vision brouillée par les larmes. »
C'était trop tard, bien trop tard pour qu'il s'en rende compte. Maintenant, il était tout seul, sans personne à ses côtés pour le soutenir. Il n'avait plus personne à retenir. Hinata était parti. Il avait vraiment tout gâché.
Un long sanglot se répercuta contre les murs de sa chambre, accentuant sa souffrance et sa solitude. Il avait fait bien plus que déchirer le cœur de Shoyo et le sien en morceaux ; il l'avait laissé tomber. Il comprenait enfin de quelle façon il avait laissé tomber Shoyo et c'était irrattrapable.
Il avait oublié de l'aimer.
Hello !
J'espère que vous avez passez un bon moment ! Je pense que ce sera une histoire en seulement 2 parties, j'ai déjà planifié comment elle allait se dérouler et je pense que ce sera suffisant.
J'avais pas prévu de poster la partie 1 tout de suite, le plan à la base, c'était de d'abord tout finir d'écrire avant de poster petit à petit. Mais, comme d'hab, je suis trop impatiente ༼ つ ◕_◕ ༽つ
J'espère que cela vous a plu, j'avoue que j'ai eu du mal à trouver les mots pour la partie 1, ça a eu du mal à sortir et encore maintenant, je ne sais pas si je suis entièrement satisfaite. J'ai l'impression que des phrases sont mal tournées. J'espère que la partie 2 sera plus facile à écrire T.T
N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, j'adorerais vous lire :D
On se revoit (je l'espère) vite pour la partie 2 !
Merci de m'avoir lu !
