- Pour le meilleur et pour le pire -
Disclaimer
Cette histoire ne prend pas en compte le final de la saison 4, car je l'ai commencée avant que celle-ci soit terminée. Je précise aussi que les titres de chapitre, sur un seul mot, ont été décidés avant que le nom des épisodes de la saison 5 soient annoncés. C'est juste une coïncidence si ce sont également des noms uniques.
Par ailleurs, ce n'est pas vraiment une saison 5, car cela commence quand nos amis commencent leurs études après avoir terminé le lycée.
Grand merci à Fenice, Tryphon21 et Mayamauve pour leurs précieuses corrections.
II - Séduction
Dans le but d'amener Marinette à le voir davantage que comme un ami, Adrien intensifia graduellement leurs échanges par messages. Jusque-là, ils se contentaient de s'écrire quand ils avaient un sujet précis à débattre : la présentation d'un croquis de Marinette, une proposition de se voir discrètement. Adrien innova en lui souhaitant une bonne journée le matin ou demandant si elle avait passé une bonne journée le soir. Marinette répondait la plupart du temps, mais ne lui rendait pas la politesse. Il ne put donc savoir si elle appréciait ses attentions. Il lui proposa également des sorties à deux. Ce fut un fiasco : soit elle n'avait pas le temps (il savait qu'elle avait un emploi du temps très serré), soit elle interprétait mal sa demande et invitait Alya et Nino, à se joindre à eux.
C'est ainsi qu'un dimanche, il rejoignit ses amis pour aller au cinéma, alors qu'il avait aspiré à une sortie plus romantique. Elle viendrait chez lui plus tard dans la soirée pour un tête-à-tête, mais Adrien n'était pas satisfait pour autant.
La jeune styliste était en retard, comme d'habitude. Au bout d'un moment, le téléphone d'Alya vibra :
— Marinette ne peut pas venir, annonça Alya après l'avoir consulté. Elle vient d'être appelée pour un baby-sitting d'urgence.
Adrien ne put s'empêcher de faire grise mine avant de se reprendre et d'exprimer ses regrets avec davantage de retenue. Au regard que lui jeta Nino, il vit que sa déception n'était pas passée inaperçue. Mais, comme toujours, son meilleur ami fit comme s'il n'avait rien vu. Adrien appréciait beaucoup le tact de son camarade. Il se félicitait qu'il ne soit pas comme Alya : il ne supporterait pas d'être mis sur le gril comme la blogueuse avait coutume de le faire avec Marinette. Il se demandait comment cette dernière avait réussi à garder le secret de leur liaison. Quoi qu'il en soit, il espérait que la discrétion resterait de mise. Au début, c'était pour ne pas avoir à justifier qu'ils n'étaient pas en couple qu'il avait tenu à ne pas ébruiter cette relation. Désormais, c'était pour ne pas ajouter de pression supplémentaire à une situation qu'il souhaitait faire évoluer.
Une fois le film terminé, Adrien prétexta un devoir à rendre pour rentrer chez lui. En chemin, il reçut un sms de Marinette précisant qu'elle était prise toute la soirée. Ruminant sur le fiasco de ce qu'il avait espéré être une avancée dans ses projets, le jeune homme se dit qu'il fallait qu'il change de tactique.
oOo
De manière générale, Nino ne tentait pas d'apprendre davantage sur la vie privée de son ami que celui-ci jugeait utile de lui confier. Adrien avait toujours été très secret sur sa vie amoureuse et ne participait pas aux discussions, parfois très crues, qui avaient cours entre les membres masculins de leur groupe d'amis.
Suite à l'étrange conversation à propos des sentiments amoureux, Nino s'était cependant interrogé sur la personne qu'Adrien fréquentait. Était-ce quelqu'un qu'il connaissait ? La discussion avait été tellement floue, qu'il ne savait même pas si son ami sortait avec une fille, un garçon ou tout autre genre intermédiaire. Nino espérait juste que ce n'était pas parce qu'Adrien n'assumait pas l'objet de ses attirances qu'il était aussi secret. Leur groupe d'amis était très ouvert à cet égard, tant dans leur mentalité que dans leurs pratiques. Mais Adrien était une célébrité et il était compréhensible qu'il n'ait pas envie de voir ses goûts étalés dans les journaux.
Dans tous les cas, Nino espérait que la liaison de son ami connaîtrait une issue heureuse et épanouissante. Il savait qu'Adrien souffrait de sa solitude et il était persuadé que son ami serait plus heureux s'il était en couple. Encore fallait-il qu'il tombe sur une personne l'appréciant pour lui-même et qui soit capable de lui apporter la tendresse dont il avait besoin.
La réaction de l'ancien mannequin ce jour-là avait soudainement avait fait naître une hypothèse que Nino n'aurait pas imaginée autrement : Marinette et Adrien avaient-ils une liaison secrète ? Il avait du mal à imaginer leur émotive amie séduire ou se laisser séduire par Adrien sans tomber en pâmoison. Ses deux camarades se comportaient en outre de façon parfaitement neutre l'un envers l'autre en présence de témoins. Toutefois, Nino savait qu'Adrien pouvait rester impassible en toutes circonstances. Cela avait été une stratégie de survie face à son père. Quant à Marinette… Depuis longtemps, déjà, il la soupçonnait de garder ses secrets bien mieux que l'on pouvait l'imaginer.
Il n'était pas le seul à avoir trouvé étrange la réaction d'Adrien.
— Je rêve ou il nous fait la tête ? remarqua sa petite amie quand leur ami les quitta sur son excuse boiteuse.
— Tu sais qu'il lui faut toujours obtenir les meilleures notes, répondit Nino, espérant noyer le poisson.
— Justement, il est du genre à se lever tôt pour s'avancer et rester avec nous ensuite, répliqua Alya.
Nino ne pouvait pas nier la justesse de la remarque. C'est exactement ce que faisait Adrien en temps normal.
— C'est cool d'être en tête-à-tête ce soir, remarqua-t-il. Tu as une préférence pour aller manger un petit quelque chose ?
— Tu crois qu'il était déçu que Marinette ne vienne pas ? continua à s'interroger Alya, parfaitement imperméable à la tentative de diversion.
— On aurait tous préféré qu'elle soit là, c'est toujours animé avec elle.
— Écoute, je ne t'en ai pas parlé, parce que je ne voulais pas que tu me dises que je me faisais encore des idées, mais j'ai l'impression que le regard d'Adrien a changé, vis-à-vis de Marinette.
— Tu dis ça à peu près tous les six mois, répliqua Nino, tout en se demandant si, pour une fois, sa petite amie avait vu juste.
— Il avait du mal à la quitter des yeux au Nouvel An.
— Il n'était pas le seul. Sa robe, hum, lui allait très bien.
— Les semaines suivantes, il n'arrêtait pas de lui lancer des coups d'œil.
— Ah oui ? réagit Nino, qui n'avait rien remarqué.
— J'espérais qu'il allait lui faire des avances, mais il a semblé changer d'avis et elle ne semblait plus l'intéresser tant que ça. Enfin, c'est ce que je croyais jusqu'à aujourd'hui.
Si les observations d'Alya étaient justes – or elle avait tendance à s'emballer pour un rien quand il s'agissait de ses deux amis – cela rendait très probable que Marinette soit la candidate mystère. Est-ce que…
— Tu as parlé à Marinette de tes soupçons ? s'enquit-il.
— Non, je pensais qu'Adrien allait se décider et que, si je lui en parlais à l'avance, elle paniquerait et le rejetterait avant même qu'il ait pu se déclarer. Tu crois que j'aurais dû ?
— Pas du tout. Tu sais ce que je pense de tes tentatives de les mettre ensemble.
— Je connais ton opinion, mais je persiste à penser que Marinette a parfois besoin d'un coup de pouce. Je suppose qu'il est hors de question que tu tentes de savoir ce qu'il en est du côté d'Adrien et de l'encourager à se lancer si on a vu juste.
Si Nino avait bien interprété les propos de son ami, Adrien n'était pas certain d'être amoureux de Marinette. Il n'avait pas l'intention d'intervenir, à moins que son ami le sollicite.
— Tu supposes bien. Et tu devrais faire comme moi et les laisser tranquilles.
— On verra.
oOo
En mai, Marinette proposa à Alya de faire une virée aux puces. Elle y trouvait souvent des tissus peu chers ou des vêtements démodés dans lesquels elle puisait l'inspiration pour ses propres créations. Alya de son côté appréciait l'atmosphère de ce marché. Quand elles eurent terminé leur tournée, Alya invita son amie à boire un verre dans un bar. Quand elles furent confortablement installées et qu'elles commençaient à savourer leurs commandes, Alya se dit que c'était le bon moment pour évoquer les éventuelles amours de son amie. Elle demanda :
— Au fait, tu en es où, avec Adrien ?
Marinette sursauta et faillit recracher la gorgée de son verre de vin.
— Oh, sujet sensible, je vois, sourit Alya, pas mécontente de son effet.
— Pourquoi tu me poses cette question ? demanda Marinette, visiblement sur la défensive.
— Il a semblé très déçu que tu ne nous rejoignes pas, l'autre jour, tenta Alya.
La manière dont Marinette détourna les yeux éveilla l'attention de son amie.
— J'ai… raté quelque chose ? hasarda la blogueuse.
Marinette rougit, sans nier farouchement, ce qui était hautement suspect.
— Il t'a fait une déclaration ? s'enquit Alya sans trop y croire.
— Qu'est-ce que tu vas imaginer ? répondit évasivement Marinette, le regard toujours fuyant.
— Ne me dis pas que tu l'as repoussé ! crut deviner Alya, déçue.
Marinette haussa les épaules avant de prendre une gorgée de sa boisson. Elle ne semblait cependant pas aussi effondrée qu'elle aurait dû l'être. Et son regard était étonnamment rêveur.
— Vous vous êtes embrassés ? avança son amie un peu au hasard.
La bouche de Marinette tressaillit.
— Ce n'est pas trop tôt ! exprima Alya, étonnée par cette avancée. Et ensuite ?
La rougeur s'intensifia sur les pommettes de son amie.
— Vous êtes allés plus loin ? tenta Alya sans y croire.
Marinette reprit une gorgée de vin. Ce n'était pas une dénégation.
— Alors comme ça, Adrien et toi…, comprit Alya d'une voix mi-ravie, mi-ébahie.
Le regard que lui lança son amie indiquait assez clairement qu'elle n'était pas mécontente de cette avancée.
— Ça veut dire que vous sortez ensemble, maintenant ? en conclut Alya sur sa lancée.
Marinette posa son verre sur la table :
— Non, démentit-elle.
— C'était juste un coup de folie sans lendemain ? chercha à comprendre Alya.
— Non plus.
— Alors quoi ?
Marinette soupira et reprit son verre :
— Je suis toujours aussi lamentable quand il s'agit de lui.
— Vous avez rompu ? s'enquit Alya, dévorée par la curiosité.
— On se voit toujours, mais on n'est pas ensemble. Je lui ai dit à quel point je tenais à notre amitié.
— Oh, Marinette !
— Oui, je sais.
Marinette vida son vin d'une traite et se tourna pour chercher un serveur. Elle avait manifestement l'intention de repasser commande. Alya se renversa sur son siège, tentant d'analyser la situation. Quand Marinette reporta son attention sur elle, Alya remarqua :
— J'avoue que je suis épatée que ta relation avec Adrien ait évolué dans ce sens. Par contre, s'il y a une chose qui ne m'étonne pas du tout, c'est que tu le maintiennes dans la friendzone alors que tu as réussi à l'amener dans ton lit.
Marinette laissa tomber sa tête sur la table, manquant de peu son verre vide.
— Je sais que je suis irrécupérable, protesta-t-elle d'une voix étouffée. Mais tu es mon amie. Tu es supposée me remonter le moral !
Alya estima que c'était le moment d'encourager Marinette à se lancer à l'eau :
— J'ai une bonne nouvelle pour toi.
— Vraiment ?
— Si j'ai bien compris, votre petite histoire est toujours d'actualité.
— Oui.
— Eh bien, il n'est pas trop tard pour changer de discours et faire savoir que tu ne serais pas opposée à une relation plus sentimentale.
Marinette leva lentement la tête pour faire face à Alya :
— Ce n'est pas si simple, on le sait toutes les deux.
— Je suis certaine qu'il désire aller plus loin avec toi, affirma Alya, ayant à l'esprit l'expression déçue d'Adrien quand Marinette leur avait fait faux bond le jour du cinéma.
— Même si c'était le cas, je trouverais toujours un moyen pour tout gâcher, opposa Marinette d'un ton découragé, alors qu'une serveuse déposait devant elle un verre plein.
Alya la contempla avant de demander :
— Tu as déjà pensé à boire une bouteille entière, avant d'aller le voir ?
oOo
Adrien ne pouvait que constater que l'approche subtile était un échec total. S'il voulait partir à la conquête de Marinette, il allait falloir jouer cartes sur table, au risque de se voir opposer une fin de non-recevoir. Il savait qu'il pourrait l'encaisser. N'avait-il pas déjà surmonté le refus de Ladybug ?
Il ferait sa proposition puis se conformerait à ce qu'elle voudrait. Il n'avait rien à perdre. Il n'avait pas l'intention de se montrer pressant. Soit elle acceptait de faire évoluer leur relation, soit ils continuaient comme avant. Au pire, elle demanderait à revenir à la situation antérieure. Il regretterait leurs moments privés, mais ce temps passé ensemble avait levé une grande partie de ses inhibitions. Si par la suite une fille lui plaisait, il oserait lui faire des avances et ne craindrait pas de se ridiculiser au lit. Dans tous les cas, le lien entre lui et Marinette serait préservé. Pour lui aussi, cela comptait beaucoup.
Quand elle vint le voir la semaine suivante, cela commença comme d'habitude. Une courte discussion légère, puis des regards complices, appuyés, et enfin le langage des corps. Dans les draps froissés, Adrien hésita à se lancer. Tout se passait bien. Leur relation était satisfaisante et fluide. Pourquoi demander plus ? Cependant, quand elle se redressa et s'assit au bord du lit, il demanda impulsivement :
— Tu as deux minutes pour parler ?
Elle lui jeta un regard méfiant avant de demander :
— Parler de quoi ?
— De ce qu'il y a entre nous. Tu ne penses pas qu'on… qu'on pourrait aller plus loin ?
Sans répondre, elle se leva brusquement, se pencha pour récupérer ses vêtements sur la moquette et sortit de la pièce en faisant claquer la porte derrière elle. Le temps qu'Adrien se remette de sa stupéfaction et atteigne le salon, la porte d'entrée se refermait déjà sur elle. Elle n'avait matériellement pas eu le temps de se rhabiller complètement. Songer qu'elle avait préféré se retrouver à moitié dénudée sur le palier plutôt que lui faire face blessa profondément Adrien. Avoir une relation plus profonde avec lui était donc à ce point repoussant ? Que lui avait-il fait pour qu'elle refuse même d'en discuter ?
Plagg, attiré par le vacarme des deux claquements de porte, descendit planer devant le nez de son porteur.
— Tu l'as drôlement mise en colère, dis donc, commenta-t-il.
Adrien ne répondit pas. Alors qu'il émergeait de sa stupeur, il sentit une douleur familière envahir sa poitrine. Il aurait dû le savoir. C'était toujours comme ça, après tout. Ce qu'il désirait ne comptait pas. Cela ne valait même pas la peine d'en discuter. Que ce soit avec son père, Nathalie, Ladybug ou Marinette, ses ressentis n'avaient aucune importance. Il devait l'accepter et jouer selon leurs règles. Il était un investissement pour la maison Agreste, un sous-fifre pour Ladybug et un objet de plaisir pour Marinette. Comment avait-il pu croire qu'il pouvait en être autrement ?
Pour ne pas sombrer dans le désespoir qui menaçait de l'engloutir, il fallait qu'il bouge. Il songea un instant à se transformer en Chat Noir, mais renonça. Il ne voulait pas avoir à se justifier auprès de Ladybug si on l'apercevait. Il ne supporterait pas les récriminations de Plagg ensuite. Il retourna dans sa chambre et passa un jogging. Ensuite, il ficha deux écouteurs dans ses oreilles, lança la musique à fond sur son téléphone et partit courir.
oOo
Marinette termina de se rhabiller dans l'ascenseur, la vue troublée par les larmes. Mais qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ? Pourquoi les avances timides d'Adrien la terrifiaient-elles à ce point ? Elle déboula dans la rue en sanglotant. Il fallait qu'elle trouve un endroit isolé au plus vite. Elle savait qu'il y avait une impasse à une centaine de mètres de chez son ami – ce genre de repérage était devenu une seconde nature chez elle.
Dès qu'elle fut à l'abri des regards, elle se transforma, ignorant les questions inquiètes de Tikki et se hissa sur un toit. Entre deux cheminées, elle pleura longtemps, secouée par des sanglots violents qui lui coupaient le souffle. Enfin, elle se calma et put analyser calmement le désastre de sa vie sentimentale.
Elle était sortie avec Luka, l'année précédente. Il avait été un petit ami tendre, prévenant, attentif et elle lui avait brisé le cœur. Le souvenir de leur rupture lui laissait un goût amer dans la bouche. Tout avait commencé lors d'une soirée du Nouvel An, organisée avec ses amis de lycée, dix-huit mois auparavant. Un punch perfide les avait mis dans un état de douce béatitude. Luka était venu lui parler et, une chose en entraînant une autre, ils s'étaient retrouvés à s'embrasser passionnément. Puis il l'avait raccompagnée et elle l'avait invité à monter jusqu'à sa chambre. Il n'en était reparti que deux heures plus tard.
Quand il l'avait quittée, après avoir convenu avec elle d'un rendez-vous pour l'après-midi suivante, Marinette avait songé qu'elle n'avait aucune raison de ne pas sortir avec Luka. Elle n'avait pas d'attache sentimentale (il fallait qu'elle arrête d'espérer quoi que ce soit d'Adrien) et son prétendant était diablement séduisant. Elle ressentait à son égard un désir tout aussi impérieux que nouveau. Les sentiments finiraient bien par apparaître eux aussi, n'est-ce pas ?
Quelques heures de sommeil lui avait remis les idées en place. Elle n'était pas amoureuse de Luka, en tout cas, pas autant qu'il l'était d'elle. Ce n'était pas une bonne conjonction. Elle l'avait rejoint comme prévu, bien décidée à mettre fin à ce malencontreusement rapprochement, dans son intérêt à lui. Mais elle avait été faible et elle avait de nouveau cédé à son charme. C'est ainsi que cela avait commencé.
Les premières semaines avaient été agréables. Elle avait beaucoup d'amitié pour Luka et n'avait aucun mal à se montrer tendre avec lui. Leurs explorations sensuelles se passaient bien et elle se disait qu'elle avait trouvé le bon partenaire pour sa première relation amoureuse. Il lui proposait des sorties dans ses goûts et elle appréciait les moments passés avec lui.
Étonnamment, c'est l'aspect qu'elle aurait cru le plus problématique qui ne posa aucun problème. Jamais elle n'eut de difficulté à s'éclipser quand une alerte akuma se déclarait. Le plus souvent, c'est lui qui devait la laisser. Les autres fois, il avait accepté, sans paraître étonné, l'excuse qu'elle avait trouvée.
Cependant, elle n'avait clairement pas autant envie d'être en sa compagnie qu'il l'aurait voulu. Elle préférait souvent rester seule chez elle, avoir du temps pour ses créations ou voir ses autres amis. Elle savait qu'il se réfrénait, qu'il lui demandait moins qu'il ne le souhaitait, mais c'était encore trop. Elle avait pensé que les choses étaient claires entre eux – il n'ignorait rien de son attirance pour Adrien – mais, plus le temps passait, plus elle réalisait qu'il espérait d'elle des choses qu'elle ne pouvait lui donner. Elle s'efforçait d'être une bonne petite amie : elle échangeait des messages avec lui et faisait son possible pour être disponible quand il proposait une rencontre. Mais ces efforts lui coûtaient et il en était conscient. Plus les jours passaient, plus elle réalisait que les sentiments qu'elle avait espérés se faisaient attendre.
Elle sentait bien que l'attachement qu'elle lui portait était trop superficiel : il ne lui manquait pas quand leurs emplois du temps les empêchaient de se voir, penser à lui ne faisait pas augmenter son rythme cardiaque. Et, surtout, elle ne rêvait pas de partager sa maison et d'avoir trois enfants et un hamster avec lui. À leur âge, cela pouvait paraître sans importance. Leurs amis s'engageaient dans des relations sans se soucier de leur issue. Le problème était qu'elle savait que Luka souhaitait une relation sérieuse et durable.
Six mois après leur rapprochement, ils passèrent les dernières épreuves pour obtenir leur bac. Ce fut une période intense pour Marinette. Un mois auparavant, Chat Noir et elle avait repris les Miraculous du Paon et du Papillon à leur vieil ennemi, sans l'arrêter ni découvrir son identité, malheureusement. Ensuite, Adrien avait dû prendre des décisions délicates concernant son avenir et elle s'était efforcée d'être pour lui une amie sur laquelle il pouvait s'appuyer. Encore aujourd'hui, elle se demandait si c'était cela qui avait poussé Luka à se conduire comme il l'avait fait.
Quoi qu'il en soit, ils s'étaient peu vus durant les grandes vacances : Luka travaillait pour gagner un peu d'argent et Marinette tenait la caisse du magasin, en remplacement de Sabine qui s'était rendue à Londres, où sa sœur se remettait d'une opération.
À la fin du mois d'août, Luka était venu la voir, durant le jour de fermeture de la boulangerie. Dès qu'elle l'avait embrassé, Marinette avait senti qu'il n'était pas comme d'habitude.
— Qu'est-ce qu'il y a ? avait-elle demandé, vaguement inquiète.
— Je commence un apprentissage auprès d'un luthier, en Suisse, dans une semaine, avait-il répondu.
Quelque chose dans le ton lui avait fait demander :
— C'est prévu depuis combien de temps ?
— Le mois de juin, avait répondu Luka en détournant les yeux.
À cette annonce, Marinette avait vu rouge. Elle ne se souvenait pas d'avoir été aussi en colère. Cela faisait plus de deux mois qu'il préparait son départ derrière son dos. Des semaines durant lesquelles elle avait fait son possible pour donner un avenir à leur relation. Pourquoi lui avait-il dissimulé la vérité ? Était-ce une manière de la punir ? Ne réalisait-il pas qu'elle avait fait de son mieux ?
Elle avait senti monter dans sa gorge des mots chargés d'amertume. Elle s'était contenue difficilement et s'était contentée de cracher :
— Disparais de ma vue !
Il l'avait regardé avec tristesse et lui avait obéi. Elle était restée un moment l'esprit vide, sous le choc, ne ressentant qu'une immense sensation de trahison. Puis, elle avait hurlé, jeté des affaires à travers sa chambre et rembarré Tikki, qui tentait de la calmer. Après avoir traité Luka de tous les noms, elle s'était effondrée sur son lit et avait commencé à examiner plus clairement la situation. Et elle s'était sentie encore plus mal.
Ce n'était pas à Luka qu'elle en voulait, c'était à elle-même. Pour lui avoir fait comprendre depuis des mois qu'elle n'arriverait jamais à l'aimer. Pour n'avoir pas envisagé de poursuivre leur relation à distance. Elle se détestait aussi pour le sentiment de soulagement qu'elle éprouvait à l'idée d'avoir une excuse pour mettre fin à cette histoire. Malgré les bons moments qu'ils avaient passés ensemble, elle se sentait délivrée par ce départ. Elle pourrait de nouveau gérer son emploi du temps à sa convenance, sans se préoccuper des envies de Luka. Ses amis pourraient l'inviter sans demander préalablement si elle avait prévu quelque chose avec son amoureux ou se sentir obligés de le convier également. Elle ne se sentirait plus coupable de préférer créer une robe plutôt que de sortir avec lui. Elle n'aurait plus ce pincement au cœur quand il lui dirait qu'il l'aimait et qu'elle répondrait qu'elle aussi. Elle avait gémi de honte.
— Il ne voulait pas gâcher vos derniers moments, avait tenté de la consoler Tikki, se méprenant sur ses pensées.
— Nos derniers moments…, avait réagi Marinette. Il ne m'a pas dit quand il partait. Si cela se trouve, il est déjà dans le train !
Elle s'était levée et avait bondi dans l'escalier. Elle avait couru à la station de métro, piétiné en attendant la rame, puis s'était précipitée sur le quai de la Seine. Quand elle avait mis le pied sur la passerelle, elle s'était retrouvée face à Juleka.
— Où penses-tu aller ? avait grommelé sa camarade.
— Luka est encore là ? avait haleté Marinette.
— Qu'est-ce que cela peut te faire ? avait répondu son interlocutrice d'un ton amer. Il part à cause de toi.
— Arrête, Juleka, ce n'est pas vrai et tu le sais, s'était élevée la voix de Luka. Laisse-la passer.
Ils s'étaient tous deux rendus dans la cabine que partageaient les jumeaux.
— Je suis désolé, avait dit Luka, j'aurais dû t'en parler avant.
— Non, c'est moi. J'ai été en dessous de tout.
— Ne dit pas ça, Marinette, tu as été honnête, je ne pouvais pas espérer plus, je le savais. Ne fais pas attention à ce que pense ma sœur. Elle s'est fait des films, tu n'y es pour rien.
— Je ne t'ai pas rendu heureux.
— Mais si ! J'ai rapidement compris que cela ne durerait pas et que c'était une chance d'avoir ces moments avec toi. Je les ai savourés, je te remercie pour cela. J'aurais dû être plus clair.
Marinette avait digéré cette explication avec des sentiments mitigés. Cela ne retirait rien à son incapacité d'aimer un garçon aussi adorable et amoureux que Luka. Et d'un autre côté, il l'avait laissé culpabiliser de ne pas y arriver, alors que lui-même avait renoncé. Elle savait qu'il n'avait pas cherché à la blesser ou se moquer d'elle, mais elle s'était sentie tout de même flouée.
Elle avait tenté de mettre son amertume de côté et avait demandé :
— Quand pars-tu ?
— Demain matin.
Elle avait alors remarqué les tas de vêtements qui jonchaient le parquet de la cabine. Elle s'était levée en disant :
— Je vais te laisser faire tes bagages.
Il l'avait retenue par la main et avait demandé :
— On reste amis ?
— Bien sûr.
Ils s'étaient embrassés sur la joue et elle était partie. Elle avait longuement hésité, le lendemain, à le contacter pour prendre de ses nouvelles, mais avait finalement renoncé. Ils n'étaient plus ensemble, elle n'était plus obligée de se forcer. Depuis, ils n'avaient échangé aucun message.
Quand Marinette avait croisé Juleka lors de la soirée du Nouvel An organisée par ses amis, quelques mois plus tard, elle avait constaté que la sœur de son ancien petit ami lui faisait toujours la tête.
Remarquant l'attention inédite que lui portait d'Adrien, Marinette s'était demandé avec dérision ce que ses amis mettaient dans le punch. Elle n'avait pas songé que cela aurait des suites. Cela passerait dès le lendemain, une fois les effets de l'alcool dissipés. Il n'était pas non plus question de profiter de la situation. Elle n'allait quand même pas partir avec une nouvelle conquête à chaque fin d'année. Elle avait sagement basculé vers les jus de fruits.
Mais l'ancien mannequin avait continué à lui lancer des regards en dessous les semaines suivantes et elle s'était demandé ce qu'il voyait en elle. Elle n'avait pas l'impression que les sentiments de son ami avaient changé. Il était toujours irréprochablement amical avec elle. Il ne lui faisait pas d'avances, ne cherchait pas à se trouver seul avec elle. Or, Marinette était bien placée pour savoir qu'on peut être physiquement attiré par une personne qu'on apprécie, sans pour autant en être amoureux. Espérer qu'un jour Adrien partage ses sentiments serait faire la même erreur que Luka à son égard.
Ces sages pensées ne lui furent d'aucun secours quand un concours de circonstances les laissa en tête-à-tête. Elle était restée sur place après le départ de ses amis pour aider Adrien à ranger. Croyant qu'elle ne le voyait pas, il avait laissé son regard errer dans son décolleté. Elle était restée assez longtemps avec Luka pour savoir ce que cela signifiait. Un frisson lui avait parcouru l'échine et ses pensées avaient pris un tour gênant. Elle avait son possible pour les repousser mais, comme souvent quand elle se laissait submerger par ses émotions, sa bouche l'avait trahie et elle avait mis les pieds dans le plat. Il avait paru embarrassé et elle s'était sentie coupable. Sans réfléchir, elle s'était rapprochée de lui, prête à lui dire d'oublier ses paroles. Quand il lui avait demandé si cela la dérangeait, elle n'avait su quoi dire, trop surprise par cette réponse. Puis, leurs poitrines s'étaient frôlées et toute pensée raisonnable l'avait désertée. Elle avait su ce qu'elle désirait et savait comment l'obtenir. Elle avait toujours les joues qui chauffaient un peu quand elle repensait à la suite.
Elle s'était reprise, une fois que la réalité avait repris ses droits. Forte de son expérience précédente, elle prit soin de définir leur future relation pour qu'Adrien ne se croie pas obligé de feindre des sentiments qu'il n'éprouvait pas. L'empressement de son ami à valider sa proposition la conforta dans l'idée qu'elle avait correctement géré la situation.
Elle n'aurait sans doute pas dû saisir la perche qu'il lui tendait pour qu'elle retourne le voir. Mais elle en avait trop envie. Et puis, tant qu'elle savait où elle mettait les pieds : du désir, pas de sentiments, elle pouvait le gérer. Les semaines suivantes lui avaient donné raison. Elle appréciait ses moments privés avec Adrien et leur amitié se portait à merveille. Elle s'était dit qu'elle avait trouvé un équilibre parfait. Pas de stress, beaucoup de plaisir.
Et puis cela avait subtilement changé. Des regards en dessous, des contacts par messages plus nombreux, des propositions de sortie. Elle avait décidé de tout ignorer. C'était la seule solution pour préserver l'accord qu'ils avaient conclu.
Ce jour-là, la proposition d'Adrien l'avait terrifiée. Elle ne croyait pas une seconde qu'il puisse tomber amoureux d'elle, après toutes ces années. Il ne faisait que se plier aux convenances : au bout de plusieurs mois de liaison, il devait trouver correct de lui proposer une relation plus sérieuse. Sans doute se sentait-il seul, coupé de sa famille, pouvant difficilement se faire de nouveaux amis du fait de sa notoriété. Peut-être même, avait-il deviné qu'elle l'aimait et s'imaginait obligé de répondre à ce sentiment.
— Il faut que je lui dise qu'il n'a aucune obligation envers moi, décida-t-elle tout haut.
Elle se leva, vérifia que personne ne se trouvait dans la ruelle en dessous du toit où elle avait trouvé refuge, et descendit en rappel. Elle se détransforma avant de repartir vers la rue passante d'où elle venait.
— Marinette, fit Tikki, qui venait d'apparaître à ses côtés, tu ne crois pas que tu dois laisser Adrien exprimer ce qu'il ressent et décider ensuite quoi faire ? Je te connais, tu as imaginé plusieurs hypothèses et tu te prépares à agir en conséquence, sans même vérifier si elles sont fondées.
— Tu ne penses quand même pas qu'il m'aime ?
— Ce n'est pas à moi de répondre à cette question, mais à lui.
— Il ne pourra jamais avoir des sentiments qui ressemblent aux miens. Il ne sait pas ce que c'est d'aimer quelqu'un durant des années, sans rien espérer !
Étrangement, Marinette pensa à Chat Noir qui avait réussi à mettre de côté les sentiments qu'il avait pour elle. Par quoi était-il passé pour y arriver ?
— Donne-lui sa chance, suggéra Tikki.
À Chat Noir ? s'étonna silencieusement Marinette, avant de comprendre que Tikki parlait d'Adrien.
— S'il commence à être tendre avec moi, je ne vais pas réussir à lui cacher combien je l'aime, protesta-t-elle. Et ce sera la fin. Je ne veux pas le perdre comme ami.
— Lui aussi tient à votre amitié. Pourquoi imagines-tu toujours des catastrophes ?
— Parce que ma vie sentimentale est catastrophique ! rappela Marinette. C'est ma faute, je n'aurais jamais dû me jeter à son cou ! Regarde où on en est, maintenant !
— Marinette, de quoi as-tu peur exactement ?
— Tu le sais. Je ne veux pas reproduire avec Adrien ce qui s'est passé entre Luka et moi.
— Le contexte est totalement différent, opposa Tikki. Tu n'imposes rien à Adrien, c'est lui qui souhaite que vous alliez plus loin.
— Cela ne veut pas dire qu'il m'aime comme je l'aime !
— Pourquoi repousses-tu cette possibilité ?
— Il me connaît trop. Il sait combien je suis maladroite et stupide. Il ne tombera jamais amoureux de moi.
— Tu exagères, tu ne bégaies jamais quand vous êtes tous les deux.
— Parce que les choses sont carrées entre nous. Je sais ce que je peux attendre de lui et ce qui n'arrivera pas. Tant qu'il n'y a pas d'enjeu, je peux gérer. Si on change ça, je vais redevenir comme quand j'avais quatorze ans.
— S'est-il une seule fois moqué de toi ? A-t-il une seule fois laissé paraître son agacement ou son mépris ? C'est l'année où votre amitié s'est consolidée, Marinette !
Marinette resta un moment silencieuse avant de demander d'une toute petite voix :
— Tu crois… tu crois que c'est une bonne idée de commencer à sortir avec lui pour de bon ? J'ai tellement peur de lui faire du mal !
— Ce qui t'a fait souffrir, avec Luka, c'est que tu t'es efforcée de devenir ce que tu pensais qu'il voulait que tu sois, en oubliant ce que tu désirais être. Apprends de tes erreurs. Écoute ce qu'Adrien a à te dire. Accepte ce qu'il te donne, sans arrière-pensées. Et surtout, arrête de te projeter dans l'avenir. C'est ça qui te fait paniquer. Vis au jour le jour. Laisse les choses se faire. Ce n'est pas un combat, Marinette. Tu n'as pas à prévoir tout ce qui peut arriver pour élaborer des plans de bataille. Lâche prise et accepte ce qui doit advenir.
Marinette se prit la tête entre les mains :
— Vu la manière dont je suis partie, il ne doit plus avoir envie de me voir.
— Laisse-le en décider, insista Tikki d'une voix douce. Retournes-y et excuse-toi.
— Tu as raison. Même s'il doit me jeter, je lui dois au moins ça.
oOo
Celles qui me demandaient le point de vue de Marinette, j'espère que cela vous a plu. Pour celles qui s'étonnent encore qu'elle ait pu agir ainsi, on y reviendra plus tard. Pour la suite, on alternera entre les deux points de vue, en fonction de l'intérêt du moment.
Le chapitre suivant a pour titre "Stupéfaction". Dans cette attente, dites-moi ce que vous pensez de celui-ci !
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