Chapitre 11 :
Disclaimer : L'univers Marvel ne m'appartient pas, seuls mes personnages et l'intrigue de la fiction viennent de mon imagination.
Au matin de cette deuxième journée chez les Barton, Lyra se réveilla exténuée. Quelques rayons de lumière filtraient à travers les volets. Le soleil semblait déjà haut dans le ciel et des éclats de voix se faisaient entendre dans la maison. La jeune femme ne se rappelait pas l'heure à laquelle elle s'était couchée mais elle ignora sa fatigue et enfila un peignoir avant de se précipiter vers la salle de bain de l'étage, inoccupée. Sous le jet d'eau, elle se repassa sa nuit sous ses paupières closes et souffla. Elle avait passé la nuit à cogiter sur son fantôme du passé et n'avait pu se rendormir.
Elle descendit les marches et s'arrêta devant l'horloge du couloir. 10H15. Un soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres. Tout le monde était matinal et elle se sentait mal de traîner et laisser tout le monde faire des tâches à sa place. Lorsqu'elle arriva dans la cuisine, personne à part Steve ne lui prêta attention. Il manquait quelques personnes de l'équipe. Ceux qui étaient présents dans la pièce étaient soit dans de grandes conversations, soit ils s'occupaient activement. La jeune femme se servit une tasse de café et rejoignit son ami attablé.
« Comment tu te sens ? Lui demanda-t-il.
- Bien, merci. Et toi ?
- Ça va. Tu as vraiment l'air d'aller mieux. Ils se sourirent. C'est pour le mieux, on va bientôt partir.
Lyra baissa la tête en souriant. Les meilleures choses ont une fin, et ces petits moments hors du temps allaient bientôt se terminer.
- C'est quoi le plan ?
- On ne peut pas rester plus longtemps. On ne sait pas ce qu'Ultron mijote, mais on ne peut pas se terrer indéfiniment. »
La jeune femme secoua la tête. Elle avait tout de même assez hâte de régler cette histoire d'intelligence artificielle destructrice. Mais pour l'heure, son regard fut attiré par la porte d'entrée qui s'ouvrit pour faire place à Barnes. Il transportait des bûches dans ses bras, qu'il alla poser certainement dans la salle à manger avec l'aide de Barton. Depuis quelques jours, Bucky attirait son regard autant qu'un aimant attire le métal. En reportant son attention sur Steve, elle vit les yeux du blond plissés sur elle, interrogateurs.
Un peu plus tard dans la journée, Lyra pu s'entraîner dans une salle que Clint s'était aménagé. Elle s'exerçait avec ce qu'elle avait trouvé, à savoir des couteaux et une hachette, qu'elle lançait sur une cible. Contrairement à ses entraînements à l'arme à feu, avec les armes blanches, elle touchait toujours la cible. Sa petite conversation avec Steve quelques heures auparavant l'avait stressée. Elle ne voulait pas être un boulet pour eux et prouver à Stark qu'il avait eu raison de lui donner sa confiance. Elle lança la hachette en plein milieu de la cible sans hésitation et entendit une petite voix derrière elle.
« Tu te débrouilles bien avec ça. Lança Natasha, marchant avec Clint en tenue de combat.
- Merci.
- Je peux te laisser la hache, si tu veux, lui dit Clint avec un sourire. Par contre je garde les couteaux, Laura me tuerait de te les céder.
- C'est gentil. Lyra lui rendit son sourire. Je crois pas que Stark en ait dans ses gadgets.
- Pas encore, mais il pourrait peut-être t'en fabriquer une. »
Les deux espions commencèrent à s'entraîner dans un bout de la salle et la brunette continua à faire ses lancers. Elle se découvrait un nouveau talent pour les armes de lancer. Lyra ne pouvait que constater que depuis qu'elle côtoyait l'équipe, elle faisait de grands progrès en combat. La force qu'ils dégageaient lui donnait la volonté de se surpasser. Avec ce qu'il s'était passé à New-York dans son ancien appartement, elle ressentait le besoin de ne plus être sans défense.
La jeune femme aida à débarrasser la table du midi et s'installa en tailleur devant le canapé du salon. La petite Lila et son frère avait laissé leurs dessins et crayons variés éparpillés sur la table basse. Lyra profitait du calme de la pièce. Tout le monde était occupé ailleurs et elle savourait ces quelques moments de bien-être.
La brunette laissa son regard vagabonder sur les feuilles colorées. Cooper était un peu plus âgé que Lila et s'était entraîné à écrire avec divers stylos, tandis que sa petite sœur avait dessiné à sa façon les membres de l'équipe. Tous étaient reconnaissables par un petit élément que la petite avait reproduit. Ils étaient tous les neufs en ligne avec Clint dessiné en grand au milieu entouré de cœurs. Steve était colorié en bleu et tenait un bouclier reproduit fidèlement. Stark était dessiné avec son armure et était en lévitation, Natasha n'était reconnaissable que par sa crinière flamboyante, Banner à côté était représenté en Hulk. Clint surplombait les personnages, même Hulk, et était dessiné avec un jean et un T-shirt. Thor avait le bras levé et des éclairs bleus partaient de son marteau. Lyra se reconnut à côté du dieu et cela lui arracha un sourire. Lila l'avait dessiné en noir, comme pour Romanoff. Venait ensuite Barnes, reconnaissable par son bras gris et des cheveux longs, ainsi que Sam qui avait son sac sur le dos, comme le jour où l'équipe avait débarqué chez les Barton. Les enfants étaient attachants et avaient pris la peine de tous les dessiner comme une bande de super-héros. Lyra reposa le dessin devant elle et laissa tomber sa tête sur le coussin du canapé.
La petite Lila arriva joyeusement vers la jeune femme. Il était aux alentours de 14h et l'enfant vient s'asseoir sur les jambes en tailleur de la brunette. Lila chantait doucement une chanson en triturant ses doigts.
« Tu ne devrais pas être à la sieste ? Demanda doucement Lyra.
- Non, non, non, maman a dit que je pouvais rester debout.
- C'est sûr, ça ?
La petite se mit à rire. Un petit rire malicieux qu'un enfant produit lorsqu'il sait qu'il fait une bêtise. Lyra referma ses bras autour de la petite et elle se cala doucement contre elle.
- Tu peux me raconter une histoire ?
- Ouh, je n'en connais pas, tu sais.
- Allez, s'il te plaît !
- Bon d'accord… Tu veux quoi comme histoire ?
- Une histoire… de super-héros ! Non, non… de princesse.
La brunette émit un petit rire gêné. Elle n'en connaissait pas beaucoup et le peu qu'elle avait dû entendre quand elle était petite n'étaient pas très joyeux. Tout ce dont elle se rappelait des contes pour enfants était qu'ils n'étaient absolument pas joyeux, mais se finissaient bien – ou du moins pour la plupart.
- Ok… Alors. C'est l'histoire d'une jeune fille, une princesse.
- Mais elle est jolie ?
- Pas plus que toi, joli-coeur. Cette jeune fille vit chez ses parents avec aussi son frère. Son père, le roi, est très méchant. Et la reine est douce, mais elle a peur du roi. Alors quand le roi est méchant avec la princesse et le prince, la reine ne dit rien. Elle le laisse faire. Il blesse tout le monde dans la famille, avec ses mots, mais aussi avec ses mains. Il fait beaucoup de mal à la princesse parce qu'elle est spéciale. Elle a le pouvoir de devenir invisible comme elle le souhaite. Alors un jour, la princesse décide qu'elle en a marre et que ça suffit. Elle s'en va, laissant derrière elle son petit frère, qui était mieux traité qu'elle. Ça lui a fait très mal au cœur… Mais quand elle est partie du château, elle s'est sentie tellement bien que plus rien ne comptait. Quelques temps après son départ, la princesse rencontra un homme, qu'elle pensait être un prince. La princesse a eu un coup de foudre pour ce beau brun et l'homme lui a fait croire qu'il l'aimait.
- Il l'aimait pas vraiment ? demanda la petite.
- Non. La princesse ne le savait pas encore, mais tout ce que l'homme voulait, c'était s'approprier ses pouvoirs magiques.
La petite fille plaqua ses mains sur sa bouche avec un air dramatique, laissant le champ libre à Lyra pour continuer son histoire.
- L'homme a été très gentil avec la princesse pendant des années, jusqu'à ce que la belle princesse croie qu'il l'aimait sincèrement. Mais du jour au lendemain, il l'enferma. Il lui demanda d'accepter d'être gentille mais elle refusa et le rejeta. Elle ne voulait pas être traitée comme ça et personne ne doit être aussi méchant avec quelqu'un. Alors l'homme, qu'elle aimait autrefois, a commencé à être très méchant.
- Elle est nulle ton histoire ! C'est quand qu'on voit le prince ?
- Pour que l'histoire soit bien, il faut obligatoirement un prince ?
Lila se retourna vers Lyra. Elle s'assit, toujours sur ses jambes, mais cette fois-ci elle lui faisait face. La petite essayait d'adopter un air sérieux sur le visage. Lyra était chamboulée par l'histoire qu'elle racontait à la petite. Elle n'avait que ça en tête depuis des jours, son passé, et elle faisait son possible pour que la petite ne voit pas le côté sombre de la vérité.
- C'est mieux quand y a un prince.
- Mais une princesse n'a pas besoin d'un prince pour être heureuse, si ? Regarde, toi tu es heureuse mais tu n'as pas de prince.
- Mais je suis pas une princesse ! s'exclama la petite fille dans un rire cristallin.
- Pourtant c'est pareil. Plus tard et même maintenant, tu n'as besoin de personne pour être heureuse. Mais je veux bien mettre un prince dans mon histoire si tu veux.
- Oui !
La petite fille se cala cette fois-ci allongée sur Lyra, de sorte à pouvoir la regarder lorsqu'elle racontait.
- Alors… Oui, voilà, le méchant monsieur. La princesse est devenue très malheureuse pendant longtemps, à cause de lui. Il l'obligeait à être tout le temps avec lui, mais elle le détestait et rêvait de s'échapper. Dans sa détresse, elle revit un visage qu'elle aimait de tout son cœur, un prince oui, mais son frère ! Son frère l'aida à s'extirper de l'enfer dans lequel elle était et il l'aida à fuir. De nouveau seule, mais cette fois libre, la princesse rencontra un groupe de jeunes gens tous plus beaux et plus forts les uns que les autres. Parmi eux se détachait un homme… Il était grand et beau, mais malgré cela, la princesse ne le remarqua pas tout de suite. Elle ne l'appréciait pas et se méfia de lui autant qu'elle aurait dû s'inquiéter du vilain qui l'avait faite souffrir. A force de passer du temps avec cet homme, la princesse voyait en lui quelqu'un de bon, qui n'avait pas l'air de lui vouloir du mal. Et Hum… Et ils vécurent heureux pendant de longues, longues années ! »
Lyra baissa les yeux vers le visage endormi de la petite fille. Lila s'était endormie avec son pouce dans la bouche, pressée contre la jeune femme. Dans un geste qu'elle voulait le plus doux possible, elle lui embrassa le front, puis cala sa tête contre l'assise du canapé derrière elle. La brunette entendit deux petits coups portés sur la porte entrouverte à sa droite et ouvrit un œil pour voir Barnes sur le seuil de la porte. La jeune femme ne lui adressa pas un sourire et referma les yeux en fronçant les sourcils. Elle allait avoir du mal à se détendre.
« Je dois mettre la petite au lit...
- Tu es là depuis longtemps ?
- Un certain temps. »
Barnes vint récupérer la petite et la prit dans ses bras avec une aisance telle qu'on aurait dit qu'il attrapait une plume. Il ne dit pas un mot et Lyra ne lui décocha pas un regard. Elle ne pouvait s'empêcher d'être gênée. Cette petite histoire de princesse n'avait rien d'anodin pour la brunette. Lorsqu'elle se retrouva seule, elle ne put empêcher des larmes de perler à ses yeux. Elle les essuya, machinalement, aussitôt qu'elles apparurent. Après ce qui lui sembla n'être que quelques secondes, elle sentit plus qu'elle ne vit le soldat revenir s'asseoir à ses côtés. Assis par terre, il appuya son dos contre le canapé. Lyra rouvrit les yeux et vit du coin de l'œil qu'il fermait les yeux lui aussi. Elle l'observa quelques longues secondes, détaillant ses traits du visage. Ils n'étaient pas proches, la jeune femme n'était même pas sûre de l'apprécier. Pourtant, il était là. On aurait dit qu'il était prêt à l'écouter. Lyra finit par détourner le regard.
« Le… « vilain monsieur » … l'entendit-elle commencer avec une petite voix, c'est l'homme dont tu te caches ?
Lyra garda les yeux fixés devant elle en affirmant d'un signe de tête. Elle se concentra sur les rideaux bordeaux de la fenêtre face à eux. Elle préférait ne pas avoir à affronter le regard du soldat. Elle sentait qu'elle allait devoir mobiliser le peu de force qu'elle avait pour ne pas fondre en larmes, alors fixer un point l'aiderait sûrement.
- Je l'ai rencontré il y a quelques années… Pendant quatre ans il m'a fait vivre un enfer.
- Tu veux en parler ?
Lyra émit un petit rire. Aucune once de moquerie là-dedans, mais elle trouvait que cette question aurait pu être posée par Steve.
- On dirait un psychologue.
- C'est ce que me dit la mienne. La plupart du temps je l'envoie balader, mais je sais que ça fait du bien de se vider la tête.
- Alors pourquoi tu l'envoies balader ?
Cette fois-ci, Lyra tourna la tête vers lui et au lieu du visage fermé qu'il montrait tout le temps, elle le vit avec les sourcils froncés, l'air pensif.
- Si tu as déjà la tête pleine, je ne vais pas la faire déborder avec mes histoires.
- Ça peut pas être pire que ce que j'ai fait.
- C'est pas quelque chose que j'ai fait qui me… C'est ce qu'on m'a fait. Je faisais confiance à cet homme. Darren Kinnear. J'étais… naïve. Je lui ai donné de l'argent pour qu'il puisse s'acheter la maison de ses rêves. Ce que je ne savais pas en revanche… c'est ce qu'il faisait de son argent. Il travaillait avec un laboratoire et étudiait mon génome. Ils ont pu fabriquer, à sa demande, un bracelet. Un soir il me l'a offert et à l'instant où je l'ai enfilé, je n'ai pu le rouvrir. Ce truc inhibait mon pouvoir, j'étais complètement à découvert. Des crochets à l'intérieur du bracelet se sont enfoncés dans ma peau et ils ont pu avoir accès à toute sortes de données sur moi, comme ma localisation et mon état de santé.
- Il voulait pouvoir te pister ?
- Non, il ne me lâchait pas d'une semelle, j'étais soit enfermée soit enchaînée.
La brunette regardait partout dans son environnement. Cette pièce si chaleureuse, dans laquelle il y avait des jouets éparpillés et des dessins l'aidait à ne pas trop réfléchir. A simplement raconter. Elle devait bien avouer que Bucky avait raison, ça lui faisait du bien de raconter rien que ces détails du quotidien qu'elle vivait en Ecosse.
En croisant le regard du vétéran, Lyra le vit comme dans l'attente. Il avait l'air de patienter que la jeune femme continue à se livrer. C'était si étrange de presque réussir à décoder Barnes. D'ordinaire, il ne laissait rien transparaître. Pourtant, il avait l'air d'être ouvert à la discussion présentement. L'écossaise en vint à se demander si cet endroit avait quelque chose de magique pour apaiser les esprits.
- Il y a pas grand-chose à savoir, vraiment. Il voulait mon pouvoir, il n'a jamais réussi à le sortir de moi, alors il m'a forcé à voler pour lui. Ensuite, il m'a aussi forcée à… aller dans son lit, continua Lyra non sans déglutir difficilement. Et un jour j'ai réussi à m'échapper. C'est Steve qui t'a sorti de ton enfer, c'est ça ?
Bucky affirma d'un signe de tête.
- Mon Steve à moi c'était mon frère, Forbes. Enfin, bon !
Lyra se redressa sur ses genoux, en empoignant le dessin de Lila entre ses mains.
- Elle nous voit tous comme des héros.
- Certains le sont, mais pas tous, répondit-il le visage fermé de nouveau.
- Tu veux en parler ?
Lyra lui adressa un petit sourire joueur en coin. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il déballe son sac comme ça, maintenant. Mais elle voulait lui faire comprendre qu'elle était là, s'il voulait. Bucky reporta son attention sur elle à cette phrase. Il émit un petit soufflement de nez en guise de rire et amorça un genre de sourire qui ressemblait plus à une grimace.
- Ça te regarde pas. Tes petits problèmes ne sont rien à côté de ça.
Cette fois-ci, c'est Lyra qui se referma comme une huître. Elle s'était livrée à lui, pensant qu'il pourrait comprendre et qu'il ne la jugerait pas. Il avait le droit de ne pas comprendre. Mais elle ne pouvait s'empêcher d'être déçue. Elle ne voulait pas inspirer de la pitié, pour ça au moins elle pouvait être contente, ce n'était pas le cas. Mais elle ne voulait pas entendre que son traumatisme n'était rien.
- Je voulais pas te dire ça, reprit-il.
La voix de Barnes avait interrompu ses pensées. Elle le voyait s'agiter comme s'il était mal à l'aise. Elle s'efforça de faire un maigre sourire à son interlocuteur.
- Tu as dit ce que tu avais sur le cœur.
- Je suis désolé.
- Ne le sois pas. C'est plutôt moi qui le suis.
La jeune femme tourna la tête vers lui en évitant son regard et continua à parler.
- J'aurai pas dû te prendre par surprise en te racontant ça.
Elle lui adressa un dernier sourire. Elle essayait de le faire déculpabiliser, mais elle n'en pensait pas moins. Il avait peut-être raison… Elle quitta la pièce doucement et dans le couloir lorsqu'elle jeta un dernier regard derrière elle, elle vit Barnes se masser la tête de sa main valide et s'appuyer contre la table basse d'un air énervé.
