Nombres de rumeurs et de prédictions avaient été faites sur les membres de la Maison Targaryen mais s'il y en avait une qui était crue du plus grand nombre c'était que, pour chaque Targaryen venant au monde, les Dieux lançaient une pièce, prédisant ainsi Sages et Bons, Fou et Monstrueux.

Fallait-il encore deviner par avance, de quel côté était tombée la pièce.

Et si, l'histoire n'était plus ceux dont la pièce était tombée du mauvais côté ?

An 282

La Reine Rhaella suivait son emploi du temps scrupuleusement. À l'aube, elle se réveillait, seule et éreintée, avant d'effectuer ses ablutions, seule, de se vêtir encore une fois, seule. Le fait que le Roi s'acharne sur elle chaque soir venu était déjà connu de tous, il n'aurait fallu alors que quelqu'un remarque les traces de coups sur son corps.

Une fois prête, elle se rendait dans la nurserie, encore sombre et silencieuse, elle s'occupait alors comme elle le pouvait. Il lui arrivait, le plus souvent, de simplement observer les enfants qui dormaient paisiblement.

Il y avait tout d'abord, Viserys, son fils, de six années à peine. Puis, venaient Rhaenys, trois ans et depuis très récemment, le petit Aegon, les enfants de sa belle-fille.

Elia, sa bru, finissait par la rejoindre et les deux femmes réveillaient alors les enfants avec l'aide de Septa Sarra.

Ils petit-déjeunaient alors, tous ensemble, en famille.

Puis elle devait assister aux doléances, dans la salle du trône, en compagnie de son frère-époux. De longues, longues heures ou elle devait se tenir droite et silencieuse. Son esprit disparaissant loin, très loin du donjon rouge et de Port Réal.

Ce matin-là ne différait pas vraiment. Aerys se blessait en se tortillant sur son trône fait d'épées en partie fondues et les gens passaient les uns après les autres sous les yeux de la cour. Peut-être qu'aujourd'hui au moins on n'entendrait pas le roi crier " faites-les tous brûler ".

Ah... non ...

Quelque chose attira alors son attention, la réveillant.

La Reine cligna des yeux, l'esprit encore embrumé par les remèdes contre la douleur.

Devant l'estrade ou son frère siégeait sur le trône de fer, se tenaient le seigneur de Winterfell et gouverneur du Nord, Rickard Stark, ainsi que son héritier, Brandon si elle se souvenait bien.

Oui.

Son cœur de mère se serra de déception.

C'était la faute de son fils, son Rhaegar. Son fils qui, avait enlevé Lyanna Stark au tout début de cette année.

Elle observa alors le roi ordonner que l'on brûle vif le père sous les yeux du fils impuissant car attaché par la gorge, son épée trop éloignée pour qu'il puisse se libérer pour sauver son père.

- Cela suffit ! S'entendit-elle crier.

Le Roi, la cour, tous, se retournèrent en direction de cette Reine habituellement si silencieuse et soumise, ébahis.

- Tais-toi, femme, brulez-le ! Ordonna le Roi en frétillant d'impatience.

Les membres de la cour et les chevaliers détournèrent le regard, l'homme tenant le flambeau, lui, hésita, jetant un regard à la Reine comme dans une supplique.

Rhaella s'avança, les jambes engourdies et fébrile.

- Ser Lewyn, Ser Jonothor, s'adressa-t-elle aux deux membres de la garde Royale restant. Relâchez Lord Rickard et son fils, commença-t-elle, puis prenant une inspiration, elle ajouta, Pour le bien et la Paix du royaume, je vous ordonne de vous saisir du Roi et de l'enfermer dans ses appartements.

L'ordre tonna dans le vide puis, la salle entière sembla expulser un soupir de soulagement. Les deux Nordiens furent libérés, s'étreignant en publics, trop heureux de retrouver celui qu'ils pensaient perdre à jamais.

Ser Jonothor emmena alors le Roi, aidé de deux manteaux d'or, tandis que Ser Lewyn restait aux côtés de la reine.

- Majesté, fit le Dornien en lui tendant une main.

- Je vous remercie.

L'homme l'aida alors à monter sur l'estrade et, lentement, elle s'assit sur le trône de fer.

- Reprenons, voulez-vous, souffla-t-elle à l'assemblée.

Elle savait ce qu'il fallait faire, ce qui devait être fait. Mais elle ne savait pas comment ni même s'il était juste que ce soit elle qui le fasse. Mais il n'y avait personne d'autre.

Le roi était fou et il n'arrêterait pas de l'être, lui aussi elle ne savait plus quoi en faire. Il lui faudrait décider de cela plus tard. Là tout de suite, il lui fallait penser aux crimes du fils avant de penser à ceux du père.

- Lord Stark, veuillez me croire quand je vous dis que ce genre d'incidents ne se reproduira plus, soupira la Reine ressentant le poids de sa tâche lui écraser les épaules.

- Ce n'est pas de votre faute, majesté, répondit le seigneur de Winterfell.

Oh si, c'était sa faute, sa très grande faute. De ne pas avoir su raisonner puis stopper Aerys et de ne pas avoir su faire de Rhaegar un homme censé mais cela, elle ne le dit pas.

- J'ai cru comprendre que vous étiez là concernant l'enlèvement de votre fille.

- C'est exact Majesté.

- Et j'ai également entendu dire qu'elle était fiancée ?

- À Robert Barathon, c'est exact.

Rhaella réfléchit une minute à ce qu'il convenait de faire quand son regard croisa celui de Tywin Lannister, main du Roi et resté silencieux jusqu'à présent.

- Lord Tywin, faites envoyer un corbeau au Lord Baratheon et faites-lui savoir que si l'envie lui vient de vouloir rétablir son honneur, ainsi que celui de sa fiancée, il est le bienvenu à Port Réal. En attendant une réponse de sa part, faites préparer des appartements pour Lord Stark et son fils.