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« You want a piece of me ? You'll make it,
You want to hit me, then you're satisfied,
I'm gonna fall, I'm gonna fake it,
Now I will make you think you've won again. »
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Le temps devenait de plus en plus menaçant, les nuages noirs dans le ciel apportaient avec eux un puissant vent Apocalyptique.
Ce fut sous cette voûte céleste angoissante que Jughead et moi marchions main dans la main.
Mon copain, Jughead donc, portait le costume réglementaire de son Académie : 'Stonewall Prep', soit : Un pantalon noir et une veste noire, simple mais efficace. Une chemise blanche et une cravate rouge aux rayures sombres. Mais toujours, malgré la tenue officielle, Jughead gardait son sempiternel bonnet gris sur sa tête, qui cachait ses cheveux ébène, coiffés en batailles sous la laine épaisse.
Quant à moi, je portais comme toujours une longue robe noire, qui s'arrêtait sous mes genoux. Mes longs cheveux châtains étaient coiffés en une grossière tresse qui cascadait dans mon dos.
Concernant le décor, je remercie mes TSPTc (Troubles du Stress Post-Traumatique Complexe) qui me ramènent toujours au même endroit.
Jughead et moi parlions de tout et de rien, souriant sous le ciel menaçant lorsque, tout à coup, tout devient noir et douloureux...
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« I've fallen down, my nose bleeding badly,
I'm where you want me. »
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Il était très difficile pour moi d'ouvrir les yeux, tant une migraine fulgurante martelait mon pauvre crâne. La voix de Jughead essayait tant bien que mal de me ramener dans le Monde des vivants.
Lentement, mes paupières s'ouvrirent pour découvrir mon chéri devant moi, dans un piteux état.
Nous l'étions tous les deux.
Après analyse de l'endroit dans lequel nous nous trouvions, je compris aisément la panique qui se lisait dans les yeux clairs de Jughead.
Nous étions dans une petite salle aux murs de pierres sombres et suintants d'humidité, malgré le feu de cheminée qui crépitait dans un coin. Le sol froid, également en pierre, était couvert de-ci, de-là de paille. Une lourde porte de bois épais était verrouillée derrière nous. La seule lumière extérieure, sans compter le feu, venait d'une fenêtre minuscule en hauteur, contenant en son centre trois énormes barreaux en fer forgé.
Si nous n'étions pas en 2022, je dirais que cela ressemblait à un cachot d'un château Moyenâgeux.
Ai-je donc sauté dans le Temps sans le vouloir ?
Encore ?
Pourtant, le pire n'était pas la prison immonde dans laquelle nous nous trouvions, mais les grosses cordes qui reliaient nos mains respectives devant nous.
Nous étions à moitié assis, à moitié allongé par terre, le regard perdu et inquiet.
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« When doors are locked, I'm gonna get you,
You are not safe anyplace, anywhere,
I'm bringing Bundys, have they met you ?
I'm telling stories, saying what you're gonna do. »
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Jughead s'approcha de moi pour me murmurer avec espoir :
- Alisone, utilise ta magie pour nous sortir de là.
Pour ceux ou celles qui suivent mes aventures nocturnes depuis un moment, vous savez que j'ai la capacité de jeter quelques sorts en Vieil Anglais.
Cependant, au moment où je m'apprêtais à réciter mon sortilège, la lourde porte derrière nous s'ouvrit à la volée dans un bruit assourdissant.
Un homme inconnu, mais affreusement imposant, entra dans le cachot et demanda aux Gardes de nous relever pour nous conduire dans une autre salle.
Jughead et moi marchions les mains toujours liées devant nous, flanqués des Gardes à nos côtés, parcourant un long couloir tout aussi sombre que le reste de la maison.
Une maison qui ressemblait beaucoup à une demeure que je connaissais.
Les Gardes ouvrirent une nouvelle porte et nous nous retrouvions dans une arène géante, avec un plafond couvert, qui protégeait les spectateurs et les trois hommes devant eux, sur la scène.
Entre ces hommes et les gens du peuple, nous pouvions clairement voir une grande piscine remplie d'eau. Une piscine assez moderne qui confirmait que, sauf anachronisme de ma part, nous étions toujours dans les années 2000.
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Jughead plissa les yeux en signe d'incompréhension. Il voulut poser une question, lorsque le gros bonhomme au centre de la scène se mit à parler, à hurler plutôt, d'une voix forte :
- Bienvenue, bienvenue ! Vous me connaissez, n'est-ce pas ? Je suis le célèbre Chasseur de Sorcière du Nouveau Millénaire !
À ce nom, mon compagnon jeta un regard inquiet vers moi.
Ouais, c'était une mauvaise nouvelle, comme vous pouvez vous en douter.
L'homme reprit, en levant un doigt accusateur vers nous :
- Après une longue enquête, nous pensons que cette femme est une Sorcière !
Mon ventre se noua et un voile de terreur traversa le regard de Jughead.
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« I've fallen down, my nose bleeding badly,
I'm where you want me. »
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Les Gardes nous poussèrent vers les bords de la piscine en nous enlevant nos liens des poignets. Le Chasseur continua de crier pour expliquer au public, et accessoirement à nous, ce qui allait se passer :
- Comme vous le savez sûrement, les Sorcières ne savent pas nager. Alors, voici l'Épreuve de l'eau. Oui, la piscine est calme et plate. Nulle crainte, au fur et à mesure du temps, des vagues mécaniques vont aller et venir. Le test est simple : si la Sorcière peut s'en sortir, dans ce cas, cela signifie qu'elle est innocente.
Jughead me jeta derechef un regard inquiet. Il savait, et moi aussi du coup, je ne savais PAS nager. Et que j'étais réellement une Sorcière !
Le Chasseur reprit, après les acclamations du public :
- Si elle est innocente, elle sera relâchée. Et si elle est coupable, elle sera tuée.
Merveilleux...
Le Chasseur se tourna vers nous et ordonna :
- Allez-y, sautez dans la piscine.
- Quoi, tout habillé ? s'enquit Jughead.
L'homme sourit d'une façon malsaine, avant de dire :
- Vous préférez vous retrouver en sous-vêtements devant tout le monde ?
- Non, pas vraiment... maugréa Jughead.
Il se tourna vers moi pour glisser sa main droite dans ma main gauche et ensemble, on sauta dans l'eau.
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« I know the words I know when to say them,
You're where I want you,
I'm coming to get you,
Yeah, I'm coming to get you. »
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L'eau n'était ni chaude, ni froide, à une température plutôt clémente.
Le niveau de l'eau nous arrivait à hauteur de poitrine, un peu plus d'un mètre donc.
Au début, rien ne se passa.
Puis, en face de nous, surgit une première vague mécanique. Jughead me tenait toujours par la main et nous sautions en même temps que la vague. Et le niveau de l'eau prit quelques centimètres de plus. Entre deux vagues, Jughead me chuchota :
- C'est n'importe quoi, es-tu sûr que nous sommes toujours en 2022 et pas en 1693 à Salem ?
Deux vagues consécutives se crachèrent sur nous et l'eau monta encore.
Le niveau désormais sous mon menton, j'avouai à mon compagnon :
- L'infrastructure est trop moderne pour 1693. Nous sommes vraiment dans les années 2000.
- Physiquement, peut-être, mais mentalement... Nom de Dieu, c'est qui ce crétin de Chasseur ?
- Aucune idée, mais vu l'amabilité du machin, ça ne m'étonnerait pas qu'il soit pote avec ce débile de Dean.
Une troisième vague s'écrasa sur nous et bientôt, nous n'aurons plus pied.
Il ne fallut que quelques minutes pour que je commence à me débattre pour rester à la surface.
Bien sûr, je ne devais absolument PAS utiliser mes pouvoirs pour nous sortir de là, au risque de nous faire tuer sur-le-champ. Jughead me tenait toujours par la main pour me faire flotter à la surface. Je commençais déjà à suffoquer et à faiblir. Mes pieds ne touchaient plus le sol et les vagues se faisaient de plus en plus nombreuses, violentes et grosses. Nos vêtements nous alourdissaient, et même Jughead avait du mal à rester à la surface tout en me gardant près de lui.
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Éventuellement, je coulais de plus en plus, de plus en plus longtemps, en buvant la tasse et en toussant lorsque je revenais à la surface par la seule volonté de mon copain.
J'avais les yeux presque toujours fermés, mais je pouvais sentir que les bras de Jug' me traînaient sur la surface de l'eau pour se diriger vers les bords de la piscine.
Des gens hurlèrent, un homme grogna et Jughead hurla de douleur lorsqu'un des Garde abattit son pied de toutes ses forces sur les doigts de Jughead. Les autres Gardes sortirent leurs armes à feu pour les braquer sur nous.
Jughead n'eut pas le temps de riposter, car une énième vague nous enfouit plus profondément encore dans l'eau.
Ma tête tournait, mes poumons étaient en feu, et j'essayais vainement de me réveiller pour me sortir de là. Je me sentais dans mon lit, mon corps était en sécurité, mais pas mon esprit. Je n'arrivais pas à revenir à moi, je n'arrivais pas, mes paupières étaient trop lourdes et le lien cauchemardesque bien trop fort.
L'eau trop froide.
Les vagues trop violentes.
Et l'air manquait beaucoup trop pour permettre à mon cerveau de fonctionner correctement.
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« I have a surprise for you,
Beware, beware,
Don't go to bed, don't close your eyes. »
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Je toussais, je toussais, je crachais de l'eau et j'ouvris les yeux pour voir Jughead, totalement mouillé, au-dessus de moi. En analysant la pièce, je compris que nous étions de retour dans le cachot humide, et nos mains étaient à nouveau liées par des cordes très épaisses.
Jughead termina son bouche-à-bouche pour me ramener dans le Monde des vivants. Il fut soulagé de me voir respirer. J'étais encore sonnée, il me murmura de ramper vers le feu de la cheminé pour nous réchauffer et nous sécher.
Après plusieurs longues minutes de silence, à attendre que les flammes sèchent nos vêtements, je me relevai pour m'asseoir à côté de mon copain, en demandant :
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Jughead jeta de la paille dans le feu pour le garder actif, tout en expliquant :
- Sans surprise, tu t'es noyé. Ils m'ont empêché de te tenir sur la surface, disant que c'était de la triche. Lorsque tu es devenu toute raide, ils nous ont ramenés ici. J'ai bien cru que tu étais morte...
- Pas encore... murmurai-je.
Un bruit strident nous fit sursauter. La porte s'ouvrit à la volée et un groupe de Gardes s'approcha de nous pour nous relever et nous traîner dans le couloir sombre.
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De nouveau à l'arène, devant une piscine à nouveau calme et plate, le public et le Chasseur nous observèrent avec rage. L'homme avoua d'ailleurs :
- Nous avons fini de juger le test. J'ai bien peur que vous ayez échoué. Jughead Jones est acquitté, mais Alisone Davies est condamnée à mort pour Sorcellerie.
- NON ! hurla Jughead en essayant de se dégager de la force des Gardes.
Il avait beau gigoter comme un poisson hors de l'eau, ça n'empêcha pas les Gardes de le maintenir sur place. Le Chasseur reprit, avec sérieux :
- La mise à mort s'effectuera par épée !
Euh...
Pardon ?
Pour joindre l'acte à la parole, un de ses sbires lui apporta son épée, toujours dans son fourreau.
Jughead hurla derechef, tout en se débattant de plus belle. Impatient, le Chasseur leva les yeux au ciel en ordonnant à ses Gardes :
- Ramenez-le aux cachots !
Les trois Gardes traînèrent mon chéri jusqu'au couloir ténébreux.
Je me suis donc retrouvée seule face au Chasseur et à sa longue épée qu'il sortit de son fourreau pour l'admirer d'une façon malsaine.
Il se plaça devant moi, à un mètre à peine, et se prépara à violemment m'empaler.
J'ai fermé les yeux en espérant pouvoir les ouvrir dans l'autre Monde, dans lequel mon corps dormait toujours aussi profondément, malgré les secousses involontaires que mon corps envoyait pour me réveiller.
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« I know the words, I know when to say them,
You're where I want you,
I know the words, I know when to say them,
You're where I want you. »
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Au moment où le Chasseur s'apprêtait à me tuer, devant une foule en délire, un coup de feu d'une arme retentit, et son écho ricocha sur les parois de l'arène. J'ouvris les yeux pour voir la balle toucher la lame de l'épée, qui vola en éclats en quelques secondes.
Le Chasseur parut tout aussi surpris que moi. Je tournai ma tête vers la gauche pour découvrir un groupe d'alliés.
Mes amis.
Les amis de Jughead et moi.
D'ailleurs, Jughead réapparut dans l'arène, les mains libres de ses liens, et courut vers moi en souriant. Essoufflé, il me dit simplement :
- Alisone, c'est l'heure du chaos.
Je souris à mon tour en posant mes yeux sur mes liens, pour murmurer :
- Liese duru rýne.
Mes iris prirent une teinte dorée le temps du sort, les cordes se détachèrent par magie et le Chasseur hurla :
- SORCELLERIE !
Jughead se posta à mes côtés lorsque je me suis mise à hurler :
- Awendaþ eft wansæliga neat !
Après que mes iris deviennent couleur or, le Chasseur voltigea dans les airs pour atterrir avec douleur et fracas devant les gradins.
Le public cria de peur et ils décidèrent de partir aussi rapidement que possible, se bousculant, se marchant dessus et en se cognant les uns contre les autres.
Seuls les Gardes conservèrent un semblant de dignité et de courage.
Malheureusement pour eux, nos quatre amis armés se dirigèrent vers Jughead et moi.
Pendant que certains tiraient des balles dans les jambes des ennemis, Jughead distribuait des crochets du droit, tandis que moi, je récitai avec de plus en plus de rage :
- Ar-focraim uait, asndot-roilce !
Quelques Gardes voltigèrent jusque dans la piscine.
D'autres tenaient leurs genoux en sang.
Et d'autre encore restèrent KO au sol.
Jughead me prit par la main, en m'ordonnant presque :
- Alisone, réveille-toi.
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Puis, je me suis réveillée.
Bon, toujours avec difficulté, parce que j'étais réellement KO et que mes paupières ne souhaitaient pas vraiment s'ouvrir.
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Chanson : 'Bundy' par Animal Alpha.
04.09.2022
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