Auteur : kitsu34

Origine : Saint seiya (série originale)

Couples : Aucun ou de nombreux couples, au gré des idées.

Disclaimer : Rien à moi dans l'univers de Saint Seiya qui appartient à son auteur. Je ne revendique que le monde de Iéranissia.

Note : un petit texte sur le chapitre 3 – Aube de I Kato Volta. Je pense qu'il vaut mieux avoir lu le chapitre avant ce petit texte pour bien comprendre qui est Thisséas.

Bonne lecture à tous^^.

Iéranissia au quotidien

Chapitre 3 – Retour

« Les mecs ! Regardez qui voilà !

- Whaouuu, Thisséas ! Ça faisait un bail ! »

Claudiquant encore un peu, Thisséas hâta le pas. Il arrivait enfin chez lui !

Après des semaines à l'hôpital Evangelismos d'Athènes pour les soins d'abord puis la rééducation ensuite, il pouvait enfin regagner le Sanctuaire. Le médecin lui avait même promis qu'avec des efforts et de la régularité, il pourrait reprendre bientôt son entraînement de chevalier. Alors il s'était battu pour recouvrer son état physique initial. Et ça avait marché ! Il avait pu rentrer…

Accompagné de son maître, venu le chercher à Athènes, il avait repris avec émotion ce ferry de la nuit, qui aborde à Iéranissia au petit matin, comme six ans auparavant, lors de son arrivée sur l'île. En montant du port jusqu'à Rodorio, il n'avait pas résisté à faire un crochet par l'école du village pour revoir ses camarades. Son maître avait accepté dans un sourire avant d'ajouter qu'il l'attendrait sur l'agora dans une heure.

Lorsque Thisséas avait atteint la petite école à la sortie du village, la récréation venait de sonner et les élèves sortaient de la salle de classe. Les apprentis aussi. L'un d'entre eux l'avait pointé du doigt et tous s'étaient précipités pour l'accueillir. Et ils étaient là, souriant, en cercle autour de lui, les yeux brillants, à lui poser des questions, à lui taper gentiment sur l'épaule. Et ça faisait chaud au cœur, vraiment...

Thisséas sentit son regard s'humidifier et releva brusquement la tête en écarquillant les yeux pour dissimuler son émotion.

« Alors, que s'est-il passé depuis mon départ ? Quoi de neuf ? »

Les autres apprentis se regardèrent avec embarras semblait-il, et aucun ne voulut répondre. Surpris, Thisséas les dévisagea les uns après les autres avec insistance.

« Quoi ? Qu'est-il arrivé ? Où sont les autres ? Théo ? Simon ? Holger ? Petros ? Je suis le premier à revenir ?

- Théo ne reviendra pas. Il a perdu un bras. Il est rentré chez lui, en France. Ses parents sont venus le chercher.

- Simon non plus ne reviendra pas. On ne l'a même pas revu. Nos maîtres nous ont juste dit qu'il repartait en Angleterre.

- Holger, on sait juste qu'il s'est mal réveillé du coma artificiel dans lequel ils l'avait plongé après l'opération. Il ne reviendra pas de sitôt, m'a dit mon maître. S'il revient...

- Et Petros ?

- On ne sait pas. Pas de nouvelles... »

Thisséas regarda sans le voir réellement le garçon qui venait de lâcher cette réponse lapidaire à voix presque basse. Il se sentait sonné. Ses amis… Ses camarades d'entraînement et de douleur… Il ne les reverrait plus. Le silence était tombé sur le petit groupe et l'abattement avait douché la joie des retrouvailles. Thisséas peinait à retrouver le sentiment de la réalité quand soudain la porte de la petite école s'ouvrit.

Il releva la tête et sa vision, assombrie par le chagrin, s'éclaira. Un garçon d'une dizaine d'années descendait légèrement les quelques marches du perron qui menaient à la cour. Un cosmos rayonnant, puissant comme un fleuve en crue qui emporte tout sur son passage, le précédait. Grand et élancé pour son âge, il avait une abondante chevelure d'or pâle éclatante, qui lui arrivait aux épaules et qui l'illuminait. Son visage aux traits parfaits était d'une beauté pure, comme celle des statues. Mais ce que Thisséas avait toujours préféré était ses yeux d'océan, en amande, aux vagues profondes et envoûtantes.

Saga. Si lui était toujours là, alors tout allait bien...

Soudain pénétré de joie et de la certitude inébranlable d'être de retour, malgré tout, parmi les siens, Thisséas allait s'élancer vers Saga quand il se figea net.

Juste derrière apparaissait un autre garçon, plus jeune et plus petit. Un enfant à la peau pâle et aux cheveux de jais qui se répandaient en boucles sauvages et désordonnées sur son cou gracile. Un garçon au regard vert sombre profond. Un regard de jade qui l'avait hanté durant ses semaines de calvaire, à l'hôpital. Un regard dans lequel il avait lu avec délectation de la détresse et de la peur, puis avec appréhension de la force et de la rancœur brûlante. Et finalement ces yeux de jade ourlés de cils noirs interminables, ces yeux de poupée, l'avaient terrifié quand ils avaient dardé leur regard assombri de haine froide et dévastatrice sur lui.

Et l'enfer s'était déchainé.

Les cris, les hurlements de peur et de douleur, les supplications... L'odeur de la chair qui brûle, le grésillement de l'air qui fond, le claquement de la pierre qui explose… Et la souffrance, vive, insupportable, à rendre fou… Le transfert par hélicoptère, l'hôpital, les odeurs de médicaments et de douleur humaine, les perfusions, les soins... La souffrance, toujours là, tapie, sournoise...

Thisséas sentit son coeur s'emballer dans sa poitrine et se heurter douloureusement aux parois de son corps. La respiration lui manqua et le froid le saisit. Il se tassa sur lui-même et ses amis inquiets voulurent l'aider et le soutenir. Mais il les repoussa tous, violemment.

« Barrez-vous ! J'ai pas besoin de vous ! »

La vérité, c'était qu'il crevait de peur et de honte. Il avait eu le temps d'y penser, à ce jour terrible, coincé sur son lit d'hôpital, toutes ces semaines. Et puis il y avait eu la visite. Celle de son maître. Il n'était venu qu'une fois, le vieux.

« Je suis heureux que tu sois en vie, Thisséas. Même si, à mon sens, tu aurais mérité de mourir ce jour-là. Tu as commis une faute impardonnable, indigne d'un chevalier. Si tu décides de revenir au Sanctuaire une fois remis, je doute que tu puisses devenir un jour chevalier. Ou alors, il va te falloir faire un grand travail sur toi et changer profondément. En seras-tu capable ? Je ne sais vraiment pas. Réfléchis-y pendant que tu te trouves ici. Ressens en toi, dans ton corps, ce que tu as infligé à d'autres et tâche de répondre à ces questions : est-ce un comportement digne d'un chevalier d'Athéna ? Est-ce un comportement digne d'un être humain ? Comment puis-je racheter le mal que j'ai fait ? »

Thisséas resserra ses bras autour de lui, en protection, tandis que le sentiment de panique s'accentuait à mesure qu'il voyait, bizarrement floues et déformées, les deux silhouettes antithétiques se rapprocher rapidement de lui. Son esprit se débattait comme un animal pris au piège, de façon irrationnelle, pour s'enfuir, se soustraire à ce contact terrifiant. La main blanche et frêle, si faible en apparence, se tendit vers lui tout à coup et le grondement de son cœur aux abois foudroya Thisséas. La terreur le posséda, sa respiration se bloqua. Il n'eut que la force de fermer les yeux.

« Thisséas… Je suis tellement heureux que tu sois de retour et que je puisse te le dire. Pour tout ce que j'ai fait, je te demande pardon. Sincèrement et profondément, je te demande pardon. J'ai fait quelque chose d'affreux, d'indigne. A partir de maintenant, je vais faire tout ce que je peux pour réparer, non pas ce que j'ai fait, ça, ce n'est pas possible, mais les conséquences de ce que j'ai fait. On ne sera sans doute jamais copains, mais j'espère qu'un jour tu pourras me pardonner, sans haine. »

L'adolescent rouvrit les yeux, étreint par une multitude de sensations et de sentiments divers qui déferlaient tous en même temps sur lui, indistinctement. Soulagement, crainte encore, amertume, honte, étonnement, colère, et au milieu de tout cela, une émotion étrange, qu'il peinait à nommer…

Aiolos, arrêté à un mètre de lui, tête et buste baissés, main sur le coeur, avait prononcé ces mots avec solennité et gravité. Il releva brusquement la tête, le regard de jade s'ancra dans le sien et Thisséas frissonna. Les yeux vert sombre n'étaient plus hostiles. Leur regard avait changé. De dur et dédaigneux qu'ils étaient auparavant, dans les souvenirs de l'adolescent, ils étaient devenus limpides et sereins. Bienveillants. Ouverts.

Aiolos avait changé, lui.

L'émotion étrange s'accentua. Il venait de le remarquer. Aiolos portait la tunique bleue bien connue, des apprentis. Il avait été accepté pour une armure. Il serait un jour chevalier.

L'émotion nouvelle coula lentement le long de sa gorge et se logea dans son ventre, boule chaude irradiante. La vue le heurta brutalement, sans qu'il y soit préparé. En retrait de son ami, Saga le regardait intensément. Ce que Thisséas lut dans le regard de mer profonde, c'était ce qu'il avait toujours voulu y lire à son égard. De la fierté, de l'admiration et autre chose, à peine naissant, qui lui fut soudain insupportable. Il rompit le contact avec Aiolos, fit quelques pas en arrière en secouant négativement la tête, sous les regards peinés des autres.

Aiolos ne se troubla pas, ne se départit pas de cette radiance chaleureuse insupportable qui semblait à présent le définir. Il sourit juste, simplement. Et en partant, passant près de lui, il lâcha ces quelques mots, doucement.

« Un jour, Thisséas. Je ferai ce qu'il faut. Quand tu veux. C'est toi qui décide. »

Puis, Saga posa sa main sur l'épaule de son ami et les deux garçons s'éloignèrent tranquillement. La pulsation chaude et vibrante au creux de son ventre était toujours là. Il devait savoir.

« Je vois qu'Aiolos a été accepté comme apprenti. Quelle armure a vibré pour lui ? »

Un éclat de rire retentit, pur et clair comme un chant d'oiseau. Un rire de cristal, léger et heureux. Saga riait. La chaleur dans son ventre se précisa et Thisséas put enfin la nommer.

« Il a été reconnu par… L'armure d'or du Sagittaire… »

Oui, Thisséas savait à présent quelle était cette émotion étrange qui le hantait et pulsait au fond de lui.

C'était la jalousie.