Auteur : kitsu34

Origine : Saint seiya (série originale)

Couples : Aucun ou couples variés, au gré des idées.

Disclaimer : Rien à moi dans l'univers de Saint Seiya qui appartient à son auteur. Je ne revendique que le monde de Iéranissia.

Note : Toujours Thisséas (le pauvre^^) dans le tandem Saga x Aiolos...

Bonne lecture à tous^^.

Iéranissia au quotidien

Chapitre 4 – Agression

« Je peux savoir ce qui t'a pris, Saga ? Tu as gravement blessé mon apprenti ! »

Saga baissa la tête en se mordant la lèvre inférieure. Le chevalier d'argent de l'Aurige le surplombait de toute sa hauteur, bras croisés, l'air mauvais. Et le grand Pope le toisait de son visage de métal inexpressif.

« J'en ai vraiment ras le bol de vos gamineries ! Quand je pense que toi et Aiolos êtes sensés devenir chevaliers d'or ! Avec une maîtrise pareille, sauf votre respect, Majesté, on a du souci à se faire sur la future génération !

- De quoi accuses-tu exactement mon apprenti, Pavel ?

- Tu plaisantes, Bias ! Par manque de contrôle, ton vaurien a assommé brutalement Thisséas, à tel point qu'on vient de le transférer à l'hôpital, inconscient ! Les docteurs lui fontt passer un scanner et ils craignent un coma !

- Saga… Ce que vient de dire le chevalier de l'Aurige est-il vrai ? »

Saga frémit en entendant la voix grave du Grand Pope. Le monarque semblait déçu, plus qu'en colère. Et c'était encore pire, songea le garçon en sentant ses yeux le piquer et sa gorge se nouer. Il risqua un coup d'œil vers son maître dont la haute stature projetait une ombre menaçante à côté. Visiblement le chevalier du Burin était en colère. Mais le garçon releva la tête et darda son regard d'océan en furie sur Bias qui tressaillit légèrement. Une pression cosmique s'appesantit sur lui et Saga reconnut la puissance du Grand Pope sonder son être. Il serra les poings avec force.

Ce n'était pas sa faute ! Thisséas était le coupable ! Il n'avait faire que se défendre ! La colère blanche tordait son ventre avec rage. Ce… Cet espèce de… Le regard assombri, habité de vagues terrifiantes, Saga se tourna vers le chevalier de l'Aurige qui tiqua sous la violence des yeux d'océan.

« Non, ce n'est pas vrai !

- Comment oses-tu mentir aussi effrontément ! Nous t'avons tous vu ! Tu as frappé Thisséas sans lui laisser le temps de se mettre en garde !

- Oui, c'est vrai. Mais je n'ai pas manqué de maîtrise. Je l'ai frappé exactement comme je voulais le frapper. Ni plus ni moins. »

Bias regardait attentivement son apprenti. Sa posture pleine de défi, son visage contracté de rage froide, son cosmos irradiant de fureur et de puissance qui se dressait massivement face à l'Aurige. Il était très surpris : Saga ne se fâchait jamais de façon aussi brûlante. La puissance de son apprenti était une absolue certitude pour le Burin, mais à son grand dam, son écœurante douceur d'esprit également. Qu'avait donc bien pu faire cet imbécile de Thisséas pour que Saga se mette pareillement en furie ? Ce serait à creuser...

« C'est encore pire si tu l'as frappé ainsi en pleine conscience ! Grand Pope ! C'est inadmissible !

- Oh, mais je t'en prie, Pavel. Saga n'a commis aucune faute.

- Quoi ? Qu'oses-tu dire ? Ton apprenti a abusé de sa force et tu ne le réprimandes pas ? Je n'arrive pas à croire ce qui est en train de se passer ! Majesté, j'en appelle à votre clairvoyance !

- Vois-tu, Pavel, sur ce point, nos avis divergent. Saga a fait usage de sa force, c'est vrai, mais la faute en revient à Thisséas qui n'a pas su se défendre. C'est lui qui est faible et n'a pas sa place face à Saga ! »

Un grondement consterné monta des rangées d'apprentis et de maîtres de bronze ou d'argent qui assistaient à la scène, et le masque de métal du Grand Pope lança un éclair de lumière sinistre. La réprobation générale ne sembla pas atteindre Bias du Burin, qui se tourna vers l'assemblée, la parcourant d'un regard acéré et méprisant. Tous les chevaliers présents baissèrent la tête sans oser l'affronter directement. Bias était connu pour sa dureté et son excellence au combat. Après tout, il avait failli devenir chevalier d'or des Gémeaux et en possédait les arcanes destructrices. Mais le blâme tissait l'atmosphère ambiante et enserrait Saga comme un suaire. Il se sentait mal à l'aise et réalisait aux réactions des autres à quel point celle de son maître était contraire à l'éthique. Perdu dans ses pensées, agité entre la conscience de son droit et la manifestation accusatrice dont il était le point de mire, il eut un haut le corps en sentant la main lourde de Bias peser brusquement sur son épaule.

« Félicitations Saga. Je suis fier de toi, enfin. Tu te comportes finalement comme un chevalier digne de ce nom !

- Il suffit, chevalier du Burin ! Chevalier de l'Aurige et toi, Bias, je voudrais vous parler. Suivez-moi. Saga, reste ici et attends nous.

- A vos ordres, Majesté.»

Les deux chevaliers d'argent s'agenouillèrent puis se relevèrent et suivirent le souverain. L'hostilité se fit plus intense et Saga regarda partir Bias à la suite du Grand Pope, presque avec regret, pour la première fois de sa vie. Ils sortirent de l'arène et le garçon resta seul, au centre, point de mire de tous. Il jeta un regard incertain autour de lui, mais tous les maîtres présents lui lancèrent des regards peu amènes et empoignèrent plus ou moins doucement leurs apprentis et les entraînèrent. Bientôt l'arène se trouva déserte et Saga baissa la tête vers le sable blanc. Il donna un grand coup de pied dans une pierre et la projeta contre les gradins. Il n'avait rien fait de mal ! C'était Thisséas le fautif ! Pourquoi le condamnait-on sans l'entendre ? Il envoya un second morceau de roche par delà le mur de gradins, puis il s'assit dans le sable, contre le montant de pierre, malheureux.

Est-ce qu'il n'avait pas fait ce qu'il fallait ? Thisséas avait-il le droit de faire ce qu'il avait fait ? Le regard d'océan s'anima à nouveau de puissantes vagues. Non. Non, il avait eu raison ! Alors pourquoi tout le monde lui tournait le dos sans même l'entendre s'expliquer ?

Des pas précipités le tirèrent de ses pensées douloureuses. Il releva la tête se rendant compte qu'il était resté assis à terre de longs instants, perdu en lui-même. Son visage s'éclaira quand il vit Aiolos qui courait le rejoindre.

« Saga ! Saga ! J'ai croisé Ethan qui m'a raconté ! Maître Chrysos m'a permis de venir te voir ! »

Aiolos se laissa tomber à genoux dans le sable blanc à côté de lui et le regarda attentivement de ses yeux de jade. Un puissant frisson parcourut Saga. Enfin un regard ami qui ne le jugeait pas ! La chape lourde qui broyait son cœur s'allégea un peu et il respira mieux.

« Dis-moi, Saga, Ethan m'a dit que tu avais blessé Thisséas exprès et que tu l'avais frappé vraiment fort. C'est vrai ?

- Oui, c'est vrai.

- … Tu sais, à moi, tu peux le dire, si tu n'as pas réussi à te contrôler. Ça arrive de perdre le contrôle.

- Iolos, je n'ai pas perdu le contrôle. Je voulais lui faire mal ! Je voulais lui fracasser la tête !

- Saga ! Mais… Mais pourquoi as -tu fait cela ? Il y a forcément une raison ! Je te connais, tu n'es pas comme ça, toi !

- Non, il n'y en a pas. J'ai juste eu envie de lui rétamer sa gueule de gros connard, à ce gros dégueulasse ! C'est tout… »

Saga se mordit à nouveau la lèvre inférieure avec force. Il sentit le goût métallique dans sa bouche et étrangement cela lui fit du bien. Il mordit plus fort, presque avec plaisir.

« Saga ! Arrête ! Qu'est-ce que tu fais ? Tu saignes !

- Tant mieux !

- Arrête ! Qu'est-ce qui te prend ?

- Laisse-moi tranquille ! Je fais ce que je veux !

- Mais tu es en train de te blesser !

- Et alors ? Si j'en ai envie ? Laisse-moi, Iolos ! C'est mon corps !

- Que ? Saga ? »

Interdit, repoussé violemment des deux mains, Aiolos fixait son ami sans comprendre. Qu'arrivait-il à Saga ? Cette violence, y compris contre lui-même… Cette rage blanche qui tordait sa lumière habituellement si stable et éclatante… Cela lui rappelait sinistrement quelque chose… Une partie de lui et de sa vie, une rage violente et dévastatrice qu'il aurait voulu oublier avec ferveur, mais qu'il savait devoir assumer pour les dégâts qu'elle avait occasionnée autour de lui. Avec douceur, il saisit les poignets de Saga et tenta de capturer le regard d'océan fuyant, qui se cachait sous les mèches blondes éparses s'échappant de la tresse défaite.

« Saga ? Est-ce que tu es en colère contre Thisséas ?

- Je… Oui…

- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il a fait ?

- Il… Je… Je ne peux pas te le dire.

- Promis, je ne le dirai à personne ! Mais il faut que tu me le dises, je ne peux pas croire que tu te comportes comme Bias ! »

Saga releva la tête, soudain blême.

« Comment peux-tu dire ça, même pour rire, Aiolos !

- Alors parle-moi. Je suis ton ami, Saga. A qui d'autre est-ce que tu peux parler, si tu ne me parles pas ?

-…

- Ou alors, c'est qu'en fait, je ne suis pas vraiment ton ami…

- Non Iolos ! Tu n'as pas le droit de dire ça ! Tu n'as pas le droit de m'abandonner comme ça ! Pas toi !

- Alors parle ! Dis-moi ce qu'a fait Thisséas !

- Dans… Dans les vestiaires, il m'a dit qu'il avait un truc à me dire… Mais qu'il… ne pouvait pas parler devant les autres. Il m'a entraîné dans les douches. Moi, bien sûr, je l'ai suivi... Comment j'aurais pu me douter ? Pauvre con… Maître Bias a raison… Je suis vraiment trop con... Il a fermé la porte et j'allais lui demander pourquoi et là… là… »

La voix de Saga se perdit dans les mèches cendrées de ses cheveux et Aiolos tendit vainement l'oreille. Il ne comprit pas le murmure inaudible qui remplaça les paroles de son ami. Sans vraiment comprendre ce qu'il s'était passé, il comprit instinctivement que c'était grave et un froid inquiétant et malsain se répandit en lui. Il sentait obscurément que quelque chose touchant à l'intime s'était produit.

« Que s'est-il passé, Saga ? Qu'a fait Thisséas ?

- Il… Il m'a… embrassé…

- Quoi ? »

Les deux garçons se regardaient, éperdus. Aiolos ne put s'empêcher de fixer la bouche meurtrie de Saga qui saisissant le regard de son ami, se mit à frotter de façon frénétique ses lèvres, accentuant les déchirures, faisant couler le sang. Affolé par ses gestes, Aiolos saisit ses mains pour l'arrêter.

« Ne fais pas ça ! Tu aggraves les choses !

- Mais c'est dégoûtant ! Dégoûtant ! Je suis un garçon aussi ! Je suis sale maintenant...

- Non ! Tu n'es pas sale et tu n'as rien fait ! C'est Thisséas qui est dégoûtant ! Pas toi…

- Je ne voulais pas… Je n'avais pas compris ce qu'il voulait faire… J'aurais dû l'arrêter, mais… Mais… Je n'ai pas pu…

- Saga…

- Je lui ai dit non ! Je te jure ! Je lui ai dit ! Mais il ne s'est pas arrêté et moi… Moi… Je n'arrivais pas à bouger. C'était comme si j'étais hors de mon corps et je regardais… Je ne comprends pas… Je suis pourtant bien plus fort…

- Saga… Il t'a seulement… embrassé, hein ?

- Non… Il… Il m'a touché… aussi.

- Touché ? Il t'a touché où ?

- Partout… Il a glissé ses mains sous mes vêtements…

- Partout… Tu veux dire, dans ton pantalon aussi ?…

- Aiolos, je ne peux pas t'en dire plus. Je ne peux pas, vraiment... »

Aiolos tendit maladroitement les bras vers son ami, puis se ravisa. Et si Saga interprétait mal son geste ? S'il pensait qu'il voulait faire comme Thisséas ? Il hésitait quand une masse de cheveux blond clair vint lui chatouiller le visage tandis que deux bras se nouaient autour de son corps. Sans hésitation, il rendit fortement l'étreinte. Saga tremblait légèrement contre lui et, dans l'étreinte, la chaleur qu'elle générait en lui, environné de l'odeur de Saga qui l'enivrait, Aiolos sentit un trouble puissant venu des profondeurs de son être monter et se répandre avec une force tranquille et impérieuse, impossible à arrêter. Il frissonna lui aussi et cligna des yeux à plusieurs reprises comme ébloui par une radiance soudaine et foudroyante. Inclinant la tête et la dissimulant avec délices dans la chevelure blonde cendrée, il ferma alors les yeux sur ce vertige soudain et se laissa plonger en lui-même, captivé par ce moment étrange.

Derrière les montants de l'arène, dissimulés aux regards des deux garçons, quatre hommes se regardèrent. Le Grand Pope toisa le chevalier d'argent de l'Aurige qui s'était assombri durant le dialogue d'Aiolos et Saga. Il semblait très affecté par ce qu'il venait d'entendre et luttait visiblement pour maîtriser une colère naissante redoutable.

« Pavel de l'Aurige, je pense que tu as compris que les torts ne sont pas ceux que tu pensais à l'origine. Je t'accorde une heure pour rendre visite à ton disciple et t'assurer de son état dont tu me rendras compte, puis tu viendras me rejoindre au bouleuthérion afin que nous statuions sur ce qui vient de se passer.

- Oui, majesté.

- Bias du Burin, ton apprenti n'a effectivement pas commis une faute aussi lourde que nous le pensions. Ceci dit, il sera chevalier d'or un jour et doit apprendre à gérer ses émotions. Il va également falloir lui expliquer certaines… choses. »

Sous son masque, Shion aurait presque pu éclater de rire devant l'air déconfit du Burin, si les choses n'avaient pas été si graves pour un jeune garçon de onze ans. Bias semblait positivement terrifié à l'idée de parler de puberté et de sexualité avec Saga. Le moment d'ailleurs ne manquerait pas de… saveur, si Shion allait par là. Mais il eut pitié du jeune garçon. Il avait besoin de soutien et de bienveillance dans un moment aussi traumatisant de sa jeune existence. Le Grand Pope se tourna vers Chrysos.

« Merci d'avoir répondu aussi vite à l'appel et d'avoir accepté d'envoyer Aiolos tenter d'aider Saga à parler, Chrysos.

- C'est naturel, Majesté. Je n'oublie pas l'aide de Saga pour Aiolos, l'année dernière. Et puis je l'aime bien, ce garçon.

- J'en suis heureux Chrysos, car il va falloir aussi que tu parles à ton apprenti sur ce qui vient de se passer et qu'il a entendu.

- Naturellement, Majesté. Aiolos doit se poser de nombreuses questions.

- Oui et Saga aussi. Peut-être peux-tu faire d'une pierre deux coups et leur parler à tous les deux ?

- C'est une excellente idée, majesté ! Vraiment ! Chrysos sera parfait pour ce genre de conne… enfin je veux dire, tu seras parfait Chrysos ! Tu es un pédagogue né, tout le monde le dit ! »

Cette fois, caché derrière son masque, Shion pouffa discrètement tant le soulagement du Burin était perceptible dans sa voix. Dommage, l'instant magique n'aurait pas lieu… Ceci dit, cela valait mieux pour Saga. Tant est qu'il ait besoin d'une autre aide… Et le regard de crépuscule du Grand Pope embrassa avec émotion les deux garçons enlacés, nimbés d'une bulle de cosmos imperceptible à tout autre que lui, si parfaite qu'elle en devenait douloureuse d'harmonie. Lentement, caché par son masque, Shion poussa un soupir attendri et nostalgique. Il avait connu cela, lui aussi, cette complétude si étroite qu'on a l'impression de n'être qu'un…

Un visage ouvert et rieur, au charme espiègle solaire, au regard vert pétillant d'une vie invincible et communicatrice passa devant ses yeux pensifs et se superposa aux deux garçons dans le soleil de l'arène.

Ces deux-là s'étaient bien trouvés. Comme lui et Dohko, autrefois…

oOoOo