Auteur : kitsu34
Origine : Saint seiya (série originale)
Couples : Aucun ou couples variés, au gré des idées.
Disclaimer : Rien à moi dans l'univers de Saint Seiya qui appartient à son auteur. Je ne revendique que le monde de Iéranissia.
Note : Petit chapitre de fin d'année, tourné vers l'espoir (je ne sais pas vous, mais j'en ai bien besoin personnellement ^^ ) et centré sur un Oc que j'aime beaucoup…
Bonne lecture à tous^^.
Iéranissia au quotidien
Chapitre 6 – Pardon
La saison touristique battait son plein. L'été grec, étouffant sur le continent, prenait un caractère plus aéré, presque rafraîchissant dans les îles. Les ferries chargés de touristes se succédaient les uns aux autres et l'activité était à son maximum à Rhodes. Après l'hiver long et morose, l'été s'annonçait superbe. Le Patron secoua la tête et contempla avec satisfaction sa terrasse ombragée de charmilles, noire de monde. Il n'y avait plus une place de libre. Les langues du monde se mêlaient les unes aux autres et les visages aux peaux et aux traits caractéristiques des différents endroits du globe s'harmonisaient entre eux, formant un kaléidoscope de couleurs qui réchauffait l'âme. L'humanité était encore capable de paix et de tolérance, parfois.
Le Patron se frotta les mains et jeta un coup d'œil à ses serveurs qui allaient et venaient sans discontinuer et à la rue pleine de monde qui ne désemplissait pas. Les gens s'arrêtaient souvent devant sa carte et son comptoir qui donnaient sur la rue et lançaient un regard plein d'espoir vers la terrasse avant de se rendre compte qu'il n'y avait pas de place pour eux.
Allons, il allait devoir s'y mettre également. Les gars n'allaient pas suffire avec cette foule. Décrochant un tablier et s'en ceignant la taille, il attrapa un calepin et quitta l'obscurité du bar, à l'intérieur du restaurant. Passant devant le comptoir qui ouvrait sur la cuisine, il sonna un coup de clochette et un visage, surmonté d'une charlotte blanche, apparut. Ce visage appartenait au chef, un jeune homme d'une trentaine d'années, aux traits résolument méditerranéens.
« Takis, je vais épauler Panos, Costas et Alexis : avec ce monde, ils ont du mal.
- Oui, et puis ce n'est pas comme si tu n'adorais pas ça, hein ? »
Le Patron sourit sous le regard taquin du chef et son clin d'œil complice. C'était vrai. Il adorait positivement se retrouver au contact des gens, parler avec eux, échanger et apprendre sur leur quotidien de bout du monde. C'était comme une fenêtre ouverte sur les peuples différents, et pourtant si semblables au fond, de la planète. Oh oui ! Il adorait cela... Il avait toujours adoré cette mixité à laquelle il avait été habitué depuis son enfance... Là-bas…
Son cœur se serra brusquement. La nostalgie et une pointe vive, toujours douloureuse malgré les années, le traversa fugitivement. Les yeux sombres de Takis le fixèrent, soudain attentifs, et semblèrent s'assombrir encore. Pour tromper son attention et le détourner de sa peine soudaine, le Patron lui adressa un sourire tendre et tendit la main à travers la lucarne de la cuisine, caressant légèrement, d'un geste furtif étonnamment rapide, la pommette mate. Le chef sourit à son tour et surveillant les alentours du regard, lui adressa un baiser de pantomime avant de se replonger dans la frénésie du coup de feu.
« Allez les gars, tenez bon les renforts arrivent !
- Ah merci, Patron ! C'est la folie, ce midi. On n'y arrive plus !
- Oui, quatorze heures, c'est toujours difficile, mais là, aujourd'hui… Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais c'est dingue !
- Allez, allez, on ne se relâche pas, on tient bon !
- Oui, Patron ! »
Ragaillardis par son arrivée et son entrain, Panos, Alexis et Kostas replongèrent avec le sourire au milieu des tables, circulant rapidement, plateau à la main, déposant là une carafe d'eau, là des couverts, prenant les commandes, courant les transmettre à la cuisine. Armé de son calepin, le Patron prenait une commande, quand Alexis, fébrile et le souffle court, visiblement en proie à une émotion forte, vient le trouver et lui murmura quelques mots à voix basse. Il tressaillit, hésita et rassura le jeune homme. Ces clients-là, il s'en chargerait lui-même.
Soulagé, le garçon le remercia brièvement et retourna à son service, tandis qu'il gagnait le côté de la salle qui menait à la charmante ruelle, sur le côté du restaurant, un peu plus discrète que la rue passante et touristique qui bordait la terrasse. Avant de sortir, du coin de l'œil, il capta le regard noir de Takis, un regard chargé de peur, presque de détresse, qui le secoua jusqu'au plus profond de lui-même. Plongeant dans ses profondeurs, écoutant la voix secrète de son énergie, comme il l'avait appris, il y avait si longtemps, il s'abîma un instant en lui-même. Lorsqu'il releva la tête, soudain habité d'une résolution et d'une force inébranlables, il se dirigea d'un pas ferme vers la ruelle. Allons, il était temps, à présent, de tourner la page.
Ils étaient là, habillés en civil, incroyable chevelure nouée sagement et lunettes de soleil. Il frémit longuement en les voyant et son cœur s'accéléra puissamment tandis que les paumes de ses mains devenaient moites. Il frémissait toujours quand l'un d'entre eux venait dans son restaurant, de toute façon, mais là, le frisson était décuplé.
Heureusement, cela arrivait très rarement que l'un d'entre eux vienne. La première fois, d'ailleurs, il n'avait pas pu s'occuper lui-même de ce client spécial. Il avait battu en retraite dans les profondeurs de la cuisine et de l'arrière-cour. Cela faisait trop mal…
C'était ce jour-là, d'ailleurs, que Takis, surpris de son trouble, l'avait rejoint et avait appris pour son passé. Après le service, une fois le chevalier parti, ils avaient parlé longuement, une grande partie de la nuit, de ce qu'il avait vécu là-bas et des raisons de son départ. L'attention bienveillante du jeune chef ainsi que sa sincère sollicitude l'avaient ému et lorsqu'au bout de la nuit, Takis lui avait souhaité un bon repos, d'une voix hésitante dans l'obscurité, avant de se rapprocher et de poser un baiser tremblant sur ses lèvres, il avait su. Et les jours, puis les nuits, qui avaient suivi, les uns après les autres, pleins de joie, de découverte et de compréhension mutuelles, de complicité, de bonheur épanoui et solide, avaient transformé ce savoir fragile et émerveillé en certitude absolue.
Sa vie avait pris un nouveau tournant ce jour-là, près de vingt-cinq ans plus tôt, mais il ne regrettait rien. Auprès de Takis, dans ce restaurant, il était à sa place. Tout était bien, en ordre. Et il était temps de clore cette première partie de sa vie, qui lui avait tant apporté, certes, mais qui appartenait résolument au passé. Malgré elle, ou plutôt grâce à elle, il était devenu l'homme qu'il était. Et il était heureux. Profondément. Intensément. Ils devaient le savoir. Et lui, le devait à l'homme de sa vie... A Takis.
Inspirant profondément, le cœur affolé, le sang battant aux tempes avec force et la gorge sèche, il accueillit ses visiteurs et se tourna vers le premier homme, d'une beauté troublante, à la longue chevelure blonde cendrée éclatante.
« Cela fait bien longtemps que je redoutais et espérais cette visite. J'ai imaginé des centaines de fois ce que j'aurais à vous dire, à tous les deux. Mais là, à l'instant, je n'ai qu'un mot qui me vient à l'esprit. Pardon. Pardon à tous les deux pour ce que je vous ai fait. Vraiment et du fond du cœur. Pardon.
- Tu n'es pas le seul qui ait ce mot à l'esprit, tu sais. C'est également celui que je voulais t'adresser depuis longtemps.
- Tu n'as pas à t'excuser ! Surtout pas toi… Je sais aujourd'hui le mal que je t'ai fait.
- Oui, mais la punition a été lourde, bien trop lourde pour la faute commise…
- Non... Elle était nécessaire pour celui que j'étais à l'époque. Et finalement, elle m'a permis de me réaliser, et de trouver moi aussi mon autre. »
Il se tourna vers les profondeurs de la salle. Sur le pas de l'arrière-cuisine, dans l'ombre fraîche, un jeune homme au regard hanté de peur le contemplait, immobile et tendu. Sachant qu'il allait effacer ce regard de détresse par ses mots, avec une joie puissante, il se tourna vers le second homme, aux yeux de jade bienveillants et ouverts.
« Je te demande pardon à toi aussi, pour ce que j'ai fait, autrefois. Je t'ai profondément haï, c'est vrai. Aujourd'hui encore, si je veux être tout à fait honnête, ce sentiment perdure, au fond. J'ai beaucoup souffert et je pensais que c'était par ta faute. J'étais incapable de me rendre compte qu'en fait c'était surtout par la mienne.
- Nous étions jeunes et nous avons tous fait des erreurs. Je t'ai fait aussi beaucoup de mal, j'en suis conscient, et je n'aurai pas trop de mon existence pour me faire pardonner.
- Non, Aiolos. Tu n'as plus besoin de rechercher mon pardon. Je te l'ai accordé depuis longtemps déjà et je suis heureux de te le dire de vive voix. J'espère que tu m'accorderas un jour le tien.
- Merci beaucoup pour tes paroles. Elles me soulagent d'un grand poids. Et moi aussi, je t'ai pardonné depuis très longtemps.
- Aiolos, il est temps de partir ou nous allons manquer le ferry.
- A vos ordres, Majesté.
- Imbécile ! Pas si fort...
- Je suis heureux de vous avoir revu. Au revoir, alors.
- Adieu, Thisséas. Que le cosmos te guide à jamais sur le chemin du bonheur. »
Thisséas se retourna vers l'intérieur. Un coup d'oeil vers Takis et son regard sombre humide. Un souffle léger de vent frais sur sa nuque. Un sourire apaisé, enfin, échangé avec le jeune chef éperdu. Tout ce pan de sa vie s'achevait.
Lorsque le Patron reporta son regard sur la ruelle ombragée, ils n'étaient plus là. Il ne les reverrait sans doute jamais. Iéranissia s'harmonisait enfin dans ses souvenirs, le constituant au même titre que tous les autres éléments de sa vie. L'image douloureuse et cruelle, qui avait longtemps régné en lui, prenant toute la place dans son esprit, se rangeait sagement parmi toutes les autres, cédant sa place à un visage émerveillé coiffé d'une charlotte blanche, aux yeux sombres et aux traits résolument méditerranéens.
oOoOo
Bonne année 2021 dans quelques heures, à tous ! Que le cosmos vous guide sur le chemin du bonheur -))
