Auteur : kitsu34

Origine : Saint seiya (série originale)

Couples : Des couples, ou non, au gré des idées.

Disclaimer : Rien à moi dans l'univers de Saint Seiya qui appartient à son auteur. Je ne revendique que le monde de Iéranissia.

Bonne lecture à tous^^.

Chapitre 11 - Malédiction ou don ?

« Il est zarbi, celui-là. Vraiment.

- Plus que toi ou moi ? Tu es sûr ? »

Le rire cristallin d'Aphrodite s'éleva dans l'air vibrant du matin, à peine teinté de rose et d'or par l'aube naissante. Angelo secoua la tête avec un mince sourire et haussa les épaules d'un air résigné. Puis il détourna la tête avec une moue perplexe quand le jeune Suédois emboîta le pas de l'étrange apprenti arrivé depuis peu au Sanctuaire. Après tout, si cela lui chantait, à Aphrodite, de faire connaissance… Lui, il n'était pas là pour se faire des amis, songea-t-il en rattrapant Saga et Aiolos qui commençaient à faire les groupes d'entraînement.

Aphrodite lança un rapide coup d'œil à la foule encadrant les deux chevaliers d'or fraîchement nommés et profita de l'attention d'Aiolos, centrée sur son petit frère, pour s'esquiver à la suite du garçon qui venait de disparaître derrière la colonnade de l'agora. Ni vu, ni connu ! Du moins, c'est ce qu'il pensait, trop occupé par sa filature, pour remarquer le sourire ironique d'yeux de jade suivant son évasion par dessus les têtes qui se pressaient autour.

« Toi aussi, tu l'as vu ?

- Et comment ! On a été comme eux, avant.

- Dit le vieux de quatorze ans ! Tu ne vas pas le chercher ?

- Non. Je pense que c'est une bonne chose pour Aphrodite, de s'attacher à quelqu'un et d'avoir enfin un ami.

- Hé, moi je suis son pote !

- Une bonne chose pour Aphrodite de s'attacher à quelqu'un d'autre, alors.

- Pauvre naze... Aie, aie !

- Tu disais, Deathmask ?

- Ah ah ah, je pense que c'est une bonne chose pour tous les deux, en fait.

- Oui, tu as raison, Saga. »

Aphrodite se coulait entre les colonnes pour ne pas perdre de vue l'apprenti, un peu plus grand que lui, qui marchait d'un bon pas. Il était intrigué. Le garçon était arrivé depuis deux semaines déjà et il n'avait parlé à personne, en aucune langue. Apparemment, d'après Saga, qui avait tenté de lui parler dans sa langue natale, il était Espagnol et s'appelait Shura. Mais voilà les seules informations dont disposait Aphrodite, et le futur chevalier d'Or des Poissons était dévoré de curiosité depuis.

Il brûlait d'envie d'engager la conversation avec le nouveau, mais ne savait pas comment s'y prendre. Aucune de ses tentatives n'avait abouti. Shura ne mordait à aucun hameçon, ne répondait à aucune sollicitation. Il ne regardait même pas les autres en face. Mais tous les matins, avant l'entraînement, il disparaissait une vingtaine de minutes avant de rejoindre les apprentis. Et Saga comme Aiolos fermaient les yeux.

Soudain, Aphrodite étouffa un léger cri et se jeta précipitamment derrière une colonne. Shura venait de s'arrêter et regardait autour de lui, sondant l'espace désert et silencieux de l'esplanade de terre et de pierre qui s'ouvrait sur le flanc de la colline pelée bordant l'agora. Une fois persuadé d'être seul, le garçon s'agenouilla à même le sol, en plein soleil levant et ne bougea plus.

Aphrodite tendit le cou, mais ne vit rien d'autre que la petite silhouette sombre, ployée comme une fleur fragile qui casse sous le poids de l'eau. Dépité, il attendit encore un instant et s'apprêtait à rebrousser chemin quand il l'entendit. Shura chantait. Ou parlait à voix basse. De là où il se trouvait, Aphrodite n'en était pas très sûr. Et dans cet environnement dur et minéral, qui répercutait les sons, même les plus ténus, avec gravité, l'instant prenait brusquement une solennité étrange.

Puis Shura se redressa et offrit son visage au soleil. Il avait les yeux clos et ses lèvres bougeaient imperceptiblement au gré des mots qu'il psalmodiait. Ce ne faut que lorsqu'il joignit les mains, qu'Aphrodite comprit.

Shura priait.

Les yeux si clairs qu'ils en paraissaient presque transparents s'agrandirent de surprise et d'intérêt et sans s'en rendre compte, Aphrodite sortit de l'ombre de la colonne qui le dissimulait au moment où Shura, sur un signe de croix ouvrit les yeux. Leurs regards se croisèrent et Aphrodite sentit un frisson inexplicable parcourir son échine et se perdre dans ses reins.

Les yeux de Shura étaient d'un noir d'encre, bordés de longs cils sombres qui soulignaient et renforçaient encore l'intensité de son regard. Et il dirigeait droit vers lui ce regard de nuit intense et grave. Car Shura ne souriait pas. Il le regardait sans concession, sans aucune tentative de séduction comme le faisaient les autres. Tous les autres. Ou presque. Angie était à part, puisque c'était son frère.

Impressionné comme jamais et soudain à court de répartie, lui dont la verve n'était jamais prise au dépourvu habituellement, Aphrodite quitta l'ombre protectrice de la colonnade et s'avança presque timidement vers le garçon aux yeux d'ombre qui se détourna mais ne bougea pas. Il se laissa tomber à genoux, sur la pierre chaude, à côté.

« Que fais-tu ? Tu pries ?

- Oui.

- Qui ? Athéna ?

- Non. Dieu.

- Lequel ?

- Le seul qui existe. Celui qui a créé le monde et qui m'impose cette épreuve afin de mesurer ma foi.

- Euh… Tu es au courant que tu es au Sanctuaire d'Athéna, là ?

- Oui. C'est en punition de mes péchés que je suis ainsi mis à l'épreuve.

- Tes péchés ? Mais quel péchés tu peux bien avoir commis à ton âge ?

- Je suis né avec cette… malédiction.

- De quoi parles-tu ?

- Je détruis ce que je touche.

- Mais ce n'est pas une malédiction, c'est seulement ton pouvoir.

- Les démons ont ce genre de pouvoirs ! Je suis un démon, ils l'ont dit et ils ont forcément raison.

- N'importe quoi ! Qui a dit ça ?

- Le Padre. Et l'exorciste.

- Quoi ? Un exorciste, carrément ! Ça existe encore, ce genre de truc ?

- Ils ont dit que savoir détruire les choses comme je le fais, c'est une malédiction et une perversion qui vient de Satan. Je brûlerai en Enfer si je ne m'en défais pas.

- Alors pourquoi tu es ici ?

- Pour supprimer cela. Ne plus être ainsi.

- Mais c'est ce que tu es. Tu ne peux pas supprimer une partie de toi, sinon, tu ne seras plus toi. »

Shura leva sur lui des yeux troublés et le regarda enfin bien en face. Et Aphrodite admira son visage pour la première fois. Tout en lui était sombre, mais d'une obscurité lumineuse, synonyme de soleil et d'été. Ses cheveux, un peu longs, lui tombaient sur les épaules en mèches souples d'ébène aux reflets bleutés. Sa peau foncée était presque olivâtre dans cette clarté aveuglante du petit matin dont la lumière blanche se répercutait sur la roche. Et ses yeux noirs et sérieux le regardaient de cet air mystérieux qui lui creusait le ventre de bulles pétillantes, comme un verre de soda.

Il était un peu plus grand que lui, mais devait avoir à peu près le même âge. Son visage, dans sa gravité d'enfant, semblait différent et plus accusé que le sien. Ses traits étaient marqués et nets, mais beaux dans leur pureté juvénile. Jamais Aphrodite n'avait vu une beauté comme celle-là, claire-obscure, découpée et hiératique. Et un soudain élan, qu'il ne comprit pas sur le moment, le poussa vers ce jeune garçon trop sérieux pour son âge. D'un geste trop vif pour que Shura le prévînt, il lui saisit la main et insuffla son énergie, créant entre eux un lien de cosmos comme son maître lui avait appris à le faire, puis de l'autre il effleura doucement la terre brûlante devant eux.

Sous le regard suspicieux, effaré puis admiratif de Shura naquit une plante qui grandit rapidement. Sur la tige d'un vert tendre apparurent des épines acérées qui se multiplièrent à mesure que des feuilles luisantes se développaient. Et au sommet de la jeune pousse vigoureuse, un bourgeon palpitant éclot, révélant bientôt une fleur pourpre aux innombrables pétales de sang. Dans la lumière impitoyable du soleil matinal, la rose sembla s'enflammer et se transformer en bouquet d'étincelles. Aphrodite lâcha la main de Shura dont les yeux de nuit brillaient d'émerveillement.

« Voici mon pouvoir. Je peux faire pousser des plantes, particulièrement des roses, et les transformer à ma guise, en remède ou en arme.

- Quel pouvoir magnifique ! C'est génial !

- Tu crois vraiment que ce don me vient de l'Enfer et de Satan ?

- Je… ne… sais pas.

- Je ne suis pas croyant du tout, mais est-ce que Dieu n'est pas à l'origine de tout ? N'est-ce pas lui qui a créé les hommes, la Terre et tout le reste ?

- Oui, c'est bien cela.

- Pourquoi alors rejeter ce qu'il t'a donné ?

- Ce qu'il m'a donné ?

- Ton pouvoir. Il t'a créé ainsi. S'il te l'a donné, il devait vouloir que tu en fasses quelque chose, tu ne crois pas.

- Je ne sais plus...

- Eh bien moi je n'ai aucun doute. Je sais que tu seras un grand chevalier. L'un des meilleurs. Et grâce à tes capacités, tu seras en mesure d'aider les autres et de faire le bien. N'est-ce pas là une volonté de Dieu ?

- Oui. Tu as raison. Comment t'appelles-tu ?

- Aphrodite, comme la déesse. Mais je suis un garçon.

- Ah, c'est dommage.

- Pourquoi ?

- Si tu avais été une fille, on aurait pu se marier plus tard. »

Le soda dans son ventre pétilla avec force et déborda. Aphrodite se mordit les joues pour se retenir de sauter au cou de Shura et l'embrasser. Il était encore trop tôt pour cela. Shura avait un long chemin à parcourir pour s'accepter pleinement, il était inutile d'en rajouter… Il soupira, déçu. Pour une fois qu'un garçon lui plaisait autant…

« Pourquoi tu sembles triste ? J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?

- Non Shura, pas du tout ! Au contraire. Mais si on ne peut pas se marier, au moins on peut être amis, n'est-ce pas ?

- Oh oui ! S'il te plaît ! Cela me ferait tellement plaisir ! »

Et cette fois-ci, Aphrodite ne se retint pas. Il jeta ses bras autour du cou de Shura et rapprocha vivement leurs deux visages, jusqu'à déposer sur la joue brune et chaude de soleil un baiser palpitant. La peau douce et tiède s'assombrit encore et un voile d'incarnat s'y répandit d'un seul coup, tandis que le regard velouté s'illuminait de paillette d'or, comme un feu d'artifice.

Absorbés dans leur contemplation, perdu l'un en l'autre, les deux enfants ne virent pas une silhouette double apparaître de part et d'autre d'une colonne.

« Ils sont tellement mignons. Shura me faisait tellement de peine et la dureté d'Aphrodite me causait pas mal de souci aussi. Mais là, on dirait deux bonbons.

- Ouais… Et Angelo va super mal le prendre… Merci de me l'avoir refilé pour l'entraînement d'aujourd'hui, hein !

- Que veux-tu, il y a un lien particulier entre vous, qu'il faut cultiver.

- Saga, espèce de… Tu vas voir si je t'attrape !

- Ah ah, si tu m'attrape, oui ! »

Les deux enfants n'entendirent pas plus le rire et la cavalcade qui suivirent. Ils étaient seuls, dans leur univers en discussion tacite l'un avec l'autre. Puis au bout d'un instant suspendu, Aphrodite se leva, tendit la main à Shura qui la saisit et il regagnèrent les rangs des apprentis, sans se lâcher la main, indifférents aux regards et aux chuchotements.

Une amitié était née.