Auteur : kitsu34
Origine : Saint seiya (série originale)
Couples : Saga x Aiolos et Kanon x Rhadamanthe
Disclaimer : Rien à moi dans l'univers de Saint Seiya qui appartient à son auteur. Je ne revendique que le monde de Iéranissia.
Note : Merci à ceux/celles lisant ces petits textes un peu spéciaux et un immense remerciement empli de gratitude à celles qui ont posté une review/mis en favori. Humblement et infiniment merci !^^
Je ne pouvais pas laisser passer l'anniversaire de mes jumeaux préférés sans célébrer cet événement. ^^
Bonne lecture à tous^^.
Iéranissia au quotidien
Chapitre 12 – Demande officielle
« Votre Majesté, une demande d'audience.
- De la part de qui, au juste ?
- Son excellence le second Juge du royaume souterrain, Rhadamanthe de la Wyverne.
- Oh ? Aujourd'hui ? Voilà qui est surprenant. Est-il seul ?
- Oui, aucune escorte.
- Je vois. Et est-il en surplis ?
- Non, Votre Majesté. En costume civil.
- Décidément, cet homme est plein de surprises… Où attend-il ?
- En bas des marches, Majesté. Dois-je le faire monter ?
- Oui, je vais le recevoir.
- Dans la salle du trône ?
- Non, dans le petit salon. Devant un thé et une collation.
- Bien, votre majesté. »
Saga retint juste à temps un léger sourire sarcastique et se recomposa un visage neutre. Pas la peine que les serviteurs se posent des questions ou ne comprennent la réalité. Même si cette entrevue n'avait rien d'officielle… Surtout pour cette raison, en fait.
Il se rendit pensivement dans la salle intime et confortable du palais qu'il affectionnait. Celle où ils se retrouvaient souvent, Aiolos et lui, après les longues et harassantes journées de travail, pour discuter durant des heures de tout et de rien. Dès l'entrée, son regard fut invinciblement attiré par la terrasse en demi-cercle qui ouvrait largement sur le Sanctuaire. C'était la raison principale de son affection pour cette pièce : la vue incroyable sur la double enceinte et le chemin des douze maisons. Les mains sur la balustrade de marbre, il se noya dans l'azur du ciel de fin de journée, légèrement blanc encore de la lumière solaire implacable de l'après midi. Plus loin, au-delà des terribles contreforts rocheux qui ceinturaient l'île, rayonnait l'azur plus sombre, ourlé de crêtes, de la mer Egée.
Il aimait cette vue. Elle lui rappelait de façon incessante la raison de son sacerdoce auprès de sa déesse et du monde humain. C'était pour cette beauté naturelle, invincible et ancestrale, qu'il se battait… C'était parfait pour l'entretien solennel qu'il pressentait.
Soudain un coup discret à la porte annonça l'arrivée du Juge. Saga se retourna vers l'intérieur de la pièce, plongeant dans la semi-pénombre qui lui fit plisser les yeux. La porte ouverte encadrait un homme à la stature puissante et à la droiture indéniable. Tout en lui respirait l'ordre absolu et le respect des règles, et une autorité naturelle, jointe à un charisme pénétrant, parachevait la perception.
Rhadamanthe de la Wyverne. Enfin.
Au vu de la situation, Saga s'attendait à cette confrontation depuis des mois. Mais le Juge avait mis plus longtemps que prévu pour se rendre. Un fugitif sourire glissa à nouveau sur les lèvres pleines. L'essentiel était qu'il ait compris et accepté, quel que soit le temps mis.
Quittant à regret son poste d'observation, le Grand Pope indiqua d'un geste de la main un siège à son visiteur. Mais celui-ci s'avança à son tour vers la vue enivrante et plongeante de la terrasse. Posant les mains sur la rambarde à son tour, il s'abîma dans la contemplation, en silence.
Lentement, pour lui laisser le temps de se remettre et de se préparer, Saga le rejoignit et s'accouda à ses côtés. Un instant atemporel passa, de ceux dont la durée semble élastique, qui peuvent exister quelques secondes ou des heures sans que leur intensité ne varie.
Quelques oiseaux tournoyèrent dans le ciel pâle de lumière puis s'élevèrent vers les cieux en poussant de bref cris perçants. Une senteur de rose monta jusqu'à eux, portée depuis le douzième temple par la brise légère d'un vent chaud.
Et Saga, fermant à demi les yeux sous l'harmonie de l'instant présent, parla, presque à voix basse.
« Ravi de vous rencontrer enfin, Juge de la Wyverne. Ceci dit, je ne vous attendais pas en entrevue protocolaire, au Sanctuaire même, ce jour en particulier.
- Cela m'a paru approprié. Et nécessaire.
- Oui, je comprends. Est-ce au Grand Pope que vous vous adressez ?
- Non. Pas seulement. Je m'adresse aussi au chef de famille.
- Je vois. Kanon sait-il que vous êtes ici ?
- J'ai évoqué le sujet, mais je ne l'ai pas prévenu de ma visite aujourd'hui.
- Pourquoi ?
- Il s'est mis en colère et est parti en claquant la porte.
- Oui, cela ressemble bien à mon frère. »
Rhadamanthe se tourna vers lui et ils se regardèrent longuement en silence à nouveau. Dans les pupilles d'or fondu, Saga lut une sincérité et un respect absolu. Un dévouement et un amour sans bornes aussi. Un pincement léger le traversa soudain. Il accorda à nouveau son attention à la vue qu'il ne voyait pourtant plus. Etait-ce la fin de la complicité difficilement retrouvée et reconstruite entre Kanon et lui ? Ou bien le début d'autre chose ?
Rhadamanthe se pencha légèrement en avant et s'accouda lui aussi à la rambarde. Son regard d'or s'était adouci et chargé de compréhension et les traits graves et durs de son visage se lénifiaient imperceptiblement. Un léger soupir s'éleva dans l'air vibrant du début de la soirée et le Grand Pope, avec cette décision et cette autorité assurées qui le caractérisaient, se tourna à nouveau vers son invité.
« Je vous écoute, Rhadamanthe. Vous avez raison, il est temps.
- Merci. Je suis venu me présenter pour faire votre connaissance et vous informer officiellement que je fréquente votre frère. J'espère obtenir votre consentement à notre relation, je sais que c'est important pour Kanon. Et maintenant que je vous ai sous les yeux, je comprends à quel point.
- Que voulez-vous dire ?
- Vous êtes parfaitement jumeaux. Deux parties d'un tout. Kanon ne sera pas tranquille dans notre relation si vous désapprouvez.
- Et quelles raisons me donnerez-vous pour éviter cela ?
- Aucune. Juste la vérité. J'ai vécu de multiples fois, ce qui fait très longtemps. J'ai connu beaucoup de personnes et j'en ai apprécié quelques-unes, c'est vrai. Mais jamais je n'ai fait la démarche que vous me voyez réaliser aujourd'hui. Parce que jamais je n'ai ressenti ce que je ressens pour votre frère. Je l'aime. Complètement. Même son fichu sale caractère. Même sa fierté agaçante et sa mauvaise foi édifiante. Et même le bordel qu'il sème partout où il passe. Je veux lui consacrer ce qu'il me reste d'existence dans cette vie et le protéger de ses démons. Mais en tant que frère aîné et jumeau, en tant que Grand Pope du Sanctuaire, vous pouvez vous interposer et vous réussirez à nous séparer. Kanon n'ira pas contre vous, je le sais. Voilà la raison de ma présence aujourd'hui devant vous.
- Je vous remercie de votre franchise, Rhadamanthe. Je l'apprécie d'autant plus que je pense que cela n'a pas dû être facile pour vous.
- Étonnamment, beaucoup plus que je ne le pensais.
- Ah oui ? Vraiment ?
- Oui. Rien de ce que je fais pour Kanon n'est difficile, parce que je le fais pour lui. J'ai juste eu du mal à le comprendre, au début. C'était si nouveau…
- Oui, nouveau et effrayant.
- Mais je ne regrette qu'une chose. De ne pas avoir compris plus tôt. J'ai fait souffrir votre frère avec mon entêtement. Je le regrette.
- Faites-vous pardonner. Ce soir est notre soirée. Invitez-le à dîner : je le libère de ses obligations de chevalier d'Or pour l'occasion. Et je vous accorde avec joie ma bénédiction. Vous l'avez dit : les colères de mon frère et son sale caractère sont terribles. Il me ferait payer le contraire.
- Je vous remercie. Vous devancez mes souhaits. C'était ma seconde demande.
- Bonne soirée, Juge Rhadamanthe. Prenez soin de lui, je vous le confie. A présent, c'est votre tour. Bon courage, vous en aurez besoin ! »
Sur ces derniers mots, dits d'une voix légèrement amusée, Saga tendit la main à son nouveau beau-frère et après une vigoureuse poignée de main, sortit du salon. Sur un geste du Grand Pope, le serviteur escorta à nouveau Rhadamanthe hors du palais. Dans l'inclination respectueuse du Juge, Saga lut une sincère gratitude. Il inclina la tête en retour avec un sourire. Et les pas martiaux de Rhadamanthe s'effacèrent progressivement.
Saga regagna ses appartements. Il se sentait légèrement triste. Il adressa un regard mélancolique et déçu au paquet enrubanné posé sur son lit. Puis il sonna. Aussitôt son serviteur particulier se présenta.
« Oui, Majesté ?
- Dites aux cuisines que le repas n'aura pas lieu. Un contre-temps de dernière minute. Je mangerai dans mes appartements.
- Seul, votre majesté ?
- Oui, seul.
- Et le gâteau, que doit-on en faire ?
- Mettez-le au frais, nous le mangerons avec les Ors demain, mon frère et moi.
- A vos ordres. »
Le serviteur parti, le Grand Pope s'abîma un instant dans ses réflexions. Sur son visage aux traits purs se succédèrent une suite d'émotions tacites et fuyantes. Puis il se leva et alla jusqu'à son secrétaire, qu'il ouvrit et devant lequel il s'assit, sortant de vieux papiers et cherchant visiblement quelque chose. Saisissant une enveloppe déchirée, au timbre exotique, il commença sa lecture.
Saga,
Je ne sais pas si tu recevras cette lettre et même si tu la reçois, la liras-tu ?
Je l'envoie de Bali, où je fais escale depuis plusieurs semaines à présent. Ce voyage est étonnant et me permet de mesurer la beauté de ce monde pour lequel nous avons appris si durement à nous battre et nous sacrifier. Je comprends mieux, intimement, notre devoir. Tous les chevaliers devraient faire le tour du monde et aller au-devant de leurs semblables. L'Indonésie est d'une rare beauté et les gens s'y montrent bienveillants et gentils, pour la plupart. Cela me réchauffe le coeur de le constater. Car j'avais perdu la foi, totalement.
Revenir à la vie a été d'une violence insupportable. Cette béance temporelle impossible à combler a failli déchirer mon esprit. Je ne reconnaissais rien, plus même toi. Que s'est-il passé pour que le garçon qui était mon meilleur ami, et tellement plus d'ailleurs, ait tant changé ? Je pleure souvent, le soir, en y pensant.
Je sais que tu m'as chassé de ta vie et tu avais sans doute raison. Vouloir rejouer le passé ne fonctionne jamais, le temps est implacable. Alors j'ai suivi le conseil de ton connard de frère, je suis parti et j'ai cherché à t'oublier, à te remplacer, pour avancer, moi aussi.
Et je n'ai pas pu. C'est un échec total.
Malgré tous mes efforts, aucune autre personne n'a pu prendre ta place. Mon coeur reste vide, en suspend, frémissant. Il t'attend.
Alors j'ai pris ma décision et par cette lettre, je veux te prévenir, pour que tu t'y prépares : je rentre à Iéranissia, définitivement. Je reprends ma charge de chevalier d'Or du Sagittaire. Je n'ai plus aucun doute et je n'ai jamais été plus sûr de savoir où se trouvait ma place que depuis que j'ai quitté l'île sacrée. Je dois être auprès de vous, de mon frère, de mes semblables. Je dois être auprès de toi.
Je t'aime.
Joyeux anniversaire, mon amour, et à bientôt, que je puisse enfin te le dire de vive voix, année après année, jusqu'à la fin de cette nouvelle vie.
Je t'aime,
Aiolos.
Un profond soupir, comme exhalé du fond de son être, lui échappa et il replia la lettre soigneusement avant de la ranger. Il eut un geste hésitant vers la sonnette, puis l'hésitation céda et résolument il tira la cordelette. Aussitôt la porte s'ouvrit à nouveau et son serviteur particulier s'inclina sur le pas de la porte.
« Votre Majesté ?
- J'ai changé d'avis. Faites dresser une table dans le petit salon. Nous y dînerons.
- Immédiatement, Votre Majesté. Pour combien de convives ?
- Deux.
- Dois-je faire prévenir quelqu'un ?
- En aucun cas. C'est à moi de le faire et j'y vais de ce pas.
- A vos ordres. Tout sera près dans une demi-heure, dans ce cas.
- C'est parfait. »
Et le serviteur s'éclipsa. Se plantant devant son miroir en pied, Saga rajusta nerveusement sa tenue, et passa rapidement la brosse dans son opulente chevelure d'or pâle. Avec un froncement de sourcils contrariés, il nota ses cernes, qui trahissaient sa fatigue, mais sur un dernier regard d'océan troublé, comme s'il craignait de voir sa résolution s'enfuir, il quitta lui aussi précipitamment son bureau et sortit.
Dans le couloir obscur, aux longs et lourds murs de pierre, il marcha de plus en plus vite, en harmonie avec les battements toujours plus rapides de son cœur, jusqu'à se trouver devant une porte de bois sculpté, ornée d'un heurtoir d'argent. Il se mordit la lèvre inférieure, hésita puis saisit le heurtoir et le laissa retomber. La porte s'ouvrit sur un intérieur chaleureux, nimbé d'une lumière flamboyante. Sa lumière, radieuse et invincible…
La silhouette harmonieuse et sombre en contre-jour d'un homme s'encadra dans la lumière. Et soudain l'air sembla lui manquer, sa respiration se fit erratique. D'une voix basse et étranglée, qu'il ne se reconnut pas, Saga demanda, plein d'effroi et d'espoir tout à la fois :
« Aiolos… Puis-je entrer ? »
La silhouette se tourna à demi, invitant à pénétrer dans la lumière vibrante.
« Joyeux anniversaire, mon amour. Entre, je t'attendais... »
oOoOo
