Auteur : kitsu34
Origine : Saint Seiya
Disclaimers : Rien à moi dans l'univers de Saint Seiya. Iéranissia ainsi que sa conception m'appartiennent.
Couple : l'origine de la fascination de Mû pour Saga^^
Note : Après près d'un an de pause forcée sur l'univers de Iéranissia, je tente laborieusement de revenir. J'espère que cette reprise ne vous décevra pas trop. Merci de votre indulgence.
Iéranissia au quotidien
Chapitre 16 – Apprivoisement
« Majesté ? Vous êtes là ? Je vous ai amené Aiolos, comme vous l'avez demandé. »
Chrysos s'inclina devant le trône vide et s'agenouilla. Aiolos l'imita, non sans avoir jeté un coup d'oeil ému à ce trône de pierre qui lui rappelait des souvenirs partagés entre différentes émotions puissantes, positives et négatives mêlées.
Ils attendirent tous les deux en silence, guettant un mouvement de la lourde draperie pourpre qui indiquerait la venue du Grand Pope. Mais aucun frémissement ne parcourut le velours. Apparemment, ils étaient seuls. Soudain, un garde entra respectueusement et s'approcha du chevalier de la Boussole agenouillé et lui parla à voix basse. Surpris, celui-ci se redressa et jeta un coup d'oeil interloqué sur son disciple, toujours tête courbée à ses côtés.
« Et Aiolos ?
-Sa Majesté a dit qu'il vous attende ici.
-Vraiment ? C'est étrange... Mais un ordre est un ordre. Très bien. Aiolos ?
-Maître ?
-Le Grand Pope me demande dans la bibliothèque. Tu vas rester dans cette pièce et attendre mon retour.
-Oui, maître.
-A tout à l'heure. »
Aiolos se releva et regarda Chrysos emboîter le pas au garde et quitter la pièce. Il jeta un coup d'oeil hésitant alentours et fit quelques pas. La grande pièce d'apparat vide où le moindre bruit résonnait l'impressionnait. Il y sentait comme une présence, tapie quelque part, dans les recoins d'ombre, dans les plis du tissu sombre, cachée derrière le trône majestueux et sévère. Il frissonna et se retourna subitement, aux aguets. C'était une impression étrange, indéfinissable, qu'il n'arrivait pas à saisir exactement. Une énergie ? Un cosmos ? Non... rien de semblable à ce qu'il connaissait déjà, même si sa pratique de l'univers singulier d'Iéranissia était encore bien neuve... Il se retourna à nouveau d'un geste vif. Il ne voyait pourtant rien, n'entendait rien, n'effleurait rien. C'était juste une conscience imperceptible...
Il recula. Un pas, puis un autre. La colère s'élevait en lui. Le mystère qu'il sentait dans cette pièce l'attirait et le repoussait en même temps, échauffant son esprit de cette chaleur dangereuse qu'il avait appris à reconnaître et à craindre. Oui... A craindre... Il identifia le malaise qui l'étreignait depuis quelques instants. Il avait peur. Parce qu'il ne comprenait pas ce qui se passait. Il recula à nouveau, plus rapidement. Sa respiration s'accéléra et son cœur lui fit mal dans sa poitrine. La chaleur s'éleva dangereusement et l'air émit un sifflement sec.
Aussitôt, la tenture pourpre s'agita et le Grand Pope pénétra dans la grande salle. Immédiatement, Aiolos tomba à genoux. Sa peur, son malaise, l'impression d'une présence étrange, la manifestation de son pouvoir de feu, tout s'évanouit en un éclair. Le souverain demeura un instant debout, immobile, sans prononcer un mot, comme s'il méditait, puis il fit un geste et la porte s'ouvrit. Un garde entra qui s'inclina devant son Pope.
« Majesté ?
-Chrysos de la Boussole, le maître de ce garçon, se trouve dans la bibliothèque. Va le quérir, je te prie, et amène-le ici afin qu'il récupère son apprenti et retourne à l'entraînement. Je n'ai plus besoin de lui.
-Oui, Majesté. »
Ahuri, Aiolos releva la tête et rencontra de plein fouet le masque de métal du Grand Pope plongeant droit sur lui. Il déglutit rapidement et baissa bien vite la tête à nouveau vers le sol. Que venait-il de se passer ? Avait-il commis une faute ? Le Grand Pope le testait-il pour voir s'il maîtrisait son pouvoir à présent ? Venait-il d'échouer ? Ses poings, posés au sol, se serrèrent. La voix apaisante du Pope le fit tressaillir quand elle éclata comme un tonnerre dans sa tête.
Ne t'en fais pas, Aiolos, tu n'as commis aucune faute. C'est moi qui ai commis une erreur de jugement. Mais ce n'est pas grave du tout. Cela ne change rien pour toi. Oublie ce moment.
A cet instant, Chrysos entra et s'agenouilla lui aussi devant le Grand Pope, sans poser de questions. Puis sur l'ordre de se retirer avec son apprenti, il n'émit aucun commentaire, s'inclina respectueusement et sortit, entraînant Aiolos totalement perdu avec lui.
Resté seul dans la grande salle du trône, Shion se laissa aller sur le siège de pierre avec un soupir.
« Décidément, je ne sais pas si on va y arriver... »
oOoOo
« Aiolos ! Alors ? Pourquoi le Grand Pope voulait-il vous voir, Chrysos et toi ? »
Saga arrivait en courant, les yeux brillants de curiosité. Être convoqué par le souverain du Sanctuaire pour un apprenti était un événement ! Mais il fut vite déçu : son ami haussa les épaules d'un air désabusé.
« Franchement, j'aimerais le savoir ! Aucune idée.
-Comment ça ?
-Ben, il a convoqué Chrysos dans la bibliothèque et m'a fait ordonner de l'attendre dans la salle du trône.
-Et ? »
Aiolos hésita. Devait-il parler à Saga de cette mystérieuse présence qu'il avait cru déceler dans la grande salle d'apparat ? Son ami n'allait-il pas se moquer de lui et de sa réaction, somme tout pas si chevaleresque que cela ? Mieux valait se taire... Il n'était même pas sûr qu'il y ait eu quelqu'un ou quelque chose...
« Ben rien, justement. Au bout de quelques minutes, le Grand Pope est arrivé et a fait chercher Chrysos et nous sommes partis.
-Quoi ? C'est tout ?
-Oui. Bizarre, hein ?
-Trop !
-Saga ! Amène-toi ! Et plus vite que ça ! »
Les garçons tressaillirent en choeur. La voix grave et colérique de Bias avait toujours cet effet sur eux. Ils se retournèrent d'un bloc également, comme sur leurs gardes, sous le coup d'un danger menaçant. Le chevalier du Burin déployait sa taille démesurée à quelques mètres d'eux. Il semblait contrarié et impatient.
« Allez, magne-toi. Le Grand Pope nous convoque. Je me demande ce que tu as encore fait ! »
Saga lança un regard appuyé à Aiolos, qui en comprit l'essentiel. Peut-être auraient-ils le fin mot de toute cette histoire au bout du compte... Le garçon regarda pensivement son ami monter les marches à la suite de son irascible maître dont les enjambées gigantesques avalaient puissamment les marches innombrables.
Alors qu'ils pénétraient dans la grande salle du trône, le garde s'inclina bien bas devant Bias et l'informa que le Grand Pope le priait de laisser là son apprenti et de rejoindre Sa Majesté dans la bibliothèque où il devait l'entretenir d'un sujet important.
Saga sourit intérieurement en voyant l'air de suffisance qui s'empara de la physionomie du Burin. D'un geste nonchalant il indiqua à Saga de l'attendre, se défaisant de lui comme d'un moucheron, et il emboîta le pas du garde, le talonnant même. La lourde porte ouvragée claqua sèchement sur eux et le bruit se répercuta sourdement dans l'atmosphère à la fois secrète et solennelle de la pièce.
Saga se passa lentement la main dans les cheveux, rejetant doucement les mèches cendrées qui lui tombaient devant les yeux en arrière et fit quelques pas, les yeux dans le vague. Il réfléchissait, tentant de comprendre à quel manège le Grand Pope se livrait en convoquant Aiolos, puis lui de cette façon et en les séparant de leur maître. Car il n'avait aucun doute : ce n'étaient pas Chrysos ou Bias qui intéressaient le souverain, mais bien eux. Absorbé dans ses pensées, il se mordit la lèvre inférieure. Pourquoi ? Pourquoi eux ? Que le Grand Pope cherchait-il ?
Les yeux d'océan firent le tour de la pièce, scrutant le moindre recoin, analysant, fouillant le moindre pli du tissu. Visiblement, cela se trouvait dans cette pièce puisqu'il les avait faits conduire tous deux ici...
Les muscles de l'adolescent se tendirent, sur le qui-vive. Ses sens se déployèrent, son énergie rayonnante s'éleva juste suffisamment pour balayer la pièce et y déceler la moindre présence.
Et soudain, Saga fit volte-face, cosmos rayonnant déployé et dirigé droit vers le trône. Il resta un instant immobile, à l'écoute de ses voix intérieures, puis un sourire vint éclairer son visage. Le sourire s'élargit et se transforma en un léger rire. L'adolescent se redressa, posa les mains sur ses hanches et lança d'une voix amusée :
« Et tu comptes rester caché là longtemps encore ? Je te vois, tu sais ! »
Un frémissement léger de l'air sembla seul lui répondre, comme un battement d'aile mystérieux. Le sourire de Saga s'adoucit et il fit quelques pas vers le trône vide devant lequel il s'accroupit, main tendue en avant.
« Allons, viens. Je ne vais pas te manger. Comment t'appelles-tu ?
Tu me vois vraiment ?
« Mais oui. Tu es caché derrière le trône. Quel âge as-tu ? Trois ans ? »
Personne ne me voit jamais. Et personne ne m'entend non plus. Pourquoi toi tu m'entends ?
« Je te vois car j'ai l'habitude d'utiliser le pouvoir des dimensions, alors je sais percevoir les strates dimensionnelles comme celles où tu t'es réfugié. Et je t'entends car je sais parler directement à l'esprit. Avec mon frère, je le fais tout le temps. »
Parler directement à l'esprit ? Comment cela ? Je ne comprends pas.
« Vois-tu, si tu veux que les autres humains puissent parler avec toi, il faut leur parler avec ta bouche, comme je le fais, et pas avec ton esprit directement dans leur tête, comme tu es en train de leur faire avec moi. »
Pourquoi ?
« Parce que très peu de gens sont capables de percevoir ce genre de paroles. »
Toi, tu y arrives pourtant.
« Moi, oui, parce que je vais devenir un jour chevalier d'or des Gémeaux. »
Qu'est-ce que cela veut dire ?
« Je t'expliquerai, si tu veux. Mais d'abord, sors de ta cachette. Tu veux bien ? Viens me voir. »
Saga tendit à nouveau la main avec conviction vers le trône de pierre vide et soudain, sur le flanc du siège apparut une déchirure lumineuse d'où sortit timidement un petit garçon. L'enfant leva vers l'adolescent qui lui adressa un grand sourire réconfortant, d'immenses yeux noisette pailletés de vert. Le petit avait un regard sérieux, presque grave, et il ne souriait pas. Il avait presque l'air douloureux pour son âge. Il avait des cheveux chatoyants, châtain doré aux reflets de miel, et la peau nacrée comme l'intérieur d'un coquillage. A la place des sourcils, sur son petit visage en forme de cœur, se trouvaient peints deux points de vie pourpres. Il hésita un instant, puis s'avança lentement jusqu'à venir saisir la main tendue de Saga, agenouillé sur les marches de pierre pour être à sa hauteur.
« Je m'appelle Saga. Et toi ? »
Mû.
« Avec ta bouche. Il faut parler avec ta bouche et ta voix, tu te rappelles ? Tu sais le faire ? Essaie, tu verras, c'est facile.
-M... Mû...
-Bravo ! Tu t'appelles Mû, c'est ça ?
-Oui.
-Ravi de te rencontrer, Mû. Tu as quel âge ?
-Quatre ans.
-Et que fais-tu ici, au palais ?
-J'apprends.
-Et qu'apprends-tu ?
-Ce que Maître Shion m'enseigne.
-Maître Shion ! Mais alors tu es...
-Mon disciple, Saga, en effet. »
Saga se redressa d'un bond, retirant brusquement sa main de celle de Mû qui poussa un léger cri et eut un mouvement de recul et de crainte. Aussitôt, l'adolescent étendit son énergie pour rassurer le petit garçon et se tourna vers la grande silhouette qui se tenait dans un angle, à demi dissimulée par la tenture pourpre. Tandis qu'il plongeait à genoux dans le salut de rigueur, Saga aperçut Mû se réfugier dans les plis de la soutane d'apparat et disparaître presque derrière le lourd tissu de brocard. La main ridée du Pope descendit doucement caresser la chevelure de miel de l'enfant, avec tendresse et affection.
« Très bien, Mû. Tu as donc choisi Saga.
-Euh, quoi ? Pardon Votre Majesté, mais de quoi s'agit-il ?
-Il est temps pour Mû de rejoindre l'entraînement plus « régulier » des apprentis, notamment avec d'autres camarades de son âge, tels que les futurs ors qui arriveront bientôt. Je ne peux pas superviser son enseignement en permanence. Ma charge ne me le permet pas. Je dois donc déléguer une partie de cette tache. Mû a accepté que je le confie à quelqu'un d'autre, mais il voulait le choisir lui-même. Et c'est toi, visiblement, qu'il a choisi.
-Oh, je comprends alors pourquoi vous nous aviez convoqués, Aiolos et moi...
-Tout à fait. Eh bien, puisque tu as fait ton choix, Mû, vas-y. »
Et la main du Grand Pope poussa doucement le petit garçon vers Saga toujours agenouillé à quelque distance. Lentement, avec hésitation, l'enfant se dirigea vers l'adolescent et s'arrêta à environ un mètre. Puis il s'inclina et lança d'une traite, comme sous le coup d'une puissante émotion.
« Acceptes-tu de m'enseigner et de m'expliquer comme tu l'as fait tout à l'heure et comme tu as dit que tu ferais ? Acceptes-tu d'être mon maître ?
-Non, Mû. »
Le Grand Pope tressaillit et Mû leva un regard confus et peiné vers Saga puis baissa la tête, mais l'adolescent poursuivit sans se troubler.
« Je n'accepte pas d'être ton maître, car tu en as déjà un et je ne peux le remplacer. Mais si tu acceptes, je serai honoré d'être ton ami et ton grand frère. »
A ces mots, Mû releva la tête et sur son petit visage blanc trop grave et trop sérieux pour ses quatre ans, un magnifique sourire éclaira soudain son regard noisette l'illuminant d'éclats d'or, en harmonie avec les reflets de miel de sa chevelure. Saga admira la luminosité éclatante du cosmos de l'enfant, brillante comme une étoile naissante. Il lui tendit la main.
« Alors ? Tu veux bien de moi pour ami? »
Et soudain, Mû se précipita dans ses bras et la chevelure douce de l'enfant lui chatouilla le nez. Le petit cacha son visage contre son épaule et ses petits bras s'accrochèrent autour de son cou.
Oui, je le veux !
oOoOo
