Rumeurs


Oui, je reviens avec un OVNI, un ship oublié depuis des lustres, mon ship à moi que j'ai toujours aimé. Le Shweir (aka Sparky pour les intimes). Ca date mon dieu, j'espère qu'il y a encore des fans de ce couple... Parce que je les aimais TELLEMENT ! Je me suis refaite l'intégral d'Atlantis il y a peu, autant vous dire que je me suis empressé de pondre ce petit OS qui ne sera sans doute lu que par trop peu de monde vu l'ancienneté de la série. Mais YOLO, ça m'a fait plaisir de retourner à mes premiers amours ! Bonne lectures aux survivants des wraiths ici présent


Contexte : Missing scene du 2x11. Sheppard, Teyla et Ronon ont été fait prisonnier par Ford qui avait prévu de saboter un vaisseau ruche à l'aide d'un dart tout en empoisonnant Teyla et Ronon au passage avec le serum des Wraith, persuadé qu'il arrivera à les convaincre du bien fondé de ce « traitement ». Toutes les forces de Atlantis ont été déployées pour retrouver Sheppard. Nous sommes à la fin de l'épisode, lorsque Teyla et Ronon sont dans l'infirmerie et se remettent du traitement de choc infligé par Ford.


Après s'être rendue à l'infirmerie, Elizabeth Weir avait pris congé de l'équipe du Colonel Sheppard avec un air soucieux sur le visage.

Et cela n'avait pas échappé au sens de l'observation aiguisé du militaire. Après s'être amusé de l'attitude héroïque de McKay et sous les rires de Teyla, il avait laissé vagabondé son regard vers le couloir, là où la dirigeante s'en était allée, sereine, en apparence.

Mais il l'avait vu porter sa main sur ses lèvres crispées, tendre légèrement ses traits et hacher sa démarche. Oh, c'était subtil, bien sûr. Elizabeth Weir n'était pas le genre de femmes à montrer de quelconques sentiments pouvant trahir de l'inquiétude, de la peur, du stress. Depuis leur retour sur Terre, elle avait gagné en assurance, mais s'était à la fois renfermée afin de se constituer un masque.

La présence menaçante de Caldwell qui pouvait, à tout moment, prendre les rennes pour militariser totalement Atlantis devait en être pour beaucoup. Mais John avait senti qu'il n'y avait pas que cela... Sans parvenir toutefois à mettre le doigt dessus.

Teyla perdit un peu son sourire amusé en voyant le colonel pensif, le regard plongé dans le corridor vide face à eux.

« Colonel ? Appela-t-elle gentiment. »

John papillonna des paupières avant de se retourner vers l'Athosienne. Depuis combien de temps était-il resté plongé dans ses pensées ? Deux minutes, cinq, dix ? Au vue du regard plus que suspect que la jeune femme lui lançait, il avait bien interêt à répondre de suite.

« Ça roule Teyla. La fatigue, balaya-t-il. »

La jeune femme, perspicace, n'avait guère l'air convaincu. Mais John ne s'y attarda même pas, puisqu'il était de nouveau perdu dans les limbes de son esprit.

Quels sentiments avaient traversé le visage d'Elizabeth ? Pourquoi semblait-elle préoccupée alors qu'ils étaient tous revenus, en vie, Dieu merci. Bien sûr, l'explosion des deux vaisseaux ruches avait été impressionnante, mais ils étaient revenus en si peu de temps que personne n'avait même eu le temps d'avaler la nouvelle de leur « mort ». Certes, le sort de Ford n'était pas encore très clair. Sheppard sentait que l'homme avait survécu à tout ce bazar. Il semblait indestructible, et avait toujours eu un sens de la survie presque surnaturel. Mais cela ne pouvait être la source de son souci.

Songeur, Sheppard pris le chemin de la sortie sans même prévenir son équipe. Mais celle-ci le regarda s'en aller, l'air totalement ailleurs.

« Il va bien vous croyez ? s'inquiéta Teyla.

_ On a passé plusieurs jours assez stressants au cas où vous n'auriez pas remarqué, cingla McKay.

_ Passer à côté de la mort en si peu de temps, ça vous chamboule un homme, confirma Ronon.

_ Nous sommes habitués à ce genre de mission, fit remarquer la jeune femme. Non, il avait la même tête que lorsqu'on rencontre une tribu inconnue qui a des airs louches.

_ Si vous le dites, mâchonna McKay en mordant dans une part de gâteau au chocolat trainant sur la tablette de Ronon qui le fusillait du regard. »

John arpenta les couloirs avant de se retrouver, machinalement, dans l'espace de contrôle de la cité. Il était tard, et il n'y avait que l'équipe de garde de présente ce soir-là. Alors qu'il s'apprêtait à rebrousser chemin, il vit la dirigeante encore plantée dans son bureau, penchée sur ce qu'il semblait être un enregistreur qu'elle portait à l'oreille, le regard dans le vide.

Il s'approcha prudemment. Alors qu'il se trouvait sur la passerelle, il vit la fenêtre de son bureau ouverte, et le frisson parcourir la peau de ses bras nues. Mais elle ne semblait pas le remarquer, et manqua de poser son front sur la table tant elle paraissait dépitée. La jeune femme passa une main lasse et crispée à la fois sur son visage et John fit un pas de plus, à peine à l'entrée de son bureau.

« L'équipe du Colonel Sheppard est présumée... a... disparu et... se fit entendre une légère voix à travers le dictaphone. »

John fit un léger toc sur la porte ouverte, et Elizabeth releva vite la tête. Elle s'empressa d'appuyer sur le bouton de l'appareil qui s'éteint, et le Colonel la soupçonna d'avoir effacé l'enregistrement.

« Elizabeth, tout va bien ?

_ Oui, oui bien sur, assura-t-elle d'un sourire tendu tout en évitant son regard. J'étais en train de terminer mon rapport. »

Le Dr Weir s'affairait plutôt à ranger des piles imaginaires de documents, comme n'osant relever le regard alors Sheppard se mordit la lèvre pour ne pas aller trop loin dans ses questions, alors que ces dernières se faisaient de plus en plus envahissantes dans sa tête.

« Vous êtes partie un peu vite tout à l'heure alors, j'ai pensé...

_ Non, John. Je vous assure que... »

Alors que la dirigeante avait enfin relever sa tête vers le colonel, ce dernier vit une fois encore ses traits se décomposer un bref instant avant qu'elle ne reprenne ses esprits. Et s'il ne la connaissait pas aussi bien, il ne l'aurait même pas remarqué.

« Major Lorne, lâcha la jeune femme, toujours avec ce faux rictus sur le visage. »

Sheppard se retourna et vit en effet, l'homme au pas de la porte, un dossier en main.

« Docteur Weir, je m'apprêtais à rendre mon rapport. Je ne voulais vous déranger en si agréable compagnie, lâcha le militaire en un regard appuyé et même un peu douteux vers Sheppard.

_ Vous ne dérangez personne, affirma la dirigeante, un brin suspicieuse. Je l'examinerais ce soir. »

Le major tendit le dossier vers Elizabeth, puis plissa les yeux.

« Je ne vous ai pas vu à l'infirmerie.

_ Je viens d'en sortir, lâcha la jeune femme en parcourant le dossier des yeux.

_ Vraiment ? Parce qu'un membre de mon équipe s'est salement amoché durant une de vos missions sauvetage, et il ne vous a pas croisé. »

Elizabeth prit une profonde inspiration agacée, s'apprêtant à répondre d'un ton cinglant.

« Je crois qu'il n'a pas le privilège de s'appeler Sheppard pour cela, murmura-t-il d'un ton à peine audible.

_ Major, interpella Elizabeth Weir d'un ton fort et assuré. Encore une insinuation de ce genre et je vous envois faire un petit tour en Dédale durant trois mois.

_ Je n'insinue rien Madame, lâcha Lorne d'un air amusé. »

Elizabeth fusilla le militaire du regard avant que celui-ci ne s'éclipse. Puis, elle s'écroula dans sa chaise en un long soupir de lassitude, oubliant presque la présence du Colonel qui était resté spectateur de la scène, et surtout, qui n'y avait rien compris.

« Que se passe-t-il ? Un problème avec Lorne ?

_ C'est plutôt votre réputation qui lui pose souci, lâcha-t-elle sans réfléchir.

_ Comment ça ? S'interrogea John en prenant place face à la dirigeante. »

La dirigeante prit de nouveau une grande inspiration, cette fois pour se donner du courage. Elle se leva, puis se pencha vers la salle d'embarcation.

« Vous voyez avec qui le Major discute ? »

John fronça les sourcils avant de se lever à son tour. En contrebas, Lorne était rejoint par Kavanagh. Tels deux amis de longues dates, ils rirent de bon cœur avant de marcher vers le mess lui semblait-il, non sans que le scientifique ne jette un regard suspect vers le bureau de la dirigeante. De là, Sheppard ne se gêna pas pour le fusiller du regard.

Weir, le voyant faire, lui frappa discrètement le bras. Passé le choc qui ne dura pas plus d'un millième de seconde, John grimaça avant de grogner un « aïe » exagéré.

« Qu'est-ce qui vous prend ?

_ C'est à cause de ce genre de choses que Lorne et les autres jasent ! s'exclama Weir, excédée en retournant à son bureau.

_ Allons Elizabeth, désignez-moi une seule organisation où il n'existe aucun commérage. »

Le Colonel lança un sourire moqueur vers elle, mais Weir ne s'y laissa pas prendre. Elle le jaugea alors de son air habituellement sérieux.

« Je ne plaisante pas, gronda-t-elle.

_ Très bien, alors que disent-ils ? Je peux les recadrer si besoin est. »

La jeune femme soupira en se pinçant l'arête du nez. Lorsqu'elle entrouvrit les yeux, elle vit John assis sur le rebord de son bureau, en train de l'observer de ses orbes suppliantes qui donnaient envie de lui céder n'importe quel caprice. Mais la réalité des rumeurs lui sauta aux yeux, alors elle rougit sans vraiment le vouloir en se levant un peu trop précipitamment.

C'était si... embarrassant ! Il fallait qu'elle le recadre sans être pour autant trop explicite, au risque de les gêner tous les deux.

« Pour commencer : vous savez que personne ne s'assois jamais à cet endroit de mon bureau, assura-t-elle tout en l'évitant pourtant du regard.

_ Et alors ?

_ Cela peut être vu comme un traitement de faveur, bafouilla-t-elle.

_ Bien sûr que j'ai un traitement de faveur, je suis le second de cette base.

_ Tout le monde ne voit pas les choses sous cet angle, Colonel. »

Aïe.

Si Elizabeth commençait à le nommer par son grade, John craignait bien fort pour son matricule. Mais il ne se laissa pas démonter et décida de creuser, car il était ainsi. John ne restait jamais dans l'expectative, surtout avec elle.

« Et sous quel angle peuvent-ils bien voir ça ?

_ Votre... attitude non-verbale ainsi que votre réputation laissent à penser des choses inappropriées, parvint-elle à répondre.

_ Quelle attitude ? Enfin Elizabeth, je suis tout à fait correct avec vous me semble-t-il, s'insurgea John en s'agaçant pour de bon.

_ Vous avez fusillé Kavanagh du regard il y a deux minutes, gronda Weir.

_ Non mais vous avez vu comment cet idiot vous traite ?

_ Je vous parle justement de ça, John ! Vous vous comportez comme si j'étais une femme en détresse. Avec votre réputation de sauveur de ses dames et de séducteur spatial, je vous laisse à vos propres conclusions.

_ Les femmes en détresse paumées sur des pauvres planètes, c'est sexy deux minutes, mais ça n'est pas très interessant sur le long terme vous savez ? Je ne suis pas insensible au charme féminin comme tout homme ici, mais ce n'est clairement pas vers ce genre de femmes que mon choix se...

_ Mais je me fiche de ça, souffla la jeune femme en laissant tomber ses bras le long de son corps, tout à fait abusée par les paroles idiotes du militaire. Ce n'est pas le sujet.

_ Ecoutez. Ce que j'essaie de vous dire, c'est que vous devriez vous foutre de l'avis de ces pauvres gens.

_ Ces « pauvres gens », Colonel, sont mon équipe. Ils font parti de l'expédition Atlantis, et je me dois d'être irréprochable car ils sont sous ma responsabilité. Quelle autorité puis-je avoir lors de cas comme celui d'aujourd'hui où je décide de risquer la vie de plus de trente soldats pour vous sauvez, vous ? dit-elle sur un ton soudain bas, tout en dardant ses iris dans les siennes.

_ Personne ne vous a demandé de le faire, répondit John sur le même volume.

_ Je ne vous aurais pas laissé mourir tout seul John. Et le Major Lorne l'a su. Il a compris. »

« Il a compris ? »

Un silence de mort s'installa entre les deux dirigeants de la base. John et Elizabeth restèrent ainsi figés, sans mot, se contentant de communiquer par un seul regard.

John ne voulait pas creuser le sujet que Lorne aurait possiblement « compris ». En fait, il se fichait bien de l'avis des autres, ce qui lui importait était surtout que Elizabeth n'interprète pas mal ses intentions.

« Vous ne serez jamais une femme fragile à mes yeux, j'espère que vous le savez, lâcha le Colonel en un murmure.

_ Je le sais, dit-elle du bout des lèvres. Mais les autres eux, ne sont pas tenu au courant de cet état de fait.

_ Ont-ils à l'être ? »

Continuaient-ils vraiment à parler de ce même sujet... ou d'autre chose ?

John serra les dents avec discrétion. Cette conversation était un peu trop flou et bourrée de sous entendu pour qu'il fasse mine de ne pas comprendre.

« Mon autorité ne doit pas être remise en question dans un climat aussi tendu, détourna la diplomate d'une tournure habile. Or, les rumeurs peuvent être dangereuses.

_ Alors promettez moi de ne plus risquer la vie de tant de militaires pour moi, cela devrait les calmer.

_ John, souffla la jeune femme en déviant le regard.

_ Elizabeth. C'est important. »

La dirigeante reprit ses esprits et fixa de nouveau ses pupilles dans celles de son second. Elle se sentit déglutir et souffla en plaquant un espèce de sourire faussement diplomate sur son visage.

« Bien, alors je m'y rendrais moi-même si l'occasion d'un danger sur votre personne se présente.

_ Les deux seuls dirigeants de cette cité ne peuvent pas être dans une même situation critique en même temps.

_ Dans ce cas, vous gardez le rôle le plus facile, c'est cela ? Se braqua-t-elle.

_ Ce n'est pas vous qui risquez votre vie, donc oui !

_ Laissez tomber, murmura-t-elle, excédée, tout en restant cordiale. Cette conversation s'arrête là, je ne veux plus en entendre parler. Bonne soirée, Colonel. »

xXx

Il était tard, John pouvait le voir depuis la position des étoiles brillantes de milles feux dans le ciel. Et pour cause : l'homme tournait en rond depuis plus d'une heure dans ses quartiers, jetant de fréquents coups d'oeil vers la fenêtre extérieure.

Il n'avait pas réussi à fermer l'oeil, malgré sa fatigue notable et son manque de sommeil depuis plusieurs jours. C'était que cette dernière mission en compagnie de Ford n'avait pas été de tout repos, entre le stress, les injections de sérum et tout le reste. Son corps lui hurlait de s'allonger, de se laisser aller au sommeil, mais son cerveau le lui empêchait, faisant tourner en boucle le dernier échange avec Elizabeth.

Il ne pouvait s'empêcher de réentendre ses dernières paroles avant qu'elle ne s'en aille, la prononciation de son titre avec ce ton si amer. Cela ne lui ressemblait pas.

Elizabeth s'était emportée sans qu'il ne le comprenne vraiment, et ce pour la première fois depuis qu'il la connaissait. D'ordinaire, la dirigeante parvenait toujours à trouver le bon mot, à convaincre habilement n'importe qui d'accepter presque l'impensable, et surtout, de le comprendre et tout cela avec un calme olympien admirable. Pour cela, il l'avait toujours respecté, plus que n'importe qui. Il avait souvent essayé d'apprendre à travers elle pour améliorer ses missions et sa façon de communiquer avec les tribus étrangères pour glaner des informations. Ses méthodes avaient toujours portées leurs fruits.

Sheppard était un bon soldat, un excellent soldat. Il avait repris confiance en lui depuis son arrivée sur Atlantis. Cette expédition avait été plus que salutaire pour lui qui s'était senti si à la dérive, si mauvais et insignifiant. Et il lui devait à elle, uniquement.

Alors, John ferma les yeux car il devait comprendre... Oui, il devait comprendre pourquoi...

« Je suis un abruti, s'exclama-t-il soudain en ouvrant les yeux. »

Trois minutes plus tard, le militaire était en dehors de ses quartiers.

Et les cinq minutes d'après, il les avait passer à marcher en se répétant corps et âme qu'il entreprenait l'initiative la plus conne qu'il n'avait jamais eu. Mais son impulsivité couplée à sa fatigue l'empêchait de raisonner de manière logique. Là tout de suite, il y avait un problème, et il savait qu'il serait incapable de dormir sans le résoudre.

Or, un soldat se devait d'être reposé pour ne pas faire d'erreur, pas vrai ?

« … Pas vrai ? Se répéta-t-il en se trouvant devant une porte coulissante ».

John prit une inspiration et toqua fermement à la porte. Il avait préféré ne pas réflechir plus longtemps, au risque d'agir comme un lâche en faisant machine arrière afin de prendre un somnifère à la place.

Il était 3h du matin à sa montre. Autant dire qu'il était inconscient de déranger sa cheffe à une heure pareille.

« Oui, c'est ça. Je suis complètement taré, j'ai perdu les pédales, peut-être que Ford m'a injecté son sérum en douce, ce qui expliquerait mon comportement tout à fait... »

Soudain, la porte s'ouvrit devant une Elizabeth un peu hagarde, vêtue d'un t-shirt noir au logo d'un vieux groupe de métal, assez long, mais pas suffisamment pour couvrir ses jambes. Sa chevelure avait été rassemblée en un chignon lâche qui semblait se défaire au fil des secondes.

A cette vision, John cligna des yeux plusieurs fois, entrouvrant la bouche comme une carpe encore plus bête qu'il ne l'était.

« John ? Il y a un problème avec la cité ? Demanda la diplomate après avoir bailler lourdement. »

Un problème ? Oh seigneur, il n'avait jamais vu Elizabeth aussi peu présentable, et pourquoi alors la trouvait-il soudain si... si...

« Non, souffla John, ailleurs.

_ Tout va bien ? Vous m'inquiétez, avoua-t-elle en avançant d'un pas vers lui. C'est la mission avec Ford qui vous pose problème ? Vous avez besoin de vous rendre à l'infirmerie ? »

Le militaire vit la main de la jeune femme s'approcher de son front à la température normale. Il n'avait pas décroché un mot, et il était vrai qu'il avait peut-être l'air d'un zombie à l'heure actuel.

Dans son geste, John remarqua le bas de ce t-shirt absolument incroyable se lever de quelques millimètres, dévoilant un millième de sa cuisse et il sembla encore plus pâle.

« Dieu bénisse Metallica, pensa-t-il soudain. »

Le militaire se força à reprendre ses esprits. Il se secoua alors la tête et leva lentement les yeux. De ses jambes nues, incroyables, longues il remonta encore et encore, vers ce logo un peu kitch qui ne moulait strictement rien, puis vers le cou de la dirigeante dégagé par cette coiffure négligée qui lui donnait un aspect naturel irrésistible, malgré les mèches frivoles qui retombaient ici et là. Enfin, il fit face à son visage, ses traits, inquiets, tirés aussi.

« Je, je suis... désolé. »

En fait, il avait prévu un espèce de discours dans sa tête, un long monologue, expliquant des tas de choses, à commencer par sa considération, son respect, leurs confiances mutuelles et l'importance de ne pas se brouiller pour l'équilibre de la cité. Mais tout s'était envolé dès que la porte s'était ouverte. Pouf ! Adieu le séducteur John aux mots chaleureux, et toujours bien choisis.

Il avait l'air d'un... parfait idiot.

Mais elle, ne le regardait pas comme tel. Jamais.

Elle fronça les sourcils, puis parut embêtée.

« Rien ne sert de vous excuser John, je comprends votre point de vue.

_ Non. Ce n'est pas le mien. Je n'envie pas votre place Elizabeth. J'avais tord, vous n'occupez en rien une fonction enviable et j'ignore comment je pourrais réagir à votre place si je vous savais sans cesse en danger de mort alors que je ne pourrais rien faire d'autre qu'attendre. J'ignore ce que je ferais si je savais que désormais, je n'aurais même plus accès à la seule possibilité d'envoyer des hommes vous sauver sous couvert d'autorité face aux autres et d'équité. Vous prenez des décisions que je serais incapable de prendre, je sais à quel point c'est dur, je l'ai toujours su, mais cette fois c'est différent. Vous êtes différente. C'est pour cela que vous êtes la seule à laquelle j'obéis aveuglément. Vous connaissez mon parcours, vous savez à quel point l'autorité m'a posé de divers problème par le passé alors, vous savez que je dis la vérité. »

Très bien, c'était mieux que son discours prévu finalement.

Elizabeth parut intégrer l'information. Alors elle hocha lentement la tête, en proie à une certaine réflexion. Puis, elle riva ses yeux dans les couloirs vides assez furtivement, mais pas suffisamment pour que John ne le remarque pas.

« Il n'y a personne, assura-t-il. J'ai compris la leçon.

_ Je refuse que l'on puisse penser que je fasse preuve de favoritisme sous prétexte que... »

Sous prétexte que quoi ? John eut envie de la supplier de finir sa phrase. Quel prétexte ? Pourquoi s'acharner à le sauver, lui ? Pourquoi tant de moyens, pourquoi cette discussion existait-elle alors qu'elle ne le devrait pas ? Alors que la logique aurait voulu que cinq hommes tout au plus soient dépêchés pour le chercher et non une armada. Pourquoi cette injonction à taire des « rumeurs » ?

De ce qu'il en avait compris, cela concernait une relation inappropriée entre lui et elle. Mais c'était faux ! En vérité, ils s'étaient même toujours tacitement mis d'accord pour garder un certain professionnalisme entre eux. Les membres les plus aguerri le savaient bien.

John avait envie de s'énerver contre tout le monde, crier que ces médisances étaient absolument injustifiées, que c'était ridicule. Mais lorsqu'il releva encore la tête, il aperçu avec une vitesse affolante, un semblant de miroir reflétant leurs silhouettes depuis les quartiers de sa supérieure. Et il vit son visage, avant que celui-ci n'affiche un air semi choqué.

Il ne s'était jamais vu avec un air aussi concerné, aussi sérieux, fort, impliqué, se voulant convainquant, mais implorant à la fois. Il avait l'air d'être sur le point de se mettre à genoux, prêt à se plier en quatre et juste pour cette femme devant lui. Son regard pétillait d'un éclat étrange, pas de celui habituel lorsqu'il apercevait une jolie dame, mais d'une toute autre. Un mélange de respect, d'admiration, mais aussi de quelque chose impossible à déchiffrer.

Lorsque son attention se porta de nouveau sur la diplomate embarrassée, il remarqua qu'elle n'y prêtait pas attention. Et sans doute était-ce parce que ce regard là, était celui qu'il portait tout le temps à son encontre. Elle y était habituée. Alors que ce n'était pas censé être habituel.

Bordel, mais qu'est-ce que c'était ? Et comment pouvait-il lui promettre de stopper l'avancée de ces rumeurs s'il continuait de la regarder ainsi ? Il ne pouvait pas changer ce qu'il pensait d'elle après tout. Oui, Elizabeth était intelligente, remarquable, forte, indépendante, réfléchie, raisonnée, avenante, souriante, gentille, douce, adorable, merveilleuse et... Oh.

Oh. Peut-être était-ce cela le problème ? Bon. Il devait retrouver le ton détaché qu'il avait en tout premier lieu, arrêter de se laisser entraîner par ses qualités qu'il aimait.

« Je ne pense pas que vous fassiez preuve de d'inégalité entre les membres de l'expédition Elizabeth. Vous êtes partiale et la meilleure dirigeante qu'il puisse y avoir. »

Voilà, c'était bien ça, non ? Professionnel, droit et franc.

John fixa ses pupilles dans celles d'Elizabeth, avec tant d'intensité qu'il y voyait son propre reflet... Ainsi que la brillance de celles de la jeune femme, à peine perceptible, montrant pourtant l'impact de ses mots. Il en était sur, il n'y avait que lui pour percevoir ce genre de choses. Mais leur échange de regard demeurait d'une intensité rare. Autant dire que la mission « réduire le non verbale pour taire les langues de vipère » s'apprêtait à être un échec cuisant.

Maintenant qu'il avait appris à la décrypter, c'était encore plus compliqué.

« Les rumeurs, il y en aura toujours. Je parlerais au major Lorne.

_ Vous ne parlerez à personne, retrouva soudain Elizabeth de son ton autoritaire.

_ Je le ferais car je suis responsable des militaires de cette cité, répondit John avec calme. Je sais être subtil.

_ Permettez-moi d'en douter, Colonel, lâcha Elizabeth d'un ton semi moqueur.

_ Pour vous c'est John, et cette excentricité est justement la seule que nous nous permettons. Vous voyez ! Je suis un garçon subtil, dit-il avec fierté.

_ Pas du tout, lâcha Elizabeth en levant les yeux avant de croiser les bras devant elle. Vous foncez dans le tas, et je répare vos bêtises. Pendant ce temps, vous emballez les extraterrestres un peu jolies avec vos paroles de Don Juan de telle façon que tout le monde pense qu'en qualité de femme, je suis incapable de vous résister, et donc de prendre des décisions rationnelles.

_ Vous savez quoi ? Si je n'étais pas quelqu'un de subtil, je vous dirais que ces femmes n'ont aucune importance car que vous êtes irremplaçable, vous.

_ Ça, vous l'avez déjà dit pour me défendre, souligna-t-elle d'un sourcil levé.

_ Très bien, alors je dirais que vous êtes merveilleuse, incroyable, et inégalable. Sans vous, Atlantis aurait péri par la main des Wraiths ou des Jenii depuis longtemps. Je vous dirais donc que vous valez un million de fois mieux que toutes ces « jolies extraterrestres » que je croise sur mon chemin, sauf qu'à la place, je me contente de dire que je n'obéis qu'à vos ordres. Je ne le fais avec personne d'autre, alors ça a du poids je suppose, lâcha John d'une voix plus mesurée. »

Elizabeth resta muette, un peu gênée même. Elle baissa la tête et serra ses bras, pour se donner un peu de courage et de chaleur. Revait-elle ou John Sheppard l'avait sorti du lit pour la réconforter en lui faisant tout les compliments de l'univers ?

Bon sang, mais qu'est-ce qu'ils fabriquaient ? Elle devait mettre fin à ça.

« Non ? finit par demander timidement John après un court silence.

_ Je suppose oui, murmura Elizabeth en levant son visage vers le sien. »

John scruta les traits de la jeune femme face à lui, surprise, touchée, apeurée aussi. Cette pente avait l'air glissante. Alors pourquoi continuait-il à foncer dans cette brèche ?

Peut-être parce que la vue de Kavanagh et de Lorne lui avait fait prendre conscience que personne ne semblait avoir de considération pour elle... Ce qui était si injuste lorsqu'il revenait acclamé par tous alors qu'elle en mériterait tout autant, plus même.

« Et si je n'étais pas subtil, je ne me retiendrais pas de vous dire à quel point vous êtes forte, à quel point vous êtes... impressionnante, charismatique et que je n'ai encore trouvé aucune femme qui vous égale sur toutes ces planètes, malgré la beauté intérieure et extérieure de chacune.

_ John... souffla la jeune femme en évitant son regard. Vous voyez, c'est ce discours de séducteur qui...

_ Je ne tiens pas un discours de séducteur, je le pense Elizabeth. Vous ne comprenez pas. »

John s'avança d'un pas, avec la conviction qu'il devrait s'arrêter sans attendre. Mais il en était incapable, son esprit avait prit le train et celui-ci filait à vive allure.

« Je sauve les apparences, avec des femmes que tous disent quoi ? « Sexy » ? Vous n'êtes pas sexy, vous êtes plus.

_ John, nia Elizabeth, je vous assure que...

_ Je veux juste vous convaincre que oui, je suis subtil car si je ne l'étais pas, je n'aurais jamais su me retenir de vous serrer chaque fois que je reviens de mission et que vous m'accueillez avec un sourire, je n'aurais jamais su me contenter d'un serrage de main alors que... »

John cligna des yeux, s'apercevant de leur proximité dangereuse, du regard vibrant de la jeune femme qui faisait tout sauf le calmer dans sa litanie et dans sa fièvre de se dévoiler soudain. Son regard portait toute son admiration, son attirance pour ce qu'il était et non de faux semblant.

« Ce que je veux dire, c'est que je ne peux pas faire plus. Je ne pense que du bien de vous Elizabeth, difficile de le cacher, même si j'essaie, mais je fais déjà le nécessaire pour garder une distance acceptable. Je ne me permettrais jamais de franchir les limites. »

Le docteur Weir regarda son second différemment. Elle laissa échapper un faible sourire.

« Je ne veux pas mettre de limites vous savez, grimaça-t-elle. Je n'aime pas établir ce genre de règles protocolaires.

_ Oh vous devriez, plaisanta John. Ça la foutrait mal que je réclame mon petit câlin à chaque retour de mission. »

Elizabeth éclata de rire à l'image qui lui vint en tête et cela réconforta d'autant plus le Colonel. Ça y ai, cette fois, il pouvait dormir tranquille.

« Pas de câlin à chaque retour de mission alors, Colonel.

_ A vos ordres, docteur Weir. »

D'un regard malicieux, John la laissa reculer pour retourner dans son quartiers... Mais Elizabeth se tourna de nouveau vers lui après une ou deux secondes d'hésitation.

« John ?

_ Oui ? Demanda-t-il alors qu'il s'apprêtait à prendre congé.

_ Faites en sorte de ne pas... mourir, la prochaine fois. »

Il avait déjà entendu ce genre de phrases... souvent en vérité. Le métier de militaire avait ses aléas. Mais chaque fois, c'était de l'ordre de la menace d'un supérieur, ne pensant qu'aux problèmes qui l'attendrait en cas d'échec.

Et c'était aussi pour cela qu'il avait pris le soin de n'entretenir aucune attache. Pour que personne ne soit affecté par sa disparition. Mais depuis Atlantis... quelqu'un s'en souciait. Et c'était un drôle de sentiment qu'il ressentait à présent. Son cœur se serra, et il eut envie de rester confiné dans la cité pour toujours.

Sheppard se sentait usé, et las. Il avait cru y rester pour de bon cette fois, alors merde.

Il fit deux pas qui lui permirent de rejoindre la jeune femme et la prit dans ses bras. Elle cacha un hoquet de surprise, puis une crispation avant de lâcher les armes.

Elle aussi, était fatiguée pour dire vrai. John sentit le corps de la jeune femme se détendre avant qu'elle ne s'accroche à son cou. Et il soupira en toute discrétion.

Jamais il ne se l'était permis. Elle, une fois. Lui, jamais. Et cela faisait du bien, en vérité.

Il s'imaginait mourir sans connaître de nouveau cette sensation. Alors, il ferma les yeux, sentant le cœur d'Elizabeth tambouriner en rythme contre le sien, son parfum, sa chaleur, sa façon de le tenir comme s'il valait quelque chose. Il voulait imprimer cette sensation en lui pour toujours.

« Désolé, j'ai un problème avec l'autorité. »

Elizabeth rit un peu, avant de se reculer. John la garda dans les bras un instant, et se demanda quelle force l'avait envahi pour qu'il parvienne à se retenir de ne pas aller plus loin. Ce regard détaché de toute retenue, ce besoin d'être à ses côtés, sa considération, sa force... Et dire que ses quartiers étaient encore ouverts, qu'il ne fallait qu'un pas, qu'un geste. Il n'était qu'à quelques centimètres de sa bouche, juste deux ou trois, il ne lui suffisait que de se pencher pour la cueillir, pour lui montrer à quel point elle comptait.

Elizabeth avait été surprise quant à elle. Elle s'était promis de ne plus entreprendre d'élan de la sorte envers John, parce que s'en détacher après était encore plus difficile. Elle eut envie de le maudire pour ce geste, et de l'embrasser pour l'avoir fait aussi.

Ils étaient proches. Trop proches.

Si cela dérivait, plus jamais elle n'arriverait à le laisser franchir la porte des étoiles.

« Heureusement que vous m'avez dit que vous aviez retenu la leçon, dit-elle en fronçant les sourcils avec une pointe d'amusement.

_ Il n'y a personne à cette heure-ci. Et puis, vous savez quoi ? Le jour où il arrive un truc de fou comme, je sais pas, une possession. Je vous jure que je ne me gênerais pas pour faire un truc totalement inapproprié devant eux, histoire de me venger.

_ Je penserais à vous si ça m'arrive un jour, Colonel, répondit Weir, amusée. Autant ne pas mourir bête. »

Cela ne risquait pas d'être demain la veille. Il espérait ne pas trépasser d'ici là, il tuerait pour vivre un tel moment un jour.

Oh, et puis... remerde. S'il devait perdre la vie, autant qu'elle le tue elle-même pour ce qu'il s'apprête à faire.

John se pencha et en une seconde, captura les lèvres de la dirigeante. Oh, cela ne dura pas longtemps, une seconde, deux, tout au plus. Le souffle de la jeune femme se coupa, tout comme il sentit son cœur s'arrêter.

Dans son geste, elle avait fermé les paupières et John la trouva vraiment... ravissante.

« Autant ne pas mourir bête, lui répéta-t-il. »

Elizabeth ouvrit les yeux, avant de froncer les sourcils et de se parer d'une mine désapprobatrice. Mais encore dans ses bras, cela n'avait guère de poids en réalité.

« Et autant ne pas me donner de bonnes raisons d'être partiale en plus de vouloir encore moins vous envoyer en mission. Vous ne me facilitez pas la tâche, John.

_ Désolé, grimaça-t-il.

_ Retournez dormir.

_ A vos ordres. »

Merde. Peut-être que les rumeurs étaient fondées, finalement...

FIN