Bonjour à tous et bonne lecture !
« Quoi ? s'exclama Patmol, en laissant tomber Noblesse par nature qui atterrit dans un bruit sourd. C'est impossible ! Reg est mort avant ! »
« Pas ça. Quelque chose à propos d'une attaque à leur maison. » expliqua Harry.
« Au Manoir Potter ? »
Harry acquiesça.
« Quelques jours après la découverte du corps de Curtis McKinnon, d'après l'article. »
« Exact, murmura Patmol. Par Merlin, on a été chanceux. »
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
« Reg est passé. On s'est disputé à propos de quelque chose, je ne sais plus quoi – ce n'était pas important, dit Patmol, en souriant d'un air un peu coupable. J'étais si énervé que j'ai passé le reste de la journée à jeter des choses à tort et à travers dans mon appartement. Cornedrue et Lunard étaient inquiets parce que je ne répondais pas à leurs appels par la cheminée. Je leur ai crié dessus quand ils sont arrivés, alors Remus a décidé de faire du thé et James est parti pour revenir avec toi – tu avais juste quelques mois – et avec Lily. »
Patmol se mit à sourire.
« Tu pouvais toujours me remonter le moral ... A nous tous, en fait. Toi et le garçon des Longdubat étiez toujours aux réunions de l'Ordre, en partie parce que personne ne faisait confiance aux baby-sitters, mais aussi parce que vous étiez tous les deux toujours si joyeux ... Vous nous rappeliez ce pourquoi on se battait. Bref, ta mère et ton père étaient prêts à partir – Peter était censé leur rendre visite – quand Dumbledore est arrivé, au bord des larmes, en disant qu'il y avait eu une attaque au Manoir Potter et qu'ils avaient disparus. Lily l'a réconforté – le pauvre homme avait manqué de faire une crise cardiaque en les voyant assis sur mon canapé – et James a alterné entre des blagues sur toute l'histoire et des discussions sur les sorts qu'il allait utiliser sur ces salauds la prochaine fois qu'il les verrait. »
« Alors qu'est-ce qu'il s'est passé après ? »
« Tu es resté à mon appartement avec Remus et James, Lily, Dumbledore et moi sommes allés au Manoir pour faire quelques sacs. Dumbledore vous a installé dans un des appartements pour les professeurs à Poudlard et vous avez vécu là jusqu'à votre emménagement à Godric's Hollow. »
Harry acquiesça. Et nous avons vécu là jusqu'à Halloween, finit-il dans sa tête.
« C'est bizarre. »
« Quoi ? »
« D'entendre tout ça. Même si j'étais là, j'étais trop petit pour me souvenir de- »
Patmol ramassa l'exemplaire de Noblesse par nature et l'agita devant lui.
« Bien sûr que tu étais trop petit ; tu étais grand comme ça. »
Harry regarda la feuille qui venait de sortir du livre et tombait par terre.
« Il y a d'autres articles ? »
« Pas sur eux, répondit Harry. Qu'est-ce que dit ce papier ? »
Patmol fronça les sourcils et l'attrapa.
« Un autre article de journal. 'Double arrestation : un père et son fils attaquent un membre du Ministère'. » lut-il, le visage renfrogné.
Il fronça les sourcils et jeta le livre dans le sac-poubelle, mais garda l'article et le fixa encore un moment.
« Ma mère l'a probablement utilisé comme marque-page. »
Patmol le tendit à Harry. L'homme qui le fixait sur la photographie avait un air effrayant avec un visage fin, d'épais cheveux emmêlés et des yeux sombres qui regardaient dans des directions différentes. Il montra les dents – ou du moins, celles qui lui restaient – à Harry et plongea sur celui qui tenait l'appareil photo. Deux sorciers apparurent pour le retenir. A l'arrière plan, près d'une une maison délabrée, criant et faisant des gestes impolis, se trouvait un vieil homme qui ressemblait un peu à un singe. Harry dut cacher un sourire en voyant que Regulus avait encerclé le geste de la main.
Patmol avait repris Noblesse par nature et était en train de le feuilleter doucement. Il parcourut une page en silence et renifla. Il ouvrit une page à la fin du livre et le tendit à Harry.
« Tiens. Tu pourrais trouver ça intéressant. »
La lignée des Potter s'affichait sur le haut de la page en lettres dorées. Harry se laissa tomber sur le lit et se mit à tracer le blason rouge, argent et noir avec des doigts tremblants. Des mots dorés entouraient ce blason en formant un triangle.
« Patmol ? »
Celui-ci était en train de froncer les sourcils à l'article concernant la double arrestation.
« Hmm ? »
« Qu'est-ce que ça veut dire 'Aut viam inveniam aut faciam' ? »
« C'est sans doute la seule phrase que je connais en latin, dit Patmol, avec un sourire ironique. 'Je trouverai un chemin, ou tracerai le mien'. Ça convenait parfaitement à James, je peux te le dire. »
Harry sourit et relut les mots plusieurs fois pour les graver dans sa mémoire, avant de parcourir rapidement l'histoire de la famille Potter.
« Est-ce qu'on le garde ? » demanda-t-il, une fois qu'il en eut fait le tour.
« Le livre ? Nan, on doit en avoir au moins cinq autres dans la maison. »
Harry le lança dans le sac poubelle et rejoignit Patmol près du bureau.
« Tu pourrais trier ça ? » demanda Patmol.
« Qu'est-ce que je dois faire avec ? »
« Si ça a l'air intéressant, garde-les. Si non ... »
Patmol dirigea son pouce en direction du sac-poubelle. Patmol, qui tenait toujours l'article, se rapprocha du lit pour s'y asseoir et se mit à regarder les articles qui y étaient.
Harry s'assit près d'une pile de livres. Anciens Ministres : infâmes ou inspirants fut destiné à la poubelle, mais le reste des livres s'avéra plutôt intéressant. Potions puissantes avait l'air compliqué et plutôt sombre – les images en particulier firent frémir Harry – mais il y avait aussi des potions qui avait l'air utile.
Regulus, pour une raison quelconque, avait marqué la page d'une potion appelée 'Potion du détraqueur' qui forçait celui qui en buvait à revivre ses pires souvenirs et qui agissait également comme un poison à action lente – la victime était condamnée à vivre avec une fatigue générale, des nausées et des changements d'humeur à moins d'être guéri. Certains en mourraient même. Le livre n'offrait aucun remède, cependant. Harry plissa le nez et le mit de côté ; ils allaient le garder, décida-t-il, mais il préférait autant de ne plus avoir à le relire.
Il y avait également un Guide avancé des protections magiques qui n'avait aucune page marquée, mais avait apparemment été lu un grand nombre de fois ; la reliure était abîmée et le coin des pages était fin et arrondi par l'usure. Il y avait un tas de Manuels de défense magique, mais seul celui consacré aux créatures du mal avait été lu ; les autres étaient tous toujours parfaitement intacts.
« Harry ? »
Harry leva la tête.
« Il y a un livre sur les artefacts sorciers ? »
Harry repoussa Traces et auras : repérez la magie autour de vous et attrapa un livre plus fin que les autres dans la pile, titré Histoire des artefacts magiques.
« Celui-là ? »
« Ouais, je pensais bien l'avoir vu. Regarde et dis-moi si tu peux trouver quelque chose sur une bague moche avec une pierre noire. »
Harry ouvrit le livre et balaya le contenu des yeux.
« Euh ... Il y a la bague de Morgane. Elle a des propriétés curatives, ou quelque chose comme ça. »
« Nan, c'est pas ça. »
« C'est la seule bague, dit Harry. Mais si tu veux des pierres ... Il y a la pierre philosophale et la pierre de résurrection. »
Patmol secoua la tête.
« L'article dit que Marvolo Gaunt pensait que son nom et sa bague l'auraient protégé. Tu es sûr qu'il n'y a pas une bague des Peverell là-dedans ? »
« A peu près sûr, dit Harry, sur un ton d'excuse. Tu peux vérifier- »
Patmol secoua à nouveau la tête.
« Et une bague de Serpentard ? »
« Serpentard avait juste un médaillon. » dit Harry en ouvrant la page en question.
Patmol fit la grimace et lui montra la photo du vieux Gaunt qui faisait des gestes de la main.
« Je pensais que Reg avait entouré la bague.» dit-il.
Seulement là, Harry remarqua que l'homme portait en effet une bague, pareille à celle que Patmol avait décrite ; moche avec une pierre noire.
« Ça ressemblait bien plus à quelque chose qu'il aurait pu faire. Plus que d'entourer le geste de main, en tout cas. Ou alors, nous nous ressemblions plus que je ne le pensais- »
CRACK !
« Dîner ! » s'exclamèrent joyeusement Patmol et Harry, tandis que Kreattur apparaissait, avec deux bols de soupe.
« Soupe à l'oignon ? » demanda Harry avec espoir, en posant le livre.
Kreattur inclina la tête.
« Kreattur sait que le morveux a un faible pour cette soupe. »
« Merci. » répondit Harry, en acceptant le bol et la cuillère que lui tendait l'elfe.
« Je t'ai dit de ne pas l'appeler le morveux, grogna Patmol, faisant Kreattur se figer. Appelle-le Harry ou Maître. »
« Je m'en fiche. » répondit Harry, en essayant d'éviter une autre dispute inutile.
Patmol leva les yeux au ciel. Harry jeta un regard à Kreattur, mais l'elfe ne le regardait pas ; son regard était scotché sur le livre près de Harry, celui avec la photo du médaillon, et son visage affichait une expression horrifiée.
« Kreattur ? »
Kreattur lâcha un étrange cri, tendit le second bol à Patmol et disparut. Patmol s'occupa de la soupe renversée avec sa baguette.
« Dingue, cet elfe. » grommela-t-il.
Harry était plutôt d'accord.
Kreattur fut plutôt évasif après ça. Les semaines passèrent et avril devint mai, et même là, il parlait rarement, même pour les insulter, et il passait la majorité de son temps à rôder dans le salon du premier étage, nettoyant les placards et marmonnant tout seul.
« Il a craqué. » répétait Patmol, chaque fois que l'un d'eux passait la tête à l'intérieur pour l'observer.
Kreattur murmurait « la famille ne doit pas savoir, oh non » et devenait presque hystérique si l'un d'eux lui posait trop de questions.
La chambre de Patmol – qui n'avait pas été nettoyé depuis presque treize ans – leur prit plus longtemps ; ils y avaient découvert un nid de doxys – Harry avait été mordu et avait passé deux jours au lit durant lesquels Patmol s'était occupé de lui – et un tas de robes dans l'armoire – un cadeau de James – qui était supposé les câliner, mais qui avait essayé d'étrangler Patmol à la place. Il les avait jetées au feu en conséquence.
A part ça, heureusement, les choses allaient bien. Ils avaient fini de nettoyer la chambre de Regulus et avaient remplacé les anciens rideaux, couvertures et oreillers par des nouveaux – rouges pour la plupart – et Patmol avait repeint les murs – du même blanc qu'ils avaient été – de façon à ce qu'il ne reste plus de trace du blason des Black. Patmol avait fait copié la bannière de Gryffondor de son ancienne chambre – qu'ils étaient en train de nettoyer – et l'avait accroché au-dessus du bureau de Harry, avec la promesse de changer s'il ne devenait pas officiellement un Gryffondor.
Les leçons de Harry allaient aussi très bien. Patmol avait couvert un peu d'histoire, lui avait parlé du combat de Dumbledore avec Grindelwald et de la guerre contre Voldemort. Harry avait aussi eu pas mal de succès avec les potions ; il avait réussi une potion de guérison après trois essais, il en avait aussi fait une qui avait pour effet de faire bégayer pendant une heure, une potion de sommeil et une potion de changement de couleur qui agissait comme une coloration moldue pour les cheveux ; Patmol avait eu les cheveux bleus pendant des jours après que Harry en ait versé dans son thé.
Harry, qui savait que son parrain avait un bon sens de l'humour et avait fait bien pire durant sa scolarité, s'était attendu à un rire et une réprimande contrainte. Au lieu de ça, Patmol s'était mis à rayonner et lui avait offert une glace dès que l'effet de la potion se fut estompée.
Harry s'était également amélioré avec les sorts et les maléfices que Patmol lui avait appris. Son sortilège d'Entrave était plus puissant et il avait réussi à lancer un sortilège de Chatouillis plutôt correct ; Patmol avait tout de suite essayé de lui apprendre des sorts de chatouilles bien plus complexes, mais Harry n'avait pas beaucoup d'espoir les concernant.
Patmol avait aussi appris à Harry un sort très simple de nettoyage – plus facile à lancer que le sortilège de Récurage que Patmol utilisait toujours comme menace quand Harry jurait – qui était utile pour le ménage – puisque Kreattur n'en faisait aucun – et un sort de lustrage qui pouvait aider dans la maison. La maison elle-même s'améliorait, doucement cependant.
« Comment je le fais de nouveau ? » demanda Harry.
« Attends. »
Patmol donna un coup de pied dans son sac de couchage, qu'il n'utilisait plus – comme ils avaient nettoyé la chambre de Regulus, Patmol avait pris l'habitude de dormir transformé en chien au bout du lit de Harry – pour l'éloigner de la cheminée.
« Bon, alors, tu prends une poignée de poudre de cheminette, tu la jettes dans le feu et tu dis où tu veux aller. Garde les yeux fermés et essaye de ne pas bouger. »
« Ok. » dit Harry.
Il était un peu nerveux à l'idée de voyager dans le feu, mais il était aussi impatient d'essayer.
« C'est facile, dit Patmol. J'ai appris à le faire à quatre ans. Fais juste attention d'être bien clair quand tu parles. Je te retrouve dans la bibliothèque. »
Harry acquiesça de nouveau. Patmol lui sourit et lui tendit le petit pot. Harry en prit une poignée et la jeta dans le feu. Les flammes devinrent vertes. Patmol hocha la tête. Harry grimpa dans la cheminée et avala malgré lui un nuage de cendres chaudes.
« Bi-blio-thè-thèque. » dit-il en toussant.
Patmol essaya de l'attraper, mais Harry avait déjà disparu.
Il tournait et le feu rugissait autour de lui, vert et chaud, mais ça n'était pas brûlant. Il grimaça et ses genoux, puis son coude, cognèrent quelque chose de dur. Combien de temps ça va prendre ? se demanda Harry. Monter à l'étage ne devait pas prendre plus de quelques secondes.
Tout à coup, le vert disparut et il tomba ; il leva les bras devant lui pour retenir sa chute et sentit son poignet gauche craquer. Ses lunettes tombèrent de son nez. Des larmes lui montèrent aux yeux, brouillant sa vision encore plus qu'à l'habitude et il s'assit, en se tenant la main. Il se sentait toujours étourdi, ses genoux et son coude lui faisaient toujours mal, mais ce n'était rien en comparaison à son poignet douloureux. Ses oreilles résonnaient toujours.
« Hey, gamin ! Ça va ? »
« Je déteste le réseau de cheminées. » marmonna Harry, en s'essuyant les yeux, avant de se figer.
Ce n'était pas la voix de Patmol. Et le sol de la bibliothèque était recouvert de moquette, pas de bois. Il essuya la dernière larme et regarda autour de lui. Il était dans une pièce sombre et embrumée, remplie de personnes. Le grondement ambiant était toujours présent, mais Harry réalisait maintenant que c'était le bruit des conversations. Une partie de lui reconnut le Chaudron Baveur.
« C'est- ce n'est pas la bibliothèque. » s'entendit-il dire.
Ce qui était arrivé atteignit enfin son esprit. Il se dépêcha de plaquer sa frange sur sa cicatrice et une fois qu'il les eut trouvé, fourra ses lunettes dans sa poche.
« Tu penses qu'il s'est fait un traumatisme crânien ? »
Deux mains le remirent sur ses pieds.
« Comment je suis censée le savoir ? demanda une fille. Ron, va chercher Maman. »
« Toi, va chercher Maman ! » répondit la voix d'un garçon.
« Vous en faites pas, répondit rapidement Harry, incapable de les voir sans ses lunettes, mais à moins qu'il ne soit devenu fou, il pensa qu'il y avait vraiment beaucoup d'orange. Je vais bien. »
« Alors pourquoi tu tiens ton poignet ? » demanda la fille.
« Je vais bien, répéta Harry. Je vais être en retard. »
« Où tu vas ? » demanda l'un des garçons.
« Retrouver mon ... euh ... père. »
« Il est où ? »
« Fleury et Bott, répondit Harry. Il est ... euh ... en train d'acheter mes livres pour l'école. Maman m'a envoyé l'aider. »
« Tu vas à Poudlard ? » demanda la fille, avec envie.
« Euh ... Ouais, je commence cette année. » répondit Harry.
« Nous aussi ! lancèrent deux des garçons à l'unisson, faisait grimacer Harry. Quelle maison ? »
« Je ne sais pas, dit Harry. Il faut vraiment que j'y aille. Merci encore. »
« Salut. » dirent la fille et un de ses frères.
« On se revoit à l'école. » s'exclamèrent les deux autres.
Harry, en se tenant toujours le poignet, réussit à trouver son chemin jusqu'à la porte et sortit dans la petite cour qui menait au Chemin de Traverse. Aussitôt qu'il se fut assuré d'être seul, il remit ses lunettes, sortit sa baguette, vérifia qu'il avait de l'argent dans ses poches – il avait une mornille et quelques noises – et examina ses options.
Il ne savait pas comment accéder au Chemin de Traverse – les deux fois où ils y avaient été, Patmol s'en était chargé – ou il aurait sans doute été demandé de l'aide à Mr Ollivander, mais demander à quelqu'un d'ouvrir la voie risquait d'attirer l'attention sur lui. Il pouvait repartir par la cheminée, mais il ne se sentait pas très sûr de lui à ce propos et, en tant que Gardien du Secret, il n'était pas très recommandé pour lui de crier l'adresse de leur maison dans un pub bondé. Il restait le Londres moldu. Il devrait marcher ; une mornille n'allait pas beaucoup l'aider parmi les moldus.
Harry écarta sa baguette à contrecœur, remonta la capuche de sa veste sur sa tête de façon à cacher son visage et rentra dans le pub. Trois enfants aux cheveux roux parlaient à leur mère grassouillette d'un garçon étrange et de la cheminée. La fille leva les yeux tandis qu'il entrait, mais il évita soigneusement le contact visuel et elle tourna les yeux. Malheureusement, malgré ses efforts pour rester discret, Harry se cogna contre un autre des roux qui sortait de la salle de bain.
« Oh, c'est toi. » dit le garçon.
Il était joufflu et petit – peut-être quelques centimètres de moins que Harry – avec un long nez plein de taches de rousseur, des yeux bleus et des cheveux roux et brillants. Il devait avoir l'âge de Harry.
« Tu ne devais pas retrouver ton père ? Et où t'as trouvé ces lunettes ? »
« Euh ... »
Harry lança un regard inquiet par-dessus son épaule. Les yeux du garçon s'agrandirent.
« Je sais qui tu es ! »
« Chhhht ! » siffla Harry.
Il coinça sa baguette dans sa poche et attira le garçon dans un coin.
« Je pensais que tu étais mort ! » s'exclama le garçon.
« Chut ! » répéta Harry.
« Désolé, murmura le garçon, en regardant Harry. C'est trop bizarre ! »
« Je ne suis jamais venu ici, dit Harry, désespéré. S'il te plaît ! »
« D'accord, répondit le garçon. T'en fais pas. »
« Merci. » lui dit Harry, soulagé.
« Pas de problème, dit le garçon, qui hésita avant de lui tendre la main. Je suis Ron. Ron Weasley. »
« Harry Potter. » dit Harry doucement, en lâchant son poignet pour lui serrer la main.
« Tu es blessé ? » demanda Ron, en regardant son poignet.
« Je vais bien. » répliqua Harry.
« Je pourrais demander- Maman est juste là-bas si tu veux- »
« Je vais bien, répéta Harry. Vraiment. »
Ron regarda de nouveau son poignet, mais n'insista pas.
« Pourquoi tu es là ? demanda-t-il, à la place. Tu t'es échappé ? »
« Non, répondit froidement Harry. Je me suis perdu dans le réseau de cheminée. »
« C'est arrivé à mon frère George une fois, répondit Ron, avec un sourire amusé. Fred a fait une crise. J'ai cru qu'il allait épouser la vieille sorcière qu'il l'avait ramené, tellement il était heureux. »
« Qui ? » demanda Harry, momentanément distrait de ses propres problèmes.
« Mes frères. Ils sont là-bas. »
Harry jeta un regard furtif par-dessus son épaule pour voir les jumeaux assis à la table avec leur mère et leur sœur. Celle-ci n'arrêtait pas de regarder dans leur direction, avec nervosité, mais chaque fois que Harry croisait son regard, elle détournait les yeux. Il était juste reconnaissant qu'elle reste discrète. Ron fronça soudainement les sourcils.
« Tu vas vraiment à Poudlard cette année ? demanda-t-il. Ou tu as juste dit ça pour qu'on te laisse tranquille ? »
« J'ai- »
Mais Harry ne put répondre. Une femme au comptoir s'était tournée vers eux et les épiait avec curiosité. Elle le regarda un moment avant que ses yeux ne s'agrandissent. Elle laissa échapper un cri et se renversa toute sa boisson dessus.
« C'est Harry Potter ! » hurla-t-elle.
Harry adressa un regard d'excuse à Ron et s'enfuit. Il se débrouilla pour rejoindre la rue, mais il semblait que la moitié du pub l'avait suivi.
« Attends, Potter ! » cria une sorcière.
« Il est à moi ! » hurla un sorcier.
Harry n'avait jamais été aussi effrayé de sa vie. Il courut, passa près d'un couple de moldus et fut presque percuté par une femme à vélo, alors qu'il s'enfuyait sur Charing Cross Road. Il ne pouvait même pas sortir sa baguette puisqu'il se tenait toujours le poignet.
« Potter ! »
« Est-ce que quelqu'un- Harry ? » demanda un homme avec un jean déchiré, tandis qu'il passait à côté de lui.
Harry l'ignora, mais il entendit l'homme se mettre à courir à son tour.
Il tourna à l'angle d'une rue, entre un misérable hôtel et un restaurant chinois, et à l'angle d'une autre rue, qui le mena jusqu'à un parvis aux murs hauts, juste derrière un bar. Il regarda les deux ruelles, en essayant de trouver laquelle allait l'aider à sortir de là, et il finit par choisir la gauche ; ses poursuivants avaient sorti leur baguette et essayaient de l'arrêter.
Harry sentit la peur lui serrer les entrailles tandis qu'il tournait à un nouveau coin de rue, mais il y avait quelque chose de plus que de la peur aussi. Quelque chose de chaud et quelque chose d'étrangement familier en même temps. De la magie, réalisa Harry. Mais comment suis-je censé l'utiliser ? La magie accidentelle n'avait toujours été que ça ; accidentelle.
« Potter, viens ici ! » beugla une femme.
Harry rassembla toute la magie qu'il pouvait sentir et se prépara à l'utiliser.
« Stupéfix ! » cria un autre sorcier.
Il fut forcé de tourner à un nouvel angle de rue et en courant, rentra dans une poubelle. Elle tomba avec un gros bang et Harry atterrit à nouveau sur son poignet en criant de douleur. Sa magie disparut. Il entendit des bruits de pas et fouilla sa poche à la recherche de sa baguette, mais ne parvint pas à l'attraper avant qu'une paire de jambes, vêtue de jean, n'apparaisse dans son champ de vision. Un homme aux cheveux châtains s'agenouilla près de lui.
« Tu es blessé ? »
« Non. » mentit Harry.
Sa main valide était serrée autour de sa baguette. L'homme laissa échapper un son qui aurait pu ressembler à de l'amusement et tapota le bras gauche de Harry avec sa propre baguette. Des bandages s'enroulèrent autour de son poignet.
« Merci. » murmura-t-il.
« Il l'a eu ! »
Harry lâcha sa baguette et laissa l'homme l'aider à se mettre debout. Aussitôt qu'il fut debout, l'homme se plaça entre lui et la foule. Harry récupéra sa baguette.
« Qui a lança ce Stupéfix ?! » demanda l'homme qui l'avait aidé.
« C'est Harry Potter ! »
« Je sais qui il est, bon sang ! cria l'homme en retour, l'air ennuyé. Et c'est la victime de toute cette histoire avec Sirius Black, pas le responsable, alors je vous remercierais de ne pas jeter de sorts à un enfant de huit ans ! »
Harry n'attendit pas d'entendre le reste. L'homme semblait suffisamment distrait, tout comme les autres, alors il en profita pour se lancer dans la ruelle attenante et se remettre à courir. Son poignet ne lui faisait plus aussi mal, mais il était toujours inquiet et voulait rentrer à la maison.
Il suivit l'allée jusqu'à une rue bien animée qu'Harry croyait être Shaftesbury Avenue. Il releva sa capuche de nouveau et se glissa dans la foule. Tante Pétunia lui avait toujours dit de rester où il était s'il se perdait, mais il était plutôt sûr que ce conseil ne s'appliquait que lorsque la personne qui le cherchait avait une vague idée de l'endroit où il était. De plus, si Patmol ne pouvait pas le trouver, les autres sorciers ne le trouveraient pas non plus.
Il marcha un moment près d'une jeune femme aux cheveux noirs – assez près pour que n'importe qui les croit de la même famille, mais assez loin pour ne pas l'agacer – de la même façon qu'il le faisait quand il était plus jeune ; il avait toujours aimé prétendre qu'il n'était pas de la même famille que les Dursley, même pour quelques minutes.
Il n'était pas très sûr de l'endroit où il allait et il n'était pas assez stupide pour demander aux gens la direction du Square Grimmaurd, alors il se contenta de marcher, en essayant de mettre autant de distance que possible entre lui et le Chaudron Baveur.
Il est en vie, il est en vie, il est envie, se répéta joyeusement Remus, tout en criant sur les gens qui avaient attaqué Harry. Il savait que Harry était en vie, bien sûr, parce que le Département des archives magiques n'avait pas déclaré sa mort, mais ça n'avait pas beaucoup apaisé les peurs de Remus. Il est en vie, il est-
« Il est parti ! hurla une sorcière. Vous l'avez laissé partir ! »
Remus se tourna et jura.
« Harry ! » appela-t-il, en s'avançant dans une allée.
Harry n'était nul part. Remus passa une main dans ses cheveux, agité, et renifla l'air. Il y avait une faible odeur de peur, de détermination et quelque chose qui ressemblait à James, à Lily et à Sirius, mais qui n'était pas eux, dans la rue de droite. Il suivit son instinct sans hésitation et atteignit une rue moldue agitée.
La piste était plus difficile à suivre ici, avec plus de gens, mais Remus se dit qu'il ne pouvait pas être loin et devait bien être quelque part dans le coin ... Les enfants ... pensa Remus, en regardant autour de lui.
Il y avait un garçon blond près d'un vieil homme qui semblait être son grand-père, un garçon aux cheveux noirs qui suivait une petite fille avec des nattes – pendant un instant, Remus pensa que ça pouvait être lui, mais les cheveux du garçon était trop plats – un autre garçon attendait près d'un arrêt de bus, mais il était trop gros ... Remus pensa, le cœur serré, à Peter. Un autre garçon lui rentra dedans et s'arrêta pour dire quelque chose – une excuse, pensa-t-il – avant de s'empresser de suivre une femme que Remus soupçonnait être sa mè- Attends.
Le garçon avait sa capuche sur sa tête – ce qui déjà attira son attention – et tenait son poignet d'une façon étrange, comme s'il était douloureux. Remus était presque sûr que ses vêtements étaient ceux que Harry portait, et la femme à côté de laquelle il marchait n'avait pas l'air d'être consciente d'avoir son enfant près d'elle.
Elle ne regardait jamais dans sa direction, ne tenait pas sa main, ou ne laissait même apparaître aucune conscience de sa présence. Elle n'avait pas non plus l'air énervé, comme s'ils avaient eu une dispute et qu'elle l'ignorait en conséquence. Le garçon regarda autour de lui d'un air méfiant et Remus aperçut des lunettes en dessous de la capuche.
Trouvé. Remus s'empressa de les suivre, réticent à l'idée d'effrayer Harry s'il se mettait à courir, il n'avait pas non plus prévu de le perdre, et Sirius pouvait se montrer à tout moment. Jusqu'à ce que Sirius décide de se montrer, cependant, Harry n'était pas en danger immédiat et il était même possible qu'il mène Remus jusqu'à l'endroit où ils vivaient.
La 'mère' de Harry disparut dans une boulangerie, forçant Harry à choisir un autre semblant de parent – un homme petit et chauve, cette fois – et à le suivre. L'homme descendit presque toute la rue, avant d'entrer dans une cabine téléphonique. Harry s'appuya contre celle-ci. Il n'était pas sûr de savoir depuis combien de temps il marchait, mais il se retrouvait de nouveau sur Charing Cross Road, et il était presque certain de pouvoir trouver son chemin jusqu'à la gare de Kings Cross.
Il se joignit à une file d'écoliers qui venait de sortir du bus. Le professeur parlait un garçon à l'autre bout, mais tous les autres se parlaient entre eux et personne ne sembla remarquer Harry. Il retira sa capuche – leurs pulls étaient d'un bleu profond et sa veste était verte mais plutôt similaire.
Il les suivit jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent Square Bedford et il poursuivit sans eux.
« Hey, gamin ! » entendit-il.
Harry ignora cet appel et continua à marcher.
« Potter ! »
Sa tête se tourna en direction de la voix avant qu'il ne grimace, réalisant qu'il aurait juste dut l'ignorer. Un grand homme apparut près de lui et attrapa son bras avec une main poilue. Harry essaya de lui faire lâcher prise.
« Pas de ça, dit-il. C'est toi qui vas me payer une nouvelle maison. »
« Je n'ai qu'une mornille. » protesta Harry, en se débattant.
L'homme renifla.
« Malefoy donnera un peu plus qu'une mornille à celui qui t'amènera à lui. »
« Laissez-moi. » dit Harry.
« Non, non. »
« Laissez-moi ! » cria-t-il.
« Tout va bien ? » demanda une femme avec un grand sac à main, en leur adressant un regard étrange.
« Je t'avais prévenu qu'on retournerait à la maison si tu n'étais pas sage, alors ne fais pas semblant d'être surpris. »
Harry essaya de se libérer, mais n'y parvint pas.
« Si tu n'arrêtes pas, je le dirai à ta mère ! cria l'homme. Et elle est déjà énervée contre toi pour t'être blessé ! »
Harry cligna des yeux. La femme sembla s'apaiser et s'éloigna.
« Maintenant, arrête ton cirque. » dit l'homme, à voix basse.
Il attira Harry dans une ruelle sinistre et se mit à chercher sa baguette. De nouveau, Harry essaya de s'échapper et cette fois, il réussit. Il ne s'arrêta pas pour méditer sur sa chance cependant, et se mit à courir.
« Petit con ! beugla l'homme. Pedis offensio ! »
Harry trébucha et s'effondra. Son poignet se plia.
Il fut hissé sur ses pieds de manière brutale, tiré par son bras blessé. Son autre bras, heureusement, était libre. Il attrapa sa baguette dans sa poche arrière et lança le premier sort qui lui vint à l'esprit, se fichant du fait qu'il s'agissait d'un sort de nettoyage.
« Saponum ! »
De larges bulles brillantes se formèrent dans la bouche de l'homme et lui piquèrent les yeux. Il jura, utilisant un mot que Harry n'avait même jamais entendu dans la bouche de Patmol, et Harry se débrouilla pour se libérer de nouveau. Il se lança dans une autre allée sombre, tournant à l'angle, et glissa en s'arrêtant face à un mur, sans issue.
Harry était plutôt bon pour ne pas attirer l'attention sur lui. Remus l'avait presque perdu de vue quelques instants plus tôt, jusqu'à ce qu'il repère finalement la veste verte parmi les pulls bleus. L'école, avec laquelle Harry marchait, disparut dans un parc, un homme apparut et attrapa le bras de Harry.
Remus tira sa baguette de sa poche – Harry se débattait et avait l'air terrifié, ce qui était un argument suffisant pour renvoyer ce grand homme poilu de là où il venait – mais une femme apparut dans sa champ de vision. Remus baissa sa baguette. Elle échangea quelques mots avec eux et s'éloigna, lui adressant un regard étrange alors qu'elle passait devant lui.
L'homme traîna Harry dans une ruelle. Le cœur de Remus se trouvait dans sa gorge. Il se mit à courir, mais quelque chose – venant d'une autre direction – le devança.
C'était un chien. Un chien énorme qui ressemblait à un ours avec une fourrure noire et ébouriffée. Il s'immobilisa, mais ne sembla pas l'avoir repéré. Remus se força à bouger plus vite. Il courut jusqu'à l'angle, perdant presque l'équilibre – sur ... des bulles ? - mais il poursuivit et tourna de nouveau à un coin de rue-
Il y eut un BANG bruyant, comme les pétarades d'une voiture, et la ruelle explosa ; Remus fut jeté à ses pieds, sa baguette atterrissant quelques mètres plus loin. L'homme qui maintenait Harry fut balancé contre un mur. Les murs eux-mêmes tremblèrent, de la poussière et des morceaux de briques grises tombaient. Harry lui-même n'était pas inquiété, mais il regardait autour de lui avec méfiance, la baguette levée.
Et c'est à ce moment que Remus le vit, courant jusqu'au fils de James et Lily. Sirius. L'homme qui avait tout ruiné. L'homme qui avait détruit tout son monde en l'espace de quelques heures. L'homme qui l'avait détruit de nouveau quelques semaines plus tôt. Il était plus mince que dans les souvenirs de Remus, mais pas aussi maigre qu'il ne s'y attendait, ou pas aussi sale. Il était rasé de près, ses cheveux étaient propres et il était habillé comme Remus, en jean et en chemise. Son expression, cependant, était meurtrière. Remus chercha sa baguette.
« Oh, merci Merlin. » l'entendit-il dire alors qu'il arrivait près de Harry.
Harry fut enlacé – dans une étreinte qu'il sembla rendre – et Sirius s'écarta de lui.
« Comment- ? » demanda faiblement Harry.
Sirius dit quelque chose à voix basse et le seul mot que Remus put entendre fut 'créature'. Sirius s'agenouilla pour observer l'homme qu'il avait attaqué. Remus avait sa baguette à portée – ses doigts caressaient le bois doux – et ni Sirius, ni Harry ne savaient qu'il était là. Sirius vérifia le pouls de l'homme, fit voler jusqu'à lui une vieille boîte de pizza sortie d'une poubelle proche du mur, la toucha une fois et après un éclat de lumière bleu, l'homme disparut. Un- un portoloin ? se demanda Remus, avant de secouer la tête.
Sirius se tourna de nouveau vers Harry et fronça les sourcils.
« Qu'est-ce qui est arrivé à ton poignet ? »
Remus entendit Harry parler de la cheminée et le vit tendre le bras pour le montrer à Sirius. Remus leva sa baguette, à l'instant où Sirius reprenait la parole.
« Lunard. »
Sa tête se redressa au moment où Remus le désarmait. Harry sursauta et regarda Remus comme s'il venait de le trahir.
« Lunard, répéta immédiatement Sirius, en se plaçant devant Harry comme si Remus était la menace. Lunard, s'il te plaît. »
Entendre le nom lui fit l'effet d'un coup de poignard, mille fois plus douloureux que n'importe quelle pleine lune.
« Tu ne comprends pas. » dit Sirius.
Remus ouvrit la bouche pour prononcer le sort qui tuerait Sirius, mais ce ne fut pas ce qui en sortit finalement.
« Comment tu as su que c'était moi ? »
« Tu fais toujours ces drôles de petits nœuds sur tes bandages, expliqua Sirius, sans le quitter des yeux. Lunard- »
« Ne m'appelle pas comme ça ! »
Pour autant, Remus ne fit aucun geste pour l'attaquer. Sa main semblait gelée, sa baguette pointée vers le cœur de Sirius.
« Remus, alors. S'il te plaît. Je sais ce que tu penses, mais tu as tort. Ce n'était pas moi. Ça n'a jamais été moi. C'était Peter- »
« Ne parle pas de lui ! cria Remus. Tu es un traître- »
« Peter était le traître ! hurla Harry. Il a tué mes parents ! »
« Sirius a tué tes parents, Harry, pas Peter. Peter est mort. Sirius l'a tué et il va essayer de te tuer- »
Harry s'écarta de derrière Sirius et se plaça entre les deux adultes.
« Je vis avec Patmol depuis des mois, dit-il, en soutenant le regard de Remus avec ses yeux, ses yeux qui ressemblaient tant à ceux de Lily. Et je vais bien. Il n'essaye pas de me blesser, il est- »
« Écarte-toi, s'il te plaît, Harry. » dit-il, en essayant d'avoir un bon angle de tir.
« Non. » répondit Harry.
« Harry, bouge de là. »
« Non. » répéta celui-ci.
C'est ce qui le fit agir ; Harry, Harry qui ressemblait tellement à James, debout devant Sirius, pour le protéger, comme si Sirius n'était pas responsable de tout ce qui avait mal tourné dans la vie de Harry et dans celle de Remus, comme s'il n'était pas responsable de la mort de Lily, James et Peter.
« Dormio. » murmura-t-il, en agitant sa baguette dans la direction de Harry.
C'était regrettable, mais il ne pouvait pas prendre le risque que Harry ne se place sur son chemin, en subissant des conséquences plus sinistres.
Il put voir que Sirius avait reconnu le sortilège de Sommeil – bien sûr qu'il allait le reconnaître ; lui et James avaient pris l'habitude de l'utiliser pour endormir Remus après les pleines lunes – et ne fit rien pour écarter Harry de la trajectoire du sort. C'était plus sage et il semblait le réaliser. Je pense qu'il tient à lui d'une certaine façon au moins, pensa Remus, qui n'était pas sûr de savoir comment il se sentait à cette idée.
Les yeux de Harry s'écarquillèrent – il avait l'air complètement terrifié, en réalité – mais il ne bougea pas. Il grimaça lorsque le sort fut proche de l'atteindre – mais la faible lumière bleu s'arrêta à quelques centimètres de sa poitrine. Les yeux de Remus s'agrandirent. Qu'est-ce que Sirius a-t-il bien pu lui apprendre ?! Sirius, cependant, paraissait aussi choqué. Magie accidentelle, peut-être, pensa Remus, en regardant Harry qui avait maintenant l'air déterminé. Mais pourquoi protège-t-il- Sirius fit un geste vers sa baguette.
Remus lui lança un Stupéfix, mais rata sa cible, détourné par une force invisible. Harry, pensa Remus, las. La main de Sirius se serra autour de sa baguette. Remus lui lança un autre sort, pour le désarmer cette fois, mais Sirius s'écarta de la trajectoire. Remus rompit l'air, lançant sort après sort contre son ancien ami, mais aucun ne touchèrent leur cible.
« Lunard, s'il te plaît, écoute-moi. » haleta Sirius.
« Ne m'appelle pas comme ça ! » dit Remus, en lançant un autre sort.
Sirius trouva un abri derrière une poubelle.
« Lâche. » cracha Remus.
Il fut forcé de bloquer un sort qui venait de Harry – un sortilège d'Entrave – et un autre sort de désarmement de la part de Sirius. Il força Sirius à se cacher de nouveau derrière une poubelle lorsqu'il lui jeta un sortilège d'Entrave, envoya des étincelles vers Harry pour le distraire, et s'avança pour bloquer Sirius dans un coin. Enfin.
« Lunard, dit Sirius, les yeux grand ouverts alors que Remus envoyait valser sa baguette. S'il te plaît. »
« Petrificus Totalus ! » entendit-il derrière lui.
Il bloqua facilement le sort, mais la distraction suffit. Une boule de fourrure noire passa près de ses jambes, le faisant tomber. Harry avait récupéré la baguette de Sirius et la lui tendit. Sirius se transforma, ses doigts se renfermant autour de sa baguette, et Harry se jeta sur lui pour s'accrocher à sa taille. CRACK !
Remus envoya un Stupéfix à l'endroit d'où ils venaient de disparaître, mais c'était trop tard. Les étincelles rouges explosèrent contre le mur de la ruelle. Remus se tourna, grognant de frustration, pour faire face à deux hommes. Des Aurors, d'après leurs badges ronds et dorés accrochés à leur robe.
« Où est Harry Potter ? demanda l'un d'eux. La Trace l'a détecté ici. »
« Vous venez de le rater, leur répondit Remus sèchement. Sirius Black l'a emmené. De nouveau. »
Les deux échangèrent un regard.
« Nous allons devoir vous demander de venir avec nous. » dit celui avec les yeux jaunes.
« Pourquoi ? » demanda Remus, en rangeant sa baguette dans sa poche.
« Nous avons passé la dernière heure à suivre la Trace dans tout ce côté de Londres et pourtant, vous êtes là, avant nous ... »
Celui avec les yeux bleus visa la poitrine de Remus avec sa baguette.
« Comment est-ce possible ? Vous travaillez avec Black ? »
« Excusez-moi ? » demanda Remus, ses yeux se plissant dangereusement.
« Ce que mon collègue essaye de- »
L'homme aux yeux jaunes ne finit pas sa phrase ; Remus avait parcouru la distance entre eux et lui lançait son poing dans la figure.
