Encore et toujours un grand merci pour vos réactions, et pour le nombre de suivis de cette histoire ! C'est un vrai plaisir de voir que ça plaît. Je vous souhaite une bonne lecture et un beau week-end ! A très vite !
« Eh, Drago ! Regarde ! » cria Hydrus, en faisant accélérer son balai.
« Oui, tu vas très vite. » répondit Drago, en levant les yeux au ciel avant de revenir à son livre.
« Plus vite que toi ! »
« Sûrement pas ! » dit Drago, indigné.
Hydrus fonça sur l'un des paons qui piailla et s'enfuit, les plumes gonflées.
« Stupide oiseau. »
« Mère t'a dit de ne pas faire ça. » dit Drago, en se décalant un peu contre son arbre.
« Je te prends à la course. » dit Hydrus, en ignorant le dernier commentaire.
« Mon comète est à la maison. »
« Alors va le chercher, crétin. »
Hydrus se trouvait désormais en vol stationnaire, juste au-dessus de Drago, avec la main posée sur la branche de l'arbre.
« Père a dit de ne pas utiliser ce mot. »
Hydrus l'ignora à nouveau et attendit une vraie réponse.
« Je suis en train de lire, lui dit Drago, tout en tournant une page. Tais-toi et laisse-moi tranquille. »
« Je veux faire la course. » déclara Hydrus, en fronçant les sourcils.
« Je t'ai répondu ; je suis en train de lire. » répéta Drago.
« Tu as juste peur de perdre. » lança Hydrus.
« Je n'ai pas peur ! Je n'ai juste pas envie maintenant ! »
« Baaawwwk ! lança Hydrus. Bawk, bawk, baaawwwwwk ! Pouille mouillée ! »
« C'est toi qui secoues tes bras. » lui fit remarquer Drago.
Hydrus s'arrêta de suite.
« Viens et fais la course avec moi. » gémit-il.
« Non. » répondit Drago, en adoptant le même ton plaintif.
« Je vais le dire à Père ! »
« Tu ne vas pas le déranger. »
Drago tourna une nouvelle page. Hydrus atterrit en douceur à côté de lui.
« Je vais le faire. » dit-il.
« Bien. »
Il était en train de bluffer et ils le savaient tous les deux. Père les avait envoyés dehors parce qu'il était occupé et ils avaient reçu l'ordre de ne pas l'embêter.
« Viens faire la course. » dit Hydrus, en piétinant.
« Non. »
Drago dut s'écarter pour éviter la poignée d'herbe que son frère lui jeta. Des feuilles suivirent, puis la basket gauche de Hydrus.
« J'ai dit non ! » cria Drago, debout à présent.
Il évita la chaussure droite, la lui relança et Hydrus lui jeta son balai. Drago s'enfuit, avant qu'il ne trouve quelque chose de plus lourd, et trouva refuge sur les branches d'un arbre de la cour. Hydrus apparut un moment après. Il avait récupéré son balai, mais pas ses chaussures ; ses chaussettes étaient pleines de boue.
J'espère qu'il va oublier et mettre de la boue partout dans le Manoir, pensa Drago sombrement, les yeux baissés sur son frère.
Hydrus passa la tête à travers les doubles portes qui menaient à l'intérieur et haussa les épaules, avant de grimper de nouveau sur son balai, de quitter la cour et de repartir vers leur terrain. Merci Merlin, pensa Drago, même s'il ne fit aucun geste pour redescendre. Peut-être que je vais juste rester là ... Il ouvrit son livre et le feuilleta, en essayant de retrouver sa page – il l'avait fermé plutôt vite. Il venait juste de s'installer contre le tronc quand un bruit métallique résonna depuis la porte de la cour. Génial, pensa sombrement Drago.
La fenêtre du hall de l'étage, qui était presque aussi haute que lui, s'ouvrit largement et percuta le mur extérieur avec un bang qui fit presque tomber Drago de l'arbre.
« Les garçons ! » appela Mère.
Drago s'assit, très, très immobile.
« Drago ? Je t'ai vu rentrer. Où es-tu ? »
Drago déglutit.
« Ici. » répondit-il.
Mère baissa les yeux vers lui, surprise.
« Que fais-tu dans un arbre ? »
« Je lis. » répondit faiblement Drago, en lui montrant son livre.
Mère le regarda un moment et sourit légèrement.
« Dobby est occupé avec moi ici, dit-elle. Peux-tu répondre à la porte, s'il te plaît ? »
« Oui, Mère. » répondit Drago, obéissant, en essayant de ne pas avoir l'air ennuyé.
Crétin de Dobby. Il doit bien être capable de quitter Mère pour quelques minutes pour faire ce qu'il est censé faire. Il descendit, traversa les doubles portes, puis d'autres doubles portes jusqu'à l'entrée.
« Pourquoi ne peuvent-ils pas venir par la cheminée, qui que ce soit ? » grommela Drago.
Il connaissait la réponse cependant. N'importe qui ne pouvait pas entrer ou sortir du Manoir sans l'accord de Père ; la cheminée était ensorcelée pour rejeter quiconque n'avait pas le mot de passe. Les mots de passe changeaient selon les lubies de Père, et dérangeaient incroyablement Mère ; Drago l'avait personnellement vu à trois occasions durant la dernière année dire un ancien mot de passe et se faire cracher dessus par la cheminée. Père avait dormi dans la chambre d'ami les nuits qui avaient suivi.
La cloche sonna à nouveau alors qu'il passait devant le portrait de son arrière-grand-père Casius Malefoy. Drago ouvrit la porte.
« Oui ? » dit-il.
Severus Rogue se tenait sur les marches, prêt à tirer sur la corde de la cloche de nouveau. Les yeux de Drago s'agrandirent à la vision de son parrain.
« Désolé ! Je n'avais pas réalisé que c'était vous, Monsieur, ou je n'aurais- Désolé ! »
« Une excuse était suffisante. » dit Severus, en passant devant lui pour entrer dans le Manoir.
« Oui, monsieur. Merci, monsieur. » balbutia Drago, en fermant la porte.
« Qu'est-ce que tu lis ? » demanda Severus, en désignant le livre de Drago de la main.
« Théorie magique. » répondit Drago, en levant le livre.
« Le livre de Waffling ? »
« Oui, monsieur. »
« Un bon livre, dit Severus, en approuvant de la tête. Instructif, mais pas trop complexe, si je me souviens bien. »
« Oui, monsieur. »
« Lucius est là ? »
« Oui, monsieur. »
Severus lui adressa un regard qui aurait pu être pourvu d'amusement.
« Ton vocabulaire semble plutôt limité aujourd'hui, Drago. »
« Oui-euh-je, commença Drago en se sentant rougir. Désolé. »
« Il n'y a pas de mal, répondit Severus, en souriant très légèrement. Peux-tu m'emmener voir ton père, s'il te plaît ? »
« Oui, monsieur. »
Severus était clairement en train de sourire maintenant.
« Je crois qu'il était dans son bureau. »
Drago le mena à travers le hall, passa les doubles portes pour arriver dans un autre hall.
« Père ? » appela Drago, en frappant à l'élégante porte de bois.
« Je pensais t'avoir dit de ne pas me déranger, Drago. » répondit Père sèchement.
Drago regarda Severus comme pour lui demander son aide.
« Puis-je te parler, Lucius ? » dit Severus.
La porte s'ouvrit.
« Laisse-nous, Drago. » demanda Père.
Severus lui adressa un signe de tête pour le saluer et suivit Père dans le bureau.
Je suis celui qui a laissé Severus entrer, pensa Drago, avec des yeux noirs. Je devrais être autorisé à écouter. En souriant, Drago piétina jusqu'au hall, revint sur la pointe des pieds et colla son oreille à la porte.
« ... arrêté. » disait Severus.
« Et je suppose qu'il s'attend à ce que je paye sa caution, dit Père, en ayant l'air amusé. Cognac ? »
« Non, merci. »
Il y eu un bruit de verre tandis que Père se servait un verre, avant de reprendre la parole.
« Je ne paierais pas un sou. Ce monstre de Lupin peut rôtir là-bas. »
« Il a été relâché ce matin, dit Severus avec amertume. Toutes les charges ont été abandonné. »
« Deux semaines en poste et Cornelius Fudge gaffe déjà. »
« Je n'ai aucune amitié pour Fudge, mais je ne dirais pas que la relaxe de Lupin soit une erreur, étant donné les circonstances. »
« Les circonstances ? » demanda Père.
Son ton fit presque frissonner Drago.
« C'est Rufus Scrimgeour qu'il a frappé. Je dois dire que beaucoup de personnes auraient envie de lui arranger le visage – l'homme est absolument incorrigible – mais Lupin avait aussi réussi à mettre la main sur le fils Potter, d'après des témoins. »
« Avait ? »
« J'imagine que tu l'as vu dans le journal de ce matin. »
« Je sais que le garçon a été repéré au Chaudron Baveur. Il s'est enfui- »
« -et a été trouvé par Lupin si l'on peut croire Dumbledore. » dit Severus.
« Vraiment ? » dit Lucius, si bas que Drago eut du mal à l'entendre.
« Le Ministère essaye de garder ça secret. »
« Ce qui veut dire que ça sera dans la Gazette du Sorcier dès demain matin, dit Père, sa voix débordant de mépris, avant qu'il ne soupire. J'imagine que Lupin a perdu le garçon. »
« Il s'est échappé et a été récupéré par Black. »
« Nous n'aurions même pas besoin de nous reposer sur des incompétents comme Lupin si le Ministère laissait les Détraqueurs s'occuper des recherches, mais ils ne peuvent pas, évidemment ... Pas quand ils pourraient faire du mal au fils Potter. »
Son ton, qui avait été énervé quand il parlait des Détraqueurs, ne devint qu'un soupir lorsqu'il évoqua Potter.
« Il n'est probablement pas en sécurité avec lui non plus, et au moins, un Détraqueur serait capable de soumettre un enfant de neuf- »
« Huit. »
« Pardon ? »
« Le garçon a huit ans. Comme Drago. »
Drago se figea en entendant son nom. Père fut silencieux pendant un long moment, assez pour que Drago ne commence à s'inquiéter qu'ils se soient rendus compte de sa présence. Il était prêt à partir quand Père jura.
« J'espérais ne rien avoir à faire avec Lupin, dit-il, avec un bruit de verre. C'était le but de lui avoir demandé de couvrir le Londres moldu. »
« Malin de ta part. » admit Severus.
« Je ne m'en attribue pas le mérite, déclara Père avec amertume. Il a réclamé le poste. »
Severus ne répondit rien.
« Enfin, il est déterminé à trouver le garçon, ce que je cherche également, et il m'a promis d'amener le garçon s'il était retrouvé. »
« J'aurais pensé qu'il l'emmènerait à Dumbledore. »
Drago eut l'impression que Severus était surpris, mais ne pouvait pas en être sûr.
« Je ne vais pas laisser le garçon sous la garde de ce vieux fou, dit Père, avec du dégoût dans la voix. Si Harry Potter est celui que nous pensons, qu'il soit près de Dumbledore était aussi mauvais que de l'avoir près de Black ... »
Mère avait dit à Père ce que Tante Bella avait raconté à propos de Black qui ne servait pas le Seigneur des Ténèbres et désormais, Père ne détestait plus Black, il le haïssait.
« Le Ministère n'est pas mieux. »
Il fut silencieux quelques secondes.
« Où était Lupin la dernière fois que tu en as entendu parler ? »
« Il retournait dans sa cave ou quoi que ce soit qu'il appelle sa maison. » répondit Severus sur un ton venimeux.
Drago n'avait jamais entendu son parrain parler de cette façon et cela l'effraya.
« Si ça se trouve, les événements de hier soir étaient prévus et il est parti rejoindre Black. »
« Toujours là-dessus, Severus ? » demanda Père.
« Lupin pardonnerait la trahison de Black en une seconde s'il pensait que ça pourrait lui permettre de se rapprocher du fils Potter. » lança Severus d'une manière cinglante.
« Pettigrow était le traître, dit-il, sa voix devenant un peu plus aiguë. Même si de la façon dont les choses ont tourné, je pourrais presque penser qu'il nous a aussi trahi. »
« Peut-être, dit Severus, avec une voix ennuyée. Mais la trahison de Black est celle qui a compté à la fin. Il a dut transmettre des informations au Seigneur des Ténèbres par mon biais ou celui de Pettigrow. Et Black était le Gardien du Secret. Potter était trop fier pour confier sa vie à un minable sans intérêt tel que Pettigrow- »
« Sans intérêt ?! » lança une voix stridente et énervée.
Il y eut un bruit sourd, comme une chaise renversée et un cri de douleur. Drago pressa un peu plus l'oreille contre la porte.
« Écarte ça, Severus. » dit Père impatiemment.
« Tu sembles avoir un problème de nuisible. » lança Severus d'un air pincé.
« Allons, allons, dit Père, amusé. Est-ce vraiment une façon de parler entre vieux amis ? Pourquoi ne lui dis-tu pas ce que tu m'as raconté ? »
Drago sursauta en entendant une troisième voix.
« Sirius n'a jamais trahi personne. J'étais le Gardien du Secret. » dit la voix aiguë d'un homme.
« Toi ? » ricana Severus.
« Severus, assieds-toi, cria Père. Tu n'es quand même plus furieux à propos de la Sang-de-Bourbe de Potter, n'est-ce pas ? »
« Bien sûr que non, répondit froidement Severus. Simplement surpris. Ce n'est pas tous les jours qu'un homme mort apparaît. Si on peut parler d'un homme. »
Il y eut un gémissement outragé, venant sans doute du troisième homme.
« Severus. » le réprimanda Lucius.
« Mes excuses, Pettigrow. »
Drago sentit que les mots étaient douloureux à dire pour son parrain. L'autre homme reprit la parole.
« Tu as toujours été un sale bât- Ow ! »
« James Potter n'est plus là pour te protéger, dit Severus, sur un ton doucereux. Et il semblerait que ce soit uniquement de ta faute. »
Le troisième homme marmonna quelque chose que Drago ne put entendre.
« Malin de ta part, cela dit, d'avoir fait changer Potter d'avis. »
« Peter ne mérite pas de félicitations, dit Père, en riant. C'est Black qui l'avait suggéré ! »
« Donc Black n'est pas complètement innocent. » murmura Severus.
« Oui, oui, dit Père impatiemment. Tu peux continuer à le détester. Ce qui m'intéresse maintenant, c'est comment tu as fait pour rester en vie, Peter. Il était justement en train de m'expliquer quand tu es arrivé, Severus. »
« Ça a- C'était facile, vraiment.» couina l'homme – Peter.
« Évidemment, si tu as réussi à t'en sortir. » marmonna Severus.
« Je ne vais pas le dire si tu comptes être impoli. » répliqua Peter.
Il y eut une pause.
« Continue. » lâcha Severus sèchement.
« J'avais fait des arrangements avec le Seigneur des Ténèbres, expliqua-t-il, tandis que Drago écoutait avec attention. Une fois Lily et James morts, il devait venir chez moi et tuer Sirius lorsqu'il serait venu vérifier. Nous avions prévu d'utiliser du Polynectar – le Seigneur des Ténèbres aurait pris un cheveu de Sirius et serait allé voir Dumbledore, bouleversé, pour le tuer. Je me serais occupé de Remus, fait en sorte que ça ressemble à un accident, comme s'il s'était blessé gravement. »
« Malin. » approuva Père.
Drago hocha la tête de l'autre côté de la porte ; Père était impressionné, donc il devait se sentir impressionné également.
« J'étais- j'attendais son retour quand mon bras est devenu froid. Vous savez tous les deux ce que je veux dire. J'ai été directement à Godric's Hollow et j'ai trouvé Lily et James morts, mais- mais Harry était en vie. J'ai réalisé ce qu'il s'était passé et j'étais prêt à tuer le garçon- »
« Et pourquoi, demanda Père, avec une voix qui fit frissonner Drago. Pourquoi aurais-tu fait cela, Peter ? »
« Parce que le Seigneur des Ténèbres- »
« Le Seigneur des Ténèbres était déjà détruit, dit Père, d'une voix un peu malheureuse, faisant gémir Peter. Pourquoi voudrais-tu détruire son successeur ? »
« Q-quoi ? »
Il y eut un claquement fort, comme une main sur le bureau.
« Harry est le prochain défenseur des Sang-Pur. » déclara Père.
Il y eut un bruissement de robes et Drago imagina que soit Père, soit Severus avait entrepris de faire les cent pas ; ce Peter ne semblait pas être le genre d'hommes à faire ça.
« Je ne- ne sais- »
« Et pourquoi d'autre Dumbledore l'aurait-il retiré de la communauté sorcière ? » demanda Père.
« Je- je ne sais- »
« La peur, Peter, voilà pourquoi. Si le fils Potter pouvait battre le plus grand sorcier de tous les temps, quelle chance aurait un vieux fou tel que Dumbledore ? »
« Dumbledore est considéré comme l'un des plus grands- » commença Severus.
« Il ne peut pas t'entendre ici, Severus, il n'y a pas besoin de le défendre, répondit Père impatiemment. Alors, Peter ? »
« Au- aucune. »
« Exactement, répondit Père sur un ton condescendant. Et si Black n'est pas de notre côté, ce que toi – présent et bien vivant – tu sembles nous indiquer, alors il a certainement emmené Potter pour le modeler et le rendre 'bon'. Inutile de dire que le fils Potter doit être enlevé à Black avant qu'il ne fasse trop de dommages. »
« Tu le sers déjà. » lança Severus, l'air stupéfait.
« Le Seigneur des Ténèbres récompense toujours généreusement la loyauté, dit Père. Potter fera évidemment pareil lorsqu'il sera suffisamment âgé. »
Il y eut un silence dans la pièce.
« Continue ton histoire, Peter. » dit Père, finalement.
« B- bien, j'étais prêt à tuer Harry – mais ça a très, très mal tourné, s'empressa-t-il d'ajouter. - quand Sirius s'est montré. J'aurais pu l'avoir, mais Hagrid était là aussi- »
« Le balourd de Dumbledore. » dit Père.
« Je- je me suis transformé et je suis parti. »
Il bégayait beaucoup, mais Drago ne pensait pas qu'il était effrayé ; c'était une sorte de bégaiement excité.
« Je ne savais pas quoi faire. Je savais que Sirius allait me chercher, mais je pouvais sentir qu'il était déjà allé chez moi, alors j'ai su que j'y serais en sécurité, au moins pour un petit moment. Le matin, Dumbledore est arrivé. N- nous avons été cherché Remus et Dumbledore nous a fait asseoir dans son bureau et nous a raconté ce qui était arrivé. Sirius a passé les jours qui ont suivi à me chercher, pas qu'il ait eu beaucoup d'autres choix. Sans moi, il n'avait aucune preuve de l'échange. Mê- Même Dumbledore l'ignorait. Il a fini par me trouver, ce qui devait arriver, je s- suppose. Je l'ai mené jusqu'à une rue bondée, en criant qu'il avait trahi Lily et J- James et ensuite, pendant qu'il attrapait sa baguette, j'ai fait tout exploser. Ma baguette aussi, malheureusement, mais ça semblait d'autant plus vrai. J'ai espéré que ça avait aussi tué Sirius, m- mais il avait lancé son charme du Bouclier à temps, le b- bâtard. Je me suis coupé un doigt pour faire croire que j'avais été tué et ensuite, j'ai profité de la confusion pour me transformer et me cacher dans les égouts. »
Il se mit à rire étrangement.
« Je les ai regardé l'emmener à Azkaban. »
« C'est la dernière fois que tu as été vu en sept ans. » commenta Severus.
« Sirius était écarté, expliqua Peter. Mais si je me montrais sur le Chemin de Traverse, les gens m'auraient reconnu- »
« Tu te surestimes, dit Severus. Tu es loin d'être inoubliable. »
« J'ai reçu un Ordre de Merlin- »
« Pour être mort, lança Père. Et tu n'as pas réussi ça non plus. Je crois que Severus a marqué un point. Pourquoi maintenant, Peter ? »
« A- avec Sirius en liberté, je ne suis plus en sécurité. Il a sûrement dit au garçon ce qui c'est vraiment passé. P- personne ne va écouter Sirius, plus maintenant, mais ils pourraient écouter H- Harry. »
« Tu n'as pas répondu à la question. Pourquoi maintenant ? »
« Le frère du g- garçon avec qui je vis a rencontré Harry hier. C'était trop proche. »
« Tu vivais avec les Weasley ? » demanda Père.
Drago savait qu'il s'agissait d'une raillerie.
« Parmi tous les endroits possibles, Peter ... »
« Quel choix est-ce que j'avais ? Je sais qu'ils sont des traîtres à leur sang, mais ce n'est pas n- nouveau pour moi. Si je m'étais montré ici, vous m'auriez noyé ! »
Père laissa échapper un rire. Severus resta silencieux.
« J'espère que tu réalises qu'Arthur Weasley va se demander pourquoi il manque un animal à l'un de ses fils. Et si le mot parvient aux oreilles de Black- »
« Je suis pas stupide ! couina Peter. Je me suis trouvé un remplaçant. Je lui ai même c- coupé une patte. »
« Alors qu'est-ce que tu attends de moi ? » demanda Père.
« Une protection, dit Peter, d'une voix piteuse. N- »
« Qu'est-ce que fait le Maître à écouter aux portes ? » demanda Dobby, tout en ayant la présence d'esprit de murmurer.
Drago se mordit la lèvre pour s'empêcher de crier. Il attrapa Dobby par le poignet et le traîna à travers le hall, passant devant la salle de bain jusqu'à une fenêtre qui donnait sur la cour.
« Je t'interdis de parler de ça à qui que ce soit, murmura Drago avec férocité. Ca n'est pas jamais arrivé. »
« Oui, jeune Maître. » couina l'elfe, l'air terrifié.
« Bien, répondit Drago. Maintenant ... Va me chercher quelque chose à manger. »
Severus ne se donna pas le temps de réfléchir. Il ajouta tout ce qu'il avait appris dans l'heure dans un chaudron dans un coin de son esprit, de la même façon qu'il pouvait ajouter des ingrédients pour potion. Il les laissa là, à mijoter. Ces choses resteraient là jusqu'à ce qu'il soit prêt à s'en occuper. Pour le moment, il avait une mission.
Merci mon dieu, c'est samedi, pensa-t-il, en sortant de la cheminée. Il jeta un œil à la pile de copies qui attendaient d'être corrigées sur son bureau. Elles ne seront pas corrigées ce soir, malheureusement. Il soupira ; il avait espéré le faire pourtant.
Il s'empara de Mélanges médicaux dans la bibliothèque, fit apparaître son chaudron et son nécessaire et s'installa dans la salle de potions collée à ses quartiers. Il devrait pouvoir récupérer du Poussos chez Mrs Pomfresh – une de ces petites bouteilles de voyage, je pense – mais pour le tonifiant et l'essence de gecko, il devrait se débrouiller seul.
Aucune de ces potions n'était délicate – il les aurait sans doute terminées pour le matin – mais elles exigeaient d'être attentif aux détails. Severus se mit au travail, coupant, pressant, écrasant, versant et remuant. Remuant principalement.
Et une pincée de langues de gecko en poudre. Il remua trois fois – dans le sens des aiguilles d'une montre, dans l'autre sens puis dans l'autre à nouveau et la potion vira au vert sombre. Enfin. Severus jeta un œil au ciel dehors qui commençait à s'éclaircir.
Il fit apparaître une flasque, la remplit, et la posa à côté de la fiole de tonifiant.
« Evanesco. » murmura-t-il, en agitant sa baguette vers son chaudron.
Il prit ses affaires, plaça les deux préparations dans un petit coffre en bois et retourna dans ses quartiers. Il se laissa directement tomber sur son lit, sans prendre la peine de changer sa robe ou d'enlever ses chaussures.
Lucius doit croire que je suis fou, pensa-t-il, sombrement. Une bouteille de Poussos, de l'essence de gecko et du tonifiant. Pas du tonique pour les nerfs, avait-il dit, mais du tonique pour réparer les nerfs endommagés. Même si Pettigrow pouvait trouver une utilité aux deux potions, nerveux comme il l'était. Et Lucius voulait aussi un remède contre les douleurs ... Severus sourit méchamment. Pettigrow devra faire sans.
Pettigrow ... A contrecœur, Severus récupéra les souvenirs de l'après-midi qu'il avait placé dans le chaudron de son esprit. Le savoir en vie était une chose. Savoir qu'il avait été le Gardien du Secret, en revanche ...
Severus avait toujours su que Pettigrow avait rejoint la cause du Seigneur des Ténèbres. Cela lui correspondait parfaitement ; à la recherche de pouvoirs et un peu effrayé. Nous l'étions tous. Même Lucius. Cela semblait presque drôle, comme un jeu, et ses camarades de classe avaient commencé à choisir leurs camps également.
Potter et son équipe avaient rejoint Dumbledore à la moitié de leur septième année. Lily aussi. C'était tout à fait elle – et en vérité, en tant que née-moldue, quel choix avait-elle ? - mais Severus en avait espéré autrement. Il avait prévenu Potter alors, que Pettigrow était un espion. Pas clairement, jamais clairement – il aurait risqué sa vie et il n'était pas prêt à mourir pour Potter – mais Potter avait été soit trop stupide pour comprendre ses sous-entendus, soit trop fier pour croire quiconque d'autre que son gros traître d'ami.
Après l'école, Pettigrow avait continué à renseigner le Seigneur des Ténèbres. Dates, plans, locations ... Tout ce que ses petites oreilles de rat pouvaient entendre. En retour, il n'était jamais blessé lors des duels, juste stupéfixé. Severus lui avait cassé le bras une fois pourtant. Il avait dit à tout le monde que c'était un accident et tout le monde l'avait cru.
Severus avait rejoint le côté de Dumbledore après avoir entendu la prophétie et avoir appris que le Seigneur des Ténèbres s'apprêtait à tuer Lily. Il n'avait jamais rien dit à propos de Pettigrow, dans le but de ne pas attirer davantage l'attention sur lui ; il n'avait jamais aimé Pettigrow durant leur scolarité, pauvre lâche qu'il était, et il l'avait encore moins aimé une fois devenu mangemort parce que cela voulait dire qu'il allait le voir plus souvent, et parce que ses actions mettaient Lily en danger.
Il aurait été le premier que le Seigneur des Ténèbres aurait interrogé et sa trahison lui aurait coûté la vie. Au lieu de ça, il déjouait les plans comme il pouvait, et essayait de réparer les dommages causés par Peter. Il n'avait jamais suspecté Black d'être un traître malgré ses autres – et très nombreuses d'après l'avis de Severus – fautes, du moins pas avant d'entendre que Potter et Lily étaient morts et que Black avait disparu.
En plus de ça, Black n'avait jamais été subtile, et Severus avait du mal à croire qu'il aurait pu manquer le fait que Black espionnait pour le Seigneur des Ténèbres. Quelles autres options étaient possibles, cependant ? Black avait été arrêté et emmené à Azkaban, Pettigrow était mort et Lily ... Ça avait été un choc – et un choc douloureux, pire que n'importe quelle torture qu'il avait expérimenté – d'apprendre que Lily était morte.
La nouvelle de la mort de Potter avait été aussi plutôt difficile, étrangement, mais rien de suffisant pour que Severus lui pardonne. Il détestait James Potter mort autant que vivant et il était heureux de laisser les choses là où elles étaient. Mais maintenant, en fin de compte, Severus n'avait jamais entendu quoi que ce soit sur Black qui espionnait pour le Seigneur des Ténèbres, parce que Black ne l'avait jamais fait. Black n'était pas le traître. Il était coupable de milliers d'autres choses, bien sûr ; s'évader de prison – il avait sa place là-bas, qu'il ait tué ces moldus et Pettigrow ou non – kidnapper et se cacher aux yeux de la justice, pour en nommer quelques-unes. Mais Black n'avait pas tué Lily.
Cela mettait Severus dans une situation plutôt compliquée. Il préférait les choses comme elles avaient été jusque-là ; Potter était mort et Severus espérait que cela reste ainsi. Il avait fini par surmonter le chagrin de la mort de Lily, mais pas sa culpabilité. Il ne pensait pas qu'il pourrait un jour arrêter d'essayer de se racheter, cependant, mais il s'était réconcilié avec lui-même sur cette question. Black – populaire, star du Quidditch, beau, Black – était détesté par tout le monde et avait passé la majorité de sa vie d'adulte derrière des barreaux avec des Détraqueurs pour seule compagnie.
La pensée amena un sourire à Severus. Lupin avait été libéré mais certainement pas impuni ; il avait semblé vieux la dernière fois que Severus l'avait vu, et même si un peu de son audace de maraudeur restait, la majorité avait été écrasé par les sept dernières années qu'il avait passé seul. Pettigrow, il l'avait cru mort, un destin qu'il avait complètement mérité d'après Severus.
Mais il ne l'était pas. Et c'était lui qui avait tué Lily. Et seul Pettigrow lui-même, Lucius, Severus, Black et sans doute le fils Potter le savaient. Les deux derniers seraient arrêtés avant d'avoir la chance de parler, donc il n'en restait que trois. Lucius avait clairement vu un intérêt à aider Pettigrow et donc, tant que cela l'arrangerait, Lucius ne dirait rien. La vie de Pettigrow dépendait de son silence, alors il ne dirait rien à personne non plus. Il restait donc Severus. Et si Severus parlait, ils sauraient tous que c'était lui.
Que penserait Dumbledore, cependant, si Severus gardait quelque chose d'aussi important pour lui ? Il devait la vie à cet homme, mais lui dire serait comme une faveur faite à Black et l'idée était insupportable. Comme elles aimaient le faire pendant ses périodes de doute, les pensées de Severus se dirigèrent vers Lily et ce qu'elle ferait, ce qu'elle voudrait. Puisqu'il était celui qui lui avait enlevé la possibilité d'agir ou de dire les choses elle-même, il serait celui qui agirait pour elle.
Lily voudrait que son fils soit en sécurité, pensa immédiatement Severus. Et Black aussi. Elle était ... Elle l'appréciait beaucoup. Cette pensée le fit frémir. Je me demande ce qu'elle aurait fait de cette histoire de successeur du Seigneur des Ténèbres ... Il secoua la tête ; il pouvait l'imaginer facilement et ce n'était pas agréable. C'était simplement ridicule que quelqu'un puisse croire que la progéniture – Severus détestait toujours cette pensée – de James Potter et Lily Evans puisse être malveillant. L'enfant était évidemment aussi arrogant et gâté que son père parfait, mais pas maléfique.
Et, si Black est innocent, je ne peux pas croire que le fils de Potter soit en danger, sinon du manque de maturité de Black. Et où qu'ils soient, ils n'étaient pas prêts d'être retrouvés. Hier avait été l'exception bien sûr, mais Lupin avait été seul et s'il lui en avait donné la chance, Black lui aurait sans doute parlé.
Les pensées de Severus devinrent douloureuses. Il semble que j'avais tort à propos de ça aussi ; Lupin est soit un très bon acteur, soit il ne connaît pas la vérité. Il soupira bruyamment et enfonça son visage dans son oreiller. Et de nouveau, le fils Potter et ses amis se mêlent de ma vie !
« Hydrus ! Drago ! Descendez ! J'ai des cadeaux pour vous. » appela Père.
Drago et Hydrus regardèrent leur mère.
« Allez-y. » dit-elle, en soupirant.
Elle ferma brusquement le livre qu'elle était en train de leur lire. Les deux garçons se levèrent et coururent jusqu'au hall du bas, où Père était en train d'attendre. Il fronçait les sourcils.
« Les Malefoy ne courent pas. » déclara-t-il froidement.
« Oui, Père. » répondit Hydrus, l'air affligé.
« Désolé. » ajouta Drago.
Père sourit légèrement.
« J'ai décidé qu'il était temps de vous apprendre ce que c'est que d'avoir le contrôle sur une chose vivante. Certains appelleraient ça de la responsabilité. »
« Mais pas vous. » dit Hydrus.
Père pencha la tête.
« Non, pas moi. »
« Père, c'est à ça que sert Dobby. » répondit Drago, avec arrogance.
« Dobby appartient à la famille, pas à toi, lui rappela Père. Ceux-là, par contre, sont à vous. »
Père leur tendit deux petits formes brunes.
« C'est un rat. » déclara platement Hydrus.
« C'est vos rats. » répondit Père, en leur en donnant un chacun.
Le sien était légèrement plus gros que celui que Père avait donné à Drago, et un peu plus foncé. A part ça, il n'y avait pas beaucoup de différences entre eux. Drago tenait le sien avec précaution, entre ses deux mains.
« Vous devrez être prudent. Ce ne sont pas des jouets. Ne le serre pas. » le prévint Père, tandis que Hydrus le levait, avec curiosité.
« Je n'allais pas le faire. » répondit Hydrus.
Drago regarda le sien avec intérêt. Il n'aimait pas beaucoup les rats ; une fois, quand il était petit, il s'était perdu dans la cave et avait passé la nuit à les écouter couiner. Père avait mis des protections en place le jour suivant, mais les dommages étaient fait. Celui-là semblait plus amical, cela dit. Ses moustaches frémirent lorsqu'il renifla ses doigts.
« Comment ils s'appellent ? » demanda-t-il.
« C'est à vous de décider. »
Hydrus était silencieux.
« Bosworth, dit-il finalement, avec un petit sourire. Comme le fromage. »
Son rat couina.
« Je crois qu'il n'aime pas. » dit Drago.
« C'est un rat, déclara froidement Père. Bien sûr qu'il l'aime. Et le tien, Drago ? »
« Roquefort. Ils pourraient tous les deux avoir des noms de fromages. »
Le rat de Drago couina aussi.
« Le tien n'aime pas non plus. » dit Hydrus.
« Si, il aime ! »
« Assez de chamailleries, dit Père. Ils aiment tous les deux leurs noms et c'est tout. »
Il regarda les deux rats comme s'il voulait le leur faire comprendre.
« Allez jouer calmement maintenant. »
« Je vais te montrer la maison, décida Hydrus, en tenant avec précaution le rat dans ses mains, tandis que Drago le fixait. La pièce où on est, c'est l'entrée. Ces escaliers vont jusqu'à l'étage où il y a ma chambre et celle de Drago et la chambre de Mère et de Père et la bibliothèque et les chambres d'ami. »
Hydrus passa les doubles portes de droite et commença à expliquer les règles concernant le bureau de Père. Roquefort couina à Drago.
« Quoi ? demanda-t-il. Je ne vais pas te faire visiter. »
Le rat couina à nouveau, comme s'il demandait pourquoi.
« Parce que t'es un rat, crétin. »
Plus Drago passait du temps avec son rat, plus il le détestait ; tout ce que Roquefort faisait, c'était dormir et il avait la mauvaise habitude de mordiller les affaires de Drago, et si Drago essayait de l'arrêter, ses doigts. Hydrus, de son côté, refusait d'être séparé de Bosworth.
Il réclama le petit coffre de bois que Severus avait apporté au manoir plus tôt dans la semaine et l'avait rempli de couvertures ; Père avait été furieux d'apprendre que Hydrus avait prévu de laisser le rat dormir sur son oreiller. Roquefort n'était pas autorisé sur l'oreiller de Drago non plus – Père l'avait interdit, mais Drago n'était pas très intéressé par l'idée non plus – et il dormait dans la cage que Drago avait fait acheter à Dobby.
« Drago, regarde ! » cria Hydrus, en passant avec Bosworth sur l'épaule.
Au début, la démarche de Hydrus était instable et le rat avait souvent couiné et glissé doucement et inévitablement dans son dos, mais ils semblaient maintenant maîtriser l'exercice.
Drago le regarda avec jalousie et toucha la forme endormie dans sa poche.
« Pourquoi tu ne fais pas ça ? » demanda-t-il à Roquefort.
Il avait aussi essayé d'apprendre à son rat à s'asseoir sur son épaule, mais Roquefort était tombé après quelques mètres, avait mordu Drago quand il avait essayé de le récupérer, et avait refusé d'être touché pour le reste de la journée.
« J'attaquerais les Potter à cette heure-ci la semaine prochaine, dit le Seigneur des Ténèbres, avec une voix froide et aiguë. Ils seront, je présume, revenus d'ici là. »
Ses yeux rouges se tournèrent vers Pettigrow qui tremblait.
« C'est exact, mon Seigneur. James a dit qu'ils quitteraient Ste Mangouste demain. »
« C'est à ce moment-là qu'ils se sentiront le plus vulnérables, dit le Seigneur des Ténèbres. Laissons-les s'installer et reprendre confiance. »
« Oui, mon Seigneur. »
« Tu vas organiser une rencontre avec eux, Queudver, ordonna-t-il. Un moment où ils seront, inévitablement, présents. Avec le garçon. Le garçon doit être là. »
Pettigrow s'inclina.
« Pars. »
Il s'exécuta. Le Seigneur des Ténèbres tourna ses yeux terribles sur Severus.
« Je suppose que tu te demandes pourquoi je t'ai appelé ici. »
« Je suis sûr que mon Seigneur a ses raisons. » déclara Severus, en évitant son regard.
Il sentit une légère vérification dans son esprit et ne fit rien pour résister. En réalité, il inclina la tête et croisa le regard rouge. L'esprit du Seigneur des Ténèbres s'y glissa comme un serpent. Il pouvait même sentir ses écailles – froides, douces et un peu visqueuses – tandis qu'il glissait dans le donjon qu'était son esprit.
Il y avait des milliers de couloirs, froids, sombres et pas accueillants – la plupart se terminait par des portes qui empêchaient les intrusions dans son esprit. D'autres s'arrêtaient simplement. Certains ne s'arrêtaient jamais. Certains avaient des portes qui menaient dans des placards d'ingrédients pour potion, ou à des potions tout court. Certaines pièces étaient vides. Seul un chemin pouvait emmener dans les tréfonds de son esprit et c'était un long voyage, avec des couloirs qui se divisaient, et tant de divisions que c'était presque impossible de s'y retrouver.
Bien sûr, Severus n'était pas assez fou pour frustrer le Seigneur des Ténèbres. Aussitôt que le Seigneur des Ténèbres s'y était aventuré, son esprit avait reformé un donjon identique à celui de Poudlard. Le Seigneur des Ténèbres, en tant qu'ancien Serpentard, connaissait parfaitement son chemin. Severus fit semblant d'être déçu. Le Seigneur des Ténèbres s'arrêta dans plusieurs pièces de rangement sur le chemin.
Dans l'une d'elles, il observa avec intérêt une série de potions sans noms et sa langue sortit pour goûter les émanations d'élixir d'euphorie. Dans une autre, sa légilimancie prit forme humaine et il s'approcha à grands pas pour examiner les étagères d'ingrédients. Il se saisit d'un pot de racines de marguerites et le jeta au sol – le Seigneur des Ténèbres pouvait être doux quand il le voulait, mais les gestes inattendus constituaient un bon moyen de tester les défenses de quelqu'un. Severus grimaça, en sachant que le Seigneur des Ténèbres le verrait, tandis que le pot se brisait sur le sol de pierre.
Satisfait, le Seigneur des Ténèbres continua jusqu'au bureau que Severus venait de s'approprier quelques jours plus tôt, quand Slughorn était parti. Par sécurité, Severus avait modifié la partie centrale de son esprit pour montrer ce bureau plutôt que la pièce commune des Serpentard ; ceux qui essayaient de pénétrer son esprit seraient certainement moins familier avec le bureau du directeur de Serpentard qu'avec la Salle Commune des Serpentard.
Des pots s'alignaient sur les étagères, tout comme des bouteilles de potions, et chacun contenait une pensée, un souvenir ou une émotion. Le Seigneur des Ténèbres attrapa un petit pot de pollen de fleur de lys et l'ouvrit. Un souvenir de Severus et Lily pataugeant dans la petite rivière derrière leur bosquet émergea.
Le Seigneur des Ténèbres le regarda avec intérêt et replaça ensuite le pot sur l'étagère avant d'attraper une peau verte et brillante de serpent. La voix du Choixpeau Magique criant 'SERPENTARD' résonna dans la pièce. Un autre objet – une fiole étiquetée Véritaserum cette fois – fut choisi au hasard et ouvert. Severus s'entendit à dix-sept ans promettre son allégeance au Seigneur des Ténèbres. Souriant désormais, le Seigneur des Ténèbres se dirigea vers le chaudron d'argent qui frémissait dans un coin.
Le Seigneur des Ténèbres regarda le chiffon déchiqueté qui était à côté avec amusement.
« Tu nettoies même tes chaudrons ici, Severus ? »
Severus ne répondit pas parce qu'il ne faisait pas confiance à sa voix.
Le Seigneur des Ténèbres plongea une main dans le chaudron – qui contenait un mélange des pensées de Severus – et Severus entendit des bribes de sa propre voix ; ... n'a pas lavé ses mains ... potion inutile maintenant ... trouver mon bureau si facilement ? ... serait mieux que ça ... trop puissant ... Mon Seigneur ... Apparemment satisfait, le Seigneur des Ténèbres sortit de sa tête.
Severus tomba à genoux, ses yeux sur le sol. Déjà, son esprit reformait l'habituel labyrinthe. Déjà, sa magie nettoyait les surfaces et les sols que le Seigneur des Ténèbres avait touchés. Les souvenirs qui avaient été dérangés se rangeaient d'eux-mêmes et retournaient à leurs places habituelles.
Et il avait réussi ; le Seigneur des Ténèbres avait renversé le pot de racines de marguerite – qui ne contenait en réalité qu'une invention de son imagination – mais les pots de poudre de dards d'abeilles sur l'étagère du dessus n'avaient pas été abîmés. Ils contenaient les souvenirs des véritables raisons pour lesquelles il avait choisi Dumbledore et étaient restés intacts, tout comme la boîte de granulés de poison moldu pour rats qui contenaient les souvenirs des avertissements – ignorés – qu'il avait lancé à Potter à propos de Pettigrow durant leur septième année.
Dans une autre pièce, un paquet de piques de cactus qui contenaient ses souvenirs de sa mère – qui avait des traits de caractère similaires aux cactus ; pas nécessairement beaux, mais tenaces, pratiques et piquants – reposait dans un tiroir à quelques centimètres de l'élixir d'euphorie que le Seigneur des Ténèbres avait regardé et entouré par d'autres prétendus ingrédients et potions. Le chiffon déchiqueté à propos duquel le Seigneur des Ténèbres s'était moqué contenait ses souvenirs de la conversation qu'il avait eue avec le Choixpeau Magique, qu'il avait supplié d'être placé à Gryffondor, avec Lily.
Mieux encore, la potion dans le chaudron qui contenait ses pensées marchait comme de l'eau et de l'huile, avec deux couches distinctes, et le Seigneur des Ténèbres ne s'était douté de rien en passant la main à travers la première couche. Severus était presque étourdi par sa réussite, mais ne le montra pas ; il cacha ce souvenir dans une petite fiole qui contenait un liquide clair – de l'alcool pur – parfois utilisé pour les filtres de confusion ou les potions de soin – mais qui ressemblait à de l'eau, bien que cela le ferait sans doute se sentir bien, une quantité pourrait certainement le tuer.
« Debout, Severus. » dit le Seigneur des Ténèbres.
Severus se leva.
« Mon Seigneur, dit-il, en inclinant la tête. Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ? »
Il avait toujours l'air satisfait – Severus savait qu'il était heureux que ses souvenirs de lui devenant un mangemort ait été rangé dans une fiole de 'Véritaserum'. Ce n'était pas du Véritaserum, bien sûr. C'était de l'eau – nécessaire s'il voulait survivre, rien de plus – mais il avait la même apparence et n'avait aucune odeur qu'un humain pouvait repérer, donc le Seigneur des Ténèbres n'aurait pas pu le découvrir.
« En effet. »
« Je suis heureux de vous avoir été utile, mon Seigneur. »
« Il y a plus. » dit doucement le Seigneur des Ténèbres.
« Plus, mon Seigneur ? »
« Cela concerne ton ... faible ... pour la Sang-de-Bourbe Potter. »
« Elle était une bonne amie quand nous étions enfants, dit Severus avec méfiance. Rien de plus. »
« Que de mensonges, Severus. J'ai vu les souvenirs. »
Severus résista à son envie de renifler ; ses souvenirs les plus importants de Lily étaient ceux qu'il protégeait le plus ardemment, cachés dans d'obscurs endroits ; dans un pot de pétales de la fleur avec laquelle elle avait fait peur à sa sœur le jour où ils avaient parlé pour la première fois, dans une potion qui était du même vert que ses yeux, dans un pot de pétale d'amaryllis parce que c'était le prénom de sa mère, dans un pot de racines qui provenaient d'un buisson d'ajonc parce que c'était là qu'il était assis après sa BUSE de défense contre les forces du mal ... Le Seigneur des Ténèbres n'en avait vu aucun de ceux-là.
« Pardonnez-moi, mon Seigneur, mais j'ai quelques petits talents en termes de légilimancie et je comprends en conséquence comme il est futile d'essayer de tromper quelqu'un qui est bien plus doué que je ne le suis. »
Le Seigneur des Ténèbres sembla considérer le sujet pendant un moment.
« Quand bien même, Severus, dit-il finalement. Tu seras attristé par sa mort. »
« Ce n'est ... pas possible de ... l'épargner ? »
« Elle a clairement fait comprendre que son allégeance allait à Dumbledore. » répondit le Seigneur des Ténèbres, en le regardant avec attention.
Severus acquiesça brusquement. Il se trouvait sur une pente dangereuse et ils le savaient tous les deux.
« Elle mourra la semaine prochaine. Fais ce que tu veux avec cela. Pars. Fais entrer Lucius. »
« Oui, mon Seigneur. »
Severus s'inclina et quitta la pièce.
« Lucius. » dit-il, en hochant la tête.
Lucius lui passa devant, son visage pâle impassible.
Fais ce que tu veux avec cela ... Severus répéta ces mots dans sa tête. Donc il sait. Sait ou suspecte. C'est un test. Lily était morte sauf s'il faisait quelque chose et s'il en arrivait là, il était mort. Offrez-moi un jour un maître stupide plutôt qu'un malin, pensa Severus avec amertume.
« Des mauvaises nouvelles ? »
Plus maintenant ... Un plan s'était formé dans la tête de Severus. Et si lui et Lily pouvaient tous deux survivre à ça ?
« Sev ? C'était mauvais ? »
Quand Regulus les avait rejoint à la moitié de sa septième année – ça avait été un choc pour Severus, qui avait toujours imaginé que le jeune Black serait resté un spectateur pendant la guerre – ils devenus plus ou moins amis, malgré l'aversion de Severus pour son frère.
« Suffisamment mauvais. » dit-il.
Regulus s'arrêta sur une marche près de lui.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Severus savait que Regulus – malgré qu'ils soient dans des camps différents – aurait détesté que l'on fasse du mal à Black ou à ses amis, et il savait aussi que si quelqu'un pouvait les renseigner sans se faire prendre, ce serait lui.
« Un autre meurtre de prévu. » déclara Severus, en essayant de paraître ennuyé.
« Qui ? » demanda Regulus, les épaules raides.
« Potter et Lily, répondit Severus. Et leur fils. »
« Pourquoi tu ne dis pas juste 'les Potter' ? demanda Regulus, confus. Ils sont mariés. »
Un fait que j'essaye difficilement d'oublier. Regulus, bien sûr, s'en souvenait parfaitement puisque Potter l'avait invité.
« Oh oui. »
« Quand ? »
« Quand quoi ? »
« Quand est prévue l'attaque ? » demanda Regulus, ses yeux gris devenus étrangement brillants.
« A cette heure-ci la semaine prochaine. Pe- plans, commença Severus, avec douceur. Des plans ont été faits pour assurer qu'ils seraient là au moment voulu. »
Pour la même raison qui faisait que son plan allait fonctionner, Severus ne pouvait pas révéler la vraie nature de Pettigrow ; Regulus était enclin aux accès de galanteries – Severus supposait que c'était un effet secondaire à grandir avec Black – et s'il le disait à Black, le Seigneur des Ténèbres le tuerait. Puisque Regulus était le seul ami que Severus avait eu depuis Lily, il n'avait pas prévu de faire ça-
« Assez. » dit Severus et le rêve-souvenir s'estompa.
Avec un geste de la main, le couloir sombre disparut, en emmenant Regulus avec lui.
« Réveille-toi. » se dit-il à lui-même.
Severus ouvrit les yeux après avoir rêvé de la guerre pour la cinquième fois en cinq nuits après avoir revu Pettigrow. Cela avait un sens, qu'après avoir vu l'homme qui avait trahi Lily, Severus se retrouve confronté à des souvenirs où lui-même avait trahi le Seigneur des Ténèbres dans le but de la sauver. Ça ne voulait pas dire qu'il devait apprécier ces souvenirs.
Les souvenirs de guerre étaient déjà difficiles à gérer dans les meilleurs moments, c'était encore plus difficile quand ils arrivaient sans prévenir. Ce dernier, au moins, se terminait plutôt bien ; Severus était allé visiter Drago – qui devait avoir environ deux mois la nuit de l'attaque – et Hydrus, qui avait seulement dix mois.
Non seulement il avait rencontré l'enfant dont il était le parrain, mais il était aussi en présence de Lucius et ne pourrait pas être accusé si le plan échouait. Et il avait, en effet, échoué ; Severus avait appris plus tard que Regulus avait prévu une dispute avec Black et avait attiré Potter, Lily, le fils Potter, et même Lupin dans l'appartement de son frère, et loin du danger. La confiance du Seigneur des Ténèbres pour Severus avait été renouvelée, lui donnant plus de liberté, et avec cette liberté, il avait pu servir l'Ordre.
Au-delà de ce souvenir, les choses n'étaient plus si heureuses ; Regulus était mort une semaine après – Severus n'avait jamais su comment et pensait que le Seigneur des Ténèbres ne le savait pas non plus ; la magie de la Marque des Ténèbres de Regulus l'en avait informé – et Severus avait du annoncer la nouvelle à Walburga Black et supporter son malheur pendant une bonne heure.
Cela lui rappela un autre souvenir ; l'elfe de maison avait été bouleversé d'entendre Severus parler de la mort de son Maître. Encore maintenant, Severus pouvait entendre ses lamentations couinantes et voir ses gros yeux injectés de sang ...
Il éclaircit son esprit grâce à l'occlumancie, se concentrant sur les murs de pierre grise de son donjon imaginaire, mais les pensées étaient toujours là, dans l'ombre. Il soupira et se retourna, prêt à se rendormir, même s'il se doutait que ce serait une entreprise futile.
